| Voyage au Maghreb, juillet 2011 Lsttx · 4 juillet 2011 à 11:07 · 456 photos 72 messages · 16 participants · 19 054 affichages | | | | À: Cerine456 · 16 juillet 2011 à 23:22 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 41 de 72 · Page 3 de 4 · 5 812 affichages · Partager Bonsoir,
Je ne vois pas en quoi s'habiller à l'européenne empêche d'aller au devant des autres ??? Avoir une tenue décente et respectueuse : oui ! Mais comme chez soi...
La barrière sera plutôt la langue, sûrement pas la tenue. D'ailleurs, pour prendre l'exemple du Maroc où je vis, beaucoup de Marocaines ne portent plus la djellabah et le foulard ! et la télévision et les transmissions des films étrangers sont dans tous les foyers, et donc sont bien familiarisés avec nos façons de vivre.
Comprendre un pays, c'est observer, parler avec ses habitants, pas les singer. | | | À: Libed3 · 17 juillet 2011 à 1:00 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 42 de 72 · Page 3 de 4 · 5 795 affichages · Partager merci pour ces précisions intéressantes :)
et les jolies photos ! ah si je me souviens bien, les cailloux dans le mur c'est comme la fontaine à Rome c'est ça ? C'est un type "de l'association de la medina" qui me l'avait assuré, déçu par la suite que je tienne à tout voir by myself, y compris si cela me fait passer à côté de certaines choses (les "pourboires officieux" me restent souvent à travers la gorge ; 1 ou 2 fois, dans le nord, en une semaine) | | | À: Lacalo · 17 juillet 2011 à 1:03 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 43 de 72 · Page 3 de 4 · 5 793 affichages · Partager "habillée à l'européenne" est une expression très large :) j'imagine que des tenues très serrées (mais pour les hommes aussi, le short à la mosquée quoi :o) peuvent nuire à une douce relation avec les locaux...
bon par contre je ne sais pas si c'est mon carnet (qui s'efforce pourtant d'être riche en paix et amour) mais oh les femmes au desus et si nous nous écrivions avec douceur et délicatesse ? :) d'autant plus que votre différend est dû à un simple malentendu..
Bon là dessus je vous propose un nouveau papier :) l'un de mes préférés depuis le début, grâce à une magnifique étape qui fera plaiz aux fans des Romains :love: | | | À: Lsttx · 17 juillet 2011 à 1:05 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 44 de 72 · Page 3 de 4 · 5 790 affichages · Partager 16 juillet 2011 Dernier petit crochet avant le Nord
De Kairouan, je n’étais plus qu’à quelques kilomètres de la capitale tunisienne que j’allais bien finir un jour par gagner. Ceci dit, c’est autant par zèle que par espoir de retrouver un peu de sensations ghettos (découverte de bleds pommés, jolies rencontres) après l’enchaînement de visites académiques – certes jouissif – que je m’autorisai mercredi 13 – mardi 14, une ultime bouclette par l’ouest du pays avant de rejoindre Tunis. L’intuition avait été bonne !
Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande
A priori, pourtant, les choses furent poussivement engagées. Quittant Kairouan en milieu de journée, je gagnais Sbeitla, à nouveau bien loin du rivage, où je déjeunais assez paisiblement (chez un type sympathique qui avait collé des stickers « TF1 » dans son restaurant, allez savoir pourquoi). Grand mal m’en prit à première vue, car je manquai par là le dernier bus pour Al Kef, la ville du nord ouest du pays que je souhaitais rejoindre pour y dormir. Il n’était que 15h, mais les distances et surtout le paysage (le centre-ouest de la Tunisie renoue largement avec les montagnes, proximité avec l’ Algérie aidant) expliquaient l’impasse dans laquelle je me trouvai alors. Dans un ultime espoir, j’ai pris un louage pour Kasserine, un peu plus loin au sud-ouest, où je pourrais éventuellement attraper un dernier-dernier bus ou taxi collectif... mais sur place, je réalisais bien être coincé dans l’inland tunisien, ayant pêché dans mon humble organisation.
Les jolies plaines réchauffent le cœur, tout de même (surtout avec des vaches dedans)
Près de Sbeitla, sur le bord de la route, des ruines romaines assez réputées... moi, j'avais un site plus important en tête (suspens)
Mon après midi à Kasserine fut pourtant fort réussie. Il n’y a pas grand-chose pour les touristes, non (la ville a surtout donné son nom à « la bataille » de février 1943 qui vit l’Afrika Korps de Rommel mettre cher aux Alliés), mais il se trouve que Sidi Bouzid, l’épicentre de la révolution tunisienne, n’est qu’à quelques kilomètres et que Kasserine a vécu de bien pénibles semaines début 2011. Discutant avec quelques kopains à la station des bus puis dans le centre-ville, on me conseilla de me rendre dans un quartier populaire où plusieurs graves affrontements avaient causé la mort de nombreux jeunes Tunisiens. Sur place, je pris quelques photos, discutai avec quelques jeunes présents. Kasserine a lourdement payé.
Le chauffeur de taxi, assez roublard, fit soudainement une mine grave en me montrant l'endroit. "La police est venue tirer sur les gamins jusque là"
Au centre du rond-point, un hommage aux "42 martyrs", de Kasserine ou de Thala (30km au nord-ouest). Pour rappel, la révolution a fait environ 300 morts dans le pays.
"Ya chahid ya habib", tag dont la sublime formule n'est pas traduisible : "ya" s'use pour appeler, apostropher quelqu'un ("ô", de façon un peu antique) ; "chahid" le martyr, "habib" le copain, ami, "mon cher".
La journée de jeudi ne fut pas plus « efficace », si je puis dire. Quittant Kasserine pour le Kef, je n’ai atteint l’ancienne Sicca qu’en fin de matinée malgré la distance moyenne (80km), attente- louage (précision importante, pour ceux ne m’ayant pas lu auparavant : dans les taxis collectifs, on ne part que quand la voiture est pleine !) et route sinueuse aidant. C’est que la ville est située à presque 800m d’altitude, joliment installée sur une colline d’où elle surplombe superbement la vallée. Sicca, donc, fut fondée par Carthage (dont on va vite reparler) en 500 av. JC puis passa sous contrôle numide (des Berbères menés notamment par Jugurtha contrôlant une bonne partie de l’ Afrique du Nord avec le consentement de Rome avant de se faire écraser par l’Empire, IIè siècle avant JC), romain, vandale, byzantin, arabe... Avant de gagner une certaine indépendance au Xè siècle, à laquelle mettront fin Ottomans (XVè) puis Français (XIXè-XXè). Assez joliment, la vieille ville du Kef témoigne non sans une certaine timidité de ces diverses influences, comptant notamment dans ses murs de nombreuses mosquées comme quelques synagogues et même une basilique. La medina est surtout située dans un cadre superbe, et son éprouvante ascension fut tout à fait récompensée par les puissantes vues.
Aucun rapport, mais KOOKOO ! un peu fatigué, après tant d'aventures. Notons le VERY ORIENTAL haut, acquis à Mahdia (le magnifique bled méritait parfaitement un pécuniaire soutien)
Et nous voici roulant lentement mais gaiement vers le Kef
Kef où les signes de la thoura sont très présents
Etant parvenu au sommet de la ville (non sans galère, 30°c merci), voilà l'intérieur de la Casbah avec fort et porte batis par les Ottomans au XVIIè
C'est surtout la vue qui claque, à gauche
et à droite
Une vieille ville bien délaissée, or moi j'aime bien me balader tout seul alors youpi.
Voilà l'étonnante citadelle qui aurait été bâtie au IVè siècle puis convertie en église sous les Byzantins. La Casbah derrière.
La descente fut plus agréable que la montée :) quelques jolies discussions en passant, avant de reprendre la route
Ayant mangé sur le pouce (comme la veille au soir), j’ai pris un bus en début d’après midi pour Tunis. Sauf que je me fis jeter en route, ayant l’intention de visiter un site archéologique assez renommé et qui a le bonheur de se trouver dans un bled pommé, à l’écart de l’axe principal de circulation. Dougga, tel est son nom (bisou aux
), a en fait une histoire antérieure aux Romains, l’environnement favorable (site facile à défendre, sources à proximité, terres fertiles) aidant. Mais l’occupation puis la colonisation (IIIè siècle), couplées à une sorte de surenchère de dons entre habitants particulièrement motivés (le plus sympathique dans cette histoire est que les colons et les autochtones semblent avoir très bien cohabité, et en fin de compte la citoyenneté fut même donnée à tout le monde), ont fait de la ville, ancrée elle aussi dans un magnifique paysage, une place forte. Quelques siècles plus tard pourtant, les Byzantins la réinvestissent à peine, mais de façon heureuse cet oubli, non sans que persiste une occupation quasi-permanente depuis 2000 ans (des paysans vivent au milieu des ruines jusqu’au débarquement des archéologues fin XIXè, ah ah !), a favorisé une conservation qui est proprement incroyable. Car on peut l’annoncer sans transition, la visite du site fut probablement la plus belle de ruines romaines ever (et pourtant j’en ai vu au Machrek, si je puis me permettre). Il y a la conservation, donc, mais aussi (et surtout ?) cette vallée de fou autour (a.k.a effet Maiden Saleh ), l’ambiance bledarde-rurale, ma solitude sur place, la beauté des temples... Les photos parlent d’elles même.
Le trajet jusqu'à Dougga avait annoncé le paysage de fou
Nous y voilà. On commence avec un étonnant mausolée libyco-punique, qui témoigne de la richesse pré-romaine du site (IIè siècle avant JC)
En fait la montée en gammes fut magnifiquement progressive. D'abord, le joyeux sentiment qu'inspirent quelques unes des (énormes!) maisons très préservées
Là dessus, le reste de la ville se dévoile peu à peu, avec toujours le décor de fou (à ne jamais oublier :nerd:) : les thermes
L' amphithéatre de 3500 places, mignon comme tout :love:
L'un des très nombreux temples...
Mais je ne me suis mis à accélérer le pas, chanter-crier (symptomes de GROS KIFF), que lorsque j'ai commencé ma route vers le Capitole :fou:
L'aspect vraiment magnifique de Dougga, c'est bien qu'on s'y croit (pour une fois, j'ai envie de dire) ! Ces ruelles qui mènent au centre spirituel et politique de la ville, les maisons qu'on imagine tellement facilement à gauche à droite...
und voilà, 10m de haut :COOL:
avec le petit forum adjacent, que bâtirent au côté du Capitole les Byzantins :love:
Un peu plus loin, le joli Arc d'Alexandre Sévère. Ce cadre, la famille, ce cadre !!
Et on termine avec le magnifique Temple de Junon-Caelestis :)
Je chantais-hurlais déjà, quittant le site archéologique inoubliable. Alors vous pouvez imaginer mon état d’euphorie lorsque ce sont des ouvriers en camion qui m’ont ramené sur l’axe routier Kef – Tunis, puis à peine quelques minutes plus tard lorsque Karim et Ali, de Tunis, m’ont embarqué en stop pour la capitale. Ah ça, cet ultime crochet avant le Nord fut bien sublime !
Le Temple de Junon-Caelestis, avec le Capitole au second plan
Magnifique retour à l'entrée du site par les champs
Suivi d'un non moins superbe début de marche dans un cadre de rêve (et les bestiaux !)
que vient exploser de bonheur le très glamour couple Karim-Ali (ça fait un peu "photo avec papa et maman à la plage") :love: | | | À: Lsttx · 18 juillet 2011 à 1:59 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 45 de 72 · Page 3 de 4 · 5 757 affichages · Partager Les deux visages de Tunis
Tunis. Si c’est vraiment la journée du vendredi 15 qui font consacrée à la visite de la capitale et de ses grands alentours, mon arrivée la veille au soir fut tout à fait superbe, étant déposé par Karim sur l’ avenue Bourguiba, artère de la ville nouvelle qui avait été noire de monde à plusieurs reprises l’hiver dernier. Au passage, voyant de mes propres yeux les Champs Elysées tunisiens, je ressentis une émotion immense, ayant d’ailleurs le bonheur de pouvoir la partager de suite avec le kopain. J’y étais.
Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande
Lever tôt, ce vendredi, pour une visite de la vieille ville d’ores et déjà dans les annales puisque celle-ci dura plus de 3h. Trois heures à fouiller, regarder, se perdre, s’émerveiller dans un espace certes immense mais qui regorge de réjouissantes surprises. Ainsi la medina de Tunis est-elle à premier abord bien à la hauteur de son statut, représentant fièrement une ville qui assume le rôle de capitale du pays depuis plus de huit siècles. C’est que Tunès, qui a longtemps été un simple « satellite » de Carthage (visité l’après midi), gagne en puissance à partir de l’arrivée des Arabes au VIIè siècle : Mahdia, Kairouan déclineront bientôt, là où la situation de Tunis lui permet d’éviter les violences des Hilaliens (qui détruisent Mahdia au XIè siècle sur ordre des Fatimides, comme on l’a vu) et, sous le règne des Hafsides (à partir du XIIIè), connaît une prospérité dont témoigne aujourd’hui encore la medina. La vieille ville, justement, frappe d’abord par son immense taille (1km sur 250m, contre 500m sur 100 à peine pour Mahdia ou 500m sur 200 à Sfax) et éblouit par le nombre de trésors dont elle recèle (mosquées, résidences ou palais privés, mausolées...). A cette force, cependant, faut-il mettre en parallèle les faiblesses liées à cette meme immense taille : grands axes très touristiques, et surtout hétérogénéité frappante (ruelles trads riches en commerces, couvertes ou non, grande mosquée au centre... mais un peu plus loin quartier refait, à l’air libre, ou grandes traversées en reconstruction). Ainsi après mûres réflexions, il convient de ne point déloger la magnifique medina de Sousse du haut du podium national. Le nombre de photos à Tunis, ceci dit, force le respect.
L' avenue Bourguiba se prolonge sur un bon kilomètre, pour déboucher sur l'une des portes de la vieille ville, Bab al Bahr
L'un de ses axes principaux, qui mène à la grande mosquée, est über touristique
La mosquée Zitouna, puisqu'on parle d'elle, est quasiment fermée à la visite (horaires limitées, espace ridicule où les touristes sont cantonnés, sans pouvoir pénétrer la cour et encore moins la salle des prières). Heureusement qu'on a le mot magique ANA MUSLIM ! Impossible derrière, d'ailleurs, de s'affranchir du ticket d'entrée (quand bien même j'explique vouloir soutenir l'économie en tant que touriste, etc.)
L'édifice actuel date des Aghlabides, IXè comme à Kairouan, sur les ruines également d'une première mosquée du VIIè siècle. Les Turcs embellirent un peu le truc au XVIIè.
Notons enfin qu'on a ici aussi le droit aux paillassons cheap :nerd: et que Zitouna signifie "olivier", car la légende veut que se trouvait sur le site l'arbre en question (les olives-olivettes de Tunisie sont très très cultivées, c'était limite la marque de fabrique économique du protectorat ndlr)
Nous voilà repartis dans les ruelles, un peu plus loin cette fois
Et c'est là que commence le spectacle ! Il a bien fallu faire une sélection photographique, notamment parmi les dars, ces maisons privées parfois richement décorées dont on ne devine rien de l'intérieur en passant devant.
