Dernière visite à Yosemite (qui déclenche les passions sur ce forum 😉) et départ pour San Francisco, ça sent la fin ! Certains sont contents de retrouver la civilisation et d'autres un peu tristes de quitter les grands parcs.
15ème jour : de Fish Camp à San Francisco
Lever avant l’aube. J’ai prévenu tout le monde la veille, insisté lourdement. Il est impératif de se présenter tôt au parking de Mariposa Grove pour parvenir à s’y garer et ceci d’autant plus que nous sommes samedi. Je veux à tous prix éviter l’usage de la navette et la perte de temps que cela implique car aujourd’hui, nous faisons route vers San Francisco.
Nous sommes donc les premiers au petit déjeuner. La voiture, déjà chargée, nous attend sur le parking. Un petit déjeuner buffet qui se révèle excellent mais encore une fois, je déplore l’attitude guindée et un rien condescendante du personnel. Dommage, sans cela, tout aurait été parfait.
Nous entrons dans le parc sans montrer notre pass - les rangers ne sont pas encore levés 😮 – arrivons rapidement sur le site de Mariposa Grove. A nous les séquoias ! Ça rigole à l’arrière de la voiture et à côté de moi, Mister a un air goguenard. Il doit y avoir à peine 3 voitures sur le parking et pour cause, il n’est que 7h30. « On va plus avoir de place, hein !? » Les ados se moquent et se vengent 😊. Ils n’ont pas apprécié d’être sortis du lit si tôt.

Carte en mains, on démarre la balade. Une famille, un couple et nous. C’est sûr, on ne va pas se bousculer ! Il fait frais. On entre dans lower grove. Consternation : c’est moche 😕 ! Les arbres sont décharnés, les alentours ravagés par le feu, même pas envie de prendre des photos. Le Bachelor et ses suivantes, le Grizzli giant et Tunnel Tree trouvent grâce à nos yeux. On se prête aux poses habituelles immortalisées sur carte SD et on continue.
Ça monte … et ça change. Les incendies n’ont, semble-t-il, pas été jusque là. La forêt retrouve sa beauté primitive et révèle, dans un écrin de verdure, la splendeur des géants rouges. Nous rencontrons les vieux amants de Faithful Couple, la pince à linge, le telescope, tombons sous le charme de ces hôtes millénaires. La tête renversée en arrière, les pieds bien plantés dans le sol, on se noie dans le bleu indigo d’un ciel sans nuage que vient chatouiller le vert profond des arbres. On se laisse glisser sur les troncs de feu, doucement, longuement, interminablement pour arriver enfin au pays des rêves, là-haut, tout là-haut. Le soleil joue à cache-cache entre les branches, dessinant des zones d’ombres et de lumières.
La petite famille qui nous suivait a depuis longtemps fait demi-tour, le couple a pris un chemin sur la droite. Nous sommes seuls sur le sentier qui monte encore et les séquoias, plus nombreux, sortent sur notre passage, se dévoilant dans des rayons de feu surgissant soudain de l’arrière des collines.
Mon ado pragmatique ne se prête pas aux charmes. Les immeubles des hommes sont parait-il bien plus hauts, bien plus beaux que ce qu’on lui présente. Je bouche mes oreilles et je ferme les yeux. J’approche près, tout près du patriarche et j’ouvre grand les bras recevant contre moi cette force tranquille, rugueuse qui me rassure et qui elle, vit, contrairement aux empilements de béton et d’acier des ingénieurs les plus doués !

Nous sommes montés encore, et j’ai trouvé, saveur sucrée de souvenirs d’enfance, la maison des sept nains. J’avais fini par croire qu’elle n’existait pas. Des biches sont venues, des lapins, des écureuils, même un petit nuage de moustiques voraces à la recherche, sans doute, d’un petit déjeuner 🏴☠️ . Et au loin, il y a eu comme un léger vrombissement à peine perceptible à nos oreilles, qui a grandi, s’est amplifié. La magie a volé en éclat. La navette du parc est arrivée.


