Nous revenons du Rajasthan enchantés. L'Inde est un pays fascinant et je rêve d'y retourner une troisième fois. Le voyage avec les enfants s'est très bien déroulé. Nous avions un chauffeur extrêmement gentil, ponctuel et prudent. Il a contribué amplement à la réussite de ce voyage. Il s'appelle Ranjeet et je le recommande chaudement. Voici le lien de son site:
http://www.rajasthan2.com/rajasthan/index.html
Voici donc un compte-rendu de notre voyage en famille en avril 2013. A la fin de chaque texte je donnerai mon avis sur les hôtels, les visites et les éventuels restaurants.
J'ai mis une note pour chaque hôtel:1 point pour le charme et la beauté du lieu, 1 point pour le confort (eau chaude, literie …), 1 point pour le petit-déjeuner, 1 point pour l'acceuil, 1 point pour la nuit (calme, bonne ou au contraire bruyante)
Notez que ce ne sont pas des hôtels “routards” mais en partant en avril nous avons eu droit à de bonnes réductions et à un surclassement dans la plupart des hôtels. Je conseille d'ailleurs de ne pas réserver les hôtels sauf la première nuit car comme cela, vous pouvez obtenir un bon prix (les hôtels sont quasiment vides et la compétition est rude) Nous avons trouvé qu'avril est une bonne période pour visiter le Rajasthan car: il fait très beau et chaud (35 à 38 degrés) il y a beaucoup moins de touristes et sur les sites c'est l'idéal.
Mother India! Une envie obsédante de découvrir le Rajasthan me tenaillait depuis quelques années. Les noms de Jaipur, Jodhpur, Udaipur, Jaisalmer et Samode me transportaient déjà avant même d'y mettre les pieds. Nous avons sillonné le Rajasthan pendant quinze jours en avril 2013 et je dois dire que le Rajasthan ne m'a pas déçue, au contraire, il m'a fascinée. Voici mon modeste carnet de route au pays de Gandhi.
dimanche 14 avril 2013
L'avion se pose sur le tarmac, il est minuit passé. Il fait encore chaud. Nous rencontrons Ranjeet qui sera notre chauffeur pendant quinze jours. Je le reconnais tout de suite: coiffé d'un turban blanc et arborant une barbe noire touffue, il tient à la main une pancarte avec mon nom dessus. Je lui fais signe et il vient à notre rencontre un large sourire aux lèvres.
L'hôtel est à quinze minutes en voiture de l'aéroport. La chambre et la salle de bains sont vieillotes mais propres. Les enfants et Simon ne tardent pas à s'endormir. En dépit du ronronnement de la climatisation, je finis moi aussi par tomber dans les bras de Morphée.
Après une bonne douche chaude et le petit-déjeuner, nous quittons l'hôtel. Ranjeet nous amène aujourd'hui à Agra, première étape de notre périple. Le spectacle de la route est intense: les motos pétaradent, les camions bariolés à l'arrière desquels on peut lire “Blow Horn” agitent leur klaxon, les bus déglingués brimballent, des hommes à vélo tirent des cargaisons énormes, des fourgonnettes transportent des femmes drapées dans leurs saris colorés, des voitures remontent à contre-voie. Sur le bord des routes, des indiens marchent, discutent, traversent au péril de leur vie, des enfants jouent dans la terre, des femmes portent de gros fagots sur leur tête, des hommes sont assoupis dans leur charrette à l'ombre d'un arbre, des vaches mâchent du plastique sur des tas de détritus. Quand nous traversons un village, l'activité se fait plus dense encore. Où que l'on soit, dans un village, en ville ou dans la campagne, la foule est partout et le bruit est omniprésent. Au bord des routes, des galettes aplaties de bouse de vache sèchent au soleil sur le sol. Nous voyons même des tas de galettes empilées formant des petites maisons à l'intérieur desquelles sèchent d'autres galettes de bouse. Elles seront utilisées à fertiliser les sols, à protéger les semences des champignons, des oiseaux et des rats, à chauffer, à tapisser les murs des maisons en terre pour isoler du froid en hiver et de la chaleur en été. La bouse de vache est donc très importante!
Nous sommes maintenant à l'arrêt, un homme s'approche de la voiture, il tient en laisse deux singes qu'il fait monter sur le capot. Il s'écrie alors “ Photo, photo!”. Plus loin, deux jeunes hommes accablés par la chaleur et avachis par terre tiennent une corde au bout de laquelle sautille un singe. Ils l'ont affublé d'une robe et lui ont mis du rouge à lèvres. Elisa ne peut retenir ses larmes à la vue de l'animal qui, tel un pantin se dégingande pour attrouper les passants.
Ranjeet arrive tant bien que mal à s'extirper de ce tohu-bohu et zigzague jusqu'à Agra. Nous arrivons cinq heures plus tard, juste à temps pour aller visiter le fort rouge. C'est le palais des empereurs moghols construit au milieu du seizième siècle. L'empereur Akbar fit édifier la forteresse en grès rouge en 1565. Les palais que l'on voit datent de l'époque de Shah Jahan (celui qui fit édifier le Taj Mahal)
La balade dans ce fort est un moment de répit après le tumulte de la rue. Des petits perroquets verts se posent sur les balcons ajourés des palais de marbre et de petits écureuils courent dans les jardins. Le Taj Mahal se profile à l'horizon. Demain nous lui rendrons visite.
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Hôtels: Ashok Country Resort (Delhi): l'avantage est sa situation (15 minutes de l'aéroport). Chambre et salle de bains vieillotes mais eau chaude. Petit-déjeuner ok mais pas extraordinaire. Accueil correct. 2.5/5 Trident Hotel (Agra): excellent confort, accueil avenant, excellent buffet et petit-déjeuner. Parfait 5/5Visites:
Fort rouge d'Agra: 🙂🙂🙂
Au coeur du Madhya Pradesh, état de l'Inde du Nord, un voyage hors du temps.
C'est un petit avion à hélices qui nous emmène vers Gwalior, au sud de Delhi. Une heure de vol. Les moteurs font un boucan d'enfer, parmi les voyageurs (nous sommes 12 à bord...) certains habitués se sont prudemment équipés de boules Q. A basse altitude, on admire le paysage et les vestiges des civilisations si nombreux le long de la Yamuna, affluent du Gange, tout aussi sacré que le fleuve mythique.
Atterrissage impeccable d'un pilote chevronné qui manifeste visiblement son plaisir de poser l' avion comme si c'était une 2CV... Il nous fait une démonstration de la souplesse du petit zinc en traçant habilement quelques arabesques sur la piste avant de stopper devant un minuscule bâtiment perdu dans la campagne. Un vieux taxi délabré nous emmène vers l'Usha Kiran Palace. Le conducteur est un drôle de type qui nous mitraille de questions sur notre programme. Il se fait collant, insistant, exactement le genre que nous évitons à tout prix. Inutile d'en savoir davantage : nous refusons fermement ses propositions de balades. Emerveillement devant notre hôtel : cette résidence princière, tout près du palais Jaï Vilas, est située au milieu de jardins fleuris. Sa façade, très ouvragée, est sculptée de moucharabiehs. L'écrivain Pierre Loti a séjourné dans cette superbe maison où le maharajah de Gwalior recevait ses hôtes célèbres au 19ème siècle. Depuis ces temps lointains, la propriété a été rénovée et on y trouve le confort des palaces de luxe.
La chambre 206 est une vaste pièce dont les fenêtres donnent sur le parc. Un coin salon avec des fauteuils, deux grands lits avec table-coiffeuse, dressing, salle de bain de dimensions victoriennes... C'est parfait. Une douce atmosphère règne dans ce paradis à l'écart des rues surpeuplées de la vieille cité. Après-midi de farniente sous les arbres centenaires. Douceur, élégance, intimité, tout n'est que plaisir dans cette parenthèse hors du temps. Quelques clients discrets, recherchant eux-aussi la solitude, se sont éparpillés dans les jardins pour goûter la fraîcheur du crépuscule.
Une jeune fille de type indien au milieu d'une famille française : la demoiselle s'exprime parfaitement dans notre langue : forcément, elle est la fille adoptive de ce sympathique couple de bretons qui sont venus l'adopter, il y a quinze ans, au coeur de l'Inde. Et comme le dit son père avec humour : "elle est devenue plus bretonne que moi !".
Après un solide breakfast, nous n'avons ce matin que quelques mètres à parcourir à pied pour pénétrer dans le musée du Jaï Vilas Palace. Ce palais des mille et une nuits appartient au maharajah de Gwalior, Madhavrao Scindia, souverain allié à d'autres illustres familles : Baroda, Cachemire et Jaïpur. Gigantesque construction du 19ème siècle, de style baroque italien, où logent encore les propriétaires, 35 pièces (seulement...) ont été consacrées aux visiteurs. Trésors extravagants, tant en diversité qu'en originalité. Entre autres curiosités, un gramophone construit par Thomas Edison en 1877, instruments de musique traditionnels (sitars, tablas, tampuras, sarangis, pianos et violons précieux). Une collection de vasques chinoises d'une valeur inestimable, bibelots en cristal taillé, miroir à double face dédié à la reine-impératrice Victoria et au prince Albert, landau d'argent à tête de cygne, tigres empaillés morts au champ d'honneur des chasses royales...
Dans l'immense salon d'apparat, le plus grand tapis d'Asie, fabriqué par des prisonniers pendant douze années, qui mesure 33x23 mètres, entièrement brodé d'or fin. Les deux lustres de cristal les plus lourds du monde (3, 5 tonnes et 248 ampoules chacun) ont été fixés au plafond d'une solidité à toute épreuve : on a hissé dix éléphants sur la structure afin d'en éprouver les capacités - les énormes bêtes y sont restées pendant une semaine : on en a déduit que les lustres n'arracheraient pas les solives ainsi testées.
Une vaste table dans la salle à manger est préparée comme au temps des splendeurs : vaisselle d'or et d'argent, verres de cristal taillé, linge brodé de soie. Il y avait tant de domestiques dans ce palais qu'un serveur était placé derrière chaque invité. Un étonnant train miniature circulait en boucle au centre de la table devant les convives, les wagons d'argent contenant liqueurs et cigares dont les amateurs se servaient au passage...
Vertige devant cette débauche de trésors accumulés de père en fils par la dynastie, dont la fortune a réchappé des bouleversements de l'Indépendance. On sait que le souverain actuel a réussi sa reconversion dans les "affaires" et la politique. Nous sortons épuisés par tant d'abondance... Symbole éloquent de la prospérite des lieux : devant le palais, un troupeau de vaches grasses broute l'herbe d'une verte prairie.
De retour dans notre hôtel, je complimente le jardinier qui a composé de superbes bouquets qu'il vient de cueillir dans les massifs. Il sourit, flatté, et me demande le numéro de ma chambre : "Je vais monter le même bouquet rien que pour vous"... Après le déjeuner, je découvre un grand vase contenant des fleurs magnifiques posé sur la table de notre coin-salon. Le temps passe comme dans un rêve.
Matin du troisième jour consacré à la forteresse Man Singh, construite au 16ème siècle et restaurée au milieu du 19ème. Un très vieux taxi, fourni par l'hôtel, nous embarque en cahotant. Le chauffeur est une vraie brute qui conduit comme un pied, évite de peu un camion en plantant ses roues dans le fossé. Passent deux indiens qui aident le chauffeur et le guide à remettre la guimbarde sur la route. C'est bien la dernière fois que nous demanderons des taxis au réceptionniste de l'hôtel car, depuis le début du séjour, ce ne sont que tacots délabrés et chauffeurs déjantés qui nous trimbalent... Ceci ne va pas gâcher le plaisir de découvrir la merveille des merveilles, la citadelle de grès doré, aux délicates céramiques bleu turquoise.
Au sommet du promontoire qui domine la campagne, un immense palais fortifié dresse ses murailles aux teintes ocrées, rehaussées de frises sculptées de délicats motifs bleu vif, vert et or, qui étincellent sous les feux du soleil. Apparition magique, c'est éblouissant de beauté, et coupe le souffle. A l'intérieur des remparts, c'est le même luxe : le souverain-bâtisseur était le seigneur et maître de huit épouses, qui possédaient chacune sa cour, ses appartements et ses hammams. Amoureux éperdu d'une neuvième beauté, cette dernière accepta d'être sa femme à condition de posséder son propre palais. Le souverain fou d'amour céda et fit bâtir une résidence pour la belle, à quelques kilomètres de la forteresse.
Sur l'esplanade du palais, trois jeunes garçons d'une dizaine d'années nous proposent des tours de magie : ils sont irrésistibles de drôlerie, font les pitres et gagnent sans peine les roupies bien méritées. Notre guide s'avère très cultivé. Il a fait de longues études afin d'être professeur d'histoire et d'archéologie... mais le système tordu de l'administration indienne ne lui attribuera un emploi qu'à condition de verser une grosse somme qu'il est bien incapable de réunir. Injustice, corruption des fonctionnaires, dont le pouvoir cède au fric avec la complicité des autorités qui pratiquent les mêmes magouilles.
De surprenantes sculptures jaïnes, 17 mètres de hauteur, bordent la route qui mène aux temples hindous Teli-kha-Mandir. Nous invitons le guide à partager notre repas. Il raconte qu'il a tenu le rôle d'un maharajah dans une vidéo tournée par une équipe française, il y a quelques mois, dans le palais Jaï Vilas. A ce jour, je n'ai pas encore pu voir ce documentaire...
Nous allons visiter le temple d'un musicien très célèbre, Tansen, si talentueux, que ses nombreux admirateurs lui ont bâti dans les faubourgs de Gwalior. C'est un rodéo infernal d'une heure et demie dans les rues défoncées de la vieille ville pour atteindre enfin le monument. Des "tempos" monstrueux sillonnent les ruelles étroites de ce quartier surpeuplé. Ce sont des rickshaws qui peuvent transporter une douzaine de personnes dans une carcasse posée sur trois roues bringuebalantes, crachant des jets de fumée pestilentielle dans un bruit assourdissant.
De retour dans la fraîcheur et le calme de l'hôtel, attablés devant le rituel five o'clock sous les amaltashs du parc, étranges arbres au feuillage bleuté où nichent des ribambelles d'oiseaux. Aurons-nous de l'eau chaude, ce soir, dans la salle de bain ? C'est sous un jet glacial que je me suis douchée ce matin. La direction de l'hôtel qui avait stoppé la chaudière après le départ d'un groupe de touristes, a bien voulu redémarrer l'engin. C'est, hélas, notre dernière nuit à Gwalior : demain, retour à Delhi.
Dans les bureaux du petit aérodrome, un groupe d'indiens se congratule et bénéficie d'un traitement de faveur : boissons et petits gateaux leur sont servis, derrière les vitres de notre salle d'attente... Nous attendons depuis un bon moment, assoiffés et envieux... Un charmant monsieur bedonnant nous fait apporter un verre de thé et des biscuits : c'est un "pot" pour fêter son départ à la retraite, offert par ses collègues. On embarque en sa compagnie dans le petit avion qui nous avait amenés ici.
Même enchantement dans le délicieux vacarme assourdi par les petites boules Q dont nous nous sommes munis cette fois-ci. Six passagers pesés ainsi que leurs bagages. Le pilote s'amuse comme un fou, c'est un vétéran de l'armée de l'air indienne. A très basse altitude, voici la vue sublime sur le joyau : Taj Mahal d'Agra, éblouissant sous le soleil, la Yamuna serpente en scintillant dans la vallée et le Fort de grès rouge entouré de ses murailles surveille l'immense ville d'Agra. Atterrissage sur les chapeaux de roues, trois petits tours sur place pour secouer encore un peu les passagers hilares et ravis... Une ovation salue l'arrivée de l'avion à Delhi : les collègues du nouveau retraité lui rendent un hommage respectueux que nous partageons avec émotion...
C'est un petit avion à hélices qui nous emmène vers Gwalior, au sud de Delhi. Une heure de vol. Les moteurs font un boucan d'enfer, parmi les voyageurs (nous sommes 12 à bord...) certains habitués se sont prudemment équipés de boules Q. A basse altitude, on admire le paysage et les vestiges des civilisations si nombreux le long de la Yamuna, affluent du Gange, tout aussi sacré que le fleuve mythique.
Atterrissage impeccable d'un pilote chevronné qui manifeste visiblement son plaisir de poser l' avion comme si c'était une 2CV... Il nous fait une démonstration de la souplesse du petit zinc en traçant habilement quelques arabesques sur la piste avant de stopper devant un minuscule bâtiment perdu dans la campagne. Un vieux taxi délabré nous emmène vers l'Usha Kiran Palace. Le conducteur est un drôle de type qui nous mitraille de questions sur notre programme. Il se fait collant, insistant, exactement le genre que nous évitons à tout prix. Inutile d'en savoir davantage : nous refusons fermement ses propositions de balades. Emerveillement devant notre hôtel : cette résidence princière, tout près du palais Jaï Vilas, est située au milieu de jardins fleuris. Sa façade, très ouvragée, est sculptée de moucharabiehs. L'écrivain Pierre Loti a séjourné dans cette superbe maison où le maharajah de Gwalior recevait ses hôtes célèbres au 19ème siècle. Depuis ces temps lointains, la propriété a été rénovée et on y trouve le confort des palaces de luxe.
La chambre 206 est une vaste pièce dont les fenêtres donnent sur le parc. Un coin salon avec des fauteuils, deux grands lits avec table-coiffeuse, dressing, salle de bain de dimensions victoriennes... C'est parfait. Une douce atmosphère règne dans ce paradis à l'écart des rues surpeuplées de la vieille cité. Après-midi de farniente sous les arbres centenaires. Douceur, élégance, intimité, tout n'est que plaisir dans cette parenthèse hors du temps. Quelques clients discrets, recherchant eux-aussi la solitude, se sont éparpillés dans les jardins pour goûter la fraîcheur du crépuscule.
Une jeune fille de type indien au milieu d'une famille française : la demoiselle s'exprime parfaitement dans notre langue : forcément, elle est la fille adoptive de ce sympathique couple de bretons qui sont venus l'adopter, il y a quinze ans, au coeur de l'Inde. Et comme le dit son père avec humour : "elle est devenue plus bretonne que moi !".
Après un solide breakfast, nous n'avons ce matin que quelques mètres à parcourir à pied pour pénétrer dans le musée du Jaï Vilas Palace. Ce palais des mille et une nuits appartient au maharajah de Gwalior, Madhavrao Scindia, souverain allié à d'autres illustres familles : Baroda, Cachemire et Jaïpur. Gigantesque construction du 19ème siècle, de style baroque italien, où logent encore les propriétaires, 35 pièces (seulement...) ont été consacrées aux visiteurs. Trésors extravagants, tant en diversité qu'en originalité. Entre autres curiosités, un gramophone construit par Thomas Edison en 1877, instruments de musique traditionnels (sitars, tablas, tampuras, sarangis, pianos et violons précieux). Une collection de vasques chinoises d'une valeur inestimable, bibelots en cristal taillé, miroir à double face dédié à la reine-impératrice Victoria et au prince Albert, landau d'argent à tête de cygne, tigres empaillés morts au champ d'honneur des chasses royales...
Dans l'immense salon d'apparat, le plus grand tapis d'Asie, fabriqué par des prisonniers pendant douze années, qui mesure 33x23 mètres, entièrement brodé d'or fin. Les deux lustres de cristal les plus lourds du monde (3, 5 tonnes et 248 ampoules chacun) ont été fixés au plafond d'une solidité à toute épreuve : on a hissé dix éléphants sur la structure afin d'en éprouver les capacités - les énormes bêtes y sont restées pendant une semaine : on en a déduit que les lustres n'arracheraient pas les solives ainsi testées.
Une vaste table dans la salle à manger est préparée comme au temps des splendeurs : vaisselle d'or et d'argent, verres de cristal taillé, linge brodé de soie. Il y avait tant de domestiques dans ce palais qu'un serveur était placé derrière chaque invité. Un étonnant train miniature circulait en boucle au centre de la table devant les convives, les wagons d'argent contenant liqueurs et cigares dont les amateurs se servaient au passage...
Vertige devant cette débauche de trésors accumulés de père en fils par la dynastie, dont la fortune a réchappé des bouleversements de l'Indépendance. On sait que le souverain actuel a réussi sa reconversion dans les "affaires" et la politique. Nous sortons épuisés par tant d'abondance... Symbole éloquent de la prospérite des lieux : devant le palais, un troupeau de vaches grasses broute l'herbe d'une verte prairie.
De retour dans notre hôtel, je complimente le jardinier qui a composé de superbes bouquets qu'il vient de cueillir dans les massifs. Il sourit, flatté, et me demande le numéro de ma chambre : "Je vais monter le même bouquet rien que pour vous"... Après le déjeuner, je découvre un grand vase contenant des fleurs magnifiques posé sur la table de notre coin-salon. Le temps passe comme dans un rêve.
Matin du troisième jour consacré à la forteresse Man Singh, construite au 16ème siècle et restaurée au milieu du 19ème. Un très vieux taxi, fourni par l'hôtel, nous embarque en cahotant. Le chauffeur est une vraie brute qui conduit comme un pied, évite de peu un camion en plantant ses roues dans le fossé. Passent deux indiens qui aident le chauffeur et le guide à remettre la guimbarde sur la route. C'est bien la dernière fois que nous demanderons des taxis au réceptionniste de l'hôtel car, depuis le début du séjour, ce ne sont que tacots délabrés et chauffeurs déjantés qui nous trimbalent... Ceci ne va pas gâcher le plaisir de découvrir la merveille des merveilles, la citadelle de grès doré, aux délicates céramiques bleu turquoise.
Au sommet du promontoire qui domine la campagne, un immense palais fortifié dresse ses murailles aux teintes ocrées, rehaussées de frises sculptées de délicats motifs bleu vif, vert et or, qui étincellent sous les feux du soleil. Apparition magique, c'est éblouissant de beauté, et coupe le souffle. A l'intérieur des remparts, c'est le même luxe : le souverain-bâtisseur était le seigneur et maître de huit épouses, qui possédaient chacune sa cour, ses appartements et ses hammams. Amoureux éperdu d'une neuvième beauté, cette dernière accepta d'être sa femme à condition de posséder son propre palais. Le souverain fou d'amour céda et fit bâtir une résidence pour la belle, à quelques kilomètres de la forteresse.
Sur l'esplanade du palais, trois jeunes garçons d'une dizaine d'années nous proposent des tours de magie : ils sont irrésistibles de drôlerie, font les pitres et gagnent sans peine les roupies bien méritées. Notre guide s'avère très cultivé. Il a fait de longues études afin d'être professeur d'histoire et d'archéologie... mais le système tordu de l'administration indienne ne lui attribuera un emploi qu'à condition de verser une grosse somme qu'il est bien incapable de réunir. Injustice, corruption des fonctionnaires, dont le pouvoir cède au fric avec la complicité des autorités qui pratiquent les mêmes magouilles.
De surprenantes sculptures jaïnes, 17 mètres de hauteur, bordent la route qui mène aux temples hindous Teli-kha-Mandir. Nous invitons le guide à partager notre repas. Il raconte qu'il a tenu le rôle d'un maharajah dans une vidéo tournée par une équipe française, il y a quelques mois, dans le palais Jaï Vilas. A ce jour, je n'ai pas encore pu voir ce documentaire...
Nous allons visiter le temple d'un musicien très célèbre, Tansen, si talentueux, que ses nombreux admirateurs lui ont bâti dans les faubourgs de Gwalior. C'est un rodéo infernal d'une heure et demie dans les rues défoncées de la vieille ville pour atteindre enfin le monument. Des "tempos" monstrueux sillonnent les ruelles étroites de ce quartier surpeuplé. Ce sont des rickshaws qui peuvent transporter une douzaine de personnes dans une carcasse posée sur trois roues bringuebalantes, crachant des jets de fumée pestilentielle dans un bruit assourdissant.
De retour dans la fraîcheur et le calme de l'hôtel, attablés devant le rituel five o'clock sous les amaltashs du parc, étranges arbres au feuillage bleuté où nichent des ribambelles d'oiseaux. Aurons-nous de l'eau chaude, ce soir, dans la salle de bain ? C'est sous un jet glacial que je me suis douchée ce matin. La direction de l'hôtel qui avait stoppé la chaudière après le départ d'un groupe de touristes, a bien voulu redémarrer l'engin. C'est, hélas, notre dernière nuit à Gwalior : demain, retour à Delhi.
Dans les bureaux du petit aérodrome, un groupe d'indiens se congratule et bénéficie d'un traitement de faveur : boissons et petits gateaux leur sont servis, derrière les vitres de notre salle d'attente... Nous attendons depuis un bon moment, assoiffés et envieux... Un charmant monsieur bedonnant nous fait apporter un verre de thé et des biscuits : c'est un "pot" pour fêter son départ à la retraite, offert par ses collègues. On embarque en sa compagnie dans le petit avion qui nous avait amenés ici.
Même enchantement dans le délicieux vacarme assourdi par les petites boules Q dont nous nous sommes munis cette fois-ci. Six passagers pesés ainsi que leurs bagages. Le pilote s'amuse comme un fou, c'est un vétéran de l'armée de l'air indienne. A très basse altitude, voici la vue sublime sur le joyau : Taj Mahal d'Agra, éblouissant sous le soleil, la Yamuna serpente en scintillant dans la vallée et le Fort de grès rouge entouré de ses murailles surveille l'immense ville d'Agra. Atterrissage sur les chapeaux de roues, trois petits tours sur place pour secouer encore un peu les passagers hilares et ravis... Une ovation salue l'arrivée de l'avion à Delhi : les collègues du nouveau retraité lui rendent un hommage respectueux que nous partageons avec émotion...
1. Du rêve à la réalité
Je savais que je prenais un gros risque en allant passer deux semaines de vacances en Iran. On m'avait prévenu. J'allais faire une colossale ânerie, risquer bêtement ma vie, partir pour un pays totalitaire où je ne pourrais m'attirer que des problèmes, subir des bombardements américains ou les radiations d'un programme nucléaire totalement incontrôlé, ou pire, revenir avec un menton à la pilosité bien plus garnie qu'à mon arrivée.
Je savais bien entendu que ce n'étaient que des sornettes et que je ne risquais absolument rien de ce point de vue. Je ne me suis évidemment pas trompé. Mais le risque était ailleurs et je le savais avant même de partir. Je savais déjà que je laisserais une partie de moi là-bas, une partie de ma tête et de mon coeur. Quelques heures après en être revenu, il est certainement trop tôt pour dresser un bilan psychologique de l'auteur de ces lignes, mais je peux d'ores et déjà affirmer qu'il y aura toujours une petite part d'Iran en moi. C'est un pays qui ne déçoit pas et que l'on n'oublie pas.
Je suis allé en Iran avec un tas d'a priori positifs, certains justifiés, d'autres non. C'est bien le propre des a priori, même si on a tendance à affubler ce genre de sentiment bien banal d'une connotation trop souvent négative.
Cela faisait en effet très longtemps que je rêvais d'y aller, et plus longtemps encore que j'essayais vainement d'en apprendre la superbe langue, le farsi. Toutes mes tentatives s'étaient soldées par un échec, par manque de temps, d'aide et, avouons-le, de motivation et de talent. C'est en partie pour cela que je repoussais sans cesse mon départ. Je ne voulais pas rater ce voyage, et voulais donc mettre toutes les chances de mon côté. Quelle ânerie! Avec le recul, je ne comprends décidemment pas pourquoi j'ai tant attendu, ce pays ayant longtemps été en tête de mes priorités de voyage.
Et puis l'actualité internationale a fini par rattraper mes rêves. Les nuages menaçants de la guerre étaient encore loin, mais on pouvait déjà sentir les premières gouttes d'un malheur qui, je l'espère, restera à l'état de menace fantôme. Craignant le pire à moyen terme, j'ai donc décidé de mettre toutes mes mauvaises excuses en sourdine et de réserver un billet d'avion pour Téhéran, tant qu'il était encore temps. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies avait posé à l'Iran un ultimatum expirant le 29 avril. Mon avion était prévu pour atterrir le 30 au matin à Téhéran. Cela a fait grincer quelques dents autour de moi, mais il était hors de question de faire machine arrière.
(à suivre)
Je savais que je prenais un gros risque en allant passer deux semaines de vacances en Iran. On m'avait prévenu. J'allais faire une colossale ânerie, risquer bêtement ma vie, partir pour un pays totalitaire où je ne pourrais m'attirer que des problèmes, subir des bombardements américains ou les radiations d'un programme nucléaire totalement incontrôlé, ou pire, revenir avec un menton à la pilosité bien plus garnie qu'à mon arrivée.
Je savais bien entendu que ce n'étaient que des sornettes et que je ne risquais absolument rien de ce point de vue. Je ne me suis évidemment pas trompé. Mais le risque était ailleurs et je le savais avant même de partir. Je savais déjà que je laisserais une partie de moi là-bas, une partie de ma tête et de mon coeur. Quelques heures après en être revenu, il est certainement trop tôt pour dresser un bilan psychologique de l'auteur de ces lignes, mais je peux d'ores et déjà affirmer qu'il y aura toujours une petite part d'Iran en moi. C'est un pays qui ne déçoit pas et que l'on n'oublie pas.
Je suis allé en Iran avec un tas d'a priori positifs, certains justifiés, d'autres non. C'est bien le propre des a priori, même si on a tendance à affubler ce genre de sentiment bien banal d'une connotation trop souvent négative.
Cela faisait en effet très longtemps que je rêvais d'y aller, et plus longtemps encore que j'essayais vainement d'en apprendre la superbe langue, le farsi. Toutes mes tentatives s'étaient soldées par un échec, par manque de temps, d'aide et, avouons-le, de motivation et de talent. C'est en partie pour cela que je repoussais sans cesse mon départ. Je ne voulais pas rater ce voyage, et voulais donc mettre toutes les chances de mon côté. Quelle ânerie! Avec le recul, je ne comprends décidemment pas pourquoi j'ai tant attendu, ce pays ayant longtemps été en tête de mes priorités de voyage.
Et puis l'actualité internationale a fini par rattraper mes rêves. Les nuages menaçants de la guerre étaient encore loin, mais on pouvait déjà sentir les premières gouttes d'un malheur qui, je l'espère, restera à l'état de menace fantôme. Craignant le pire à moyen terme, j'ai donc décidé de mettre toutes mes mauvaises excuses en sourdine et de réserver un billet d'avion pour Téhéran, tant qu'il était encore temps. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies avait posé à l'Iran un ultimatum expirant le 29 avril. Mon avion était prévu pour atterrir le 30 au matin à Téhéran. Cela a fait grincer quelques dents autour de moi, mais il était hors de question de faire machine arrière.
(à suivre)
Compte rendu d’un séjour de 18 jours en Sicile orientale et îles Eoliennes du 4 au 22 février 2013
Budget total pour 2 personnes : 2517 € Avion Strasbourg-(Rome)-Catane (Air-France/Alitalia) AR : 468 € Transports sur place (bateaux, bus, location auto) : 237 € Hôtels /location (18 nuits) : 1004 € Restaurants et nourriture : 624 € Divers : 184 €
04/02 Atterrissage à Catane sous un ciel gris et chargé dans l’après-midi. A la sortie de l’aéroport, nous attendons pendant ¾ d’heure le bus de la Cie SAIS qui va nous emmener par l’autoroute jusqu’à Messine en 1h30 là, sur la même place, la correspondance avec le bus (Giuntabus) pour Milazzo se fait sans problème, nous attendons 30 mn et repartons pour Milazzo où nous arrivons 1h plus tard. Nous nous installons au B&B Rei Umberto à 10 minutes du port : excellente adresse, le patron est très accueillant, la chambre est d’une propreté méticuleuse avec tout le confort et un plus : un design très épuré et sobre de plus le petit déjeuner est très complet (qualité et quantité). 05/02 Beau temps et ciel bleu, nous prenons l’aliscafi qui part de Milazzo à 9h30 en direction de Vulcano et Lipari que nous atteignons 1h plus tard. Installation à la Résidence la Giara située tout près du port, une dizaine de beaux studios (avec cuisine) s’éparpillent autour d’un beau jardin et d’une piscine. Après le déjeuner pris sur notre terrasse au soleil, nous prenons le bus local pour le village de Quatropani situé sur l’autre côté de l’île face à Salina. De là nous partons à pied sur la route, heureusement très peu fréquentée à cette saison, en direction du village d’Acquacalda situé au bord de la mer sur la côte Nord. Le panorama sur les îles environnantes est magnifique puisque l’on voit successivement, Salina, Alicudi et Filicudi puis Panarea et Stromboli. En quittant Acquacalda, nous passons devant les mines d’obsidienne, puis devant les mines de pierre ponce inexploitées depuis l’inscription de l’île au patrimoine mondial de l’UNESCO il est vrai que le paysage minier est moins beau de ce côté, puis nous arrivons à Canneto, petite ville balnéaire lovée au bord d’un beau golfe, d’où nous reprenons le bus pour Lipari proche de 4 km, après 2h 30 de marche. 06/02 Temps gris, de gros nuages courent dans le ciel. Au port où nous sommes allés nous renseigner, le départ des aliscafi vers les autres îles est pour l’instant maintenu mais sans garantie pour le reste de la journée. Nous décidons d’aller jusqu’à l’île de Vulcano située tout près de Lipari. Nous partons à 9h15 et y sommes 15 mn plus tard. Nous quittons la petite ville de Vulcano encore endormie, et trouvons sans peine le chemin bien indiqué qui grimpe à gauche depuis la route principale vers le cratère. Il y a à peu près 300m de dénivelé pour atteindre la partie la plus basse du cratère et la montée est régulière et sans danger. Le vent s’est levé et souffle vers le N-E repoussant les fumerolles du cratère dans cette même direction. En évitant de se placer sous le vent, on peut approcher les fumerolles qui jaillissent de touts petits cratères jaunis et blanchis par les émanations de soufre à l’odeur caractéristique d’œufs pourris. Pour éviter toute intoxication, il nous faut ensuite les contourner en descendant un peu dans le cratère avant de remonter ensuite par un chemin en forte pente vers le bord le plus élevé du cratère d’où la vue sur les alentours et le volcan est magnifique. Nous redescendons vers le port et attendons le passage de l’aliscafi pour retourner sur Lipari. A cette saison l’île de Vulcano parait presque abandonnée avec toutes ces installations fermées : restaurants, hôtels, bars, villas etc. Nous retournons sur Lipari pour déjeuner puis décidons d’aller visiter le musée archéologique de Lipari, vu le temps maussade qui se maintient. Nous ne serons pas déçus mais bien au contraire émerveillés et surpris par la richesse de ce musée. Grâce à la situation géographique exceptionnelle de Lipari et à ses richesse naturelles (entre autres les mines de pierre ponce et d’obsidienne) l’ile a été occupée et convoitée depuis les temps les plus anciens. Il en est résulté une masse considérable d’objets qui s’échelonnent depuis le néolithique jusqu’à nos jours. De plus grâce au transport éolitithique, une masse considérable d’objets ont été concentrés et ensevelis par strates successives dans une zone géographique restreinte. Parmi toutes ces richesses, nous avons retenu une superbe collection de vases grecs de différentes époques et de lampes à huile, une autre collection étonnante de masques de théâtre grec, sans oublier les amphores récupérées dans la mer. Une autre partie du musée, tout aussi intéressante est consacrée à la vulcanologie. 07/12 Temps gris, nous partons nous promener en ville en poussant jusqu’au petit port de Marina Corta, c’est le port des pêcheurs de la ville et quel que soit le temps il y a toujours des pêcheurs en train de remailler leurs filets ou de parler de politique, surtout que nous sommes en période préélectorale en ce moment ici en Italie ! Vers 10h nous décidons de prendre le bus en direction du belvédère des Quattrocchi malgré une violente averse de grêle au moment du départ. Heureusement l’averse est de courte durée et quand nous arrivons au belvédère il fait de nouveau beau. La vue superbe embrasse toute la partie sud au-delà de Lipari, en direction des fariglioni (pitons rocheux dans la mer) et de Vulcano et vers l’Ouest en direction des îles Filicudi et Alicudi. Nous remontons à pied la route en direction de Piano Conte et prenons l’embranchement qui descend aux thermes de San Calogero par une belle route qui domine la mer et serpente entre les vergers, la vigne et les figuiers de barbarie. Retour par la même route pour reprendre le bus au belvédère de Quattrocchi. Dîner à l’excellent restaurant Il Filipino. 08/02 Les conditions météo ne s’améliorant pas nous annulons notre projet d’aller sur Stromboli pour partir d’abord sur l’île de Salina plus proche. Le problème de Stromboli est que l’on peut y rester bloqué pour plusieurs jours si de mauvaises conditions météo empêchent les hydroglisseurs d’accoster, risque que nous ne voulons pas prendre. Après avoir fait quelques courses alimentaires chez Pina, la sympathique épicière qui tient un commerce de produits locaux et de légumes dans la rue principale de Lipari, nous prenons l’aliscafi de 13h30 qui nous amène au port de Santa Marina à Salina en ½ heure. Ayant réservé un studio il y a plus d’un mois, nous sommes attendus et on nous emmène au studio situé au N-E de Santa Maria à 5mn du centre de la petite ville. C’est un petit appartement dans une villa à l’architecture typique des éoliennes avec cuisine, sdb et chambre à coucher, une grande terrasse couverte donne sur la mer et les îles de Stromboli et Panarea. Seul problème une clim réversible dans la chambre à coucher insuffisante pour réchauffer tout un appartement à cette saison où il fait encore bien froid, la preuve est qu’un beau tapis blanc d’un mélange de neige et de grêle a tapissé l’île le lendemain matin. La petite ville de Salina est toute petite et bien calme à cette saison. Heureusement que les commerces de base sont ouverts : superette, boulanger et boucher, pour nous permettre de faire nos courses. 09/02 Toujours le même temps incertain, pas suffisamment pour nous empêcher de partir à pied en direction du village de Lingua à la pointe Sud de l’île en empruntant la route. Ici aussi tout est fermé mais on imagine le monde et le bruit en haute saison. Balade le long de la lagune, une ancienne saline qui a donné le nom à cette île et retour vers Santa Marina en 40 mn environ. 10/02 « Bis repetitam » pour la météo, nous partons cette fois à pied en direction de la pointe nord, le Cap Faro d’où l’on voit bien les îles de Stromboli et Panarea, retour sous une pluie battante. 11/02 Enfin du soleil, nous prenons le bus pour le village de Pollara, là où a été tourné le film « le facteur ». Le bus nous laisse dans le bas du village, il ne nous reste plus qu’à remonter du fond du cratère où sont éparpillées les maisons du village vers le col puis de redescendre vers le village de Malfa pour y reprendre le bus (2h). Le paysage est très beau et sauvage avec ce relief volcanique très marqué et la vue depuis la route sur la campagne environnante est magnifique. Nous reprenons l’aliscafi pour Lipari. Le soir nous assisterons au défilé de carnaval avec de très beaux chars bien décorés, illuminés et sonorisés, entourés d’une foule de « lipariotes » en goguette, dansant et chantant, très bonne ambiance. 12/02 Retour sur Milazzo, balade vers le château et dans la vieille ville bon dîner chez « Casalingua » 13/02 Nous devons retrouver nos amis Marie-Claire et Daniel à l’aéroport de Catane vers 15h Pour ce faire nous prenons comme à l’aller mais en sens inverse le bus de Milazzo à Messine puis Messine à l’aéroport de Catan. En attendant l’atterrissage de l’avion nous allons régler les papiers pour la voiture de location. ½ h plus tard nous partons tous les 4 en direction de Syracuse sous un beau soleil. Nous avons réservé 2 chambres à l’hôtel « Villa dei Papiri » situé dans un superbe domaine à la campagne à 7 km de Syracuse, difficile à atteindre sans mon GPS. Bel endroit entouré d’orangers, de citronniers avec des chambres meublées de style rustique mais avec tout le confort. Les chambres groupées par quatre dans de petits bâtiments sont éparpillées dans le grand terrain qui entoure la maison de maître qui sert de salle à manger. Nous partons découvrir Ortygia, le vieux Syracuse qui occupe la péninsule. C’est un mélange de vieux palais et d’églises pas tous en très bon état et de ruelles plutôt miteuses en dehors des endroits très touristiques comme la piazza del Duomo. Nous dînons dans une trattoria populaire « Mariano » qui a du succès pour l abondance et la qualités des plats et qu’affectionnent aussi les locaux, prix doux surtout ici à Syracuse ville très touristique. 14/02 Somptueux petit déjeuner servi dans la grande maison de maître. Nous repartons pour Syracuse mais pour visiter d’abord le parc archéologique, autre visite incontournable de Syracuse. Le temps est superbe ce matin et le soleil met en valeur le magnifique théâtre grec et le parterre de fleurs jaunes qui tapissent le lieu. Nous passons ensuite aux carrières avec la fameuse « oreille de Denys ». Nous terminons par l’amphithéâtre romain. Retour à Ortygia pour compléter sous pluie et soleil la visite commencée hier soir. On en a retenu la belle place du Duomo, le Duomo lui-même avec le réemploi des anciennes colonnes du temple antique d’Athéna. Le soir dîner à la « Foglia » prix cher et portion congrue. 15/02 Beau ciel bleu, nous partons en direction de la ville de Noto, superbe ville baroque entièrement reconstruite à la suite du terrible tremblement de terre de 1693. A chaque coin de rue, une église ou un palais baroque de plus le soleil met en valeur la chaude couleur miel des pierres calcaires utilisées pour la construction. Pique-nique dans la campagne environnante sous le soleil. Nous enchaînons ensuite avec Modica également reconstruite après le tremblement de 1693, moins riche que Noto mais qui compense grâce à sa spécialité de chocolat artisanal, avis aux gourmands ! Nous continuons vers Raguse où nous nous installons à la Locanda Don Serafino en pleine vieille ville : rien à redire, c’est un **** obtenus à prix malin. Première balade dans la soirée dans Ragusa ibla (la ville basse), bien mise en valeur avec un éclairage adéquat qui sculpte bien les différents monuments. Excellent dîner au restaurant « Il Barocco », plats goûteux et très copieux. 16/02 Après le petit déjeuner buffet complet nous allons découvrir la ville entrevue hier soir. Il a plu toute la nuit mais le ciel s’éclaircit. Visite du Duomo, belle construction baroque aux belles proportions, on y accède en passant une très belle grille en fer forgé. Plus loin l’église San Giuseppe toute aussi belle et surtout remarquable par son intérieur de forme ovale. Nous avons ensuite la chance de pouvoir visiter le « Circolo de conversazione », palais privé réservé aux membres cotisants et dont plusieurs salles possèdent de très beaux plafonds peints. Nous terminons par le beau jardin qui offre une belle vue sur la campagne. L’après-midi nous allons visiter l’autre partie de la ville, Ragusa Alta, la rivale de Ragusa Ibla, pour ce faire il nous faut grimper les ruelles en escaliers pour arriver à la ville haute, un peu moins riche que la basse, on y trouve par contre des bâtiments de style mussolinien comme la Poste, assez caractéristique. Bon dîner à Ragusa Ibla au restaurant « Il giardino ». 17/02 Départ pour Caltagirone, connue pour les céramiques qui revêtent les 142 contremarches qui mènent à la Chiesa Santa Maria delle Scale. De part et d’autres de cette rue toute en escalier, les artisans vendeurs de céramique sont légion. Nous continuons vers Piazza Armerina, l’étape de ce soir, mais avant nous nous arrêtons pour revoir les magnifiques mosaïques romaines de la Villa Casale toute proche. Nous avions un souvenir mitigé des conditions de visite il y a 30 ans avec des groupes scolaires indisciplinés et excessivement bruyants. Là, un seul groupe d’adultes de 20 personnes et nous, autant dire quasiment seul pour un site de cette réputation, le pied ! 3500 m2 de mosaïques en excellent état, c’est exceptionnel. Retour à Piazza Armerina et installation en pleine nature à 1km du centre ville à l’hôtel Trigona qui appartient toujours à la famille du noble, bienfaiteur de la ville. Belle chambre, accueil très sympathique de la part des propriétaires, et très bon dîner de spécialités locales, le tout, chambre et repas pour un prix très doux. 18/02 Temps gris et pluvieux, nous allons néanmoins visiter la vieille ville de Piazza Armerina, avec comme toujours, églises et palais au programme. Enna que nous pensions également visiter est dans la purée de pois la plus totale, nous repartons par des petites routes à destination de Taormine en contournant l’Etna par l’Ouest. Les paysages sont très variés, passant de beaux vergers à des terres plus hostiles marquées par la lave et des terres noires où sont plantés des figuiers de barbarie. A certains endroits nous longeons de véritables déchetteries en plein air, des tas d’immondices trainent le long des routes, on se croirait à Naples au moment des grèves des éboueurs! l’Etna restera invisible toute la journée. Arrivée à la ville côtière de Giardini-Naxos, nous nous installons à l’hôtel « Cantone del faro », dans un environnement mitigé, coincé entre la gare, la mer et des constructions grises et inachevées. Dîner honnête dans une pizzeria sur le bord de mer. 19/02 Nous montons à Taormine et nous nous garons dans le silo à l‘entrée (attention tarif élevé : 8€ pour 3h) mais avons-nous vraiment le choix ? nous débutons la visite par la rue principale dévolue au « big business », donc magasins de luxe, de souvenirs avec des articles kischissimes, restaurants, bars, hôtels, etc. Heureusement il y a quelques beaux monuments, palais, églises et quelques places agréables pour compenser, mais c’est surtout la vue magnifique qui a fait la réputation de Taormine et son splendide théâtre grec dont les gradins sont tournés vers la mer et l’Etna (bien ennuagé ce matin). Nous quittons Taormine pour aller pas très loin d’ici à Fiumefreddo où nous avons réservé des chambres dans un hôtel situé dans un grand verger d’agrumes et de serres consacrées à l’horticulture : Ficus, Strelitzia, Bougainvillées etc. Nous en profitons pour visiter l’exploitation et faire le plein d’agrumes, c’est gratuit, les prix sont tellement bas que les fruits ne sont plus ramassés nous confie le gérant !!! Une petite éclaircie nous pousse à aller voir l’Etna de plus près en empruntant la route qui mène jusqu’au refuge Provenzana. Après avoir émergé de la brume, la route s’élève dans un paysage blanc de neige et nous pouvons enfin voir l’Etna et son panache de fumée. Il fait bien froid ici à 1800m d’altitude. En redescendant en direction de la ville de Giara nous commençons à rouler sur un léger tapis de cendres qui va un plus loin se transformer en un vrai tapis noir de scories que les gens un peu partout balaient. Tout est recouvert de noir ! Il s’agit de la zone sur laquelle les vents dominants ont soufflé de grosses quantités de scories crachées par le volcan, ça fait bizarre ! 20/02 Au moment du petit déjeuner, on nous apprend que l’Etna cette nuit à violemment craché du feu, si on avait su… Nous quittons Fiumefreddo pour notre dernière étape à Nicolosi. Nous ferons un crochet pour aller voir les petites villes situées sur la cote comme Acireale, Aci Castello et Aci Trezza. Accueil très convivial d’Angela la propriétaire du B&B Etna House à Nicolosi. Le temps n’étant pas trop défavorable nous décidons de monter vers l’Etna par la route qui mène au refuge Sapienza et effectivement même si la météo n’est pas au top nous voyons bien l’Etna et les gros nuages de fumée blanche (aurions-nous un nouveau Pape ?) qu’il rejette. Tout autour de nous la neige a recouvert la quasi-totalité des environs, il fait 1°. L’immense parking est vide et les « marchands du temple » sont aux abonnés absents, ils reviendront dès que la saison aura démarré. Retour à Nicolosi. 21/02 Somptueux petit déjeuner préparé par Angela, tant en qualité qu’en quantité. Dernier jour consacré à la visite de Catane. Nous descendons vers le centre ville et allons nous garer dans un parking gardé près de la place Stesicoro. Catane nous a réservé une belle surprise dans la mesure où ne nous attendions pas à voir d’aussi beaux monuments comme le très beau théâtre grec, le château d’Ursino, la très belle église Saint Agathe du monastère, œuvre majeure de Vaccarini, les bâtiments de l’université dont le superbe monastère baroque des Bénédictins et l’étrange église inachevée San Nicolo d’Arena. Nous n’avons pas non plus manqué le très vivant marché aux poissons. Pour reposer nos pieds malmenés par plusieurs heures de déambulation nous nous arrêterons dans une pâtisserie pour déguster des cassatas, friandises incontournables de la Sicile. Puis c’est la remontée en voiture vers Nicolosi qui s’avère périlleuse à la suite d’un orage violent qui s’abat sur la ville au même moment. Nous roulons dans des rues et routes transformées en rivières bouillonnantes, de plus nous sommes à contre courant remontant des rivières qui coulent avec violence dans le sens de la pente. Un peu partout des voitures en panne arrêtées en plein milieu de la chaussée rendent encore plus difficile une conduite déjà suffisamment problématique. Ce n’est qu’en arrivant à Nicolosi, 9 km plus haut que la situation se calme. Nous verrons le soir même à la télévision italienne des images impressionnantes de ces inondations dans le bas de la ville. Excellent dîner dédié aux champignons au restaurant Nuevo Tukano. 22/02 Départ de l’aéroport de Catane pour Rome et Strasbourg dans la matinée, un superbe soleil éclaire l’Etna complètement dégagé ce matin, on reviendra… Remarques Budget : l’Italie reste un pays cher même si le coût de l’hébergement en basse saison permet de faire quelques économies. Les trajets en hydroglisseurs sont également assez élevés (120 € à deux pour notre périple dans les trois îles au départ de Milazzo). Dans les restaurants, l’addition monte vite si on choisit du vin en bouteille dep lus les couverts et le pain sont payants .Les denrées alimentaires achetées en superette sont aussi chères que chez nous, même quand il s’agit de produits frais cultivés sur place. Pour les conducteurs français, intégrer le fait que le conducteur sicilien interprète les règles du code de la route à sa façon: - ligne blanche = on peut doubler sans problème - Limitation de vitesse = invisible aux yeux des Siciliens - Les emplacements de parking = la seule façon pour les Siciliens de se garer est de se mettre en épi sur des emplacements non prévus avec comme résultat d’empiéter et sur la chaussée et de bloquer le passage des piétons sur le trottoir. - Le panneau stop = si la manœuvre pour forcer le passage échoue, alors seulement on accepte de stopper. On a bien aimé : - la cuisine sicilienne savoureuse et parfumée - les Siciliens ouverts et attentionnés - L’île de Lipari, le village de Pollara, le parc archéologique de Syracuse, la ville de Noto et de Raguse (Ragusa Ibla), les mosaïques de la Villa Casale, le théâtre de Taormine, l’Etna et Catane. On a moins aimé : - Le climat de ce mois de février (pluvieux, froid et humide) Quelques rares journées ensoleillées. - Les tas d’ordures visibles dans la campagne - Le chauffage déficient ou sous-dimensionné pour certains hébergements. - Le coût de la vie (voir plus haut)
Pour ceux qui voudraient voir quelques photos, cliquer sur ce lien qui pointe vers l’album. https://picasaweb.google.com/104736052213818628373/SicileFevrier2013?authuser=0&authkey=Gv1sRgCLzw49jjoaupwgE&feat=directlink
Budget total pour 2 personnes : 2517 € Avion Strasbourg-(Rome)-Catane (Air-France/Alitalia) AR : 468 € Transports sur place (bateaux, bus, location auto) : 237 € Hôtels /location (18 nuits) : 1004 € Restaurants et nourriture : 624 € Divers : 184 €
04/02 Atterrissage à Catane sous un ciel gris et chargé dans l’après-midi. A la sortie de l’aéroport, nous attendons pendant ¾ d’heure le bus de la Cie SAIS qui va nous emmener par l’autoroute jusqu’à Messine en 1h30 là, sur la même place, la correspondance avec le bus (Giuntabus) pour Milazzo se fait sans problème, nous attendons 30 mn et repartons pour Milazzo où nous arrivons 1h plus tard. Nous nous installons au B&B Rei Umberto à 10 minutes du port : excellente adresse, le patron est très accueillant, la chambre est d’une propreté méticuleuse avec tout le confort et un plus : un design très épuré et sobre de plus le petit déjeuner est très complet (qualité et quantité). 05/02 Beau temps et ciel bleu, nous prenons l’aliscafi qui part de Milazzo à 9h30 en direction de Vulcano et Lipari que nous atteignons 1h plus tard. Installation à la Résidence la Giara située tout près du port, une dizaine de beaux studios (avec cuisine) s’éparpillent autour d’un beau jardin et d’une piscine. Après le déjeuner pris sur notre terrasse au soleil, nous prenons le bus local pour le village de Quatropani situé sur l’autre côté de l’île face à Salina. De là nous partons à pied sur la route, heureusement très peu fréquentée à cette saison, en direction du village d’Acquacalda situé au bord de la mer sur la côte Nord. Le panorama sur les îles environnantes est magnifique puisque l’on voit successivement, Salina, Alicudi et Filicudi puis Panarea et Stromboli. En quittant Acquacalda, nous passons devant les mines d’obsidienne, puis devant les mines de pierre ponce inexploitées depuis l’inscription de l’île au patrimoine mondial de l’UNESCO il est vrai que le paysage minier est moins beau de ce côté, puis nous arrivons à Canneto, petite ville balnéaire lovée au bord d’un beau golfe, d’où nous reprenons le bus pour Lipari proche de 4 km, après 2h 30 de marche. 06/02 Temps gris, de gros nuages courent dans le ciel. Au port où nous sommes allés nous renseigner, le départ des aliscafi vers les autres îles est pour l’instant maintenu mais sans garantie pour le reste de la journée. Nous décidons d’aller jusqu’à l’île de Vulcano située tout près de Lipari. Nous partons à 9h15 et y sommes 15 mn plus tard. Nous quittons la petite ville de Vulcano encore endormie, et trouvons sans peine le chemin bien indiqué qui grimpe à gauche depuis la route principale vers le cratère. Il y a à peu près 300m de dénivelé pour atteindre la partie la plus basse du cratère et la montée est régulière et sans danger. Le vent s’est levé et souffle vers le N-E repoussant les fumerolles du cratère dans cette même direction. En évitant de se placer sous le vent, on peut approcher les fumerolles qui jaillissent de touts petits cratères jaunis et blanchis par les émanations de soufre à l’odeur caractéristique d’œufs pourris. Pour éviter toute intoxication, il nous faut ensuite les contourner en descendant un peu dans le cratère avant de remonter ensuite par un chemin en forte pente vers le bord le plus élevé du cratère d’où la vue sur les alentours et le volcan est magnifique. Nous redescendons vers le port et attendons le passage de l’aliscafi pour retourner sur Lipari. A cette saison l’île de Vulcano parait presque abandonnée avec toutes ces installations fermées : restaurants, hôtels, bars, villas etc. Nous retournons sur Lipari pour déjeuner puis décidons d’aller visiter le musée archéologique de Lipari, vu le temps maussade qui se maintient. Nous ne serons pas déçus mais bien au contraire émerveillés et surpris par la richesse de ce musée. Grâce à la situation géographique exceptionnelle de Lipari et à ses richesse naturelles (entre autres les mines de pierre ponce et d’obsidienne) l’ile a été occupée et convoitée depuis les temps les plus anciens. Il en est résulté une masse considérable d’objets qui s’échelonnent depuis le néolithique jusqu’à nos jours. De plus grâce au transport éolitithique, une masse considérable d’objets ont été concentrés et ensevelis par strates successives dans une zone géographique restreinte. Parmi toutes ces richesses, nous avons retenu une superbe collection de vases grecs de différentes époques et de lampes à huile, une autre collection étonnante de masques de théâtre grec, sans oublier les amphores récupérées dans la mer. Une autre partie du musée, tout aussi intéressante est consacrée à la vulcanologie. 07/12 Temps gris, nous partons nous promener en ville en poussant jusqu’au petit port de Marina Corta, c’est le port des pêcheurs de la ville et quel que soit le temps il y a toujours des pêcheurs en train de remailler leurs filets ou de parler de politique, surtout que nous sommes en période préélectorale en ce moment ici en Italie ! Vers 10h nous décidons de prendre le bus en direction du belvédère des Quattrocchi malgré une violente averse de grêle au moment du départ. Heureusement l’averse est de courte durée et quand nous arrivons au belvédère il fait de nouveau beau. La vue superbe embrasse toute la partie sud au-delà de Lipari, en direction des fariglioni (pitons rocheux dans la mer) et de Vulcano et vers l’Ouest en direction des îles Filicudi et Alicudi. Nous remontons à pied la route en direction de Piano Conte et prenons l’embranchement qui descend aux thermes de San Calogero par une belle route qui domine la mer et serpente entre les vergers, la vigne et les figuiers de barbarie. Retour par la même route pour reprendre le bus au belvédère de Quattrocchi. Dîner à l’excellent restaurant Il Filipino. 08/02 Les conditions météo ne s’améliorant pas nous annulons notre projet d’aller sur Stromboli pour partir d’abord sur l’île de Salina plus proche. Le problème de Stromboli est que l’on peut y rester bloqué pour plusieurs jours si de mauvaises conditions météo empêchent les hydroglisseurs d’accoster, risque que nous ne voulons pas prendre. Après avoir fait quelques courses alimentaires chez Pina, la sympathique épicière qui tient un commerce de produits locaux et de légumes dans la rue principale de Lipari, nous prenons l’aliscafi de 13h30 qui nous amène au port de Santa Marina à Salina en ½ heure. Ayant réservé un studio il y a plus d’un mois, nous sommes attendus et on nous emmène au studio situé au N-E de Santa Maria à 5mn du centre de la petite ville. C’est un petit appartement dans une villa à l’architecture typique des éoliennes avec cuisine, sdb et chambre à coucher, une grande terrasse couverte donne sur la mer et les îles de Stromboli et Panarea. Seul problème une clim réversible dans la chambre à coucher insuffisante pour réchauffer tout un appartement à cette saison où il fait encore bien froid, la preuve est qu’un beau tapis blanc d’un mélange de neige et de grêle a tapissé l’île le lendemain matin. La petite ville de Salina est toute petite et bien calme à cette saison. Heureusement que les commerces de base sont ouverts : superette, boulanger et boucher, pour nous permettre de faire nos courses. 09/02 Toujours le même temps incertain, pas suffisamment pour nous empêcher de partir à pied en direction du village de Lingua à la pointe Sud de l’île en empruntant la route. Ici aussi tout est fermé mais on imagine le monde et le bruit en haute saison. Balade le long de la lagune, une ancienne saline qui a donné le nom à cette île et retour vers Santa Marina en 40 mn environ. 10/02 « Bis repetitam » pour la météo, nous partons cette fois à pied en direction de la pointe nord, le Cap Faro d’où l’on voit bien les îles de Stromboli et Panarea, retour sous une pluie battante. 11/02 Enfin du soleil, nous prenons le bus pour le village de Pollara, là où a été tourné le film « le facteur ». Le bus nous laisse dans le bas du village, il ne nous reste plus qu’à remonter du fond du cratère où sont éparpillées les maisons du village vers le col puis de redescendre vers le village de Malfa pour y reprendre le bus (2h). Le paysage est très beau et sauvage avec ce relief volcanique très marqué et la vue depuis la route sur la campagne environnante est magnifique. Nous reprenons l’aliscafi pour Lipari. Le soir nous assisterons au défilé de carnaval avec de très beaux chars bien décorés, illuminés et sonorisés, entourés d’une foule de « lipariotes » en goguette, dansant et chantant, très bonne ambiance. 12/02 Retour sur Milazzo, balade vers le château et dans la vieille ville bon dîner chez « Casalingua » 13/02 Nous devons retrouver nos amis Marie-Claire et Daniel à l’aéroport de Catane vers 15h Pour ce faire nous prenons comme à l’aller mais en sens inverse le bus de Milazzo à Messine puis Messine à l’aéroport de Catan. En attendant l’atterrissage de l’avion nous allons régler les papiers pour la voiture de location. ½ h plus tard nous partons tous les 4 en direction de Syracuse sous un beau soleil. Nous avons réservé 2 chambres à l’hôtel « Villa dei Papiri » situé dans un superbe domaine à la campagne à 7 km de Syracuse, difficile à atteindre sans mon GPS. Bel endroit entouré d’orangers, de citronniers avec des chambres meublées de style rustique mais avec tout le confort. Les chambres groupées par quatre dans de petits bâtiments sont éparpillées dans le grand terrain qui entoure la maison de maître qui sert de salle à manger. Nous partons découvrir Ortygia, le vieux Syracuse qui occupe la péninsule. C’est un mélange de vieux palais et d’églises pas tous en très bon état et de ruelles plutôt miteuses en dehors des endroits très touristiques comme la piazza del Duomo. Nous dînons dans une trattoria populaire « Mariano » qui a du succès pour l abondance et la qualités des plats et qu’affectionnent aussi les locaux, prix doux surtout ici à Syracuse ville très touristique. 14/02 Somptueux petit déjeuner servi dans la grande maison de maître. Nous repartons pour Syracuse mais pour visiter d’abord le parc archéologique, autre visite incontournable de Syracuse. Le temps est superbe ce matin et le soleil met en valeur le magnifique théâtre grec et le parterre de fleurs jaunes qui tapissent le lieu. Nous passons ensuite aux carrières avec la fameuse « oreille de Denys ». Nous terminons par l’amphithéâtre romain. Retour à Ortygia pour compléter sous pluie et soleil la visite commencée hier soir. On en a retenu la belle place du Duomo, le Duomo lui-même avec le réemploi des anciennes colonnes du temple antique d’Athéna. Le soir dîner à la « Foglia » prix cher et portion congrue. 15/02 Beau ciel bleu, nous partons en direction de la ville de Noto, superbe ville baroque entièrement reconstruite à la suite du terrible tremblement de terre de 1693. A chaque coin de rue, une église ou un palais baroque de plus le soleil met en valeur la chaude couleur miel des pierres calcaires utilisées pour la construction. Pique-nique dans la campagne environnante sous le soleil. Nous enchaînons ensuite avec Modica également reconstruite après le tremblement de 1693, moins riche que Noto mais qui compense grâce à sa spécialité de chocolat artisanal, avis aux gourmands ! Nous continuons vers Raguse où nous nous installons à la Locanda Don Serafino en pleine vieille ville : rien à redire, c’est un **** obtenus à prix malin. Première balade dans la soirée dans Ragusa ibla (la ville basse), bien mise en valeur avec un éclairage adéquat qui sculpte bien les différents monuments. Excellent dîner au restaurant « Il Barocco », plats goûteux et très copieux. 16/02 Après le petit déjeuner buffet complet nous allons découvrir la ville entrevue hier soir. Il a plu toute la nuit mais le ciel s’éclaircit. Visite du Duomo, belle construction baroque aux belles proportions, on y accède en passant une très belle grille en fer forgé. Plus loin l’église San Giuseppe toute aussi belle et surtout remarquable par son intérieur de forme ovale. Nous avons ensuite la chance de pouvoir visiter le « Circolo de conversazione », palais privé réservé aux membres cotisants et dont plusieurs salles possèdent de très beaux plafonds peints. Nous terminons par le beau jardin qui offre une belle vue sur la campagne. L’après-midi nous allons visiter l’autre partie de la ville, Ragusa Alta, la rivale de Ragusa Ibla, pour ce faire il nous faut grimper les ruelles en escaliers pour arriver à la ville haute, un peu moins riche que la basse, on y trouve par contre des bâtiments de style mussolinien comme la Poste, assez caractéristique. Bon dîner à Ragusa Ibla au restaurant « Il giardino ». 17/02 Départ pour Caltagirone, connue pour les céramiques qui revêtent les 142 contremarches qui mènent à la Chiesa Santa Maria delle Scale. De part et d’autres de cette rue toute en escalier, les artisans vendeurs de céramique sont légion. Nous continuons vers Piazza Armerina, l’étape de ce soir, mais avant nous nous arrêtons pour revoir les magnifiques mosaïques romaines de la Villa Casale toute proche. Nous avions un souvenir mitigé des conditions de visite il y a 30 ans avec des groupes scolaires indisciplinés et excessivement bruyants. Là, un seul groupe d’adultes de 20 personnes et nous, autant dire quasiment seul pour un site de cette réputation, le pied ! 3500 m2 de mosaïques en excellent état, c’est exceptionnel. Retour à Piazza Armerina et installation en pleine nature à 1km du centre ville à l’hôtel Trigona qui appartient toujours à la famille du noble, bienfaiteur de la ville. Belle chambre, accueil très sympathique de la part des propriétaires, et très bon dîner de spécialités locales, le tout, chambre et repas pour un prix très doux. 18/02 Temps gris et pluvieux, nous allons néanmoins visiter la vieille ville de Piazza Armerina, avec comme toujours, églises et palais au programme. Enna que nous pensions également visiter est dans la purée de pois la plus totale, nous repartons par des petites routes à destination de Taormine en contournant l’Etna par l’Ouest. Les paysages sont très variés, passant de beaux vergers à des terres plus hostiles marquées par la lave et des terres noires où sont plantés des figuiers de barbarie. A certains endroits nous longeons de véritables déchetteries en plein air, des tas d’immondices trainent le long des routes, on se croirait à Naples au moment des grèves des éboueurs! l’Etna restera invisible toute la journée. Arrivée à la ville côtière de Giardini-Naxos, nous nous installons à l’hôtel « Cantone del faro », dans un environnement mitigé, coincé entre la gare, la mer et des constructions grises et inachevées. Dîner honnête dans une pizzeria sur le bord de mer. 19/02 Nous montons à Taormine et nous nous garons dans le silo à l‘entrée (attention tarif élevé : 8€ pour 3h) mais avons-nous vraiment le choix ? nous débutons la visite par la rue principale dévolue au « big business », donc magasins de luxe, de souvenirs avec des articles kischissimes, restaurants, bars, hôtels, etc. Heureusement il y a quelques beaux monuments, palais, églises et quelques places agréables pour compenser, mais c’est surtout la vue magnifique qui a fait la réputation de Taormine et son splendide théâtre grec dont les gradins sont tournés vers la mer et l’Etna (bien ennuagé ce matin). Nous quittons Taormine pour aller pas très loin d’ici à Fiumefreddo où nous avons réservé des chambres dans un hôtel situé dans un grand verger d’agrumes et de serres consacrées à l’horticulture : Ficus, Strelitzia, Bougainvillées etc. Nous en profitons pour visiter l’exploitation et faire le plein d’agrumes, c’est gratuit, les prix sont tellement bas que les fruits ne sont plus ramassés nous confie le gérant !!! Une petite éclaircie nous pousse à aller voir l’Etna de plus près en empruntant la route qui mène jusqu’au refuge Provenzana. Après avoir émergé de la brume, la route s’élève dans un paysage blanc de neige et nous pouvons enfin voir l’Etna et son panache de fumée. Il fait bien froid ici à 1800m d’altitude. En redescendant en direction de la ville de Giara nous commençons à rouler sur un léger tapis de cendres qui va un plus loin se transformer en un vrai tapis noir de scories que les gens un peu partout balaient. Tout est recouvert de noir ! Il s’agit de la zone sur laquelle les vents dominants ont soufflé de grosses quantités de scories crachées par le volcan, ça fait bizarre ! 20/02 Au moment du petit déjeuner, on nous apprend que l’Etna cette nuit à violemment craché du feu, si on avait su… Nous quittons Fiumefreddo pour notre dernière étape à Nicolosi. Nous ferons un crochet pour aller voir les petites villes situées sur la cote comme Acireale, Aci Castello et Aci Trezza. Accueil très convivial d’Angela la propriétaire du B&B Etna House à Nicolosi. Le temps n’étant pas trop défavorable nous décidons de monter vers l’Etna par la route qui mène au refuge Sapienza et effectivement même si la météo n’est pas au top nous voyons bien l’Etna et les gros nuages de fumée blanche (aurions-nous un nouveau Pape ?) qu’il rejette. Tout autour de nous la neige a recouvert la quasi-totalité des environs, il fait 1°. L’immense parking est vide et les « marchands du temple » sont aux abonnés absents, ils reviendront dès que la saison aura démarré. Retour à Nicolosi. 21/02 Somptueux petit déjeuner préparé par Angela, tant en qualité qu’en quantité. Dernier jour consacré à la visite de Catane. Nous descendons vers le centre ville et allons nous garer dans un parking gardé près de la place Stesicoro. Catane nous a réservé une belle surprise dans la mesure où ne nous attendions pas à voir d’aussi beaux monuments comme le très beau théâtre grec, le château d’Ursino, la très belle église Saint Agathe du monastère, œuvre majeure de Vaccarini, les bâtiments de l’université dont le superbe monastère baroque des Bénédictins et l’étrange église inachevée San Nicolo d’Arena. Nous n’avons pas non plus manqué le très vivant marché aux poissons. Pour reposer nos pieds malmenés par plusieurs heures de déambulation nous nous arrêterons dans une pâtisserie pour déguster des cassatas, friandises incontournables de la Sicile. Puis c’est la remontée en voiture vers Nicolosi qui s’avère périlleuse à la suite d’un orage violent qui s’abat sur la ville au même moment. Nous roulons dans des rues et routes transformées en rivières bouillonnantes, de plus nous sommes à contre courant remontant des rivières qui coulent avec violence dans le sens de la pente. Un peu partout des voitures en panne arrêtées en plein milieu de la chaussée rendent encore plus difficile une conduite déjà suffisamment problématique. Ce n’est qu’en arrivant à Nicolosi, 9 km plus haut que la situation se calme. Nous verrons le soir même à la télévision italienne des images impressionnantes de ces inondations dans le bas de la ville. Excellent dîner dédié aux champignons au restaurant Nuevo Tukano. 22/02 Départ de l’aéroport de Catane pour Rome et Strasbourg dans la matinée, un superbe soleil éclaire l’Etna complètement dégagé ce matin, on reviendra… Remarques Budget : l’Italie reste un pays cher même si le coût de l’hébergement en basse saison permet de faire quelques économies. Les trajets en hydroglisseurs sont également assez élevés (120 € à deux pour notre périple dans les trois îles au départ de Milazzo). Dans les restaurants, l’addition monte vite si on choisit du vin en bouteille dep lus les couverts et le pain sont payants .Les denrées alimentaires achetées en superette sont aussi chères que chez nous, même quand il s’agit de produits frais cultivés sur place. Pour les conducteurs français, intégrer le fait que le conducteur sicilien interprète les règles du code de la route à sa façon: - ligne blanche = on peut doubler sans problème - Limitation de vitesse = invisible aux yeux des Siciliens - Les emplacements de parking = la seule façon pour les Siciliens de se garer est de se mettre en épi sur des emplacements non prévus avec comme résultat d’empiéter et sur la chaussée et de bloquer le passage des piétons sur le trottoir. - Le panneau stop = si la manœuvre pour forcer le passage échoue, alors seulement on accepte de stopper. On a bien aimé : - la cuisine sicilienne savoureuse et parfumée - les Siciliens ouverts et attentionnés - L’île de Lipari, le village de Pollara, le parc archéologique de Syracuse, la ville de Noto et de Raguse (Ragusa Ibla), les mosaïques de la Villa Casale, le théâtre de Taormine, l’Etna et Catane. On a moins aimé : - Le climat de ce mois de février (pluvieux, froid et humide) Quelques rares journées ensoleillées. - Les tas d’ordures visibles dans la campagne - Le chauffage déficient ou sous-dimensionné pour certains hébergements. - Le coût de la vie (voir plus haut)
Pour ceux qui voudraient voir quelques photos, cliquer sur ce lien qui pointe vers l’album. https://picasaweb.google.com/104736052213818628373/SicileFevrier2013?authuser=0&authkey=Gv1sRgCLzw49jjoaupwgE&feat=directlink
Salut!!l'objet de vos rêves, est un objet que vous-avez acheté a l'étranger a lors de l'un de de vos voyages, un objet qui a une valeur inestimable a vos yeux( qui n'a rien a voir avec l'argent), un objet qui vous fait replonger a l'intérieur de vos souvenirs les plus lointain, un objet qui incite a la rêverie...quel est cet objet qui vous rapelle l'exaltation de votre dernier voyage????
Freiheit!!
Freiheit!!
PROLOGUE
Cinquante mâles indiens debout, à deux mètres, les yeux fixés sur nous. Nous, c’est deux jolies filles bien blanches assises par terre contre les sacs au bord de la route, et moi. Et puis un croisement, un ou deux bouibouis crasseux, quelques cactus et le désert à perte de vue. Silence. Une boutade en ourdou laisse éclater de rire tous les joyeux compères indiens, musulmans et camionneurs. Rien que ça. Bon alors, qu’est ce qui s’est passé ? Qu’est ce que je fous là ? Je me lève. On fait moins les malins, bande de nains. Mais ils sont beaucoup quand même. Je pars. Verrai ce qui se passera avec les filles. Vais au bouiboui boire un tchaï, un thé au lait avec des épices. Jette un œil de côté pour regarder ce rare spectacle : une bande de frustrés, et sûrement puceaux la plupart, avec deux Occidentales – et leur triste réputation, nous y reviendrons – perdues dans le désert. Le cercle se resserre autour des filles. Se resserre encore. Bientôt, elles disparaîtront. M’en fous un peu. Les connais à peine. Je ne les vois plus. Un instant. Un instant seulement avant un cri très fort. Un cri de femme, strident, enragé. Un cri terrible. Et, comme un départ de course : une bande de trous du cul qui se sauve en courant dans tous les sens. Une des filles s’est levée. C’est elle qui a crié. Un des mâles a osé toucher ses cheveux, elle lui a mis une grosse tarte dans la gueule. Du moins, elle aurait bien voulu mais ils sont partis trop vite. Au loin, ils rient. Ils pleurent de rire même car ils ont eu peur ces nigauds. C’est les nerfs en quelque sorte. Ils restent à distance maintenant. À dix mètres, le cercle se reforme. Ils attendent. Les filles n’ont pas l’air angoissé. Juste méfiantes. Le gars du bouiboui parle quelques mots d’anglais. On rigole ensemble de la situation. Cinq mètres, le cercle se rapproche. Ça va recommencer. Mais là, ça va m’agacer, je vais y aller ! J’y vais. Trop tard. Le bus arrive en klaxonnant. Il n’y a plus de place dedans. Monte sur le toit. Démarre. C’est parti ! Mais où on va au fait ?
« La vérité, c’est qu’on ne sait nommer ce qui nous pousse. Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. Un voyage se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait… »
Nicolas Bouvier
Les Saints de Glace
Premiers jours de mai 2004, à la gare de Poitiers. Par la fenêtre de la micheline, quelques amis et famille nous font coucou tristement. Il fait beau et chaud même si mamie a dit que les Saints de glace n’étaient pas encore passés. C’est quoi les Saints de glace ? Trop tard pour lui demander. Limoges… Déjà perdus ! Dans l’allée du bus, le sac ne passe pas. Obligés de rester debout. L’impression d’être regardés… Peut-être trompés de bus… Où est la carte ? On descend à Ambazac. À la sortie du village, devant notre pouce tendu, une voiture s’arrête, toute petite et déjà surchargée. Le monsieur tasse nos sacs dans le coffre. Ça ne ferme pas, forcément, alors il force, il force et le pare brise se bombe dangereusement. La femme crie : « Arrête, tu vas tout casser ». Le coffre restera ouvert. Merci messieurs-dames, on descend là. Si, si c’est là, merci beaucoup. Saint-Laurent-les-Églises, hameau de quelques vieilles âmes. Pourquoi là ? Le petit trait rouge, tu le vois. Ça veut dire que c’est le bon chemin. Celui qui traverse la France de la côte Atlantique à l’Italie. Le Gr4. Il passe ici. Et on va par là. Vers le sud. Par contre, aide-moi à mettre le sac sur mon dos parce que, là, je vais me casser les reins autrement. Et nous voilà qu’on disparaît derrière les arbres et les collines avec nos petites jambes, bien décidés à ne jamais s’arrêter avant d’être loin. Très loin. Peut-être pas, remarque. Mais peut être que si, quand même, enfin on verra bien ! Nous, c’est Daoud et moi, deux jeunes de 25 ans, un peu perdus sans doute, sans trop d’ambitions non plus, à part foutre le camp. Quitter le travail, les appartements, les amis, la famille et puis tout le reste. Tout. On part à l’aventure. Par les chemins de randonnée pour quitter la France. À l’étranger, on verra. Déjà, il faut partir, prendre la route. Ne pas réfléchir. Un voyage se passe de motif comme on l’a lu plus haut. On aura au moins fait ça dans notre vie. On aura voyagé, on aura été libre… Avant la nuit, un petit coin pour camper se présente. Ça ne manque pas dans cette campagne. Petit feu dans la nature. Petite soirée dans la brise légère. Temps clair et doux, parfait en toile de tente. Nous voilà heureux. Le lendemain est pluvieux et froid. Sans nous décourager, nous marchons à travers les forêts, les collines, les villages. – Eh, Daoud, ça va pas là, c’est dur, j’ai mal, je suis mort. C’est fatigant de marcher. On aurait pu prendre un vélo ou un cheval ou même un âne, quelque chose quoi. Parce que rien que la France, il y a au moins, pouf, tout ça quoi ! – T’occupe pas de la marque du vélo, pédale, il m’dit. Et avec le sourire. Les épaules lacérées. La sueur salée qui pique les yeux et qui coule sous le k-way glacé. Les chaussures qui se font aux pieds. Les pieds qui se font aux chaussures. Je ne sais pas mais ça fait mal. À midi, nous dégustons un sandwich rillettes dans une cave où pourrissent des navets en décomposition. Le seul endroit où il ne pleut pas. Les mains fermées sur notre petite tasse de thé brûlante, nous ne rigolons plus. Très vite, la sueur refroidit sous les vêtements et nous devons repartir. Le soir, le vent se lève, le froid devient glacial. Nous grelottons dans la fumée du feu puis dans notre duvet d’été où le vent s’engouffre ! Des frissons me remontent des orteils jusqu’aux cheveux par vagues. Mourir de froid doit être la chose la plus atroce. Mais je suis si fatigué que je finis par m’endormir. Dans la nuit, le froid s’empare de moi et me fait délirer. Je mêle mes cris à ceux de la forêt, et à celui sinistre, du vent dans la toile de tente. Tôt le matin, je me lève pour remuer mes membres gelés. Il a neigé. Dis-moi Daoud, les Saints de glace, ce ne serait pas une période de… Il est déjà parti. Le chemin est une ornière pleine d’eau, de boue et de glaise. Il monte. Chaque pas est un effort. Le souffle est court. Courbé sous mon sac, je n’apprécie guère le paysage. Je m’entends pousser des petits gémissements. Comment puis-je résister encore ? Chaque seconde, je rêve de balancer mon sac dans le fossé. Et dire que c’était mon idée... Enfin, nous débouchons dans un petit village. Dormir abrités ce soir. C’est tout ce que nous voulons. Prendre une douche. Jeter les sacs. Mais il n’y a rien dans ce village. On nous dit de marcher encore jusqu’à une ferme à 1 ou 2 kilomètres. Peut-être pourra-t-on nous accueillir… À la ferme, les chiens nous accueillent, en effet ! Le paysan nous dit que ce n’est pas possible chez lui. On insiste un peu. On veut juste une grange, un coin de paille, à l’abri du vent et de la pluie. Mais c’est « Non. » « Allez plus haut, à 1 ou 2 kilomètres, il y a une famille qui prend des gens comme vous. » Des gens comme nous ! Ça veut dire quoi, des gens comme nous ?À bout de force et de patience, nous arrivons devant une petite maison. Nous n’espérons plus. Et pourtant, ici commence la série des gens qui nous ont aidés, motivés, offert. Une douche chaude, un lit. « Prenez cette petite bouteille de vin, ça vous réchauffera. » C’est incroyable, quand on est à bout, le plaisir que ça fait de recevoir la moindre chose. Comme cette petite boulangère qui est sortie de son magasin quand elle nous a vu passer pour nous donner des gâteaux. Ou cette petite mamie en pleine campagne à qui l’on demandait de l’eau et qui nous a donné des œufs « Vaut mieux ça que faire la drogue, » elle a ajouté… Malgré ces encouragements, quelques jours plus tard, je suis dans un lit à Clermont Ferrand sans plus pouvoir bouger. Le moral a tenu mais pas le physique. Un tendon a dit le docteur, il faut vous reposer. Agacé d’être déjà arrêté, je voudrais repartir de suite. Dans ce lit, j’ai l’impression de perdre mon temps. Mais cela se dissipe très vite. Nous réalisons peu à peu que nous sommes libres. Pas pressés. Pas comme les vacances où, chaque année, chacun s’arrange pour quelles soient parfaitement organisées afin de ne pas perdre un temps précieux. Nous, on peut rester là autant qu’on veut, se détendre, penser, rêver, manger tout doucement, apprendre à vivre sans stress, apprendre à vivre sans travailler, sans rien faire ! On se laisse vite aller à ce genre de chose et au cours du voyage, je crois que nous sommes devenus professionnels. Daoud a même dit une fois : « Quand on en a marre de rien foutre quelque part, on prend le train et on va rien foutre ailleurs ! » Se promener, observer, discuter avec les gens. Prendre son temps pour chaque chose que l’on fait. Calme, Shanti Shanti disent les Indiens ! Bref, on commence à s’apaiser et profiter de notre temps à Clermont une semaine après la démission.
Une fois soignés, nous vidons nos sacs beaucoup trop lourds pour ne garder que le nécessaire et repartons sous le soleil de mi-mai. Avec entrain mais est-ce la peine de le dire ! L’aventure nous appelle. Passons le Puy de Dôme, pas très joli avec sa grosse antenne au sommet, ses parkings payants à l’entrée et son bus pour prendre la route goudronnée qui y mène. Puis aux pieds d’autres volcans plus sauvages pour finalement passer la nuit sous l’un d’eux : celui de la Vache. Quelques jours plus tard et surtout après quelques dizaines de kilomètres de marche, nous arrivons au Puy de Sancy. L’ascension s’effectue tranquillement. On suit la crête. Pas de problème. Le vent, la neige, le ciel bleu. Et puis, on se perd. Plus de huit heures de marche. Pas de trace du chemin. Plus d’eau. Nous vagabondons dans la neige, les ruisseaux gelés, le vent très fort et la fatigue. Glisser, trébucher, marcher encore, remonter pour passer un ravin. Dur. La soif serre la gorge. Nous commençons à sucer la glace mais craignons pour notre ventre. Nous sommes des citadins fragiles. Dix heures de marche. Cette fois, la soif est la plus forte, nous nous jetons dans le ruisseau. Le vent nous a asséché la gorge toute la journée avec son pote le soleil. Mais déjà ça va mieux. Il va bientôt faire nuit, pourquoi ne pas camper là ? Le vent ne veut pas, il emporte la tente. Marcher encore. Enfin, un petit bois. Ce sera là. La tempête fait rage. Les ombres des branches s’agitent sur la toile comme des marionnettes lugubres. Le sommeil est plus fort. Les jours suivants, nous ne bougeons pas, brûlant le bois que le vent a fait descendre des arbres autour de nous, lavant notre linge et nos fesses dans le ruisseau gelé, crapahutant jusqu’à un village à travers ravins et forêts pour trouver une miche de pain. Puis repartons ragaillardis vers le Cantal. Hauts plateaux herbeux. Chemins bordés de calcaire. Traverser des réserves naturelles, zones protégées d’oiseaux, nez à nez avec un taureau et vaches dix fois plus nombreuses que les habitants. D’habitant, on en rencontre un. Un beau, un jeune. Il ramasse des pissenlits, dans son panier, avec ses bottes, une grande culotte bleue, des bretelles sur sa chemise à grands carreaux et une jolie casquette jaune. On lui demande pour quoi faire. « Bah pour faire de l’avèze ! », il répond avec son superbe accent. Mais comme on le regarde bêtement et qu’on répète « De la quoi ? » il comprend que ces gens-là ne connaissent pas l’avèze, alors il explique. « De l’alcool, c’est. Juste les têtes qu’il faut pour faire l’avèze et il en faut beaucoup des têtes. Même que ça se vend un euro le kilo ! » On en prend quelques-unes pour soupeser, c’est plus léger qu’une plume, un pissenlit. Puis on regarde autour de nous, les champs pleins de pissenlits, jaunes sur des kilomètres : une fortune ! « Salut mon gars, bonne continuation. » « Bien le bonjour chez vous, monsieur-dame. » Des pâtures, des vaches, des collines, du soleil et des chiens. Des chiens qui viennent nous agresser au milieu de nulle part. Qui nous suivent sur des centaines de mètres, qui se relaient. Puis encore quelques villages bien perdus. Une maison de retraite d’où tout le monde descend nous encourager. Un camping où nous prenons enfin une douche, lavons notre linge et d’où repartons sans avoir vu personne. Une préfecture de département, St-Flour, sans connexion internet. Le Cantal…
Fin d’après-midi, on se pose dans un coin agréable. En cinq minutes, la tente est montée. Détente. Allongés dans l’herbe, on lit, on grignote, on discute. Nos pieds se reposent. Ils ne nous font plus vraiment mal maintenant. On a de la corne. Au repas, légumes frais, bon pain et véritable fromage. En dessert, l’incontournable thé avec son carré de chocolat... Quatre semaines que nous sommes partis. J’en ai rien vu. Les vacances sur une année de travail. J’y pense. C’est bien trop peu à mon goût. Alors que nous… Quelle vie tout de même. Se promener tranquillement dans les montagnes, rencontrer des gens, visiter les villes et les campagnes de notre joli pays. Ça me plaît. Dire qu’on peut passer à côté de ça. J’ai oublié de pointer ce matin. Faut que j’explique à mon chef. Déjà que je suis arrivé en retard deux fois cette semaine. La nuit est tombée. Le ciel se couvre. Bientôt, de grosses gouttes tombent comme des cailloux sur la toile. L’orage est sur nous. Bien longtemps que je n’avais vu un tel orage. Enfin, peut-être n’y en a-t-il plus d’assez conséquents pour nous affoler comme je le suis à présent, dans les lumières et le bruit incessant de nos villes et derrière nos volets clos. C’est violent un orage quand on est dessous. Ça fait peur. La toile ridicule chavire sous les rafales. Le tonnerre en dolby stéréo. L’eau qui rentre à l’intérieur. Vite, une gamelle. On n’en a qu’une. Tout est déjà trempé. Nous écoutons, bien au fond du duvet, mêlant flashes du tonnerre et images de nos journées. Le téléphone sonne. « Nico, ton téléphone sonne. » « Ah, oui, c’est vrai, je croyais que c’était dans mon rêve. » Toujours au meilleur moment du film. « Allo ? » De la musique à fond, puis les voix déformées et alcooliques de quelques amis. Ils chantent : « Niiico reviens, Niiico reviens, Nico reviens parmi les tiens ». Je raccroche soudain. J’étais au bout du monde bravant la tempête et le tonnerre et je me retrouve au bout du fil à seulement 3 heures en voiture de chez moi, dans un champ de vaches entre deux collines tout ce qu’il y a de commun. Contrarié, je me recouche mais les fées sont parties. Un sentiment d’orgueil s’empare alors de moi recouvrant définitivement celui de la mélancolie. Nous voilà partis pour de bon et, au bout de quelques semaines seulement, j’ai l’impression d’être loin et surtout de n’être déjà plus le même. Mes amis vont continuer leur vie habituelle. Pour nous qui sommes partis, qui sommes seuls, tout va changer car tout est déjà différent, dans nos silences, les silences de la nature, le silence des nuits, la longue traversée, cette longue traversée de nous-mêmes…
De bonheur ce matin
À la fin du mois, nous sommes dans le plus reculé des chalets d’un hameau des Alpes de Haute-Provence. Une ancienne cabane de chasse, aménagée avec goût par un jeune menuisier, cachée derrière des haies de chênes verts, dans une douce prairie où quelques gros rochers polis cohabitent avec des terriers de fouines. Nous sommes chez mon frère. Le temps ici s’écoule comme nulle part ailleurs. On y est bien. Indéfinissable. Les fleurs sauvages, aromates, thym, basilic, parfument les alentours. Les papillons les caressent sans bruit. Le hamac nous tend ses draps. Le soleil lèche la maisonnette. Dans la salle d’eau, on est pris de vertige. Vue plongeante sur toute la vallée. Sur les lumières scintillantes de la ville au loin. Tout est paisible. Un silence : celui du chant des grillons, des oiseaux. Un peu plus loin, le meuglement d’une vache, l’aboiement d’un chien. Sur la table de jardin, un noyer métisse la peau. On ne bouge plus. Le temps devrait s’arrêter maintenant, enveloppés comme nous sommes dans une atmosphère idyllique à l’abri de l’agitation du monde. Notre situation à ce moment-là y est sans doute pour beaucoup : derrière nous, débute notre prochaine étape. Les Alpes. Rien que ça ! Avec nos petits mollets. La tente plantée de nouveau chaque soir. Les sacs refaits au matin. La privation. Voilà pourquoi nous apprécions tant ce petit confort après ce mois passé à gambader gaiement à travers nos départements les plus reculés, la campagne, le silence. Ici, musique maestro, le barbecue frétille, le coucher de soleil sur la vallée rougit tranquillement, Daoud nous prépare une petite marinade, le rosé est au frais, le rouge débouché, il ne manque plus que les invités du soir, à savoir mon petit frère retrouvé, accompagné des quelques voisins, choisis comme des perles et qui se reconnaîtront comme étant les irréductibles du Villard des Dourbes !
Deux semaines plus tard, nous serpentons sur le chemin en lacets qui monte vers les falaises. Arrivés en haut, nous jetons un dernier coup d’œil sur le village avant de lui tourner le dos. La fameuse barre des Dourbes s’est laissée franchir sans effort insurmontable. Nous n’en revenons pas. Ce devait être si difficile, après en avoir tant parlé pendant ces deux semaines passées avec nos amis. Cette muraille dite infranchissable ! Maintenant que nous y sommes, elle apparaît dans le paysage comme une légère barrière. Derrière elle, la vue s’ouvre sur tous ces sommets bien plus immenses et que nous espérons pourtant passer ! Simplement un pied devant l’autre…
Les jours suivants, villages et vallées se laissent dépasser avant d’arriver près du parc national du Mercantour dans la petite ville d’Allos au pied du Mont Pelât. Campons au bord d’un joli torrent. L’herbe est fine et douce. Un écureuil hésite à descendre nous saluer. Les flammes montent droites vers les étoiles. Je suis appuyé sur mon sac pour vous écrire. Je digère une grosse caillette du village accompagnée par une véritable tomme de vache qui m’emplit le palais de saveur. La bouteille de rouge aurait été la bienvenue mais on ne peut jamais tout avoir… J’aimerais décrire ce qui nous entoure : les courbes du torrent, sa musique, l’horizon rougi et arrêté par les crêtes et les pics majestueux, la fraîcheur d’un soir de montagne, l’odeur du bois de mélèze qui me chauffe le visage, nos mots qui se perdent dans la nuit. Je repense à ma mère, à sa question stupide « Le travail ne vous manque-t-il pas ? » Maman, comment te dire ? Si toute la vie pouvait être ainsi, je ne suis pas sûr de m’en lasser de sitôt. Si tu pouvais connaître cette sensation de liberté que j’ai à cet instant en t’écrivant. Chaque jour, les paysages changent, chaque jour, je fais du sport, chaque jour, après de tels efforts, j’apprécie de manger, de boire de l’eau pure des torrents sans goût de calcaire et de chlore. Nous avons déjà rencontré quelques personnes dignes de rester dans nos souvenirs et chaque matin, nous pouvons encore, grâce à ce destin que l’on force en voyageant, rencontrer de nouvelles personnes et changer peut être, d’une parole, notre vie entière. Non, maman, le travail ne me manque pas ! Pointer à l’usine et rentrer le soir venu pour me mettre devant la télé, merci. Ici, mon jardin est immense avec un torrent d’eau pure devant moi. Je vois chaque matin le soleil se lever, je marche dans le vent frais et parfumé des hauts plateaux et au-delà de notre fine toile de tente, c’est notre toit d’étoile !