Nous avons également repéré quelques jolies portes :love:
Ah le sympathique lieu ! Ibn Khaldoun, le grand philosophe-voyageur (au moins), est né à Tunis en 1332 et a donné son nom à la modeste madrassa où il commença ses études coraniques. Je sais ce que vous pensez, il aurait pu se garer ailleurs :nerd:
Un mausolée assez incroyablement planqué dans la vieille ville. Y reposent tout de même les beys, souverains (rois, kind of) de la dynastie husseinite (1700-1957, plus de ça avec la République !)
Un nouveau dar, un peu plus loin, dont le jardin gagnerait à être chwaï entretenu :o
BACK TO THE SOUQ :nerd:
Voilà qui illustre un peu mon sentiment ambivalent, au sujet de la medina : dans des rues pareilles (fort jolies, en outre), au nord, on s'y trouve officiellement encore. Mais quel rapport avec un autre quartier, à fortiori le centre historique ?
C'est néanmoins dans le coin que je fis l'une de mes plus belles visites, celle du dar Lasram (du nom de son propriétaire, fonctionnaire militaire du XVIIIè qui s'était fait donc plaiz) aujourd'hui occupé par l'association Sauvegarde de la medina.
Il faut d'importances précisions, à ce sujet : la vieille ville a été, reste menacée par un abandon certain. Il y a d'une part une émigration rurale, forte à partir de l'indépendance, tandis que les bourgeois partaient s'exiler dans les banlieues résidentielles en emportant les décors intérieurs voire les facades, lorsque ce ne sont pas des antiquaires qui passèrent par là. Il a fallu que l'Unesco intervienne, ainsi que des associations comme celle en question.
Une chose est sûre : avec 4 étages et des pièces d'un luxe vertigineux, les kopains ont de bons locaux :love:
On conclue avec l'histoire plus récente de Tunis, qui a joué un rôle considérable dans la Révolution de l'hiver dernier. D'une part ce tag du franco-algérien Bilal, qui se cache derrière le "zoo project" (hommage aux martyrs de la Révolution dans les rues de Tunis, les médias français en ont fort parlé)
D'autre part, la poursuite des mouvements (une Révolution se fait en continu, on reviendra là dessus) avec ce vendredi une manifestation prévue Place de la Kasba (extrême-ouest de la medina). Présence sécuritaire massive, en tout cas, pour un rassemblement qui fut un semi-échec (beaucoup de Tunisiens semblent estimer que le temps des manifestations est passé, qu'il faut reprendre le travail en attendre patiemment les élections d'octobre ; "l'anarchie" risquant de profiter aux radicaux, religieux ou non)
Et on finit par une simple évocation de la "nouvelle ville" qui fut surtout construite par les Français au premier XXè siècle. Le théâtre municipal (qui donnait, les deux soirs où je fus présents, des concerts de musique arabe) se trouve sur le boulevard Bourguiba même.
Si ce réjouissant visage a laissé place à un autre, le jour même, c’est pour un ensemble de raisons qui sont à la fois imputables à mon humble (et/mais aimable) personne (galères techniques, mauvaise organisation) mais aussi à la capitale même : infrastructures frustrantes, sites décevants et isolés les uns des autres. Car après avoir mangé vite-fait, je me suis rendu dans la banlieue ouest de la ville dont le Musée Bardo contient, outre quelques pièces puniques ( Carthage), un très lourd catalogue de mosaïques romaines. Encore faudrait-il que la gestion des travaux qui affectent l’établissement soit moins bordélique (80% des collections inaccessibles, ya Allah !).
Le Bardo prend cher, désolé pour les puristes. Quelques mosaïques et puis khalas :/
Faut dire qu'1 km de marche au soleil (station de métro "Bardo" fermée, ya rly !) + 20% seulement des salles ouvertes, ça vous change un homme :nerd:
Allez, pour la beauté du geste : Letriomphe de Dionysos, mosaïque avec des allégories des quatre saisons. Et il y en a des milliers d'autre dans le genre, parait-il :fou:
Il fut décidé de ne point en tenir rigueur à la capitale, et joyeuse humeur + optimisme furent rigoureusement conservés pour aller à l’autre bout du grand, grand Tunis (l’agglomération compte 2 millions d’habitants et ses sites peuvent être séparés de plus de 10km), à plus d’une heure plus loin via le tramway et le train de banlieue plutôt sympathiques. Carthage. La ville, fondée par les Phéniciens (remember Tyr, Liban !) vers le IXè siècle avant JC, va devenir un centre d’influence considérable au point de dominer la Méditerranée au IVè-IIIè siècles avant JC. Le centre du monde, jusqu’à que Rome y mette fin de façon laborieuse (3 « guerres puniques » seront nécessaires, aux IIIè et IIè siècles avant JC ; c’est Hannibal de Carthage qui avait remporté la seconde, traversant notamment les Pyrénées puis les Alpes avec 90.000 fantassins, 12.000 cavaliers et 37 éléphants !.. avant de fatalement hésiter avant de marcher sur Rome, 215 avant JC) et carrément violente (le Sénat ordonne la destruction totale de la cité, dont le sol est maudit). César décide néanmoins d’y établir quelques temps plus tard une nouvelle Carthage, romaine donc, qui connaîtra prospérité aux IIè et IIIè siècles après JC avant qu’un assoupissement certain s’empare de la cité, peu développée par les Byzantins avant d’être carrément détruite par les Arabes à leur arrivée fin VIIè (les pierres et blocs de marbre serviront à construire Tunis). Well donc un ex-centre du monde, sur le papier la visite devait être magnifique, d’autant plus que Carthage surplombait vraiment de façon idyllique le Golfe de Tunis. Sauf que les Romains puis les Arabes ont tout détruit ! Il ne reste quasiment rien de la mythique cité, quelques blocs de pierre avec la belle vue certes mais qui ne méritent franchement pas la pénible excursion que l’isolement du site impose. J’étais bien blasé, ma foi.
Le "métro" est en fait un tramway avec quelques lignes
Il est joliment complété par le "TGM", Tunis Goulette Marsa, qui pousse vers le nord-est du grand Tunis (zommez sur la carte google, pour vous donner une idée des distances)
Et voilà Carthage, merci d'être passé. Pardon pour cette violence :o
Heureusement qu'il y a un petit musée sur le site :napo: une reconstitution de la punique Carthage, well...
On y trouve tout de même une jolie mosaïque représentant les noces de Neptune et d'Amymoné :)
Dans le fond, la dernière étape de l’après midi s’est bien accordée avec l’ambiance quelque peu morose : il s’agit du célèbre village de Sidi Bou Saïd, perché sur les falaises surplombant le Golfe, et que les cartes postales, le soin des autorités coloniales à conserver cet îlot orientaliste (le bled est protégé depuis 1915), et quelques illustres fans (Flaubert, Chateaubriand, Gide, Beauvoir, Foucault, le peintre suisse Paul Klee...) ont rendu célèbre. Well c’est un Disneyland touristique avec de certes jolies vues, j’ai pris quelques photos et suis parti en courant !
J'ai décidé, dans un élan humaniste, de ne publier que les photos jolies et aimables de Sidi Bou Saïd. Celles qui collent à l'image trad du village, yani (i mean).
Nous avons donc testé pour vous :nerd: les hôtels pépers
et leurs terrasses de luxe (pas regardé la carte, mais le loyer doit se faire sentir sur le prix du schweppes) (je précise que je ne bois pas de schweppes :nerd:)
Des plages et une jolie baie avec des bateaux de riches. La belle vie quoi (ou pas)
Alors Tunis, une capitale pas tout à fait à la hauteur des espérances ? Que nenni ! Loin d'avoir conservé en moi la frustration qu'ont suscité mes visites "hors les murs" de l'après midi, je garde une image tout de même assez superbe de la capitale. C'était jeudi soir, déambulant sur l' avenue Bourguiba, m'émerveillant de la joyeuse vie qui régnait alors en ces (désormais mythiques) lieux. Ce fut vendredi soir, à nouveau, rentrant de Sidi Bou Saïd, traînant un peu sur cet axe central sur lequel il est si bon, quand la température a baissé, de flâner. Touché par la beauté des gens de la capitale, qui s'approchent si joliment de la synthèse Occident-Orient source de puissants fantasmes chez moi ; m'émerveillant de ces kiosques dont l'offre de presse est pléthorique, de ces cinémas, de ces librairies franco-arabophones, des terrasses où l'on discute jusque tard dans la nuit, de ces commerces qui restent ouverts, de cette vie nocturne que l'on prépare avec précaution. Voilà bien le visage qui reste, de Tunis, la jolie capitale du merveilleux pays.
SIDI BOU SAÏD SAURA VOUS SEDUIRE :nerd: just joking
Lors de la magnifique arrivée, jeudi soir. We was there ! :love: | | | À: Lsttx · 18 juillet 2011 à 2:45 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 46 de 72 · Page 3 de 4 · 5 759 affichages · Partager excusez moi je me permet de vous corriger une erreur (balad, pays, bouldan au pluriel) bonne continuation | | | À: Kidokan15 · 20 juillet 2011 à 19:24 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 47 de 72 · Page 3 de 4 · 5 717 affichages · Partager oui tu as raison khey ! ça la fout d'autant plus mal que c'est le titre du carnet :D une kopine me l'avait fait remarquer sur le blog direct mais je n'avais pas pris le temps de vérifier... damned, c'est en plus l'un des tous premiers mots que j'ai appris en arabe, il y a quelques années alors que je débutais !!!
Je transmets le dernier billet de Tunisie. Les nouvelles seront bientôt algériennes :) love! | | | À: Kidokan15 · 20 juillet 2011 à 19:51 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 48 de 72 · Page 3 de 4 · 5 711 affichages · Partager 18 juillet 2011 Epilogue tunisien
Deux jolies villes du Nord du pays, quelques drôles de rencontre et un déjeuner pour l'Histoire : la partie tunisienne du voyage s'est achevée ce samedi 16 juillet, tranquillement.
Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande
J'ai quitté Tunis assez tard, ayant quelques formalités à expédier avant l' Algérie (achat d'un deuxième guide papier, pour l'honneur, et surtout beaucoup de cash car les cartes bancaires étrangères ne passent pas ou presque de l'autre côté de la frontière). J'étais tout de même, al hamdu lillah, arrivé à Bizerte pour le déjeuner. La visite fut très sympathique, pour tout un tas de raison. D'abord un bon timing, puisque j'eus environ 2-3h pour explorer et manger avant le départ de mon bus pour la frontière algérienne (ndlr : se renseigner sur le bus suivant est quasi-systématiquement la première chose faite, anywhere) et que j'eus la chance de plutôt bien exploiter ce court temps. Ensuite, la vieille ville de Bizerte est très charmante, comme assoupie, s'offrant facilement à la visite. Surtout, le point le plus au nord de l'Afrique (si si) a une histoire assez attachante : comptoir phénicien, carthaginois puis colonie romaine ( Hippo Diarrythus), elle doit ses vieux murs aux Aghlabides (que l'on connaît bien maintenant, right) puis subit au second millénaire (sic) les affrontements entre Espagnols, Turcs puis Français qui investirent massivement le bled, faisant de Bizerte l'une de ses principales bases maritimes en Afrique du Nord. Au point d'ailleurs que les troupes ne s'en retirèrent qu'en 1961-63, plus de cinq ans après l'indépendance, à un prix incroyable (affrontements à balles réelles dans la ville, plusieurs centaines de mort) ! Après avoir flâné plutôt joliment ici et là, je décidai de me lâcher sur ce qui devait être mon dernier repas en Tunisie : je me rendis au Sport Nautique, restaurant dont la renommée est nationale.
Le très joli port trad de Bizerte, avec les murs de la Kasba fondée par les Ottomans au XVIIè
Et voilà de l'autre côté
Les remparts de la Kasba, de plus près (plein de jolies places comme celle-ci, youpi)
Dans la medina, la grande mosquée est bien planquée - et petite
Une vue de Bizerte, depuis le surplombant "fort espagnol" que j'aurais dû prendre en photo car il est mignon comme tout
Retour dans la vieille ville, direction
l'une des places principales de Bizerte, où se tient le marché au pied d'une de ses mosquées :)
Mais attention l'heure n'est plus aux photos touristiques car nous voici arrivés au restau :fou: entrée salade de tomate-oignon + olives-harissa toi même tu sais :cool:
service GHETTO le kopainserveur, amusé par ma crasse ignorance culinaire, finit par me montrer un des poissons (attrapé par la queue, ya rly) : "celui là ça ira ?" :nerd:
Le cadre évidemment p.i.m.p avec dans le coin des types sur la terrasse surplombant le port, lunettes de soleil un peu comme dans Le Parrain. J'imagine bien les gras colons, à l'époque.
Je crois que c'était de la serre :o avec du riz, des frites (toujours) et la mechouia, i.e. salade tunisienne de tomates, poivrons, oignons et aubergines grillés-hachés-assaisonnés d'huile d'olive et d'harissa (of course :o)
A peine remis de ces culinaires émotions, j'étais en route pour Tabarka. La ville, à quelques kilomètres de la frontière, organise depuis une quarantaine d'années un festival de jazz qui a gagné une notoriété mondiale (remplacé depuis 2010 par un festival de salsa, are u kiddin?) et dispose d'un très joli coin aménagé au bord de l'eau (corniche, petit port de plaisance, loisirs..). Arrivé en fin d'après midi (il y a bien 200 bornes depuis Bizerte, et plus on se rapproche de l' Algérie plus la route gagne les montagnes), j'étais assez heureux que cette image assez paisible des familles dînant sur les terrasses, les gamins jouant au foot ou sur la plage, soit l'ultime d'un pays qui m'a apporté tant de joies.
