
yangguizi Shanghai, Chine
Photo/image personnelle du membre yangguizi.
Description de la photo/image: Une vue plongeante du lac volcanique Tianchi, du sommet du Mont Paektu (frontière entre la Chine et la Corée du Nord)
15 janvier 2005 à 19:53
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3 A l’hôtel Nous avons logé dans un des deux grands hôtels de la ville. Celui du centre-ville (le mieux) est réservé aux chinois car leur potentiel de nuisance est moindre que celui des occidentaux. Tous les européens doivent descendre dans l’hôtel de l’ile, où descendent également de nombreux chinois d’ailleurs. Bonne surprise, l’hôtel est moderne, de catégorie quatre étoiles et dispose de la plupart des facilités qu’on puisse attendre dans un hôtel de ce genre. Le hall gigantesque abrite notamment une gravure immense d’une kimilsunia (une fleur créée en l’honneur du Respecté Président Kim Il Sung) et d’une kimjongilia (une fleur créée en l’honneur du Cher Leader Kim Jong Il). Des représentations de ces fleurs figurent un peu partout dans le pays, comme si les noms et portraits des leaders ne suffisaient pas. La chambre ressemblait à n’importe quelle chambre d’hôtel international, à ceci près que le calendrier avait une touche plus « prolétarienne » que dans un palace français ou chinois. J’ai fébrilement allumé la télévision pour voir que la plupart des chaines étaient chinoises. Il y avait aussi une chaine taiwanaise, une japonaise et la BBC. Cette dernière consistait en fait en une image figée avec un sous-titre « signal satellite interrompu ». Comme par hasard… Il y avait enfin LA chaine de télévision nord-coréenne. C’est bien entendu sur celle-ci que je me suis précipité. Sans surprise, il n’y passait que des chants militaires et des opéras révolutionnaires. Tant mieux, j’adore ça! Vinrent ensuite les informations. Du jamais vu ! Un fond entièrement bleu, et un présentateur sinistre qui a constamment la tête baissée pour lire sa feuille de papier. Je ne comprenais bien entendu pas un seul mot, mais le rythme était uniforme, le débit assez rapide et le ton martial. De temps en temps, quelques reportages dans des usines venaient ponctuer ce monologue. Pas très passionnant… Je retrouvais ensuite les autres ainsi que les guides dans le restaurant panoramique. Il ne tournait pas encore quand nous arrivions, ça viendrait un peu plus tard. De toute façon, Pyongyang la nuit ne brille pas. Certes, les tours d’habitations sont éclairées, mais la ville dans son ensemble est extrêmement sombre et sinistre. On ne voit évidemment aucun phare de voiture. Les guides nous expliquent que nous devons décider dès maintenant ce que nous allons manger les jours suivant (coréen ou occidental), en sachant que tout le monde devra manger la même chose. A l’unanimité nous choisissons la cuisine coréenne. Le diner que nous avons eu ce soir là fut franchement très bon. Bien meilleur que la cuisine coréenne que j’avais pu manger avant à Shanghai ou en Corée du Sud. En milieu de diner, le restaurant se mit à tourner sur lui-même. J’avoue que je ne me suis pas senti très fier à l’idée de savourer un bon diner dans un restaurant tournant, en sachant que dehors les gens crèvent de faim et que la production nationale d’électricité ne suffit pas à éclairer tout le monde. Si seulement les devises que j’apportais servaient à importer de la nourriture ou à fabriquer de VRAIES centrales électriques… mais j’en doute. J’allais oublier le plus important : la serveuse. Quelle beauté! Encore plus ravissante que l’énigmatique hôtesse. Et en plus celle-là était toute souriante dans sa robe traditionnelle coréenne. Malheureusement, elle ne parlait ni anglais ni chinois, ce qui la rendait totalement inaccessible. J’ai quand même réussi à la faire rire en l’appelant « camarade » en coréen. Je n’aurais jamais cru que la terminologie communiste puisse être un jour mon seul instrument de drague ! En tout cas, je dois bien reconnaître que les femmes nord-coréennes m’ont fait une grande impression, contrairement à leurs homologues du sud que j’avais trouvé si laides un an auparavant. Difficile de croire qu’il s’agit du même peuple. Nous sommes descendus ensuite au salon de thé du rez de chaussée pour mettre au point les détails du voyage avec les guides. A ma grande déception, il n’y aurait pas de spectacle militaire ou révolutionnaire comme je rêvais d’en voir. Nous sommes arrivés deux semaines trop tard ou une semaine trop tôt. Pas de chance. Je regrettais déjà de ne pas pouvoir assister au gigantesque spectacle Arirang qui met en scène 100.000 figurants dans le plus grand stade de la ville tous les printemps... Monsieur Li nous dit ensuite que pendant ce voyage, il allait essayer de nous "convaincre", mais que si ça ne marchait pas, ce n'était pas grave du tout, que nous avions le droit de nous faire notre propre opinion. Tiens, depuis quand un guide doit convaincre et non expliquer, et depuis quand un voyage sert-il à se forger à une opinion, plutôt qu'à découvrir quelque chose? Une fois libres, nous avons eu carte blanche pour visiter l’hôtel (vive la liberté !) après nous être fait répéter plusieurs fois que nous n’avions pas le droit de sortir sans guide. Certains s’y sont pourtant risqués de bonne heure le lendemain matin, mais ont vite rencontré des barrages de police à l’entrée