Quatre heures d’ascension sans arrêt notoire et 800 mètres de dénivelé enfilés. Nous sommes de vrais montagnards. Le temps se gâte et c’est dommage car nous suivons un torrent, le Chadoulin, jusqu’à sa source et ce n’est qu’une succession de cascades. Nous trouvons aussi de nombreuses marmottes et de jolies fleurs de montagne… Juste avant d’arriver au lac, un grand parking bondé de voitures. Sommes-nous les seuls à être montés à pied ? Derrière les vitres du restaurant refuge, les bouches engloutissent les fourchettes, les cravates des serveuses équilibrent leur course entre les tables. Il est quatorze heures. Le prix du menu au restaurant équivaut à une semaine de notre budget. Nous pique-niquons dans nos ponchos sur un rocher entouré de falaises enneigées qui tombent dans l’eau glaciale. Le ciel est noir. Il fait froid. Bientôt il se remet à pleuvoir. Quand nous demandons où mettre notre petite poubelle, le monsieur nous répond « Chacun se retourne avec… » La pluie tombe drue. Les gens courent jusqu’à leur voiture et partent. Les lits en dortoir du refuge coûtent 26 € par personne et sont complets. Tout ça est écœurant. Il est quinze heures trente, nous pouvons atteindre le col en deux heures, plus deux heures pour redescendre de l’autre côté si tout va bien. Ça nous paraît beaucoup, après les quatre heures de ce matin, et peu sûr, mais nous voulons quitter ce lac, ce refuge, et retrouver la paix. Après vingt minutes de marche, la forêt s’éclaircit sur de hauts pâturages gorgés de ruisseaux et de marmottes. Il n’y a personne. Le temps est toujours menaçant. La pluie s’abat autour, sur le sommet des montagnes, sur le Pelât qui porte bien son nom. Devant nous, un peu plus loin, nos premiers chamois. Courbés pour ne pas être vus, nous retirons les sacs et sortons l’appareil photo en rampant dans l’herbe trempée pour s’approcher. Mais, c’est sans compter sur les marmottes qui, nous ayant repérés, crient pour donner l’alerte. Les chamois s’écartent tranquillement en restant sur leur garde. Une ou deux photos trop lointaines et les voilà disparus. C’est décidé, nous campons dans ces pâturages et profitons du temps qui nous reste avant la nuit pour nous promener sans les sacs et qui sait, avoir la chance de les apercevoir de nouveau. Après une heure de promenade dans les alentours, nous les repérons enfin. Un groupe d’une trentaine de chamois avec les petits, plus haut, à flanc de montagne. Avec Daoud, nous sommes à une cinquantaine de mètres l’un de l’autre, allongés dans l’herbe juste au-dessous des animaux. Encore une fois, ce sont les marmottes qui nous repèrent, mais le troupeau ne fuit pas, trouvant sans doute l’alerte exagérée. Les chamois ne nous voient pas en effet mais restent méfiants. Nous rampons doucement, cachés par les quelques buissons encore présents à cette hauteur. Je me trouve à environ vingt mètres des premiers chamois. Daoud, plus bas, ne peut pas s’approcher davantage sans être vu. Dommage ! C’est lui qui a l’appareil photo. Je suis couché derrière un arbre mort dans un tas de cailloux. En les observant, je retire de mes mains les épines de chardons qui étaient dissimulés dans l’herbe. Un vieux chamois sort du groupe et vient se poster juste au-dessus de moi. Je suis grillé mais il ne s’enfuit pas. Il ressemble à un chevreuil trapu avec un pelage plus épais et parsemé de poils blancs. Il m’observe sans bouger une ou deux minutes. Je ne bouge pas et ne baisse pas non plus le regard. Puis il se remet à brouter, me gardant à l’œil, prêt à fuir au moindre de mes mouvements, emportant le troupeau avec lui. Daoud est toujours étendu plus bas, n’osant plus bouger lui non plus, devant ce spectacle peu commun pour nous. Essayons de reconnaître les mâles, les femelles, compter les petits, voir comment ils se déplacent… Le temps passe. Agenouillé sur les rochers, j’ai des courbatures. C’est vrai qu’on est mieux dans son fauteuil devant un reportage mais il y a un petit quelque chose de plus dans la réalité, même si ce ne sont que des chamois, même si le mieux serait de les laisser tranquille. Enfin, ma patience a des limites. Trop courtes sans doute. Il faut que je bouge, quitte à ce qu’ils fuient. Je sors donc de ma planque. Tous me regardent une dernière fois avant de partir à travers les rochers escarpés. Allons faire de jolis rêves de Bambi et j’espère bien aussi, de Blanche Neige.
À l’aube, nous replions la tente et nous engageons sur le sentier du col le sac de nouveau sur le dos. Le ciel a ce bleu si particulier après que la pluie en a emporté les impuretés. À flanc de montagne, des plaques de glace – les névés – coupent la piste et vont s’écraser plus bas sur les rochers. Mieux vaut ne pas penser au pire, garder son calme, son sang-froid et se concentrer sur l’équilibre en enfonçant au mieux, dans la glace, chacun de ses pas… Je passe. Daoud, au milieu du névé, panique. Ses jambes tremblent. Je lui lance un bout de bois qui ne s’enfonce même pas dans la glace mais ça lui permet de retrouver son calme, un semblant d’équilibre et il y arrive lui aussi. Plus loin, un lac entièrement glacé recouvert de neige et une paroi abrupte à son pied. Où va le chemin ? Il semble contourner la paroi et passer au sommet. Pas la peine d’y penser. On ne peut pas continuer. Trop dangereux. Mais en s’approchant, on trouve une issue plus propice. Nous sommes au col. Pas grand-chose en vérité. 2687 mètres. Mais mi-juin, la neige est encore immaculée et la vue de cette hauteur sur les montagnes éclaboussées de soleil est inoubliable. Daoud veut faire sa grosse commission. L’émotion sans doute. Et le voilà qui s’y met bien au milieu du col. Elle n’est pas prête de dégeler celle-là ! Enfin, ça va mieux. Mais comment on fait pour descendre ? Sur le versant nord, là où nous allons, la glace recouverte de neige s’étend à perte de vue jusqu’au refuge aperçu au fond de la vallée. Il nous faudrait des pointes sous nos chaussures mais nous n’avons rien, pas même un bâton. Moi, je tenterais bien la descente sur le cul. Normalement, il n’y a rien à craindre. Ça fait une jolie courbe tout en bas et ensuite c’est moins pentu. Allez, je tente. Ça accélère sévèrement. C’est le poids du sac. J’en perds mon chapeau. Mais en bas, je m’arrête finalement comme prévu avec une ou deux roulades. Je suis trempé mais c’était bien rigolo. Daoud me rejoint. Allez, on s’en refait une ! Plus loin, le vent apporte une odeur qui me frappe. Je la connais. C’est un mélange de printemps, de roches, de fleurs et de neige, dont je me suis imprégné gamin, en colonie ! C’est la première fois que je ressens cette fabuleuse impression : ce souvenir d’une odeur si particulière, presque dix ans plus tard. Combien de temps une odeur peut-elle ainsi rester gravée dans la mémoire ? J’espère toute la vie. Col de l’Arche
Nous sommes là, dans ce village où il n’y a rien. Nous attendons, de dix à douze – les horaires d’ouverture de la poste – de recevoir la carte mémoire de l’appareil photo. Ça n’arrive pas. Faudra trouver une autre organisation. Est-ce que le courrier arrive ici avec dix jours de retard à cause de l’altitude ? Posés comme des vagabonds dans un champ de vaches, en bas du village, depuis deux jours, on attend. Le torrent roule près de nous ses galets. Imperturbable. A quelques centaines de mètres, la frontière italienne... En stop, nous rejoignons Cuneo à environ 100 km. C’est la première fois que je vais en Italie. Je ne comprends rien à la langue mais cette petite virée nous donne confiance en l’avenir. Les pays étrangers n’ont rien de plus compliqué : arrivés dans une ville, direction l’office de tourisme pour avoir une carte puis trouver un camping. Ensuite, visite du centre, avenues, places, monuments et musées qui pourraient nous intéresser. Goûter la cuisine de la région et le petit vin qui va avec. S’asseoir sur un banc, regarder la vie des autres passer. On en sait assez. Ce serait juste mieux de parler la langue. Enfin, c’est ok pour l’Italie. Le temps de remonter les Alpes et on arrive. J’aime bien dire ça : le temps de remonter les Alpes et on arrive. C’est absurde…
Les jours suivants nous emmènent sur des hauts plateaux, les alpages, dont les petits lacs, entourés d’herbe fine et fraîche, sont des petits coins de paradis. Le soir, la tente est plantée sur un lac argenté et elle se réveille au matin dans l’eau turquoise. Notre visage, pour se rincer, ondule et flotte dans le reflet, c’est alors que nous prenons vraiment conscience de notre présence ici. Bientôt, s’ouvrent nos ailes au-dessus d’un précipice, surplombant les hauteurs du monde, la beauté et le silence des paysages, dans les vents frais et parfumés du matin.. Les journées nous ensorcellent. Rêveurs contemplatifs, subjugués au détour des chemins par une couleur, une ombre, une fleur, un animal, l’eau pourpre entre des rochers mousseux, un pont de bois sur les berges du torrent, une vue imprenable que nous prenons pourtant. Le soleil. La liberté. La montagne… Allez les jaunes ! On est maintenant rodés pour la randonnée. Ce n’est plus un effort mais un plaisir. Les cols s’enchaînent un à un, avec chaque fois une nouvelle dimension sur les massifs à venir. Monter, descendre, dans les falaises, les forêts, les plateaux et les petits villages. Il n’y a personne encore à cette saison. Le Mercantour, les aiguilles de Chambeyron sont passés ! Voici le Queyras, plus bas, la vallée de l’Ubaye, au loin les cimes des Ecrins, Briançon, la Vanoise, le Mont Blanc. Nos estimations sur les cartes sont plus justes. Les bâtons achetés nouvellement sont comme deux jambes supplémentaires. Nous avançons doucement mais sûrement. Apaisés, sereins, allongés sous le soleil du midi pour la sieste avant de nous rechausser, prendre nos sacs et filer dans les ornières des sentiers sinueux à la poursuite d’un pèlerin imaginaire. Une aube
Cinq heures du matin. Daoud dort. Moi pas. Il fait trop froid dans le duvet, je me lève. Bien couvert, je suis décidé à être le premier à voir le soleil aujourd’hui. Nuit claire. Je prends le chemin du col d’où nous sommes descendus hier. Plus je monte et plus j’ai envie de monter. Ça me réchauffe. Je braque à droite vers l’ouest sous une corniche avec l’idée d’atteindre un autre petit col que j’estime bien placé par rapport au lever du soleil. Versants herbeux, roches gigantesques, je suis les chemins de chèvres. Du moins c’est comme ça qu’on appelle les bouts de chemins qui se croisent, se perdent dans la nature et finissent par disparaître. Le soleil n’est toujours pas levé mais le ciel s’éclaircit et j’ai une vue magnifique sur la vallée de la Durance et Briançon. Partout autour, les sommets enneigés dans une brume rose : l’aube. Voilà, je suis sur le col. De l’autre côté une autre vallée et dans son creux, un torrent. Je ne le vois, ni ne l’entends mais c’est ainsi. Nord-ouest, j’aperçois quelques sommets des Ecrins, toujours eux, les plus hauts dans la région. Je marche sur la crête vers le nord pour dominer davantage la vallée et les alentours qui dévalent en escaliers de pins et de verdure dans les couleurs de l’aube, ce rose, ce bleu, une légère brume, le tout un peu brillant. Assis entre deux pierres, j’ai le vertige devant tant de magnificence. J’ai mon Aube à moi. Ça devrait être ainsi chaque matin. Nous sommes si peu de chose devant cette immensité. Je reste un moment à contempler encore. Ne pense à rien. J’observe. Me concentre sur le paysage. J’essaie d’intégrer cette émotion à jamais dans ma mémoire. Les humains
Nous avons dormi, cette nuit, posés au bord d’un chemin où peuvent passer des voitures, faute d’avoir trouvé mieux. Et il en est passé des voitures ce matin, pendant que nous faisions la grasse mat, fatigués d’avoir beaucoup marché hier. Nous glandons encore un peu au lit mais il y a ces putains de voitures. Levés en grognant. Les touristes arrivent par petits groupes, en famille, avec des petits sacs et des grandes gueules. Nous déjeunons comme d’habitude avec notre bordel éparpillé partout autour de nous dans la boue. Il a plu cette nuit, la toile de tente pend sur le pont pour sécher. Nos fringues un peu partout aussi. Nous ne sommes pas lavés et pas rasés depuis plusieurs jours. Un peu en retrait, je vois les gens qui, en passant, regardent Daoud de côté, comme une bête sauvage. C’est vrai qu’il a les cheveux ébouriffés, la barbe en vrac et une tête de gars qu’il ne faut pas emmerder pendant qu’il mange. Et puis cette espèce de liquide où flottent des morceaux de bananes et de figues séchés. C’est assez louche et pas du tout appétissant. Il est assis par terre sur le chemin de cailloux. Faut voir le tableau. On dirait qu’il va mordre. Les gens font un écart pour passer, surtout les enfants. Limite si on lui dit bonjour. Et lui les regarde tranquille et sans gêne aucune. Faut dire que ça fait presque deux mois qu’on est dans la nature, faut l’excuser, enfin nous excuser parce que moi, je ne peux pas me voir mais c’est la même. En fait, nous nous trouvons à quinze minutes de l’affreuse station de Fréjus mais comme on est descendus hier soir tard, eh bien, on ne savait pas qu’on était si près des humains ! La Vanoise
Modane. Le temps est mauvais depuis plusieurs jours mais il devrait s’arranger. Il est interdit de passer la nuit en dehors des refuges dans le parc national de la Vanoise mais leur prix est trop élevé. Nous les évitons donc et campons écartés des chemins. Les animaux sont habitués aux touristes ce qui permet de les approcher : marmottes, chamois, bouquetins... Orage mémorable la première nuit. Le froid a suivi derrière. La seconde, à l’aube, une mer de nuages glisse à nos pieds jusqu’à l’horizon, recouvrant la vallée d’une soupe de coton mouvant. Toute la journée, nous longeons les versants à la limite de cet océan galactique. Le toit des montagnes alentours s’est couvert de neige. La température est glaciale, exceptionnellement, pour un mois de juillet. On n’a pas vu ça depuis 72, nous assure un autre randonneur ! Nous dormons une nouvelle nuit au pied du glacier. Des brumes blanches s’élèvent comme des fantômes. Il gèle mais le temps est clair et sec quand on se couche. Avant le jour, une tempête se lève. Notre tente est alors soulevée par les rafales. Seul, le poids de nos corps fait qu’elle ne s’envole pas. Elle se tord, se déchire, les parties détachées claquent comme des fouets. Le vent rugit de toute part. Le froid intense, mortel. Il faut partir. Au plus vite, redescendre, trouver un abri. Mais avant, sortir du duvet, rentrer dans nos chaussures gelées et plier la tente comme on peut. Jamais eu aussi froid. Nos doigts ne veulent pas se plier. Impossible de serrer nos bâtons pour marcher. Nous courons cette fois avec la peur d’y laisser le pouce surtout, le plus exposé. Ça dure des heures. Des heures, la montagne… Quatrième jour de marche, nous n’avons pas prévu assez à manger. C’est le jeûne. La fatigue des nuits glaciales. Nous espérons un refuge, de la chaleur, du repos. Le temps est toujours aussi froid. Nous ne voulons pas dormir dehors cette nuit. Mais nous hésitons encore à aller dans un refuge. La première fois que nous en avons approché un, rappelez-vous, pour y laisser un pauvre petit sac poubelle, ils ont refusé. La deuxième fois, nous nous sommes abrités pendant un orage et je me suis fâché avec le patron qui voulait qu’on consomme. Des refuges de luxe. Alors, nous n’espérons rien. Et pourtant, lorsque la petite dame du refuge la femma nous voit arriver, je crois qu’elle nous aime déjà. Sans rien dire, sans rien demander, elle nous apporte un bon café chaud. Avec ça, des crêpes à la confiture. Le soir, pour quelques euros qu’il nous reste, elle nous sert abondamment. Nous dormons dans un bon lit avec plein de couvertures. Encore des crêpes le matin avec le café. « Eh ! Vous n’allez pas partir comme ça ! » On la supplie, c’est déjà beaucoup trop de générosité. À qui la rendrons-nous ? « Il neige encore, il fait froid, prenez ça pour le midi, au moins. Ça me fait plaisir ! » Et nous alors, on en a les larmes aux yeux. Pourtant, n’est-ce pas volontaire de ne prendre pas suffisamment à manger ? Depuis un moment, nous tentons de réduire notre consommation. D’abord parce que ça alourdit nos sacs et puis tant de bouffe n’est vraiment pas nécessaire. Même avec les efforts physiques, nous mangeons déjà deux fois moins qu’auparavant, à l’époque déjà lointaine du restaurant d’entreprise et dans notre vie en général. Nous souffrons encore du désir de manger – surtout moi – de cette habitude gastronomique de panse pleine, mais pas de faim. En diminuant petit à petit, sur plusieurs mois, en mangeant équilibré et peu, nous nous sentons mieux, plus légers et plus vifs. Le jeûne est très bon pour le corps et l’esprit, pour la réflexion, la méditation. Nous voulons trouver la juste suffisance. La force la plus importante dans un tel effort est mentale. Le jeûne ravive cette force, c’est certain. Parallèlement, l’entraînement musculaire est achevé. Faut voir comme avec notre gros sac sur le dos, nous franchissons les cols, descendons les sentiers abrupts comme des cabris ! Mais cette fois, avec le froid, le mauvais calcul du temps de traversée du massif, la fatigue de plusieurs jours de marche difficile, avec nos figues sèches et nos carrés de chocolat, nous sommes limite. Nous avons dépassé la juste suffisance… Après cette bonne nuit de sommeil, de chaleur physique et morale, après avoir repris de la consistance en gras, nous partons pour notre plus haut col jamais franchi. Pas bien haut cependant, dans les trois mille. Le chemin monte tranquillement. Bientôt, la neige se met à tomber, recouvrant les monts, les vallons et redonnant une couche propre à celle déjà existante. Nous progressons donc sur un sol immaculé, montant le long du sentier à l’aide de nos bâtons comme deux pèlerins perdus en plein hiver, en des lieux inconnus, pris dans un brouillard épais. J’aimerais ne jamais arriver en haut tant mes songes sont plus légers que les flocons qui nous habillent de montagnes. Mais deux heures de marche suffisent pour atteindre le col de la Rocheure où une étendue plate et dangereuse se dessine : un lac troué de glace. Deux possibilités s’offrent alors à nous : continuer le chemin qui descend directement vers la vallée de l’Isère ou suivre la crête à l’est pour rejoindre un chemin non balisé. Nous hésitons. C’est chouette la neige. À marcher, il ne fait pas froid. Mais si nous nous perdons ? Je sens en moi bouillir l’irrésistible envie d’essayer ce chemin qui garde de l’altitude et reste dans la neige. J’ai déjà mon cœur qui bat de ce petit risque de nous perdre ! Allez, Daoud, tu connais mon opinion. Ok, alors c’est parti. Quand deux chemins se présentent, toujours choisir le plus ardu. Je ne sais pas si ce proverbe s’applique à la montagne… Plus tard, quatre ombres se rapprochent dans le brouillard : des gens ! Mais qu’est ce qu’ils foutent là ? Des fous ! Enfin, nous sommes contents de nous rencontrer avec ce temps incroyable. On ne parle à personne quand il y a trop de monde alors que, dans le désert ou la montagne, on s’empresse de lier connaissance avec le peu de personnes qu’on croise. Les nouvelles sont bonnes. Ils ont tracé de leurs pas le chemin que nous devons suivre et nous signalent qu’il n’y a aucun risque si on ne traîne pas. Et nous aussi, les rassurons en leur désignant le col un peu plus bas, qu’ils n’ont pas loupé. Plus de trois mille mètres, c’est notre record. Le jour de l’anniversaire à Daoud. Petite bataille de neige pour fêter ça. Ça essouffle. Il faut partir. Les traces disparaissent. Enfin il y a des cairns. Des tas de pierres qui indiquent le chemin. Une fissure dans la falaise nous permet de nous engouffrer vers une vallée. La vallée du fond des Fours, complètement désertique. La neige est trop fraîche pour glisser, dommage. Nous stoppons bientôt dans un refuge et mangeons au chaud. Puis la neige se changera en pluie avant que nous ne rejoignions l’affreuse et richissime station de Val d’Isère. Col de la Lose
On va au cinéma voir notre dernier film en français avant longtemps. Spider man. Allez, ça nous relaxera. Mais c’est si nul que nous sommes des plus motivés pour partir définitivement à l’étranger. Dernier col avant l’Italie, entre le massif de la Vanoise et le parc national du grand Paradiso : le col de la Lose. Cela ressemble à perdu en anglais. Quel rapport ? À partir de la gorge des sources de l’Isère, le vent change radicalement de sens. Il vient d’Italie. Un tas de gens sur le chemin de randonnée. De la neige. Ils redescendent du même côté qu’ils sont montés : du côté français. Arrivés au col les nuages arrivent, bien chargés, de l’est. Ils glissent sur nous et vont recouvrir la France. Décidément, tout le monde va par là ! Pendant cinq minutes, nous apercevons le lac, côté italien, où il nous faut descendre. Puis plus rien. Il disparaît. De là où nous nous trouvons, la falaise tombe à pic. Il faut escalader un pan pour trouver le col. Je laisse mon sac à Daoud et vais vérifier l’existence de ce col et du chemin qui en part. Il existe, c’est une brèche abrupte dans la falaise. Personne ne l’a encore emprunté, il n’y a pas de trace. Pourtant, c’est bien le chemin... Je remonte voir Daoud et lui fais part de mes observations. Comme je suis sceptique, il va voir à son tour. Il fait chaud, c’est bizarre, nous sommes à trois mille mètres. Les nuages continuent de nous recouvrir. Le ciel se bouche complètement. Ça ne sert à rien de prendre le risque. On sait comme le temps en montagne peut être mauvais. Nous ne connaissons pas la météo. Nous n’avons pas de crampons. Je me fais une raison. On redescend, on fait du stop et on passera un autre col, un autre jour. Pas grave. Mais Daoud revient. Lui aussi est sceptique mais il est descendu un peu plus bas que moi et a trouvé des mains courantes. C’est donc bien par là. Ça nous rassure. On décide d’y aller. En effet, je n’avais pas vu ces cordes sur la falaise qui nous permettent de nous accrocher. Ce sont des câbles en acier mais bientôt ils disparaissent, mangés par la glace et celle-ci colle si près de la paroi que nous devons quitter la crevasse pour contourner. Bizarre. Qu’est ce qu’on fait ? Nous ne voyons pas à dix mètres. Nous sommes dans les nuages épais et chauds de l’orage qui gronde. La pente est très inclinée. Je descends un peu en laissant le sac dans la fissure et je vois que plus loin, des blocs gelés se séparent à nouveau de la roche et que les cordes réapparaissent. On continue donc. Mais au bout d’un moment, ils disparaissent de nouveau. Nous devons ressortir de la crevasse. La neige fond, nous pouvons enfoncer nos bâtons et un peu nos chaussures en creusant tous nos pas. – C’est une via ferratta me dit Daoud, peut-être il faut faire demi-tour. – Sur la carte, c’est un chemin pourtant. J’espère que c’est le passage le plus difficile. – J’ai poussé le bouchon mais je n’aurais peut être pas dû, il me dit. Si on y arrive, je t’encule ! – Si on y arrive, on en reparle, je dis sans sourire… Nous escaladons des blocs de glace avec des crevasses profondes. Les cordes ont disparu à jamais. C’est la merde. Je pose de nouveau le sac et essaie de continuer un peu mais je vois bien vite que c’est impossible. On ne passe pas. C’est mort. À moins de quitter la falaise qui nous surplombe et de partir vers la droite à flanc de montagne sur la glace. C’est plutôt flippant. On ne voit rien, que du blanc. Daoud ne dit plus un mot. Je sais qu’il est encore moins rassuré que moi. Il déteste les passages de glace. Il devient plus blanc qu’elle. Je tente, sans le sac, bien appuyé sur mes pieds et assurant chaque pas. Plus loin, je repère un rocher qui sort de la neige. J’y vais. Il y a une marque rouge dessus. C’est par là ! Par là où ? Il n’y a que la pente glacée et abrupte. Tout est blanc. Aucune empreinte. Je remonte chercher mon sac et me positionne sous Daoud au cas où il glisserait. Glisser, faudrait pas, je ne sais pas où on s’arrêterait. Daoud prend son temps, fait bien ses pas. D’un seul coup, il glisse et part. J’ai juste le temps de planter mes deux bâtons sur sa trajectoire. Il s’emplafonne dessus mais ça l’arrête. Ouf ! Ses deux bâtons sont cassés net. Accrochés aux rochers, on se demande ce qu’on fout ici et comment on peut être si inconscient. Partout la neige immaculée descend dans les profondeurs des nuages sans qu’on y puisse rien voir. Est-ce que le degré de la pente permet vraiment de continuer sachant qu’il est pratiquement impossible de remonter. Ou alors nous devons laisser les sacs. Une heure que nous sommes partis du col et nous sommes coincés ici. L’orage se rapproche, on l’entend gronder de façon sourde et prolongée. Pour conclure : c’est la panique. Daoud me dit qu’il avait aperçu la météo et qu’ils annonçaient des orages en fin d’après-midi. Il me dit aussi qu’il avait lu quelque part que ce col était difficile… en été. Sans toute cette neige qui est tombée ! Il ne faut pas rester là. L’orage à cette altitude sans abri, non merci ! Il faut tenter quelque chose. À gauche vers la falaise ou à droite. Je pars tester une nouvelle fois à droite. Avec les bâtons, je me tiens bien. J’avance en gardant la même hauteur sur une centaine de mètres. Toujours rien. Que de la neige et cette pente qui m’attire. Ça fait comme un arc de cercle avec un trou, comme un volcan. Je continue cette fois en inclinant ma trajectoire. Après encore une centaine de mètres, j’arrive sur une partie rocheuse non recouverte de neige. Pas trace de chemin ici. Encore plus loin, toujours la même glace et la même pente, je continue. Bientôt, c’est trop incliné. Je ne peux pas. Ça m’énerve. Il y a forcement un passage quelque part. Je cherche plus bas, plus haut, je marche, je marche et enfin, enfin des traces. Je m’approche. Non, ce n’est qu’un animal. Encore, encore, cette fois, j’y suis, c’est bien des empruntes. Elles descendent tout droit, certes, donc avec des crampons, sûr, mais c’est mieux que rien. Je commençais à désespérer. Autour de moi, en levant la tête, que du blanc. Depuis combien de temps ai-je quitté Daoud ? Une demi-heure environ. Je remonte. Je suis mes traces en fait. Daoud n’a pas bougé. Je l’entendais m’appeler avant de le voir. – Alors ? – Alors, il y a des pas, par là, environ quatre à cinq cents mètres à droite, tout en flanc bien incliné comme ici dans la glace. Ça fait comme un arc de cercle. Mais je ne suis pas sûr des traces. Elles descendent tout droit. Le mec devait avoir des crampons. Mais ça va, l’air chaud fait fondre la glace et nos pieds s’enfoncent de plus en plus. On n’a pas le choix de toute façon. Ok ? – Putain, il me dit, faut que ça passe ! T’entends comme l’orage va être mauvais ! Nous partons donc, avec les sacs cette fois, mais ils permettent finalement de nous donner plus de poids. Avec ses petits bâtons cassés, je me positionne sur sa trajectoire. On arrive aux premières traces. – Tu te fous de ma gueule, il m’dit, c’est une bestiole ça, putain ! – Ok, il y en a d’autres plus loin mais ça descend pareil de toute façon. Mais tu vas voir, c’est possible de descendre, il faut rester bien droit, et se tordre la cheville dans le sens opposée à la descente. De grosses gouttes d’orage tombent. Avec précaution, en faisant des virages, en contournant les précipices, nous descendons petit à petit. C’est immense la montagne quand on est perdu comme ça. Ça n’a pas de fin. La glace continue de fondre. C’est donc de plus en plus facile mais l’orage gronde de plus en plus fort. Qu’est-ce que je vois là-bas ? On dirait des silhouettes, des gens. Il y a des gens là-bas, deux personnes. Nous sommes sauvés ! On a mis trois heures à descendre du col. On est en Italie. Les gens sont bien des gens et pas des fantômes. Et même, ce sont des Français, enfin des Suisses francophones et on comprend parfaitement quand ils nous disent que nous sommes les premiers de la saison à avoir franchi le col de la Lose, qu’il est d’ailleurs encore interdit, même avec du matériel ! C’est trop grave, nous sommes complètement inconscients. On aurait pu glisser sur des centaines de mètres. Si la vue avait permis de rendre compte de la difficulté, nous ne nous serions jamais engagés. Bref, l’orage est là, il pleut de plus en plus fort, il faut trouver un abri. Ça tombe bien puisque les gens ont la clé d’un refuge. Le problème, c’est qu’ils ne le trouvent pas. En fait, il est caché en plein dans une falaise de deux cents mètres qui tombe dans le lac. Le fameux lac aperçu pendant cinq minutes d’en haut et qu’on a bien cru ne jamais revoir. Deux chemins y mènent avec des cordes, en escalade. L’un d’eux passe le long de la cascade mais il ne m’inspire pas. L’autre me paraît plus accessible. Je le choisis, si on peut appeler ça un choix. Bref, il y a bien quelques cordes mais je dois de nouveau passer une partie glacée au milieu de la descente. C’est encore plus raide que tout à l’heure et bien glissant mais je m’engage. D’un seul coup, un pied part, je pars, c’est la chute ! Un moment de panique inoubliable. Je plante mes ongles, mes coudes, je me raidis, me tortille, balance les bâtons, rien à faire, je prends de la vitesse. Je vais m’éclater comme un oeuf. Un rocher dépasse au milieu, c’est sur lui que j’arrive, j’ai juste le temps de le voir, je suis dessus, mes jambes font ressort, je suis projeté sur le côté dans la roche. Fin de la chute. Je bouge un peu. Je ne suis pas mort. Je crois que je n’ai rien de cassé non plus. Je tremble comme une feuille. J’ai eu si peur. J’ai eu tellement de chance. J’aurais vraiment pu crever ici. Il y aurait eu une petite plaque avec mon nom, en plus de celles qui existent déjà à l’entrée du refuge. Je me remets sur mes jambes, remonte un peu récupérer mes bâtons et ce qui a été éjecté du sac. Et là, je pense à Daoud. Daoud, non ! Je ne le vois pas en levant la tête. J’espère qu’il ne m’a pas suivi. La faille est vertigineuse, impossible à passer. On le voit clairement d’en bas. Je vais voir l’autre chemin, je vois les gens qui arrivent - forcément, j’ai été plus vite qu’eux - mais pas Daoud. Il pleut beaucoup maintenant et les éclairs illuminent les nuages dans lesquels nous sommes. Enfin, Daoud est derrière eux. Je le vois qui s’accroche aux cordes, qui donne ses dernières forces en escaladant les parois trempées avec son gros sac et le vide qui mène au lac, dessous, très bas. Quand ils arrivent, je suis tout blanc, mes jambes ne cessent de trembler mais je n’ose rien dire. L’orage explose démesurément. Les gens nous disent qu’on peut rester ici, avec eux et même dormir car le temps ne s’arrangera pas avant demain. Ce sont des randonneurs chevronnés, ils en ont vu d’autres. Ils essaient de nous rassurer et de parler d’autres choses mais on a eu trop d’adrénaline aujourd’hui. Sous le refuge, il y a une petite chambre, elle sera pour nous. L’orage est impressionnant, jamais vu un truc pareil, ça pète dans tous les sens toute la nuit et il pleut à torrent. Heureusement, on n’est pas dehors, encore sur un flanc de montagne. Heureusement ! Mais c’est fini la montagne, c’est fini. On veut voir la mer !
Cinquante mâles indiens debout, à deux mètres, les yeux fixés sur nous. Nous, c’est deux jolies filles bien blanches assises par terre contre les sacs au bord de la route, et moi. Et puis un croisement, un ou deux bouibouis crasseux, quelques cactus et le désert à perte de vue. Silence. Une boutade en ourdou laisse éclater de rire tous les joyeux compères indiens, musulmans et camionneurs. Rien que ça. Bon alors, qu’est ce qui s’est passé ? Qu’est ce que je fous là ? Je me lève. On fait moins les malins, bande de nains. Mais ils sont beaucoup quand même. Je pars. Verrai ce qui se passera avec les filles. Vais au bouiboui boire un tchaï, un thé au lait avec des épices. Jette un œil de côté pour regarder ce rare spectacle : une bande de frustrés, et sûrement puceaux la plupart, avec deux Occidentales – et leur triste réputation, nous y reviendrons – perdues dans le désert. Le cercle se resserre autour des filles. Se resserre encore. Bientôt, elles disparaîtront. M’en fous un peu. Les connais à peine. Je ne les vois plus. Un instant. Un instant seulement avant un cri très fort. Un cri de femme, strident, enragé. Un cri terrible. Et, comme un départ de course : une bande de trous du cul qui se sauve en courant dans tous les sens. Une des filles s’est levée. C’est elle qui a crié. Un des mâles a osé toucher ses cheveux, elle lui a mis une grosse tarte dans la gueule. Du moins, elle aurait bien voulu mais ils sont partis trop vite. Au loin, ils rient. Ils pleurent de rire même car ils ont eu peur ces nigauds. C’est les nerfs en quelque sorte. Ils restent à distance maintenant. À dix mètres, le cercle se reforme. Ils attendent. Les filles n’ont pas l’air angoissé. Juste méfiantes. Le gars du bouiboui parle quelques mots d’anglais. On rigole ensemble de la situation. Cinq mètres, le cercle se rapproche. Ça va recommencer. Mais là, ça va m’agacer, je vais y aller ! J’y vais. Trop tard. Le bus arrive en klaxonnant. Il n’y a plus de place dedans. Monte sur le toit. Démarre. C’est parti ! Mais où on va au fait ?
« La vérité, c’est qu’on ne sait nommer ce qui nous pousse. Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. Un voyage se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait… »
Nicolas Bouvier
Les Saints de Glace
Premiers jours de mai 2004, à la gare de Poitiers. Par la fenêtre de la micheline, quelques amis et famille nous font coucou tristement. Il fait beau et chaud même si mamie a dit que les Saints de glace n’étaient pas encore passés. C’est quoi les Saints de glace ? Trop tard pour lui demander. Limoges… Déjà perdus ! Dans l’allée du bus, le sac ne passe pas. Obligés de rester debout. L’impression d’être regardés… Peut-être trompés de bus… Où est la carte ? On descend à Ambazac. À la sortie du village, devant notre pouce tendu, une voiture s’arrête, toute petite et déjà surchargée. Le monsieur tasse nos sacs dans le coffre. Ça ne ferme pas, forcément, alors il force, il force et le pare brise se bombe dangereusement. La femme crie : « Arrête, tu vas tout casser ». Le coffre restera ouvert. Merci messieurs-dames, on descend là. Si, si c’est là, merci beaucoup. Saint-Laurent-les-Églises, hameau de quelques vieilles âmes. Pourquoi là ? Le petit trait rouge, tu le vois. Ça veut dire que c’est le bon chemin. Celui qui traverse la France de la côte Atlantique à l’Italie. Le Gr4. Il passe ici. Et on va par là. Vers le sud. Par contre, aide-moi à mettre le sac sur mon dos parce que, là, je vais me casser les reins autrement. Et nous voilà qu’on disparaît derrière les arbres et les collines avec nos petites jambes, bien décidés à ne jamais s’arrêter avant d’être loin. Très loin. Peut-être pas, remarque. Mais peut être que si, quand même, enfin on verra bien ! Nous, c’est Daoud et moi, deux jeunes de 25 ans, un peu perdus sans doute, sans trop d’ambitions non plus, à part foutre le camp. Quitter le travail, les appartements, les amis, la famille et puis tout le reste. Tout. On part à l’aventure. Par les chemins de randonnée pour quitter la France. À l’étranger, on verra. Déjà, il faut partir, prendre la route. Ne pas réfléchir. Un voyage se passe de motif comme on l’a lu plus haut. On aura au moins fait ça dans notre vie. On aura voyagé, on aura été libre… Avant la nuit, un petit coin pour camper se présente. Ça ne manque pas dans cette campagne. Petit feu dans la nature. Petite soirée dans la brise légère. Temps clair et doux, parfait en toile de tente. Nous voilà heureux. Le lendemain est pluvieux et froid. Sans nous décourager, nous marchons à travers les forêts, les collines, les villages. – Eh, Daoud, ça va pas là, c’est dur, j’ai mal, je suis mort. C’est fatigant de marcher. On aurait pu prendre un vélo ou un cheval ou même un âne, quelque chose quoi. Parce que rien que la France, il y a au moins, pouf, tout ça quoi ! – T’occupe pas de la marque du vélo, pédale, il m’dit. Et avec le sourire. Les épaules lacérées. La sueur salée qui pique les yeux et qui coule sous le k-way glacé. Les chaussures qui se font aux pieds. Les pieds qui se font aux chaussures. Je ne sais pas mais ça fait mal. À midi, nous dégustons un sandwich rillettes dans une cave où pourrissent des navets en décomposition. Le seul endroit où il ne pleut pas. Les mains fermées sur notre petite tasse de thé brûlante, nous ne rigolons plus. Très vite, la sueur refroidit sous les vêtements et nous devons repartir. Le soir, le vent se lève, le froid devient glacial. Nous grelottons dans la fumée du feu puis dans notre duvet d’été où le vent s’engouffre ! Des frissons me remontent des orteils jusqu’aux cheveux par vagues. Mourir de froid doit être la chose la plus atroce. Mais je suis si fatigué que je finis par m’endormir. Dans la nuit, le froid s’empare de moi et me fait délirer. Je mêle mes cris à ceux de la forêt, et à celui sinistre, du vent dans la toile de tente. Tôt le matin, je me lève pour remuer mes membres gelés. Il a neigé. Dis-moi Daoud, les Saints de glace, ce ne serait pas une période de… Il est déjà parti. Le chemin est une ornière pleine d’eau, de boue et de glaise. Il monte. Chaque pas est un effort. Le souffle est court. Courbé sous mon sac, je n’apprécie guère le paysage. Je m’entends pousser des petits gémissements. Comment puis-je résister encore ? Chaque seconde, je rêve de balancer mon sac dans le fossé. Et dire que c’était mon idée... Enfin, nous débouchons dans un petit village. Dormir abrités ce soir. C’est tout ce que nous voulons. Prendre une douche. Jeter les sacs. Mais il n’y a rien dans ce village. On nous dit de marcher encore jusqu’à une ferme à 1 ou 2 kilomètres. Peut-être pourra-t-on nous accueillir… À la ferme, les chiens nous accueillent, en effet ! Le paysan nous dit que ce n’est pas possible chez lui. On insiste un peu. On veut juste une grange, un coin de paille, à l’abri du vent et de la pluie. Mais c’est « Non. » « Allez plus haut, à 1 ou 2 kilomètres, il y a une famille qui prend des gens comme vous. » Des gens comme nous ! Ça veut dire quoi, des gens comme nous ?À bout de force et de patience, nous arrivons devant une petite maison. Nous n’espérons plus. Et pourtant, ici commence la série des gens qui nous ont aidés, motivés, offert. Une douche chaude, un lit. « Prenez cette petite bouteille de vin, ça vous réchauffera. » C’est incroyable, quand on est à bout, le plaisir que ça fait de recevoir la moindre chose. Comme cette petite boulangère qui est sortie de son magasin quand elle nous a vu passer pour nous donner des gâteaux. Ou cette petite mamie en pleine campagne à qui l’on demandait de l’eau et qui nous a donné des œufs « Vaut mieux ça que faire la drogue, » elle a ajouté… Malgré ces encouragements, quelques jours plus tard, je suis dans un lit à Clermont Ferrand sans plus pouvoir bouger. Le moral a tenu mais pas le physique. Un tendon a dit le docteur, il faut vous reposer. Agacé d’être déjà arrêté, je voudrais repartir de suite. Dans ce lit, j’ai l’impression de perdre mon temps. Mais cela se dissipe très vite. Nous réalisons peu à peu que nous sommes libres. Pas pressés. Pas comme les vacances où, chaque année, chacun s’arrange pour quelles soient parfaitement organisées afin de ne pas perdre un temps précieux. Nous, on peut rester là autant qu’on veut, se détendre, penser, rêver, manger tout doucement, apprendre à vivre sans stress, apprendre à vivre sans travailler, sans rien faire ! On se laisse vite aller à ce genre de chose et au cours du voyage, je crois que nous sommes devenus professionnels. Daoud a même dit une fois : « Quand on en a marre de rien foutre quelque part, on prend le train et on va rien foutre ailleurs ! » Se promener, observer, discuter avec les gens. Prendre son temps pour chaque chose que l’on fait. Calme, Shanti Shanti disent les Indiens ! Bref, on commence à s’apaiser et profiter de notre temps à Clermont une semaine après la démission.
Une fois soignés, nous vidons nos sacs beaucoup trop lourds pour ne garder que le nécessaire et repartons sous le soleil de mi-mai. Avec entrain mais est-ce la peine de le dire ! L’aventure nous appelle. Passons le Puy de Dôme, pas très joli avec sa grosse antenne au sommet, ses parkings payants à l’entrée et son bus pour prendre la route goudronnée qui y mène. Puis aux pieds d’autres volcans plus sauvages pour finalement passer la nuit sous l’un d’eux : celui de la Vache. Quelques jours plus tard et surtout après quelques dizaines de kilomètres de marche, nous arrivons au Puy de Sancy. L’ascension s’effectue tranquillement. On suit la crête. Pas de problème. Le vent, la neige, le ciel bleu. Et puis, on se perd. Plus de huit heures de marche. Pas de trace du chemin. Plus d’eau. Nous vagabondons dans la neige, les ruisseaux gelés, le vent très fort et la fatigue. Glisser, trébucher, marcher encore, remonter pour passer un ravin. Dur. La soif serre la gorge. Nous commençons à sucer la glace mais craignons pour notre ventre. Nous sommes des citadins fragiles. Dix heures de marche. Cette fois, la soif est la plus forte, nous nous jetons dans le ruisseau. Le vent nous a asséché la gorge toute la journée avec son pote le soleil. Mais déjà ça va mieux. Il va bientôt faire nuit, pourquoi ne pas camper là ? Le vent ne veut pas, il emporte la tente. Marcher encore. Enfin, un petit bois. Ce sera là. La tempête fait rage. Les ombres des branches s’agitent sur la toile comme des marionnettes lugubres. Le sommeil est plus fort. Les jours suivants, nous ne bougeons pas, brûlant le bois que le vent a fait descendre des arbres autour de nous, lavant notre linge et nos fesses dans le ruisseau gelé, crapahutant jusqu’à un village à travers ravins et forêts pour trouver une miche de pain. Puis repartons ragaillardis vers le Cantal. Hauts plateaux herbeux. Chemins bordés de calcaire. Traverser des réserves naturelles, zones protégées d’oiseaux, nez à nez avec un taureau et vaches dix fois plus nombreuses que les habitants. D’habitant, on en rencontre un. Un beau, un jeune. Il ramasse des pissenlits, dans son panier, avec ses bottes, une grande culotte bleue, des bretelles sur sa chemise à grands carreaux et une jolie casquette jaune. On lui demande pour quoi faire. « Bah pour faire de l’avèze ! », il répond avec son superbe accent. Mais comme on le regarde bêtement et qu’on répète « De la quoi ? » il comprend que ces gens-là ne connaissent pas l’avèze, alors il explique. « De l’alcool, c’est. Juste les têtes qu’il faut pour faire l’avèze et il en faut beaucoup des têtes. Même que ça se vend un euro le kilo ! » On en prend quelques-unes pour soupeser, c’est plus léger qu’une plume, un pissenlit. Puis on regarde autour de nous, les champs pleins de pissenlits, jaunes sur des kilomètres : une fortune ! « Salut mon gars, bonne continuation. » « Bien le bonjour chez vous, monsieur-dame. » Des pâtures, des vaches, des collines, du soleil et des chiens. Des chiens qui viennent nous agresser au milieu de nulle part. Qui nous suivent sur des centaines de mètres, qui se relaient. Puis encore quelques villages bien perdus. Une maison de retraite d’où tout le monde descend nous encourager. Un camping où nous prenons enfin une douche, lavons notre linge et d’où repartons sans avoir vu personne. Une préfecture de département, St-Flour, sans connexion internet. Le Cantal…
Fin d’après-midi, on se pose dans un coin agréable. En cinq minutes, la tente est montée. Détente. Allongés dans l’herbe, on lit, on grignote, on discute. Nos pieds se reposent. Ils ne nous font plus vraiment mal maintenant. On a de la corne. Au repas, légumes frais, bon pain et véritable fromage. En dessert, l’incontournable thé avec son carré de chocolat... Quatre semaines que nous sommes partis. J’en ai rien vu. Les vacances sur une année de travail. J’y pense. C’est bien trop peu à mon goût. Alors que nous… Quelle vie tout de même. Se promener tranquillement dans les montagnes, rencontrer des gens, visiter les villes et les campagnes de notre joli pays. Ça me plaît. Dire qu’on peut passer à côté de ça. J’ai oublié de pointer ce matin. Faut que j’explique à mon chef. Déjà que je suis arrivé en retard deux fois cette semaine. La nuit est tombée. Le ciel se couvre. Bientôt, de grosses gouttes tombent comme des cailloux sur la toile. L’orage est sur nous. Bien longtemps que je n’avais vu un tel orage. Enfin, peut-être n’y en a-t-il plus d’assez conséquents pour nous affoler comme je le suis à présent, dans les lumières et le bruit incessant de nos villes et derrière nos volets clos. C’est violent un orage quand on est dessous. Ça fait peur. La toile ridicule chavire sous les rafales. Le tonnerre en dolby stéréo. L’eau qui rentre à l’intérieur. Vite, une gamelle. On n’en a qu’une. Tout est déjà trempé. Nous écoutons, bien au fond du duvet, mêlant flashes du tonnerre et images de nos journées. Le téléphone sonne. « Nico, ton téléphone sonne. » « Ah, oui, c’est vrai, je croyais que c’était dans mon rêve. » Toujours au meilleur moment du film. « Allo ? » De la musique à fond, puis les voix déformées et alcooliques de quelques amis. Ils chantent : « Niiico reviens, Niiico reviens, Nico reviens parmi les tiens ». Je raccroche soudain. J’étais au bout du monde bravant la tempête et le tonnerre et je me retrouve au bout du fil à seulement 3 heures en voiture de chez moi, dans un champ de vaches entre deux collines tout ce qu’il y a de commun. Contrarié, je me recouche mais les fées sont parties. Un sentiment d’orgueil s’empare alors de moi recouvrant définitivement celui de la mélancolie. Nous voilà partis pour de bon et, au bout de quelques semaines seulement, j’ai l’impression d’être loin et surtout de n’être déjà plus le même. Mes amis vont continuer leur vie habituelle. Pour nous qui sommes partis, qui sommes seuls, tout va changer car tout est déjà différent, dans nos silences, les silences de la nature, le silence des nuits, la longue traversée, cette longue traversée de nous-mêmes…
De bonheur ce matin
À la fin du mois, nous sommes dans le plus reculé des chalets d’un hameau des Alpes de Haute-Provence. Une ancienne cabane de chasse, aménagée avec goût par un jeune menuisier, cachée derrière des haies de chênes verts, dans une douce prairie où quelques gros rochers polis cohabitent avec des terriers de fouines. Nous sommes chez mon frère. Le temps ici s’écoule comme nulle part ailleurs. On y est bien. Indéfinissable. Les fleurs sauvages, aromates, thym, basilic, parfument les alentours. Les papillons les caressent sans bruit. Le hamac nous tend ses draps. Le soleil lèche la maisonnette. Dans la salle d’eau, on est pris de vertige. Vue plongeante sur toute la vallée. Sur les lumières scintillantes de la ville au loin. Tout est paisible. Un silence : celui du chant des grillons, des oiseaux. Un peu plus loin, le meuglement d’une vache, l’aboiement d’un chien. Sur la table de jardin, un noyer métisse la peau. On ne bouge plus. Le temps devrait s’arrêter maintenant, enveloppés comme nous sommes dans une atmosphère idyllique à l’abri de l’agitation du monde. Notre situation à ce moment-là y est sans doute pour beaucoup : derrière nous, débute notre prochaine étape. Les Alpes. Rien que ça ! Avec nos petits mollets. La tente plantée de nouveau chaque soir. Les sacs refaits au matin. La privation. Voilà pourquoi nous apprécions tant ce petit confort après ce mois passé à gambader gaiement à travers nos départements les plus reculés, la campagne, le silence. Ici, musique maestro, le barbecue frétille, le coucher de soleil sur la vallée rougit tranquillement, Daoud nous prépare une petite marinade, le rosé est au frais, le rouge débouché, il ne manque plus que les invités du soir, à savoir mon petit frère retrouvé, accompagné des quelques voisins, choisis comme des perles et qui se reconnaîtront comme étant les irréductibles du Villard des Dourbes !
Deux semaines plus tard, nous serpentons sur le chemin en lacets qui monte vers les falaises. Arrivés en haut, nous jetons un dernier coup d’œil sur le village avant de lui tourner le dos. La fameuse barre des Dourbes s’est laissée franchir sans effort insurmontable. Nous n’en revenons pas. Ce devait être si difficile, après en avoir tant parlé pendant ces deux semaines passées avec nos amis. Cette muraille dite infranchissable ! Maintenant que nous y sommes, elle apparaît dans le paysage comme une légère barrière. Derrière elle, la vue s’ouvre sur tous ces sommets bien plus immenses et que nous espérons pourtant passer ! Simplement un pied devant l’autre…
Les jours suivants, villages et vallées se laissent dépasser avant d’arriver près du parc national du Mercantour dans la petite ville d’Allos au pied du Mont Pelât. Campons au bord d’un joli torrent. L’herbe est fine et douce. Un écureuil hésite à descendre nous saluer. Les flammes montent droites vers les étoiles. Je suis appuyé sur mon sac pour vous écrire. Je digère une grosse caillette du village accompagnée par une véritable tomme de vache qui m’emplit le palais de saveur. La bouteille de rouge aurait été la bienvenue mais on ne peut jamais tout avoir… J’aimerais décrire ce qui nous entoure : les courbes du torrent, sa musique, l’horizon rougi et arrêté par les crêtes et les pics majestueux, la fraîcheur d’un soir de montagne, l’odeur du bois de mélèze qui me chauffe le visage, nos mots qui se perdent dans la nuit. Je repense à ma mère, à sa question stupide « Le travail ne vous manque-t-il pas ? » Maman, comment te dire ? Si toute la vie pouvait être ainsi, je ne suis pas sûr de m’en lasser de sitôt. Si tu pouvais connaître cette sensation de liberté que j’ai à cet instant en t’écrivant. Chaque jour, les paysages changent, chaque jour, je fais du sport, chaque jour, après de tels efforts, j’apprécie de manger, de boire de l’eau pure des torrents sans goût de calcaire et de chlore. Nous avons déjà rencontré quelques personnes dignes de rester dans nos souvenirs et chaque matin, nous pouvons encore, grâce à ce destin que l’on force en voyageant, rencontrer de nouvelles personnes et changer peut être, d’une parole, notre vie entière. Non, maman, le travail ne me manque pas ! Pointer à l’usine et rentrer le soir venu pour me mettre devant la télé, merci. Ici, mon jardin est immense avec un torrent d’eau pure devant moi. Je vois chaque matin le soleil se lever, je marche dans le vent frais et parfumé des hauts plateaux et au-delà de notre fine toile de tente, c’est notre toit d’étoile !
Quatre heures d’ascension sans arrêt notoire et 800 mètres de dénivelé enfilés. Nous sommes de vrais montagnards. Le temps se gâte et c’est dommage car nous suivons un torrent, le Chadoulin, jusqu’à sa source et ce n’est qu’une succession de cascades. Nous trouvons aussi de nombreuses marmottes et de jolies fleurs de montagne… Juste avant d’arriver au lac, un grand parking bondé de voitures. Sommes-nous les seuls à être montés à pied ? Derrière les vitres du restaurant refuge, les bouches engloutissent les fourchettes, les cravates des serveuses équilibrent leur course entre les tables. Il est quatorze heures. Le prix du menu au restaurant équivaut à une semaine de notre budget. Nous pique-niquons dans nos ponchos sur un rocher entouré de falaises enneigées qui tombent dans l’eau glaciale. Le ciel est noir. Il fait froid. Bientôt il se remet à pleuvoir. Quand nous demandons où mettre notre petite poubelle, le monsieur nous répond « Chacun se retourne avec… » La pluie tombe drue. Les gens courent jusqu’à leur voiture et partent. Les lits en dortoir du refuge coûtent 26 € par personne et sont complets. Tout ça est écœurant. Il est quinze heures trente, nous pouvons atteindre le col en deux heures, plus deux heures pour redescendre de l’autre côté si tout va bien. Ça nous paraît beaucoup, après les quatre heures de ce matin, et peu sûr, mais nous voulons quitter ce lac, ce refuge, et retrouver la paix. Après vingt minutes de marche, la forêt s’éclaircit sur de hauts pâturages gorgés de ruisseaux et de marmottes. Il n’y a personne. Le temps est toujours menaçant. La pluie s’abat autour, sur le sommet des montagnes, sur le Pelât qui porte bien son nom. Devant nous, un peu plus loin, nos premiers chamois. Courbés pour ne pas être vus, nous retirons les sacs et sortons l’appareil photo en rampant dans l’herbe trempée pour s’approcher. Mais, c’est sans compter sur les marmottes qui, nous ayant repérés, crient pour donner l’alerte. Les chamois s’écartent tranquillement en restant sur leur garde. Une ou deux photos trop lointaines et les voilà disparus. C’est décidé, nous campons dans ces pâturages et profitons du temps qui nous reste avant la nuit pour nous promener sans les sacs et qui sait, avoir la chance de les apercevoir de nouveau. Après une heure de promenade dans les alentours, nous les repérons enfin. Un groupe d’une trentaine de chamois avec les petits, plus haut, à flanc de montagne. Avec Daoud, nous sommes à une cinquantaine de mètres l’un de l’autre, allongés dans l’herbe juste au-dessous des animaux. Encore une fois, ce sont les marmottes qui nous repèrent, mais le troupeau ne fuit pas, trouvant sans doute l’alerte exagérée. Les chamois ne nous voient pas en effet mais restent méfiants. Nous rampons doucement, cachés par les quelques buissons encore présents à cette hauteur. Je me trouve à environ vingt mètres des premiers chamois. Daoud, plus bas, ne peut pas s’approcher davantage sans être vu. Dommage ! C’est lui qui a l’appareil photo. Je suis couché derrière un arbre mort dans un tas de cailloux. En les observant, je retire de mes mains les épines de chardons qui étaient dissimulés dans l’herbe. Un vieux chamois sort du groupe et vient se poster juste au-dessus de moi. Je suis grillé mais il ne s’enfuit pas. Il ressemble à un chevreuil trapu avec un pelage plus épais et parsemé de poils blancs. Il m’observe sans bouger une ou deux minutes. Je ne bouge pas et ne baisse pas non plus le regard. Puis il se remet à brouter, me gardant à l’œil, prêt à fuir au moindre de mes mouvements, emportant le troupeau avec lui. Daoud est toujours étendu plus bas, n’osant plus bouger lui non plus, devant ce spectacle peu commun pour nous. Essayons de reconnaître les mâles, les femelles, compter les petits, voir comment ils se déplacent… Le temps passe. Agenouillé sur les rochers, j’ai des courbatures. C’est vrai qu’on est mieux dans son fauteuil devant un reportage mais il y a un petit quelque chose de plus dans la réalité, même si ce ne sont que des chamois, même si le mieux serait de les laisser tranquille. Enfin, ma patience a des limites. Trop courtes sans doute. Il faut que je bouge, quitte à ce qu’ils fuient. Je sors donc de ma planque. Tous me regardent une dernière fois avant de partir à travers les rochers escarpés. Allons faire de jolis rêves de Bambi et j’espère bien aussi, de Blanche Neige.
À l’aube, nous replions la tente et nous engageons sur le sentier du col le sac de nouveau sur le dos. Le ciel a ce bleu si particulier après que la pluie en a emporté les impuretés. À flanc de montagne, des plaques de glace – les névés – coupent la piste et vont s’écraser plus bas sur les rochers. Mieux vaut ne pas penser au pire, garder son calme, son sang-froid et se concentrer sur l’équilibre en enfonçant au mieux, dans la glace, chacun de ses pas… Je passe. Daoud, au milieu du névé, panique. Ses jambes tremblent. Je lui lance un bout de bois qui ne s’enfonce même pas dans la glace mais ça lui permet de retrouver son calme, un semblant d’équilibre et il y arrive lui aussi. Plus loin, un lac entièrement glacé recouvert de neige et une paroi abrupte à son pied. Où va le chemin ? Il semble contourner la paroi et passer au sommet. Pas la peine d’y penser. On ne peut pas continuer. Trop dangereux. Mais en s’approchant, on trouve une issue plus propice. Nous sommes au col. Pas grand-chose en vérité. 2687 mètres. Mais mi-juin, la neige est encore immaculée et la vue de cette hauteur sur les montagnes éclaboussées de soleil est inoubliable. Daoud veut faire sa grosse commission. L’émotion sans doute. Et le voilà qui s’y met bien au milieu du col. Elle n’est pas prête de dégeler celle-là ! Enfin, ça va mieux. Mais comment on fait pour descendre ? Sur le versant nord, là où nous allons, la glace recouverte de neige s’étend à perte de vue jusqu’au refuge aperçu au fond de la vallée. Il nous faudrait des pointes sous nos chaussures mais nous n’avons rien, pas même un bâton. Moi, je tenterais bien la descente sur le cul. Normalement, il n’y a rien à craindre. Ça fait une jolie courbe tout en bas et ensuite c’est moins pentu. Allez, je tente. Ça accélère sévèrement. C’est le poids du sac. J’en perds mon chapeau. Mais en bas, je m’arrête finalement comme prévu avec une ou deux roulades. Je suis trempé mais c’était bien rigolo. Daoud me rejoint. Allez, on s’en refait une ! Plus loin, le vent apporte une odeur qui me frappe. Je la connais. C’est un mélange de printemps, de roches, de fleurs et de neige, dont je me suis imprégné gamin, en colonie ! C’est la première fois que je ressens cette fabuleuse impression : ce souvenir d’une odeur si particulière, presque dix ans plus tard. Combien de temps une odeur peut-elle ainsi rester gravée dans la mémoire ? J’espère toute la vie. Col de l’Arche
Nous sommes là, dans ce village où il n’y a rien. Nous attendons, de dix à douze – les horaires d’ouverture de la poste – de recevoir la carte mémoire de l’appareil photo. Ça n’arrive pas. Faudra trouver une autre organisation. Est-ce que le courrier arrive ici avec dix jours de retard à cause de l’altitude ? Posés comme des vagabonds dans un champ de vaches, en bas du village, depuis deux jours, on attend. Le torrent roule près de nous ses galets. Imperturbable. A quelques centaines de mètres, la frontière italienne... En stop, nous rejoignons Cuneo à environ 100 km. C’est la première fois que je vais en Italie. Je ne comprends rien à la langue mais cette petite virée nous donne confiance en l’avenir. Les pays étrangers n’ont rien de plus compliqué : arrivés dans une ville, direction l’office de tourisme pour avoir une carte puis trouver un camping. Ensuite, visite du centre, avenues, places, monuments et musées qui pourraient nous intéresser. Goûter la cuisine de la région et le petit vin qui va avec. S’asseoir sur un banc, regarder la vie des autres passer. On en sait assez. Ce serait juste mieux de parler la langue. Enfin, c’est ok pour l’Italie. Le temps de remonter les Alpes et on arrive. J’aime bien dire ça : le temps de remonter les Alpes et on arrive. C’est absurde…
Les jours suivants nous emmènent sur des hauts plateaux, les alpages, dont les petits lacs, entourés d’herbe fine et fraîche, sont des petits coins de paradis. Le soir, la tente est plantée sur un lac argenté et elle se réveille au matin dans l’eau turquoise. Notre visage, pour se rincer, ondule et flotte dans le reflet, c’est alors que nous prenons vraiment conscience de notre présence ici. Bientôt, s’ouvrent nos ailes au-dessus d’un précipice, surplombant les hauteurs du monde, la beauté et le silence des paysages, dans les vents frais et parfumés du matin.. Les journées nous ensorcellent. Rêveurs contemplatifs, subjugués au détour des chemins par une couleur, une ombre, une fleur, un animal, l’eau pourpre entre des rochers mousseux, un pont de bois sur les berges du torrent, une vue imprenable que nous prenons pourtant. Le soleil. La liberté. La montagne… Allez les jaunes ! On est maintenant rodés pour la randonnée. Ce n’est plus un effort mais un plaisir. Les cols s’enchaînent un à un, avec chaque fois une nouvelle dimension sur les massifs à venir. Monter, descendre, dans les falaises, les forêts, les plateaux et les petits villages. Il n’y a personne encore à cette saison. Le Mercantour, les aiguilles de Chambeyron sont passés ! Voici le Queyras, plus bas, la vallée de l’Ubaye, au loin les cimes des Ecrins, Briançon, la Vanoise, le Mont Blanc. Nos estimations sur les cartes sont plus justes. Les bâtons achetés nouvellement sont comme deux jambes supplémentaires. Nous avançons doucement mais sûrement. Apaisés, sereins, allongés sous le soleil du midi pour la sieste avant de nous rechausser, prendre nos sacs et filer dans les ornières des sentiers sinueux à la poursuite d’un pèlerin imaginaire. Une aube
Cinq heures du matin. Daoud dort. Moi pas. Il fait trop froid dans le duvet, je me lève. Bien couvert, je suis décidé à être le premier à voir le soleil aujourd’hui. Nuit claire. Je prends le chemin du col d’où nous sommes descendus hier. Plus je monte et plus j’ai envie de monter. Ça me réchauffe. Je braque à droite vers l’ouest sous une corniche avec l’idée d’atteindre un autre petit col que j’estime bien placé par rapport au lever du soleil. Versants herbeux, roches gigantesques, je suis les chemins de chèvres. Du moins c’est comme ça qu’on appelle les bouts de chemins qui se croisent, se perdent dans la nature et finissent par disparaître. Le soleil n’est toujours pas levé mais le ciel s’éclaircit et j’ai une vue magnifique sur la vallée de la Durance et Briançon. Partout autour, les sommets enneigés dans une brume rose : l’aube. Voilà, je suis sur le col. De l’autre côté une autre vallée et dans son creux, un torrent. Je ne le vois, ni ne l’entends mais c’est ainsi. Nord-ouest, j’aperçois quelques sommets des Ecrins, toujours eux, les plus hauts dans la région. Je marche sur la crête vers le nord pour dominer davantage la vallée et les alentours qui dévalent en escaliers de pins et de verdure dans les couleurs de l’aube, ce rose, ce bleu, une légère brume, le tout un peu brillant. Assis entre deux pierres, j’ai le vertige devant tant de magnificence. J’ai mon Aube à moi. Ça devrait être ainsi chaque matin. Nous sommes si peu de chose devant cette immensité. Je reste un moment à contempler encore. Ne pense à rien. J’observe. Me concentre sur le paysage. J’essaie d’intégrer cette émotion à jamais dans ma mémoire. Les humains
Nous avons dormi, cette nuit, posés au bord d’un chemin où peuvent passer des voitures, faute d’avoir trouvé mieux. Et il en est passé des voitures ce matin, pendant que nous faisions la grasse mat, fatigués d’avoir beaucoup marché hier. Nous glandons encore un peu au lit mais il y a ces putains de voitures. Levés en grognant. Les touristes arrivent par petits groupes, en famille, avec des petits sacs et des grandes gueules. Nous déjeunons comme d’habitude avec notre bordel éparpillé partout autour de nous dans la boue. Il a plu cette nuit, la toile de tente pend sur le pont pour sécher. Nos fringues un peu partout aussi. Nous ne sommes pas lavés et pas rasés depuis plusieurs jours. Un peu en retrait, je vois les gens qui, en passant, regardent Daoud de côté, comme une bête sauvage. C’est vrai qu’il a les cheveux ébouriffés, la barbe en vrac et une tête de gars qu’il ne faut pas emmerder pendant qu’il mange. Et puis cette espèce de liquide où flottent des morceaux de bananes et de figues séchés. C’est assez louche et pas du tout appétissant. Il est assis par terre sur le chemin de cailloux. Faut voir le tableau. On dirait qu’il va mordre. Les gens font un écart pour passer, surtout les enfants. Limite si on lui dit bonjour. Et lui les regarde tranquille et sans gêne aucune. Faut dire que ça fait presque deux mois qu’on est dans la nature, faut l’excuser, enfin nous excuser parce que moi, je ne peux pas me voir mais c’est la même. En fait, nous nous trouvons à quinze minutes de l’affreuse station de Fréjus mais comme on est descendus hier soir tard, eh bien, on ne savait pas qu’on était si près des humains ! La Vanoise
Modane. Le temps est mauvais depuis plusieurs jours mais il devrait s’arranger. Il est interdit de passer la nuit en dehors des refuges dans le parc national de la Vanoise mais leur prix est trop élevé. Nous les évitons donc et campons écartés des chemins. Les animaux sont habitués aux touristes ce qui permet de les approcher : marmottes, chamois, bouquetins... Orage mémorable la première nuit. Le froid a suivi derrière. La seconde, à l’aube, une mer de nuages glisse à nos pieds jusqu’à l’horizon, recouvrant la vallée d’une soupe de coton mouvant. Toute la journée, nous longeons les versants à la limite de cet océan galactique. Le toit des montagnes alentours s’est couvert de neige. La température est glaciale, exceptionnellement, pour un mois de juillet. On n’a pas vu ça depuis 72, nous assure un autre randonneur ! Nous dormons une nouvelle nuit au pied du glacier. Des brumes blanches s’élèvent comme des fantômes. Il gèle mais le temps est clair et sec quand on se couche. Avant le jour, une tempête se lève. Notre tente est alors soulevée par les rafales. Seul, le poids de nos corps fait qu’elle ne s’envole pas. Elle se tord, se déchire, les parties détachées claquent comme des fouets. Le vent rugit de toute part. Le froid intense, mortel. Il faut partir. Au plus vite, redescendre, trouver un abri. Mais avant, sortir du duvet, rentrer dans nos chaussures gelées et plier la tente comme on peut. Jamais eu aussi froid. Nos doigts ne veulent pas se plier. Impossible de serrer nos bâtons pour marcher. Nous courons cette fois avec la peur d’y laisser le pouce surtout, le plus exposé. Ça dure des heures. Des heures, la montagne… Quatrième jour de marche, nous n’avons pas prévu assez à manger. C’est le jeûne. La fatigue des nuits glaciales. Nous espérons un refuge, de la chaleur, du repos. Le temps est toujours aussi froid. Nous ne voulons pas dormir dehors cette nuit. Mais nous hésitons encore à aller dans un refuge. La première fois que nous en avons approché un, rappelez-vous, pour y laisser un pauvre petit sac poubelle, ils ont refusé. La deuxième fois, nous nous sommes abrités pendant un orage et je me suis fâché avec le patron qui voulait qu’on consomme. Des refuges de luxe. Alors, nous n’espérons rien. Et pourtant, lorsque la petite dame du refuge la femma nous voit arriver, je crois qu’elle nous aime déjà. Sans rien dire, sans rien demander, elle nous apporte un bon café chaud. Avec ça, des crêpes à la confiture. Le soir, pour quelques euros qu’il nous reste, elle nous sert abondamment. Nous dormons dans un bon lit avec plein de couvertures. Encore des crêpes le matin avec le café. « Eh ! Vous n’allez pas partir comme ça ! » On la supplie, c’est déjà beaucoup trop de générosité. À qui la rendrons-nous ? « Il neige encore, il fait froid, prenez ça pour le midi, au moins. Ça me fait plaisir ! » Et nous alors, on en a les larmes aux yeux. Pourtant, n’est-ce pas volontaire de ne prendre pas suffisamment à manger ? Depuis un moment, nous tentons de réduire notre consommation. D’abord parce que ça alourdit nos sacs et puis tant de bouffe n’est vraiment pas nécessaire. Même avec les efforts physiques, nous mangeons déjà deux fois moins qu’auparavant, à l’époque déjà lointaine du restaurant d’entreprise et dans notre vie en général. Nous souffrons encore du désir de manger – surtout moi – de cette habitude gastronomique de panse pleine, mais pas de faim. En diminuant petit à petit, sur plusieurs mois, en mangeant équilibré et peu, nous nous sentons mieux, plus légers et plus vifs. Le jeûne est très bon pour le corps et l’esprit, pour la réflexion, la méditation. Nous voulons trouver la juste suffisance. La force la plus importante dans un tel effort est mentale. Le jeûne ravive cette force, c’est certain. Parallèlement, l’entraînement musculaire est achevé. Faut voir comme avec notre gros sac sur le dos, nous franchissons les cols, descendons les sentiers abrupts comme des cabris ! Mais cette fois, avec le froid, le mauvais calcul du temps de traversée du massif, la fatigue de plusieurs jours de marche difficile, avec nos figues sèches et nos carrés de chocolat, nous sommes limite. Nous avons dépassé la juste suffisance… Après cette bonne nuit de sommeil, de chaleur physique et morale, après avoir repris de la consistance en gras, nous partons pour notre plus haut col jamais franchi. Pas bien haut cependant, dans les trois mille. Le chemin monte tranquillement. Bientôt, la neige se met à tomber, recouvrant les monts, les vallons et redonnant une couche propre à celle déjà existante. Nous progressons donc sur un sol immaculé, montant le long du sentier à l’aide de nos bâtons comme deux pèlerins perdus en plein hiver, en des lieux inconnus, pris dans un brouillard épais. J’aimerais ne jamais arriver en haut tant mes songes sont plus légers que les flocons qui nous habillent de montagnes. Mais deux heures de marche suffisent pour atteindre le col de la Rocheure où une étendue plate et dangereuse se dessine : un lac troué de glace. Deux possibilités s’offrent alors à nous : continuer le chemin qui descend directement vers la vallée de l’Isère ou suivre la crête à l’est pour rejoindre un chemin non balisé. Nous hésitons. C’est chouette la neige. À marcher, il ne fait pas froid. Mais si nous nous perdons ? Je sens en moi bouillir l’irrésistible envie d’essayer ce chemin qui garde de l’altitude et reste dans la neige. J’ai déjà mon cœur qui bat de ce petit risque de nous perdre ! Allez, Daoud, tu connais mon opinion. Ok, alors c’est parti. Quand deux chemins se présentent, toujours choisir le plus ardu. Je ne sais pas si ce proverbe s’applique à la montagne… Plus tard, quatre ombres se rapprochent dans le brouillard : des gens ! Mais qu’est ce qu’ils foutent là ? Des fous ! Enfin, nous sommes contents de nous rencontrer avec ce temps incroyable. On ne parle à personne quand il y a trop de monde alors que, dans le désert ou la montagne, on s’empresse de lier connaissance avec le peu de personnes qu’on croise. Les nouvelles sont bonnes. Ils ont tracé de leurs pas le chemin que nous devons suivre et nous signalent qu’il n’y a aucun risque si on ne traîne pas. Et nous aussi, les rassurons en leur désignant le col un peu plus bas, qu’ils n’ont pas loupé. Plus de trois mille mètres, c’est notre record. Le jour de l’anniversaire à Daoud. Petite bataille de neige pour fêter ça. Ça essouffle. Il faut partir. Les traces disparaissent. Enfin il y a des cairns. Des tas de pierres qui indiquent le chemin. Une fissure dans la falaise nous permet de nous engouffrer vers une vallée. La vallée du fond des Fours, complètement désertique. La neige est trop fraîche pour glisser, dommage. Nous stoppons bientôt dans un refuge et mangeons au chaud. Puis la neige se changera en pluie avant que nous ne rejoignions l’affreuse et richissime station de Val d’Isère. Col de la Lose
On va au cinéma voir notre dernier film en français avant longtemps. Spider man. Allez, ça nous relaxera. Mais c’est si nul que nous sommes des plus motivés pour partir définitivement à l’étranger. Dernier col avant l’Italie, entre le massif de la Vanoise et le parc national du grand Paradiso : le col de la Lose. Cela ressemble à perdu en anglais. Quel rapport ? À partir de la gorge des sources de l’Isère, le vent change radicalement de sens. Il vient d’Italie. Un tas de gens sur le chemin de randonnée. De la neige. Ils redescendent du même côté qu’ils sont montés : du côté français. Arrivés au col les nuages arrivent, bien chargés, de l’est. Ils glissent sur nous et vont recouvrir la France. Décidément, tout le monde va par là ! Pendant cinq minutes, nous apercevons le lac, côté italien, où il nous faut descendre. Puis plus rien. Il disparaît. De là où nous nous trouvons, la falaise tombe à pic. Il faut escalader un pan pour trouver le col. Je laisse mon sac à Daoud et vais vérifier l’existence de ce col et du chemin qui en part. Il existe, c’est une brèche abrupte dans la falaise. Personne ne l’a encore emprunté, il n’y a pas de trace. Pourtant, c’est bien le chemin... Je remonte voir Daoud et lui fais part de mes observations. Comme je suis sceptique, il va voir à son tour. Il fait chaud, c’est bizarre, nous sommes à trois mille mètres. Les nuages continuent de nous recouvrir. Le ciel se bouche complètement. Ça ne sert à rien de prendre le risque. On sait comme le temps en montagne peut être mauvais. Nous ne connaissons pas la météo. Nous n’avons pas de crampons. Je me fais une raison. On redescend, on fait du stop et on passera un autre col, un autre jour. Pas grave. Mais Daoud revient. Lui aussi est sceptique mais il est descendu un peu plus bas que moi et a trouvé des mains courantes. C’est donc bien par là. Ça nous rassure. On décide d’y aller. En effet, je n’avais pas vu ces cordes sur la falaise qui nous permettent de nous accrocher. Ce sont des câbles en acier mais bientôt ils disparaissent, mangés par la glace et celle-ci colle si près de la paroi que nous devons quitter la crevasse pour contourner. Bizarre. Qu’est ce qu’on fait ? Nous ne voyons pas à dix mètres. Nous sommes dans les nuages épais et chauds de l’orage qui gronde. La pente est très inclinée. Je descends un peu en laissant le sac dans la fissure et je vois que plus loin, des blocs gelés se séparent à nouveau de la roche et que les cordes réapparaissent. On continue donc. Mais au bout d’un moment, ils disparaissent de nouveau. Nous devons ressortir de la crevasse. La neige fond, nous pouvons enfoncer nos bâtons et un peu nos chaussures en creusant tous nos pas. – C’est une via ferratta me dit Daoud, peut-être il faut faire demi-tour. – Sur la carte, c’est un chemin pourtant. J’espère que c’est le passage le plus difficile. – J’ai poussé le bouchon mais je n’aurais peut être pas dû, il me dit. Si on y arrive, je t’encule ! – Si on y arrive, on en reparle, je dis sans sourire… Nous escaladons des blocs de glace avec des crevasses profondes. Les cordes ont disparu à jamais. C’est la merde. Je pose de nouveau le sac et essaie de continuer un peu mais je vois bien vite que c’est impossible. On ne passe pas. C’est mort. À moins de quitter la falaise qui nous surplombe et de partir vers la droite à flanc de montagne sur la glace. C’est plutôt flippant. On ne voit rien, que du blanc. Daoud ne dit plus un mot. Je sais qu’il est encore moins rassuré que moi. Il déteste les passages de glace. Il devient plus blanc qu’elle. Je tente, sans le sac, bien appuyé sur mes pieds et assurant chaque pas. Plus loin, je repère un rocher qui sort de la neige. J’y vais. Il y a une marque rouge dessus. C’est par là ! Par là où ? Il n’y a que la pente glacée et abrupte. Tout est blanc. Aucune empreinte. Je remonte chercher mon sac et me positionne sous Daoud au cas où il glisserait. Glisser, faudrait pas, je ne sais pas où on s’arrêterait. Daoud prend son temps, fait bien ses pas. D’un seul coup, il glisse et part. J’ai juste le temps de planter mes deux bâtons sur sa trajectoire. Il s’emplafonne dessus mais ça l’arrête. Ouf ! Ses deux bâtons sont cassés net. Accrochés aux rochers, on se demande ce qu’on fout ici et comment on peut être si inconscient. Partout la neige immaculée descend dans les profondeurs des nuages sans qu’on y puisse rien voir. Est-ce que le degré de la pente permet vraiment de continuer sachant qu’il est pratiquement impossible de remonter. Ou alors nous devons laisser les sacs. Une heure que nous sommes partis du col et nous sommes coincés ici. L’orage se rapproche, on l’entend gronder de façon sourde et prolongée. Pour conclure : c’est la panique. Daoud me dit qu’il avait aperçu la météo et qu’ils annonçaient des orages en fin d’après-midi. Il me dit aussi qu’il avait lu quelque part que ce col était difficile… en été. Sans toute cette neige qui est tombée ! Il ne faut pas rester là. L’orage à cette altitude sans abri, non merci ! Il faut tenter quelque chose. À gauche vers la falaise ou à droite. Je pars tester une nouvelle fois à droite. Avec les bâtons, je me tiens bien. J’avance en gardant la même hauteur sur une centaine de mètres. Toujours rien. Que de la neige et cette pente qui m’attire. Ça fait comme un arc de cercle avec un trou, comme un volcan. Je continue cette fois en inclinant ma trajectoire. Après encore une centaine de mètres, j’arrive sur une partie rocheuse non recouverte de neige. Pas trace de chemin ici. Encore plus loin, toujours la même glace et la même pente, je continue. Bientôt, c’est trop incliné. Je ne peux pas. Ça m’énerve. Il y a forcement un passage quelque part. Je cherche plus bas, plus haut, je marche, je marche et enfin, enfin des traces. Je m’approche. Non, ce n’est qu’un animal. Encore, encore, cette fois, j’y suis, c’est bien des empruntes. Elles descendent tout droit, certes, donc avec des crampons, sûr, mais c’est mieux que rien. Je commençais à désespérer. Autour de moi, en levant la tête, que du blanc. Depuis combien de temps ai-je quitté Daoud ? Une demi-heure environ. Je remonte. Je suis mes traces en fait. Daoud n’a pas bougé. Je l’entendais m’appeler avant de le voir. – Alors ? – Alors, il y a des pas, par là, environ quatre à cinq cents mètres à droite, tout en flanc bien incliné comme ici dans la glace. Ça fait comme un arc de cercle. Mais je ne suis pas sûr des traces. Elles descendent tout droit. Le mec devait avoir des crampons. Mais ça va, l’air chaud fait fondre la glace et nos pieds s’enfoncent de plus en plus. On n’a pas le choix de toute façon. Ok ? – Putain, il me dit, faut que ça passe ! T’entends comme l’orage va être mauvais ! Nous partons donc, avec les sacs cette fois, mais ils permettent finalement de nous donner plus de poids. Avec ses petits bâtons cassés, je me positionne sur sa trajectoire. On arrive aux premières traces. – Tu te fous de ma gueule, il m’dit, c’est une bestiole ça, putain ! – Ok, il y en a d’autres plus loin mais ça descend pareil de toute façon. Mais tu vas voir, c’est possible de descendre, il faut rester bien droit, et se tordre la cheville dans le sens opposée à la descente. De grosses gouttes d’orage tombent. Avec précaution, en faisant des virages, en contournant les précipices, nous descendons petit à petit. C’est immense la montagne quand on est perdu comme ça. Ça n’a pas de fin. La glace continue de fondre. C’est donc de plus en plus facile mais l’orage gronde de plus en plus fort. Qu’est-ce que je vois là-bas ? On dirait des silhouettes, des gens. Il y a des gens là-bas, deux personnes. Nous sommes sauvés ! On a mis trois heures à descendre du col. On est en Italie. Les gens sont bien des gens et pas des fantômes. Et même, ce sont des Français, enfin des Suisses francophones et on comprend parfaitement quand ils nous disent que nous sommes les premiers de la saison à avoir franchi le col de la Lose, qu’il est d’ailleurs encore interdit, même avec du matériel ! C’est trop grave, nous sommes complètement inconscients. On aurait pu glisser sur des centaines de mètres. Si la vue avait permis de rendre compte de la difficulté, nous ne nous serions jamais engagés. Bref, l’orage est là, il pleut de plus en plus fort, il faut trouver un abri. Ça tombe bien puisque les gens ont la clé d’un refuge. Le problème, c’est qu’ils ne le trouvent pas. En fait, il est caché en plein dans une falaise de deux cents mètres qui tombe dans le lac. Le fameux lac aperçu pendant cinq minutes d’en haut et qu’on a bien cru ne jamais revoir. Deux chemins y mènent avec des cordes, en escalade. L’un d’eux passe le long de la cascade mais il ne m’inspire pas. L’autre me paraît plus accessible. Je le choisis, si on peut appeler ça un choix. Bref, il y a bien quelques cordes mais je dois de nouveau passer une partie glacée au milieu de la descente. C’est encore plus raide que tout à l’heure et bien glissant mais je m’engage. D’un seul coup, un pied part, je pars, c’est la chute ! Un moment de panique inoubliable. Je plante mes ongles, mes coudes, je me raidis, me tortille, balance les bâtons, rien à faire, je prends de la vitesse. Je vais m’éclater comme un oeuf. Un rocher dépasse au milieu, c’est sur lui que j’arrive, j’ai juste le temps de le voir, je suis dessus, mes jambes font ressort, je suis projeté sur le côté dans la roche. Fin de la chute. Je bouge un peu. Je ne suis pas mort. Je crois que je n’ai rien de cassé non plus. Je tremble comme une feuille. J’ai eu si peur. J’ai eu tellement de chance. J’aurais vraiment pu crever ici. Il y aurait eu une petite plaque avec mon nom, en plus de celles qui existent déjà à l’entrée du refuge. Je me remets sur mes jambes, remonte un peu récupérer mes bâtons et ce qui a été éjecté du sac. Et là, je pense à Daoud. Daoud, non ! Je ne le vois pas en levant la tête. J’espère qu’il ne m’a pas suivi. La faille est vertigineuse, impossible à passer. On le voit clairement d’en bas. Je vais voir l’autre chemin, je vois les gens qui arrivent - forcément, j’ai été plus vite qu’eux - mais pas Daoud. Il pleut beaucoup maintenant et les éclairs illuminent les nuages dans lesquels nous sommes. Enfin, Daoud est derrière eux. Je le vois qui s’accroche aux cordes, qui donne ses dernières forces en escaladant les parois trempées avec son gros sac et le vide qui mène au lac, dessous, très bas. Quand ils arrivent, je suis tout blanc, mes jambes ne cessent de trembler mais je n’ose rien dire. L’orage explose démesurément. Les gens nous disent qu’on peut rester ici, avec eux et même dormir car le temps ne s’arrangera pas avant demain. Ce sont des randonneurs chevronnés, ils en ont vu d’autres. Ils essaient de nous rassurer et de parler d’autres choses mais on a eu trop d’adrénaline aujourd’hui. Sous le refuge, il y a une petite chambre, elle sera pour nous. L’orage est impressionnant, jamais vu un truc pareil, ça pète dans tous les sens toute la nuit et il pleut à torrent. Heureusement, on n’est pas dehors, encore sur un flanc de montagne. Heureusement ! Mais c’est fini la montagne, c’est fini. On veut voir la mer !
Traquer les castors.
Vous avez lu Jack London et les écrivains chasseurs de Missoula, vous pensez tout connaître de la chasse aux castors ? J'étais comme vous !
Jusqu'au jour où il fallu chasser le castor en Afrique du Sud. Les frimas antarctiques parvenaient-ils jusque là ? Ou bien ma guide était-elle givrée ? D'autant que la chasse débuta dans les zones industrielles du Cap. Drôle de safari !
Voilà l'histoire. J'aime rouler, comme d'autres aiment marcher. Or ma Co, un peu lassée de passer la moitié de l'année comme un oiseau sur la branche, perchée dans un Land Rover et secouée comme un prunier, souhaitait une base. Elle redouble d'ingéniosité pour ne pas effaroucher le pigeon voyageur et sa dernière trouvaille est de poser le lit de la maison africaine... sur roulettes. Or roulettes, en anglais c'est castors !
D'usines en grossistes nous voilà donc en quête de castors. Celles-ci seraient de la bonne taille mais leur flanc blanc rappelle les cabriolets vintage (je n'ai pas l'intention de faire le tour du quartier dans cet appareil), les suivantes sont trop sophistiquées et leur crampons inadaptés au béton ciré. Le bon modèle trouvé, se pose la question des freins : sur deux roues ou sur quatre ? Je fais remarquer qu'avec seulement deux roues freinées, on risque l'embardée, voire le tête-à-queue.
Le sofa aux castors
Hips Woodstock est le nouveau quartier branché du Cap, mais dans cette usine reconvertie en fabrique de tendances, le hic c'est que les hipsters se nourrissent de salades et de jus non distillés. Par chance, dans l'atelier voisin, Rosetta sélectionne les meilleurs cafés du monde, les torréfie fraîchement elle-même et les sert moulu a mano. Le pur arabica du Nicaragua est un puissant anti-narcotique. Plus loin, les anciens moulins de la ville sont un autre lieu tendance. Je déniche dans une cave le seul brandy élaboré dans le Désert du Kalahari et si un aveugle ne l'en trouverait pas meilleur, pour un assoiffé de désert ce berceau change tout. Bouteille élancée, robe tirant au rooibos -ou est-ce le souvenir des dunes rouges?-, plutôt sec en bouche, 43° d'alcool, comme de Celsius au pays. Dès la première gorgée le soleil couchant sculpte les nuages gris en continents flamboyants.
Noir Il pleut rarement dans la vallée située immédiatement au nord des Swartberg Mountains et, ce matin, on comprend bien pourquoi. Les masses nuageuses prélevées sur l'Océan Indien se heurtent à un barrage infranchissable. Pour être noires, les Swartberg le sont, coiffées d'un niqab lourd qui, à mesure de notre progression, s'allégera en une mantille gris perle laissant entrevoir une arête, un renflement, puis s'effacera au col, dévoilant la beauté nue.
Quand la réalité dépasse la fiction Cape Town Films Studios est installé au bord de la N2. Là, sont reconstitués des galions plus grands que la petite mer censée les porter -le cinéma, ce leurre. De l'autre côté de la route s'étend Mitchells Plains, le plus peuplé des townships du Cap, cinq cent mille personnes en galère. Mais qui, aujourd'hui, serait intéressé par un film à ce sujet ?
L'arbre et les hommes (spleen) Mon voisin était vieux et malade. C'est ce qu'ont avancé les hommes pour le passer au scanner. Scanner fatal, voilà mon voisin découpé en tranches -il était trop vieux pour les planches. Les hommes, qui ramènent tout à eux, ont dispersé les rondelles de l'infortuné et, sur ses anneaux concentriques, ont reporté les dates de leurs péripéties, de la naissance de Richard III au centre du tronc à la fin de l'apartheid près de l'écorce. On voit bien que feu mon voisin, même couché, les dépasse. Lui et moi sommes des Common Yellowwood de l'Outeniqua et, bien que nous soyons communs (pas plus communs, en réalité, que les taxinomistes qui nous ont ainsi réduits) nous avons droit à notre réserve, dont je sors exceptionnellement aujourd'hui. De fait, nous sommes parqués et les hommes communs doivent payer un droit de visite à d'autres, habillés en vert, pour nous approcher. Ils ne viennent guère parce qu'il faut marcher et maintenant je m'ennuie. Mon voisin et moi étions contemporains, à une cinquantaine d'années près -que sont cinquante tours de soleil lorsqu'on est âgé de six siècles- et nous nous sommes payés du bon temps -j'ai le souvenir de Khoisans nous escaladant pour échapper aux éléphants- mais depuis quelques décennies ce n'est plus ça. Moi aussi j'aspire à la gloire posthume et je me demande si je ne vais pas demander un scanner à la tronçonneuse.
Évolution L'espèce a mis des siècles pour passer d'une existence nomade de chasseur-cueilleur à une vie sédentaire et cultivatrice -son dernier avatar étant la Culture. Imaginez pareille révolution à l'échelle d'une vie ! L'homme avait sa carte chez 4X4 MegaWorld et le voilà chez Builders (genre Casto local ou Le Roi Merlin désenchanté). Il troque sa clef à griffe contre une perceuse et sa pince-étau contre une scie circulaire. Renonce à la lampe torche pour des ampoules basse tension (il sent bien que la sienne baisse aussi), remplace la pelle à désensabler par une bêche, les rivets par les vis à bois. Par chance, la maison africaine est située dans le désert : il évitera l'affront de la tondeuse à gazon. La femme est au rayon graines (citrouilles blanches, rhubarbe, navets, betteraves, un coup à prendre racines) quand l'homme fait un malaise allée 17: au rayon peintures, il a vu la vie en rose.
Le Defender transformé en camionnette et le baroudeur en livreur
A trop s'épancher... … le cœur est tombé dans la vasque. C'est une manie en Afrique du Sud, plus grave qu'en Californie ou en Australie: il mettent des cœurs partout. De toutes les tailles et dans toutes les matières (métal, bois, ciment, fil de fer, parfois barbelé, grillage (tout un programme), céramique, tissu, perles...), seuls ou associés à une maxime définitive quand ce n'est pas à la croix des chrétiens. Mais c'est la première fois que j'en vois un formé de galets libres tapissant le fond du lavabo.
Haut les cœurs ! Toutes les familles de Steytlerville pavoisent dans la grand rue, jour et nuit, toute l'année, même celles qui résident dans le township. Une petite centaine d'oriflammes flottent sur le terre-plein central et chacune porte le blason d'une famille. Ceux des familles d'origine européenne ont le plus souvent un fond d'écusson tandis que ceux des familles xhosas sont portés par un bouclier de peau oblong et deux lances entrecroisées. Les motifs de bétail reviennent souvent mais aussi les haches, les symboles religieux ou de pouvoir et bien sûr les lions. Il y a même les Fitzhenry dont les armes feraient pâlir la famille royale d'Angleterre (d'autant que leurs voisins sont les Middleton). Certains ont ajouté une devise. En latin pour les familles venues d'Europe, Confido in deo, Alte volo, Suaviter ou Pro veritate, en xhosa pour les autres, Abantu basemlanjeni (Ceux de la rivière), Masihlangane simanyane (Unissons-nous) ou Sebenzima waphumelela (Durement gagné).
San sousi Quelques maisons précaires au bord d'une piste perdue. Les habitants sont absents et il n'est pas possible de lever ce doute : s'agit-il de Bushmen (Bochimans, en français) qui préfèrent l'appellation de San ? Premiers et derniers chasseurs-cueilleurs d'Afrique Australe, ils sont de plus en plus contraints à la sédentarisation. Y prendraient-ils goût au point de nommer le lieu « San sousi » ? Vais-je, moi aussi, devoir apposer une pancarte « Sam Suffy» ?
29, le jour le plus hot Les jours précédents, Nathan et Kashief ont creusé, à la main, une tranchée de quatre-vingt mètres de long, profonde de quarante centimètres et large d'autant, pour enfouir la ligne électrique qui alimente la pompe du forage. Elle serpentait en surface depuis toujours mais les normes parviennent désormais jusqu'ici. Nous partageons des rafraîchissements et je les fais rire en disant qu'ils s'en tirent bien car en Europe c'est à cinquante centimètres de profondeur qu'ils auraient dû creuser. Le câble passé sous gaine dans la matinée, ils doivent reboucher avant la nuit. Je parie qu'ils n'y parviendront pas. A l'heure du soleil meurtrier nous les trouvons profondément endormis à même le ciment d'un auvent. Chut. Nathan porte un ample bonnet rasta et la pilosité pour le retenir alors que Kashief est vêtu d'un bleu de travail local, pantalon coupé en bermuda, et coiffé d'une casquette de base ball. Chaque pelletée soulève un soupir de poussière et ils foulent le rebouchage en mesure, dansant dans leurs fausses Nike. L'Américain semble abattre plus de boulot que le Jamaïcain mais celui-ci a un sens consommé de l'économie de moyens. Le choc des pelles heurtant les pierres nous parvient plus souvent en mono qu'en stéréo. Par moment ils se redressent, remontent leurs Ray-Ban chinoises pour contempler ce qui est fait et affrontent du regard ce qui reste. Jusqu'au moment de la bascule. Alors, la joie d'en finir efface la fatigue. Il faudra pourtant revenir demain. La température était proche de 40° à l'ombre. Leur salaire journalier est de cent rands (env. six euros).
Un feu d'enfer L'Afrique du Sud subit la pire sécheresse depuis un siècle. Une des vallées désertiques des Swartberg Mountains est en feu depuis des jours. La nuit, la fumée éclairée par l'incendie fait une crinière rousse à la montagne. Ce soir, attisé par le vent antarctique, le feu a franchi la crête et dévale la pente vers le village. Vue de la maison, le panache de fumées rouges aidant, la progression forme comme des coulées de lave. Pompéi et pompier ont-ils la même racine ? Point de Canadairs ici, seulement des paysans et leurs citernes attelées aux tracteurs. Combien de tortues, de fourmis et de serpents carbonisés, combien de protéas calcinés, combien d'années faudra-t-il pour revivre ici ? Paradoxalement, c'est la partie opposée à Die Hel (l'Enfer) qui brûle : la Nature est inculte ! Sur le téléphone français je reçois un sms. Alerte Orange : en prévision d'orages, débranchez votre Live Box. Je brûlerais mille Box, comme des cierges, pour un orage ici. Einaudi frappe le piano comme on frappe le feu avec des couvertures. Au matin le vent s'est retourné et souffle un feu de forge vers Die Hel. L'incendie, porté par les protéas en fleurs et le fynbos desséché, devra parcourir les quarante kilomètres de la vallée pour rentrer chez lui. A moins que l'orage attendu demain ne lui coupe la retraite une bonne fois pour toutes et qu'on en termine avec ces histoires. Les bâtiments du Parc sont assiégés par les flammes, des plantations périphériques d'oliviers ont brûlé (l'olive grillée ça ne vaut rien) et quelques habitations sont menacées. Arrivent alors des hélicoptères jaunes vrombissants, un filin retenant une outre qu'ils remplissent en quelques secondes, en vol stationnaire au-dessus des étangs servant à l'irrigation, et larguent sur les foyers. Si le soleil pouvait rester couché sur l'horizon, l'oriental ou l'occidental, comme il lui plaira, et nous épargner sa parade zénithale.
Le sofa aux castors

