bonjour,
voici le récit d'une rencontre avec un prospecteur malchanceux
Petites histoires de la Dry Belt de Colombie Britannique : rencontre avec ‘’Double Rhum’’ le prospecteur malchanceux
Ce village Canadien tout près de la frontière entre Colombie Britannique et Washington, se trouve dans l’extrémité septentrionale du ‘shrub desert ‘ qui s’étend depuis le Mexique , traverse Nouveau Mexique et Arizona , le Nevada, une partie de l’Utah , l’Eastern Oregon , l’Eastern Washington pour finir dans le sud de la Colombie Britannique (disons vers Kamloops pour donner une idée) où il est connu sous le nom de Dry Belt , localement sous celui de Little Arizona , ce qui dit bien ce que cela veut dire tant au niveau des paysages que du climat. Ce ‘’shrub desert’’ étiré sur plusieurs milliers de kilomètres s’insère donc pour une bonne part, entre Rocheuses à l’Est et Chaînes Côtières et Cascades à l’Ouest.
Dans ce domaine de terrains peu végétalisés, souvent dénudés et de forts contrastes thermiques certains phénomènes sont bien plus visibles qu’ailleurs. Il est ainsi parcouru de ‘’dust twisters’’ sortes de mini ou micro tornades de sable et de poussière, parfois curieusement zigzagantes (tel le Diable de Tasmanie du dessin animé!) souvent fugaces et évanescentes qui semblent s’évanouir tels des esprits joueurs pour se reformer un peu plus loin. De fait ces dust twisters, qui ne dépassent souvent pas un mètre de diamètre et quelques mètres de haut tout en pouvant cependant atteindre des dimensions bien plus conséquentes (photo) sont aussi connus dans le Sud Ouest Américain sous le nom de ‘’ dust devils’’ ou ‘’dancing devils’ . Ils passent pour la manifestation d’esprits dans la tradition Amérindienne, notamment Navajo, bons ou mauvais esprits selon le sens de leur rotation d’ailleurs.

Ce ‘shrub desert ’ a depuis longtemps été colonisé par le Western rattlesnake que l’on trouve jusqu’à une altitude étonnante dans l’Okanagan de Colombie Britannique sous la variante du Northern Pacific rattlesnake et qui semble s’être adapté à des températures assez basses. Je me souviens en avoir vu un, bien vivant, à la surface du sol en forêt et en altitude, n’ayant donc pas encore hiberné alors que les premières neiges d’automne venaient de tomber. Quoique visiblement peu alerte il s’est instantanément lové, en position de défense.
Cette région a aussi été, beaucoup plus récemment, colonisée par une autre icône de l’Ouest, allochtone elle, ‘’tumbleweed’ la bien nommée. Desséchée, plus ou moins sphérique, elle peut, comme au cinéma, être gentiment roulée par la brise ou bondir comme une balle de squash, contre la porte du motel quand le vent souffle fort, au printemps notamment, et finit par s’accumuler en monceaux inextricables contre un obstacle tel qu’un clôture

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Je m’y trouvais alors, dans ce cadre, en début d’été. Après la journée passée sous le soleil brûlant des montagnes un arrêt à la taverne locale était devenu un passage non pas obligé quand on a de la bière fraîche au réfrigérateur au motel mais bien tentant malgré tout.. Non pas que la taverne fût d’un abord particulièrement attirant , le bâtiment tout à fait anonyme, dans la rue principale n’avait même pas un enseigne colorée engageante au nom évocateur hérité de la tradition anglaise et que l’on trouve occasionnellement en B.C. Mais la pression, c’est quand même plus rafraîchissant que la canette
Cette taverne était le genre d’établissement où il fallait un bon moment à vos yeux pour s’habituer à la pénombre quand vous arriviez de la lumière crue de l’extérieur et dans lequel la country ou la blue-grass règnait en maître tandis que , sur une estrade, de jeunes femmes court vêtues les ‘’go-go dancers’’ s’évertuaient à créer une ambiance en s’agitant confusément dans tous les sens ce qui semblait laisser plutôt amorphes les habitués plus préoccupés par le contenu de leur verre et pensant probablement au moment où ils devraient ressortir dans la fournaise extérieure.
