(An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Relâche
A
Upington, mother town du désertique Northern Cape occidental on peut acheter un tracteur agricole et un service en cristal, un menu Spur ou un souper fin.
Au retour du
Kalahari nous ne manquons jamais d'y passer deux nuits de réconfort et retrouvons, année après année, Stéphanie et sa guesthouse qui surplombe l'Orange River. Sans que jamais nous ne réservions, par quelle magie la chambre dont la vaste terrasse donne sur le fleuve est-elle toujours libre?
Cette année la boucle est inversée mais deux jours dans les bras généreux de l'Orange ne se refusent pas avant les rigueurs du
Kalahari où, nous dit Stéphanie, il fait plus de quarante degrés ces jours-ci. Il faut bien aussi embarquer, pour la voiture et son équipage, de quoi tenir un moment ou plus.
Des gamins lancent un feu d'écobuage sur l'île qui nous fait face; veulent-ils nous enfumer? Raté, le vent éloigne les fumées. Les joncs crépitent dans des gerbes d'étincelles et forment de hautes flammes rouges et noires, les enfants ont détalé par un banc de sable. Nous sommes protégés par la douve que forme le fleuve.
Le soir, le pont qui relie la ville au sud est surplombé de trois feux verts qui se reflètent dans l'eau et semblent des phares. Mais il manque le rouge: ces gens-là ne sont pas des marins.
Sous l'arbre
Le bâtiment à l'entrée sud du
Kgalagadi Transfrontier Park est de forme circulaire et occupé, à l'ouest par les autorités sud-africaines, à l'est par celles du
Botswana.
Avant de quitter l'
Afrique du Sud je souhaite m'assurer qu'il est possible de passer une nuit au camp de Matopi qui est un emplacement exclusif dans la partie botswanaise du parc. Un garçon qui semble plus avoir été touché par la foudre que l'avoir inventé s'en va téléphoner et revient avec une feuille embrouillée: Matopi est complet mais. Nous pouvons donc y camper? Non, mais...
La chef de service arrive à la rescousse (elle devait suivre depuis son bureau en retrait des guichets), écoute sans broncher mon ode à Matopi et tranche : vous pouvez y camper, s'il y a déjà quelqu'un vous vous mettez sous l'arbre. Je ne demande pas mon reste ni de quel arbre il s'agit et l'observe, reconnaissant, remplir le précieux sésame.
Et au milieu coulait la rivière
La Nossob River, le plus souvent totalement asséchée, dessine la frontière entre l'
Afrique du sud et le
Botswana et c'est dans son large lit que se déroule la piste est du
Kgalagadi Transfrontier Park.
Côté sud-africain les campeurs sont accueillis dans trois camps étriqués, sans charme, grillagés et souvent bondés, côté botswanais, juste sur l'autre rive nous allons passer la nuit dans un espace exclusif sans commodités mais distant de cent mètres des deux autres emplacements et non grillagé (c'est-à-dire que les animaux restent chez eux chez nous).
De loin, on aperçoit un drôle de paquet posé sur la piste; un manteau? Personne n'en porte! Une descente de lit? Ce serait incongru! C'est un félin, un guépard... non, un léopard!
Sur son erre, la voiture s'immobilise à son côté, il ne bronche pas. Il respire régulièrement et semble dormir profondément. Je suppute une histoire de gazelle, soit qu'il la digère, soit qu'il en rêve.
Après un moment -j'ai presque fini de compter ses taches- il ouvre un œil, pupille immobile, puis le referme. Pas un muscle n'a frémi mais les connexions sont en marche genre mais qu'est-ce que je fais là, couché à deux mètres des roues d'une voiture et qui sont ces gens qui chuchotent.
Soudain, d'un seul bond vrillé il disparaît derrière le talus.