Hips Woodstock est le nouveau quartier branché du Cap, mais dans cette usine reconvertie en fabrique de tendances, le hic c'est que les hipsters se nourrissent de salades et de jus non distillés. Par chance, dans l'atelier voisin, Rosetta sélectionne les meilleurs cafés du monde, les torréfie fraîchement elle-même et les sert moulu a mano. Le pur arabica du Nicaragua est un puissant anti-narcotique. Plus loin, les anciens moulins de la ville sont un autre lieu tendance. Je déniche dans une cave le seul brandy élaboré dans le Désert du Kalahari et si un aveugle ne l'en trouverait pas meilleur, pour un assoiffé de désert ce berceau change tout. Bouteille élancée, robe tirant au rooibos -ou est-ce le souvenir des dunes rouges?-, plutôt sec en bouche, 43° d'alcool, comme de Celsius au pays. Dès la première gorgée le soleil couchant sculpte les nuages gris en continents flamboyants.
Noir Il pleut rarement dans la vallée située immédiatement au nord des Swartberg Mountains et, ce matin, on comprend bien pourquoi. Les masses nuageuses prélevées sur l'Océan Indien se heurtent à un barrage infranchissable. Pour être noires, les Swartberg le sont, coiffées d'un niqab lourd qui, à mesure de notre progression, s'allégera en une mantille gris perle laissant entrevoir une arête, un renflement, puis s'effacera au col, dévoilant la beauté nue.
Quand la réalité dépasse la fiction Cape Town Films Studios est installé au bord de la N2. Là, sont reconstitués des galions plus grands que la petite mer censée les porter -le cinéma, ce leurre. De l'autre côté de la route s'étend Mitchells Plains, le plus peuplé des townships du Cap, cinq cent mille personnes en galère. Mais qui, aujourd'hui, serait intéressé par un film à ce sujet ?
L'arbre et les hommes (spleen) Mon voisin était vieux et malade. C'est ce qu'ont avancé les hommes pour le passer au scanner. Scanner fatal, voilà mon voisin découpé en tranches -il était trop vieux pour les planches. Les hommes, qui ramènent tout à eux, ont dispersé les rondelles de l'infortuné et, sur ses anneaux concentriques, ont reporté les dates de leurs péripéties, de la naissance de Richard III au centre du tronc à la fin de l'apartheid près de l'écorce. On voit bien que feu mon voisin, même couché, les dépasse. Lui et moi sommes des Common Yellowwood de l'Outeniqua et, bien que nous soyons communs (pas plus communs, en réalité, que les taxinomistes qui nous ont ainsi réduits) nous avons droit à notre réserve, dont je sors exceptionnellement aujourd'hui. De fait, nous sommes parqués et les hommes communs doivent payer un droit de visite à d'autres, habillés en vert, pour nous approcher. Ils ne viennent guère parce qu'il faut marcher et maintenant je m'ennuie. Mon voisin et moi étions contemporains, à une cinquantaine d'années près -que sont cinquante tours de soleil lorsqu'on est âgé de six siècles- et nous nous sommes payés du bon temps -j'ai le souvenir de Khoisans nous escaladant pour échapper aux éléphants- mais depuis quelques décennies ce n'est plus ça. Moi aussi j'aspire à la gloire posthume et je me demande si je ne vais pas demander un scanner à la tronçonneuse.
Évolution L'espèce a mis des siècles pour passer d'une existence nomade de chasseur-cueilleur à une vie sédentaire et cultivatrice -son dernier avatar étant la Culture. Imaginez pareille révolution à l'échelle d'une vie ! L'homme avait sa carte chez 4X4 MegaWorld et le voilà chez Builders (genre Casto local ou Le Roi Merlin désenchanté). Il troque sa clef à griffe contre une perceuse et sa pince-étau contre une scie circulaire. Renonce à la lampe torche pour des ampoules basse tension (il sent bien que la sienne baisse aussi), remplace la pelle à désensabler par une bêche, les rivets par les vis à bois. Par chance, la maison africaine est située dans le désert : il évitera l'affront de la tondeuse à gazon. La femme est au rayon graines (citrouilles blanches, rhubarbe, navets, betteraves, un coup à prendre racines) quand l'homme fait un malaise allée 17: au rayon peintures, il a vu la vie en rose.
Le Defender transformé en camionnette et le baroudeur en livreur