La très jolie route, jusqu'à Tabarka
Les bateaux tranquillous avec la lumière de fin de journée. Notez le fort au second plan, bâti par les génois qui contrôlèrent la cité du XVIè au XVIIIè
La paisible plage
Plein de petits playgrounds. Il y avait même un match de tennis officiel juste à côté :love:
On ne l'a pas beaucoup vu, Habib Bourguiba. Sa statue se trouve au centre de Tabarka, parcouru jusqu'à tard par les djeunz du coin
Ceci dit la route fut loin d'être sans histoires ! Dans un drôle d'enchaînement, j'ai vécu lors de ces dernières heures tunisiennes de bien singuliers épisodes. Tout d'abord partant de Bizerte, le trajet s'est fait dans un bus parfaitement bondé, en notoire surcharge (à la grande colère d'un des responsables de la ligne de bus, qui ne voulait pas nous laisser partir), en raison du grand nombre de militaires quittant la base locale pour le weekend dans leurs bleds respectifs. L'ambiance était franchement joyeuse, l'anarchie semblant tout à fait ravir les jeunes pousses, et le côté surréel de la situation donna au reste du voyage une grande beauté, d'autant plus que les arrêts au bord de la sublime route et les silhouettes carrées s'éloignant du véhicule pour rejoindre les villages haut perchés rythmaient joliment l'aventure. Celle-ci prit un autre tour dans les dernières dizaines de kilomètres avant Tabarka, moins ludique dans la mesure où la diminution du trafic entraînait, pour le voyageur indépendant, l'obligation d'enchaîner les louages jusqu'à destination. L'heure, cependant, avançait, et en arrivant vers 16h à Ouechtata (véridique) je pris bien conscience de la forte probabilité d'avoir à dormir sur place (ce qui compliquerait mon départ pour l' Algérie le lendemain)... et décidai donc de partir à pied, attaquant les 20 dernières bornes seul jusqu'à qu'une voiture daigne me prendre en stop ( à la Tamezret , ah ah!). J'ai ainsi marché, assez longuement pour laisser derrière moi toute trace de ville et me retrouver plus ou moins au milieu des forêts bordant la route, jusqu'à que deux policiers viennent mettre fin à ma belle échappée. D'abord pour me protéger des loups (ah ah), ensuite me révélant que des braquages arrivaient parfois en cette région frontalière, et qu'il était mal avisé pour quelqu'un de seul, à fortiori un touriste, de s'y aventurer ainsi alors que le soleil se couchait. D'abord assez choqué par mon arrestation (ah ça, qu'on ne touche pas à ma sacro-sainte liberté de mouvement ! j'étais surtout préoccupé par le timing), j'oscillais entre l'agacement envers les kopainflics et l'espoir que leur promesse VO de me trouver un véhicule n'ait été un simple argument pour que je finisse par monter à l'arrière de l'une des deux mobylettes, m'obligeant à faire machine arrière (poste de Ouechtata). Le policier qui s'était montré le plus sévère à mon égard me dit d'attendre un peu, partit seul dans la ville chercher un louage spezial pour le touriste qui m'emmena bel et bien à Tabarka. Allez, pardon pour mon impatience et sans rancune les kopains. La famille a le dernier mot amoureux !
Dans le bus de Bizerte, mission trouve-le-moyen-de-poser-tes-pieds-sans-ruiner-ton-sac
:mdr: dans le rétro, l'épaule blanche est celle du conducteur
Malheureusement pas de photos pour illustrer ma rocambolesque aventure policière. Mais j'en ai du superbe paysage, entre Bizerte et Tabarka !
Les cueilleurs sont les petits points de couleur sur la surface verte :)
"il y a des sangliers", m'a-t-on aussi dit au début :nerd:
Ouechtata forever !
La conclusion de ces 8 jours tunisiens me pousse naturellement à taper une esquisse de synthèse, revenant sur la très grande quantité de magnifiques petits épisodes s'étant enchaînés cette longue semaine. Y repensant, je reste frappé par l'équilibre assez miraculeux qui fut maintenu entre les superbes rencontres, dialogues, échanges et les visites de sites d'une richesse forçant le respect. Comme si les douceurs avaient su passer d'une sphère à l'autre, sans qu'à aucun moment je ne me mette à regretter d'avoir trop de l'un ou de l'autre (c'est alors, après plein de rencontres, qu'une visite de fou intervenait - Dougga - ou à l'inverse - Sfax, Kasserine). Serait-cela, la clé de mon bonheur tunisien ? Cette alchimie s'est construite très régulièrement, conservant sur un plan émotionnel la force quasi-inimaginable des inoubliables premiers jours.
Pour finir, je vous propose donc une sélection very personnal d'inclassables photos :) à Tunis, les frères ensemble ! (ndlr drapeaux tunisien, algérien et du CNT libyen)
Dans un cybercafé de Tabarka. Tous les jeunes sur facebook, parfois pour s'essuyer les yeux indeed ! Rappelons, au sujet de la femme (car j'y pense, là), que le libéralisme assumé du code legislatif tunisien ne saurait balayer facilement, même après plusieurs décennies, les structures sociales profondément patriarcales. On a certes moins senti ces dernières à Tunis, et encore...
SI SI ! on est là pour représenter :cool:
Avenue Bourguiba, Ministère de l'intérieur sur la gauche (d'où le char, les barbelés et les nombreux soldats avec fusil en bandoulière)
Pantalon fashion accroché à la porte d'une mosquée (vieux Tunis)
Dougga :)
Quittou ! Les chats affamés font cruellement partie du paysage tunisien, particulièrement dans les medinas.
Sur la Tunisie elle même, il y a tout de même de quoi être franchement optimiste. Voilà un pays qui, avant même la pérennisation de la présence française au XXè siècle, avait étonné les observateurs par la force des structures sociales et le niveau plutôt bon, relativement, de l'instruction, l'existence précoce d'une élite lettrée que le colonisateur ne fit que développer par la suite. Avec Bourguiba, le pays a eu un despote à l’œuvre impressionnante, d'une importance historique écrasante dans de nombreux domaines économiques et sociaux (surtout sociaux : maîtrise remarquable de la démographie, développement puissant de l'instruction scolaire, libéralisation de la législation relative à la femme). La libéralisation économique, principalement mise en œuvre sous Ben Ali, a elle aussi produit de remarquables fruits qui ne demandent qu'un soupçon d'efforts supplémentaires, en partie institutionnels, pour donner aux Tunisiens des emplois stables, une économie viable sur le long-terme, un modèle de développement soutenable et souhaitable. Avec la sublime Révolution de l'hiver dernier, gageons qu'un premier pas a été engagé sur cette belle voie. Demain, peut être bien, la Tunisie redeviendra ce phare que l'antique Carthage fut pour la Méditerranée des siècles durant.
Mahdia
A Sfax, j'ai eu le plaisir de visiter le Consulat français qui exposait des affiches réalisées par les étudiants de l'institut supérieur des beaux arts de Tunis. Le thème ? Cha'b yourid ! ("le peuple veut", chant de la Révolution)
On se réveille, la France !
Les librairies, à Tunis notamment, font très plaisir.
Au Kef
Allez la famille, paix et amour :) | | | À: Lsttx · 21 juillet 2011 à 12:52 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 49 de 72 · Page 3 de 4 · 5 972 affichages · Partager merci khey ! tu as raison, le ramadhan est tout à fait riche en découvertes culturelles. D'ailleurs je l'avais joyeusement (ou non joyeusement) vécu en 2009 en Palestine, Syrie, Turquie. C'est intéressant, donc, mais pour quelqu'un qui bouge beaucoup c'est plus embarrassant qu'autre chose (à moins que la fête le soir vale vraiment le coup ! on m'a dit qu'au Caire c'était incroyable, je ne demande qu'à tester Oran rompant le jeune en liesse :))
départ demain soir, arrivée à Djerba ! on commencera par la Tunisie donc.
bonjour
khey???
je ne sais pas comment tu comptes le prononcer lorsque tu seras en Algérie, mais je crois que kho serait plus compréhensible, voire akhi si tu veux te la raconter.... 
sinon, la période n'est pas vraiment fameuse, tu vas te retrouver avec tous les enfants français d'immigrés....surtout à Oran  | | | À: Lsttx · 22 juillet 2011 à 13:19 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 50 de 72 · Page 3 de 4 · 5 931 affichages · Partager cool :) best way pour découvrir les gens, right ! par contre ma chère, je suis dans le sud tunisien depuis 3 jours et pour une femme seule cela risque d'être un peu gênant, compliqué si tu n'as pas de voiture. La Tunisie très originale (par rapport à ses voisins) sur les droits de femmes certes, m'enfin...
D'ailleurs je transmets mon premier (et bien modeste) papier, que j'avais oublié de mettre sur VF ! pardon pour ce petit retard. Love!
Bonjour
je ne pense pas que cela soit gênant : j'ai voyagé seule en Tunisie au Maroc et en Algérie (car il s'agit bien de cela : traverser des pays à forte image paternaliste concernant le rapport qu'ils ont à la femme....  c'est très "PC" ce que je dis  ) je n'ai eu aucun problème....on est beaucoup plus respectées....en tant qu'étrangères.... ce n'est que mon expérience....après certaines fois, valait mieux que je ne comprenne pas l'arabe.....m'enfin | | | À: Lsttx · 22 juillet 2011 à 13:27 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 51 de 72 · Page 3 de 4 · 5 940 affichages · Partager ah mais on va me faire passer pour un vieux con :o je précise
j'ai passé les 4 derniers jours dans le sud tunisien, complètement libre, faisant du stop, discutant avec plein de gens (merveilleux). ceci est impossible pour une femme seule. Il est sûrement tout à fait possible de voyager seule sans voiture, dans cette région par exemple (j'arrive à Sfax, au centre-est ; 2è ville du pays, on perçoit vite le libéralisme, en comparaison à Tataouine et cie) ; mais sans tous ces échanges, qui à mes yeux sont la matière première de l'expérience.
Mais ce doit être tout à fait possible, en effet ; je me corrige un petit peu ainsi.
    
si c'est possible..... et mes meilleures souvenirs restent l' Algérie....sans voiture.... seule....utilisant les mêmes moyens de transport que les algériens.....les cars, les taxis, les G9....ben oui, ya pas que les gars qui peuvent faire ce type de voyages | | | À: Vifi · 23 juillet 2011 à 11:06 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 52 de 72 · Page 3 de 4 · 5 916 affichages · Partager khey, c'est la version française :) très usée dans le hip hop français, notamment. evidemment ici, c'est plutôt "khouya", qui vire effectivemment au "kho". j'ai arrêté de test mes "akhi", qui ne suscitent généralement pas grand chose d'autre qu'une certaine incompréhension (je généralise un peu, m'enfin :D)
merci pour ton témoignage intéressant. tu conviendras que les hommes, de façon certes un peu généralisante (encore!), sont loin de considérer les femmes comme les égales des hommes, étrangères ou pas. A mes yeux s'effondre ainsi l'intérêt des discussions, comme lorsqu'il m'arrive de comprendre qu'on a engagé la discussion par seule pécuniere motivation (chauffeur de taxi, vendeur dans une boutique pour touristes... assez rare tout de même, mais j'y ai eu le droit en Tunisie)
enfin des nouvelles algériennes ! :love: | | | À: Lsttx · 23 juillet 2011 à 11:21 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 53 de 72 · Page 3 de 4 · 5 912 affichages · Partager Débuts algériens ; accueil, sites, Kabyles au top (1/2) Il y avait bien, il faut l’admettre, une certaine appréhension avant d’entrer en Algérie. La sécurité, les relations entre le pays et la France, les forces de sécurité... j’avais comme dans l’idée que je regretterais assez vite la Tunisie, son calme. Et pourtant ces premiers jours furent tout à fait superbes !
Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande
Un mot tout d’abord sur le formel passage aux frontières, dimanche 17 matin, déroulé sans accroches et sur fond de paysage de fou. L’approche de Tabarqa avait, la veille, donné le ton géographique et l’on est resté dans les mêmes sublimes eaux (modestes monts, recouverts de forêts, qui se jettent dans la mer) jusqu’à Annaba. La grande ville de l’est algérien fut en effet ma première étape, et si elle fut si réussie principalement en raison d’une rencontre elle avait démarré sur les chapeaux de roue. J’avais en été déposé en collectif ( louage algérien) en périphérie d’ Annaba (les « gares routières » se situent généralement en lisière des centres urbains et nécessitent une petite course en taxi), et il se trouve que le premier site à visiter se trouvait à quelques centaines de mètres de là. Arrivé au « portail », je sonnai, frappai, mais compris qu’il me faudrait un peu attendre (il était midi 30) alors je me suis assis sur le bord de la route. C’est alors qu’a débuté l’enchaînement tout à fait divin : d’abord un homme dont l’entreprise donnait sur la route me pria d’entrer, me donna à boire manger etc. Il s’agissait d’un employé de Naftal, le Total algérien (public ! filiale de la puissante – et toute corrompue - Sonatrach qui gère le pétrole national), d’où le portrait de Bouteflika au dessus de moi. Présenté à des collègues, nous avons papoté en frarabe (je reviendrai sur les langues) avant qu’on me signale que je pouvais enfin accéder à mon antique site. A peine la famille remerciée-saluée, je rencontrai sur place Amine, étudiant d’ Alger venu passer quelques jours à Annaba en famille... et qui s’était offert une petite excursion solitaire pendant que les soeurs-frères-parents étaient à la plage. Nous avons tout simplement passé l’après midi ensemble, tous les deux touristes (moi j’avais le guide... et lui une voiture ! mumtaz ! parfait !) discutant sur l’ Algérie surtout, l’Islam, Alger, les études. Ce fut assez passionnant, et le très sympathique kopain a rendu la ballade tout à fait magnifique.
Dernières photos tunisiennes... pas mal pour une conclusion :)
L'ultime barrage policier avant le poste frontière quelques km plus loin. "Première fois de ma vie que je vois un français (un blanc, dans sa tête) qui parle arabe", a balancé le responsable à ses collègues
Le paysage, curieusement, semblait s'embellir à mesure que l'on approchait de la frontière..
Je dis "on", c'est en fait le conducteur et moi :p les kopainflics avaient arrêté un louage juste pour moi, la routine maintenant !
masha Allah :love:
Hadada, premier bled algérien. A la frontière, mon interlocuteur a regardé mon passeport avec minutie, m'a longuement regardé... puis m'a lancé marhaba bik (bienvenue) avec un grand sourire (ndlr: contrairement à la Tunisie, la visite en Algérie nécessite une préalable demande de visa)
Nous voici arrivés a Annaba, dont le centre fut tout à fait bâti par les Français comme cela se voit plutôt
Pardon pour la photo prise en train de discuter... Au cœur d' Annaba se trouve le "cours de la Révolution", avenue assez large comprenant de vastes terrasses et d'agréables endroits pour discuter a l'ombre
La plage est a quelques kilomètres du centre, heureusement qu'il y avait Amine ! J'ai même pu dire bonjour à la famille du coup.
On aura bien remarqué que j’ai gardé secrète l’identité du premier site visité, et ce stratagème a bien une raison : c’est que l’histoire la plus récente de l’ Algérie a considérablement assombri son visage touristique, et que l’on a tout à fait tendance, en France, à sous-estimer la puissance historique et culturelle du pays. Pour la culture, c’est quelque chose qui sera développé dans les paragraphes suivants à l’occasion de ma petite excursion kabyle, mais pour l’histoire on y était déjà, à Annaba, quelques heures après l’entrée dans le pays puisque la ville antique, Hippo, fut fondée au XIè siècle avant JC par les Phéniciens avant d’être numide (les Berbères qui étaient parvenus à monter un bon royaume en Afrique du Nord, III-Ier siècles avant JC), alliée de Carthage, romaine ( Hippone) puis (maintenant on connaît) vandale, byzantine, arabe, espagnole, ottomane, française ! C’est sous les Romains qu’elle cartonne tout de même bien, au point qu’y est nommé évêque après sa conversion puis y meurt... Saint Augustin, svp (ndlr keumême: plus grand théologien chrétien du Moyen Âge, superstar à ses IV-Vè siècles). Les Français eurent la grande idée de bâtir, sur la colline surplombant le site antique, une basilique qui prît le nom du grand homme (mais qui a mal vieilli), d’où la jolie photo d’ensemble. Ma foi, c’était une très bonne introduction d’un point de vue touristique !
