Le premier jour : Montréal
J’ai pris le vol avec Air Canada, départ dans l’après-midi pour arriver vers 17 heures locales à
Montréal. Le vol se passe bien, rien à signaler. J’arrive donc à
Montréal où je découvre le passage des frontières version 21e siècle : la salle est pleine de machines où on met son passeport, la machine vous crache ensuite un petit papier que vous allez remettre à un agent. Vous devez avoir préalablement à votre départ reçu l’autorisation électronique de voyage pour le
Canada (comme ESTA pour les US), la procédure pareil que l’ESTA impliquant aussi les frais.
Je m’approche de l’agent et je lui donne le papier craché par la machine. Lui : que allez-vous faire au
Canada ? Moi: rien de spécial. Lui : me regarde avec étonnement.

Moi : je pars demain aux US. L’agent perd aussitôt tout intérêt à ma personne et me laisse passer. Je récupère mon sac.
J’ai pris une location Airbnb. Quand j’ai cherché l’endroit où passer la nuit à
Montréal sachant que mon départ le lendemain était à 7.30 du matin, deux options se sont offertes à moi : soit aller en ville avec le plaisir de passer la soirée au centre ville que j’ai visité brièvement en 1998 et dont je ne me souvenais plus grande chose mais avec l’inconvénient d’être obligé de me lever encore plus tôt le lendemain, ou rester près de l’aéroport quitte à aller le soir au centre ville. Après la réflexion j’ai choisi la deuxième option ne sachant pas si j’allais être trop fatigué après le vol pour flâner au centre ville. Ma location était indiqué comme « 5 minutes de l’aéroport » mais cela en voiture bien entendu. J’ai regardé sur Google maps, c’était à 35 minutes à pied.
Je me dis que avec mon sac de 22 kilos avec tout le bordas du camping il serait dur de le trimballer au petit matin. Je pose la question au service d’accueil s’il y a une consigne. Hourra, ça existe !

J’y vais, je pose la question si c’est ouvert 24/24, c’est oui. Le prix est de 10 CAD. Je sors mon billet et la fille éclate de rire : il m’a resté 50 CAD de mon voyage du 1998, je me suis dit à l’époque que cela ne valait pas la peine de les échanger contre les francs (et oui, c’était encore les bons vieux Pascal et autres Saint Saint-Exupéry). Sauf que en vingt ans ils ont eu le temps d’inventer d’autres billets, ces canadiens!

Heureusement que les anciens billets sont encore acceptés, la fille donc me le prend. Me voici débarrassé de mon fardeau et libre de marcher avec mon sac à dos d’une 10 kg seulement :-)

. Je me lance à parcourir les merveilleux alentours du terminal qui comme partout dans le monde ne sont pas vraiment fait pour les piétons.

Qu’à cela ne tienne je marche entre les bords de la route et les parkings, essayant de couper mais pas trop car souvent je tombe sur un grillage qui m’oblige à rebrousser le chemin. Il ne fait pas très beau, c’est plutôt gris et triste, ce dédale des routes qui partent dans tous les sens et où je suis le seul à marcher, pas d’autres piétons en vue.
Je finis pas sortir sur la route qui longe le chemin de fer dont une extrémité aboutit quelque part au centre ville. Il y a un trottoir, ouf ! Je marche, je marche, la fatigue commence à se faire sentir. J’arrive aux premiers patés de maisons, ce n’est pas la première rue à droite,

ni la deuxième

... Les maisons sont plutôt ce qu’on appelle aux US « low middle class », ce n’est pas pauvre mais pas trop luxueux non plus. Enfin j’arrive à ma destination. L’appartement où j’ai loué une chambre pour cette nuit est propre, il y a trois chambres, un salon et une cuisine, une grande salle de bain, et pour l’instant je ne vois personne ! Pourvu que ça dure !

Par contre la porte de ma chambre ne se ferme pas à clé, pas cool ça :- (.

Bon, je m’installe, dans la cuisine il y a un grand sac avec les sachets de thé, j’en déduit que c’est en libre service et je m’autorise une tasse de thé.
Il est 18 heures passées, il faudra que je m’occupe du diner car demain je dois me lever tôt. Mon vol part à 7.30. En partant de l’aéroport j’ai eu l’idée d’aller voir les départs US, l’histoire de ne pas chercher à 6 heures du mat. A l’accueil je tombe sur un grand gaillard à qui je pose la question s’il y a beaucoup de monde le matin pour passer la frontière. « On recommande de venir 3 heures avant », me répond-il. OK, ça je le sais mais je vous demande s’il y a beaucoup de monde et s’il faut vraiment venir 3 heures avant, vu que cela fait 4.30 du matin ? « On recommande de venir 3 heures avant », me répond-il. Ça, j’ai compris, mon ami mais est-ce vraiment nécessaire ? « On recommande de venir 3 heures avant », me répond-il. J’abandonne.