A trop s'épancher... … le cœur est tombé dans la vasque. C'est une manie en Afrique du Sud, plus grave qu'en Californie ou en Australie: il mettent des cœurs partout. De toutes les tailles et dans toutes les matières (métal, bois, ciment, fil de fer, parfois barbelé, grillage (tout un programme), céramique, tissu, perles...), seuls ou associés à une maxime définitive quand ce n'est pas à la croix des chrétiens. Mais c'est la première fois que j'en vois un formé de galets libres tapissant le fond du lavabo.
Haut les cœurs ! Toutes les familles de Steytlerville pavoisent dans la grand rue, jour et nuit, toute l'année, même celles qui résident dans le township. Une petite centaine d'oriflammes flottent sur le terre-plein central et chacune porte le blason d'une famille. Ceux des familles d'origine européenne ont le plus souvent un fond d'écusson tandis que ceux des familles xhosas sont portés par un bouclier de peau oblong et deux lances entrecroisées. Les motifs de bétail reviennent souvent mais aussi les haches, les symboles religieux ou de pouvoir et bien sûr les lions. Il y a même les Fitzhenry dont les armes feraient pâlir la famille royale d'Angleterre (d'autant que leurs voisins sont les Middleton). Certains ont ajouté une devise. En latin pour les familles venues d'Europe, Confido in deo, Alte volo, Suaviter ou Pro veritate, en xhosa pour les autres, Abantu basemlanjeni (Ceux de la rivière), Masihlangane simanyane (Unissons-nous) ou Sebenzima waphumelela (Durement gagné).
San sousi Quelques maisons précaires au bord d'une piste perdue. Les habitants sont absents et il n'est pas possible de lever ce doute : s'agit-il de Bushmen (Bochimans, en français) qui préfèrent l'appellation de San ? Premiers et derniers chasseurs-cueilleurs d'Afrique Australe, ils sont de plus en plus contraints à la sédentarisation. Y prendraient-ils goût au point de nommer le lieu « San sousi » ? Vais-je, moi aussi, devoir apposer une pancarte « Sam Suffy» ?
29, le jour le plus hot Les jours précédents, Nathan et Kashief ont creusé, à la main, une tranchée de quatre-vingt mètres de long, profonde de quarante centimètres et large d'autant, pour enfouir la ligne électrique qui alimente la pompe du forage. Elle serpentait en surface depuis toujours mais les normes parviennent désormais jusqu'ici. Nous partageons des rafraîchissements et je les fais rire en disant qu'ils s'en tirent bien car en Europe c'est à cinquante centimètres de profondeur qu'ils auraient dû creuser. Le câble passé sous gaine dans la matinée, ils doivent reboucher avant la nuit. Je parie qu'ils n'y parviendront pas. A l'heure du soleil meurtrier nous les trouvons profondément endormis à même le ciment d'un auvent. Chut. Nathan porte un ample bonnet rasta et la pilosité pour le retenir alors que Kashief est vêtu d'un bleu de travail local, pantalon coupé en bermuda, et coiffé d'une casquette de base ball. Chaque pelletée soulève un soupir de poussière et ils foulent le rebouchage en mesure, dansant dans leurs fausses Nike. L'Américain semble abattre plus de boulot que le Jamaïcain mais celui-ci a un sens consommé de l'économie de moyens. Le choc des pelles heurtant les pierres nous parvient plus souvent en mono qu'en stéréo. Par moment ils se redressent, remontent leurs Ray-Ban chinoises pour contempler ce qui est fait et affrontent du regard ce qui reste. Jusqu'au moment de la bascule. Alors, la joie d'en finir efface la fatigue. Il faudra pourtant revenir demain. La température était proche de 40° à l'ombre. Leur salaire journalier est de cent rands (env. six euros).
Un feu d'enfer L'Afrique du Sud subit la pire sécheresse depuis un siècle. Une des vallées désertiques des Swartberg Mountains est en feu depuis des jours. La nuit, la fumée éclairée par l'incendie fait une crinière rousse à la montagne. Ce soir, attisé par le vent antarctique, le feu a franchi la crête et dévale la pente vers le village. Vue de la maison, le panache de fumées rouges aidant, la progression forme comme des coulées de lave. Pompéi et pompier ont-ils la même racine ? Point de Canadairs ici, seulement des paysans et leurs citernes attelées aux tracteurs. Combien de tortues, de fourmis et de serpents carbonisés, combien de protéas calcinés, combien d'années faudra-t-il pour revivre ici ? Paradoxalement, c'est la partie opposée à Die Hel (l'Enfer) qui brûle : la Nature est inculte ! Sur le téléphone français je reçois un sms. Alerte Orange : en prévision d'orages, débranchez votre Live Box. Je brûlerais mille Box, comme des cierges, pour un orage ici. Einaudi frappe le piano comme on frappe le feu avec des couvertures. Au matin le vent s'est retourné et souffle un feu de forge vers Die Hel. L'incendie, porté par les protéas en fleurs et le fynbos desséché, devra parcourir les quarante kilomètres de la vallée pour rentrer chez lui. A moins que l'orage attendu demain ne lui coupe la retraite une bonne fois pour toutes et qu'on en termine avec ces histoires. Les bâtiments du Parc sont assiégés par les flammes, des plantations périphériques d'oliviers ont brûlé (l'olive grillée ça ne vaut rien) et quelques habitations sont menacées. Arrivent alors des hélicoptères jaunes vrombissants, un filin retenant une outre qu'ils remplissent en quelques secondes, en vol stationnaire au-dessus des étangs servant à l'irrigation, et larguent sur les foyers. Si le soleil pouvait rester couché sur l'horizon, l'oriental ou l'occidental, comme il lui plaira, et nous épargner sa parade zénithale.
Le grand Iwan
Frontière iranienne.
Une dizaine d’Afghans s’agitaient quelques kilomètres avant la frontière. Soudain, deux pick-up sortirent du désert et vinrent se coller au bus qui stoppa sur un signe des kalachnikovs. Sans comprendre, on saisit les traits sur les visages qui trahissent l’émotion. Impatience, angoisse et échange de sourires de compassion pour se souhaiter bonne chance. On devine aussi qu’ils gagnent l’Iran illégalement avec des passeurs de frontière. En échange d’une poignée de billets donnée de la main à la main, ils sautent dans des pick-up qui partent en trombe dans ces fossés et ces carrières de pierres qui jalonnent le désert. Autant d’Afghans qui émigrent chaque jour pour chercher l’argent disparu de leur propre pays. C’est ainsi sur toutes les frontières du monde entre des pays qui ne possèdent pas les mêmes richesses… dans une page de l’histoire. Entre deux montagnes de roches infranchissables, de barbelés et de mines, la ville frontière de Taftan s’étend dans une vallée balayée par les vents de sable. À peine arrivés dans un carrefour entre deux pistes qui semble être le centre de ce village fantôme, nous sommes assaillis par des hommes qui veulent échanger leur argent contre le nôtre et en tirer un petit bénéfice. Un euro vaut 76 roupies pakistanaises, et 1.500.000 rials iraniens. J’ai 3.200 roupies, combien dois-je obtenir de rials ? Tout absorbé par mes calculs, je ne prêtais pas attention au drame qui se jouait à côté de moi. Un des hommes, un peu trop sûr de lui, prit une gifle qui claqua comme un coup de fusil, décochée par l’une des deux petites Japonaises qui nous suivaient depuis Quetta, profitant d’une présence occidentale pour traverser ces contrées tribales et machistes. Tous ces hommes s’emportèrent alors comme une volée de chasseurs sur une perdrix et j’ai bien cru, un moment, qu’ils allaient la pendre. La fatigue de ces nuits sans sommeil conjuguée à l’angoisse de cette ambiance frontalière, à l’extrémité du monde, où la corruption et le trafic dominent, avaient eu raison de ses nerfs. Sa main était partie toute seule mais je crois qu’elle rêvait, depuis longtemps, de rabattre l’orgueil de ces hommes, pour toutes les femmes qui souffrent en silence. Sans se démonter, elle continua de hurler, fièrement, sous les menaces de l’homme, qui finit par laisser tomber, appelant tous les diables que son langage lui permettait sous la surveillance du Très Haut. Les autres hommes riaient dans leur moustache, se moquaient de l’imprudent qui venait de perdre son honneur et traitèrent dorénavant avec respect et admiration la toute petite femme sous son voile mauve qui la gênait tant. A la douane, des militaires, aussi bruts dans leurs gestes et leurs paroles que des SS sous Hitler, suspectèrent nos sacs et plus particulièrement nos livres. Enfin, nous traversions le portait métallique qui nous séparait de la Perse. Des voitures neuves attendaient devant pour rejoindre Zehidan, la première ville de l’Est iranien, par une route asphaltée impeccable qui traçait une droite rectiligne dans la plaine de sable s’étendant à tout l’horizon. C’en était fini des pistes chaotiques et modelées par les paysages tropicaux de l’Asie, des bus sans fenêtre dont les moteurs semblent s’épuiser définitivement à chaque vallon… À Zehidan, les Japonaises prennent un bus pour Mechhed 600 km au nord. Nous leur souhaitons bonne chance et, surtout, leur conseillons de se reposer afin d’être plus détendues lors d’une prochaine mésaventure. Elles paraissaient si fatiguées... À nouveaux seuls, apaisés d’avoir franchi cet obstacle, nous prenons une chambre dans le premier hôtel venu. La porte fermée, nous sortons de nos sacs la liasse de billets cachée depuis Quetta où le change était plus favorable. Elle n’a pas disparu, évaporée dans la soute moite du bus qui traversait la nuit. Une grosse somme d’argent. Nécessaire pour un mois en Iran où les banques ne sont pas connectées au réseau international. Les élastiques sautent, la liasse large d’une main s’envole dans les airs. Nous sommes recouverts de centaines de billets verts et gris. On est riches, mon gars ! Le sommeil, alors, ne tarde pas à venir nous prendre. Nous aviserons demain pour la suite. Demain seulement, nous réaliserons dans quel nouveau monde nous sommes rendus, à quelle atmosphère nous devrons nous mêler, avec quel degré d’hospitalité, la population iranienne nous recevra chez elle pendant notre séjour.
Route de Kermân
L’Iran n’apparaît pas. Huit heures dans le bus sans croiser un chameau, dans un désert de cyclones et un fond de montagnes immenses et stériles jusqu’aux neiges éternelles qui les recouvrent, sans doute à une centaine de kilomètres, sur la frontière afghane. Le bus fonce à toute allure mais il semble, dans l’immensité, qu’on soit immobiles. La journée passe, autant de kilomètres parcourus sans que l’Iran ne veuille se montrer. Elle est un mirage. Un conte des mille et une nuits, imaginé par des âmes égarées trop longtemps sous le soleil atterrant de ce désert… Le paysage devient ennuyeux. Un relais, une voiture arrêtée sur le côté, restent visibles pendant plusieurs minutes, voire une dizaine de minutes, avant de passer dernière nous. Nous roulons pourtant à vive allure. Dire que le Suisse rencontré à Lahore venait de parcourir ce désert du Lout à vélo ! Que certains le font à pied, jusqu’en Chine, comme Bernard Olivier ! Et que d’autres, pour tenter de rentrer dans le livre des records, tournent en moto autour de l’Iran, sans s’arrêter, à part la nuit, pendant plusieurs semaines… Le chauffeur glisse un DVD. Le film commence. Pas de cinéma iranien qui nous aurait intéressés, non, un film français. Taxi avec Samy Naceri. Un film français au fond du désert sud de l’Iran. À plus de 5.000 km de chez nous. Ce n’est pas une coïncidence au moment où la France nous manque singulièrement. Juste en sortant d’Asie, passés le désert du Baloutchistan, notre pays nous appelle… Le film a sans doute été vendu pour faire la promo des voitures, puisqu’en Iran, il n’y a de neuf que Peugeot. Il y en a beaucoup. J’espère pour eux qu’elles n’ont pas été sabotées comme le film que la censure défigure chaque fois qu’il y apparaît une femme dévoilée… Enfin, c’est amusant de voir que l’humour peut être internationalisé car on entend les gens rire. À un check point sur la route, des militaires antipathiques cherchent dans nos yeux un doute, un signe qui les inciterait à nous fouiller. Nous n’avons presque rien à nous reprocher. Pas d’alcool, pas de drogue, pas de photo de femmes impudiques. Mais nous avons quelque chose de plus interdit encore. De plus dangereux dans la lutte d’un peuple sans liberté. Un livre. Un livre d’Omar Khayyâm. Ses plus beaux poèmes revus et corrigés par Hedayat : une hérésie…
Quel homme n’a jamais transgressé Ta loi, dis ? Une vie sans péché, quel goût a-t-elle, dis ? Si tu punis le mal que j’ai fait par le mal, Quelle est la différence entre Toi et moi, dis ?
Heureusement, leurs noms n’apparaissent pas sur la couverture. Et, j’imagine que les militaires, pour la plupart, se contentent de regarder les images à défaut de pouvoir lire notre alphabet. Le bus repart enfin et, à la tombée de la nuit, nous franchissons le dernier col avant d’arrivée à l’oasis. Le désert parsemé de touffes d’herbe déjà jaunies se transforme alors en prairies, en cultures verdoyantes et en jardins sublimes éclaboussés de fontaines. Le mot paradis vient du farsi et veut dire jardin… Il n’y a en effet rien de plus beau et de plus rassurant qu’une oasis aux couleurs éclatantes dans un désert brûlé par le soleil. 18 degrés en sortant du bus et une pluie fine qui, poliment, nous accueille, avec ce goût, qui rappelle celui connu sous nos latitudes. Ce goût oublié depuis que nous errons sous les tropiques… Du fond de mon sac, je ressors un vieux pull chiffonné et échange mes claquettes contre des chaussures fermées, prêt à patauger dans les rues de la ville. Nous devons avoir quelques heures d’avance sur le temps, car nous remontons en principe avec le soleil et le printemps… Nous visitons plusieurs hôtels. Il ne semble pas qu’on essaie de nous arnaquer. Pourtant les prix ont doublé, triplé même, pour un standing identique. Finalement, nous choisissons une chambre double honorable, de plain-pied, qui donne sur une large cour ombragée par d’énormes platanes, près de la vieille ville. Notre hôte, un Arménien, s’empresse de nous servir le thé. Il sait que sa réputation dépendra de nous, quelque peu, qui allons continuer de voyager et semer son adresse au delà des frontières, parmi les voyageurs qui, si il nous donne satisfaction, finiront chez lui. La douche est chaude et les robinets brillants. Ce n’est plus un seau d’eau fraîche qu’on se jette à petit baquet dans une salle de bain inclinée sur un orifice béant. Ce n’est plus, non plus, des toilettes à la turque qui affermissent les cuisses, cependant, il n’y a toujours pas de papiers... Au coin de l’hôtel, l’odeur de mouton gras et parfumé vient nous allécher, puis dans des draps frais, nous nous endormons dans l’oasis de Kerman, pour une deuxième nuit iranienne, dans le murmure des contes de Schéhérazade.
Dans la rue
La première chose qu’on remarque en Iran, ce sont ces immenses peintures qui recouvrent des façades entières de bâtiments. La barbe épaisse, l’air grave et l’œil bienveillant sous de lourdes paupières broussailleuses, le visage de l’ayatollah Khomeyni, guide de la révolution islamique, mesure souvent une dizaine de mètres de haut et semble peser sur les villes. Il est l’âme d’une population qui s’est révoltée pour reprendre son destin en main. Il est l’âme du peuple perse, de toute son histoire, des fiers Darios et Xerxès, des sassanides qui dominèrent de l’Inde à l’Arabie, de l’invasion arabe qui répandit la loi du prophète, du culte des martyres Ali et Hussein des chiites, aux grands poètes, astrologues ou sufis Ferdowsi, Nezami, Djalal al-Din Rumi et Omar Khayyâm, des apogées Samanides et Seldjoukides, des villes légendaires de Samarkand et d’Ispahan, de l’histoire contemporaine du moderniste Rezâ Chah, du nationaliste Mossadegh et de sa première victoire économique sur les pays riches, enfin de l’insurrection qui renversa le dernier Chah, absolutiste aux mains de l’hégémonie occidentale, contre la prise de pouvoir des religieux depuis un quart de siècle qui risque de se voir renversée à son tour par les maîtres d’un monde qui ne se veut qu’américain. La deuxième chose qu’on observe, c’est le style vestimentaire. Ce ne sont plus les couleurs des saris de l’Inde, les grandes barbes et turbans des bergers du Pakistan. Mis à part les religieux dans leur longue tunique blanche et leur barbe noire, et les vieilles dames toutes en noires, voûtées, la population s’habille à l’occidentale. Les messieurs sont rasés en chemises et pantalons de toile grise pour les commerçants. En smoking pour les hommes d’affaires. Les jeunes femmes portent des jeans et des petits talons. Un voile obligatoire cache leurs cheveux mais elles lui donnent un style, une transparence et le tirent en arrière le plus possible laissant une frange sur le front qui met en valeur leur visage et leurs yeux maquillés. Les jeunes hommes en jean baskets laissent apparaître leurs muscles souvent gonflés par le body-building sous des tee-shirts moulants. Ils font hurler le moteur de leur voiture et passent avec de la musique qui carillonne aux oreilles devant les sorties des écoles, comme ça se fait chez nous. Bref l’attitude vestimentaire montre que les jeunes Iraniens ont attrapé le virus des marques et la folie de la mode, des corps qu’on met en valeur, des attraits matériels et modernes qui les font remarquer, et enfin des artifices occidentaux : belles voitures, poupées de luxe et consommation. On dirait notre monde. Celui où je retourne... Si encore je n’étais pas pressé ! Une musique a retenu particulièrement mon attention à Ispahan alors que j’étais invité par des jeunes que j’avais rencontrés. Dans leur voiture qui fonçait dans la ville, ils ont passé une musique et chanté, dans une ambiance électrique qui me rappelait certains concerts de hip hop, façon iranienne. Les instruments sont les milliers de poings, lourds, abattus sur des poitrines gonflées, en un rythme sourd, comme les battements d’un cœur géant, amplifiés d’un chant religieux, hurlé à la mémoire d’Hussein le martyre et une énergie vibrante de foi. Impressionnant comme la jeune génération, très nombreuse comme dans beaucoup de pays encore sous-développés, a gardé avec la foi, les valeurs absolues dictées par la religion, une communion pour partager les diverses espérances sociales, économiques et politiques. Ils n’ont pas du tout le pessimisme européen, la morosité ambiante de la France. Ils sont baignés dans une espèce d’euphorie optimiste, une confiance sans borne dans la destiné de leur pays. Nous sommes plus avancés mais eux vont plus vite… J’exagère sans doute mais laissez-moi continuer. Les Iraniens s’enrichissent grâce à l’abondance de pétrole sur leur terre qui va de paire avec le développement économique et l’accroissement de la population. De plus, la reconnaissance et la solidarité récente des pays de l’Islam leur donnent en parallèle cette énergie et cette assurance si puissantes que rien, j’ai l’impression, ne pourra étouffer…
Le bazar de Kermân
Centre de la ville, il débute sur la place centrale qu’entoure un jardin public puis s’enfonce par la porte immense, l’Iwan, décorée de dessins et de reliefs en céramique de cette fameuse couleur turquoise de Mechhed, très chère à l’Iran. Des kilomètres de galeries transpercées par le soleil qui diffuse une lumière tamisée, douce et délicate. Des ruelles s’échappent sur les côtés, des places aux croisements que le soleil inonde, d’autres quartiers du bazar, d’autres commerces, toujours reliés par ces galeries qui parfois s’enfoncent plus profondément dans la terre, parfois s’ouvrent sur une cour intérieure ou un jardin fleuri de fontaines. Sortis du bazar par une ouverture sur la cour d’une mosquée cachée dans le cœur de la ville faite d’une immense place dallée, entourée d’arcades recouvertes d’arabesques, de céramiques d’un bleu pur, de minarets élégamment cerclés de briques rouges, de remparts discrets cannelés et moulés dans la terre sableuse et la paille qui donne une teinte ocre et qui reflète et met en valeur les véritables couleurs des décorations. Au centre de la place, une fontaine agréable où se baignent les pigeons autour de quelques croyants débarbouillés qui s’apprêtent à la prière. Des pins parasols, immenses, s’élèvent ici et là. Ils abritent du soleil ardent, protègent un espace de verdure, un banc. Nous sommes assis depuis une heure dans le calme et la réflexion qu’éveillent en nous les découvertes de la Perse. Les villes d’Iran sont des petits bijoux de finesse, de couleurs et d’architecture arabe du désert. Les dômes des mosquées en bulbes semblent vouloir s’envoler comme des ballons, les pointes des minarets, à l’inverse, s’élancent finement et se détachent du ciel au-dessus de la ville. Les places sont agencées de façon claire et simple. On sent la justesse qui les compose. Les traits d’un peintre merveilleux. Quelques couleurs bien distinctes. La parcimonie. La beauté naturelle. L’équilibre. L’art perse. La céramique, les vases, les moindres objets sont décorés très finement et très précisément dans une multitude de traits et d’arabesques qui se révèlent quand on s’approche et qui donnent aussi une illusion, un éclat, une étrange et jolie apparence, quand on s’en éloigne. Tout est donc une opposition entre la beauté naturelle, la simplicité d’un ensemble grandiose, représenté par les dimensions des iwans, des mosquées, par l’étendue du désert, et la finesse et la précision des arabesques, des céramiques, des objets d’art, des pierreries minutieuses et foisonnantes de richesses délicates et minuscules. L’élégance de l’ensemble se reflète aussi sur les commerces. Un marchand d’étoffes disposera ses effets avec dévotion autour de lui, dans une profusion qui n’altérera pas la beauté des lieux mais qui au contraire, se fondra dans le paysage et lui octroiera plus de valeur. Dans le quartier des bijouteries, espace réservé aux plus beaux et plus riches commerces du bazar, tout ne sera que brillance, reflets et diamants étincelants qui vous laisseront les mêmes sensations que celles d’un rêve dans la caverne d’Ali Baba… Enfin, dans le bazar des épices, ce sont des allées silencieuses de pains de sucre, de sacs de riz, d’amoncellements d’amandes et de pistaches, de noisettes et de graines de melons, des bassines pleines d’abricots secs ou de gingembre, des assiettes de cuivre avec de la cannelle, du curry, du poivre, du safran et des graines de pavot, ainsi que des quantités de petites coupes d’anis, de vanille, de cumin, de clous de girofle et d’innombrables herbes et racines imprégnant l’air d’arômes exaltants. Dominant ces amoncellements, les maîtres de ces couleurs sont assis, les jambes croisées comme des bouddhas… Le cœur et l’âme des habitants sont sans doute construits de la même manière, dans cette opposition. Une attitude claire et sincère dans les relations, un esprit simple et serein dans la conscience populaire, dans l’hospitalité, les valeurs acquises, contre un foisonnement et une diversité dans d’autres domaines, certainement spirituels, que quelques semaines ne suffisent malheureusement pas à déceler…
Voyage organisé Flicasseries.
Ai-je le droit de dire que l’imbécillité policière et militaire est internationale ? J’ai franchement l’impression que l’uniforme emprisonne la raison. Trois heures du matin. Accident sur la route. Des militaires font la circulation et nous envoient, nous et des dizaines de bus et de camions, sur une piste qui longe la route. Bientôt celle-ci se révèle impraticable. Les ornières sont profondes. Le dessous des bahuts touche, le sable est mou ; ils s’enlisent. Nous progressons dans les phares qui s’entrecroisent, évitons ceux qui tentent un demi-tour, à tâtons, pour éviter les trop gros trous. Nous dépassons quantité de moins chanceux qui sont tombés dans un fossé, qui se sont retournés en essayant de remonter sur la route et qui se sont coincés dans le sable entre deux dunes. Une heure de perdue. Les hommes descendent des bus et s’agitent dans tous les sens, mêlant leur ombre aux lumières aveuglantes. Des groupes se forment pour pousser. Partout, les gens et les moteurs grondent. Ça bouge aussi dans notre bus. Nous devons descendre à notre tour. Seulement les hommes. Femmes et enfants restent à l’intérieur. Il fait très froid. Le centre de l’Iran est un plateau désertique : le Kuh-e Rud, dont les pics peuvent dépasser 4.000 mètres d’altitude. Notre chauffeur va tenter de franchir le fossé, de passer l’accotement et de remonter sur la route au-dessus de nous, sur la gauche. Avec un bus, je pense que c’est impossible. Mais, il se prépare, tourne ses roues, prend son élan, patine, monte un peu, puis s’incline de façon à prendre la pente de travers... Il monte encore… Est près de se renverser… Moi, j’hallucine. Je ne voudrais pas être à la place des femmes et des enfants à l’intérieur. Aussi loin que porte la vue, les phares des bus et des camions sillonnent ce désert où nous ont conduit les militaires. Ça ronfle, ça patine, ça hurle. Notre chauffeur tente l’impossible. Une accélération, un coup de volant, le bus s’élève sur une roue, fléchit et, dans un coup de maître, donne l’impulsion juste qui lui fait franchir l’accotement dans un froissement de tôle terminé par un choc sous la carcasse. Le bus est sur la route. Il ne s’est pas renversé. Miracle. Les hommes sourient, applaudissent. On peut repartir. Nous sommes les seuls. Jusqu’à quelle heure l’ensemble des véhicules restera coincé ? Combien d’entre eux vont se retourner et s’enliser dans ces rudes montagnes, rendues glaciales par la nuit ? Comment se fait-il que des personnes aient pris cette décision imbécile et irresponsable ? Trois fois cette nuit-là, les policiers nous font signe de nous arrêter. Policiers et militaires sont omniprésents en Iran et ne sont pas diplomates. Ils montent dans le bus, réveillent femmes et enfants en éclairant leur visage, choisissent quelques personnes, les font descendre et les fouillent scrupuleusement ainsi que leurs bagages. Jamais vu des gens aussi méprisants et sauvages, nous dévisageant méchamment avec l’air de dire, mon boulot est intéressant, j’empêche les citoyens de se compromettre… Dans un train, en Inde, une bande de militaires a picolé toute la soirée. Dans la nuit, l’un d’eux, chancelant, vient pisser dans notre compartiment sur le jeune Allemand qui dort au-dessous de nous, sur la paillasse la plus basse, et sur ses affaires. Réveillé, Daoud repousse le militaire égaré, malgré ses protestations ridicules, son air fier et son uniforme. Renvoyé dans le couloir, c’est à peine s’il ne réveille pas ses confrères pour nous mettre dehors en criant comme un forcené. Dire que c’est eux qui sont censés faire respecter les lois. Moi, ils me font peur. On n’est pas en sécurité partout où ils sont présents. Les gens baissent le regard. Pourtant, ils n’ont rien à se reprocher. Ils ont peur. Plus de police pour plus de sécurité : un euphémisme. Taxi
Après cette nuit sans sommeil, nous arrivons à la station de bus au petit matin et devons atteindre le centre ville pour y trouver une chambre. Rituel maint fois reproduit. Négocier un taxi, négocier le prix d’une chambre… Une perte de temps bien nécessaire pour ceux, comme nous, qui voyagent avec peu d’argent. Dans la rue, les taxis attendent. L’un d’eux, jeune excité, empêche toute concurrence en abaissant son prix de façon exagérée. On aurait dû se méfier… On lui demande de nous emmener dans un certain hôtel. Un que nous savons modeste et que des voyageurs croisés ces derniers jours nous ont conseillé. Lui, évidemment, dit qu’il ne connaît pas ce nom, que ça doit être fermé, et réussit à nous déposer devant un autre hôtel… Je descends donc, pour demander le prix, bien plus cher, et surtout, me renseigner pour l’hôtel que nous cherchons. Ce qui est grave, c’est que le monsieur de l’accueil me confirme que l’autre est fermé ! Incroyable, il a fermé dans la nuit. Pendant ce temps, Daoud est dans la voiture. Le jeune chauffeur a sorti un seau et semble laver ses vitres. J’explique à Daoud, en remontant, comme ces gens mentent sans scrupule. On est fatigués et on aimerait aujourd’hui que ce soit plus facile. On est las de toujours se battre, de devoir faire attention à ne pas se faire arnaquer, de toujours devoir négocier… Mais, pourquoi le coffre est-il ouvert ? Et le gars derrière, que fait-il ? Je suis certain que ce mec est en train de nous voler. En une seconde, on se précipite hors de la voiture pendant que lui ferme le coffre promptement et fait signe qu’on peut y aller. C’est ça, mon gars. Prends-nous pour des jambons. On ouvre le coffre et nous apercevons que les affaires ont été bousculées et qu’il a cherché à nous voler… Après vérification, rien ne semble manquer. Il n’a pas eu assez de temps. Il fait l’innocent et ne comprend pas l’anglais. Quand ça les arrange… La voiture repart. Nos décisions se ressentent de notre nuit sans sommeil. Et surtout, on est trop las pour se fâcher vraiment alors on lui dit simplement de nous déposer en ville et de partir. Quand même, il essaie de nous demander plus d’argent que prévu, il proteste, il claque la porte. Je te jure. Le petit con… Quelques semaines plus tard, Daoud s’aperçoit qu’il a égaré 40 dollars qu’il avait mis de côté. Les 40 dollars qui étaient dans la sacoche de son sac dans le coffre de la voiture à ce moment-là. Daoud se fâche. Il pense comme moi. Ne cherchons plus, c’est le taxi de Chiraz. C’est écœurant de se faire voler. Il n’y aurait pas eu autant de kilomètres à faire pour calmer notre colère que nous l’aurions retrouvé…
Chiraz
La ville est très jolie. Le fort, le bazar magnifique, les mosquées… Derrière une rivière de sable, un mausolée est à l’intérieur muré d’une multitude d’éclats de glace merveilleusement disposés. Dans la calme bibliothèque qui l’accole, nous choisissons un des nombreux textes de foi et admirons l’écriture calligraphiée à défaut de pouvoir la comprendre… Une demoiselle vient nous saluer. Elle s’enquiert discrètement de nos recherches et de nos identités avant de se présenter elle-même puis enfin, nous signale gentiment et avec un grand sourire que nous sommes installés dans la partie réservée aux femmes… Dans le bazar de Chiraz, en son milieu, une petite cour intérieure s’ouvre aux quatre coins, sur le labyrinthe des galeries. Je le signale quoique n’ayant aucun mot pour décrire cette simple place. Encore une fois, il faut la voir pour imaginer sa pure beauté, son atmosphère tranquille, tout ce que l’Orient nous montre d’élégance et de plaisir de vivre… Au retour de nos balades à travers la ville, nous ralentissons le pas, nous pesons nos mots, nos bras se croisent dans notre dos, nous sommes teintés de cette nonchalance tranquille, de ce souffle spirituel de sérénité, de cette légèreté émotionnelle qui émanent de ces murs, de ces places et de ce peuple… Pourtant, nous approchons d’un an de voyage et notre désir de rentrer ne peut plus être étouffé. Chaque nuit, mes rêves me font revivre les douces journées avec ma famille. Je ne peux penser sans angoisse à la distance et aux temps qui me séparent de mes frères et de mes parents. Le beau temps n’y fait rien. La richesse des lieux, le mouvement, les mystères résolus et les découvertes non plus. Je suis las de voyager. Je suis las de ne pas être dans un chez moi, de promener ma maison sur mon dos, d’avoir à faire chaque jour avec les soucis d’alimentation, de logement et de transport. J’ai l’impression d’avoir déjà tout vu et une minute de trop dans un lieu m’exaspère. J’étouffe. Des efforts me sont nécessaires pour m’intéresser aux gens et aux choses que je regarde avec dédain. Il faut pourtant être patient. Quelque 5.000 km nous en séparent encore. Et de n’être pas suffisamment ouverts et motivés peut d’autant plus nous créer des problèmes comme avant-hier… À la fraîche, nous nous asseyons en terrasse dans la fumée des narguilés avec un thé brûlant et très sucré. Ne sommes-nous pas bien ? Perdus dans ce monde, dans ce désert où personne ne nous connaît. Patience ! et la récompense n’en sera que plus grande. Patience, et le voyage sera terminé pour toujours ! Chaque jour, un de nous deux devient plus renfermé, moins souriant. Chaque jour, un de nous deux prend l’initiative de motiver l’autre. Chacun notre tour, nous nous laissons aller à la mélancolie. Seul, ces moments auraient été difficiles. Penser à celle qui nous attend… Ou qui ne nous attend plus… Personne ne devrait nous attendre. Sans nous l’avouer, nous abrégeons nos souffrances en repartant plus vite. Plus vite vers le nord. Plus vite encore. Plus vite les transports... Entre temps, au contraire, notre nonchalance domine. On s’exerce à cette souffrance qu’est la nostalgie. On reste sages et tranquilles dans notre rôle jusqu’au soir où l’angoisse serre le ventre quand les pensées s’emmêlent et sillonnent toutes dans la même direction, pour une nuit animée de r��ves annonciateurs de retour.
Persépolis.
Une terrasse le long d’une falaise dans les sèches vallées du Zagros. Des monuments du Vème siècle avant J-C élevés par Darios à l’époque achéménide où les arts du monde grec rencontraient ici ceux de l’Orient. Je ne sais pourquoi les ruines de Persépolis sont si connues. Il me semble que ces temples n’ont pas eu le temps d’accueillir les héros sculptés avant qu’Alexandre ne vienne brûler l’ensemble sur sa route. Enfin, ce qu’il en reste est un chantier de pierres énormes, quelques colonnes encore debout, une ou deux gravures que l’érosion n’a pas terminé d’effacer et des statues de dieux animaux dont les trompes et les cornes n’ont pas eu le temps d’être assemblées à l’ébauche du corps. Non vraiment, je n’ai ni la connaissance, ni le réel intérêt pour l’architecture qui me permettrait d’éprouver de l’adoration devant ces pierres. Pour moi, elles ne contiennent pas, si vous écoutez tout bas, l’histoire des temps qui les ont élevées. Elles ne me parlent pas. Je ne comprends pas leur langage… Assis sur la partie supérieure qui domine l’ensemble, nous passons un moment à regarder les touristes. Eléments d’analyse sociologique de notre temps qui m’intéressent. Mais là, ce qui nous absorbe, c’est seulement l’attitude de gens que nous connaissons bien puisqu’ils viennent de chez nous. Les mimiques de nos retraités. Les petits couples de septuagénaires qui se donnent toujours la main, ceux qui sont seuls et cherchent une compagnie, les comiques qui ne s’expriment qu’avec des boutades, les grincheux qui râlent tout le temps, tous ces visages européens. Nous les étudions comme sujets d’examen et cela semble les ennuyer d’être à leur tour éléments d’observations… Moi, je me dissimulerais bien, discrètement, dans leur bus, calé au fond de la soute où je m’endormirais volontiers. Et après de longs rêves, je m’éveillerais juste devant chez moi. Au lieu de ça, le sac sur le dos sous le soleil du sud de l’Iran, et trop radins pour acheter, trop cher une bouteille d’eau, nous sortons de Persépolis et devons négocier un transport pour aller plus loin, vers un autre carrefour, une autre ville, sans jamais savoir ce que nous trouverons demain.
Mélancolie Pasdaranes
Route d’Ispahan.
Cette fois-ci encore, des heures de bus pour parcourir les longues distances qui séparent les villes, avec quelques pauses pour grignoter dans les restaurants un peu sales du bord des routes. Pas la même saleté qu’en Inde où la densité de la population fait que les aliments n’ont pas le temps de pourrir. Le sandwich à l’agneau pas cuit mêlé de quelques oignons aura du mal à être digéré. Encore faut-il avoir faim ! Pas bon à manger mais alors à vomir… Ces nuits de bus sans sommeil ne seront jamais récupérées. Les arrêts, les check-points, le bruit du moteur pour passer les montagnes, les virages, les gens, les enfants, la vidéo… Quelle est la part du temps passé, en voyage, dans les transports ? Certainement pas dérisoire. Des journées de bus nous attendent encore pour rejoindre Téhéran, Tabriz, puis l’Est de la Turquie avant de la traverser. Toujours en bus, des journées et des journées. Encore faut-il avoir à rêver ! Encore faut-il pouvoir lire dans un bus ! Avoir le sommeil facile et le repos instantané. Cependant, dans ce bus, sur la route d’Ispahan, le temps ne va bientôt plus compter. Nous rencontrons un personnage que nous ne nous lasserons pas d’écouter. Ingénieur en électronique, il travaille dans l’industrie et parle très bien anglais, ce qui est aussi fréquent en Iran qu’en France... Qui plus est, il a un point de vue sur la politique, le social, l’histoire et la religion qu’il va nous développer tout au long de la nuit. Nous bavardons dans un premier temps de nos impressions sur l’Iran puis, finalement, nous lui avouons notre désapprobation concernant la présence trop nombreuse de militaires, la propagande sur les martyrs de guerre dont les visages sont partout en posters sur les murs des maisons et sur les pare-brise des voitures… Alors, il nous raconte sa version concernant ces martyrs… « Vous, les Français, vous pouvez vous vanter d’avoir eu une politique étrangère qui a toujours soutenu Saddam Hussein depuis la guerre en Iran jusqu’à sa chute en 2003. L’Irak est depuis longtemps votre client en armement, tous les armements, du chimique au nucléaire. Quand Saddam a attaqué l’Iran, ces armes ont détruit sans pitié des villes iraniennes entières dont la population civile est maintenant entassée dans les cimetières. Allez visiter celui d’Ispahan vendredi, toute la ville y sera. Et comprenez pourquoi l’Iran pleurera toujours ses martyrs tant que le monde ne reconnaîtra pas cette ignominie. Si vous remettez les choses dans leur contexte historique, que vous ne connaissez peut être pas, vous allez mieux comprendre ce qui influence directement la situation actuelle. À l’époque de cette guerre, dans le début des années 80, vos pays occidentaux ont favorisé un dictateur mégalomane et sans scrupule – Saddam – parce qu’ils craignaient les nouveaux chefs issus de la vague de la révolution khomeyniste qui ne voulaient plus se plier aux exigences américaines. Avez-vous entendu parler de la révolution verte ? La révolution islamique si vous préférez. Ecoutez-moi encore un peu si vous désirez savoir. Quand la monarchie absolue du dernier Chah a été renversée lors de la révolution, le peuple a, dans le même temps, fait s’écrouler la cinquième puissance militaire mondiale, créée de toutes pièces par les Américains. L’Iran devait servir de chien de garde contre l’Union soviétique de l’époque de la guerre froide et contre les pays du Proche et du Moyen Orient qui possèdent le pétrole. Évidemment, cette insurrection n’arrangea pas les intérêts américains et la déception fut grande alors, dans les obscurs couloirs de la CIA. La suite est facile à deviner. On ne contredit pas l’Amérique. Alors, la CIA organisa des coups d’état pour renverser le nouvel homme fort du pays, Khomeyni, qui n’aboutirent pas mais qui se terminèrent par une prise d’otage des citoyens américains de l’ambassade par les moudjahidins. Cette situation dura longtemps et s’envenima encore. Les pro-américains et les démocrates iraniens furent progressivement « mis de côté » pendant que, parallèlement, la communauté internationale désapprouvait définitivement cette révolution dont le sort ne dépendait plus que d’elle-même. Et puis, le con de Saddam en a profité pour nous attaquer. C’était le bon moment pour ses rêves de grandeur. Et la communauté internationale ferma les yeux sur ses crimes qui firent le nombre de morts par gaz chimique le plus important de tous les temps à travers le monde. Malheureusement pour lui, l’attaque d’un ennemi extérieur a renforcé le sentiment patriotique de la population et il lui fut impossible de nous envahir. Au contraire, nous menacions bientôt l’Irak à notre tour et comptions renverser Saddam pour libérer nos frères chiites prisonniers du dictateur. Une fois encore, c’est l’aide occidentale à l’Irak qui ne nous permit pas de mener à bien notre projet sinon nous aurions éliminé définitivement un dictateur et la population irakienne ne connaîtrait pas aujourd’hui une telle injustice... Non, la guerre se stabilisa sur ses positions pendant 7 années. Sept années qui firent s’effondrer notre économie déjà fragile, qui diminuèrent et appauvrirent notre population. Tout cela sans accéder à la moindre aide extérieure. Bien au contraire, puisque les Américains mirent en place un embargo qui s’est durci à mesure des années et qui nous empêcha d’accéder à la moindre aide extérieure. On ne contredit pas l’Amérique même si c’est tout un peuple à l’autre extrémité du monde qui le désire. Vous comprenez maintenant pourquoi, lors de manifestations dans notre pays, la haine contre l’Occident est sensible. Nous sommes aujourd’hui complètement autonomes, revitalisés par l’argent du pétrole mais aussi par l’énergie bénéfique de l’islam qui se transmet à travers le monde, et plus rien ne nous empêche de dénoncer l’hégémonie dévastatrice occidentale et peut-être même un jour d’aller plus loin... » La nuit passe dans le bus mais nous ne dormons pas. Ces accusations parfois abusives semblent tellement proches de la réalité. Nous ne trouvons pas les arguments pour relativiser l’injustice qui fait trembler ses lèvres. Nous ne pouvons qu’écouter respectueusement sa version dramatique des faits, tout en sachant seulement que, Occidentaux, Iraniens ou Chinois : nous ne sommes que des hommes et nos bassesses, dans tous les niveaux hiérarchiques, ne sont plus à démontrer... Après une pause bienvenue pour déjeuner, le monsieur reprend de lui-même son bavardage. Nous ne sommes qu’au milieu de la nuit et il lui reste du temps pour nous convaincre tout à fait. Il nous sent réceptifs, intéressés, bien que parfois sceptiques, ce qui l’encourage à développer totalement ses opinions et tenter de nous les faire partager... « Rejeter la religion catholique fut la meilleure chose que vous ayez faite, vous les Français, car après avoir apporté une richesse extraordinaire, elle finissait par abolir complètement l’esprit critique des individus, les avilir dans un système de servitude sous la dépendance d’un clergé avide, éloigné de Dieu lui-même. Nous avons fait le contraire. La religion nous manquait. Et je vais vous expliquer pourquoi. Cela aussi est facile à comprendre car tout s’explique grâce à l’Histoire. Depuis deux siècles, la société européenne, et les sociétés qui en sont nées, semblent ne connaître qu’une seule foi positive : le culte du progrès matériel, avec la croyance qu’il n’y a d’autre but dans la vie que de la rendre toujours plus facile et indépendante de la nature. Votre Dieu n’est plus spirituel. Il s’appelle le progrès. Et vos prêtres sont devenus des hommes politiques ou des acteurs de cinéma et vos églises des télévisions. Le désir insatiable de pouvoir et de plaisir a conduit aux guerres mondiales avec l’horreur que vous connaissez car il n’y a plus, dans votre société, de morale ou d’accord sur le bien et le mal. Plus de limite. Et tout est encore conduit aujourd’hui par la règle de l’opportunisme, du capitalisme. Vos problèmes ne sont pas résolus. L’insatisfaction occidentale est évidente, sa décadence culmine dans une illusion confortable, dépendante de la richesse, la richesse assise sur les autres peuples qui n’apporte pourtant pas le vrai bonheur. La vie occidentale est confuse et malheureuse parce qu’il n’y a plus de véritable communion entre les hommes, parce que vos gratte-ciel, vos machines et vos télévisions ne peuvent rien faire pour restaurer l’intégrité brisée de vos âmes. Dieu vous a quittés et le progrès technique sans lui ne développe que l’individualisme amer et avide. Jamais plus de Bach et de Beethoven ne s’élèveront parmi vous mais certainement de nouveaux Hitler et Bush qui se valent dans mon cœur. Votre société a une culture égocentrique et vous exigez qu’elle devienne la seule réalité possible. Vous exigez de laïciser les pays musulmans car vous croyez en ce sens de l’évolution. Mais vous vous trompez encore. Et on ne vous laissera pas faire. Il n’y a ni église, ni clergé, ni hiérarchie dans l’islam qui puisse nous oppresser. Et puis l’islam n’est pas seulement une religion mais, est, à la fois, pouvoir politique, communauté et manière de vivre. Les musulmans ont une unité profonde quels que soient leurs origines et ils sont unis à travers le monde dans leur manière de penser et de distinguer le juste du faux. Les Occidentaux pensent que l’islam demeure une survivance des siècles passés, un signe d’arriération sociale et politique qui va disparaître, mais pour nous, dans le système violent et dévastateur de la mondialisation provoquée et dirigée par l’Occident, c’est au contraire une unité de rapprochement conservatrice, un mouvement d’avant-garde et un levier porteur de libération ! » Cette fois, le monsieur a fini. Oui, parce qu’on arrive. Il aura convaincu très certainement quelqu’un : lui-même. C’est déjà pas mal. Quand tu cherches une réponse à tes questions, le principal ce n’est pas d’avoir La réponse mais c’est d’en avoir Une. Le bonheur est dans la certitude. Pour notre part, on va commencer par digérer tout ça et essayer de savoir s’il y a des petites choses où il pourrait bien avoir raison quand même… Et puis, comme on ne l’a pas vraiment contrarié, le monsieur nous aide, en arrivant dans sa ville, puisque c’est la nuit, à trouver le bon bus pour le centre. Ensuite, il nous invite à aller visiter le cimetière dont il nous parlait. Mais bien que cela paraisse intéressant, nous en avons assez entendu pour le moment. Daoud est d’accord avec moi ; cherchons plutôt des personnes qui pourraient avoir un avis qui nous ferait moins peur. Nous avons comme dans l’idée que ce monsieur va un peu trop loin et que tous les Iraniens ne seront pas d’accord avec lui, bien que, malheureusement, il doive en représenter une bonne partie… Ispahan. Une semaine plus tard.
Ce matin en me levant, je me suis demandé ce que j’allais faire. Cinq minutes… Puis, suis descendu déjeuner chez Hassan, dans un café iranien où est servi le thé et où les gens fument le narghilé. Le thé n’était pas encore trop fort et le cake juste chaud. Hassan ne me fait plus payer depuis que nous travaillons tous les deux, lui à l’anglais et moi au farsi et à l’alphabet arabe, l’écriture qui marche à reculons. Je l’ai vu un jour faire de la calligraphie et je m’y suis intéressé. Depuis, nous sommes devenus amis et je passe des journées entières à travailler la langue arabe avec ce jeune professeur improvisé. J’aime bien Hassan. Il est droit. Il est sincère. Il est vrai. Quand il est arrivé de son village dans cette ville et dans ce commerce, il a commencé par nettoyer les gamelles. Maintenant avec la même allure : survêtement et chaussures en cuir, il est devenu responsable. Tout le monde le respecte ici bien qu’il soit modeste. Il devrait me donner, en plus, des leçons d’humilité… Hassan ne parle pas beaucoup. Il ne rit pas beaucoup non plus mais garde un petit rictus au coin de ses lèvres. Il m’apprend beaucoup de choses sur l’Iran, aussi sur les Kurdes dont il fait partie. Puis, il met une cassette dans le lecteur, musique traditionnelle, contemporaine, classique, ûd iranienne ou kurde, toujours choisie avec subtilité… Ce ne sont pas des sentiments passionnels, des émotions fugaces qu’expriment les musiques que me fait écouter Hassan, mais réellement des airs sans âge, sans violence, des airs de la vie dans sa simplicité, dans ses valeurs immuables et fondamentales comme le rythme du vent dans le désert, la sensation des grands espaces et la contemplation d’un éternel présent… J’aime ces musiques et ça lui donne beaucoup de plaisir de me voir les apprécier. Des personnes entrent dans cet espace sonore, des sportifs, des hommes d’affaires, des religieux : Personne ne prête attention aux mélodies sacrées. Si, peut-être, les visages ensanglantés des martyrs, figés dans la contemplation, sur les tapis muraux, autour d’aigles royaux, de chevaux volants et de princesses célestes… Shaddy a ouvert son café Internet un peu plus loin dans la rue. Elle est avec sa sœur Soufia. Toutes deux me sourient de façon entendue. Je monte leur dire bonjour. Une poignée de main. La bise se fera seulement le jour des adieux, en cachette. Nous avons passé la soirée ensemble hier, dans les rues de la ville, avec Minah et Nahib, leurs cousines. Soufia, qui préfère qu’on l’appelle Zizi même après lui avoir donné la signification française, est étudiante. Elle a donc plus de temps à nous consacrer et parle mieux anglais que sa sœur et ses cousines qui ne le parlent pas du tout. Ensemble, nous avons visité la très belle église arménienne d’Ispahan puis le musée qui se trouve à côté. L’histoire arménienne est passionnante. Cette petite famille orthodoxe du Caucase, au pied du mont Ararat où s’est perché Noé, est entourée de musulmans géorgiens, turcs, tchétchènes, azerbaïdjanais et iraniens… Le musée insiste sur le génocide perpétré par les Turcs à la fin de l’ère ottomane. De tristes images qui rappellent celles de l’holocauste et que les Turcs ne veulent pas reconnaître bien que ce soit le sujet d’une opposition importante à leur entrée dans l’Europe… En sortant de ce musée, nous allons dans un jardin public. Nous sommes allongés dans l’herbe quand la police arrive en civil. Trop près d’une demoiselle ! Les policiers nous demandent nos contrats de mariage. Soufia leur dit qu’on est ses cousins venus de France. Perplexes, ils nous demandent nos papiers et, ne constatant rien de répréhensible, exigent seulement que Zizi replace son voile trop largement tiré en arrière... Pas facile de trouver des couples non mariés en Iran, pas facile d’empêcher Cupidon de tirer ses flèches pourtant et d’étouffer la liberté de cette jeunesse qui se veut moderne au plus grand désarroi des Pasdarans, les gardiens de la révolution…
Avec Daoud, nous partons en taxi de l’autre côté de la ville, à l’extrémité du bazar que nous voulons remonter tranquillement jusqu’au centre. On nous dépose en banlieue d’Ispahan. Quoique le mot banlieue soit tellement péjoratif en France qu’il en devient trop fort pour décrire cette partie de la ville iranienne. La banlieue d’Ispahan ne rassemble pas les minorités, ni les citoyens du pays qui ont peu d’argent pour vivre. Elle n’est pas faite d’immeubles fermés sur eux-mêmes mais des mêmes maisons un peu plus petites qu’en ville. Les différences sociales dans la population iranienne n’ont pas les proportions que nous avons atteintes… Donc à l’extrémité d’Ispahan, nous commençons par nous promener dans le marché aux légumes entre l’entrée du bazar et la mosquée du Vendredi. C’est le seul à l’air libre, le long des rues sableuses. Nous y retrouvons les regards perçants et les gestes centenaires des commerçants, leur voix attrayante et, leur béret français. Une mode datée de la vieille époque de Reza Chah et de son voisin Atatürk qui se préoccupaient principalement de moderniser leur pays en l’occidentalisant. Il faut croire que le béret français tient une place importante dans le développement d’un peuple… Dans le bazar, les heures creuses sont en début d’après-midi. Les commerçants mangent tranquillement, boivent le thé et s’allongent sur leurs étoffes pour piquer un roupillon. Nous marchons pour la première fois dans le silence et le calme à travers un bazar. Celui-ci fait plus de deux kilomètres rien qu’en allant tout droit. Une ville à lui tout seul. Il s’ouvre comme toujours sur des jardins, des mosquées, des cours intérieures et des petites places avec des fontaines où l’on ne peut s’empêcher d’entrer pour se poser quelques instants. Une pelouse, des arbres, le silence et, tout autour, la beauté persane. En revenant dans le bazar, l’agitation a repris. J’ai, par réflexe, une hésitation en me mêlant à la foule. Une hésitation en souvenir des samedis noirs, en France, dans les grandes surfaces. Je hais les grandes surfaces : l’abondance de camelotes manufacturées, le choix entre tous ces produits qui n’ont de différence que la marque, les rayons surchargés, la classification, la publicité alléchante, mensongère parfois et surtout la lumière éclatante qui rayonne. Aussi, je hais l’attente devant les caisses dans un cérémonial silencieux qui prépare la sortie du portefeuille pas assez lourd pour qu’on puisse acheter tous les produits qu’on nous fait miroiter. Un habitant du Tiers-monde serait époustouflé en entrant dans ces magasins immenses, ces villes de rayons symétriques. Pénurie : non ! Surproduction : ah là d’accord ! Mon anxiété s’évacue rapidement. Nous sommes dans le charme d’un bazar oriental. Sombres petites échoppes pleines d’artisanat. En face, disposées dans un patio, les soies les plus luxueuses d’Asie. À côté, l’atelier d’un fabricant de cordes. Puis, une niche de textiles multicolores de Kâchmar. Dans les ruelles transversales, des maroquiniers imprègnent l’air de l’odeur aigre de cuir. Dans des renfoncements, on entend le bruit des machines à coudre cachées derrière des broderies. Plus loin, des chaudronniers martèlent du cuivre, du bronze, du laiton, symphonie curieuse, mélodie de la créativité artisanale. Les Iraniens ont une capacité de concentration qui leur permet de nouer, à la main, et au moyen d’innombrables fils de laine colorée, fil après fil, millimètre après millimètre, des tapis d’une perfection ahurissante. Ce n’est pas par hasard qu’ils sont les plus beaux du monde. Pourrait-on trouver ailleurs ce recueillement profond, cette absorption tranquille dans l’occupation ? Verrait-on ailleurs pareils yeux, sombres profondeurs pour lesquelles le temps qui passe signifie si peu. Des rues, encore des rues entières d’artisanat, de bruits et parfois de silence là où des peintres copient des images de vieux livres sur des pages blanches, trait après trait, ombre après ombre. Le temps passe et les peintres, les calligraphes restent penchés sur leur travail, étrangers au présent. Le temps passe. Dans les rues voisines, la pacotille occidentale pénètre dans les boutiques et progresse obstinément. Le temps passe pour nous aussi, sous ces dômes protégés du soleil et dans ces ruelles qui s’entrecroisent, fraîches, agréables et remplies de merveilles. Aveuglés par le soleil, nous débouchons sur une place en clignant des yeux. Un mirage de beauté et d’espace. Longue de cinq cents mètres, agrémentée de toutes parts de jardins, de fontaines, la place Meidun-é Eman Khomeyni est entourée d’arcades et ouverte par de grands iwans disposés sur les axes croisés de la cour, se reflétant sur la pièce d’eau centrale. Ces Iwans sont surmontés d’alvéoles comme des nids d’abeilles en arc brisé, avec des stalactites de céramique, des façades de faïence turquoise et verte où des inscriptions en kufique blanche - l’écriture arabe la plus ancienne - se découpent dans la brique au-dessus de mille arabesques. Au-dessus encore, flottent, dans l’espace, les immenses dômes de la mosquée royale. La ville d’Ispahan dans toute sa grandeur, telle qu’elle est depuis des siècles, relatée par tant de marchands et d’explorateurs comme la ville la plus belle du monde.
Dans la soirée, Zizi, Minah, Shadi et Nahib marchent avec nous dans la ville, à la fraîche, comme tout Ispahan. Elles sont bien habillées, se donnent la main, leur voile couvre juste le derrière de la tête et elles matent les mecs en balançant leur petit sac à main. Plus habitués à ces comportements, nous sommes tout émoustillés de nous faire reluquer et d’être en compagnie d’élégantes jeunes femmes. Les trottoirs sont bondés, les magasins brillent, tout le monde est classe. Demain, je vais m’acheter une paire de basket ! Depuis le temps que je traîne ces chaussures de montagne. Bien qu’elles aient traversé avec moi les Alpes, il faudra que nous nous séparions un jour. Et puis ces fringues distendues, ces deux tee-shirts portés depuis un an et cette barbe trop longue. Nous sommes des clochards parmi la foule et cependant, joliment accompagnés… Voici le pont Khadju, une des dernières merveilles de la ville et de la floraison artistique persane. Un pont piétonnier que les gens traversent pour recueillir, dans le vent léger, les fines gouttelettes qu’un jet d’eau envoie du milieu du fleuve, comme une pluie de diamants, réverbérée par les projecteurs. Partout, c’est propre, c’est fin, c’est beau, c’est géant, c’est Ispahan !
Téhéran.
À l’inverse d’Ispahan la merveilleuse, Téhéran est la plus triste ville qu’on ait vue. Les rues sont bouchées de voitures. Les façades noires. Les hauts immeubles dissemblables. Les longues avenues rectilignes n’ont rien de plaisant pour les yeux. Aucune zone piétonne, aucun arbre. Pas même de vieux quartiers ou de centre ville. C’est triste, triste, triste. Pour couronner le tout, notre hôtel est sale et bruyant. Toute la journée, je marche dans ces rues à la recherche des quelques beaux quartiers, des universités, des petits parcs séparés par des avenues commerciales, toujours dans le bruit des klaxons et dans la pollution. C’est décourageant. Il n’y a vraiment rien de beau, ni même d’historique et surtout ce n’est pas une ville faite pour les piétons. Elle est trop étendue. J’arrive près du Lalé parc. Enfin, un peu de verdure. D’ailleurs, toute la population est là ! J’espère qu’ils n’ont pas fait autant de kilomètres que moi pour venir ici. Et surtout, maintenant je dois retourner… Il faudra attendre encore une longue journée que des amis iraniens, Saman et Susan, les amis des amis qui nous ont aidés à avoir le visa lorsqu’on était au Pakistan, viennent nous chercher et nous emmènent en voiture. Plus d’une heure pour traverser la ville dans l’autre sens. Ce n’est peut être pas plus rapide en voiture mais c’est plus reposant. Et on peut parler. Susan travaille dans une banque et apprend le français pendant ses heures perdues avec l’espoir un jour d’aller en France. Saman, son grand frère, est ingénieur en informatique. À l’inverse du monsieur rencontré dans le bus allant à Ispahan il y a une semaine et qui avait des opinions politiques très conservatrices comme j’ai pu en transmettre quelques unes, Susan et Saman sont, eux, des libéraux modernistes. Sans être pro-américains, ils ne veulent plus de ce régime islamique. « Si l’Occident pouvait nous sortir de cette dictature, si nos dirigeants faisaient l’erreur d’agresser Israël. Alors, tout serait à nouveau possible… En attendant, nous n’avons aucune liberté ici, nos choix de vie sont dictés, tout comme nos opinions. Les écrivains, les journalistes, les opposants au pouvoir, tous se cachent ou émigrent. Les femmes n’ont aucun droit alors que, de plus en plus, elles aimeraient s’émanciper. Nous souhaiterions tellement former une nation ouverte au monde entier, républicaine et laïque avec une vraie démocratie. » Ces mots sont chuchotés mêmes si nous sommes dans une voiture et que personne ne peut nous entendre et, quand ils prononcent le mot démocratie, leurs yeux ne peuvent s’empêcher de briller. Les élections iraniennes sont dans peu de temps mais les réformes sont inenvisageables puisque le futur président ne peut être élu que s’il est déjà accepté par le congrès de religieux… La première visite sera, en l’occurrence, le King palace, le château du roi, l’ex-propriété du Chah d’Iran qui est devenu un musée depuis qu’il a été déchu et s’est enfui d’Iran. Le palace, d’architecture assez simple, est situé sur les hauteurs de Téhéran au pied des montagnes enneigées qui culminent à plus de cinq mille mètres, la chaîne d’Elbourz. À l’intérieur du palais, sont disposées les richesses du roi qui n’ont pas été vendues, c’est-à-dire peu de choses, des cadeaux que lui ont fait les nations occidentales, quelques photos de famille… Le lieu est surtout symbolique. Toujours guidés par Saman et Susan, nous entrons dans un restaurant, sur les hauteurs qui dominent la ville. Elle s’étend à perte de vue, dans un amoncellement d’immeubles modernes, jusqu’au désert. Une télécabine part directement de Téhéran et monte à plus de trois mille mètres d’altitude pour atteindre un air plus respirable. Les citadins vont se balader l’été en famille et faire du ski l’hiver. Enfin, pour digérer l’incontournable brochette d’agneau, nous allons marcher dans deux différents parcs de la ville, seuls espaces vivables – les Iraniens eux-mêmes le disent – avant de nous faire déposer à notre hôtel dans un des endroits les plus malfamés de la ville. Téhéran nous déplaît, nous décidons de partir le lendemain à la première heure.
Une dizaine d’Afghans s’agitaient quelques kilomètres avant la frontière. Soudain, deux pick-up sortirent du désert et vinrent se coller au bus qui stoppa sur un signe des kalachnikovs. Sans comprendre, on saisit les traits sur les visages qui trahissent l’émotion. Impatience, angoisse et échange de sourires de compassion pour se souhaiter bonne chance. On devine aussi qu’ils gagnent l’Iran illégalement avec des passeurs de frontière. En échange d’une poignée de billets donnée de la main à la main, ils sautent dans des pick-up qui partent en trombe dans ces fossés et ces carrières de pierres qui jalonnent le désert. Autant d’Afghans qui émigrent chaque jour pour chercher l’argent disparu de leur propre pays. C’est ainsi sur toutes les frontières du monde entre des pays qui ne possèdent pas les mêmes richesses… dans une page de l’histoire. Entre deux montagnes de roches infranchissables, de barbelés et de mines, la ville frontière de Taftan s’étend dans une vallée balayée par les vents de sable. À peine arrivés dans un carrefour entre deux pistes qui semble être le centre de ce village fantôme, nous sommes assaillis par des hommes qui veulent échanger leur argent contre le nôtre et en tirer un petit bénéfice. Un euro vaut 76 roupies pakistanaises, et 1.500.000 rials iraniens. J’ai 3.200 roupies, combien dois-je obtenir de rials ? Tout absorbé par mes calculs, je ne prêtais pas attention au drame qui se jouait à côté de moi. Un des hommes, un peu trop sûr de lui, prit une gifle qui claqua comme un coup de fusil, décochée par l’une des deux petites Japonaises qui nous suivaient depuis Quetta, profitant d’une présence occidentale pour traverser ces contrées tribales et machistes. Tous ces hommes s’emportèrent alors comme une volée de chasseurs sur une perdrix et j’ai bien cru, un moment, qu’ils allaient la pendre. La fatigue de ces nuits sans sommeil conjuguée à l’angoisse de cette ambiance frontalière, à l’extrémité du monde, où la corruption et le trafic dominent, avaient eu raison de ses nerfs. Sa main était partie toute seule mais je crois qu’elle rêvait, depuis longtemps, de rabattre l’orgueil de ces hommes, pour toutes les femmes qui souffrent en silence. Sans se démonter, elle continua de hurler, fièrement, sous les menaces de l’homme, qui finit par laisser tomber, appelant tous les diables que son langage lui permettait sous la surveillance du Très Haut. Les autres hommes riaient dans leur moustache, se moquaient de l’imprudent qui venait de perdre son honneur et traitèrent dorénavant avec respect et admiration la toute petite femme sous son voile mauve qui la gênait tant. A la douane, des militaires, aussi bruts dans leurs gestes et leurs paroles que des SS sous Hitler, suspectèrent nos sacs et plus particulièrement nos livres. Enfin, nous traversions le portait métallique qui nous séparait de la Perse. Des voitures neuves attendaient devant pour rejoindre Zehidan, la première ville de l’Est iranien, par une route asphaltée impeccable qui traçait une droite rectiligne dans la plaine de sable s’étendant à tout l’horizon. C’en était fini des pistes chaotiques et modelées par les paysages tropicaux de l’Asie, des bus sans fenêtre dont les moteurs semblent s’épuiser définitivement à chaque vallon… À Zehidan, les Japonaises prennent un bus pour Mechhed 600 km au nord. Nous leur souhaitons bonne chance et, surtout, leur conseillons de se reposer afin d’être plus détendues lors d’une prochaine mésaventure. Elles paraissaient si fatiguées... À nouveaux seuls, apaisés d’avoir franchi cet obstacle, nous prenons une chambre dans le premier hôtel venu. La porte fermée, nous sortons de nos sacs la liasse de billets cachée depuis Quetta où le change était plus favorable. Elle n’a pas disparu, évaporée dans la soute moite du bus qui traversait la nuit. Une grosse somme d’argent. Nécessaire pour un mois en Iran où les banques ne sont pas connectées au réseau international. Les élastiques sautent, la liasse large d’une main s’envole dans les airs. Nous sommes recouverts de centaines de billets verts et gris. On est riches, mon gars ! Le sommeil, alors, ne tarde pas à venir nous prendre. Nous aviserons demain pour la suite. Demain seulement, nous réaliserons dans quel nouveau monde nous sommes rendus, à quelle atmosphère nous devrons nous mêler, avec quel degré d’hospitalité, la population iranienne nous recevra chez elle pendant notre séjour.
Route de Kermân
L’Iran n’apparaît pas. Huit heures dans le bus sans croiser un chameau, dans un désert de cyclones et un fond de montagnes immenses et stériles jusqu’aux neiges éternelles qui les recouvrent, sans doute à une centaine de kilomètres, sur la frontière afghane. Le bus fonce à toute allure mais il semble, dans l’immensité, qu’on soit immobiles. La journée passe, autant de kilomètres parcourus sans que l’Iran ne veuille se montrer. Elle est un mirage. Un conte des mille et une nuits, imaginé par des âmes égarées trop longtemps sous le soleil atterrant de ce désert… Le paysage devient ennuyeux. Un relais, une voiture arrêtée sur le côté, restent visibles pendant plusieurs minutes, voire une dizaine de minutes, avant de passer dernière nous. Nous roulons pourtant à vive allure. Dire que le Suisse rencontré à Lahore venait de parcourir ce désert du Lout à vélo ! Que certains le font à pied, jusqu’en Chine, comme Bernard Olivier ! Et que d’autres, pour tenter de rentrer dans le livre des records, tournent en moto autour de l’Iran, sans s’arrêter, à part la nuit, pendant plusieurs semaines… Le chauffeur glisse un DVD. Le film commence. Pas de cinéma iranien qui nous aurait intéressés, non, un film français. Taxi avec Samy Naceri. Un film français au fond du désert sud de l’Iran. À plus de 5.000 km de chez nous. Ce n’est pas une coïncidence au moment où la France nous manque singulièrement. Juste en sortant d’Asie, passés le désert du Baloutchistan, notre pays nous appelle… Le film a sans doute été vendu pour faire la promo des voitures, puisqu’en Iran, il n’y a de neuf que Peugeot. Il y en a beaucoup. J’espère pour eux qu’elles n’ont pas été sabotées comme le film que la censure défigure chaque fois qu’il y apparaît une femme dévoilée… Enfin, c’est amusant de voir que l’humour peut être internationalisé car on entend les gens rire. À un check point sur la route, des militaires antipathiques cherchent dans nos yeux un doute, un signe qui les inciterait à nous fouiller. Nous n’avons presque rien à nous reprocher. Pas d’alcool, pas de drogue, pas de photo de femmes impudiques. Mais nous avons quelque chose de plus interdit encore. De plus dangereux dans la lutte d’un peuple sans liberté. Un livre. Un livre d’Omar Khayyâm. Ses plus beaux poèmes revus et corrigés par Hedayat : une hérésie…
Quel homme n’a jamais transgressé Ta loi, dis ? Une vie sans péché, quel goût a-t-elle, dis ? Si tu punis le mal que j’ai fait par le mal, Quelle est la différence entre Toi et moi, dis ?
Heureusement, leurs noms n’apparaissent pas sur la couverture. Et, j’imagine que les militaires, pour la plupart, se contentent de regarder les images à défaut de pouvoir lire notre alphabet. Le bus repart enfin et, à la tombée de la nuit, nous franchissons le dernier col avant d’arrivée à l’oasis. Le désert parsemé de touffes d’herbe déjà jaunies se transforme alors en prairies, en cultures verdoyantes et en jardins sublimes éclaboussés de fontaines. Le mot paradis vient du farsi et veut dire jardin… Il n’y a en effet rien de plus beau et de plus rassurant qu’une oasis aux couleurs éclatantes dans un désert brûlé par le soleil. 18 degrés en sortant du bus et une pluie fine qui, poliment, nous accueille, avec ce goût, qui rappelle celui connu sous nos latitudes. Ce goût oublié depuis que nous errons sous les tropiques… Du fond de mon sac, je ressors un vieux pull chiffonné et échange mes claquettes contre des chaussures fermées, prêt à patauger dans les rues de la ville. Nous devons avoir quelques heures d’avance sur le temps, car nous remontons en principe avec le soleil et le printemps… Nous visitons plusieurs hôtels. Il ne semble pas qu’on essaie de nous arnaquer. Pourtant les prix ont doublé, triplé même, pour un standing identique. Finalement, nous choisissons une chambre double honorable, de plain-pied, qui donne sur une large cour ombragée par d’énormes platanes, près de la vieille ville. Notre hôte, un Arménien, s’empresse de nous servir le thé. Il sait que sa réputation dépendra de nous, quelque peu, qui allons continuer de voyager et semer son adresse au delà des frontières, parmi les voyageurs qui, si il nous donne satisfaction, finiront chez lui. La douche est chaude et les robinets brillants. Ce n’est plus un seau d’eau fraîche qu’on se jette à petit baquet dans une salle de bain inclinée sur un orifice béant. Ce n’est plus, non plus, des toilettes à la turque qui affermissent les cuisses, cependant, il n’y a toujours pas de papiers... Au coin de l’hôtel, l’odeur de mouton gras et parfumé vient nous allécher, puis dans des draps frais, nous nous endormons dans l’oasis de Kerman, pour une deuxième nuit iranienne, dans le murmure des contes de Schéhérazade.
Dans la rue
La première chose qu’on remarque en Iran, ce sont ces immenses peintures qui recouvrent des façades entières de bâtiments. La barbe épaisse, l’air grave et l’œil bienveillant sous de lourdes paupières broussailleuses, le visage de l’ayatollah Khomeyni, guide de la révolution islamique, mesure souvent une dizaine de mètres de haut et semble peser sur les villes. Il est l’âme d’une population qui s’est révoltée pour reprendre son destin en main. Il est l’âme du peuple perse, de toute son histoire, des fiers Darios et Xerxès, des sassanides qui dominèrent de l’Inde à l’Arabie, de l’invasion arabe qui répandit la loi du prophète, du culte des martyres Ali et Hussein des chiites, aux grands poètes, astrologues ou sufis Ferdowsi, Nezami, Djalal al-Din Rumi et Omar Khayyâm, des apogées Samanides et Seldjoukides, des villes légendaires de Samarkand et d’Ispahan, de l’histoire contemporaine du moderniste Rezâ Chah, du nationaliste Mossadegh et de sa première victoire économique sur les pays riches, enfin de l’insurrection qui renversa le dernier Chah, absolutiste aux mains de l’hégémonie occidentale, contre la prise de pouvoir des religieux depuis un quart de siècle qui risque de se voir renversée à son tour par les maîtres d’un monde qui ne se veut qu’américain. La deuxième chose qu’on observe, c’est le style vestimentaire. Ce ne sont plus les couleurs des saris de l’Inde, les grandes barbes et turbans des bergers du Pakistan. Mis à part les religieux dans leur longue tunique blanche et leur barbe noire, et les vieilles dames toutes en noires, voûtées, la population s’habille à l’occidentale. Les messieurs sont rasés en chemises et pantalons de toile grise pour les commerçants. En smoking pour les hommes d’affaires. Les jeunes femmes portent des jeans et des petits talons. Un voile obligatoire cache leurs cheveux mais elles lui donnent un style, une transparence et le tirent en arrière le plus possible laissant une frange sur le front qui met en valeur leur visage et leurs yeux maquillés. Les jeunes hommes en jean baskets laissent apparaître leurs muscles souvent gonflés par le body-building sous des tee-shirts moulants. Ils font hurler le moteur de leur voiture et passent avec de la musique qui carillonne aux oreilles devant les sorties des écoles, comme ça se fait chez nous. Bref l’attitude vestimentaire montre que les jeunes Iraniens ont attrapé le virus des marques et la folie de la mode, des corps qu’on met en valeur, des attraits matériels et modernes qui les font remarquer, et enfin des artifices occidentaux : belles voitures, poupées de luxe et consommation. On dirait notre monde. Celui où je retourne... Si encore je n’étais pas pressé ! Une musique a retenu particulièrement mon attention à Ispahan alors que j’étais invité par des jeunes que j’avais rencontrés. Dans leur voiture qui fonçait dans la ville, ils ont passé une musique et chanté, dans une ambiance électrique qui me rappelait certains concerts de hip hop, façon iranienne. Les instruments sont les milliers de poings, lourds, abattus sur des poitrines gonflées, en un rythme sourd, comme les battements d’un cœur géant, amplifiés d’un chant religieux, hurlé à la mémoire d’Hussein le martyre et une énergie vibrante de foi. Impressionnant comme la jeune génération, très nombreuse comme dans beaucoup de pays encore sous-développés, a gardé avec la foi, les valeurs absolues dictées par la religion, une communion pour partager les diverses espérances sociales, économiques et politiques. Ils n’ont pas du tout le pessimisme européen, la morosité ambiante de la France. Ils sont baignés dans une espèce d’euphorie optimiste, une confiance sans borne dans la destiné de leur pays. Nous sommes plus avancés mais eux vont plus vite… J’exagère sans doute mais laissez-moi continuer. Les Iraniens s’enrichissent grâce à l’abondance de pétrole sur leur terre qui va de paire avec le développement économique et l’accroissement de la population. De plus, la reconnaissance et la solidarité récente des pays de l’Islam leur donnent en parallèle cette énergie et cette assurance si puissantes que rien, j’ai l’impression, ne pourra étouffer…
Le bazar de Kermân
Centre de la ville, il débute sur la place centrale qu’entoure un jardin public puis s’enfonce par la porte immense, l’Iwan, décorée de dessins et de reliefs en céramique de cette fameuse couleur turquoise de Mechhed, très chère à l’Iran. Des kilomètres de galeries transpercées par le soleil qui diffuse une lumière tamisée, douce et délicate. Des ruelles s’échappent sur les côtés, des places aux croisements que le soleil inonde, d’autres quartiers du bazar, d’autres commerces, toujours reliés par ces galeries qui parfois s’enfoncent plus profondément dans la terre, parfois s’ouvrent sur une cour intérieure ou un jardin fleuri de fontaines. Sortis du bazar par une ouverture sur la cour d’une mosquée cachée dans le cœur de la ville faite d’une immense place dallée, entourée d’arcades recouvertes d’arabesques, de céramiques d’un bleu pur, de minarets élégamment cerclés de briques rouges, de remparts discrets cannelés et moulés dans la terre sableuse et la paille qui donne une teinte ocre et qui reflète et met en valeur les véritables couleurs des décorations. Au centre de la place, une fontaine agréable où se baignent les pigeons autour de quelques croyants débarbouillés qui s’apprêtent à la prière. Des pins parasols, immenses, s’élèvent ici et là. Ils abritent du soleil ardent, protègent un espace de verdure, un banc. Nous sommes assis depuis une heure dans le calme et la réflexion qu’éveillent en nous les découvertes de la Perse. Les villes d’Iran sont des petits bijoux de finesse, de couleurs et d’architecture arabe du désert. Les dômes des mosquées en bulbes semblent vouloir s’envoler comme des ballons, les pointes des minarets, à l’inverse, s’élancent finement et se détachent du ciel au-dessus de la ville. Les places sont agencées de façon claire et simple. On sent la justesse qui les compose. Les traits d’un peintre merveilleux. Quelques couleurs bien distinctes. La parcimonie. La beauté naturelle. L’équilibre. L’art perse. La céramique, les vases, les moindres objets sont décorés très finement et très précisément dans une multitude de traits et d’arabesques qui se révèlent quand on s’approche et qui donnent aussi une illusion, un éclat, une étrange et jolie apparence, quand on s’en éloigne. Tout est donc une opposition entre la beauté naturelle, la simplicité d’un ensemble grandiose, représenté par les dimensions des iwans, des mosquées, par l’étendue du désert, et la finesse et la précision des arabesques, des céramiques, des objets d’art, des pierreries minutieuses et foisonnantes de richesses délicates et minuscules. L’élégance de l’ensemble se reflète aussi sur les commerces. Un marchand d’étoffes disposera ses effets avec dévotion autour de lui, dans une profusion qui n’altérera pas la beauté des lieux mais qui au contraire, se fondra dans le paysage et lui octroiera plus de valeur. Dans le quartier des bijouteries, espace réservé aux plus beaux et plus riches commerces du bazar, tout ne sera que brillance, reflets et diamants étincelants qui vous laisseront les mêmes sensations que celles d’un rêve dans la caverne d’Ali Baba… Enfin, dans le bazar des épices, ce sont des allées silencieuses de pains de sucre, de sacs de riz, d’amoncellements d’amandes et de pistaches, de noisettes et de graines de melons, des bassines pleines d’abricots secs ou de gingembre, des assiettes de cuivre avec de la cannelle, du curry, du poivre, du safran et des graines de pavot, ainsi que des quantités de petites coupes d’anis, de vanille, de cumin, de clous de girofle et d’innombrables herbes et racines imprégnant l’air d’arômes exaltants. Dominant ces amoncellements, les maîtres de ces couleurs sont assis, les jambes croisées comme des bouddhas… Le cœur et l’âme des habitants sont sans doute construits de la même manière, dans cette opposition. Une attitude claire et sincère dans les relations, un esprit simple et serein dans la conscience populaire, dans l’hospitalité, les valeurs acquises, contre un foisonnement et une diversité dans d’autres domaines, certainement spirituels, que quelques semaines ne suffisent malheureusement pas à déceler…
Voyage organisé Flicasseries.
Ai-je le droit de dire que l’imbécillité policière et militaire est internationale ? J’ai franchement l’impression que l’uniforme emprisonne la raison. Trois heures du matin. Accident sur la route. Des militaires font la circulation et nous envoient, nous et des dizaines de bus et de camions, sur une piste qui longe la route. Bientôt celle-ci se révèle impraticable. Les ornières sont profondes. Le dessous des bahuts touche, le sable est mou ; ils s’enlisent. Nous progressons dans les phares qui s’entrecroisent, évitons ceux qui tentent un demi-tour, à tâtons, pour éviter les trop gros trous. Nous dépassons quantité de moins chanceux qui sont tombés dans un fossé, qui se sont retournés en essayant de remonter sur la route et qui se sont coincés dans le sable entre deux dunes. Une heure de perdue. Les hommes descendent des bus et s’agitent dans tous les sens, mêlant leur ombre aux lumières aveuglantes. Des groupes se forment pour pousser. Partout, les gens et les moteurs grondent. Ça bouge aussi dans notre bus. Nous devons descendre à notre tour. Seulement les hommes. Femmes et enfants restent à l’intérieur. Il fait très froid. Le centre de l’Iran est un plateau désertique : le Kuh-e Rud, dont les pics peuvent dépasser 4.000 mètres d’altitude. Notre chauffeur va tenter de franchir le fossé, de passer l’accotement et de remonter sur la route au-dessus de nous, sur la gauche. Avec un bus, je pense que c’est impossible. Mais, il se prépare, tourne ses roues, prend son élan, patine, monte un peu, puis s’incline de façon à prendre la pente de travers... Il monte encore… Est près de se renverser… Moi, j’hallucine. Je ne voudrais pas être à la place des femmes et des enfants à l’intérieur. Aussi loin que porte la vue, les phares des bus et des camions sillonnent ce désert où nous ont conduit les militaires. Ça ronfle, ça patine, ça hurle. Notre chauffeur tente l’impossible. Une accélération, un coup de volant, le bus s’élève sur une roue, fléchit et, dans un coup de maître, donne l’impulsion juste qui lui fait franchir l’accotement dans un froissement de tôle terminé par un choc sous la carcasse. Le bus est sur la route. Il ne s’est pas renversé. Miracle. Les hommes sourient, applaudissent. On peut repartir. Nous sommes les seuls. Jusqu’à quelle heure l’ensemble des véhicules restera coincé ? Combien d’entre eux vont se retourner et s’enliser dans ces rudes montagnes, rendues glaciales par la nuit ? Comment se fait-il que des personnes aient pris cette décision imbécile et irresponsable ? Trois fois cette nuit-là, les policiers nous font signe de nous arrêter. Policiers et militaires sont omniprésents en Iran et ne sont pas diplomates. Ils montent dans le bus, réveillent femmes et enfants en éclairant leur visage, choisissent quelques personnes, les font descendre et les fouillent scrupuleusement ainsi que leurs bagages. Jamais vu des gens aussi méprisants et sauvages, nous dévisageant méchamment avec l’air de dire, mon boulot est intéressant, j’empêche les citoyens de se compromettre… Dans un train, en Inde, une bande de militaires a picolé toute la soirée. Dans la nuit, l’un d’eux, chancelant, vient pisser dans notre compartiment sur le jeune Allemand qui dort au-dessous de nous, sur la paillasse la plus basse, et sur ses affaires. Réveillé, Daoud repousse le militaire égaré, malgré ses protestations ridicules, son air fier et son uniforme. Renvoyé dans le couloir, c’est à peine s’il ne réveille pas ses confrères pour nous mettre dehors en criant comme un forcené. Dire que c’est eux qui sont censés faire respecter les lois. Moi, ils me font peur. On n’est pas en sécurité partout où ils sont présents. Les gens baissent le regard. Pourtant, ils n’ont rien à se reprocher. Ils ont peur. Plus de police pour plus de sécurité : un euphémisme. Taxi
Après cette nuit sans sommeil, nous arrivons à la station de bus au petit matin et devons atteindre le centre ville pour y trouver une chambre. Rituel maint fois reproduit. Négocier un taxi, négocier le prix d’une chambre… Une perte de temps bien nécessaire pour ceux, comme nous, qui voyagent avec peu d’argent. Dans la rue, les taxis attendent. L’un d’eux, jeune excité, empêche toute concurrence en abaissant son prix de façon exagérée. On aurait dû se méfier… On lui demande de nous emmener dans un certain hôtel. Un que nous savons modeste et que des voyageurs croisés ces derniers jours nous ont conseillé. Lui, évidemment, dit qu’il ne connaît pas ce nom, que ça doit être fermé, et réussit à nous déposer devant un autre hôtel… Je descends donc, pour demander le prix, bien plus cher, et surtout, me renseigner pour l’hôtel que nous cherchons. Ce qui est grave, c’est que le monsieur de l’accueil me confirme que l’autre est fermé ! Incroyable, il a fermé dans la nuit. Pendant ce temps, Daoud est dans la voiture. Le jeune chauffeur a sorti un seau et semble laver ses vitres. J’explique à Daoud, en remontant, comme ces gens mentent sans scrupule. On est fatigués et on aimerait aujourd’hui que ce soit plus facile. On est las de toujours se battre, de devoir faire attention à ne pas se faire arnaquer, de toujours devoir négocier… Mais, pourquoi le coffre est-il ouvert ? Et le gars derrière, que fait-il ? Je suis certain que ce mec est en train de nous voler. En une seconde, on se précipite hors de la voiture pendant que lui ferme le coffre promptement et fait signe qu’on peut y aller. C’est ça, mon gars. Prends-nous pour des jambons. On ouvre le coffre et nous apercevons que les affaires ont été bousculées et qu’il a cherché à nous voler… Après vérification, rien ne semble manquer. Il n’a pas eu assez de temps. Il fait l’innocent et ne comprend pas l’anglais. Quand ça les arrange… La voiture repart. Nos décisions se ressentent de notre nuit sans sommeil. Et surtout, on est trop las pour se fâcher vraiment alors on lui dit simplement de nous déposer en ville et de partir. Quand même, il essaie de nous demander plus d’argent que prévu, il proteste, il claque la porte. Je te jure. Le petit con… Quelques semaines plus tard, Daoud s’aperçoit qu’il a égaré 40 dollars qu’il avait mis de côté. Les 40 dollars qui étaient dans la sacoche de son sac dans le coffre de la voiture à ce moment-là. Daoud se fâche. Il pense comme moi. Ne cherchons plus, c’est le taxi de Chiraz. C’est écœurant de se faire voler. Il n’y aurait pas eu autant de kilomètres à faire pour calmer notre colère que nous l’aurions retrouvé…
Chiraz
La ville est très jolie. Le fort, le bazar magnifique, les mosquées… Derrière une rivière de sable, un mausolée est à l’intérieur muré d’une multitude d’éclats de glace merveilleusement disposés. Dans la calme bibliothèque qui l’accole, nous choisissons un des nombreux textes de foi et admirons l’écriture calligraphiée à défaut de pouvoir la comprendre… Une demoiselle vient nous saluer. Elle s’enquiert discrètement de nos recherches et de nos identités avant de se présenter elle-même puis enfin, nous signale gentiment et avec un grand sourire que nous sommes installés dans la partie réservée aux femmes… Dans le bazar de Chiraz, en son milieu, une petite cour intérieure s’ouvre aux quatre coins, sur le labyrinthe des galeries. Je le signale quoique n’ayant aucun mot pour décrire cette simple place. Encore une fois, il faut la voir pour imaginer sa pure beauté, son atmosphère tranquille, tout ce que l’Orient nous montre d’élégance et de plaisir de vivre… Au retour de nos balades à travers la ville, nous ralentissons le pas, nous pesons nos mots, nos bras se croisent dans notre dos, nous sommes teintés de cette nonchalance tranquille, de ce souffle spirituel de sérénité, de cette légèreté émotionnelle qui émanent de ces murs, de ces places et de ce peuple… Pourtant, nous approchons d’un an de voyage et notre désir de rentrer ne peut plus être étouffé. Chaque nuit, mes rêves me font revivre les douces journées avec ma famille. Je ne peux penser sans angoisse à la distance et aux temps qui me séparent de mes frères et de mes parents. Le beau temps n’y fait rien. La richesse des lieux, le mouvement, les mystères résolus et les découvertes non plus. Je suis las de voyager. Je suis las de ne pas être dans un chez moi, de promener ma maison sur mon dos, d’avoir à faire chaque jour avec les soucis d’alimentation, de logement et de transport. J’ai l’impression d’avoir déjà tout vu et une minute de trop dans un lieu m’exaspère. J’étouffe. Des efforts me sont nécessaires pour m’intéresser aux gens et aux choses que je regarde avec dédain. Il faut pourtant être patient. Quelque 5.000 km nous en séparent encore. Et de n’être pas suffisamment ouverts et motivés peut d’autant plus nous créer des problèmes comme avant-hier… À la fraîche, nous nous asseyons en terrasse dans la fumée des narguilés avec un thé brûlant et très sucré. Ne sommes-nous pas bien ? Perdus dans ce monde, dans ce désert où personne ne nous connaît. Patience ! et la récompense n’en sera que plus grande. Patience, et le voyage sera terminé pour toujours ! Chaque jour, un de nous deux devient plus renfermé, moins souriant. Chaque jour, un de nous deux prend l’initiative de motiver l’autre. Chacun notre tour, nous nous laissons aller à la mélancolie. Seul, ces moments auraient été difficiles. Penser à celle qui nous attend… Ou qui ne nous attend plus… Personne ne devrait nous attendre. Sans nous l’avouer, nous abrégeons nos souffrances en repartant plus vite. Plus vite vers le nord. Plus vite encore. Plus vite les transports... Entre temps, au contraire, notre nonchalance domine. On s’exerce à cette souffrance qu’est la nostalgie. On reste sages et tranquilles dans notre rôle jusqu’au soir où l’angoisse serre le ventre quand les pensées s’emmêlent et sillonnent toutes dans la même direction, pour une nuit animée de r��ves annonciateurs de retour.
Persépolis.
Une terrasse le long d’une falaise dans les sèches vallées du Zagros. Des monuments du Vème siècle avant J-C élevés par Darios à l’époque achéménide où les arts du monde grec rencontraient ici ceux de l’Orient. Je ne sais pourquoi les ruines de Persépolis sont si connues. Il me semble que ces temples n’ont pas eu le temps d’accueillir les héros sculptés avant qu’Alexandre ne vienne brûler l’ensemble sur sa route. Enfin, ce qu’il en reste est un chantier de pierres énormes, quelques colonnes encore debout, une ou deux gravures que l’érosion n’a pas terminé d’effacer et des statues de dieux animaux dont les trompes et les cornes n’ont pas eu le temps d’être assemblées à l’ébauche du corps. Non vraiment, je n’ai ni la connaissance, ni le réel intérêt pour l’architecture qui me permettrait d’éprouver de l’adoration devant ces pierres. Pour moi, elles ne contiennent pas, si vous écoutez tout bas, l’histoire des temps qui les ont élevées. Elles ne me parlent pas. Je ne comprends pas leur langage… Assis sur la partie supérieure qui domine l’ensemble, nous passons un moment à regarder les touristes. Eléments d’analyse sociologique de notre temps qui m’intéressent. Mais là, ce qui nous absorbe, c’est seulement l’attitude de gens que nous connaissons bien puisqu’ils viennent de chez nous. Les mimiques de nos retraités. Les petits couples de septuagénaires qui se donnent toujours la main, ceux qui sont seuls et cherchent une compagnie, les comiques qui ne s’expriment qu’avec des boutades, les grincheux qui râlent tout le temps, tous ces visages européens. Nous les étudions comme sujets d’examen et cela semble les ennuyer d’être à leur tour éléments d’observations… Moi, je me dissimulerais bien, discrètement, dans leur bus, calé au fond de la soute où je m’endormirais volontiers. Et après de longs rêves, je m’éveillerais juste devant chez moi. Au lieu de ça, le sac sur le dos sous le soleil du sud de l’Iran, et trop radins pour acheter, trop cher une bouteille d’eau, nous sortons de Persépolis et devons négocier un transport pour aller plus loin, vers un autre carrefour, une autre ville, sans jamais savoir ce que nous trouverons demain.
Mélancolie Pasdaranes
Route d’Ispahan.
Cette fois-ci encore, des heures de bus pour parcourir les longues distances qui séparent les villes, avec quelques pauses pour grignoter dans les restaurants un peu sales du bord des routes. Pas la même saleté qu’en Inde où la densité de la population fait que les aliments n’ont pas le temps de pourrir. Le sandwich à l’agneau pas cuit mêlé de quelques oignons aura du mal à être digéré. Encore faut-il avoir faim ! Pas bon à manger mais alors à vomir… Ces nuits de bus sans sommeil ne seront jamais récupérées. Les arrêts, les check-points, le bruit du moteur pour passer les montagnes, les virages, les gens, les enfants, la vidéo… Quelle est la part du temps passé, en voyage, dans les transports ? Certainement pas dérisoire. Des journées de bus nous attendent encore pour rejoindre Téhéran, Tabriz, puis l’Est de la Turquie avant de la traverser. Toujours en bus, des journées et des journées. Encore faut-il avoir à rêver ! Encore faut-il pouvoir lire dans un bus ! Avoir le sommeil facile et le repos instantané. Cependant, dans ce bus, sur la route d’Ispahan, le temps ne va bientôt plus compter. Nous rencontrons un personnage que nous ne nous lasserons pas d’écouter. Ingénieur en électronique, il travaille dans l’industrie et parle très bien anglais, ce qui est aussi fréquent en Iran qu’en France... Qui plus est, il a un point de vue sur la politique, le social, l’histoire et la religion qu’il va nous développer tout au long de la nuit. Nous bavardons dans un premier temps de nos impressions sur l’Iran puis, finalement, nous lui avouons notre désapprobation concernant la présence trop nombreuse de militaires, la propagande sur les martyrs de guerre dont les visages sont partout en posters sur les murs des maisons et sur les pare-brise des voitures… Alors, il nous raconte sa version concernant ces martyrs… « Vous, les Français, vous pouvez vous vanter d’avoir eu une politique étrangère qui a toujours soutenu Saddam Hussein depuis la guerre en Iran jusqu’à sa chute en 2003. L’Irak est depuis longtemps votre client en armement, tous les armements, du chimique au nucléaire. Quand Saddam a attaqué l’Iran, ces armes ont détruit sans pitié des villes iraniennes entières dont la population civile est maintenant entassée dans les cimetières. Allez visiter celui d’Ispahan vendredi, toute la ville y sera. Et comprenez pourquoi l’Iran pleurera toujours ses martyrs tant que le monde ne reconnaîtra pas cette ignominie. Si vous remettez les choses dans leur contexte historique, que vous ne connaissez peut être pas, vous allez mieux comprendre ce qui influence directement la situation actuelle. À l’époque de cette guerre, dans le début des années 80, vos pays occidentaux ont favorisé un dictateur mégalomane et sans scrupule – Saddam – parce qu’ils craignaient les nouveaux chefs issus de la vague de la révolution khomeyniste qui ne voulaient plus se plier aux exigences américaines. Avez-vous entendu parler de la révolution verte ? La révolution islamique si vous préférez. Ecoutez-moi encore un peu si vous désirez savoir. Quand la monarchie absolue du dernier Chah a été renversée lors de la révolution, le peuple a, dans le même temps, fait s’écrouler la cinquième puissance militaire mondiale, créée de toutes pièces par les Américains. L’Iran devait servir de chien de garde contre l’Union soviétique de l’époque de la guerre froide et contre les pays du Proche et du Moyen Orient qui possèdent le pétrole. Évidemment, cette insurrection n’arrangea pas les intérêts américains et la déception fut grande alors, dans les obscurs couloirs de la CIA. La suite est facile à deviner. On ne contredit pas l’Amérique. Alors, la CIA organisa des coups d’état pour renverser le nouvel homme fort du pays, Khomeyni, qui n’aboutirent pas mais qui se terminèrent par une prise d’otage des citoyens américains de l’ambassade par les moudjahidins. Cette situation dura longtemps et s’envenima encore. Les pro-américains et les démocrates iraniens furent progressivement « mis de côté » pendant que, parallèlement, la communauté internationale désapprouvait définitivement cette révolution dont le sort ne dépendait plus que d’elle-même. Et puis, le con de Saddam en a profité pour nous attaquer. C’était le bon moment pour ses rêves de grandeur. Et la communauté internationale ferma les yeux sur ses crimes qui firent le nombre de morts par gaz chimique le plus important de tous les temps à travers le monde. Malheureusement pour lui, l’attaque d’un ennemi extérieur a renforcé le sentiment patriotique de la population et il lui fut impossible de nous envahir. Au contraire, nous menacions bientôt l’Irak à notre tour et comptions renverser Saddam pour libérer nos frères chiites prisonniers du dictateur. Une fois encore, c’est l’aide occidentale à l’Irak qui ne nous permit pas de mener à bien notre projet sinon nous aurions éliminé définitivement un dictateur et la population irakienne ne connaîtrait pas aujourd’hui une telle injustice... Non, la guerre se stabilisa sur ses positions pendant 7 années. Sept années qui firent s’effondrer notre économie déjà fragile, qui diminuèrent et appauvrirent notre population. Tout cela sans accéder à la moindre aide extérieure. Bien au contraire, puisque les Américains mirent en place un embargo qui s’est durci à mesure des années et qui nous empêcha d’accéder à la moindre aide extérieure. On ne contredit pas l’Amérique même si c’est tout un peuple à l’autre extrémité du monde qui le désire. Vous comprenez maintenant pourquoi, lors de manifestations dans notre pays, la haine contre l’Occident est sensible. Nous sommes aujourd’hui complètement autonomes, revitalisés par l’argent du pétrole mais aussi par l’énergie bénéfique de l’islam qui se transmet à travers le monde, et plus rien ne nous empêche de dénoncer l’hégémonie dévastatrice occidentale et peut-être même un jour d’aller plus loin... » La nuit passe dans le bus mais nous ne dormons pas. Ces accusations parfois abusives semblent tellement proches de la réalité. Nous ne trouvons pas les arguments pour relativiser l’injustice qui fait trembler ses lèvres. Nous ne pouvons qu’écouter respectueusement sa version dramatique des faits, tout en sachant seulement que, Occidentaux, Iraniens ou Chinois : nous ne sommes que des hommes et nos bassesses, dans tous les niveaux hiérarchiques, ne sont plus à démontrer... Après une pause bienvenue pour déjeuner, le monsieur reprend de lui-même son bavardage. Nous ne sommes qu’au milieu de la nuit et il lui reste du temps pour nous convaincre tout à fait. Il nous sent réceptifs, intéressés, bien que parfois sceptiques, ce qui l’encourage à développer totalement ses opinions et tenter de nous les faire partager... « Rejeter la religion catholique fut la meilleure chose que vous ayez faite, vous les Français, car après avoir apporté une richesse extraordinaire, elle finissait par abolir complètement l’esprit critique des individus, les avilir dans un système de servitude sous la dépendance d’un clergé avide, éloigné de Dieu lui-même. Nous avons fait le contraire. La religion nous manquait. Et je vais vous expliquer pourquoi. Cela aussi est facile à comprendre car tout s’explique grâce à l’Histoire. Depuis deux siècles, la société européenne, et les sociétés qui en sont nées, semblent ne connaître qu’une seule foi positive : le culte du progrès matériel, avec la croyance qu’il n’y a d’autre but dans la vie que de la rendre toujours plus facile et indépendante de la nature. Votre Dieu n’est plus spirituel. Il s’appelle le progrès. Et vos prêtres sont devenus des hommes politiques ou des acteurs de cinéma et vos églises des télévisions. Le désir insatiable de pouvoir et de plaisir a conduit aux guerres mondiales avec l’horreur que vous connaissez car il n’y a plus, dans votre société, de morale ou d’accord sur le bien et le mal. Plus de limite. Et tout est encore conduit aujourd’hui par la règle de l’opportunisme, du capitalisme. Vos problèmes ne sont pas résolus. L’insatisfaction occidentale est évidente, sa décadence culmine dans une illusion confortable, dépendante de la richesse, la richesse assise sur les autres peuples qui n’apporte pourtant pas le vrai bonheur. La vie occidentale est confuse et malheureuse parce qu’il n’y a plus de véritable communion entre les hommes, parce que vos gratte-ciel, vos machines et vos télévisions ne peuvent rien faire pour restaurer l’intégrité brisée de vos âmes. Dieu vous a quittés et le progrès technique sans lui ne développe que l’individualisme amer et avide. Jamais plus de Bach et de Beethoven ne s’élèveront parmi vous mais certainement de nouveaux Hitler et Bush qui se valent dans mon cœur. Votre société a une culture égocentrique et vous exigez qu’elle devienne la seule réalité possible. Vous exigez de laïciser les pays musulmans car vous croyez en ce sens de l’évolution. Mais vous vous trompez encore. Et on ne vous laissera pas faire. Il n’y a ni église, ni clergé, ni hiérarchie dans l’islam qui puisse nous oppresser. Et puis l’islam n’est pas seulement une religion mais, est, à la fois, pouvoir politique, communauté et manière de vivre. Les musulmans ont une unité profonde quels que soient leurs origines et ils sont unis à travers le monde dans leur manière de penser et de distinguer le juste du faux. Les Occidentaux pensent que l’islam demeure une survivance des siècles passés, un signe d’arriération sociale et politique qui va disparaître, mais pour nous, dans le système violent et dévastateur de la mondialisation provoquée et dirigée par l’Occident, c’est au contraire une unité de rapprochement conservatrice, un mouvement d’avant-garde et un levier porteur de libération ! » Cette fois, le monsieur a fini. Oui, parce qu’on arrive. Il aura convaincu très certainement quelqu’un : lui-même. C’est déjà pas mal. Quand tu cherches une réponse à tes questions, le principal ce n’est pas d’avoir La réponse mais c’est d’en avoir Une. Le bonheur est dans la certitude. Pour notre part, on va commencer par digérer tout ça et essayer de savoir s’il y a des petites choses où il pourrait bien avoir raison quand même… Et puis, comme on ne l’a pas vraiment contrarié, le monsieur nous aide, en arrivant dans sa ville, puisque c’est la nuit, à trouver le bon bus pour le centre. Ensuite, il nous invite à aller visiter le cimetière dont il nous parlait. Mais bien que cela paraisse intéressant, nous en avons assez entendu pour le moment. Daoud est d’accord avec moi ; cherchons plutôt des personnes qui pourraient avoir un avis qui nous ferait moins peur. Nous avons comme dans l’idée que ce monsieur va un peu trop loin et que tous les Iraniens ne seront pas d’accord avec lui, bien que, malheureusement, il doive en représenter une bonne partie… Ispahan. Une semaine plus tard.
Ce matin en me levant, je me suis demandé ce que j’allais faire. Cinq minutes… Puis, suis descendu déjeuner chez Hassan, dans un café iranien où est servi le thé et où les gens fument le narghilé. Le thé n’était pas encore trop fort et le cake juste chaud. Hassan ne me fait plus payer depuis que nous travaillons tous les deux, lui à l’anglais et moi au farsi et à l’alphabet arabe, l’écriture qui marche à reculons. Je l’ai vu un jour faire de la calligraphie et je m’y suis intéressé. Depuis, nous sommes devenus amis et je passe des journées entières à travailler la langue arabe avec ce jeune professeur improvisé. J’aime bien Hassan. Il est droit. Il est sincère. Il est vrai. Quand il est arrivé de son village dans cette ville et dans ce commerce, il a commencé par nettoyer les gamelles. Maintenant avec la même allure : survêtement et chaussures en cuir, il est devenu responsable. Tout le monde le respecte ici bien qu’il soit modeste. Il devrait me donner, en plus, des leçons d’humilité… Hassan ne parle pas beaucoup. Il ne rit pas beaucoup non plus mais garde un petit rictus au coin de ses lèvres. Il m’apprend beaucoup de choses sur l’Iran, aussi sur les Kurdes dont il fait partie. Puis, il met une cassette dans le lecteur, musique traditionnelle, contemporaine, classique, ûd iranienne ou kurde, toujours choisie avec subtilité… Ce ne sont pas des sentiments passionnels, des émotions fugaces qu’expriment les musiques que me fait écouter Hassan, mais réellement des airs sans âge, sans violence, des airs de la vie dans sa simplicité, dans ses valeurs immuables et fondamentales comme le rythme du vent dans le désert, la sensation des grands espaces et la contemplation d’un éternel présent… J’aime ces musiques et ça lui donne beaucoup de plaisir de me voir les apprécier. Des personnes entrent dans cet espace sonore, des sportifs, des hommes d’affaires, des religieux : Personne ne prête attention aux mélodies sacrées. Si, peut-être, les visages ensanglantés des martyrs, figés dans la contemplation, sur les tapis muraux, autour d’aigles royaux, de chevaux volants et de princesses célestes… Shaddy a ouvert son café Internet un peu plus loin dans la rue. Elle est avec sa sœur Soufia. Toutes deux me sourient de façon entendue. Je monte leur dire bonjour. Une poignée de main. La bise se fera seulement le jour des adieux, en cachette. Nous avons passé la soirée ensemble hier, dans les rues de la ville, avec Minah et Nahib, leurs cousines. Soufia, qui préfère qu’on l’appelle Zizi même après lui avoir donné la signification française, est étudiante. Elle a donc plus de temps à nous consacrer et parle mieux anglais que sa sœur et ses cousines qui ne le parlent pas du tout. Ensemble, nous avons visité la très belle église arménienne d’Ispahan puis le musée qui se trouve à côté. L’histoire arménienne est passionnante. Cette petite famille orthodoxe du Caucase, au pied du mont Ararat où s’est perché Noé, est entourée de musulmans géorgiens, turcs, tchétchènes, azerbaïdjanais et iraniens… Le musée insiste sur le génocide perpétré par les Turcs à la fin de l’ère ottomane. De tristes images qui rappellent celles de l’holocauste et que les Turcs ne veulent pas reconnaître bien que ce soit le sujet d’une opposition importante à leur entrée dans l’Europe… En sortant de ce musée, nous allons dans un jardin public. Nous sommes allongés dans l’herbe quand la police arrive en civil. Trop près d’une demoiselle ! Les policiers nous demandent nos contrats de mariage. Soufia leur dit qu’on est ses cousins venus de France. Perplexes, ils nous demandent nos papiers et, ne constatant rien de répréhensible, exigent seulement que Zizi replace son voile trop largement tiré en arrière... Pas facile de trouver des couples non mariés en Iran, pas facile d’empêcher Cupidon de tirer ses flèches pourtant et d’étouffer la liberté de cette jeunesse qui se veut moderne au plus grand désarroi des Pasdarans, les gardiens de la révolution…
Avec Daoud, nous partons en taxi de l’autre côté de la ville, à l’extrémité du bazar que nous voulons remonter tranquillement jusqu’au centre. On nous dépose en banlieue d’Ispahan. Quoique le mot banlieue soit tellement péjoratif en France qu’il en devient trop fort pour décrire cette partie de la ville iranienne. La banlieue d’Ispahan ne rassemble pas les minorités, ni les citoyens du pays qui ont peu d’argent pour vivre. Elle n’est pas faite d’immeubles fermés sur eux-mêmes mais des mêmes maisons un peu plus petites qu’en ville. Les différences sociales dans la population iranienne n’ont pas les proportions que nous avons atteintes… Donc à l’extrémité d’Ispahan, nous commençons par nous promener dans le marché aux légumes entre l’entrée du bazar et la mosquée du Vendredi. C’est le seul à l’air libre, le long des rues sableuses. Nous y retrouvons les regards perçants et les gestes centenaires des commerçants, leur voix attrayante et, leur béret français. Une mode datée de la vieille époque de Reza Chah et de son voisin Atatürk qui se préoccupaient principalement de moderniser leur pays en l’occidentalisant. Il faut croire que le béret français tient une place importante dans le développement d’un peuple… Dans le bazar, les heures creuses sont en début d’après-midi. Les commerçants mangent tranquillement, boivent le thé et s’allongent sur leurs étoffes pour piquer un roupillon. Nous marchons pour la première fois dans le silence et le calme à travers un bazar. Celui-ci fait plus de deux kilomètres rien qu’en allant tout droit. Une ville à lui tout seul. Il s’ouvre comme toujours sur des jardins, des mosquées, des cours intérieures et des petites places avec des fontaines où l’on ne peut s’empêcher d’entrer pour se poser quelques instants. Une pelouse, des arbres, le silence et, tout autour, la beauté persane. En revenant dans le bazar, l’agitation a repris. J’ai, par réflexe, une hésitation en me mêlant à la foule. Une hésitation en souvenir des samedis noirs, en France, dans les grandes surfaces. Je hais les grandes surfaces : l’abondance de camelotes manufacturées, le choix entre tous ces produits qui n’ont de différence que la marque, les rayons surchargés, la classification, la publicité alléchante, mensongère parfois et surtout la lumière éclatante qui rayonne. Aussi, je hais l’attente devant les caisses dans un cérémonial silencieux qui prépare la sortie du portefeuille pas assez lourd pour qu’on puisse acheter tous les produits qu’on nous fait miroiter. Un habitant du Tiers-monde serait époustouflé en entrant dans ces magasins immenses, ces villes de rayons symétriques. Pénurie : non ! Surproduction : ah là d’accord ! Mon anxiété s’évacue rapidement. Nous sommes dans le charme d’un bazar oriental. Sombres petites échoppes pleines d’artisanat. En face, disposées dans un patio, les soies les plus luxueuses d’Asie. À côté, l’atelier d’un fabricant de cordes. Puis, une niche de textiles multicolores de Kâchmar. Dans les ruelles transversales, des maroquiniers imprègnent l’air de l’odeur aigre de cuir. Dans des renfoncements, on entend le bruit des machines à coudre cachées derrière des broderies. Plus loin, des chaudronniers martèlent du cuivre, du bronze, du laiton, symphonie curieuse, mélodie de la créativité artisanale. Les Iraniens ont une capacité de concentration qui leur permet de nouer, à la main, et au moyen d’innombrables fils de laine colorée, fil après fil, millimètre après millimètre, des tapis d’une perfection ahurissante. Ce n’est pas par hasard qu’ils sont les plus beaux du monde. Pourrait-on trouver ailleurs ce recueillement profond, cette absorption tranquille dans l’occupation ? Verrait-on ailleurs pareils yeux, sombres profondeurs pour lesquelles le temps qui passe signifie si peu. Des rues, encore des rues entières d’artisanat, de bruits et parfois de silence là où des peintres copient des images de vieux livres sur des pages blanches, trait après trait, ombre après ombre. Le temps passe et les peintres, les calligraphes restent penchés sur leur travail, étrangers au présent. Le temps passe. Dans les rues voisines, la pacotille occidentale pénètre dans les boutiques et progresse obstinément. Le temps passe pour nous aussi, sous ces dômes protégés du soleil et dans ces ruelles qui s’entrecroisent, fraîches, agréables et remplies de merveilles. Aveuglés par le soleil, nous débouchons sur une place en clignant des yeux. Un mirage de beauté et d’espace. Longue de cinq cents mètres, agrémentée de toutes parts de jardins, de fontaines, la place Meidun-é Eman Khomeyni est entourée d’arcades et ouverte par de grands iwans disposés sur les axes croisés de la cour, se reflétant sur la pièce d’eau centrale. Ces Iwans sont surmontés d’alvéoles comme des nids d’abeilles en arc brisé, avec des stalactites de céramique, des façades de faïence turquoise et verte où des inscriptions en kufique blanche - l’écriture arabe la plus ancienne - se découpent dans la brique au-dessus de mille arabesques. Au-dessus encore, flottent, dans l’espace, les immenses dômes de la mosquée royale. La ville d’Ispahan dans toute sa grandeur, telle qu’elle est depuis des siècles, relatée par tant de marchands et d’explorateurs comme la ville la plus belle du monde.
Dans la soirée, Zizi, Minah, Shadi et Nahib marchent avec nous dans la ville, à la fraîche, comme tout Ispahan. Elles sont bien habillées, se donnent la main, leur voile couvre juste le derrière de la tête et elles matent les mecs en balançant leur petit sac à main. Plus habitués à ces comportements, nous sommes tout émoustillés de nous faire reluquer et d’être en compagnie d’élégantes jeunes femmes. Les trottoirs sont bondés, les magasins brillent, tout le monde est classe. Demain, je vais m’acheter une paire de basket ! Depuis le temps que je traîne ces chaussures de montagne. Bien qu’elles aient traversé avec moi les Alpes, il faudra que nous nous séparions un jour. Et puis ces fringues distendues, ces deux tee-shirts portés depuis un an et cette barbe trop longue. Nous sommes des clochards parmi la foule et cependant, joliment accompagnés… Voici le pont Khadju, une des dernières merveilles de la ville et de la floraison artistique persane. Un pont piétonnier que les gens traversent pour recueillir, dans le vent léger, les fines gouttelettes qu’un jet d’eau envoie du milieu du fleuve, comme une pluie de diamants, réverbérée par les projecteurs. Partout, c’est propre, c’est fin, c’est beau, c’est géant, c’est Ispahan !
Téhéran.
À l’inverse d’Ispahan la merveilleuse, Téhéran est la plus triste ville qu’on ait vue. Les rues sont bouchées de voitures. Les façades noires. Les hauts immeubles dissemblables. Les longues avenues rectilignes n’ont rien de plaisant pour les yeux. Aucune zone piétonne, aucun arbre. Pas même de vieux quartiers ou de centre ville. C’est triste, triste, triste. Pour couronner le tout, notre hôtel est sale et bruyant. Toute la journée, je marche dans ces rues à la recherche des quelques beaux quartiers, des universités, des petits parcs séparés par des avenues commerciales, toujours dans le bruit des klaxons et dans la pollution. C’est décourageant. Il n’y a vraiment rien de beau, ni même d’historique et surtout ce n’est pas une ville faite pour les piétons. Elle est trop étendue. J’arrive près du Lalé parc. Enfin, un peu de verdure. D’ailleurs, toute la population est là ! J’espère qu’ils n’ont pas fait autant de kilomètres que moi pour venir ici. Et surtout, maintenant je dois retourner… Il faudra attendre encore une longue journée que des amis iraniens, Saman et Susan, les amis des amis qui nous ont aidés à avoir le visa lorsqu’on était au Pakistan, viennent nous chercher et nous emmènent en voiture. Plus d’une heure pour traverser la ville dans l’autre sens. Ce n’est peut être pas plus rapide en voiture mais c’est plus reposant. Et on peut parler. Susan travaille dans une banque et apprend le français pendant ses heures perdues avec l’espoir un jour d’aller en France. Saman, son grand frère, est ingénieur en informatique. À l’inverse du monsieur rencontré dans le bus allant à Ispahan il y a une semaine et qui avait des opinions politiques très conservatrices comme j’ai pu en transmettre quelques unes, Susan et Saman sont, eux, des libéraux modernistes. Sans être pro-américains, ils ne veulent plus de ce régime islamique. « Si l’Occident pouvait nous sortir de cette dictature, si nos dirigeants faisaient l’erreur d’agresser Israël. Alors, tout serait à nouveau possible… En attendant, nous n’avons aucune liberté ici, nos choix de vie sont dictés, tout comme nos opinions. Les écrivains, les journalistes, les opposants au pouvoir, tous se cachent ou émigrent. Les femmes n’ont aucun droit alors que, de plus en plus, elles aimeraient s’émanciper. Nous souhaiterions tellement former une nation ouverte au monde entier, républicaine et laïque avec une vraie démocratie. » Ces mots sont chuchotés mêmes si nous sommes dans une voiture et que personne ne peut nous entendre et, quand ils prononcent le mot démocratie, leurs yeux ne peuvent s’empêcher de briller. Les élections iraniennes sont dans peu de temps mais les réformes sont inenvisageables puisque le futur président ne peut être élu que s’il est déjà accepté par le congrès de religieux… La première visite sera, en l’occurrence, le King palace, le château du roi, l’ex-propriété du Chah d’Iran qui est devenu un musée depuis qu’il a été déchu et s’est enfui d’Iran. Le palace, d’architecture assez simple, est situé sur les hauteurs de Téhéran au pied des montagnes enneigées qui culminent à plus de cinq mille mètres, la chaîne d’Elbourz. À l’intérieur du palais, sont disposées les richesses du roi qui n’ont pas été vendues, c’est-à-dire peu de choses, des cadeaux que lui ont fait les nations occidentales, quelques photos de famille… Le lieu est surtout symbolique. Toujours guidés par Saman et Susan, nous entrons dans un restaurant, sur les hauteurs qui dominent la ville. Elle s’étend à perte de vue, dans un amoncellement d’immeubles modernes, jusqu’au désert. Une télécabine part directement de Téhéran et monte à plus de trois mille mètres d’altitude pour atteindre un air plus respirable. Les citadins vont se balader l’été en famille et faire du ski l’hiver. Enfin, pour digérer l’incontournable brochette d’agneau, nous allons marcher dans deux différents parcs de la ville, seuls espaces vivables – les Iraniens eux-mêmes le disent – avant de nous faire déposer à notre hôtel dans un des endroits les plus malfamés de la ville. Téhéran nous déplaît, nous décidons de partir le lendemain à la première heure.
Bonjour,
Désireux de découvrir ANGKOR et ses environs avec ma compagne en février prochain (2018), je souhaite bénéficier de votre expérience et de vos conseils pour optimiser mon séjour sur place : une dizaine de jours pour Angkor et ses environs (guide, hôtel, bons plans...).
Merci pour votre aide.
Buenos Aires - Valparaíso. Des chutes d'Iguazu au cœur des Andes, de la côte chilienne à l'Atacama.
Pour ce troisième printemps austral en Argentine et au Chili, ce sont des noms porteurs de rêves anciens qui ont guidé notre itinéraire, tout comme Ushuaia, le Perito Moreno et le Fitz Roy l’avaient fait en 2010 : Iguazú et ses chutes, l’Aconcagua, Valparaíso... 1400 km séparent Buenos Aires de Puerto Iguazú. Nous avons pris un bus pour rejoindre l’extrême Nord-Est du pays, puis un avion d'Iguazú à Salta. De là, comme d’habitude, nous avons loué chez Argentina Excepción une petite berline – cette année une Chevrolet Agil – pour faire une boucle au sud en traversant les Andes au pied de l’immense et magnifique Aconcagua (6962 m), et redescendre sur Valparaíso, sa baie, son port et ses pirates, ses collines et ses fleurs… En remontant vers le nord, la côte chilienne était par endroits brumeuse ou noyée de pluie, le Pacifique glacial, les goélands marins dansaient dans les vagues écumantes, mais elle cachait aussi des criques de sable étincelant et des merveilles géologiques. L’aridité a peu à peu repris le dessus, nous avons rejoint le désert d’Atacama, San Pedro, l’altiplano, la puna… puis Salta, d’où nous nous sommes envolés pour Buenos Aires.
Je tiens cette année encore à remercier Krikri que j'avais mise à contribution pour nous dénicher de bonnes adresses et grâce à qui nous avons passé un excellent séjour à Valparaíso!
La version avec photos est visible ici: carnetsdameriquesetdailleurs.fr/crbst_152...

