Attention: après l'insurrection, il y a la contre-insurrection!
par
Aly Sassi
, mardi 11 janvier 2011, 23:37
Aujourd'hui, et après les évènements sanglants dans plusieurs villes et villages de
Tunisie, la nature de la situation a radicalement changée. Une ligne rouge a été franchie par le régime de Ben Ali, qui n'a pas hésité à tirer à "balles réelles" sur sa propre population faisant des dizaines de morts et de blessés.
Si les mots ont un sens, et ils en ont un, cela peut être qualifié de "terrorisme d'État", qui est défini comme l'exercice illégitime par l'État de son monopole de la violence. Exercice illégitime parce que tout d'abord les manifestations étaient sous une très forte surveillance policière dissuasive et ensuite parce que les manifestants étaient pacifiques et surtout désarmés..!
Le verdict est sans recours, d'autant plus pour un régime récidiviste, car il ne faut surtout pas avoir la mémoire courte et rappeler ce qui s'est passé il y a tout juste un an dans la région du bassin minier. Ces crimes seront jugés un jour...ou l'autre.
Cette fois-ci, par contre, les événements (malheureusement tragiques) se sont précipités, et le régime n'a pas su, comme à son habitude, "tuer la révolte dans l'oeuf". Débordé par l’ampleur de la contestation, et le début d'une couverture médiatique des évènements par la presse internationale, Ben Ali revient à son registre de prédilection: le renseignement et la stratégie politico-policière. Désormais, le régime est entré dans la phase de la contre-offensive stratégique, dite de contre-insurrection. La guerre de contre insurrection est ce qui désigne généralement des techniques de guerre dans la population, de guerre contre le peuple, de guerre intérieure. Ben Ali va chercher (en vain, l’histoire l’a montré à plusieurs reprises) à contrôler totalement la population en la soumettant par la peur, en lui désignant massivement des ennemis intérieurs à isoler et purger. Ses organes de médias vont employer la désinformation et la propagande. Sa police va user de la manipulation, la provocation, le fichage, la surveillance et le quadrillage. Il s’agit généralement d'une militarisation de la fonction de contrôle étatique et policier contre la population colonisée d’agressions, de violences, de tortures, d’assassinats et de disparitions
D'ailleurs, Ben Ali a pris les devants en congédiant un Général des Armées de ses fonctions, suspecté de complaisance envers le soulèvement populaire, et en le remplacant par le Chef de la Sécurité Militaire, probablement plus enclin aux dessins du palais. A partir de là, Ben Ali a repris les vieilles recettes: favoriser une montée de la violence à l’aide de provocations policières pour mieux justifier la répression et se poser en restaurateur de l’ordre public.
Ainsi, différentes sources ont témoigné du déploiement de troupes "cagoulées" dans les villes de Thala, Gasrine, Aguereb, Haffouz, Sidi Bouzid, qui ont commencé à semer la pagaille: destructions de biens publics et privés, pilages, violences sur les personnes et tout cela sous le regard complice de la police et d'une caméra de TV 7 qui filmait à partir d'une ambulance (bonjour la déontologie, en passant.)
Ces groupes mercenaires, agissant à la solde du pouvoir, sont une sorte de milices paramilitaires, mobiles, largement autonomes, opérant en dehors de tout cadre légal et qui ne répondent qu'aux instructions venant directement de la plus haute sphère au niveau de l'État.
D'ailleurs, l'analyse de l'intervention télévisée de Ben Ali (pas la première Vintage tendance URSS, mais la deuxième d'un style résolument plus Bushien) révèle de nombreux indices sur la stratégie suivie: Tout d'abord il plante le décor contre insurrectionnel comme décrit auparavant (actes d'infiltration, de provocation et et désinformation). Ensuite il ferme les écoles et les universités pour vider la rue de ses éléments les plus incontrôlables (élèves, étudiants, enfants.). Par après, il décrète un couvre-feu dans certaines régions pour mieux contrôler et circonscrire l'effet de propagation des foyers insurrectionnels. Très probablement s'ensuivront de nouveaux actes de "contre_révolution" comme des attentats visant des civils, ce qui permettra au régime de brandir la menace Al Qaida et ses ambitions pour la
Tunisie. Ben Ali cherche à décréter l'état d'urgence pour se prémunir de toute tentative de putsh, en attendant de convaincre les occidentaux de continuer de miser sur lui (et c'est reparti.
C'est la stratégie de Ben Ali: une contre insurrection qui a pour objectif de renverser la tendance de sympathie envers le soulèvement populaire et de cliver l'opinion nationale et surtout internationale.
Cette manoeuvre est plus que probable car le régime est aux abois et il n'hésitera devant rien pour sauver sa peau...
Dès lors, préparons-nous à cette guerre psychologique et soyons forts, unis et convaincus de la justesse de notre combat! Nous vaincrons! Le peuple tunisien vaincra!
P.S: à l'instant où j'écris ses lignes, le mouvement arrive aux portes de
Tunis...La bataille finale avant notre sacre!
Aly
Mardi, 11 janvier 2011