Suite 6-ème journée
Je décide de retrouver l’accès que j’ai prévu initialement, je retourne donc sur la partie goudronnée, j’avance encore un peu et tourne ensuite sur une piste. C’est fois-ci c’est la bonne

, et j’arrive presque au bord de canyon. Il y a très peu de monde, deux ou trois voitures, mais de l’autre côté il n’y avait personne. Je m’approche du bord de canyon, et là les yeux me s’ouvrent bien grand : c’est super beau !
Evidemment les photos sous le soleil ne rendent pas justice mais je n’ai qu’un seul envie – c’est de descendre dans le canyon et l’explorer d’en bas, de me l’approprier, de devenir son intime.
J’ai lu que c’est possible mais qu’étant donné que c’est le territoire indien, il faut acheter un permis (une fois de plus avec le fric on y arrive...) et qu'il fait très chaud une fois on est descendu. De toute manière pour aujourd’hui c’est exclu, j’ai encore un endroit mythique à visiter, et il est presque 17 heures mais je me dis que si jamais je reviens dans ces contrées il faut que je réserve une journée entière pour ce canyon, il le mérite vraiment. Pour moi c’est un de highlights de ce voyage, surtout que je ne m’attendais pas à cela.
Ma dernière destination n’est pas moins mythique que King of wings. D’ailleurs comme King elle est longtemps restée réservée aux « initiés ». On ne voulait même pas divulguer son vrai nom, de peur que trop de gens veuillent y aller. Mais peu un peu les langues se sont déliées, et on a appris qu’il s’agissait de Blue canyon qui ne se trouve pas trop loin de Coal mine canyon.
Comme l’endroit est réputé secret – relativement - et comme il y a selon les sources internet des problèmes avec les indiens

qui voient de mauvais œil le nombre grandissant des touristes voulant visiter sans payer – parce qu’une fois de plus avec un « guide » payant c’est parfaitement possible - et que j’ai lu les rapports de menaces de pneus crevées et même les indiens avec des fusils

, sans parler même plus prosaïquement d’une forte amende que la police indienne peut vous mettre

, j’ai bien pris le soins de chercher les coordonnées GPS pour ne pas faire des pistes à droite et à gauche et pour essayer d’être le plus discret possible. J’arrive donc sans encombre sur place. L’endroit ne doit pas être si peu fréquenté que ça parce que je vois énormément de traces de pneus dans la boue séchée. Mais pour une fois les dieux indiens sont avec moi : il n’y a personne

, et je peux explorer les lieux tranquillement et à ma guise. Je descends de la voiture, c’est la soirée, il ne fait plus chaud, c’est plutôt agréable.
Je m’avance, et plus je m’avance, plus je me sens envahi par un sentiment de plénitude et de quiétude incroyable. Je ne sais pas si c’est le soleil doux après une journée écrasante, si c’est le fait d’avoir lu que c’est un endroit sacré pour les indiens, habité par les esprits mais j’ai le même étrange sentiment de communion presque mystique avec un lieu qui m’a envahi quand je suis entré pour la première fois dans Notre dame de
Paris. Je ne sais pas l’expliquer, je le sens, c’est tout, c’est comme si j’étais transpercé, habité par des siècles d’histoire humaine, comme si quelque chose d’impénétrable aller s’ouvrir devant mon esprit, comme si un secret éternel allait m’être dévoilé... je me sens incroyablement bien ici.
Je passe partout, je monte et je descends, j’explore tous les recoins, je regrette que le soleil commence à se décliner et qu’il me reste peu de temps. Je me dis qu’il serait super de pouvoir camper ici mais les histoires des pneus crevés me refroidissent

, je me dis que j’ai déjà eu énormément de chance d’y être venu et qu’il ne faut pas trop insister sur sa chance, c’est comme au casino, il faut partir tout de suite après avoir gagné, sinon on risque de tout perdre.

. C’est donc à contrecœurs que je quitte les lieux.

Google m’annonce qu’il me faut encore une bonne heure pour arriver à l’endroit où j’ai prévu camper, et la nuit commence à tomber. Je décide donc de prendre une autre route que celle en aller, cela est censé être plus court bien qu’il y ait un passage de wash délicat. Et en effet il est super délicat, ce passage !

Je descends dans un ravin profond, je vois que le lit de wash est entouré des berges vraiment hautes, je le sens mal. Quelqu’un a d’ailleurs mis des planches pour essayer d’aplatir un peu le creux. Ma Toyota est haute mais je ne suis pas rassuré.