********************************
Pour plus de clarté, je suis l'exemple de Trois14, et donc fais un Index du carnet. Chaque lien renvoie à la page concernée lorsqu'on est connecté :
Buenos Aires. La Querencia, Puerto Madero, Recoleta Buenos Aires - Puerto Iguazú Chutes d'Iguazú(1), Garganta del Diablo, Paseo Superior Chutes d'Iguazú(2), Paseo Inferior, isla San Martin Chutes d'Iguaçu côté brésilien Iguaçu (Brésil), Parc des oiseaux De Salta à Villa Unión via San Carlos et Belén En route pour la Laguna Brava... Parc national de Talampaya Ischigualasto, « là où se pose la Lune » De San Agustin de Valle fértil à Barréal en passant par San Juan La route des Andes (1). De Barréal à Puente del inca La route des Andes (2). Parc provincial de l'Aconcagua De Puente del Inca à Valparaiso Valparaiso (1) Valparaiso (2) Valparaiso (3). Museo a cielo abierto La côte Pacifique (1). De Valparaiso à La Serena La côte Pacifique (2). De La Serena à Bahia Inglesa La côte Pacifique (3). De Bahia Inglesa à Taltal via le parc Pan de Azucar La côte Pacifique (4). De Taltal à San Pedro de Atacama via Antofagasta De San Pedro de Atacama à San Antonio de los Cobres via le Paso de Sico Tolar Grande De San Antonio de los Cobres à Salta. Museo de Arqueología de Alta Montaña Buenos Aires. Tigre, La Boca
Renseignements divers
********************************
Buenos Aires. La Querencia, Puerto Madero, Recoleta
Mardi 16 octobre
Le voyage a plutôt moyennement commencé… A Roissy, alors que je veux passer un texto à Loïc, impossible de trouver le portable. Je fouille partout, rien… En désespoir de cause, je m’adresse à un homme qui a l’air sympa et lui demande s'il veut bien appeler mon numéro pour que je l'entende sonner. Ça doit être assez comique, car nous avons ouvert les bagages à même le sol et j'ai l'oreille collée sur les vêtements tandis que lui, à côté, égrène régulièrement d’une voix forte le nombre de sonneries avant que le répondeur se déclenche: Une…, deux…, trois…, quatre!!! Mais il faut se résoudre à l’évidence, je l'ai bien oublié à Paris. Le taxi qu'on avait commandé est arrivé avec un quart d'heure d'avance et a envoyé un sms pour prévenir, j'ai sorti le portable de mon sac, lui ai répondu et... dans la précipitation j'ai dû le reposer sur une table!...
Mercredi 17
Le vol a duré dix-sept heures au lieu de treize heures trente-cinq. Une fois au-dessus de Buenos Aires (14 °C et de la pluie!), l'avion a tourné, tourné, tourné... L'atterrissage était prévu à 8 h 5, puis à 8 h 15, mais dix minutes plus tard on est remontés à 3000 mètres et on y est restés jusqu'à l'annonce du commandant de bord disant que les orages au-dessus de Buenos Aires nous obligeaient à aller nous poser à Montevideo, en Uruguay. En fait, le 777 ne pouvait de toute façon ni atterrir à cause des orages ni rester en vol parce que les réservoirs étaient presque vides. Je préférais très nettement ça, je me faisais tout un film avec le train d'atterrissage qui était peut-être bloqué... ;-)
De retour à EZE – l’aéroport international de Buenos Aires – à 11 h 35, le remis n'est évidemment plus là. On attend encore et encore, étant quasi certains que Yann s'est tenu au courant et aura fait le nécessaire. C'est bien le cas. Le chauffeur revient vers 1 h 15 mais réclame ensuite deux fois la course – ce qui en somme est normal puisqu’il a fait un aller-retour pour rien; un remis est un taxi privé que rien ne distingue des autres voitures, il travaille au forfait et ne peut embarquer d’autres personnes que celles convenues au départ. A cela s'ajoutent les quarts d'heure d'attente supplémentaires au-delà de l'heure prévue avant qu'il ne se soit décidé à repartir, et la note monte à 380 pesos – aussi cher que pour faire Paris - Roissy. A La Querencia, Yann discute âprement et arrive à faire baisser le prix à 320 pesos.
Second petit accroc, la souris du Netbook a disparu du sac de voyage entre Paris et Buenos Aires. Le bagage cabine étant plein, je l'ai posée sur le dessus du sac alors qu'il n'avait pas de cadenas, une habitude prise sur les vols à destination des Etats-Unis où l’on doit tout laisser ouvert ou avoir un cadenas TSA.
On est très contents de revoir Yann, on discute longuement avec lui l'après-midi en buvant du thé, de tout, du bébé à venir, de ses travaux très réussis, de notre travail, de la situation en Argentine, de Cristina Kirchner, etc. On retrouve aussi la grande chambre en duplex si agréable de l'an dernier avec Val et Guy, et les patios fleuris. Et le soir, les pizzas chez le traiteur voisin et sa « gata » (sa chatte), qui nous reconnaît et tient avec un enthousiasme aussi débordant que l'an dernier à transformer nos bas de pantalons en bonnets de hussards!
Jeudi 18
Quand on est à BsAs, nos pas nous mènent invariablement vers San Telmo et son mercado couvert, quel que soit notre planning, aujourd'hui comme hier et comme demain sans doute; en l'occurrence, Yann nous ayant indiqué un magasin sur Carlos Calvo pour racheter une souris, de l'autre côté de l'avenida 9 de Julio, nous ne pouvons faire autrement que de prendre la rue Carlos Calvo en direction de... San Telmo. D'autant que nous voulons aussi rejoindre Puerto Madero, ancien port de BsAs devenu rapidement obsolète après sa construction et laissé des décennies à l'abandon avant sa remise à neuf et sa transformation en quartier branché et hors de prix. Mais il est très sympa, surtout sous le soleil, traversé par le río de la Plata qui charrie une terre ocre généreusement amenée par les ríos Parana et Uruguay.