A peine étiez vous assis que, sans que vous ayez eu le temps de demander quoique ce soit, une serveuse presque aussi désabusée que ses clients, déposait devant vous deux grands verres. A peine aviez-vous fini de boire le premier qu’elle était de retour avec deux autres et ainsi de suite…. Le consommateur devait toujours avoir deux bières pleines devant lui, manière de maintenir …. la pression. En conséquence de quoi, la bière étant comme on le sait un diurétique éprouvé, le va et vient devant le ‘’men’s room’’ ne faiblissait pas.
Parmi les habitués de cette pénombre un peu ambigüe figuraient toujours deux ou trois ‘bras cassés’ du type de ceux qui- dans le temps- devaient fuir par derrière en renversant leur chaise dans leur précipitation dès qu’ils voyaient entrer les agents du Forest Service à la recherche d’hommes valides, de 18 à 50 ans, pour aider à combattre le nouvel incendie de forêt . Et puis il y avait aussi les piliers de taverne qui eux n’auraient jamais risqué d’être réquisitionnés tant leur inaptitude à se rendre utile était flagrante pour raison d’imbibition permanente. J’avais fait la connaissance de l’un de ces personnages dont le vrai nom était Pete mais que j’avais baptisé ‘’Double-Rhum’’ -bien que son quotidien fût plutôt fait de bières et accessoirement de gin- en souvenir d’un personnage de bande dessinée de mon enfance. Tant par son physique buriné, sa démarche souvent approximative , son accoutrement souvent hétéroclite, que par son discours souvent dilué dans la bière il incarnait à mes yeux le vieil alcoolique sympathique qui fait partie de la galerie de personnages de la ‘’mythologie’’ de l’Ouest . Il en était une caricature presque aussi achevée que le personnage de la B.D. Un jour, mon accent l’ayant intrigué, nous avions lié conversation et les jours suivants je me dirigeais directement vers sa table pour écouter les histoires qu’il contait inlassablement à tout auditoire bien disposé . Bien sûr pour les gens du village c’était un vieux radoteur, un ‘drivelling old fool’ un peu timbré, ce qui était probablement un peu vrai mais pour moi, il représentait un peu du sel de l’Ouest .
Quoique ayant passé la plus grande partie de sa vie dans l’Ouest Pete était originaire de l’Est qu’il avait quitté dans sa jeunesse dans l’espoir de faire fortune en prospectant le cuivre et l’or . Les grands classiques, il en connaissait la plupart, disait-il, les Cariboos, le Kootenay, la Fraser, la Higland Valley, le Klondike, le Nevada, la Californie avaient tour à tour porté ses espoirs. Des ‘’claims’’ c’est à dire des droits miniers, il en avait ‘piquetés’ un peu partout . Les ‘mother lodes’ mythiques ayant alimenté nombre de placers de la Province il les avait aussi traqués, comme les chevaliers d’une autre époque le Saint Graal.. . mais il était resté comme la majorité de ses collègues et comme dans la chanson de Charles Aznavour un de ceux à qui la chance n’avait jamais souri. A la différence de son collègue (le prospecteur intrépide dont j’ai raconté l’histoire il y a quelque temps) il n’avait jamais pu s’acheter d’hydravion pour se déplacer. Maintenant il rêvait encore de ce que cela aurait pu être…L’âge venu, il s’était mentalement rabattu sur la recherche des trésors cachés dans la région même, ceux que la tradition orale disait être enfouis à la suite d’un hold- up de banque, de diligence, de l’attaque d’un convoi de mules le long du canyon de la Fraser, à la fin du XIXème siècle ou encore à la suite du crash d’un avion gouvernemental chargé d’or récupéré des Nazis vers la fin de la seconde guerre mondiale. Il était de ceux pour qui le village de Cache-Creek, carrefour routier sur la Transcanadienne, ancienne cache pour la ‘grande trappe’, que beaucoup de voyageurs traversent entre Vancouver à Calgary , devait son nom à un butin caché par un ‘’outlaw’’ des années 80 et il avait encore sa petite idée des endroits où le butin pourrait être enfoui.