Le site est donc lui divisé en deux parties : les charmantes ruines d'Hippone d'une part
Et la basilique Saint Augustin d'autre part, surplombant le site archéologique. La perspective est tout à fait sympathique.
La basilique, ceci dit, n'a pas über bien vieilli :o
L'interieur n'est pas non plus dantesque (si je puis dire). Ah ah la visite était tout de même ponctuée de questions très sympathiques d'Amine qui visitait "pour la première fois un lieu catholique" : comment on prie ? A la messe quand est-ce qu'on mange ? :love: je rappelle au passage le gros kiff chrétien à Jéru, 2 years ago, au Saint Sépulcre
Le tombeau de Saint Augustin se trouve à Pavie, en Italie bien sûr... mais Annaba a le droit de se consoler (ou pas) avec son "cubitus", un os du bras (really real).
Comme nous avions assez longuement vaqué avec Amine, ce fut en fin de journée que je gagnai Constantine. Autre grand centre urbain de l’est algérien, autre cité au très riche passé, la ville est située dans un cadre extraordinaire : le plateau rocheux sur lequel elle fut bâtie, il y a plus de 3000 ans, n’a cessé d’être creusé par un oued (cours d’eau) qui en a fait un rocher suspendu au-dessus de profondes gorges, et que d’immenses ponts lient aux routes périphériques. Les vues sont superbes, mais Constantine a aussi de nombreuses petites beautés dans sa vieille ville qui fut visitée le lendemain, et qui rendirent cette deuxième étape jolie comme tout. Quelques épisodes, en outre, furent particulièrement mémorables : déambulations et discussions avec des gamins sur la place centrale, bondée le dimanche soir, moment très apaisant avec une jeune guide au français parfait dans les murs du magnifique Palais d’Ahmed Bey le lundi matin, suivi quasi-instantanément par une rencontre musclée. Passant devant l’immense et joli fort surplombant la vieille ville, je voulus faire mon malin en prenant l’une de ses jolies et massives portes d’entrée alors que les militaires occupent notoirement l’édifice. Quelques commerçant m’ont regardé avec un air mi étonné-mi inquiet, et j’étais pris assez vigoureusement par le bras par un homme en civil qui me fit entrer, justement, dans le fort. Je n’ai pas eu le loisir de visiter l’ensemble, comme on peut l’imaginer, puisqu’il me fut demandé simplement – et fermement – de supprimer la photo avant de me faire jeter dans la rue ( saHa, à bientôt). Un peu choqué, je n’ai pas eu la présence d’esprit de demander aux militaires qui m’entouraient alors si travailler pour l’institution qui fait tant de mal au pays (on va avoir le loisir de revenir là-dessus) ne les dérangeait pas. Tant mieux, je pense.
En route pour Annaba, une petite centaine de kilomètres dans un collectif. De la musique, de jolis paysages et une bonne leçon de conduite dont on reparlera !
La route flirtant régulièrement avec les hauteurs, nous avons bien mis 3h pour arriver
Assez frappé par la beauté des vallées. Début sur les chapeaux de roue sur ce point, comme en Turquie !
Voici Annaba, très joliment perchée. Un peu frustré par mes photos des extérieurs de la ville tout de même, j'ai sous estimé la faible luminosité à mon arrivée vers 19h30 (nuit vers 20h30)
Dans la ville, qui sent bien également la présence française
La même photo, avec un peu plus de recul pour englober la grande place avec les cafés. Présence très masculine, de jour comme dans la soirée.
Sans transition on lance l'introduction à la cuisine algérienne, certes assez proche de ce qui se fait chez les voisins. Néanmoins ! La typique chorba, soupe qui peut être servie avec du blé concassé et de la viande comme ici, accompagnée de bricks à la viande, ici boreks (c'est moins joli :o)
Le lendemain, dans le Palais construit juste avant l'invasion française (pas de chance). Occupé par les militaires français puis algériens, il a subi 25 ans de rénovations (oui oui) avant d'être ouvert au public en 2010 ! Il reste du travail, ceci dit, avant d'en faire un musée à 100% (projet dont m'a informé la guide)
Il faudra débroussailler un peu aussi :o les photos ne rendent guère la jolie lumière et les sympathiques chants des oiseaux, conférant à l'ensemble une très jolie tranquillité
ah youpi.
Dans les jolies rues de Constantine surgissent parfois d'impressionnants monuments aujourd'hui souvent occupés par l'administration. L'horloge est signée d'une entreprise parisienne
L'un des ponts de la ville
Au bout du gros rocher sur lequel est fondée Constantine (rebâtie par les Romains à la suite d'une rebellion en 311, prenant du coup le nom de l'Empereur), la vue est magnifique
Site dont l'on me recommanda plusieurs fois la visite finalement non effectuée, le monument aux Constantinois morts pour la patrie (française!) fut inauguré en 1930
Ces premières 24 heures avaient été plutôt rondement menées, ayant eu une certaine chance au niveau des transports notamment (les bus ou cars sont très développés en Algérie, et les collectifs complètent assez efficacement) ; il était tout de même flagrant, dès ces débuts, que la donne technique était nouvelle avec une multiplication par deux ou trois des distances par rapport à la Tunisie. L’après-midi de lundi permit de confirmer la chose, avec la visite de Timgad, accessible à partir de Constantine (i.e. 100km au Sud, avec une route en montagnes donc bien 2h de route !). Chaleur accablante, site assez long à parcourir et même quelques collègues (touristes) algériens m'empêchant de jouir d'une parfaite solitude... il n'est resté, assez rapidement, quasiment rien de ces légers désagréments face à l'extraordinaire beauté du site. L'antique Thamugadi, fondée par les Romains au premier siècle après JC, frappe d'emblée par son organisation de l'espace, quasi-parfaitement structurée par rapport à deux axes perpendiculaires ( Decumanus Maximus d'ouest en est, Cardo Maximus du nord au sud). Il ne reste pourtant pas grand chose d'entièrement conservé (un Arc, tandis que le bel amphithéâtre fut en fait reconstitué par des archéologues français) et vu d'ensemble, le site apparaît tout à fait comme un champ de ruines. Cela dit, les lignes apparaissent si clairement que c'est un pur bonheur d'en envisager la totalité sous un nombre infini d'angles, comme je le fis avec tant de joie. C'est bercé d'euphorie que je répondais, une grosse heure plus tard à ma sortie, aux questions "pour les statistiques du site" d'un employé des services de sécurité en civil. Gros kiff !
En route, toujours de jolies choses :)
Tac direct, Cardo Maximus. Je précise avoir fait une sélection très serrée des dizaines de photos prises sur place !
Vite, une vue d'ensemble :love:
Il ne reste pas grand chose du Capitole... deux colonnes d'une dizaine de mètres tout de même :o
Au bout du site, se dresse un fort que les Byzantins édifièrent ex-post, au VIè siècle (ndlr après la conquête arabe, le site fut délaissé). Je n'ai pas poussé jusque là, souffrant déjà pas mal en tongues avec tant de brousailles à traverser !
Derrière la petite colline, le théâtre aperçu tout à l'heure. On distingue bien les formes des anciens Thermes !
Le Capitole, avec au second plan l'Arc de Trajan
Le voilà de plus près, et les bons restes de route donnent une bonne idée de l'entrée dans la ville, il y a quelques siècles :)
On finit en évoquant la multitude de lieux publics spécifiques, entre les maisons. Forum, temples... ici le marché de Sertius, juste à l'ouest de l'ancienne ville. Je ne saurais conclure sans évoquer les angoisses liées à la conservation du site, la dégradation des pièces conservées dans le musée du site étant principalement dûe à un manque de moyens et de personnel qualifié. Les fouilles, en outre, n'ont pas repris depuis l'indépendance. Un exemple comme un autre de la réussite des autorités, dont on aura bien l'occasion de reparler. | | | À: Lsttx · 25 juillet 2011 à 13:29 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 54 de 72 · Page 3 de 4 · 5 873 affichages · Partager khey, c'est la version française :) très usée dans le hip hop français, notamment. evidemment ici, c'est plutôt "khouya", qui vire effectivemment au "kho". j'ai arrêté de test mes "akhi", qui ne suscitent généralement pas grand chose d'autre qu'une certaine incompréhension (je généralise un peu, m'enfin :D)
merci pour ton témoignage intéressant. tu conviendras que les hommes, de façon certes un peu généralisante (encore!), sont loin de considérer les femmes comme les égales des hommes, étrangères ou pas. A mes yeux s'effondre ainsi l'intérêt des discussions, comme lorsqu'il m'arrive de comprendre qu'on a engagé la discussion par seule pécuniere motivation (chauffeur de taxi, vendeur dans une boutique pour touristes... assez rare tout de même, mais j'y ai eu le droit en Tunisie)
enfin des nouvelles algériennes ! :love:
bonjour
oui, la femme n'est et ne sera jamais vu comme l'égal de l'homme, c'est vrai dans la majorité des pays dans le monde...mais bon, perso je vais pas commencer à faire ma vie en fonction de ce que croient les autres.....
sinon, tes photos sont magnifiques, et je reconnais le peuple algérien dans sa gentillesse et son accueil....
enfin (j'allais pas partir sans critque  ) : la chorba, ce n'est pas boulettes de viande haché ou blé   c'est vermicelle (+ viande), et c'est fluide, très leger, citronnée ; mentholée, super extra ordinaire, attens le mois de ramadan et demandes-en.... et annaba est connue pour son conservatisme....tu verras plus d'algériennes dans les rues en kabylie et alger, oran....tente un "khti"  , qui sait.....
Ne sors pas de la kabylie (quitte à prendre quelqu'un en otage) sans avoir bu de l'huile d'olive (la meilleure au monde) et manger du kessra (galette de semoule fourrées ou non de dattes mmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmhhhhhhhhh) | | | À: Vifi · 25 juillet 2011 à 22:45 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 55 de 72 · Page 3 de 4 · 5 838 affichages · Partager ah non ma très chère j'ai écrit "soupe qui PEUT être servie avec de la viande" ! quand ce cher Rim-k (du 113) nous précise dans son classique "tonton du bled" : "pendant 15 jours j'ai mangé que dla chorba" j'imagine que celle-ci est "nature", sans viande (dont le coût, je crois, peut être assez élevé)
bon je suis content j'ai placé rim-k.
Merci pour tes encouragements !! La suite du récit arrive avec du retard. Tu as bien raison pour le "conservatisme" de l'est, j'ai été frappé par Bejaia particulièrement (papier juste en dessous), incroyablement proche de chez nous. Mais aïe je n'ai testé ni les kabyles huile d'olive ou la kessra... mais par contre (j'essaie de me rattraper) j'ai pu tester Amazigh Kateb en concert !! Voilà la suite de mes modestes aventures :)
← Débuts algériens ; accueil, sites, Kabyles au top (1/2) Vers Alger → 23 juillet 2011 Débuts algériens ; accueil, sites, Kabyles au top (2/2) De façon assez inattendue (euphémisme), l'exploration de l'est de l' Algérie s'est poursuivie au même superbe rythme. Surtout, le voyage en Kabylie fut magnifique.
Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande Quittant l'inoubliable Timgad en milieu d'après midi, ce lundi 18 juillet, je n'eus pas trop du reste de la journée pour atteindre Setif à bonne centaine de kilomètres au nord-ouest, progressant ainsi doucement vers la capitale. Arrivé en ville, je me suis très vite rendu à un point qu'il me tardait de voir, le monument aux morts. C'est en effet dans cette ville, avec Guelma, que la France a commis l'un de ses plus grands massacres contemporains, punissant de mort plusieurs milliers d'Algériens après une émeute qui avait abouti au meurtre de plus de cent Européens de Setif (la manifestation du 8 mai 1945, censée célébrer la fin de la guerre, avait tournée à un appel autonomiste-indépendantiste ; dispersion sous les coups de feu des Français, tuant plusieurs manifestants). Assez tendu par l'émotion de me trouver seul en un tel endroit, entouré d'Algériens, j'ai pu constater que le régime n'était même pas capable de rendre dignement hommage à ses morts, le "monument" étant loin d'être à la hauteur de l'événement historique (je précise, en passant, qu'il convient de relativiser la thèse selon laquelle les massacres marquent le début de la guerre d' Algérie ; ce serait oublier que "la Toussaint rouge" de 1954 fut un coup audacieux de la part d'une frange seulement des résistants, et qu'il n'y a eu emballement militaire qu'en raison de la réaction aveugle des autorités françaises, à commencer par celle du ministre de l'Intérieur M. Mitterrand). Plus tard, je soufflais un petit peu, à nouveau très entouré au milieu... de manèges, Setif comptant l'un des rares parcs d'attraction qui n'ont pas fermé durant la décennie sanglante (1990s, guerre civile sur laquelle on reviendra). L'ambiance était assez bon enfant, alors qu'un peu plus loin les rues restaient bondées de jeunes vendeurs à la sauvette, de familles profitant des douces températures en soirée pour flâner sur les grands boulevards de la ville.
Des villas bien françaises à Setif
Que fait un très populaire nu au milieu de Setif ?! La fontaine Ain Fouara fut ornementée de cette drôle de statue sur le désir du gouverneur de la ville, fin XIXè, qui avait été charmé (on le comprend).
Les massacres de Setif et Guelma ont donc "simplement" le droit à une modeste fresque
qui donne directement sur le carrefour (donc ignorée), au centre duquel se trouve cette chose.
