Où voyager seul à cheval?
On évitera soigneusement les régions extrêmes. Le cheval trouve sa place dans les régions tempérées, les steppes herbeuses, les steppes semi‑désertiques, les régions agricoles où on peut élever des bovins. Là où l'on ne trouve plus que des rennes ou des chameaux, le cheval ne vit pas.
On évitera ensuite les régions où l'insécurité est reconnue (troubles politiques, délinquance importante). Le voyageur à cheval se déplace lentement, à la vue de tout le monde, il est très vulnérable et son matériel et ses chevaux peuvent faire des envieux
Certaines frontières restent fermées aux chevaux. Ils convient de se renseigner avant de partir. Alors qu'il est facile de se déplacer en vélo ou en voiture, le passage des frontières est un des problèmes du voyage à cheval.
Enfin, le bord des routes goudronnées est déprimant, préjudiciable pour les pieds des chevaux et dangereux à cause de la circulation. Donc autant fuir les grandes villes et autres zones trop habitées.
Formalités et responsabilité
Les formalités douanières pour les chevaux sont un casse‑tête et parfois un cauchemar. Il n'existe pas de législation internationale de protection sanitaire. Chaque pays a ses propres règles et chaque douanier fait sa loi. Les problèmes se traitent donc au coup par coup avec paperasses et autres tampons mais aussi avec de la patience, de l'intuition et de la diplomatie.
Quand un cheval est en mauvaise santé, mal conduit, mal harnaché, surmené, ce n'est jamais sa faute. C'est toujours la faute de son meneur qui n'a pas su le conduire comme il le fallait. Avec des chevaux, il est très facile d'être un tortionnaire malgré soi, par incompétence.
Il n'est pas recommandé de se lancer dans un voyage à cheval sans être "homme de cheval". Être cavalier ne suffit pas. Le voyageur se doit aussi d'être vétérinaire, maréchal, soigneur, bourrelier, ethnologue... Tout cela s'apprend. Cela demande du temps et de l'énergie mais le jeu en vaut vraiment la chandelle. Le voyage n'en sera que plus satisfaisant et les chevaux n'en seront que plus heureux.
Le meilleur choix pour un cheval de voyage est certainement un jeune adulte hongre, soit une bête entre 5 et 10 ans. En deçà, on a généralement affaire à un adolescent manquant de maturité physique et psychologique. Au‑delà, les problèmes de santé, notamment des membres, sont à redouter.
Un hongre est un mâle castré. Ainsi, on évite les réactions fantaisistes de la jument en chaleur (quelques jours par mois, 6 mois par an), et le comportement dominant, parfois brutal du mâle entier (toute l'année dès qu'il est en présence d'autres chevaux). De plus, certains pays ne laissent pas rentrer sur leur territoire des animaux capables de se reproduire. Enfin, le hongre est mieux accepté par les agriculteurs et cavaliers locaux, ce qui favorise l'intégration.
Il convient aussi de penser aux mules dont les qualités de rusticité et d'endurance ne sont plus à démontrer.
On pensera aussi à quelques autres critères: Une petite taille (1,35 à 1,50 m), plus facile à nourrir, à harnacher, à monter. Une certaine générosité au travail. Un équilibre nerveux face à toute situation imprévue. Le cheval est un animal craintif. Cette peur peut s'exprimer par des réactions exagérées, brutales pouvant mettre en danger le cavalier ou le meneur à pied.
On trouve des chevaux chez les marchands, les éleveurs, les utilisateurs (sports équestres, travail du bétail, randonneurs). Il est difficile d'acheter de bons chevaux à l'étranger (les bons ne sont pas à vendre), et le débutant à toutes les chances de se voir refiler cher un cheval caractériel ou de santé fragile. Le commerce des chevaux jouit d'une réputation de roublardise parfaitement justifiée. On aura donc intérêt à se faire conseiller et, si possible, à faire procéder à une visite vétérinaire d'achat.
Quant aux prix, ils sont variables: un bon cheval de voyage vaut 4 ou 5 000 € en France moins de mille dans d'autres pays.
Il existe différentes formules de voyage à cheval. Donc, tout dépendra de ce qu'on va faire et de son niveau.
Meneur à pied avec cheval de bât: c'est la formule la plus facile pour un débutant. L'autonomie alimentaire est d'environ une semaine à condition de trouver de l'herbe tous les jours plusieurs fois par jour
Cavalier avec deux chevaux dont l'un porte les bagages: débutants s'abstenir. La conduite de deux chevaux demande un certain doigté et de l'expérience. Cette formule permet de voyager dans un certain confort loin de la civilisation.
