Jour 8 : Lundi 10 octobre : de Gallup à Albuquerque
Réveil à 6h, ça s'améliore ! Rien de tel qu'une bonne marche pour bien dormir ensuite 😉 !
Nous partons de bon matin en direction de El Morro, à une heure de route environ de Gallup. Le temps est clair et ensoleillé mais sur le pare-brise, une fine pellicule de glace disparaît sous les essuie-glace.
El Morro, il y vivait des indiens zunis il y a 800 ans, les espagnols y sont passés, les Yankee aussi, c'est notre tour. Un énorme rocher barre le paysage. Nous y voilà. Nous allons grimper au sommet du monument, faire le tour du canyon et redescendre. Une balade d'à peine 1h30 mais avec quand même plusieurs dizaines de mètres de dénivelé.

L'environnement est superbe. La roche se mêle à une végétation presque méditerranéenne.

Bon, on n'est pas non plus dans le wilderness. Tout est un peu trop lisse, un peu trop bien structuré pour qu'on s'y croit vraiment. Barrières de protection, sentier macadamisé, les fantômes des Zunis ne hantent plus ces lieux depuis longtemps et si on entend encore, dans les arbres, le pépiement d'un oiseau, le claquement des sabots des chevaux sur la roche s'est tu voilà des siècles. Les témoignages de leur passage, gravés dans la pierre par leurs cavaliers, sont soigneusement numérotés, protégés par des vitres de plexiglas et plus personne ne vient boire à cette source qui, parait-il, ne se tarit jamais.


Le site a cette beauté un peu froide d'une jolie pièce de musée. Seuls les cactus et les juniperus vivent encore en ces lieux. La grimpette est courte, nous sommes vite au sommet.


C'est là qu'il faut aller, la vue y est superbe. Les arbres s'ancrent dans la roche qui se creuse ça et là en une poche aux courbes douces, recueillant l'eau de pluie. On navigue de pierre en roc, jouxtant parfois le vide, bleu du ciel, frondaison vert amande et partout ces blocs minéraux qui s'enchevêtrent, reflétant une lumière aveuglante.




Nous poursuivons, une centaine de kilomètres plus loin par la découverte de El Malpais, mauvaises terres en espagnol. Et ces mauvaises terres là nous réservent de bien jolies surprises. C'est le côté Est auquel nous allons nous intéresser et plus particulièrement, les points de vue disséminés le long de la route 117
En premier lieu, l'overlook, quel overlook ! Une rampe de grès avance dans le vide, surplombe la vallée où le basalte trace des ombres éternelles.

En se promenant sur l'arête rocheuse, précautionneusement bien sûr, on découvre différentes facettes du paysage. Dans la roche, de nombreuses flaques d'eau subsistent des pluies de la veille. L'air est comme lavé par les récentes averses.


Deuxième lieu improbable, la Ventana Arch. Une courte marche nous permet de découvrir de plus près ce que le vent, la pluie, le gel ont créé. Il y a un pont dans la montagne, un grand, un gigantesque pont enfoui dans la végétation. Un rayon de soleil s'échappe d'en nuage joufflu, allume la roche, enflamme le feuillage des arbres. Un écureuil nous observe, caché dans les branchages.


Troisième et dernier arrêt, lava flow. Une petite boucle d'à peine 2km nous appelle. Pas de sentier, le jeu est de trouver les cairns, cailloux noirs sur roche gris sombre. Pas toujours évident. Nous marchons sur la lave solidifiée. En pleine zone volcanique, la terre se remet à peine, 3000 ans plus tard, d'une gigantesque éruption.

Au sol, les failles, les fissures se mêlent aux blocs de basalte. C'est le chaos, tout est noir comme du charbon. On dirait une route d'asphalte malmenée par un séisme. La force de la terre est perceptible, menaçante. Il faut faire bien attention où l'on pose le pied, le terrain est tourmenté.


Et pourtant, la vie reprend le dessus. Partout, arbustes, buissons, fleurs profitent du moindre interstice pour grandir, élever vers le ciel d'un beau bleu serein, leurs branches vertes, jaunes, rouges.