Sous l'arbre, la suite
La piste qui mène de Nossob à Mabuasehube est longue de deux cent kilomètres de sable. Elle commence en sinuant entre les acacias, franchissant des dunes parfois abruptes mais surtout c'est de la tôle ondulée, régulière, sans concessions. La voiture, les équipements et l'équipage souffrent. Qui des fixations ou des articulations est le plus à plaindre? Si on reste à 30 km/h, on prend les chocs brutalement, on n'a pas d'élan et l'avancée n'en finit pas. A cinquante, on efface en partie les chocs mais c'est un combiné de gymkhana, de bobsleigh et de montagnes russes. Après trois heures en option deux nous arrivons à Matopi 1 et le camp est occupé par deux équipages amis qui ont déployé une petite ville éphémère: ces gens-là sont des pionniers. Les femmes devisent sur des lits de camp, appuyées sur un coude, comme elles le feraient sur des sofas. Je m'enquiers de la possibilité de l'arbre et ce sont quatre grands sourires de bienvenue qu'on me renvoie. L'arbre est à cent mètres, derrière une dunette.
Dans le tiroir, les deux oignons sont pelés par les vibrations; le vin blanc aura-t-il des bulles?
J'ai commandé un œuf d'autruche pour le breakfast et deux autruches arrivent, dignes dans leur livrée noire. Hélas, ce sont deux mâles, qui ne sauraient donc pondre mais me signifient que je n'ai qu'à aller m'en faire cuire un.
Pour ne rien arranger, Maître Calao sur son arbre perché, cet oiseau de malheur, entonne son chant qui ressemble au bruit d'un moteur qui refuse de démarrer.
Bostwan'hardware
Le fond du tiroir qui tient lieu de garde-manger et de vaisselier se gondole au point de ne plus s'ouvrir mais ce n'est pas drôle avant d'entamer le Central
Kalahari. Il me faut trouver une planche de contreplaqué et la première ville susceptible d'en dispenser est à trois cent kilomètres.
Le troisième magasin de hardware sera le bon il me faut une découpe de 68X98 mais je dois acheter le panneau complet de 122X250. Reste à le débiter à la scie manuelle dans la cour de l'entrepôt. Trois des gars qui étaient assis et, pour l'un d'entre eux, allongé sur la pile de feuilles de contreplaqué (c'est pour empêcher qu'elles gondolent)sont à la manœuvre : déstockage de la planche ad'hoc, prise de côtes, tracé puis sciage. Au moment d'ajuster l'emplâtre sur le fond du tiroir qui n'en mène pas large, elle est trop courte de dix centimètres. Après enquête, il s'avère que le mètre-ruban est quasiment effacé dans la zone entre 80cm et un mètre. Ils proposent de recouper puisque j'ai acheté la plaque entière. Je décline, il fait 40° dans la cour.
Je fixe la chute dûment recoupée sur la galerie, ça me fera un toit tropical comme Land Rover en faisait autrefois.
Reste à trouver un établissement susceptible de posséder une pince à rivets et des rivets, une perceuse et des mèches pour assembler la planche à l'aluminium. Après plusieurs échecs j'atterris chez le réputé
Kalahari Canvas, fabricant de tentes, espérant que Stephen, le chef d'atelier qui nous avait confectionné une bâche sur mesure en 2008 me sortira de là. Il a une perceuse et une pince à rivet et nous voilà dans l'atelier, cinq personnes au chevet du tiroir récalcitrant.
On ne retrouve pas la perceuse et on finit par apprendre qu'elle est de sortie avec un employé en dépannage à l'extérieur. Personne ne sait quand il reviendra.
Le patron sort sa perceuse personnelle d'une caisse aux airs de coffre-fort.
La mèche est d'un diamètre inférieur à celui des rivets et il faut aller chez le voisin pour emprunter la bonne... qui se révèle un peu courte; pas grave, on perce par les deux faces en espérant tomber en vis-à-vis.
Six trous percés, assemblons. Et un et deux et quatre rivets. Il n'y a plus de rivets à la bonne dimension, trop courts ou trop larges. Le voisin est à nouveau mis à contribution.
Une heure et demie plus tard l'affaire est entendue et l'équipe au complet suit, comme en procession, le tiroir jusqu'à la voiture. Calmes mais tendus, on regarde la mise en place. La voiture est légèrement en pente vers l'avant et le tiroir ne demande pas son reste, il glisse comme jamais au fond de son logement.
Rires, congratulations et bières.
La bonne volonté, l'enthousiasme de tous ces gens-là, s'ils disposaient d'équipements, feraient des merveilles.