Cavalier avec deux chevaux dont l'un est nu: il ne porte rien et fatigue très peu. Il viendra remplacer le cheval monté à la mi‑journée ou un jour sur deux. Là aussi, débutant s'abstenir. L'autonomie alimentaire est nulle mais on peut faire de grosses étapes dans une région facile.
Cavalier avec un seul cheval: la formule n'offre qu'un seul jour d'autonomie alimentaire. Elle n'est valable que dans les pays occidentaux herbeux ou dans les pays hospitaliers.
En attelage tiré par un ou deux chevaux ou mules: c'est la formule de confort convenant bien au voyage en famille et en plaine. Là aussi, amateurs s'abstenir car l'attelage est une activité bien plus dangereuse que la monte simple. Il convient donc de se former sérieusement avant de partir.
La distance quotidienne qu'on peut faire à cheval varie selon le potentiel sportif de l'animall, son l'alimentation, le poids de charge, le terrain, la dénivellation, la température. Cela va de 20 à 80 km. Sauf dans le cas d'un raid sportif bien préparé avec des chevaux d'élite, on peut compter sur une base de 6 à 8 heures de marche exclusivement au pas. Le trot et le galop sont réservés à la récréation que l'on s'offre pendant les jours de repos.
De plus, le cavalier doit marcher à pied au moins 5 à 10 minutes toutes les heures et dans toutes les descentes (le cheval est un animal de plaine qui a sa masse musculaire à l'arrière et qui est mal à l'aise dans les descentes). Enfin, une pause d'une heure ou de deux fois 30 minutes est indispensable - chevaux de bât déchargés - à la mi‑journée.
Selle, fers et alimentation
En ce qui concerne la selle et tout le harnachement, les équipements locaux sont parfois peu fonctionnels, fragiles, inadaptés. Il vaut mieux choisir tout son matériel chez soi avant de partir et être capable de l'adapter ensuite aux chevaux locaux.
Doit‑on être initié à la maréchalerie avant son départ et quels fers prévoir? Les voyageurs à cheval faisant appel aux maréchaux locaux ont parfois des déboires. Il est donc indispensable de se former un peu avant de partir. On emporte avec soi les petits matériels et les clous. On trouve l'enclume, la forge, le gros marteau chez le maréchal local, les garagistes, les "ponts et chaussées", les militaires. On achète les fers industriels ou on forge soi‑même ses fers au fur et à mesure.
Le cheval est un herbivore qui se nourrit quelques 18 heures par jour s'il est libre. Nourrir des chevaux en voyage relève parfois de l'exploit; c'est une obsession permanente. L'herbe du bord des chemins n'est suffisante que dans le cas d'un faible kilométrage avec des chevaux rustiques. Au delà de 25 km/jour, il faut donner du grain (1 kg à 2,5 kg/jour et par cheval) en plus du foin, de l'herbe ou de la paille qui, eux, doivent être distribués à volonté tout le temps pendant lequel les chevaux ne travaillent pas. Cet aspect de la nature des chevaux interdit les régions non agricoles. Enfin, un cheval doit boire 2 fois par jour en hiver et 4 fois en été.
Quel sort réserver aux chevaux à la fin d'un voyage? Le voyageur rentre chez lui, mais les chevaux? Ils ont assumé toutes les contraintes du voyage, les kilomètres, les intempéries, la mauvaise alimentation. Le plus souvent, ils ne peuvent plus être considérés comme un moyen de transport, ni comme des animaux domestiques, ni des animaux familiers ou familiaux. Ils sont devenus une partie de la personnalité du voyageur, de ses pensées, de ses actes, de ses besoins, de son identité. Le voyageur retourne à sa vie citadine ou sédentaire. Il lui faut décider du devenir de ses chevaux et ce choix doit être longuement mûri. Cela l'aidera dans son processus de "deuil", dans l'acceptation de la fin du voyage et de la séparation.
La meilleure solution est certainement la mise à la retraite dans de vastes pâtures, avec un troupeau de juments poulinières et sous surveillance. La solution de la vente permet de récupérer quelques sous mais elle est définitive. L'acquéreur fera ce que bon lui semble: travail, abattoir, négligence. Voilà pourquoi la fin d'un voyage se décide aussi en fonction du devenir des chevaux. Personne ne doit décider à la place du cavalier.