La soirée à Setif, ceci dit, fut particulièrement belle grâce à deux longues discussions, avec Saleh jeune étudiant en gestion (21 ans, licence) puis Mohammed ayant lui fini depuis plusieurs années ses études en finance et travaillant... à l'hôtel où je passerais la nuit. Le premier m'a abordé à la pizzeria ghetto où je comptais prendre mon dîner en vitesse (celui ci dura près de 2h finalement, du coup) là où c'est moi qui lança le second, de retour au bercail. Les discussions furent essentiellement politiques. C'est que la situation de l' Algérie est profondément complexe, et que le pays semble se trouver aujourd'hui dans une situation de blocage sous bien des aspects inextricable. A l'origine, il y a clairement un coup de force des partisans du Front de Libération Nationale, au moment (fin des années 1940 - années 1950) où le mouvement indépendantiste commence à se structurer (rappelons que les Algériens furent de loin les derniers à appeler à une autonomie, à fortiori à l'indépendance, quand on les compare aux autres grandes possessions coloniales françaises ; Indochine d'abord, Maroc, Tunisie) ; le mouvement écrase ses concurrents dans la lutte pour le leadership (le Parti Communiste Algérien et le Mouvement National Algérien principalement) puis remporte d'indéniables succès militaires (résistance remarquable à la puissance coloniale, sur le long-terme, jusqu'à l'épuisement - intellectuel surtout, à Paris) qui lui donnent un prestige, une légitimité écrasante pour l'Histoire. Il faut bien prendre conscience de cela : si l' Algérie souffre d'une dictature, d'un piètre développement économique, d'une insécurité endémique et d'une place dérisoire dans le concert des nations (pour ne citer que!), ce n'est pas, comme on peut le penser intuitivement en France, parce que quelques méchants bonhommes ont pris le pouvoir dans la foulée du légitime combat pour l'indépendance. Non, il existait d'autres voies, d'autres hommes : Messali Hadj, Ferhatt Abbas ont fini par être réduits au silence là où ce sont bien ces hommes qui auraient du porter l' Algérie dans la lutte puis la liberté. L'endogamie FLN-armée-Etat aidant, le pays n'a cessé de s'enfoncer dans une crise économique sociale depuis plusieurs décennies, dont les origines sont donc profondément politiques (je résume certes rapidement). A la frontière algérienne, rafraichissant ma mémoire sur l'histoire récente du pays (j'avais surtout eu le bonheur, cette année, de travailler 1830-1962), je ne savais s'il fallait préférer les larmes à la rage pour exprimer la détresse que m'inspiraient mes lectures. Les vies de la plupart des Algériens sont réduites à une sorte de gâchis, le court-terme au bled ou l'émigration pour certains, là où leur histoire, leur richesse ethnique et culturelle, la beauté de leur pays leur confèrent un potentiel extraordinaire, digne des plus grandes louanges. Ainsi, sans revenir à ce point dans l'Histoire avec Mo et Saleh, j'entendais de la bouche des propres victimes, normales, du régime, ce que l'on lit, apprend assez rapidement dès que l'on s'intéresse à l' Algérie contemporaine. Comment, à l'oral de recrutement pour un poste d'enseignant, Mo s'est vu poser de pathétiques questions de forme ("pourquoi voulez vous être prof ?") traduisant l'indépassable situation où prévalent le billet, la connaissance, le piston. Un réseau gigantesque, dont les mailles sont tellement travaillées qu'elles semblent éternelles, voilà bien l'impression que faisaient ces récits ordinaires de jeunes gens, qualifiés, cherchant simplement un travail dans l' Algérie d'aujourd'hui. Et pourtant les choses peuvent changer ! Le pays connaît en quasi-continu de sporadiques révoltes, souvent de jeunes exclus du système scolaire (si ça vous dit quelque chose, c'est normal ; c'est pareil chez nous, à intervalles assez moins régulières pour que les politiques ne se soucient sérieusement des banlieues) ; en janvier 2011 encore, comme naturellement invités par les courageux voisins tunisiens (en fait surtout pour protester contre l'inflation des produits alimentaires élémentaires), le quartier algérois de Bab el Oued s'enflamme, les manifestations se répandant assez dans le pays pour que le centre de la capitale soit affecté plusieurs semaines à la suite. Plusieurs morts, bientôt des slogans contre le régime et pourtant la mobilisation s'effrite assez vite. C'est que l' Algérie, contrairement à Ben Ali qui n'avait d'abord répondu que par la force, dispose d'une considérable manne financière, pétrolière, que le régime a su plutôt habilement débloquer pour calmer les ardeurs ; de façon assez curieuse, d'ailleurs, les manifestations par corps se sont quasiment succédées au cours de ce premier semestre, avec à chaque fois ou presque des autorisations, des blocages de prix, des hausses de salaires, des facilités etc. En souriant, Saleh me montra une tabatière dans le coin de la rue puis la vitre teintée d'une voiture garée à côté de nous : "tu vois ça, ça ? il y a 6 mois ça n'existait pas".
A Setif, le parc d'attractions a du coup quelque chose de puissant ; la ville fut relativement épargnée par les atrocités des 1990s
Un joyeux bordel
Sympathique épilogue, le soir : les cybers avaient fermé, alors un boutiquier m'a invité à passer derrière le comptoir :p
Mardi 19, direction le nord-ouest. Il y avait tout d'abord un autre site antique assez important à visiter, le lendemain de Timgad : Jemila est d'ailleurs assez semblable dans l'idée, colonie romaine dont l'organisation de l'espace n'est certes pas au niveau de la première évoquée, mais dont certains des restes sont en bon état et qui a surtout le mérite d'être située de façon assez idyllique (vraiment pommée au milieu des vallées de pins). J'en parle assez tranquillement, en fait, mais le lieu est tout de même vendu comme "la perle de l' Algérie" ; c'est que la visite fut loin d'être enthousiasmante, le site étant ruiné par une écrasante logistique liée au "festival Jemila" consistant à produire des concerts au beau milieu de l'antique ville. Il y avait eu Khaled la veille (carrément), donc foule, donc le lendemain matin bouffe et papiers un peu partout, militaires assoupis, camions de la télévision officielle etc. On n'est jamais à court de motifs d'incrimination envers le régime, qui organise un peu partout dans le pays ces festivals d'été gratuits et qui ont comme un goût de "jeux", avec le pain que l'on donnait aux Romains (ah ah, justement) pour les endormir.
De très jolies choses en route pour Jemila
Bon j'ai quand même pris plein de photos qui valent le coup, me semble-t-il
Thermes, quelques maisons sont en plutôt bonne forme
Mais seulement...
Un peu plus loin, le site est moins affecté par la grande kermesse
Et c'est alors qu'on comprend pourquoi/comment le site a tant de succès, en outre
Constat d'autant plus flagrant avec le superbe amphithéâtre, bien isolé.
Une prochaine fois peut être...
Sans rancune, je quittais en fin de matinée le site pour l'ultime épisode de cette première partie dans l'est algérien : Kabylie ! Il y a beaucoup de choses à dire. D'abord on a évoqué, en Tunisie, les Berbères qui assument peu ou prou le statut d'autochtones ayant subi l'invasion arabe au VIIè ; si dans le sud tunisien en compte un certain nombre, comme on avait eu le bonheur de tester, il convient tout de même d'admettre qu'en comparaison avec l' Algérie, la population tunisienne tend vers une certaine forme d'homogénéité (que la succession d'invasions a contribué à façonner, soit dit en passant). Rien de tout cela en Algérie, en fait, où l'on regroupe sous l'appellation "Berbères" différents groupes, "ethnies" aux langues plus ou moins propres mais clairement distincts les uns des autres : les Touaregs, cantonnés dans le Sud, sont très loin des Kabyles, Berbères des montagnes à l'est d' Alger, comme des Chaouias, très présents dans les Aurès. Les Kabyles, justement, ont une impressionnante capacité de résistance (mythe de la Kahina, guerrière qui avait résisté plusieurs décennies à la pénétration arabe au Maghreb... à l'époque où le littoral tunisien n'avait pas posé plus de problèmes que cela à conquérir) que les Français avaient su broyer, non sans cruauté, en 1871 notamment (confiscation de terres, déportation... les parents d'Abbas avaient fait partie des victimes, envoyant par la suite le gamin étudier à Alger ; grand bien leur en prit). Le régime après l'indépendance n'a pas été plus tendre, et la Constitution du pays, si elle admet son "amazighité" (amazigh = berbère), n'a jamais pris en compte les revendications d'un peuple loin d'être soumis (reconnaissance des spécificités linguistique, culturelle, religieuse aussi puisque l'Islam est loin d'y faire l'unanimité).
De Setif, notre bus a pris plein nord vers la mer ; la traversée des montagnes kabyles a bien pris 3h
Un peu plus tard, un peu plus bas. La route laissait franchement à désirer, alors que le trafic était (en plus) assez dense
Le voyage fut tout de même très joli :)
Il fallait ainsi absolument se rendre en Kabylie !! Les guides touristiques s'attardent rarement sur la région, moins riche que d'autres en attractions, difficille d'accès (les montagnes, of course) et dont la situation sécuritaire laisse franchement à désirer (enlèvements réguliers, armée impuissante en apparence, attentats fréquents... deux morts l'avant veille de mon arrivée dans le nord, à quelques dizaines de kilomètres de ma halte). Mais j'avais très envie de taper un bigup par ma présence, à Bejaia au moins où je me suis donc rendu dans l'après midi de mardi. Quelle merveilleuse idée ! Les autorités divines se sont occupées du reste, dans une ébourriffante succession de merveilleux moments au sein de l'une des grandes villes de Kabylie, située au bord de la mer (contrairement à Tizi Ouzou ou Bouira). A peine arrivé, déambulant dans les jolies rues près de l'eau, j'étais embarqué par l'un des responsables du Festival de Djoua, 3è édition (relativement indépendamment du pouvoir) organisant concerts d'artistes locaux et internationaux, tables rondes, expositions relatives de près ou de loin à l'aménagement du territoire en ces terres. Bien plus tard, la nuit tombée, accompagné tout le long de mes déplacements par Fayçal, un jeune de Bejaia avec qui discussion avait été lancée en route pour le festival, j'assistais à une superbe série de concerts, conclue par le très très attendu Amazigh Kateb, fils de Kateb Yacine (grand écrivain algérien) qui fut accueilli sous les hourras. J'étais sonné par la vitalité de ces jeunes, dont les postures, les gestes, l'attitude si proche des notres semblaient bien illustrer cette "différence kabyle", sans cesse émerveillé par les danses improvisées à deux ou trois, les joints fumés devant les gendarmes, les ivrognes suscitant l'hilarité des garçons qui les voyaient passer. Il était tard, j'étais épuisé, mais la nuit était belle et j'ai continué un petit peu à danser avec la famille.
Et soudainement, les montagnes disparaissent derrière nous pour laisser place au bord de mer. Au bout du Golfe, très prisé des Algériens (jolies plages), Bejaia
Dans l'un des théâtres de la ville, un débat en français (la ville est très parlée dans les rues de Bejaia, la forte immigration vers la France expliquant en partie) sur l'architecture en Kabylie
J'étais, quelque minutes à peine plus tard, dans les locaux de la direction du festival
L'abeille, logo du festival, "représente l'esprit, la parole, la purification"...
Dans Bejaia, de nombreux edifices ont droit à une triple annonce (arabe-français-kabyle)
Nombreuses et charmantes rues. Beaucoup de mots français, donc, mais aussi un climat passablement plus libéral que dans les villes visitées jusqu'alors
La "place Guedon", épicentre de Bejaia où les femmes représentent la résistance à l'homogénie masculine aux terrasses :)
Quelques heures plus tard, les concerts. Avec la nuit, impossible de prendre en photo le site dans son ensemble ; dommage pourtant, car la scène est située au pied d'une colline qui donne sur Bejaia, et le ciel était beau, clair !
Parmi les nombreux concerts précédant la prestation d'Amazigh Kateb, nous avons eu le droit à du ghetto tunisien assez chaleureusement accueilli (malgré l'impatience)
Enfin "the" concert a bel et bien débuté, déclenchant une joyeuse hystérie (et des fumigènes :o). Je mets en ligne une première vidéo d'un des concerts précédant celui de Kateb, une vidéo d'Amazigh viendra par la suite. Il s'agit, sur cette première vidéo, d'une reprise par une chanteuse locale d'un tube (d'où les chants) de Lounès Matoub, immense artiste kabyle dont l'assassinat en 1998 jetta la jeunesse de la région dans les rues. Le "procès Matoub", d'ailleurs, n'a débuté que cette même semaine et apparaît plus comme une parodie qu'autre chose. Sur la banderole du festival, à gauche de la scène, figuraient l'abeille évoquée, Ernesto Guevara (?!) et Lounes Matoub.
lien vers une petite vidéo d'un des concerts avant celui d'amazigh :
| | | À: Lsttx · 26 juillet 2011 à 13:12 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 56 de 72 · Page 3 de 4 · 5 822 affichages · Partager c'est fou, on reconnaîtrait la couleur des photos d' Algérie, entre mille....
sinon, les révoltes algériennes n'ont pas attendu les tunisiennes....ni l'influence....mais c'est un peu compliqué....
enfin, je ne sais pas ce qui a causé la guerre, à proprement parlé...mais une chose est sûre : la France a perdu l' Algérie, car les Algériens n'étaient pas vu comme des individus mais des sous-hommes....malgré la constit de 58, malgré la conv edh (qui certes non ratif mais signée....à l'époque....).....d'ailleurs faut juste lire (relire) les propos de certains éminents auteurs de la constit...affolant, affligeant, désolant....et le traitement, encore aujourd'hui, des événements passés (au niveau scolaire, au niveau judiciaire....)
bref.....
je t'incite à prendre les G9, c'est marrant
et lorsque tu seras à oran, clame haut et fort la vérité : la garantika, c'est espagnol!!!!! (cours vite après) ps : t'as raté la kessra, l'huile d'olive (regrets à vie), ne rates pas la loubia et le couscous....ca va te changer de ceux mangés ailleurs.... 
ah oui : les crêpes mille trous, crêpe mhajeb (crêpes fourrées mmmmmmmmmmhhhhhhhhh) | | | À: Vifi · 26 juillet 2011 à 18:23 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 57 de 72 · Page 3 de 4 · 5 808 affichages · Partager 24 juillet 2011 Vers Alger
Chose promise chose dûe, voici un court extrait du concert d'Amazigh Kateb. L'épilogue de cette belle soirée fut tout à fait mémorable, puisque nous avons fini, plus ou moins sobres selon les confrères, vers 4h du matin. Du site du festival, perché dans les hauteurs, plusieurs bus furent nécessaires pour rejoindre la gare routière, d'où un car partit quelque temps après pour Alger. La nuit fut courte !
Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande
Un mot, pour finir cet interlude, sur la discussion passionnante mais non évoquée dans mon précédent papier que j'avais eue avec Fayçal au sujet des Kabyles aujourd'hui. M'apprenant sans effet que l'on distinguait dans le pays assez facilement les Arabes des Kabyles, sans même "l'effet-langue" (attitude, fringues... et tout à coup mon visage s'éclairait : les réflexions que je m'étais faites quelques minutes auparavant, observant les kopains dans le bus, n'étaient donc pas sans fondements !), l'ami me rapporta un certain nombre de glauques anecdotes et histoires pas forcément si vieilles que cela illustrant la latence du racisme anti-Kabyle. M'avouant par exemple redouter de retourner à Oran pour les études, ayant eu quelques graves soucis l'an passé pour ces mêmes "raisons ethniques". Que cela soit su.
Vidéo d'amazigh :
| | | À: Lsttx · 7 août 2011 à 19:14 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 58 de 72 · Page 3 de 4 · 5 748 affichages · Partager ← Articles plus anciens Articles plus récents → 26 juillet 2011 Alger, vibrante capitale Après ces trois premiers et intenses jours passés dans l'est de l' Algérie, il était tout à fait le temps de découvrir sa capitale Alger ces mercredi 20 et jeudi 21. Mal partie, la visite est allée au-delà des espérances !
Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande
Comme par le passé, la réussite de la visite ne fut pas parfaitement indépendante des conditions dans lesquelles elle s'est effectuée, et sur ce point il faut bien avouer que la longue soirée de la veille (fin du concert à 4h, courte nuit dans le bus parti de Bejaia) n'a point facilité les choses. Curieusement, d'ailleurs, c'est comme si un certain nombre des faiblesses de la capitale algérienne s'était rendu visible, faisant parfois flirter le bilan avec celui de son homologue tunisienne quelques jours plus tôt : ville étendue sur quelques dizaines de kilomètres mais sans réseau efficace de transports pour compenser (lignes de bus à connaître à priori, taxis rares et bondés, pas de métro ni de tramway dignes de ce nom), sites parfois bien isolés, défaut de pédagogie renvoyant à l'absence d'ambition touristique du pays... Well il y avait de quoi bien se blaser, et la fatigue aidant je ne fus point loin de jeter l'éponge.
L'attente fut longue, mais elle est récompensée : près de 50 photos pour montrer Alger ! Et l'on reverra notamment plusieurs fois ces typiques grandes rues
A un coin de la ville, le monument aux martyrs
Et de l'autre, Notre Dame d'Afrique, inaugurée par les Français en 1872. Deux bonnes heures de trajet entre les deux extrêmes, alors j'ai fait l'impasse sur la basilique (pardon les chrétiens :p). Oui c'est bien le tout petit point blanc entre les deux branches, surplombant la baie.
Retour au monument aux martyrs, d'où la vue est tout à fait sympathique..
et donne une certaine mesure des distances à parcourir.
L'offre de musées est bien timide ; repéré tout de même un Monet, dans le discret et charmant Musée des beaux arts (bien isolé, lui aussi) !
Ceci dit, quelques agréables surprises dès cette première journée dans Alger avaient su maintenir foi et motivation intactes. D'entrée, tout d'abord, je fis la rencontre avec le charmant Mohammed et sa non moins jolie amoureuse Tina ; un jeune couple d'étudiants algérois, qui lui revenait de Djoua (avec deux autres kopains que j'avais interceptés dans le bus), elle du Liban (j'ai repensé à Bcharré , Jbeil d'où elle rentrait tout juste). Mo s'était simplement montré très gentil, me clarifiant l'orientation, les grands axes de la capitale et si je finis par décliner l'invitation à se revoir tous ensemble le soir (pour découvrir ce que j'espérais l'équivalent des "clubs pornos-trans de Paris", i.e. l'Alger underground ; la formule est de moi :o), faute d'ample motivation, ces amabilités dont on reparlera avaient tout à fait rendu charmant le départ de la visite d' Alger. D'une façon générale, il est bien évident que j'ai pu compter sur les avis, conseils voire les invitations à manger ensemble des uns et des autres croisés dans la capitale. Cela ne paraît pas grand chose, dit comme cela, mais aide d'autant plus lorsque les visites ne s'enchaînent pas de façon parfaitement optimale.
On continue la visite avec le grand centre d' Alger et ses avenues bondées
De temps en temps, de grandes places font les transitions. En l'occurence il s'agit du "boulevard" Mohammed V
qui donne sur la grande poste, monument emblématique de la ville bâti par les Français début XXè
A peine plus loin, le grand Abdel Kader (résistant mythique à l'invasion française, dont l'abnégation finit par être saluée ex-post par Napoleon III puis carrément par une légion d'honneur, après une intervention de l'homme à Damas, où il habitait, alors qu'un massacre de chrétiens allait être perpétré!) a aussi le droit à sa place
Ces axes du grand centre-ville, particulièrement animés, sont donc très agréables à parcourir.
L'architecture reste dans les mêmes eaux au bord de l'eau ; sur la droite, la gare ferroviaire
L'université d' Alger, pignon sur rue.
La grande place des martyrs fait la transition entre centre-ville et casbah. De nombreuses manifestations y ont eu lieu début 2011, faut-il y voir l'une des raisons pour lesquelles les travaux du métro (qui durent depuis plus de 20 ans... véridique) en ont bloqué l'accès ? (photo prise entre deux panneaux, comme on peut le voir :o)
Un peu plus loin de la casbah, le square port saïd est aussi l'un des "noyaux" obligés du joli centre-ville. On y trouve notamment le Théâtre national
Sur la capitale elle même, ceci dit, la vraie "surprise" avait été la découverte des nombreux parcs qui offrent de beaux espaces pour souffler, lire un peu voire flirter (pour les djeunz surtout, évidemment). Alger n'offre pas une quantité proprement remarquable de musées ou autres espaces proprement touristiques, et ces oasis apparaissent d'autant plus agréables pour l'humble visiteur en quête de points d'intérêts.
Les jardins d' Alger ne sont en fait pas très nombreux, mais fort denses. On y oublie vite l'agitation des environs.
En plus de temps en temps ils se mettent bien niveau rangées d'abres, buissons et tout :nerd: c'était donc le Jardin de la liberté, en plein centre-ville
Dans un genre tout à fait différent et passablement éloigné du coeur de la capitale, l'extraordinaire Jardin d'essai fait le bonheur des familles algéroises (ça fait un peu publicité colonialiste, quand j'y pense)
L'immense parc, qui donne sur la mer (dans mon dos, sur cette photo), fut développé dès 1832 ! On aperçoit le monument aux martyrs en haut à droite (on peut y accéder par un sympathique téléphérique)
Ainsi la visite d' Alger a tourné petit à petit, dans ces progressives évolutions qui font toujours mon bonheur. De l'exploration poussive et fatiguée du premier jour, certes point non plus pénible, l'arrêt dans la capitale a gagné en puissance principalement grâce au programme de visites de ce jeudi 21 : il était tout à fait temps, après l'aperçu de la grande et moderne ville, de se lancer dans l'exploration de la célèbre casbah, vieille ville dont les murs datent des XVI-XVIIè siècles et qu'un bon nombre de mythes continue d'entourer (ancien repère de brigands échappant grâce aux ruelles à la police, elle reste "déconseillée" de jour aux touristes en raison de l'insécurité, hors de question la nuit ! évoquons aussi la célèbre et sanglante "bataille d' Alger" de 1957, lorsque Massu et cie pour démanteler les réseaux du FLN au sein de la Casbah y employèrent de sombres méthodes). La medina d' Alger apparaît ainsi tout à fait comme une ville dans la ville, mais de façon beaucoup plus puissante qu'à Tunisie (dont la vieille ville manque d'homogénéité, comme on l'avait vu ) dans la mesure où l'on ne semble jamais sortir de ces étroites ruelles, de cette sorte de quartier géant à l'abandon, parfois en mauvais état mais toujours animé des allées et venues de quelques anciens ou gamins jouant au ballon. Surtout, la casbah compte un nombre vraiment réjouissant de dar (grandes et riches maisons), comme à Tunis, que l'on peut visiter en l'état ou parfois reconverties en musées ; ajoutés à cela quelques superbes édifices religieux et anciens palais, et l'on obtient enfin, pour Alger, une excitante liste d'attractions qu'il est tellement bon, protégé de la chaleur dans les si atmosphériques rues de la medina, de valider les unes après les autres. La matinée de jeudi fut un modèle du genre, et l'on en fut d'autant plus heureux qu'elle célébrait par là même le potentiel "purement touristique" de la capitale algérienne.
Nous vous proposons donc, en quelques photos, un GROS BIGUP du coeur historique d' Alger. A priori, la casbah n'est pas si différente du centre-ville dont elle est d'ailleurs adjacente.
Les rues sont certes moins larges, et surtout quelques surprises viennent détonner : ici la mosquée Ketchaoua, du XVè et qui avait été switchée en cathédrale sous l'occupation française.
Mais plus l'on monte (la casbah est construite sur l'une des collines de la baie d' Alger), plus les rues deviennent étroites : on entre vraiment dans la vieille ville
C'est à la limite de la "basse Casbah" et de la "haute" qu'en principe, le voyageur solitaire rédige son testament ou rebrousse chemin :nerd:
Alors évidemment, moi j'ai foncé la tête baissée ! :love:
Enfin à ce moment là, je faisais moins le malin comme en témoigne la moyenne qualité des photos prises très vite. Certains coins inspiraient certes peu confiance, et j'étais bien seul en ces ruelles.
Ah youpi ! Arrivé au sommet de la casbah, on se remet de ces fantasques émotions. Un peu plus loin à gauche (au nord) se trouve le quartier populaire de Bab el oued
La medina est surplombée d'une superbe citadelle où logeaient les beys souverains jusqu'à l'arrivée des Français. Très malheureusement, les travaux de restauration (heureux, eux) battent leur plein et il n'y eut point moyen de négocier.
Curieusement quand j'ai replongé dans les rues de la casbah, je ne me faisais plus du tout de souci :o la routine :nerd: :love:
Il faut dire, aussi, que cette deuxième partie fut cantonnée à la "ville basse", où l'on peut visiter quelques magnifiques endroits (que l'on va détailler plus bas)
Petit foot dans la Casbah. Par décence vis à vis de mes tongues-de-La-Mecque, je n'ai répondu favorablement aux invitations des gamins. Le programme restait chargé, aussi :)
On finit cette première partie du diaporama par l'évocation des dangers qui menacent la conservation de la Casbah, un peu comme à Tunis (sauf qu'en l'occurence, le régime sale est tout à fait responsable). Heureusement que l'Unesco semble mettre un peu la pression..
On ne saurait, néanmoins, limiter Alger à son réjouissant paquet d'attractions ; ce dernier, même, n'apparaît à posteriori que comme une formalité qu'il convenait cependant tout à fait de valider, comme pour être à la hauteur du statut de capitale. Après tout, la medina algéroise est à des années lumières d'avoir l'histoire de Damas ou la puissance du Caire, et l'on a bien vu les limites de la capitale sur d'autres points qui, parfois, importent tant. Seulement, Alger a de marquant ses immenses boulevards construits par les autorités coloniales, axes de circulation qui n'ont tellement pas changé depuis l'indépendance que les facades des grands immeubles semblent pour un certain nombre sur le point de s'effondrer. Curieusement, cette immense influence française semble se retrouver dans les comportements des citadins, tout à fait libéraux, pressés, d'une énergie ravissante. Il est intéressant, sur ce point, de se rappeler Tunis ; des remarques similaires avaient été alors faites, insistant bien notamment sur le plaisir de parcourir la grande avenue Bourguiba. Or ce "centre-ville" moderne, dont les rues restent animées et les terrasses occupées jusqu'à tard, il est trois à quatre fois plus grand qu'à Tunis ! Le réaliser est frappant, et le souvenir de ces ballades prolongées simplement parce que l'air était bon sur les grands boulevards, croisant les regards et m'émerveillant de l'énergie de la capitale, me semble profondément illustrer ce qu'est aujourd'hui Alger, si proche de Paris.
Cette ultime série de photos n'est pas en raccord avec ce qui vient d'être écrit, mais ce n'est pas trop grave. On finit donc avec les nombreux "dar"
dont l'organisation de l'espace est souvent semblable : un long couloir d'entrée (photo précédente), qui débouche sur une pièce principale
et des étages (accès par de petits escaliers serrés), des faïences, de jolies petites pièces à droite à gauche
Les musées sont rarement d'un énorme intérêt, et l'on contemple plutôt les jolis murs souvent restaurés
Voici maintenant le massif "palais des raïs", en dehors de la casbah puisqu'il donne directement sur la mer (ce qui n'est pas, à quelques mètres près, le cas de la medina puisque la place des martyrs la sépare justement de l'eau)
Il s'agit en fait d'un ensemble de grandes demeures qui ont été restaurées et "rassemblées" ; l'un des principaux palais fut tout de même occupé par les deys avant les Français (d'où le nom, "palais des raïs" i.e. des chefs)
Les intérieurs sont certes proches des autres dars de la casbah
Mais les extérieurs sont très sympathiques
Et les façades rendent vachement bien (l)
KOOKOO ! ultime transition dans les chiottes de la Casbah (:nerd:) : après les dars-palais, la ballade entre la medina, le port et le centre-ville
Près du très joli port trad
se trouve la vénérable "grande mosquée" qui remonte au XIè siècle (pas mal)
Surtout, l'ambiance y est très agréable et on a le droit à une sorte de patio plutôt original, sympathique.
Sinon dedans c'est retour aux tapis AL AMDU LILLAH ! Tapant une petite prière de remerciement pour cette magnifique matinée, j'ai capté avec un immense plaisir la discussion en frarabe entre deux anciens dont tout le monde pouvait profiter (i.e. ils parlaient fort), dans un coin, au sujet notamment des immenses réserves de change du pays (grâce au pétrole). Les deux dernières répliques, in texto : "on est vraiment gouvernés par des salopards, des bandits, des voyous" "ça c'est plus que sûr !" :love:
Au bord de la place des martyrs (on aperçoit le chantier derrière), la "mosquée nouvelle" a quand même bien 4 siècles et demi. Turque (yani construite sous les Ottomans), elle n'est ouverte qu'aux heures de prière "pour éviter les allers et venues, les gens qui traînent" comme me l'avoua, un peu gêné, l'un des gardiens. Pas grave, bisous la famille ! | | | À: Lsttx · 7 août 2011 à 19:16 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 59 de 72 · Page 3 de 4 · 5 744 affichages · Partager 29 juillet 2011 L’ouest, un transit
Algérie, le voyage dont le cap est maintenu plein ouest continue : après Alger, ce sont Oran et Tlemcen qui sont explorés dans la joie et la bonne humeur les jeudi 21 - vendredi 22. Comme un goût de transit, ceci dit, tant le Sud et ses promesses poussent à aller de l'avant.
Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande
Après la magnifique matinée algéroise, j'ai sauté dans un train pour Oran ce jeudi 21 juillet en début d'après midi. On ne l'avait pas relevé jusqu'ici, mais il faut tout à fait noter ô combien l' Algérie a plutôt impressionné en matière de transports, les bus cartonnant tout à fait là où le réseau ferroviaire permet quelques rapides échappées. C'est le cas vers l'ouest, et les 300km qui séparent Alger de la deuxième ville du pays furent parcourus de façon assez confortable, ayant vite trouvé de charmants interlocuteurs. Ce fut surtout Nadia, la quarantaine d'années, belle femme mère de trois enfants travaillant à Alger mais dont la famille est à Oran (d'où de fatigants allers-retours). Nous avons longuement discuté en français, parvenant à venir progressivement à bout de sa timidité première ; sur les enfants grandissant à Oran plutôt qu'à Alger, sur l'Islam, l' Algérie, les femmes ici. Une rencontre assez douce.
J'ai fait mon riche (arrivé à la bourre à la gare d' Alger, j'avais surtout pris la file d'attente la plus courte..). PREMIERE CLASSE ! 13€ le voyage :p
De bien beaux paysages en route, mais les différentes discussions furent si captivantes que l'apn est surtout resté dans la poche.