Pas de chance, au terminal de bus où nous allons chercher nos billets pour Puerto Iguazú, tout est complet en « tutto letto » avec Via Bariloche ou en « suite ejécutivo » (les deux catégories ont des sièges inclinables à 180°) avec Crucero del Norte. Seule cette dernière compagnie a encore des sièges camas (à 160°) pour le 19, côte à côte et au milieu du bus.
Ensuite, toujours à pied, nous voilà repartis pour le cimetière de Recoleta, ou cimetière de toutes les démesures si l'on excepte sa taille, que l'on n'avait jamais visité au cours de nos précédents séjours. Ici sont enterrés généraux, politiques, grands bourgeois, intellectuels et artistes, dans des mausolées dominés par des anges, des archanges et des vierges de tous les âges et de toutes les tailles.

Le marbre noir ou rose côtoie le béton envahi par de délicates guirlandes de plantes grimpantes ou de fleurs sauvages.
Par les portes, la plupart du temps vitrées, on aperçoit à l’intérieur deux cercueils, l'un au-dessus de l'autre, et à droite un escalier qui descend dans la froideur, le silence et la pénombre de la terre. Une grille, souvent ouvragée, permet de distinguer, lorsqu'un rayon de soleil se glisse au travers, l'empilement des morts dans leurs boîtes luxueuses... Le dernier arrivé prend la place du cercueil qui est en haut et fait descendre au sous-sol le cercueil du bas. Dehors, le ciel est bleu, les promeneurs défilent à la recherche de la tombe d'Eva Perón, les chats au poil en bataille roulent des mécaniques, la vie poursuit son cours...
Nous quittons le cimetière et ses quatre mille tombes – dont près d’une centaine classées monuments historiques. Parmi elles on trouve de tout, du kitchissime, avec souvent un brin de mégalomanie, mais aussi de très belles choses. Encore une bonne marche pour rejoindre le métro à Callao; changement à Catedral, linea E, sortie à Independencia, et à 16 heures nous avons rejoint nos pénates.
Pour ce troisième printemps austral en Argentine et au Chili, ce sont des noms porteurs de rêves anciens qui ont guidé notre itinéraire, tout comme Ushuaia, le Perito Moreno et le Fitz Roy l’avaient fait en 2010 : Iguazú et ses chutes, l’Aconcagua, Valparaíso... 1400 km séparent Buenos Aires de Puerto Iguazú. Nous avons pris un bus pour rejoindre l’extrême Nord-Est du pays, puis un avion d'Iguazú à Salta. De là, comme d’habitude, nous avons loué chez Argentina Excepción une petite berline – cette année une Chevrolet Agil – pour faire une boucle au sud en traversant les Andes au pied de l’immense et magnifique Aconcagua (6962 m), et redescendre sur Valparaíso, sa baie, son port et ses pirates, ses collines et ses fleurs… En remontant vers le nord, la côte chilienne était par endroits brumeuse ou noyée de pluie, le Pacifique glacial, les goélands marins dansaient dans les vagues écumantes, mais elle cachait aussi des criques de sable étincelant et des merveilles géologiques. L’aridité a peu à peu repris le dessus, nous avons rejoint le désert d’Atacama, San Pedro, l’altiplano, la puna… puis Salta, d’où nous nous sommes envolés pour Buenos Aires.
Je tiens cette année encore à remercier Krikri que j'avais mise à contribution pour nous dénicher de bonnes adresses et grâce à qui nous avons passé un excellent séjour à Valparaíso!
La version avec photos est visible ici: carnetsdameriquesetdailleurs.fr/crbst_152...