Je décide que 2 heures avant seront largement suffisantes mais cela fait tout de même 5.30 du matin, et vu que il me faut 35 minutes de marche et je dois encore récupérer mon sac, cela fait le réveil à 4.00 pour avoir le temps de becqueter quelque chose. Il me faut donc aller faire les courses.
Je sors de l’appartement. J’ai trouvé sur Google Maps un supermarché. Il fait gris mais il ne pleut pas, il ne fait pas trop chaud. Je commence ma marche vers le Graal commercial. Au bout de 45 minutes de marche je commence à en avoir vraiment dans les pattes

. En plus à
Paris c’est minuit passée. Je me demande si c’était une bonne idée d’aller acheter les trucs au supermarché. Mais bon il me faut aussi de quoi faire les sandwichs pour demain... Je finis par y arriver, j’ai mis presque une heure... Je fais les courses pour ce soir et demain, un burger, du pain, du beurre, du fromage, une tomate, un gros pot de yaourt, cela fera le dessert pour ce soir et le yaourt pour le petit déj. En allant j’ai passé par les quartiers résidentiels mais c’était trop long, au retour je marche au bord de la route et je vois que j’ai dépassé l’entrée à l’aéroport, en gros, je suis allé plus loin dans le sens opposé que quand je venais de l’aéroport !

Je rentre passablement fatigué mais cela fait une bonne entrée dans la matière pour la marche, tout au moins ce que je me dis, cela se révélera assez faux comme on va le voir. Je fais la cuisine vite fait, le burger me parait très bien, je dois être assez affamé... Il est déjà 21 heures, trois heures du matin en
France. Je prend une douche rapide, je me couche, en mettant le réveil à 4 heures.
Le deuxième jour : Denver
Je me réveille à 4 heures sans trop de difficulté même si la nuit était courte car en
France il est 10 heures. Un petit déj rapide, les sandwiches pour toute à l’heure, et me voici dehors, il fait nuit, la petite pluie m’accompagne presque jusqu’à l’aéroport. Je me félicite d’avoir déposé mon sac la veille car le trimballer dans le pénombre aurait été vraiment pénible.
Finalement je n’ai pas de jugement bien établi concernant mon choix de passer la nuit à
Montréal avec cette longue escale. S’il est vrai que le billet était moins cher, le prix de location Airbnb + la consigne bagage ont bien réduit cette avantage par rapport aux billets plus chers mais avec une escale moins longue. La chose positive est que cela m’a permis de passer une nuit même courte au lit et ne pas m’occuper de la location de voiture et des courses tout de suite en arrivée après deux vols avec une escale de 3-4 heures et avec un décalage horaire. Il est vrai aussi que j’aurais pu prendre un vol un peu moins long et rester trainer une journée à
Denver, cela aurait fait pratiquement la même chose.
Je récupère mon sac et me dirige vers le contrôle d’immigration US qui se fait au
Canada. Tant mieux, comme ça en arrivée il n’y aura pas de queue à faire. Et ici il n’y a personne, il est 5.30 du matin. Heureusement que je suis venu 2 heures avant et non pas trois ! Merci au préposé à l’information pour son conseil de venir « au moins trois heures à l’avance » ! Je passe toutes les formalités à la vitesse grande V et me voici à attendre encore 1.45 avant mon vol. L’internet marche et je décide de vérifier mon plan pour le premier jour de mon périple. Patatras !

Je découvre avec stupéfaction que la route vers Maroon bells à
Aspen où je doit être demain matin est fermée à la circulation du 8 heures à 17 heures sous peine d’une forte amende ! Comment je ne l’ai pas vu auparavant ?

Cela va modifier sérieusement mes plans pour cette matinée car j’ai pensé y rester un petit moment et partir vers 10-11 heures. Maintenant il me faudra faire autrement. Bon, les imprévus commencent, ils font partie des choses à gérer mais je m’apostrophe pour avoir raté ça.
Finalement le vol commence, j’ai la désagréable surprise de constater qu’autant sur les vols transatlantiques Air Canada est une compagnie tout à fait convenable autant sur les vols nord-américains c’est du low cost même si le vol pour
Denver est assez long (4 heures). Donc aucune collation et juste de l’eau.

Heureusement que j’aie mes sandwiches mais pour l’instant je n’ai pas faim.
Denver m’accueille avec du soleil, il fait déjà plus chaud qu’à
Montréal, et il n’est que 10 heures du matin. Il est prévu 33° dans la journée, ça va encore. J’ai prévu la location de voiture à partir du midi ne sachant pas combien de temps j’allais mettre pour passer la frontière, la dernière fois à
New York il y avait une queue monstrueuse et peu d’agents. Mais comme j’ai passé toutes les formalités au
Canada, je sors très vite et j’arrive au comptoir de location beaucoup trop tôt. Ils m’annoncent que ma voiture n’est pas encore prête et me conseillent de faire un tour. Sur le parking je ne vois rien d’engageant

. Je leur dis que je vais manger quelque chose. Je m’achète à boire et je mange mes sandwiches. Au retour on m’annonce que la voiture qui m’a été destinée part en réparation.