Cependant j’ai déjà bien descendu et il est difficile de faire le demi-tour. Par ailleurs si je dois revenir sur mes pas et repasser par tout le chemin, c’est sûr que je devrais passer une grande partie de mon chemin dans le noir.
Je tente donc ma chance, ma pauvre Toyota racle le fond, la remontée sur la berge est trop haut et inégale, j’espère juste qu’aucun tuyau n'est arraché. Je remonte de l’autre côté, m’arrête et inspecte la route derrière moi, ouf, je ne vois pas de traces du liquide sur le sol, je peux continuer.

Le jour commence à décliner, et je ne sais pas combien de temps je vais mettre avant d’arriver sur une route goudronnée. J’accélère. Normalement Google donne des indications assez précises sur le temps de trajet mais là il me semble bien qu’il s’est trompé et que j’ai mis plus de temps que prévu. J’arrive sur la chaussée quand la nuit est déjà tombée, j’allume les phares et je fonce car il me faut encore trouver la place où je passe la nuit. Je ne peux pas m’arrêter n’importe où car demain je dois me lever encore une fois avant le soleil, je veux voir le lever du soleil au pied de White Mesa arch.
Je tourne sur une piste qui doit me mener vers une autre piste qui doit me mener là où je compte passer la nuit. La première piste est très bonne, c’est un boulevard, certes non pavé mais super cool, je me donne à fond avec les phares allumés,

les lapins sautent partout, je fais tout de même attention pour ne pas en écraser un. En approchant le point kilométrique où je dois tourner sur la deuxième piste je ralentis. Pourtant il fait tellement sombre que je n’arrive pas à voir où elle commence, cette piste, tous les bords de ma route sont pareils, je ne vois aucun enfoncement ni aucun semblant de départ d’une piste. Je fais des aller et retour sur 500 mètres mais je ne vois toujours rien. Je commence à désespérer et en plus j’ai faim. Je ne sais pas par quel miracle je tourne sur ce qui me semble être un peu plus différent d’aspect que tout le reste sachant que la lumière de phares n’est pas vraiment une meilleure amie et qu’elle peut donner beaucoup de fausses impressions. Mais apparemment c’est une piste, très sablonneuse celle-ci, je passe difficilement et décide de passer en mode 4x4. Ca va tout de suite mieux et j’avance tout doucement car c’est TRES sablonneux, quand au mon Dieu ! je vois en face une autre voiture qui va dans ma direction.

Je suis encore une fois sur les terres indiennes et je me dis que cette fois-ci je ne vais pas échapper à une discussion animée.

La voiture qui arrive en face s’arrête à mon niveau, je suis obligé de faire de même. C’est une vrai Jeep, qui passe partout. La fenêtre s’ouvre et je vois un couple jeune et qui a l’air très sympa. Ils sont aussi étonnés

de me voir ici que moi de les voir. Ils me demandent ce que je fais ici et où je vais. Je m’explique, et il se trouve que je vais là d’où ils viennent.

C’est un signe de providence ! Ils me confirment que je suis sur la bonne piste et me donnent des conseils comment y parvenir au mieux. Apparemment je ne suis plus très loin. Il me faut contourner une ferme, ce dont je n’aime pas trop l’idée,

en me disant que les habitants de cette ferme ne doivent pas voir beaucoup de gens par là, et surtout à 10 heures du soir passées et que cela peut me valoir des ennuis mais je n’ai pas le choix. J’avance, je vois la ferme, pas de lumière, cela semble calme, j’essaie de passer en douceur, en roulant calmement. La route commence ensuite à monter fortement, heureusement que je suis en mode 4x4, autrement je ne pourrais pas y passer. Ce grimpe, ça grimpe, et je n’ai aucun idée, où je vais, la nuit est d’un noir très profond. A un moment donné je vois un grand enfoncement à gauche. Je continue de monter mais tout de suite après cela devient vraiment trop abrupte et casse gueule dans le noir. Je m’apostrophe

de ne pas m’être arrêté un peu plus bas car maintenant je dois faire les 20 mètres en marche arrière dans la nuit profonde car il n’est pas possible de tourner ici. Je recule très doucement et finis par arriver plus bas que l’enfoncement que j’ai vu. J’y vais en marche avant. Il y a une place pour mettre ma tente, je ne sais pas si c’est bien plat, la lumière de phares est trop inadaptée pour se faire une vraie idée, tout semble pareil mais je m’en fiche, il est 11 heures passées, je dois encore manger quelque chose mais cela sera bien sûr les pâtes pour aller au plus vite. Je mange et je m’endors rapidement car je dois rééditer mon exploit de ce matin et me lever demain aux aurores.
Bilan de cette très longue journée : beaucoup de route, peu de vraies ballades (sauf le matin aller-retour à Bisti qui fait 1 h 30 à la marche très soutenue) mais des souvenirs parmi les plus beaux de ce voyage.