Bonjour,
je voulais vous dire que je trouve que vous avez accompli un épatant voyage dont vous pourrez évoquer pendant longtemps les souvenirs même si vous y retournez car c’est le premier … qui marque le plus…
Et si vous êtes appelé à exercer en libéral vous pourrez décorer votre salle d’attente de photos qui ne manqueront pas de soulever la curiosité des patients et peut-être réduire leur stress !
j’ajoute quelques commentaires à ceux d’expérience de Cheechako…
pour les curieux de 7 à 87 ans
1. à propos du canidé juvénile de la photo….,
pas un renard ( trop haut au garrot par rapport à sa longueur hors queue, queue pas assez volumineuse….)
je rejoins Cheechako et pour m’en différencier un peu [:)]je dirais que c’est, à 94%, un coyote et je répartirais les 6% restants de la manière suivante :
- 5 % pour un Coydog
- 1 % pour un renard
- 0 % pour un Coyfox, hybride renard/coyote, çà n’existe pas ...sauf sur internet !

2. à propos de la petite ‘’perdrix’’ perchée
- les perdrix ( dites rouges ou dites grises) ne passent pas leur temps dans les branches à l’inverse des gélinottes. Ce sont des oiseaux terrestres... A priori passer à proximité d’un oiseau perché dans un arbre ne doit pas faire penser à une perdrix …. sauf bien sur si on a en tête la comptine de NOEL des pays anglophones initialement britanniques , sous forme d’un jeu de mots à cheval sur la langue française (a partridge in a pear-tree = a partridge in a per-drix):
The Twelve Days of Christmas(premier jour)
2.1. la perdrix au sens français comporte deux principales espèces :
la plus commune la Perdrix grise, Perdix perdix, Grey partridgequi est en fait plus coloré que la gélinotte
la plus appréciée des chasseurs la plus rare et celle qui ressemble le plus à un faisan la Perdrix rouge, Alectoris rufa, Red-legged partridgevraiment colorée
2.2. la perdrix au sens québecois est un terme général parfois utilisé pour trois ou quatre oiseaux différents ( gélinotte, tétras, lagopède..) ainsi que pour la vraie perdrix grise ( hungarian partridge) importée d’Europe comme gibier de tir pour peupler les terrains devenus agricoles d’oû avaient largement disparu les espèces forestières (comme sur les Basses Terres du Saint Laurent)
En Alaska, comme ailleurs, la confusion peut survenir entre les deux principaux acteurs de cette affaire de famille...
Bonasa umbellus, la Gélinotte huppée, Ruffed grouseen anglophonie. Mâle et femelle relativement peu différenciés
Falcipennis canadensis, le Tétras du Canada , Spruce grouseen anglophonie. Mâle et femelle bien différenciés

...
La confusion la plus commune est entre la femelle du Tétras (canadien) et la Gélinotte
les spécialistes nous expliquent qu’il faut alors les voir de l’arrière pour lever le doute :
- le Tétras femelle à une queue plutôt sombre marquée d’une bande transversale claire,
- la gélinotte à une queue plutôt claire marquée d’une bande transversale sombre ou noire !
CQFD !
Les différentes ‘’ grouses’’ et gélinottes en anglophonie, en particulier la Spruce grouse, sont parfois décrites sous le nom de Fool hen et la qualification s’applique surtout aux femelles, semble-t-il dans la mesure oû elles ne montrent aucune méfiance pour se protéger ou protéger leurs poussins. Nombre de marcheurs rapportent que ce n’est qu’à la dernière seconde qu’elles s’envolent avant d’être piétinées ! Elles doivent compter sur leur camouflage naturel
Récemment (décembre 2018 ) un chercheur Canadien de renom Dr. Andrew Iwaniuk a publié un papier dans The Wilson Journal of Ornithologyqui démontre en passant que la réputation de la grouse n’est peut-être pas qu’une légende !
Fooled by a fool hen: male Ruffed Grouse (Bonasa ... - BioOne
Trompé par une poule idiote: la gélinotte huppée mâle ( Bonasa umbellus ) courtise une tétras du Canada ( Falcipennis canadensis )
....
A propos de la gélinotte, un oiseau de survie
voilà oû je voulais en venir…
connaissez vous la chasse à la gélinotte, version survie ?
Dans une trousse de survie de la wilderness nord-américaine devrait toujours figurer un petit rouleau de fil de cuivre semi-rigide de 60 centimètres pour confectionner un collet au sol ainsi qu’un collet à gélinotte/grouse
J’explique…
un début septembre dans le Nord …
… après un chavirage, à court de nourriture dans la cabane de chasse/pêche inoccupée
depuis longtemps qui nous abritait depuis qu’un brouillard digne de Terre-Neuve s’était abattu sur le lac rendant le ravitaillement aérien impossible, il fallait trouver une solution.
Après 48 heures sans nourriture autre que des bleuets, vraiment peu caloriques, du brûlé voisin, après avoir vainement tenté de rendre comestibles des petits pois secs trouvés dans un bocal de verre d’un gallon laissé là, probablement depuis des années et toujours aptes à servir de chevrotines dans un calibre 12 au terme de leur ébullition, les hameçons et le fil nylon habituellement logés dans une poche déchirée de la chemise de Thomas mon compagnon Montagnais ayant été perdus dans le chavirage…
….la faim commençait à nous tirailler l’estomac.
Heureusement mon compagnon , Thomas le Montagnais avait, dirait-on maintenant , un plan B !
… le plan perdrix /gélinotte
Thomas extirpe de l’autre poche, non déchirée, de sa chemise un petit rouleau de ce fil de cuivre munie d’un nœud coulant pré noué, se saisit de sa hachette et s’en va confectionner une perche de 3 à 4 mètres de long à partir d’une jeune épinette. Il attache l’autre extrémité du fil au bout de la perche. De mon côté je me saisis de mon marteau-pic … et nous voila embarqués dans la toundra arborée à la chasse à la perdrix/gélinotte/grouse.
Deux hommes marchant l’un derrière l’autre foulant d’un pas souple et silencieux la blancheur neigeuse de l'épais tapis de mousse à caribous, le premier muni d’un long bâton, le second d’une sorte de marteau et en quête de nourriture… la scène ne devait pas être très différente avec des chasseurs du paléolithique. Je ne me suis jamais senti aussi proche d'eux qu'à ce moment là!
Il n’a pas fallu longtemps pour tomber sur une famille, la mère et quatre ou cinq juvéniles perchés dans l’épinette. Délicatement Thomas lève sa perche, passe le collet autour du cou du plus gros oiseau et donne un coup sec décapitant proprement le volatile, tête et corps tombant séparément au sol ! Les autres volatiles restent imperturbables de sorte que Thomas en cueille ainsi trois ou quatre autres, le cinquième s’étant envolé quand le marteau que je lui avais lancé l’avait frôlé… le coup passa si près que l’oiseau s’envola aurait dit VH.
Vous comprenez maintenant les différences qu’il peut y avoir entre une perdrix/gélinotte du Québec et une perdrix ''bien de chez nous''. En France une telle équipée nous aurait laissé Grosjean comme devant !.
Nous avons emmené notre gibier, sans les têtes laissées au sol pour la prochaine martre. Il a bouilli dans le grand faitout de fer blanc de la cabane. Il est certes devenu comestible et nourrissant mais le précédent occupant ayant consommé tout le sel de la salière… çà n’a pas été un repas gastronomique !
Suite des "Rencontres insolites avec des grizzlys, chercheurs d'or et autres dans l'Ouest Américain" (26 février 2009)