J8 : jeudi 9 juillet
Lever tranquille, les enfants partent rapidement s’amuser sur les aires de jeu du camping. Faut qu’ils en profitent, ils sont aussi en vacances…
On ne quitte donc le camping qu’à 10 h, direction Bull Valley Gorge puis Willis Creek.
L’intérêt de Bull Valley Gorge, en plus d’être à proximité de Willis Creek, est d’arriver à descendre jusqu’au fond du canyon, puis de revenir jusqu’au pickup qui s’est écrasé, dans les années 50, 15 mètres en contrebas de la piste qui longeait le slot canyon, tuant sur le coup ses 3 occupants.
En préparant le road trip j'avais noté les conseils d'accès donnés par Ouestusa, et sur le Benchmark, c'était évident aussi : il suffit de suivre la piste principale 5 km au Sud de Cannonville. Etant plutôt précautionneux, j'ai tout de même rentré la trace gpx jusqu'aux 2 sites. Bien m'en a pris parce que finalement, sur place, la route n'est plus si simple que ça. Il y a 3 bifurcations de piste à bien négocier, et j'avoue que sans le GPS on se serait perdus
D'ailleurs, 2 semaines plus tard, nous croiserons une famille de Français qui nous ont expliqué qu'ils s'étaient perdus malgré une impression papier de la carte Ouestusa, et qu'ils avaient tourné en rond pendant 1 heure.
Pour arriver à Bull Valley Gorge, il faut traverser un wash, mais on reste accroché au niveau de la bavette avant. Pour éviter d'endommager le plastique, j'inaugure ma pelle pliable et passe dix minutes à récupérer de la terre pour adoucir les angles au niveau du passage de roues, et ça finit par passer. Cela m'inquiète un peu parce que j'ai prévu pire comme piste dans les jours à venir... 🤪
On gare le 4x4 à côté du pont construit dans les années 40 et qui surplombe le canyon, et on débute la rando en suivant les conseils donnés sur Ouestusa. J’ai rentré la trace gpx pour avoir une idée du moment où il faudra descendre dans le canyon.
Vue du pont vers l'Est

C'est dans cette direction qu'il faut partir

La progression se fait doucement, en longeant vers l’Ouest la Rim côté Nord.
On n’a pas droit à l’erreur, toute glissade serait fatale. Malheureusement au bout de 20 minutes, on arrive à un secteur longeant la falaise, avec un risque de glissade non négligeable et aucun moyen de se retenir, à part les bâtons de marche. Passer plus haut n’est guère plus sécurisant car la pente de la berge est vraiment forte.
Avec des enfants, ce passage est vraiment risqué alors nous décidons de rebrousser chemin, pour ne pas prendre le risque d’allonger la liste des gens morts accidentellement dans ce triste canyon. Sans regret, on est vraiment allés au bout de ce qu’on pouvait faire en restant raisonnables…

Direction Willis Creek.
Willis Creek est un slot canyon qui ne nécessite pas d'équipement particulier pour être arpenté. Le but de cette ballade est de se promener au fond des gorges de Willis Creek dont la particularité est d'être de faible profondeur et surmontées en quelques endroits de roches multicolores.
On déjeune sur le parking où il y a 4-5 voiture garées. Au moment où on attaque la rando, un minibus rempli de jeunes Américains très, très bruyants se gare… Pas de bol ! Comme il fait beau, et que toutes les photos qu’on avait vues sur Internet montraient un canyon sec, on met les chaussures de randonnée sèches plutôt que celles trempées de la veille. Grossière erreur… mais on ne s'en doute pas pour l'instant.
Au bout d’un quart d’heure de marche d’approche, on descend vers le canyon… où coule un ruisseau.


Quel régal ! Il fait enfin beau, le ciel est quasiment entièrement dégagé, à part à l’extrême Ouest, où on peut apercevoir un gros nuage gris foncé auquel on ne prête pas plus attention que cela.
Pas question de tremper notre 2e paire de chaussures, alors on fait tout pour traverser sans se mouiller, ou longer le ruisseau. Du coup on progresse lentement, et les gamins du minibus, qui ne savent que crier, et équipés de chaussures d’eau, courent derrière nous, nous dépassent, puis reviennent en courant et en éclaboussant tout le monde. Ce qui nous agace le plus, c’est qu’eux sont équipés de chaussures d’eau, et sont comme des poissons dans l’eau, alors que nous, on n'a même pas pensé à en mettre dans nos valises !

Le « chemin » alterne les passages étroits, potentiellement dangereux en cas de flash flood, et les secteurs plus larges permettant de se mettre à l’abri. Sur la photo, les pierres au milieu de l’eau, c’est pour garder les pieds au sec...
Malgré le manque de calme, on adore cet endroit.





Au bout d’une grosse heure de marche au fond du canyon, les Narrows deviennent moins intéressants et on rebrousse chemin en remontant le ruisseau. Au bout de 15 mn, alors qu’on se trouve à une trentaine de mètres de la sortie d’un secteur étroit, je vois quelques feuilles et branchages descendre le long du ruisseau. Immédiatement, je repense au nuage sombre entre-aperçu au début de la rando et ordonne à tout le monde de courir pour sortir des gorges. Quelques secondes plus tard, le niveau de l’eau commence sérieusement à monter mais on est sorti du secteur dangereux, et on se met à l’abri sur une berge.
On a entendu des Américains crier « Flash Flood », et vu une dizaine de personnes sortir en courant des gorges. En 30 secondes, on a assisté à une belle montée des eaux dans un secteur pourtant bien large.



En remontant la rivière le long de la berge jusqu'au prochain secteur de narrows, on s’aperçoit que le niveau de l’eau atteint 1 mètre et que sa puissance serait capable d’emporter un enfant.
Bref, gros coup de sang, émotions garanties ! Pourtant, à part quelques gouttes pendant 2 mn au moment du flash-food, rien ne laissait présager un risque quelconque.
Certains Américains, uniquement des adultes, repartent au bout de 10-15 mn, dès que le niveau de l’eau commence à baisser. On les voit s'éclater en luttant pour ne pas se faire emporter par le courant dans les narrows.
Nous, on attendra 45 mn avant de repartir pieds nus dans l’eau glacée. L’eau est tellement froide que ça en devient carrément douloureux 🏴☠️. En plus, comme on est pieds nus pour éviter que les fines de cette eau boueuse ne nous pourrissent définitivement les chaussures, on en bave au niveau plante des pieds ! Bref, on morfle, mais tout le monde s’amuse bien...