des ponts qui permettent de quitter la petite île. De sucroît, des barbelés sur la rive empêchent toute tentative d'évasion à la nage de cet Alcatraz coréen. Mais revenons-en à cette visite de l’hôtel. Dans le hall, outre la kimilsunia géante et la kimjongilia géante, un panneau immense illustre la vitalité et les réussites du régime. Papa leader et fiston leader sont photographiés sous toutes les coutures en compagnie de travailleurs et de soldats. On voit également de nombreuses photographies de défilés militaires et de soldats joyeux en train de s’entrainer. Une photo de la soi-disant fusée spatiale coréenne a attiré mon attention. Malgré la légende trompeuse, il s’agit en fait d’un missile nord-coréen Taepodong que la DPRK avait à l’époque présenté comme un tir de fusée raté. Un peu plus loin, je trouveais la librairie, seul endroit distrayant de l’hôtel. Propagande, propagande, propagande. Tous les livres possibles et imaginables sur Papa leader et fiston leader sont disponibles : albums de photos, biographies, morceaux choisis, tout y est. On trouve également des pin’s communistes, mais pas celui que les membres du Parti arborent: celui-là est réservé aux gentils membres et ne sont pas commercialisés. On trouve à profusion de la musique militaire, des livres d’histoires sur la guerre de Corée et des traités de politique et d’actualité contemporaine (c’est-à-dire sur l’impérialisme américain et sur les questions nucléaires). J’ai acheté ce soir là la chose la plus kitchissime et la plus ridicule que j’ai jamais trouvée : un album photo sur Kim Jong Il où on le voit à chaque page au milieu de soldats ou en train de visiter des usines. Les commentaires sont hélas en coréen, mais je peux facilement imaginer de quoi il s’agit. J’ai aussi eu la confirmation dans cette librairie que les deux monnaies ayant cours en DPRK en plus de la monnaie locale sont l’euro et le yuan chinois. Le dollar est effectivement interdit, même s’il me semble en avoir aperçu une fois dans un tiroir caisse. Le yen japonais est en revanche toléré. Bien qu’il nous ait dit au revoir au salon de thé en disant qu’il rentrait chez lui, Monsieur Li fit une apparition remarquée dans la librairie, au prétexte de venir louer une cassette video (il a un magnétoscope ???). Plus probablement pour nous compter et vérifier que nous n’avions pas quitté l’hôtel et avions bien suivi ses instructions. Il fut rassuré en nous voyant tous, mais resta tout de même un bon moment, et repartit d'ailleurs bredouille, sans cassette video. Une fois explorée la librairie, il ne restait plus que le sous-sol à visiter. Le fameux sous-sol… Tenu uniquement par des chinois et pour des chinois, bien que les occidentaux soient admis sans restriction. Les coréens sont en revanche interdits d’accès, ce qui fait de ce sous-sol le seul refuge pour les touristes qui ne peuvent pas supporter leur guide. Trois attractions au sous-sol donc : un karaoke, un casino (LE casino de Pyongyang) et un salon de massage. Je fis d’abord un tour au casino, en prenant bien garde de ne pas dilapider un seul eurocent. Le casino se résume en fait à une vingtaine de machines à sous sur lesquelles s’acharnent les touristes chinois, et à deux tables de baccarat (orhographe ?). Ne connaissant pas les règles de ce jeu, j’ai eu du mal à m’intéresser aux parties qui s’y jouent, mais ai remarqué quand même que la mise minimum était de 20 dollars (tiens ? ça a cours chez les chinois ça ?) et la maximum de 2000 dollars. Il doit donc se brasser pas mal d’argent ici chaque soir. Je jetais ensuite un coup d’œil au salon de massage, juste pour vérifier un détail : le menu. Et effectivement, c’est bien ce que je pensais : Massage = X euros. Massage + service spécial = Y euros. Malgré mes questions insistantes et mes clins d’œil, on refusa de me dire en quoi consistait le service spécial. Je me contenterais donc de l’imaginer… En remontant dans le hall, je tombais sur des moines (???) et des touristes sud-coréens en pagaille. C’était en fait un des premiers, voire le premier, groupes sud-coréens, cette nationalité étant en principe interdite d’accès en Corée du Nord. A l’occasion d’une commémoration historique coréenne, des sud-coréens ont été autorisés à visiter le nord à titre exceptionnel. L’émotion dans la voix de ces sud-coréens était très forte, on peut les comprendre. Pour un européen ou un chinois, la DPRK c’est un cirque ou un zoo, pour un sud-coréen, c’est un peu son propore pays. Le sud-coréen avec qui je discutais m’a expliqué qu’il avait pris pour venir un vol direct Séoul-Pyongyang. Je crois que c’est la première fois qu’un tel vol commercial a eu lieu. Leur vol n’a duré qu’une bonne demi-heure (en comptant un contournement de la ligne de démarcation par la mer) mais quel vol historique! C'était ce soir-là l'anniversaire de ma mère (enfin, à un jour près) et je ne lui avais pas dit où j'allais pour la bonne raison qu'elle m'avait interdit d'y aller (elle est volontaire chez Amnesty International). Malgré le coût exorbitant de la communication téléphonique - 4 euros la minute - je lui ai passé un coup de fil. Quand je lui ai dit où j'étais j'ai senti un gros malaise de l'autre côté, et mon père qui a grommelé "quel con" ou quelque chose d'approchant. (à suivre)
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