Il avait une sorte d'obsession , il revenait toujours et c'était bien avant que mon travail m’amène dans cette Province, sur les Badlands du sud Saskatchewan, encore connues sous le nom de Muddy Badlands, à cheval sur le Montana, repaire des outlaws, desesperados, de toute spécialité, de tout acabit, pilleurs de banques ou de diligences voleurs de chevaux ou de bétail, hantés par de célèbres fantômes dont ceux de Butch Cassidy et le Sundance Kid ( notez que ces deux là devaient être doués d’ubiquité car on retrouve trace de leur passage un peu partout). C’était apparemment une sorte de sanctuaire-refuge, un autre ‘robbers roost’ , le terminal d’une véritable ligne que les outlaws de l’époque avaient aménagée, organisée un peu comme une ligne de diligence, avec des caches, sinon des relais, préalablement préparées du sud au nord à travers toute l’étendue de l’ouest des Etats Unis . Son idée était que le long de cet itinéraire de plusieurs milliers de kilomètres il y avait sûrement des caches, des butins enfouis restant à trouver… Certes un bon nombre de cherche-fortune avait déjà essayé avant lui mais avec du matériel rustique, des ‘’poêles à frire’’ peu sensibles du type de celles que l’on trouvait alors à l’Army and Navy près de Gastown à Vancouver, sur Cordova. Il était persuadé qu’avec le matériel beaucoup plus sensible des professionnels (vos machins à protons disait-il ) tels que celui que j’utilisais, nous serions à nous deux en mesure de nous enrichir..
Aussi fascinants que fussent ses brumeux projets je n’étais évidemment pas en mesure de l’aider à les réaliser; à défaut je luis payais donc ma tournée de ‘draft’ ce qui lui procurait au moins une petite satisfaction immédiate et l’aidait à oublier l’injustice de ce monde.
Un vrai personnage Pete , tous des sujets de Westerns ses récits ….un vrai office du Tourisme pour passionnés d’histoires de l’Ouest , pas forcément made in USA
Par exemple un autre de ses récits favoris était l’histoire de ce Pasteur qui vers la fin de l’Ouest ancien , puisque c’était autour de 1912 , officiait dans une petite communauté de Colombie Britannique dépourvue de station de la RCMP . Ce remarquable homme d’Eglise, dépassant les six pieds sous la toise, se trouvait aussi être une sorte de vétérinaire et surtout, c’est le sel de l’histoire, tireur émérite. A la différence de Bossuet c’est cette dernière qualité, plus que la teneur de ses prêches, qui l’a fait passer à la postérité. Rentrant chez lui après un service religieux et apprenant qu’une demie douzaine de hors la loi venait d’attaquer la banque locale, il aurait troqué sa Bible contre son fusil Enfield pour joindre le ‘’possee’’ chargé de les rattraper et, pris dans une fusillade aurait, en quatre balles tirées, abattu quatre des fuyards. Plus fort que Robert Mitchum dans ‘’5 Cards stud’’ (Cinq cartes à abattre) du fameux Henry Hathaway de 1968 !!!
Au fait ceux qui passeraient par hasard dans le Sud Saskatchewan, dans le coin des Muddy Badlands à Coronach au sud de Regina, et qui souhaiteraient en savoir plus sur la saga de la ‘’Outlaws trail’’ peuvent s’adresser au ranch ci- dessous pour une visite guidée. Mais téléphonez avant: vous aurez noté , en passant la mise en ambiance dès la grille d’entrée du ranch !!

Suite des "Rencontres insolites avec des grizzlys, chercheurs d'or et autres dans l'Ouest Américain" (26 février 2009)