A Oran est né le raï dans les années 1930 (assez contestataire, libéral à l'époque ; loin de l'image un peu sirupeuse que l'on peut s'en faire aujourd'hui), à Oran vont bien des Algériens pendant les vacances pour profiter de la mer, à Oran la vieille ville et plusieurs monuments témoignent de l'influence des Espagnols, présents entre les XVIè et XVIIIè siècles. Mais curieusement la visite de la ville a pris rapidement une direction précise, plutôt malheureuse, et quand bien même l'exploration de la ville se fit en deux étapes (le vendredi après midi, après le jeudi soir) l'impression assez funeste de la deuxième ville algérienne ne m'a jamais point quitté. La faute à l'arrivée catastrophique le jeudi 21, la ville étant prise d'assaut par les habitants de tout le pays l'été (nombreux cabarets, jolies plages le long de la fameuse "corniche" ; hôtels du coup bondés) ; la météo assez médiocre, ces deux jours. Surtout, Oran est très loin de l'abondance apparente d' Alger, et ses rues sont occupées quasiment jour et nuit par des groupes de jeunes, certes inoffensifs, hittistes (de hit, "mur" car ils occupent souvent un espace précis de territoire) qui passent le temps à regarder les gens aller et venir, s'ennuient, rigolent. On m'a plusieurs fois invité à ne pas tenter la nuit dehors (c'était pourtant bien passé, pour Yizrael :p), pressé plus qu'ailleurs de faire attention à mes effets personnels. Le centre d' Oran, parcouru le lendemain, était d'une pauvreté matérielle stupéfiante ; loin des grandes avenues typiquement françaises, les quartiers sont délabrés, les quelques monuments en piètre état. Mes allées et venues ne furent pas moins émaillées de sympathiques rencontres, d'aides sporadiques pour se repérer et de joyeuses et superficielles discussions ! Mais il y avait tout de même dans le fond cette impression de ville à l'abandon, difficilement réjouissante et qui invitait surtout à expédier les affaires courantes pour de plus joyeuses destinations. Ce que je ne tardai point à faire.
Il y a tout de même bien des choses à montrer ! Mais dans tous les cas avec ce temps pourri. On commence avec la sympathique gare ferroviaire.
Oran, ses boulevards un peu crades et bien masculins
La ville est certes largement moins étendue qu' Alger, mais c'est la même galère pour les transports
Les deux trois choses immanquables du centre-ville, dont la place du 1er novembre
S'y trouvent l'hôtel de ville
(flanqué des deux lions ayant donné leur nom à la ville, wahran en VO)
ainsi que le non moins massif théâtre
Un peu plus loin, l'imposante cathédrale d' Oran fut bâtie début XXè par les Français et sert aujourd'hui de bibliothèque (sympathique)
Lorsque l'on s'éloigne un petit peu des grandes places pour atteindre les vieux quartiers d' Oran, on tombe notamment sur l'ancien palais du Bey dont les remparts ont gardé la pêche
Surtout, on en découvre l'aspect assez catastrophique, d'un état de conservation préoccupant
De façon certes bien caricaturale, le tombeau du Saint oranais Sidi el Houari (XVè siècle, très vénéré) illustre la chose
Dans un tout autre genre, l'église Saint Louis (construite par les Espagnols au XVIIè, transformée depuis en synagogue puis en mosquée) (!) est aujourd'hui laissée à l'abandon, et des odeurs d'urine et de bière parfument son parvis.
Une petite vue d'ensemble, pour conclure : un bout du port d' Oran (toujours sans soleil)
Et l'on conclue avec l'incontournable fort de Santa-Cruz, qui surplombe joliment la ville ! Comment ça, les nuages ?
Il y avait eu, entre temps, une jolie petite expédition à Tlemcen. La ville, assez éloignée des grands axes (elle n'est qu'à quelques dizaines de kilomètres de la frontière marocaine, fermée depuis une vingtaine d'années), a constitué une charmante étape, un peu sur le modèle d' Alexandrie en 2008 : centre-ville pépère, belle grande mosquée (ndlr on utilise généralement le terme masjid pour désigner le lieu de prière musulman, jama'a pour la plus grande ou la plus vieille de la ville ; or en Algérie, les mosquées ont TOUTES droit à l'appellation jama'a), sympathique ballade entre les terrasses de café et les ruelles alors que les commerces fermaient les uns après les autres, l'hebdomadaire grande prière (vendredi, juma'a ie le jour où l'on se rassemble, vers 13h30 ici) approchant. Ma foi, j'étais retourné à Oran le cœur un peu plus léger.
Trajet vraiment superbe en train, ce vendredi matin
Près de 3h pour parcourir la centaine de kilomètres entre Oran et Tlemcen... Voilà qui en tout cas donne envie de se rendre au Maroc :) je précise au passage que le pays "où se couche le soleil" (i.e. le plus à l'ouest des arabes) ne fut pas au programme du voyage en raison des frontières terrestres fermées depuis plus de 20 ans avec l' Algérie (voir le Sahara occidental, notamment)
Si l'on n'est pas passés au 100% soleil en quelques heures, les photos suivantes donnent tout de même je crois un petit peu plus envie qu'à Oran !
Voici donc Tlemcen, loin d'avoir été aussi façonnée par les Français qu' Alger moins de par l'investissement des Ottomans que celui de plusieurs islamiques dynasties. L'ancienne Agadir était devenue musulmane dès le VIIIè siècle avant de devenir capitale régionale, et les murs du "Mechouar" (citadelle construite au XIIè) donnent une idée de l'importance passée de la ville, aujourd'hui tranquillement assoupie.
Dedans, on se laisse surtout happer par les charmantes petites rues
et par les deux jolies grandes places qui marquent le coeur de la ville.
On y trouve certes le très aimable marché, particulièrement animé en ce saint jour,
mais surtout s'y dresse la grande mosquée, bâtie au XIè et qui jouit d'une prestigieuse réputation.
L'édifice est en effet superbe, et son beau minaret en donne un premier indice de l'extérieur
Dedans, surtout, la sérénité des lieux fait très plaisir.
Les frères y sont pour beaucoup ! Ca discute tranquillement, à quelques heures de l'hebdomadaire teuf, et l'on m'a fait un accueil sublime (sans manières, de façon très fluide et comme "spontanée"). La très belle prière, qu'on y a faite !
Vendredi 22 soir, un bus me permit de quitter Oran pour le Sud, où je comptais vivre la dernière phase du voyage algérien. Rapidement lancé en français par mon sympathique voisin, j'ai eu le bonheur maintenant presque habituel de pouvoir converser sur les sujets habituels avec Raydhan, d' Oran mais travaillant à Bechar (500km au sud). Le soleil se couchait, les voyageurs commençaient à s'endormir mais la gentillesse et l'humour du voisin aidèrent la discussion à tenir bien des heures. Après un court silence, repensant à cette semaine qui s'achevait avec mon départ pour le désert algérien, je fus frappé de réaliser la quasi-constance de mes rencontres avec de jeunes et aimables pairs le long de mon parcours. C'est pourtant simple : il ne fut pas une seule de mes étapes sur le chemin duquel ma route n'a point été illuminée par un kopain, un ancien poussant bien au delà de la simple aide que je lui demandais à priori, une joyeuse bande de djeunz. Prenant soudainement conscience d'un tel miracle, la possibilité de le formuler tel quel à l'ultime de ces providentiels interlocuteurs me fit gagner une douce euphorie. J'en tirai quelques larmes. | | | À: Lsttx · 8 août 2011 à 17:51 · Modifié le 8 août 2011 à 18:08 Re: Voyage au Maghreb, juillet 2011 Message 60 de 72 · Page 3 de 4 · 5 715 affichages · Partager ← Articles plus anciens 29 juillet 2011
Sahara algérien, merveilles et dangers d’une sublime conclusion Partant d' Oran le vendredi 22 au soir, ce sont trois chargés jours qui furent consacrés à la découverte du Sahara algérien. Le plus grand désert du monde, dont les parties en "mer des sables" nourrissent tant de fantasmes, occupe bien les deux tiers du territoire du plus grand pays d'Afrique et si l'on n'a pas poussé jusqu'aux frontières du Mali ou du Niger, un bon tour fut accompli à un rythme particulièrement soutenu (un peu plus de 2000km parcourus, tout de même !). Et de cette magnifique dernière phase du voyage, un drôle de couple émerveille : le désert, terre à la fois de merveilles et de dangers.
Afficher Un petit tour au Maghreb sur une carte plus grande
Les merveilles sont assez simples à identifier, apparaissent comme intuitivement. Sur la longue route traversant ces terres arides à peine habitées, de rares villes construites sur un format semblable d'oasis (habitations et palmeraie autour d'une source d'eau) ont offert de sublimes étapes tant leur éblouissante découverte jouissait des splendides cadres géographiques. Ainsi à Taghit, dès les aurores du samedi 23 : arrivé par bus à Bechar vers 4h du matin, je pris tout de suite un (cher puisque non collectif) taxi pour le village en question car il convenait de s'offrir le lever du soleil sur les dunes. Il faut dire que Taghit est une référence en la matière, presque trop belle pour le croire : l'oasis est située au pied même d'immenses dunes qui marquent la frontière du grand erg occidental, mer de sable couvrant une superficie comparable à la France. Ainsi, m'épuisant dans l'escalade de ces montagnes de plusieurs dizaines de mètres, parvenant à bout de souffle à leur sommet d'où la vue était fabuleuse, je me suis effondré en souriant. Mon petit tour saharien débutait à peine, et il n'était déjà quasiment plus possible de qualifier par les mots le bonheur qu'il m'offrait.
Arrivée à Taghit, lever du soleil imminent. L'immense ombre est bien celle d'une dune !
J'avais déjà testé l'escalade de dunes en Oman-Arabie Saoudite (février 2009), mais là en plus je l'avais fait en courant, ayant peur de manquer les premiers rayons du soleil...
D'en haut, la vue est superbe sur Taghit
La vue d'en haut, deuxième moitié (droite)
Repos bien mérité (je n'aurais pas dû me rouler dans le sable pour autant, mes poches de pantalon l'ont regretté par la suite)
Here comes the sun, tou dou dou dou
and I say, it's allright !
Le spectacle des dunes progressivement conquises par le jour est proprement captivant
Le soleil embrasse l'oasis à son tour
Redescendu de mes divines hauteurs (de sable, hein :p), j'ai traîné un peu à Taghit où quelques irréelles rencontres furent faites (un peu à la Village, le film de Shyamalan, discutant aux tables d'un café avec quelques illuminés et/ou des hommes aux visages incroyables). Le soleil était encore tout à fait supportable, et l'attente de nouveaux bus pour Bechar (où il fallait repasser pour poursuivre la route), quoi qu'assez longue, fut donc loin d'être pénible. Ceci dit, avec l'irruption de la contrainte technique liée aux transports, on touchait l'un des premiers "dangers" de la région qui est surtout, plutôt, un désagrément propre au voyage dans le Sud : le risque de se trouver coincé, la rareté des véhicules (collectifs comme individuels) aidant, la difficulté d'avancer sans de trop longs délais. La contrainte, qui a rendu ces trois jours épuisants (faux rythme, longs trajets parfois pénibles, nuits - sans longs sommeils - dans les transports pour ne pas consommer trop de temps de jour dans les trajets), n'en a pas moins produits quelques ravissants épisodes. Comme ce samedi soir, déposé sur le bord de la grande route du Sud pour me rendre à Timimoun (j'avais visité Beni Abbès l'après midi, mais les bus Bechar- Timimoun n'y font pas escale) ; attendant longuement l'hypothétique convoi, le coucher du soleil passé, j'avaii fini par m'allonger au bord de la route jusqu'à un brusque réveil, les phares du car dans les yeux. 'Issa, 'issa ! T'là ! (monte !)
On conclue le merveilleux premier épisode
Jolie descente, tout tranquillement. Un kopain au loin, en blanc :)
Voilà le coeur de Taghit, déjà bien éveillé (8h du mat' à peine)
Un peu plus loin, un ksour a été restauré (un peu trop d'ailleurs) mais nous n'étions certes point venus pour cela
On finit la visite de Taghit avec un BIGUP au kopain tenant une boutique d'épices chez qui mon sac a passé la matinée (l'ascension de la dune aurait été hardcore, sinon !). Je lui ai acheté un peu de ras al hanout pour signifier ma gratitude.
Beni Abbès avait donc été atteinte dans l'après midi, un peu plus au Sud de Taghit qu'elle se trouve. Sur le papier, le plaisir annoncé était le même car l'oasis, disposée de façon similaire à la première visitée le matin même, offre régal semblable pour les yeux. Et pourtant, plusieurs éléments vinrent sublimer ces quelques heures passées sur place, au point d'ailleurs qu'à la conclusion de cette deuxième étape je n'en pouvais guère plus de revenir sur la succession de petits et magnifiques épisodes : arrivée dans le village écrasé sous la chaleur (la quarantaine de degrés), plusieurs sympathiques contacts noués dans des cafés pour la suite de mon trajet, ballade dans l'oasis et über-kiff au sommet des dunes surplombant Beni Abbès... surtout, les heures coulant, je pus contempler avec bonheur les rues reprenant vie, les habitants sortant peu à peu des maisons, les commerces rouvrant. L'oasis s'éveillait, et moi, entouré d'amis qui avaient la très bonne idée de ne pas avoir une seule notion de français (me poussant à nouveau à la pratique du bledard ! on reviendra dans l'ultime papier sur les joies linguistiques du voyage), j'étais tout heureux d'accueillir ces belles images d'habitants dont l'existence s'accorde en patience avec le climat du Sahara.
Le voyage de Taghit à Timimoun a permis de rappeler que l'essentiel du désert, encore une fois, n'est point riche en dunes.
Passons de suite à Beni Abbès et à ses drôles d'arcades, dans la rue principale. Notez la foule vaquant à ses occupations (il est 15h30)
Les kopains locaux se sont esclaffés lorsque je leur ai dit partir escalader les dunes alors qu'il était 16h (mon bus pour la prochaine étape devant passer vers 19h, je n'avais pas le temps de m'attarder!). Deux indications, ici : la principale dune derrière fait environ 75m de haut, et le chèche vient de Kairouan :p
Vue carrément splendide, en haut. Il y avait alors, contrairement au matin, une parfaite luminosité.
On va faire quasiment 360°, tant le paysage vaut le coup
Beni Abbès a donc une bonne palmeraie, joliment nichée entre les dunes et le plateau désertique
L'erg semble vraiment débuter au pied de l'oasis
La Libye c'est tout droit :nerd:
Et on finit avec "la ville moderne", un peu plus bétonnée que le village aperçu sur les photos ci-dessus (mais tout de même bien ghett ghett). Pour ceux qui en veulent plus, youpi : une jolie petite vidéo fait le point !
On finit en évoquant le reste de Beni Abès, vite exploré (au même titre que le ksour trad près de la palmeraie, photo suivante)
Pas d'illustration photographique, malheureusement, pour "l'éveil de l'oasis" qui fit tant plaisir.