Ils n’ont pas l’air affolés. Je leur dis que je dois partir le plus vite possible car j’ai encore les courses et 5 heures de route à faire mais cela ne les affole pas non plus. Finalement la responsable me dit qu’il vont chercher la voiture dans une autre agence ou je ne sais pas où, cela prendra une heure environ. Je n’ai pas le choix, je leur demande juste de faire en sorte que ce soit une 4x4. La dame devient très suspicieuse

et me demande ce que je vais faire avec la voiture. Je lui dis que je vais faire un tour des parcs nationaux. « Vous savez qu’il vous est interdit de faire les routes non pavés ? » « Mais oui ma grande je le sais bien ». « Mais à quoi donc un 4x4 vous sera utile ? » « Ah, c’est juste que je les aime bien » ! Elle n’a pas l’air convaincu... Je commence à flipper car justement j’ai prévu énormément de pistes à faire, si je n’ai pas de voiture digne de ce nom la plupart de mes projets sera caduc...
Une jeune fille part chercher ma voiture, l’heure tourne, je stresse

car en effet j’ai les courses et 5 heures de route à faire, et je sais que je vais commencer à être fatigué après la courte nuit et avec le décalage horaire. Le temps d’attente me paraît interminable... Mais voici enfin que la fille revient avec la voiture. Ah, mon Dieu, je ne sais pas à quoi ou à qui je dois ça mais c’est une Toyota 4Runner, la meilleure voiture possible dans la catégorie 4x4 selon beaucoup de personnes sur ce forum.

Je n’ose pas à croire à ma chance.

Je sors avec la fille faire une inspection préalable et découvre que la voiture a 1800 km au compteur ! Elle est quasiment neuve !

Je remplie et signe tout très vite comme si elle pouvait encore m’échapper. Me voici au volant. La prise en mains est facile, il faut juste s’habituer à la boite automatique et aux gabarits. Elle a l’air bien, cette voiture, évidemment je suis encore en ville, on verra sur les pistes mais je suis content. Par contre elle n’a pas de GPS, il y a deux ans nous avons eu un magnifique GPS préinstallé sans qu’on ait à le payer. Pas grave, j’ai mon téléphone et mon GPS, ça devrait aller.
Je me dirige à Walmart à la sortie de la ville. J’adore ces magasins où on peut acheter presque tout. En plus de la nourriture je m’achète un oreiller. Initialement j’ai pensé dormir vraiment à la dure en mettant sous la tête mes vêtements mais quand je vois un oreiller à 5$ je me dit que cela sera tout de même plus confortable.

Vu que je pense faire essentiellement du camping sauvage je me prend aussi une chaise et une petite table pliantes, histoire ne pas être obligé d’être assis par terre avec une assiette à la main. J’achète aussi une pompe électrique car je vais faire quelque pistes bien sablonneuses où je devrait peut-être dégonfler les pneus. Je prend un sac de charbon de bois pour faire des grillades même si j’ai vu que tout au moins au début de mon parcours c’est interdit partout à cause de la sécheresse et risques d’incendie. D’ailleurs là où je vais ce soir, il y a une incendie énorme à une 50 de km. Bon, on verra pour les barbocs...
Tout cela a bien rempli ma voiture, je me demande comment je vais dormir la dedans si jamais... Mais bon, à chaque jour suffit sa peine, je dois me mettre en route d’urgence sous peine d’arriver après le couché du soleil.
Mon premier camping sur la terre américaine se trouve pas trop loin de ma première randonnée de demain –
Aspen, Maroon bells. Enfin, pas très loin c’est vite dit, une quarantaine de minutes en voiture tout de même mais tous les campings plus près étaient déjà réservés au mois de mars, c’est pour dire la popularité des lieux. Mon camping s’appelle Difficult campground, il n’y pas de douche, le feu de camp est interdit à cause des incendies et il m’a coûté 36$. Perso je trouve cela cher juste pour mettre ma tente...

Bref, j’y arrive au bout de 4 heures et quelque de route, juste au moment où le soleil se couche, je mets ma tente dans les pénombres... Il fait assez froid, une dizaine de degrés, on est dans la montagne. Le camping n'est pas terrible, ou plutôt n’a rien de spécial mais je suis trop fatigué pour apprécier. Je suis tellement fatigué que je commence à mettre la tente et je m’étonne qu’il n’y pas de sol, je me dis mais comment je vais dormir, il y a un problème.

Je mets une bonne minute à comprendre que ce que je tiens dans les mains est la partie supérieure de la tente qui protège de la pluie et que la tente elle même, je ne l’ai pas encore déballée

... Je me fais un plat de pâtes vite fait, je suis trop crevé pour faire autre chose. Il y a des box anti-ours, où on est censé mettre tout ce qui est mangeable mais pour ce soir c’est trop. Je me dis qui si un ours viendra cette nuit me déranger je n’aurai vraiment pas la chance mais là j’ai la seule envie – dormir surtout que je dois me lever aux aurores demain. En effet comme je ne veux pas rester coincé à Maroon bells tout la journée, je dois quitter cette route interdite avant 8 heures du mat, c’est tôt, et je voudrais encore faire la ballade jusqu’à
Crater Lake. Je m’endors vite même s’il fait assez froid.