********************************
Pour plus de clarté, je suis l'exemple de Trois14, et donc fais un Index du carnet. Chaque lien renvoie à la page concernée lorsqu'on est connecté :
Buenos Aires. La Querencia, Puerto Madero, Recoleta Buenos Aires - Puerto Iguazú Chutes d'Iguazú(1), Garganta del Diablo, Paseo Superior Chutes d'Iguazú(2), Paseo Inferior, isla San Martin Chutes d'Iguaçu côté brésilien Iguaçu (Brésil), Parc des oiseaux De Salta à Villa Unión via San Carlos et Belén En route pour la Laguna Brava... Parc national de Talampaya Ischigualasto, « là où se pose la Lune » De San Agustin de Valle fértil à Barréal en passant par San Juan La route des Andes (1). De Barréal à Puente del inca La route des Andes (2). Parc provincial de l'Aconcagua De Puente del Inca à Valparaiso Valparaiso (1) Valparaiso (2) Valparaiso (3). Museo a cielo abierto La côte Pacifique (1). De Valparaiso à La Serena La côte Pacifique (2). De La Serena à Bahia Inglesa La côte Pacifique (3). De Bahia Inglesa à Taltal via le parc Pan de Azucar La côte Pacifique (4). De Taltal à San Pedro de Atacama via Antofagasta De San Pedro de Atacama à San Antonio de los Cobres via le Paso de Sico Tolar Grande De San Antonio de los Cobres à Salta. Museo de Arqueología de Alta Montaña Buenos Aires. Tigre, La Boca
Renseignements divers
********************************
Buenos Aires. La Querencia, Puerto Madero, Recoleta
Mardi 16 octobre
Le voyage a plutôt moyennement commencé… A Roissy, alors que je veux passer un texto à Loïc, impossible de trouver le portable. Je fouille partout, rien… En désespoir de cause, je m’adresse à un homme qui a l’air sympa et lui demande s'il veut bien appeler mon numéro pour que je l'entende sonner. Ça doit être assez comique, car nous avons ouvert les bagages à même le sol et j'ai l'oreille collée sur les vêtements tandis que lui, à côté, égrène régulièrement d’une voix forte le nombre de sonneries avant que le répondeur se déclenche: Une…, deux…, trois…, quatre!!! Mais il faut se résoudre à l’évidence, je l'ai bien oublié à Paris. Le taxi qu'on avait commandé est arrivé avec un quart d'heure d'avance et a envoyé un sms pour prévenir, j'ai sorti le portable de mon sac, lui ai répondu et... dans la précipitation j'ai dû le reposer sur une table!...
Mercredi 17
Le vol a duré dix-sept heures au lieu de treize heures trente-cinq. Une fois au-dessus de Buenos Aires (14 °C et de la pluie!), l'avion a tourné, tourné, tourné... L'atterrissage était prévu à 8 h 5, puis à 8 h 15, mais dix minutes plus tard on est remontés à 3000 mètres et on y est restés jusqu'à l'annonce du commandant de bord disant que les orages au-dessus de Buenos Aires nous obligeaient à aller nous poser à Montevideo, en Uruguay. En fait, le 777 ne pouvait de toute façon ni atterrir à cause des orages ni rester en vol parce que les réservoirs étaient presque vides. Je préférais très nettement ça, je me faisais tout un film avec le train d'atterrissage qui était peut-être bloqué... ;-)
De retour à EZE – l’aéroport international de Buenos Aires – à 11 h 35, le remis n'est évidemment plus là. On attend encore et encore, étant quasi certains que Yann s'est tenu au courant et aura fait le nécessaire. C'est bien le cas. Le chauffeur revient vers 1 h 15 mais réclame ensuite deux fois la course – ce qui en somme est normal puisqu’il a fait un aller-retour pour rien; un remis est un taxi privé que rien ne distingue des autres voitures, il travaille au forfait et ne peut embarquer d’autres personnes que celles convenues au départ. A cela s'ajoutent les quarts d'heure d'attente supplémentaires au-delà de l'heure prévue avant qu'il ne se soit décidé à repartir, et la note monte à 380 pesos – aussi cher que pour faire Paris - Roissy. A La Querencia, Yann discute âprement et arrive à faire baisser le prix à 320 pesos.
Second petit accroc, la souris du Netbook a disparu du sac de voyage entre Paris et Buenos Aires. Le bagage cabine étant plein, je l'ai posée sur le dessus du sac alors qu'il n'avait pas de cadenas, une habitude prise sur les vols à destination des Etats-Unis où l’on doit tout laisser ouvert ou avoir un cadenas TSA.
On est très contents de revoir Yann, on discute longuement avec lui l'après-midi en buvant du thé, de tout, du bébé à venir, de ses travaux très réussis, de notre travail, de la situation en Argentine, de Cristina Kirchner, etc. On retrouve aussi la grande chambre en duplex si agréable de l'an dernier avec Val et Guy, et les patios fleuris. Et le soir, les pizzas chez le traiteur voisin et sa « gata » (sa chatte), qui nous reconnaît et tient avec un enthousiasme aussi débordant que l'an dernier à transformer nos bas de pantalons en bonnets de hussards!
Jeudi 18
Quand on est à BsAs, nos pas nous mènent invariablement vers San Telmo et son mercado couvert, quel que soit notre planning, aujourd'hui comme hier et comme demain sans doute; en l'occurrence, Yann nous ayant indiqué un magasin sur Carlos Calvo pour racheter une souris, de l'autre côté de l'avenida 9 de Julio, nous ne pouvons faire autrement que de prendre la rue Carlos Calvo en direction de... San Telmo. D'autant que nous voulons aussi rejoindre Puerto Madero, ancien port de BsAs devenu rapidement obsolète après sa construction et laissé des décennies à l'abandon avant sa remise à neuf et sa transformation en quartier branché et hors de prix. Mais il est très sympa, surtout sous le soleil, traversé par le río de la Plata qui charrie une terre ocre généreusement amenée par les ríos Parana et Uruguay.

Pas de chance, au terminal de bus où nous allons chercher nos billets pour Puerto Iguazú, tout est complet en « tutto letto » avec Via Bariloche ou en « suite ejécutivo » (les deux catégories ont des sièges inclinables à 180°) avec Crucero del Norte. Seule cette dernière compagnie a encore des sièges camas (à 160°) pour le 19, côte à côte et au milieu du bus.
Ensuite, toujours à pied, nous voilà repartis pour le cimetière de Recoleta, ou cimetière de toutes les démesures si l'on excepte sa taille, que l'on n'avait jamais visité au cours de nos précédents séjours. Ici sont enterrés généraux, politiques, grands bourgeois, intellectuels et artistes, dans des mausolées dominés par des anges, des archanges et des vierges de tous les âges et de toutes les tailles.

Le marbre noir ou rose côtoie le béton envahi par de délicates guirlandes de plantes grimpantes ou de fleurs sauvages.
Par les portes, la plupart du temps vitrées, on aperçoit à l’intérieur deux cercueils, l'un au-dessus de l'autre, et à droite un escalier qui descend dans la froideur, le silence et la pénombre de la terre. Une grille, souvent ouvragée, permet de distinguer, lorsqu'un rayon de soleil se glisse au travers, l'empilement des morts dans leurs boîtes luxueuses... Le dernier arrivé prend la place du cercueil qui est en haut et fait descendre au sous-sol le cercueil du bas. Dehors, le ciel est bleu, les promeneurs défilent à la recherche de la tombe d'Eva Perón, les chats au poil en bataille roulent des mécaniques, la vie poursuit son cours...
Nous quittons le cimetière et ses quatre mille tombes – dont près d’une centaine classées monuments historiques. Parmi elles on trouve de tout, du kitchissime, avec souvent un brin de mégalomanie, mais aussi de très belles choses. Encore une bonne marche pour rejoindre le métro à Callao; changement à Catedral, linea E, sortie à Independencia, et à 16 heures nous avons rejoint nos pénates.
February 9th is a pivotal day during my trip to Thailand. Up until this date, my focus had been on cities, temples, and other urban landmarks. Starting February 10th, I’ll finally leave the city behind for the outskirts—one town, one life, farther from tourism, more real, more authentic... Then comes the bucolic surroundings of Chiang Mai, nature, the countryside, the mountains.
This morning, I head to visit the ethnographic museum. I’d been told about another one, but it’s permanently closed. I wonder if it’s the same one that might have changed its name and location.
I thoroughly enjoy visiting this museum. At first, I’m a bit annoyed because the place is packed with noisy school groups blocking the display cases without even showing the slightest interest. But soon, their chaperones manage to lead them into another room, giving me some peace. They maintain this distance throughout the tour, allowing me to explore the museum in complete tranquility. I really appreciate their tact.
I’m amazed by the absolutely stunning fabric displays and the countless everyday objects, especially the very old pottery. There’s so much beautiful basketry and intricately carved wood. The statues are also incredible... After seeing all of them, I no longer feel like buying any from the shops.
On my way back, not far from my hotel, I discover a rather unique place that only serves one drink, which they’ve made their specialty: egg coffee! A pretty surprising novelty. I have to try it.

At the bottom of the cup, they pour a layer of milk, topped with a layer of liquid coffee, followed by a layer of egg yolk, and finally a top layer that turns out to be a mix of coffee and cocoa powder. It’s a cold drink that, in the end, doesn’t have much flavor, and the price is pretty steep for such a small cup. You’re paying for the exclusivity!
Later in the day, I venture once again into small alleys, something I love doing when exploring a new city—no specific goal, just wandering east of the city, outside the walls.

I encounter very few tourists there and discover unsuspected little shops overflowing with lovely items, much cheaper than what you find in the heart of the tourist district. Then I wander through the floors of Warorot Market. I discover another kind of temple there: the temple of good deals. I love finding clothes that are really original for locals, not the flood of shirts and pants that tourists love but no Thai would ever buy, which invade the shops in the "Historic Square." I stop in my tracks in front of a stall with beautiful shirts featuring stunning geometric patterns in elegant color combinations and very short sleeves. Hmm, these would be perfect for showing off my biceps, one of which is adorned with the magnificent Ganesh tattoo I got last year in Bali. "When you’ve got nice things, you’ve got to show them off!" he said. 😜🙏💪 I pick out two for 380 baht and negotiate them down to 300. But the seller won’t go any lower. I understand I’ve reached the limit of her commercial possibilities. Just as I’m leaving the shop, happy with my purchase, my ever-helpful inner voice, Petite Voix, suggests: - You didn’t try them on because you were too lazy to take off the one you’re wearing and also because of the sweat, but you could just put one on over the one you’re wearing. It’s light enough that it won’t bother you.
I go back to the two sellers, who burst out laughing when I ask to try them on. - Oh no, it’s way too small for you! It’s a women’s shirt! - But they don’t look particularly feminine in style! And I chose XXL... I put the shirt on, and of course, it won’t close. Then I notice the buttons are on the wrong side. That’s why the sleeves seemed so short!!! They put the shirts back on the rack and refund me without any fuss, commenting amid total hilarity: - Well, thank goodness you tried it on just as you were leaving the shop!
Since I don’t want to walk too much before tomorrow’s first Big Outing with the driver, I end my stroll with a visit to two very pretty temples recommended by Joël.

I’d rather not post more temple photos. But these ones smell like village and countryside...



I’ve never seen anything like Wat Ket Karam, so extravagant...


And I end my day with two other lesser-known temples: Wat Noung Kham, simple and finally free of gold and glitter,

and Wat Dap Phai, where an intimate ceremony is taking place at the end of the day.
This morning, I head to visit the ethnographic museum. I’d been told about another one, but it’s permanently closed. I wonder if it’s the same one that might have changed its name and location.
I thoroughly enjoy visiting this museum. At first, I’m a bit annoyed because the place is packed with noisy school groups blocking the display cases without even showing the slightest interest. But soon, their chaperones manage to lead them into another room, giving me some peace. They maintain this distance throughout the tour, allowing me to explore the museum in complete tranquility. I really appreciate their tact.
I’m amazed by the absolutely stunning fabric displays and the countless everyday objects, especially the very old pottery. There’s so much beautiful basketry and intricately carved wood. The statues are also incredible... After seeing all of them, I no longer feel like buying any from the shops.
On my way back, not far from my hotel, I discover a rather unique place that only serves one drink, which they’ve made their specialty: egg coffee! A pretty surprising novelty. I have to try it.

At the bottom of the cup, they pour a layer of milk, topped with a layer of liquid coffee, followed by a layer of egg yolk, and finally a top layer that turns out to be a mix of coffee and cocoa powder. It’s a cold drink that, in the end, doesn’t have much flavor, and the price is pretty steep for such a small cup. You’re paying for the exclusivity!
Later in the day, I venture once again into small alleys, something I love doing when exploring a new city—no specific goal, just wandering east of the city, outside the walls.