Il paraît qu'il y a dans le secteur, des ours bruns, des pumas et autres bestioles sympathiques. Heureusement, nous n'en avons vu aucun, juste quelques sages lézards bien vite enfuis à notre approche.
La zone Est de El Malpais a décidemment beaucoup de charme. En une petite demi-journée, on en fait aisément le tour et nous n'y avons pas rencontré grand monde. Une belle surprise.
Cap sur Albuquerque où nous avons prévu de visiter Old Town. Vous ne verrez pas de photos. L'appareil est resté au fond du sac. Autant être claire : j'ai détesté ce quartier.
Voilà un avis très tranché que je me dois de nuancer un peu ou tout au moins d'argumenter. Je sais que beaucoup ont aimé ces lieux. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je tenais à y passer. Je vais donc préciser un peu le contexte de cette confrontation explosive entre la Old Town d'Albuquerque et moi.
Nous sommes arrivés à notre hôtel en toute fin d'après-midi. Là déjà, ça commençait mal, longue attente, chambre poussiéreuse, malodorante et j'en passe. Sa qualité : il est à 10' à pied du quartier touristique de Old Town.
Ni une ni deux, nous quittons immédiatement l'hôtel (avec une joie non dissimulée) afin de pouvoir en profiter. Le soleil est déjà bas, il nous reste environ 1h de jour.
Dès le coin de la rue, il y a quelque chose qui cloche. Des sans-abris avinés sont étendus sur les trottoirs jonchés de détritus. Les quelques personnes que nous croisons, de type hispanique et niveau social clairement défavorisé nous dévisagent avec insistance. Malaise. Une voiture de police passe toute sirène hurlante. Devant nous, une bande de jeunes zone, style série policière américaine. L'un d'eux nous aborde. Je ne sais pas ce qu'il a dit, même pas sûr que ce soit de l'anglais mais le ton et le langage corporel n'avait rien d'engageant. Des voitures hors d'âge font crisser leurs pneus sur l'avenue toute proche, dérapages, accélérations. Au volant, casquette sur la tête, chaîne à gros maillon autour du cou, bras tatoué sur la portière et lunettes sombres, un type hoche la tête tandis que l'autoradio hurle plein pot. Caricatural mais bien réel pourtant.
J'ai eu le sentiment, à cet instant, de ne pas être au bon endroit, au bon moment. C'est une autre Amérique que j'ai rencontrée ici et pas celle que j'avais forcément envie de voir ici et maintenant ...
On a traversé la rue. Même là, ça n'a pas été simple, feux hors d'usage, bolides en pleine course poursuite. Le quartier touristique se trouve juste de l'autre côté, entouré de murets.
Pas beaucoup de touristes à cette heure. C'est peut-être ce qui a manqué, un comble ! Tout de suite, j'ai détesté ce quartier. C'était viscéral, violent comme un coup de poing qu'on reçoit en pleine figure. Un quartier fait de bric et de broc, qui se veut européen mais sans succès, une accumulation de bicoques à touristes, colorées à la hâte, tout de guingois, emberlificotées de guirlandes lumineuses hors d'âge, avec de fausses fleurs délavées par le temps, quelques grappes de piments en plastique. Pas d'unité, pas d'âme, la saleté en plus. J'avoue ne pas avoir cherché plus loin. Après un tour rapide qui m'a permis de confronter la réalité aux images que j'avais glanées auparavant, replis sur notre hôtel.
Demain, on met les voiles ...
Pas la bonne heure, pas le bon jour, je ne sais pas. Je n'ai rien trouvé ici qui pourrait me faire dire, allez y faire un tour, mais mon intention n'est pas de décourager qui que ce soit. Je veux juste témoigner d'une expérience personnelle. Chacun en fera ce que bon lui semblera.
HOTEL : Econolodge old town ALBUQUERQUE : ce n'est pas une catastrophe mais je n'y retournerais pas. Là aussi, nous avons joué de malchance, longue, très longue attente, des erreurs qui se multiplient, une porte qui refuse de s'ouvrir, un personnel pas très aimable. La chambre est juste propre, déco de fleurs en plastique poussiéreuses, vue sur le mur d'en face et forte odeur de renfermé. Sur la table : une longue liste des objets présents dans la chambre avec leur prix, des fois qu'on aurait l'idée de piquer des trucs. C'est la première fois que je vois ça. Bon, il n'y avait pas de p'tites bêtes dans le lit et des serviettes et de l'eau chaude dans la salle de bain. Rien de bien méchant en fait. Rien de bien agréable non plus.
BILAN : El Morro 🙂🙂 pour le côté un peu trop lisse (c'est qu'on devient difficile ! 😊) Nous avons eu la chance d'y être quasiment seul mais je me dis qu'avec un bus en plus, étant donné qu'il n'y a qu'un unique chemin, ça peut vite devenir l'enfer. Il faut à tout prix monter tout en haut sinon, je ne vois pas l'intérêt du détour.
El Malpais Est 🙂🙂🙂 plus sauvage, moins cadré que son prédécesseur, la route qui relie les centres d'intérêt est vraiment très jolie. Pas de grandes balades à y faire, c'est plutôt une question d'ambiance.
Old Town Albuquerque, sans surprise 😠
A refaire, j'aurais passé plus de temps dans le secteur de El malpais et dormi en banlieue pour reprendre la route plus vite le lendemain.
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