S'il convient tout à fait d'admettre qu'en termes émotionnels, le reste du petit tour saharien (i.e. dimanche 24, lundi 25) a difficilement retrouvé les inouïs sommets des débuts, de très belles choses ont marqué ces dernières journées algériennes au point d'ailleurs d'inspirer un très beau bilan à l'ensemble de cette ultime phase du voyage dont les plaisirs auront été variés. Au point le plus au Sud de mon tour algéro-tunisien, j'ai passé une drôle de matinée à Timimoun (égale distance de la Méditerranée et du Mali) : l'oasis, dont la beauté est connue de tout le pays, doit moins sa notoriété à sa situation (quoi que ; la ville n'est certes pas située au creux des dunes mais sur un immense plateau dominé par la sebkha, immense lac salé disparu conférant aux sols de drôles d'apparences) qu'à sa très charmante et typique architecture en toub, argile mélangé à des briques rouges expliquant que la couleur domine tant. Attaquant une visite des rues aux premières heures du jour, passablement fatigué après une très courte nuit (cf. infra), j'ai fini par m'effondrer sur une table de café puis sur un petit bloc de terre au bord du marché dont l'animation allait croissant, les heures passant. De façon quelque peu parallèle à Beni Abbès la veille, j'avais l'occasion d'observer depuis le terrain même (tellement sur le terter d'ailleurs qu'une multitude d'anciens devisaient autour de moi, affalés façon ghetto à même le sol, sans même sembler noter ma présence) l'éveil de l'oasis, très vite actif avant que la trop forte chaleur n'impose, en probable fin de matinée (j'étais alors déjà parti), un prudent retour aux ombres des chaumières que seule la fin d'après-midi viendrait rompre.
On enchaîne ! Timimoun, 6h du mat ce dimanche 24. Bab as Soudan, la porte du pays noir.
Ce qu'il y eut de très sympathique, ce matin là (outre l'état physique apocalyptique et le somme au milieu des bledards), c'est que la beauté des bâtisses du bled ne s'est révélée que progressivement, à mesure que la lumière du jour gagnait en force.
Ainsi il y avait bien eu quelques jolies petites choses comme la place de l'indépendance, au cœur de Timimoun
quelques sympathiques koubbas aussi, ces mausolées coiffés d'une coupole
mais les plaisirs n'ont gagné en intensité qu'avec le temps
et dans la cour d'une des plus anciennes demeures de la ville (un hôtel bâti en 1912 par les Français), je comprenais enfin les raisons du prestige de la ville
Dans ce même "hôtel oasis rouge" (voui, ça fait très africaniste-orientaliste). La demeure a tout de même une dégaine de malade.
L'aspect "pâte à modeler" des demeures rend la ville très attachante, aussi
Revoilà la place de l'indépendance, à comparer avec la photo quelques plus heures plus tôt. Classe hein ! (j'avoue que le bledard vélo aide bien :p)
Autre source de gros kiff ce matin à Timimoun, la glande-observation-à moitié endormi d'abord à la terrasse du café, puis un peu plus loin au pied des palmiers (on voit un type déjà assis, sur la gauche :p)
On finit cette très charmante visite avec les photos de la petite ballade dans l'oasis, à commencer par le joli marché (ouh les fruits et légumes multicolores avec la brique rouge derrière !)
Dans le cimetière de la ville
C'est arrivé au bout de Timimoun, lorsque la sebkha s'offre à la vision, que l'on comprend l'une des raisons d'être des oasis
En effet Timimoun, îlot de civilisation au milieu du désert comme Beni Abbès ou Taghit, est une excellente base pour entreprendre de petits voyages en 4x4 ou en chameau dans les environs (plusieurs jours, jusqu'à 10 généralement)
Il faut plisser les yeux pour lire les dunes, au delà de la plaine aride. Shuf !
Une petite vue d'ensemble pour finir.
Parti le dimanche 24 dans la matinée, je l'étais pour la vallée du M'Zab à bien 500km au nord-est (donc une bonne partie de la journée en bus ; j'attaquais par là le début de la route pour la frontière tunisienne, où devait bientôt s'achever mon voyage). L'étape, visitée en deux temps (un peu à mon arrivée, puis le lendemain matin), est un site en fait assez incroyable composé de plusieurs villages s'étendant le long d'un oued où vivent des communautés berbères à l'histoire assez particulière pour qu'elles aient adopté jusqu'au nom du lieu investi : les Mozabites. Les amis, au VIIè siècle (leurs ancêtres en fait, Rostémides), étaient soumis à la domination arabo-musulmane mais n'avaient point tout lâché pour autant, adoptant un Islam dissident ( ibadite ou kharidjite, comme on l'avait vu à Djerba ) qui les obligea par la suite (XI-XIIè siècles) à fuir leur natal Nord pour le désert... où ils fondèrent les fameux oasis qui constituent aujourd'hui la vallée du M'Zab. L'expérience est donc sensationnelle : voilà des kopains particulièrement pieux, élevés dans un semblable rite depuis près d'un millénaire, planqués dans le désert et qui ont édifié des bleds dont l'architecture, une merveille de synthèse entre la vie communautaire et les conditions hardcores du désert (petites et collées maisons en briques crues enduites de plâtre, voûtes, organisation similaire des espaces - petites collines au dessus de l'ouest - ceinturés par des fortifications et au centre et sommet desquels trouve-t-on la grande mosquée), a inspiré bien de laudatives remarques de la part de réputés architectes occidentaux (Le Corbusier, Lloyd Wright, Pouillon, Ravéreau..). Parcourant ces magiques endroits, dans de drôles conditions (accès très limité, accompagnement parfois obligatoire pour préserver l'intimité des Mozabites) qui facilitèrent de mémorables rencontres, j'avais comme l'intuition que la ballade saharienne s'achevait en apothéose. Il y avait dans l'air quelque chose de fabuleux.
Fin de la "descente" avec le départ de Timimoun (i.e. cap sur le Nord), et entre les oasis le paysage ne perd point en désolation
L'arrivée, après 6 bonnes heures de route, à la vallée du M'Zab, a rappelé ma première journée au Yémen (2009) :
Après une longue phase de vide, le désert se déchire tout d'un coup pour laisser apparaître une immense oasis
Voilà qui donne bien envie, sans même pouvoir distinguer d'aussi loin les superbes villages !
Le premier d'entre eux, Melika, fut visité en cette fin de 24 juillet
Une fois dedans, on se perd avec plaisir dans les ruelles
Fin d'après midi, les gamins jouent au foot et les autres hommes traînent ça et là
A Melika comme dans les autres villages mozabites, les étroites ruelles montent toutes doucement
pour aboutir sur la mosquée principale, grande, belle et sobre :)
L'appel à la prière (la quatrième de la journée, "maghrib" coucher du soleil) pousse tout le monde à accélérer le pas. Moi je continue mon petit tour, qui se finit au cimetière de Melika où deux jeunes prient devant la superbe tombe de Sidi Aïssa (Aïssa comme moi !) et de sa famille ; on dit que l'homme, très respecté du village, s'était enfermé à jamais chez lui après une dispute avec le cheikh de Malika. Les habitants lui rendèrent hommage post-mortem avec cette superbe sépulture.
En guise de transition avec la deuxième partie de la visite (le lundi 25 matin), voici une photo de l'oued traversant la vallée. On aperçoit au loin le minaret de la mosquée de Ghardaïa, au sommet du village.
Avant Ghardaïa, cependant, c'est le bled de Beni Isguen (dont les murailles sont réputées) qui fut visité aux premières heures du jour
On ne rigole pas du tout, une fois dedans : il est simplement interdit de prendre des photos des habitants comme d'avancer sans accompagnateur. Repoussant la perspective d'attendre un "guide officiel", j'ai eu le droit à une esquisse de visite par l'un des jeunes locaux, pressé qu'il était tout de même de partir travailler (il m'a donné 15mn de son temps tout de même, bigup!)
Outre les charmantes petites rues ascendantes, la jolie place du marché
HARAM ! photo prise en scred pour prouver que le village est bien habité :o
Une telle "fermeture" de Beni Isguen ne peut se comprendre indépendamment de l'histoire des Mozabites, et les nombreux heurts ayant opposé les locaux à des touristes principalement algériens n'ont fait que favoriser un renforcement de ces drachoniennes dispositions
Il est donc prié de laisser la famille vivre seule, "entre eux". Nous n'insisterons pas, même si l'on céda à la tentation de prendre en photo l'une des femmes mozabites, pour la plupart recouvertes d'un drap blanc qu'elles plient et replient de façon à ne voir que d'un seul oeil (d'où de bien fantômatiques apparences). Ici de dos, entrant dans le village.
Un peu plus tard, nous voici à l'approche du dernier des villages de la vallée visités (il y en a sept en tout) : Ghardaïa. C'est avec lui que l'on lit le mieux de l'extérieur l'architecture typique de la vallée, sur les collines (mosquées au centre-sommet, maisons collées... etc).
Dedans, les ruelles sont plus accueillantes qu'à Beni Isguen : le village est le plus important de la vallée et joue le rôle de centre économique et logistique du M'Zab.
On débouche à nouveau, après ces charmantes et introductives ruelles, sur une large place du marché
Et c'est à ce moment là que le visiteur fait halte, devant faire appel à un guide s'il souhaite explorer le coeur du village
Hors de question, pour moi, de revivre la même frustration qu'à Beni Isguen : je fonçai, me faisant tout petit pour ne pas gêner qui que ce soit. La visite, dans de telles conditions, fut extraordinaire : course le coeur battant dans les ruelles magnifiques, cachettes pour ne pas croiser le regard des habitants (les habitantes, surtout!), escalade longue et progressive de la ville jusqu'à arriver à la mosquée au centre et sommet de Ghardaïa, au moment où je n'y croyais plus. L'heure n'était malheureusement pas aux photos touristiques.
L'épilogue ne fut pas moins mémorable : je me suis perdu comme jamais sur le chemin du retour, et l'angoisse était d'autant plus grande que je n'avais rien à faire ici et n'osais guère demander mon chemin !! C'est alors que j'aperçus deux mozabites particulièrement barbus en train de discuter : fonçant vers ces islamiques collègues, j'ai honteusement avoué mes torts en priant qu'on m'aide à sortir du dédale des ruelles. Bingo : l'un des deux, un muslim jiddan (très très musulman ! parlant tellement l'arabe du Coran, très traditionnel, et m'avouant avec fierté appartenir au mouvement "revival" Tabligh, d'origine pakistanaise et qui fournit notoirement des pelletées de mudjahidines en Afghanistan), m'accompagna vers la sortie. J'ai eu le droit à un récit extraordinaire d'un type "comme moi", musulman de naissance mais éloigné des choses religieuses, qui fit un come back fracassant au point de "convertir" toute sa famille sur le "droit chemin". Insha Allah la même pour moi, me souhaita-t-il :p Les merveilles explorées durant cette petite boucle de trois jours dans le Sud, n'ont encore une fois apporté tant de plaisir en partie parce que le Sahara s'était révélé exigeant, compliqué voire dangereux à l'exploration. On a déjà évoqué les transports, certes. Plus sûrement, il était impossible d'envisager en raison des conditions climatiques une de ces merveilleuses explorations partant des oasis évoquées pour l'un des coins secrets du déserts ou de telle ou telle vallée ; il a fait bien 40°c en continu le jour, et si ma modeste expérience en la matière a rendu la chose supportable, encore convenait-il d'admettre qu'en plein été, c'était cuit (ah ah) pour les ballades dans les dunes. Autre point important, les villes de Djanet ou de Tamanrasset, les plus au Sud du pays, ne furent atteintes aussi bien à cause de la chaleur qu'en raison de l'insécurité qu'il règne dans leurs environs. Dès les premiers signes du Sahara, en effet, les nombreux checkpoints de l'armée et contrôles réguliers des passagers voire des véhicules ont permis de rappeler les limites du contrôle de l'Etat (officiel, en tout cas) sur la situation en terres désertiques. De façon notoire, le Sud algérien sert de base à de nombreux et radicaux rebelles, assez excités pour se faire adouber par Al Qaïda (AQMI Maghreb Islamique, la branche locale) et à taper de temps à autres attentats, enlèvements et trafics en tout genre qui minent d'ailleurs les relations avec les pays frontaliers (Mali en partie victime de l'insécurité régionale, Niger les mains dedans) comme avec la France. Il s'est donc agi de serrer les fesses, si je puis dire, durant ces quelques jours car à partir du moment où j'entrais dans cette vaste zone plus ou moins incontrôlée par les autorités, ma présence pouvait causer un certain nombre de soucis. L'accès à Taghit, ainsi, ne fut validé qu'après amples négociations (heureusement que le chauffeur de taxi avait un bon sens de l'humour, gagnant la sympathie des militaires ne voulant me laisser passer sans enregistrement préalable au poste comme à la frontière Tunisie-Algérie ), de même qu'il fallut à plusieurs reprises et longuement justifier parcours, religion, originales modalités de voyage (euphémisme) etc. Le plus incroyable restera sans doute mon arrivée à Timimoun, au beau milieu de la nuit de samedi à dimanche (après le bus depuis Beni Abbès) : débarqué par un taxi à 3h du matin dans un hôtel qui n'était pas encore officiellement ouvert (n'ayant donc pas le droit de me laisser une chambre), j'inspirai une telle panique à mon interlocuteur (voyageur seul, arrivant de nulle part à une telle heure, le passeport plein de visas inquiétants - think Yémen, Saudi, Pakistan!, quasiment sans bagages... que je sois islamiste undercover ou touriste for real qui n'avait cependant pas le droit d'être là comme ça à ce moment là, le patron de l'hôtel était dans la même mouise) qu'on me fit asseoir dos à lui et aux amis avec qui il discutait dans la cour du bâtiment (il faisait plutôt bon), attendant que le jour se lève pour me rendre passeport, portable (confisqués) et me dégager de là. J'en rigole franchement maintenant, mais à ce moment là l'heure n'était point aux boutades et je rends tout à fait grâce aux autorités divines d'être passé d'une telle façon entre les mailles d'un filet qui rend vraiment compliquée l'exploration en solitaire d'une région dont les risques et dangers sont bien connus. Il convient bien d'admettre, ceci dit, la responsabilité certaine de ces jouissifs coups de pression sécuritaires dans la réussite de cet inoubliable voyage au Sahara.
On va conclure avec une simple évocation de l'ultime étape, El Oued visité dans l'après midi du lundi 25 juillet 2011. La route avait été belle vers l'est, rejoignant la dernière grande oasis avant la frontière tunisienne.
Mais la ville n'a pas particulièrement emballé nos sens, peut être aussi parce que nous débarquions en pleine aprem et qu'il convenait d'atteindre la Tunisie avant la nuit (i.e. tempo soutenu).
Principale raison de cette semi-déception, les "milles coupoles" qui font la gloire de la ville sont aussi bien trad qu'âgées de dix ans à peine, et le mélange peine franchement à séduire
Arthus Bertrand en a pris de magnifiques photos, mais lui avait la chance d'être un chouilla plus en hauteur
Ne boudons pas notre plaisir : au loin les dunes nous rappellent le charmes propres à l'oasis, quand bien même celle-ci s'est considérablement développée
De même, le souq complètement mort (16h!) avait de superbes allures
Enfin, j'ai eu le grand plaisir de conclure ces aventures par une petite prière avec la famille, 'achr (troisième prière de la journée). Merci all !
Bientôt la route m'emmenerait à nouveau en Tunisie, où ces trois magnifiques semaines allaient s'achever | Discussions similaires sur l'Afrique du Nord: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 37 172 visiteurs en ligne depuis une heure! |