(An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Quand reprend le carnet ?
Voilà, voilà...
Mer! Mère!
Après six semaines sans la voir, le breton a le vague à l'âme. Il roule plein ouest, guette une touche de bleu qui se défile. Certes, elle aura monté d'un micron mais sera-t-elle haute ou basse ? Et quelle sera sa couleur ?
– Je la vois !
– Non, c'est un mirage.
– Comment ça un mirage !? C'est la mémoire de l'eau qui occupait ce désert avant nous.
– Et tu vas plonger dans la mémoire ?
Soudain, l'écume ourle le désert. On ralentit pour ne pas l'effaroucher et qu'elle se retire. Enfin, on court vers elle en poussant un cri primal, on lui offre un orteil frileux, scélérate une vague vous saisit la cheville. A la promesse de ses fruits, on confie son âme aux vagues (une âme, ça n'a pas de sens).
Un pick-up de pêcheur avec ses longues gaules courbées vers l'arrière semble un oryx. Il n'y a pas de limite entre la plage et la terre qui n'est que du sable.
Fausses-soeurs
Toutes deux acculées à l'océan, le désert dans le dos, comme une baïonnette. On quitte
Swakopmund la bourgeoise, la touristique, la chic, ses plages et ses immeubles Art Nouveau, ses belles boutiques et ses librairies, ses restaurants et ses cafés espresso (ne pas manquer, torréfié sur place et servi avec un excellent croissant, celui du SlowTown) pour
Walvis Bay l'industrieuse.
Les habitants de
Walvis Bay, au nom venu de
whales, sont privés d'Atlantique dont l'entièreté du rivage est occupée par le port commercial et les zones industrielles. Même le Yacht Club est cerné d'empilements de containers. La ville est quadrillée non pas de rues et d'avenues numérotées,
5th street, 6th avenue, mais de rues et de routes
(road) numérotées. Les rues sont parallèles à l'océan tandis que les routes en partent vers l'infini du désert.
En fin d'après-midi, une foule en file continue, vive mais disciplinée, comme le sont les fourmis, quitte les usines littorales vers une seule direction, celle de Kuisebmond qui est le sien. On entre dans le township sans transition avec la zone industrielle. Les rues sont pleines de monde et d'activité, de l'odeur âcre des feux d'ordures et de musique dum dum comme des balles. Partout, des églises d'infortune et même une fabrique de
«miracle bricks». Agaat street, Topaas street ou Opaal street, ces noms semi-précieux sont-ils de circonstance ? On s'y perd d'autant plus facilement que, sur le plan de l'agglomération, le township est une zone grise (oui!) sans les noms des rues.
On revient vers le centre-ville sans jamais le trouver (
Walvis Bay est aussi américaine que
Swakopmund est allemande), il n'y a presque plus personne et lorsqu'on arrive au Lagon, là où résident les gens aisés, c'est le désert total, il n'y a pas âme qui vive dans les rues.
Seuls les flamants roses dansent pour les descendants des flamands.
Au matin, les ouvriers et les employés gagnent leur lieu de travail d'un pas décidé. Si la zone industrielle est le cœur de la ville, l'irriguant de richesses, le township en est le poumon, oxygénant les globules noirs qui la font vivre.
Une journée balisée
Parfois on va au gré, bon ou pas, en territoire inconnu, parfois on arrive dans une région où on a ses repères, ses balises qui sont des havres. C'est le cas entre
Walvis Bay et Aus en
Namibie.
On passe, une nouvelle fois, la nuit à Camp Gecko parce que c'est là, il y a longtemps, que la savane australe fut une révélation. On évite Solitaire qui s'agrandit encore et dont l'abord est actuellement occupé par une dizaine de baraques de chantiers et des engins de terrassement en vue du goudronnage de la route, Solitaire, victime de sa réputation, qu'il faudra bientôt renommer, pour savourer un excellent
espresso au bar de
Sesriem dont on snobe les dunes, il y a plus beau plus bas et moins couru.
Au passage, nous saluons les aérostiers mais remettons une nouvelle fois le survol des dunes et affrétons un cumulus, à charge pour lui de nimber la lumière sur le paysage. Une barre de basalte au loin rappelle celle qui affleure au nord de Hartmann Valley et abrite un village himba. La magie du mirage opère, même nous savons que ce n'est pas une illusion mais Le Mirage, un hôtel d'inspiration maure, comme un ksar, ses cours intérieures protégées du soleil et enchantées de fontaines où il fera bon passer un moment pour déjeuner (ça repose du
picnic on the bonnet).
On pourrait rester et profiter d'une des salles de massage mais repartir vers les plus beaux paysages du pays -au moins ceux qui sont facilement accessibles- avec la perspective d'une nuit rose à Ranch Koiimasis est plus qu'une compensation.
Richtersveld National Park
Une jeune femme avenante effectue en quelques minutes les formalités de sortie de
Namibie et, dans un grand sourire, nous invite à revenir. De l'autre côté du fleuve Orange qu'on passe sur un petit bac arrimé à un câble aérien pour éviter la dérive on nous salue d'un Welcome in
South Africa ! Chaque jour, quelques voitures seulement transitent par ce poste frontière implanté dans le parc.
Campement près de rapides qui emballent l'Orange. Faute de ressac, qui est une respiration, ce sera une berceuse acceptable. Perchés sur des rochers au milieu du fleuve, des cormorans du
Cap sont en position sèche-linge. On pêche ici des poissons de cinquante livres.
Au matin, nous rendons visite à un couple de bergers Namas installés dans un taillis et j'offre deux pommes à la femme avant de la découvrir édentée. Le berger explique qu'à la saison sèche ils sont obligés de se rapprocher du fleuve pour abreuver leurs troupeaux, parc national ou pas. Avec son bâton il en trace d'autres dans le sable : ils possèdent cent chèvres et autant de moutons.
Le Richtersveld est un désert montagneux, les pistes sont difficiles pour les pneus qu'il vaut mieux savoir où poser, on monte et on descend au gré de paysages époustouflants et la flore est remarquable de diversité et de profusion. On s'étonne de nommer plantes grasses celles qui poussent dans le désert.
C'est un parc qui mérite plus de temps que nous ne lui en avons consacré cette fois mais l'appel de Port Nolloth est irrésistible.
Port Nolloth
Le premier jour, la brume, si dense qu'on dirait un crachin, estompe la mer (remboursez!). Le second, on distingue l'horizon, mer et ciel d'un même gris. Le troisième, l'océan scintille comme si les diamants qu'il recèle étaient remontés à la surface. Que nous réserve le quatrième jour ?
Marine cueille des coquillages et des oursins qui s'ajouteront aux cailloux et autres graines remarquables. Je vais bientôt devoir acheter une remorque. Lorsque les bateaux pêcheurs de diamants rentrent on entend de loin le bourdonnement des moteurs, comme ceux d'une Abeille. Le tintinnabulement des bouées sonores du chenal répond au bourdon et le guide.
Les jours coulent doux, les moules apportées par des gamins ce matin divertiront des sandwichs, les langoustes et la dorade achetées à la coopérative des pêcheurs changeront du poulet. On mijote. Cette maison d'hédonistes repose de l'aride Eden qui la cerne.