Allez à Mariposa Grove, allez-y tôt ou tard pour éviter la foule et montez à Upper Grove. Des merveilles y sont cachées si tant est que vous ayez gardé un tout petit morceau de votre âme d’enfant. 🙂
Il est presque midi quand la voiture se lance sur la route de San Francisco et la température est bien montée. Mon ado citadin ne cache pas sa joie de retourner vers la civilisation. Excessif comme savent l’être ceux de son âge, il nous annonce froidement : « si un jour je reviens à Yosemite, ce sera pour faire passer une autoroute à travers cette vallée ! » Promis, je ne l’emmènerai plus jamais dans ce parc, pas question de prendre le moindre risque 🙁 !
Pause repas en route, sandwichs, comme d’habitude. Enfin, presque… Tout le monde mâche lentement en se jetant des coups d’œil suspicieux. Puis la question tombe : « T’as mis quoi dans tes sandwichs ? » Ruée générale sur les boissons. Les muqueuses crient au feu, les papilles se désagrègent. Il y a du piment dans le jambon !!! Je n’ai plus l’emballage mais l’affaire ne fait aucun doute. On s’en débarrasse, reste le pain et le fromage. Quelques bouchées plus tard, force est de constater que ces derniers se sont imprégnés du goût musclé du condiment. La quasi-totalité du repas passe à la poubelle. Régime végétarien de vigueur avec quelques fruits. Une collation très frugale qui me vaut des regards assassins de mon ado perpétuellement affamé et des tractations complexes pour le partage des derniers cookies 😄. Réflexion en feed-back : QUI a pris le jambon dans les rayons du supermarché ? Enquête en cours … 😉
Reste 220 miles, 350 kilomètres à avaler avant d’atteindre le Bay Bridge par lequel nous entrerons dans la ville. Nous les engloutirons vaillamment, les yeux écarquillés encore sur des paysages qui nous sont inconnus. Après la forêt de Yosemite, c’est la plaine qui nous accueille, écrasée de chaleur, dévoilant ses courbes rases jaunies par le manque d’eau, presque exsangue, à perte de vue. Tantôt un arbre qui semble se demander ce qu’il fait là, une clôture au milieu de nulle part, un champ qui respire suspendu aux lèvres d’un tuyau d’irrigation, les ailettes d’un étrange moulin à vent dressant vers le ciel son squelette métallique, oasis au milieu d’un désert agricole. Et la route qui nous mène et nous emmène, qui strie l’herbe grillée d’un ruban noir brulant. Et des champs d’éoliennes qui surgissent de la terre, vastes oiseaux modernes qui ne suivront jamais les courants ascendants et hérissent la terre de leurs dents acérées en labourant le ciel interminablement.

Et la ville a surgi, ombre derrière le pont, auréolée de brume. San Francisco.

Je devrais plutôt dire, derrière les ponts. Le Bay Bridge, c’est en réalité deux ponts : d’Oakland à Treasure Island puis de Treasure Island à San Francisco, plus de 7km de long. Lorsque nous sommes passés, il y en avait un troisième, tout neuf, même pas terminé. Il a été inauguré à peine 1 mois après notre visite afin de remplacer l’ancien, endommagé par le séisme de Loma Prieta de 1989.

Nous avons repris notre souffle entre l’artificielle Treasure Island et la plus naturelle Yerna Buena, suspendu notre route, au-dessus de la baie, admiré les buildings dont certains de nous, trop longtemps, avaient été privés. Si j’ai aimé les arbres, j’ai bien aimé aussi le travail des hommes arrogants mais tenaces qui défient la nature et élèvent des montagnes de verre et de métal. Nous avons pénétré dans cette forêt nouvelle, poussée en moins de temps qu’il n’en faut à un séquoia pour grandir.

San Francisco : dernière étape. Premier arrêt : le Golden Gate Bridge. Il est là, immuable depuis presque 80 ans, la tête dans les nuages, les pieds dans l’eau glaciale du Pacifique, sa célèbre silhouette orangée défiant à la fois le vert d’eau de l’océan, le gris du ciel et l’ocre des collines qui le dominent. Nous l’avons admiré de Ford Point au sud puis, plus au Nord, de Vista Point après l’avoir traversé, bravant la température plus que fraiche et le vent glacial.

Nous avons ensuite rejoint notre hôtel à Corte Madera. Vingt minutes en voiture du centre de SF mais du soleil quand la ville reste plongée dans la brume. Piscine, jacuzzi brulant, jardin paysagé, 2 chambres, frigo, micro ondes et petit déjeuner inclus. Bon, vraiment pas terrible ce dernier, le pire de tout le séjour. Dommage, c’est pour 4 nuits !
Coups de cœur du jour :
- Mariposa upper grove : il faut vraiment monter sinon, on passe à côté de cette visite qui vaut incontestablement le détour. J’ai beaucoup aimé alors que je n’accrocherai pas du tout à Muir Wood mais ceci est une autre histoire …
Déception :
Les sandwichs au piment … non, là, je plaisante ! 😉😄