I encounter very few tourists there and discover unsuspected little shops overflowing with lovely items, much cheaper than what you find in the heart of the tourist district. Then I wander through the floors of Warorot Market. I discover another kind of temple there: the temple of good deals. I love finding clothes that are really original for locals, not the flood of shirts and pants that tourists love but no Thai would ever buy, which invade the shops in the "Historic Square." I stop in my tracks in front of a stall with beautiful shirts featuring stunning geometric patterns in elegant color combinations and very short sleeves. Hmm, these would be perfect for showing off my biceps, one of which is adorned with the magnificent Ganesh tattoo I got last year in Bali. "When you’ve got nice things, you’ve got to show them off!" he said. 😜🙏💪 I pick out two for 380 baht and negotiate them down to 300. But the seller won’t go any lower. I understand I’ve reached the limit of her commercial possibilities. Just as I’m leaving the shop, happy with my purchase, my ever-helpful inner voice, Petite Voix, suggests: - You didn’t try them on because you were too lazy to take off the one you’re wearing and also because of the sweat, but you could just put one on over the one you’re wearing. It’s light enough that it won’t bother you.
I go back to the two sellers, who burst out laughing when I ask to try them on. - Oh no, it’s way too small for you! It’s a women’s shirt! - But they don’t look particularly feminine in style! And I chose XXL... I put the shirt on, and of course, it won’t close. Then I notice the buttons are on the wrong side. That’s why the sleeves seemed so short!!! They put the shirts back on the rack and refund me without any fuss, commenting amid total hilarity: - Well, thank goodness you tried it on just as you were leaving the shop!
Since I don’t want to walk too much before tomorrow’s first Big Outing with the driver, I end my stroll with a visit to two very pretty temples recommended by Joël.

I’d rather not post more temple photos. But these ones smell like village and countryside...



I’ve never seen anything like Wat Ket Karam, so extravagant...


And I end my day with two other lesser-known temples: Wat Noung Kham, simple and finally free of gold and glitter,

and Wat Dap Phai, where an intimate ceremony is taking place at the end of the day.


A somewhat lengthy title... I could have simply written: from Bangkok to Chiang Rai, via Chiang Mai, since that was my route. But when poets embellish our travel journals with their verbal flourishes, you’ve got to try not to be too ordinary.
Skyscrapers of excess? You’ll have gathered that from the photo illustrating this journal—though it might change as the trip goes on.
The excess of markets—not so much in their size, though... Chatuchak... But in their sheer number. Day markets, night markets, floating markets, fresh produce markets, fish markets, meat markets, spice markets, fabric markets... and even... amulet markets... For luck, good fortune, protection. Not to mention, sadly, the market for girls—and boys, incidentally. I’ve even heard they’re displayed in windows. I’ve heard about that one, like you have, but I didn’t set foot in it, so I can’t say anything about it. Some even claim there’s a black-market trade in children. Disgusting! It reminded me of the book *The Parcel* by Anosh Irani, which I recommended in another journal. The story is set in India, but I’ve been told it exists in Thailand too. So, the "famous Thai markets" we’re bombarded with in paper and online guides—sure, they amazed me in the first few days, and I don’t regret visiting them. But no matter how big they were, I quickly got my fill since you saw the same things at every stall...
I had a market overdose.
Excess of tourism? I should say *tourists*, since I saw them literally swarming in the streets and those famous markets. I’d forgotten about them. I’d lost the habit, living in an Indian city for so long...
Waterfalls are a bit like markets. At this time of year, they’re not particularly spectacular, but they’re everywhere. There are the ones everyone goes to see. For example, Erawan, which I decided to skip even though it was in my original itinerary—I guessed it’d be a nightmare with the selfie circus. On the other hand, you come across them all over the place, hidden in the mountains and forests, not listed in any guide. Not to mention the ones you can find in temples or even private homes... Yes, really! Thais love waterfalls, so they install them in their gardens—and I even saw one in the middle of the city, right on the street! Sometimes they’re tiny, but very photogenic.
But what do ice cubes have to do with this? Why the excess of ice cubes? Not only are they everywhere by the ton, but they put them in *everything* you drink. You’d think they’d even put them in soup! And it’s not just one or two ice cubes—no! They fill the container to the brim, whatever it is, then pour the liquid on top to fill the gaps. They’ll make you an excellent coffee right in front of you, piping hot, then—bam! An avalanche of ice cubes in the glass. Okay, I’m exaggerating a little. They *do* sometimes ask if you prefer your coffee—or tea—hot. Everything edible, and especially everything drinkable, is refrigerated: vegetables, fruit, hot drinks (I mean, drinks that are *usually* hot), but meat and fish are left out in the open. They just wave a little whisk to shoo away the flies when they get too eager. Mind you, I never put fruit, cheese, eggs, or water in the fridge in France, but I do in India. And I refrigerate meat and fish too... Though sometimes one of those little flies sneaks into the fridge...
You won’t find practical or technical details in this journal, like addresses or prices. Others do that better than me. You also won’t find the names of obscure or unknown places I discovered, or directions to get there.
I don’t really feel like recounting what I saw day by day, following my schedule and route. There might be flashbacks, projections into the future. It’ll depend on my memories, what I felt, what I hated, what comes back to me—and maybe your questions and our exchanges. And for those who’ve never read me before, you’ll have to get used to my parentheses and digressions, maybe on a completely different subject, as my thoughts wander. Stories within stories. There’ll also be long, endless sentences—but still punctuated, so you can follow along. Though I used to curse Proust and his sentences that started on one page and ended on the next, sometimes even further. I’d have to reread them twenty times to follow and understand what he was saying. I hated Proust. But hey, I was 20. Maybe I’d like him now?
See? The digressions are starting already. Forgive me.
You’ll find few photos here. First, the number is limited, and second, photos aren’t the main purpose of either VF or a travel journal. They’re too often used to mask the poverty of the text. And, sorry to say it, but so many of them are just plain ugly! If you really want to see photos, I’ll share some links where you can browse them at your leisure
Bonjour,
Voila je vais pouvoir faire une balade de 10 jours environ en avril.
J'hesite entre Tokyo et Seoul.
J'habite à l'annee en province dans une region tres agreable mais de temps en temps, me manque, les gens, l'animation, les musees, les commerces, les cafes, le monde...
Je suis à l'ecoute de vos conseils. deja merci. Daniel
J’ai scindé mon séjour deux parties pour ne pas décourager certains
Arrivée à Jérusalem
Nous arrivons tôt , très tôt , ce mardi 24 octobre à l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv ...
Cinq heures et des poussières , le temps de récupérer nos bagages , nous nous installons pour prendre un café avant de trouver un taxi collectif , direction la ville sainte ... Nous ne sommes attendues que vers 13 h mais nous décidons de nous y rendre plus tôt que prévu ..on verra bien à l’arrivée ... Déjà , dehors le ciel est bleu et la vue sur le désert et les palmiers bordant l’aéroport , nous enchante ...Enfin !!!!nous sommes arrivées dans ce petit pays chargé d’histoire au bord de la Méditerranée.....bientôt la capitale de toutes les religions ...celle qui fait rêver malgré tout ce que l’on peut raconter dans les journaux ..nous allons enfin pouvoir juger par nous mêmes ... Le Shuttle nous embarque et nous laisse un peu trop loin de l’hôtel pour nous y rendre à pied ...nous devons prendre un autre taxi ....
Notre hôtel , Addar hôtel , ancien hôtel de luxe réservé aux diplomates d’après ce que j’ai pu lire ... Kitsch à souhait , l’hôtel a été rénové en 2009 ...
Il se trouve dans Jérusalem Est quartier musulman de la ville , à un peu plus d’un Kilomètre de la plus belle porte de la vieille ville , la porte de Damas donnant elle même au coeur du quartier musulman ... Accueil très agréable ..il est huit heures et nous avons la chance de pouvoir bénéficier immédiatement d’une chambre au rez de chaussée dont la baie vitrée s’ouvre sur la terrasse et le jardin ...
nous la garderons donc pendant tout le séjour même si mon lit semble être un lit pour enfant !!!!
Un petit somme et nous partons de pied ferme à la découverte de cette ville tellement mystérieuse, fascinante , chargée de l’histoire du christ pour nous chrétiens et dans laquelle les différentes religions cohabitent plus ou moins aisément selon les époques et les dires .....
Le quartier est calme ...nous passons devant une église anglicane , st George ´s cathedral en retrait dans une grande cour sur le côté de laquelle se trouve une guest’house d’un abord très accueillant...
Sur la droite , on peut apercevoir une tour dédiée à Édouard VII . Elle est le siège de deux paroisses , une anglophone et une , arabophone. Notre visite commence ..l’église est sobre , sur le côté , une chapelle , « la chapelle St Michel et de tous les anges « me rappelle que mes parents y sont reliés pour l’éternité ( Georges et Micheline ) et de plus .... protégés par les Anges !!!!! Des fonds baptismaux en marbre dans lesquels un homme peut y descendre et s’y tremper ...offerts par la reine Victoria .
Elle conserve les armoiries royales provenant de la résidence du gouverneur de Palestine. Dans un recoin , une niche où sont suspendues des grues multicolores en papier, symbole de la paix sur terre , enfilées sur des cordelettes et alignées les unes à côté des autres à la façon des rideaux de perles du midi .... L’origine de ce symbole se trouve au Japon à Hiroshima ...une petite fille irradiée à l’âge de deux ans , Sadako Sasaki a développé une leucémie dix ans plus tard ...pendant ses longs mois d’hospitalisation, elle occupait son temps à faire des grues en papier , oiseau symbole de longévité et de prospérité ..... la légende veut que 1000 grues en papier exaucent un vœu ...à sa mort elle en avait fait 644 , qui l’ont accompagné dans son cercueil et depuis , cet origami est devenu symbole de paix pour les enfants victimes de la bombe ...tous les enfants des écoles japonaise et maintenant du monde entier en font. Elles sont envoyées à Hiroshima au pied de la statue de Sadako et l’excédent , dans un temple bouddhiste Daisho-in de l’ile de Miyajima . Une fois par an , des sacs entiers y sont brûlés en présence de moines récitant des prières , devant un mémorial dédié aux enfants d’Hiroshima . Étonnant de revoir ces oiseaux à des milliers de km du parc de la paix d’Hiroshima et du temple de Miyanima où j’ai eu l’opportunité d’assister à la cérémonie .
Nous arrivons à la porte de Damas ... une splendeur ...la plus belle , à mon goût , de toutes les portes de Jérusalem ...en arabe c’est la porte de la colonne car c’est là que se trouvait érigée la colonne de l’empereur Hadrien.... C’est un passage dans les fortifications qui s’ouvre dans la vieille ville entre le quartier musulman à gauche cad au nord- est et le quartier chrétien au nord - Ouest . La vieille ville étant divisée en quatre quartiers , les quartiers juif au sud - est et arménien au sud - Ouest , la complète. C’est le centre historique , protégé par les remparts .
Une rue pentue El -Wad Rd avec des marches descend entre les étals de fruits et de légumes et serpente à travers le souk arabe Khan es-Zeit pour aboutir au check- point du mur des lamentations .Rapidement , une bifurcation à droite traversant le souk chrétien . Une bifurcation à gauche , c’est la Via Dolorosa au bout de laquelle débute le chemin de croix du christ . A l’embranchement, une église arménienne où nous nous arrêtons dans la cour au calme pour déguster un falafel , le premier d’une longue série !!!! arrose d’une bonne bière ....plus rare .....
Nous descendons la via Dolorosa puis la lion’s gate road jusqu’à la porte des Lions car c’est dans le quartier musulman que commence le chemin de croix de la tradition chrétienne . Sur la gauche , l’église St Anne des pères blancs , grec - catholique , belle basilique , une des mieux conservée de la période des croisés , construite en 1130 sur les ruines d’une église byzantine er épargnée par Soliman le Magnifique : à cause de son acoustique exceptionnelle , il l’avait transformé en école coranique .
Sa crypte serait le lieu de naissance de Marie. A l’intérieur un beau jardin fleuri et ombragé où il fait bon se reposer
La porte des Lions porte ce nom car sur les côtés sont sculptés des lions en bas relief .
Pour les chrétiens elle était la porte de St Étienne car ils croyaient qu’il y avait été lapidé et pour les arabes , la porte de la Vierge Marie , au regard de la proximité de la demeure de ses parents . C’est par cette porte qu’entrèrent les troupes israéliennes le 7 juin 1967 . De là, un point de vue splendide sur le mont des oliviers et l’immense cimetière juif .
Nous avons trouvé un guide qui nous a expliqué comment longer la muraille Est , au milieu de laquelle se trouve la plus ancienne ouverture pratiquée dans les remparts , la Porte Dorée ( golden gate) ou porte de la Miséricorde ou porte de la Vie Éternelle et fermée depuis 1541 sur les ordres de Solinan le magnifique car selon la tradition juive , c’est par ici qu’entrera le Messie . Dans la tradition chrétienne , ce serait par cette porte que Jésus serait passé le dimanche des Rameaux . Le long de cette muraille s’étend le cimetière musulman. En face , le mont des oliviers , haut lieu de la chrétienté et où se situe le plus grand cimetière juif du monde , faisant face au mont Sion sur lequel est bâtie une partie de Jérusalem ( noyau originel et le plus ancien de la ville ) , les deux étant séparés par la vallée du Cedron . Au milieu de la verdure , on peut apercevoir l’église de Toutes les Nations ou Basilique de l’Agonie et l’église russe orthodoxe de Marie Madeleine .
Nous décidons de rentrer dans Jérusalem par la porte des Lions et de suivre la via Dolorosa et son chemin de croix . Elle traverse le quartier musulman le long du mont du temple et aboutit à l’église du St sépulcre située dans le quartier chrétien. En remontant à droite, une petite grotte « la prison de Jésus Christ « .
Ce serait le chemin qu’aurait emprunté le Christ avec sa croix avant sa crucifixion . Il est fréquent de rencontrer des groupes de chrétiens refaisant le chemin , s’arrêtant aux stations , chantant et portant une volumineuse croix . Ce que l’on peut voir en France le jour du vendredi saint . Il comprend quatorze stations
Un Il démarre à La Chapelle de la Flagellation où Jésus fut interrogé par Ponce Pilate , fouetté et condamné à mort .
Deux Dans l’église franciscaine de la Condamnation , il est chargé de sa croix .
Trois Au croisement avec la Al-Wad road , une petite chapelle où il tombe pour la première fois
Quatre Gravée sur le portail de l’église Arménienne , il rencontre Marie , sa mère . La crypte est un lieu de recueillement.
Cinq Simon de Cyrène aide Jesus à porter sa croix .
Six Ste Véronique essuie le visage de Jesus . Ici la porte de la maison de Véronique.
Sept Il tombe pour le deuxième fois . Au croisement du souk arabe .
Huit Une petite croix sur le couvent des Johannites rappelle qu’il console les femmes . Neuf Il tombe pour la troisième fois , à proximité du monastère de l’église copte éthiopienne .
Dix à quatorze A l’intérieur de l’église du St Sépulcre donc , au vu de la foule , difficilement accessible sauf les deux dernières . Nous allons donc terminer cette journée en beauté !!! L’église du saint sépulcre , l’aboutissement pour tous les chrétiens, le centre du christianisme... Église bâtie sur le lieu présumé de son tombeau et de sa crucifixion. Première basilique construite en 326 sur l’orde de Constantin , à l’endroit d’un sanctuaire romain , Incendiée par les Perses en 614 , endommagée par un tremblement de terre en 808 , démolie en 1009 par le calife fatimide El- Hakem , reconstruite en partie en 1048 par l’empereur byzantin Constantin Monomaque puis par les croisés au XIIeme siècle . Elle est immense et ressemble à un labyrinthe . Nous ne verrons pas tout le premier jour , tellement la foule est dense .....une certaine ferveur se dégage mais est parasitée par la curiosité touristique immanquable....Il est difficile de se recueillir et on en sort agacé par le non respect de beaucoup qui confonde monument et lieu de culte . Dans l’atrium de la basilique, on trouve la pierre de l’onction ou pierre de l’embaumement où selon la tradition chrétienne , le corps de Jésus fut lavé et enveloppé dans le saint suaire par Joseph d’Arimarhie et Nicodème avant la mise au tombeau . Elle est vénérée par de nombreux fidèles en particulier les orthodoxes qui se couchent et l’embrassent avec dévotion . Au dessus une rangée de lampes et en face sur la cloison , une mosaïque illustrant l’épisode. C’est la 13 eme station .
En avançant vers l’ouest, on arrive à la Rotonde ou Anastasis, le monument circulaire coiffé d’une coupole, au centre duquel se dresse la chapelle avec le tombeau du Seigneur. C’est ici la dernière station .
Nous rentrons épuisée non sans avoir dégusté un falafel dans le restaurant musulman face à l’église arménienne ...le falafel est bon mais à l’eau ...chez les musulmans pas de bière ..... Cette première journée a été riche , dense , surprenante ... En remontant la via Dolorosa , on lève la tête et on peut voir et les croix des églises et des croissants des mosquées et les drapeaux israéliens frappés de la croix de David ...c’est étonnant cette mosaïque de religions qui s’imbriquent sans heurt ....même les groupes de soldats à la porte de Damas ou près de l’église arménienne , ne nous paraissent pas vindicatifs ... Malheureusement cela risque de ne pas durer et nous apprécions d’avoir choisi le bon moment pour décider notre visite .
2ème jour mercredi 25 octobre Nous nous levons tôt car le programme est chargé !!!!après un petit déjeuner oriental c’est à dire avec de l’houmous , ( c’est ça ou rien !!!!) nous décidons de visiter le célèbre Mont des Oliviers ( 808 mètres ) .Renseignement pris , nous prenons un bus dont l’arrêt se trouve vers la porte de Damas , pour le pittoresque !!!!et au lieu de le monter nous le descendrons . Le bus 275 s’élance dans la montée après avoir traversé la vallée du Cédron et nous le voyons petit à petit s’éloigner de notre but ..nous descendons à une distance qui nous paraît acceptable et rejoignons à pied le sommet tant désiré . Nous atteignons l’église de l’Ascension devenue une mosquée ...
Bâtie à l’endroit où Jésus serait monté au paradis , elle date de l’époque byzantine et a été reconstruite par les croisés au XII e . Elle fut convertie en mosquée durant l’époque ottomane et pour ce faire on a rajouté un minaret .A l’intérieur, on peut distinguer la trace d’un pas de Jésus avant de monter au paradis . Après un moment de recueillement, nous entamons notre descente ....en admirant le somptueux panorama qui s’offre à nous .... Nous atteignons l’église du Notre Père ou Pater Noster ou Eleona. Elle fut construite une première fois par Hélène , mère de Constantin en 334 ( on peut y voir des mosaïques byzantines ) ( église des Disciples ) puis incendiée par les perses en 614 puis rasée par les musulmans en 638 , relevée de ses ruines par des bénédictins puis à nouveau rasée en 1009 , en partie reconstruite par les croisés en 1106 puis enfin totalement reconstruite en 1152 par l’évêque de Viborg . Elle est située sur le troisième emplacement mystique du christianisme (après Bethlehem et le St sépulcre ) , à l’endroit où Jésus a enseigné la prière Notre père « à ses disciples . C’est la crypte ou grotte du Credo . Elle fut retrouvée par la princesse de la tour d’Auvergne en 1868. Dont on peut y voir le gisant ... Elle y fonda un couvent de carmélites contemplatives , le Carmel du Pater en 1872 . Deux ans plus tard , elle donna une partie du terrain aux pères blancs et offrit le monastère à la France . C’est un des quatre territoires français de Jérusalem . On peut lire sur les murs du cloître le « Notre Père « en plus de 170 langues et dialectes offrit le monastère à la France . C’est un des quatre territoires français de Jérusalem . On peut lire sur les murs du cloître le « Notre Père « en plus de 170 langues et dialectes . D’autant plus impressionnant et émouvant quand on connaît l’histoire de ce lieu . Nous continuons notre descente et arrivons à une grotte funéraire rupestre , appartenant à l’église orthodoxe russe , où seraient enterrés les prophètes Zacharie , Aggée et Malachie . Le chemin à pic dégage une vue panoramique sur le cimetière juif qui doit sa blancheur à ses 150 000 tombes et le mont du temple . Le dôme du Rocher se découvre dans sa splendeur dorée et semble nous dire « alors , pour quand votre visite ? » Plus bas sur la droite , l’église de Dominus Flevit construite en 1956 et dont la forme évoquerait une larme de Jésus. Puis nous passons devant l’église russe , couvent de Marie Madeleine , fermée mais dont nous avions pu admirer ses magnifiques dômes dorés en forme de bulbes d’oignons , quand nous étions à la porte des Lions . Enfin nous découvrons l’église de toutes les Nations . Nous entrons dans le jardin de Gethsemani et longeons la partie droite de la basilique où des pèlerins se recueillent et se couchent sur une pierre devant la représentation de Jésus en train de prier , avec une ferveur religieuse proche de l’exaltation que nous aurons l’occasion de revoir à plusieurs reprises notamment lors des chemins de croix de la voie Dolorosa ou au St Sépulcre . La basilique Gethsemani a été construite en 1924 et doit son nom aux nombreuses nations qui ont financé sa construction . A l’origine , une église byzantine bâtie en 380 et détruite par un tremblement de terre , sur les ruines de laquelle les croisés reconstruisent en 1200 une église détruite elle aussi ....le sort de nombreux édifices religieux dans de nombreux pays et à toutes les époques ..... Elle renferme le Rocher auprès duquel Jésus pria la veille de son arrestation ... dans le jardin , huit oliviers datant de l’époque du Christ , y sont conservés religieusement.... Sur le fronton extérieur soutenu par quatre colonnes corinthiennes , une mosaïque moderne très colorée représente Jésus Christ entre Dieu et les hommes . A l’intérieur une nef et deux bas côtés séparés par de minces colonnes ...les plafonds sont bleu foncé , ornés de dorures et on peut voir les blasons des pays donateurs . De nombreuses scènes de la vie du Christ sont représentées.. Les vitraux ornés de croix violette conservent une pénombre propice au recueillement des chrétiens des différentes confessions .... Devant l’autel , la pierre où le christ a prié et où les fidèles viennent s’agenouiller et l’embrasser... L’architecte de cette basilique , à l’allure nettement byzantine , est italien , Antonio Barluzzi . Elle est gérée et entretenue par la Custodie franciscaine de Terre Sainte . Affamées et pressées de regagner la vieille ville , nous ratons le tombeau de la Vierge Marie ...nous reviendrons .... Nous hélons un taxi pour regagner la porte des Lions afin de déjeuner à l’ombre et au calme de l’église arménienne où une bonne bière et un falafel nous redonnerons les forces nécessaires pour notre visite de l’après midi , le mur des lamentations ..... Le mur des lamentations ou mur occidental ( western wall ) , Hakotel en hébreu , environ une centaine de mètres de long est le reste de la muraille occidentale du deuxième temple construit par Hérode et détruit en 70 par Titus et ses troupes . Les fondations de la partie occidentale du temple se trouve aujourd’hui sous le Dôme du Rocher , lieu saint musulman par excellence . A l’origine il mesurait 500 m pour une hauteur de 60 m dont 20 m sont enfouis dans le sol et la partie supérieure détruite . Au bout de El Wad road , le contrôle passé, nous arrivons face au mur . Pendant la période ottomane , les juifs venaient pleurer la destruction du temple et l’exil du peuple juif . Maintenant , bien que le mur ait gardé ce nom , les gens viennent y prier à toutes heures du jour et de la nuit . Selon la tradition biblique le temple ne pourra être reconstruit qu’après la venue du messie . Des plans sont en attente dans les milieux juifs extrémistes mais la construction de ce troisième temple nécessiterait la destruction du Dôme du Rocher !!!!!!! Impensable !!!!! C’est le lieu le plus sacré pour les Juifs du monde entier . Lors de l’occupation jordanienne , de 1948 à 1967 , l’accès du mur leur était interdite ... A gauche , les hommes , à droite , les femmes ....je me suis fait vertement tancé pour avoir oser me diriger sur la gauche !!! Là aussi , beaucoup de ferveur ...côté femmes , des chaises où elles s’assoient , prient et discutent ...en s’approchant , on peut voir dans les interstices, de nombreux petits papiers blancs pliés ...où les croyants inscrivent des prières ou des vœux qui seront ainsi plus vite réalisés . Nous avons évidemment sacrifié à la tradition en inscrivant notre souhait le plus cher et en le calant dans un espace encore libre ... Que deviennent ils ? Deux fois par an ils sont ramassés sous la protection du grand Rabbin et enterrés dans le cimetière juif du Mont des Oliviers . Les lundi et jeudi matin , on peut assister à des communions juives ou bar mitzvah , et le vendredi soir , au début du shabbat, on peut voir converger vers le mur , les religieux dans leur tenues traditionnelles . Après le mur, une visite dans le quartier juif s’impose ....contrairement au quartier musulman sombre et animé , tout est calme , propre et blanc car , rasé en 1948 , il a été reconstruit en 1967 . Nous visitons la plus grande synagogues de Jérusalem , Hurva . Haut lieu du culte juif en Palestine , elle a été détruite par les jordaniens en 1948 , reconstruite sur le modèle exact de l’ancienne et réouverte en 2010 après sept années de travaux et quelques 15 millions d’euros !!!! Après avoir réglé un droit d’entrée, un ascenseur nous conduit à la terrasse où un escalier en fer nous amène au sommet ...Magique ...devant nous , les toits de la ville , nos premiers toits , s’étendent à perte de vue ...l’appel à la prière de la mosquée voisine résonne en même temps que sonnent les cloches de l’église la plus proche ...quelle émotion ....à cet instant je suis au cœur des trois religions monothéistes et cela sans ressentir la moindre tension ..... Nous redescendons pour nous assoir dans une salle dominant la grande salle de 24 mètre de hauteur.....elle est éclairée par douze fenêtres placées à la base de la coupole ..... Impressionnant ... Des lustres descendent du plafond ..au milieu du mur oriental , l’armoire , le Aron Hakodech où sont gardés les textes sacrés . De chaque côté , des gravures sur bois , des dorures , des inscriptions et à droite le pupitre du Hazan . De jeunes garçons étudient et discutent . Un endroit serein .... En sortant nous nous perdons dans le quartier juif . Des fouilles de l’époque romaine sont à découvert et nous pénétrons au cœur du quartier commerçant juif par le Cardio , ancienne voie romaine puis byzantine nord sud en partie souterraine et qui se continue jusqu’à la porte de Damas dans le quartier musulman, en longeant sur la gauche le quartier arménien puis le quartier chrétien . Nous passons sur « jewish quarter road « et en levant la tête ...un minaret et son croissant ... Quelques emplettes dans les boutiques plutôt luxueuses du Cardo , nous remontons jusqu’à la porte de Damas , traversant les souks du quartier chrétien jusqu’à l’embranchement de El Wad rd . Je décide de longer les remparts à l’extérieur jusqu’à la porte de Jaffa , ouvrant sur le quartier ouest juif de Jérusalem...moins belle , elle offre néanmoins une jolie vue sur le sud et sud ouest de la ville et ses clochers arméniens et se trouve au milieu d’un quartier reconstruit et plus aéré .. Nous dînons dans un bar repéré sur Nablus Road...des fauteuils en cuir autour de tables basses , un houmous délicieux , voilà une journée bien remplie .... Demain départ pour Massada ....
3ème jour 26 octobre Massada La veille , nous avions décidé de passer la journée à Massada ... Impossible de venir dans ce pays sans aller voir le symbole de l’héroïsme et de la résistance du peuple juif . Nous voilà embarquées dans un car en compagnie d’une majorité d’anglophones , d’un couple d’allemands et de sud américaines . Il faudra vraiment que j’améliore mon anglais pour saisir toutes les explications des guides....
Massada est située dans le désert de Judée sur une colline de granit isolée de la falaise à une vingtaine de km au sud de l’oasis Ein Gedi , lui même à une heure de Jérusalem . Massada est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2001 et est devenue un lieu de pèlerinage pour les israéliens . La partie orientale domine la mer morte de ses 450 m de hauteur tandis que la partie occidentale surplombe la plaine d’une centaine de mètres . On y accède côté occidental , soit à l’aide d’un téléphérique , soit par un sentier serpentant à flanc de falaise , le Snake path , qu’il vaut mieux éviter aux heures les plus chaudes ...ou du côté oriental par la rampe des romains , plus court . La forteresse se trouve sur un plateau triangulaire de 600 m par 300 m . Elle était cernée de remparts de plus de 5 mètres de haut et quatre mètres de large , flanquée de trente sept tours de vingt deux mètres de haut chacune . Au départ c’était une simple forteresse , puis elle a été améliorée en vu d’éventuelles soulèvements intérieurs ou de possibles invasions égyptiennes . Le palais se situe du côté ouest .Il a été construit entre 37 et 15 avant J C par Hérode le grand roi de Judée . Les renseignements sont donnés par un historien de l’époque , Flavius Josèphe . Sur le côté ouest , le palais lui-même sur trois niveaux , aussi flanqué de quatre tours .. Dans les appartements , des restes de mosaïque colorée , des sols pavés , des pierres de cristal laissant passer la lumière ... On peut voir aussi des bains romains , des citernes de réserve d’eau . Le palais possédait même une piscine .. Des portiques , des colonnes monolithiques..... Et aussi des entrepôts , des casernes , une armurerie ... Au centre , une église byzantine avec des restes de mosaïque colorée.... Et une synagogue toujours fréquentée de nos jours ... Impressionnante construction organisée pour que la vie soit possible malgré l’environnement à risques ... Tout autour , le long des murs , on distingue un trait noir sinueux séparant la partie authentique des rajouts faits pour donner une idée plus précise de ce qu’était cette forteresse .
Massada , une forteresse symbole d’héroïsme et de sacrifice du peuple juif ...
De quelle façon? Jusqu’à il y a encore une dizaine d’années , les unités d’élite de l’armée israélienne Tsahal , les tankistes , prêtaient serment à Massada en prononçant ces mots « plus jamais Massada ne tombera «
Pourquoi ? Après la mort d’Hérode , la forteresse était occupée par une garnison romaine .Elle fut reprise par des zélotes (juifs pieux ) en 66 lors de la révolte des juifs contre les romains qui l’occupèrent jusqu’en 70 , date de la chute de Jérusalem et victoire des romains . Massada seule continua à résister et les romains mirent plus d’une année à la reprendre après avoir construit une rampe d’assaut sur le côté occidental . Quand ils parvinrent au sommet , telle ne fut pas leur surprise de ne trouver que des cadavres . Les occupants s’était tous suicidés ou ....avait été suicidés ? Mais selon Flavius Josèphe , ces zélotes étaient des sicaires , extrémistes , qui vivaient du massacre et du pillage des populations voisines ... Pas très glorieux ....un peu comme les américains et la version édulcorée du Thank giving !!!
En partant , nous avions le choix entre la visite de la réserve nationale de Ein Gedi « ou un arrêt « bain dans la mer morte « . Nous n’étions que deux à préférer le parc naturel ...nous avons donc suivi le groupe , un peu à contre cœur . J’avais eu l’occasion de m’y baigner en Jordanie et un côté ou l’autre ne devait changer grand chose ... Pas du tout , le côté jordanien était mieux organisé et plus accessible que la côte israélienne ...une marche jusqu’au lointain bord de mer , quelques photos et un transat pour attendre la fin du bain de nos compagnons de voyage . Quelques palmiers , le soleil couchant colorant de rose les montagnes environnantes , tout cela était plutôt agréable à regarder ....
De retour à Jérusalem , embouteillages aidant , le car nous a déposé près d’un arrêt de tram et avec l’aide de touristes débrouillés et connaisseurs , nous avons regagné notre hôtel en nous repérant à l’aide de la lumière verte du minaret de la mosquée voisine .. Accompagnées des deux sud -américaines nous vantant l’excellence de leur guest house de la cathédrale st Georges , nous avons regagné notre hôtel ravie de notre journée .
4 eme jour 27 octobre En sortant de notre notre hôtel et en marchand sur Nablus road en direction de la porte de Damas , il est un lieu calme et paisible où il fait bon déambuler au milieu d’un jardin à l’anglaise et ses diverses terrasses . C’est le jardin de la tombe ou « garden tomb » , aujourd’hui propriété de la « garden tomb association « qui l’entretient et gère la boutique de souvenirs attenante . De ce lieu , l’interprétation est différente selon les églises .... Pour les protestants, c’est la tombe du jardin de Joseph d’Arimarhie où , selon les Evangiles , il aurait mis Jésus après sa crucifixion avant qu’il ne ressuscite deux jours plus tard .. Du jardin on peut voir la « falaise du crâne « qui , pour certains serait le lieu de crucifixion et non le Golgotha , donc la signification est « lieu du crâne « Falaise du crâne , lieu du crâne pour le Golgotha, il est toujours question de « crâne « d’où la difficulté des interprétations.... En effet selon les textes , on peut interpréter différemment l’endroit de la crucifixion ...pour certains ce serait le Rocher maintenant à l’intérieur du St Sépulcre mais alors comment trois croix pouvaient y tenir côte à côte , pour d’autres et en particulier l’évangile selon St jean , ce serait un endroit « proche de la ville donc vraisemblablement à l’extérieur , donc pourquoi pas la falaise .... Le St Sépulcre aux catholiques, le jardin de Joseph aux protestants...si l’origine de leurs différents n’était qu’une question de lieu , ce serait un moindre mal ... En attendant les deux camps s’affrontent à coup d’articles plus théologiques que scientifiques, dans des revues spécialisées.... Dans le jardin proprement dit , sur la gauche , une grotte dans laquelle on peut voir , derrière une grille , une excavation en forme de tombe et une porte sur laquelle on peut lire ces mots « He is not here for he is risen «
Cet endroit serein est privilégié à Jérusalem car même si les touristes le visitent en masse , les gens y restent respectueux et silencieux et c’est cette sérénité reposante qui d’abord surprend puis enchante ensuite .... Nous continuons notre route et contournons les remparts sur la droite afin de pénétrer dans Jérusalem par la porte de Jaffa , entrée principale de la partie ouest de la ville De là nous arrivons à l’intersection du quartier chrétien à gauche et du quartier arménien à droite . Nous passons devant la citadelle avec la tour de David , forteresse du XIIe s élevée sur l’emplacement des trois tours d’Herode . Bel édifice bien restauré , aujourd’hui il renferme le « Musée de l’histoire de Jérusalem « En longeant la rue descendante , nous entrons dans le quartier arménien . Datant de l’époque des croisés , c’est le plus petit des quatre quartiers , il représente un sixième de la superficie de la ville et 500 arméniens y vivent , essentiellement des séminaristes . C’est un quartier calme , clair , propre et résidentiel situé sur le site du couvent St jacques , où les commerces et édifices publics sont rares et discrets . De grandes portes à double battants s’ouvrent sur de vastes propriétés privées , interdites du public ..
Nous nous y promenons pendant un moment avant d’arriver à la cathédrale apostolique arménienne St jacques , but de notre visite . C’est la seule église à n’avoir jamais été détruite ni récupérée par d’autres religions . Elle se trouve dans l‘enceinte du monastère st Jacques qui occupe à lui tout seul , les deux tiers du quartier et est le siège du patriarcat arménien de Jérusalem . Elle est dédiée à st Jacques le juste , frère de Jésus et premier évêque de Jérusalem qui serait enterré sous l’autel et à Jacques le majeur , apôtre martyr , décapité par Hérode , dont la tête y serait conservée .....D’où son nom .... Elle date du XI e siècle , construite par les géorgiens puis restaurée au XII e par les arméniens . C’est la seule église à n’avoir jamais été détruite . La cathédrale n’ouvre que l’après midi aussi nous en profitons pour photographier l’extérieur ... La façade ne donne pas sur la rue mais il fait pénétrer sous un vaste porche et au fond d’un couloir , une ouverture donne sur la cour devant la cathédrale. Elle se mérite !!!! Une grille de fer forgé , ornée de la croix arménienne ferme l’entrée ...une porte en bois très sculptée , devant laquelle est enroulée une pièce de tissu épaisse et matelassée qui, lors de l’ouverture , sera déroulée et laissera passer les prêtres et les fidèles . Ainsi l’intérieur de l’église ne sera jamais visible ... La cour extérieure est à la fois sobre et merveilleusement décorée , les bâtiments sont en belles pierres , un portrait de la Vierge en céramique sur un mur , la croix arménienne sculptée sur un autre rappelant celle de la grille , diverses sculptures en terre cuite , tout n’est que beauté er sérénité et laisse augurer des richesses que nous découvrirons à l’intérieur . Nous repartons nous perdre dans les ruelles du quartier juif attenant où des bougainvilliers sur des placettes ou à des coins de rue , nous surprennent et nous ravissent , car inattendu.... pour arriver sur une place aérée derrière la synagogue Hurva où nous nous installons à une terrasse tenue par un parisien , tellement séduit par Jérusalem qu’il y est resté .... 15 h , nous sommes à la porte de la cathédrale ....pour assister à l’office journalier des séminaristes qui tolèrent les touristes à condition de conserver une tenue respectueuse. Une stèle , deux dates , 1895 , prémices du génocides , 1949 , convention de l’Onu contre le genocide L’intérieur ne nous déçoit pas ...les lampes à huile suspendues , les tapis d’orient colorés , les icônes , tout n’est que sculptures , dorures , gravures , des murs recouverts de faïence bleue et blanche du XVIII e siècle , des icônes au cadre d’argent martelé , la chaire en bois doré entièrement sculpté , un réduit très décoré fermé par une porte en argent ciselé ....sans doute l’endroit où est conservée la tête du saint décapité....
Tout n’est que luxe et beauté enveloppés par l’odeur de l’encens qui brûle en permanence ...autour , des sièges en bois où les fidèles assistent à l’office ...sans croiser les jambes !!!!! Nous repartons , émues d’avoir pu pénétrer dans le sanctuaire de ce peuple si durement éprouvé et cependant à la foi sans faille ...
Direction le mur des lamentations...nous sommes vendredi , jour de shabbat ..pas question en étant à Jérusalem de ne pas vivre ce moment de ferveur , de liesse et de tradition.. Une heure avant le coucher du soleil , le shofar ou corne retentit ..c’est le début du shabbat . On peut voir alors , à partir de toutes les portes , converger le long des rues , les religieux ou « hassidim « dans leur costume noir traditionnel , certains portent une toque en fourrure ou « schtreimel » originaire d’Europe centrale ...tous se dirigent , papillotes au vent , d’un pas décidé , vers le mur occidental ... La foule est compacte et très masculine. Tous les hommes doivent porter des kippas . Nous sommes parqués derrière les grillages , nous ne pouvons monter sur les chaises qui sont enlevées ...malgré tout j’ai réussi à prendre des photos et à filmer ce spectacle si particulier et inoubliable..... Tout devant contre le mur , les hassidim ou très religieux que l’on reconnaît de loin à leur toque ou leur feutre noir , à l’arrière , des tables sont dépliées , des manuscrits sont ouverts et des jeunes lisent , psalmodient ou chantent .... Et au milieu , c’est la surprise..!!!! Je m’attendais à un spectacle silencieux et un grand moment de prières et de recueillement généralisé ...eh bien pas du tout ...des chants , des danses , à la queue leu leu, ils font la farandole !! Certains montent sur les épaules de leur voisin , on peut même voir ce qui pourrait être un « chauffeur de salle « !!!! c’est la joie , le bonheur , la fête ... le spectacle est surprenant , fascinant mais aussi émouvant et ...dérangeant ... Mais bon quand on a déjà assister à un mariage juif ou une bar mitzva , ce n’est pas si différent ...ce sont des gens qui savent manifester leur joie ..... Heureuse et comblée par ma journée multi- confessionnelle , je remonte la El Wad road , au passage , je fais l’emplette de pâtisseries orientales et de fruits qui seront un en cas bien apprécié , avant de redescendre dîner chez notre copain arabe en face de l’église arménienne ...il sert un houmous succulent et je peux me connecter à Internet !!!;!
Arrivée à Jérusalem
Nous arrivons tôt , très tôt , ce mardi 24 octobre à l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv ...
Cinq heures et des poussières , le temps de récupérer nos bagages , nous nous installons pour prendre un café avant de trouver un taxi collectif , direction la ville sainte ... Nous ne sommes attendues que vers 13 h mais nous décidons de nous y rendre plus tôt que prévu ..on verra bien à l’arrivée ... Déjà , dehors le ciel est bleu et la vue sur le désert et les palmiers bordant l’aéroport , nous enchante ...Enfin !!!!nous sommes arrivées dans ce petit pays chargé d’histoire au bord de la Méditerranée.....bientôt la capitale de toutes les religions ...celle qui fait rêver malgré tout ce que l’on peut raconter dans les journaux ..nous allons enfin pouvoir juger par nous mêmes ... Le Shuttle nous embarque et nous laisse un peu trop loin de l’hôtel pour nous y rendre à pied ...nous devons prendre un autre taxi ....
Notre hôtel , Addar hôtel , ancien hôtel de luxe réservé aux diplomates d’après ce que j’ai pu lire ... Kitsch à souhait , l’hôtel a été rénové en 2009 ...
Il se trouve dans Jérusalem Est quartier musulman de la ville , à un peu plus d’un Kilomètre de la plus belle porte de la vieille ville , la porte de Damas donnant elle même au coeur du quartier musulman ... Accueil très agréable ..il est huit heures et nous avons la chance de pouvoir bénéficier immédiatement d’une chambre au rez de chaussée dont la baie vitrée s’ouvre sur la terrasse et le jardin ...
nous la garderons donc pendant tout le séjour même si mon lit semble être un lit pour enfant !!!!
Un petit somme et nous partons de pied ferme à la découverte de cette ville tellement mystérieuse, fascinante , chargée de l’histoire du christ pour nous chrétiens et dans laquelle les différentes religions cohabitent plus ou moins aisément selon les époques et les dires .....
Le quartier est calme ...nous passons devant une église anglicane , st George ´s cathedral en retrait dans une grande cour sur le côté de laquelle se trouve une guest’house d’un abord très accueillant...
Sur la droite , on peut apercevoir une tour dédiée à Édouard VII . Elle est le siège de deux paroisses , une anglophone et une , arabophone. Notre visite commence ..l’église est sobre , sur le côté , une chapelle , « la chapelle St Michel et de tous les anges « me rappelle que mes parents y sont reliés pour l’éternité ( Georges et Micheline ) et de plus .... protégés par les Anges !!!!! Des fonds baptismaux en marbre dans lesquels un homme peut y descendre et s’y tremper ...offerts par la reine Victoria .
Elle conserve les armoiries royales provenant de la résidence du gouverneur de Palestine. Dans un recoin , une niche où sont suspendues des grues multicolores en papier, symbole de la paix sur terre , enfilées sur des cordelettes et alignées les unes à côté des autres à la façon des rideaux de perles du midi .... L’origine de ce symbole se trouve au Japon à Hiroshima ...une petite fille irradiée à l’âge de deux ans , Sadako Sasaki a développé une leucémie dix ans plus tard ...pendant ses longs mois d’hospitalisation, elle occupait son temps à faire des grues en papier , oiseau symbole de longévité et de prospérité ..... la légende veut que 1000 grues en papier exaucent un vœu ...à sa mort elle en avait fait 644 , qui l’ont accompagné dans son cercueil et depuis , cet origami est devenu symbole de paix pour les enfants victimes de la bombe ...tous les enfants des écoles japonaise et maintenant du monde entier en font. Elles sont envoyées à Hiroshima au pied de la statue de Sadako et l’excédent , dans un temple bouddhiste Daisho-in de l’ile de Miyajima . Une fois par an , des sacs entiers y sont brûlés en présence de moines récitant des prières , devant un mémorial dédié aux enfants d’Hiroshima . Étonnant de revoir ces oiseaux à des milliers de km du parc de la paix d’Hiroshima et du temple de Miyanima où j’ai eu l’opportunité d’assister à la cérémonie .
Nous arrivons à la porte de Damas ... une splendeur ...la plus belle , à mon goût , de toutes les portes de Jérusalem ...en arabe c’est la porte de la colonne car c’est là que se trouvait érigée la colonne de l’empereur Hadrien.... C’est un passage dans les fortifications qui s’ouvre dans la vieille ville entre le quartier musulman à gauche cad au nord- est et le quartier chrétien au nord - Ouest . La vieille ville étant divisée en quatre quartiers , les quartiers juif au sud - est et arménien au sud - Ouest , la complète. C’est le centre historique , protégé par les remparts .
Une rue pentue El -Wad Rd avec des marches descend entre les étals de fruits et de légumes et serpente à travers le souk arabe Khan es-Zeit pour aboutir au check- point du mur des lamentations .Rapidement , une bifurcation à droite traversant le souk chrétien . Une bifurcation à gauche , c’est la Via Dolorosa au bout de laquelle débute le chemin de croix du christ . A l’embranchement, une église arménienne où nous nous arrêtons dans la cour au calme pour déguster un falafel , le premier d’une longue série !!!! arrose d’une bonne bière ....plus rare .....
Nous descendons la via Dolorosa puis la lion’s gate road jusqu’à la porte des Lions car c’est dans le quartier musulman que commence le chemin de croix de la tradition chrétienne . Sur la gauche , l’église St Anne des pères blancs , grec - catholique , belle basilique , une des mieux conservée de la période des croisés , construite en 1130 sur les ruines d’une église byzantine er épargnée par Soliman le Magnifique : à cause de son acoustique exceptionnelle , il l’avait transformé en école coranique .
Sa crypte serait le lieu de naissance de Marie. A l’intérieur un beau jardin fleuri et ombragé où il fait bon se reposer
La porte des Lions porte ce nom car sur les côtés sont sculptés des lions en bas relief .
Pour les chrétiens elle était la porte de St Étienne car ils croyaient qu’il y avait été lapidé et pour les arabes , la porte de la Vierge Marie , au regard de la proximité de la demeure de ses parents . C’est par cette porte qu’entrèrent les troupes israéliennes le 7 juin 1967 . De là, un point de vue splendide sur le mont des oliviers et l’immense cimetière juif .
Nous avons trouvé un guide qui nous a expliqué comment longer la muraille Est , au milieu de laquelle se trouve la plus ancienne ouverture pratiquée dans les remparts , la Porte Dorée ( golden gate) ou porte de la Miséricorde ou porte de la Vie Éternelle et fermée depuis 1541 sur les ordres de Solinan le magnifique car selon la tradition juive , c’est par ici qu’entrera le Messie . Dans la tradition chrétienne , ce serait par cette porte que Jésus serait passé le dimanche des Rameaux . Le long de cette muraille s’étend le cimetière musulman. En face , le mont des oliviers , haut lieu de la chrétienté et où se situe le plus grand cimetière juif du monde , faisant face au mont Sion sur lequel est bâtie une partie de Jérusalem ( noyau originel et le plus ancien de la ville ) , les deux étant séparés par la vallée du Cedron . Au milieu de la verdure , on peut apercevoir l’église de Toutes les Nations ou Basilique de l’Agonie et l’église russe orthodoxe de Marie Madeleine .
Nous décidons de rentrer dans Jérusalem par la porte des Lions et de suivre la via Dolorosa et son chemin de croix . Elle traverse le quartier musulman le long du mont du temple et aboutit à l’église du St sépulcre située dans le quartier chrétien. En remontant à droite, une petite grotte « la prison de Jésus Christ « .
Ce serait le chemin qu’aurait emprunté le Christ avec sa croix avant sa crucifixion . Il est fréquent de rencontrer des groupes de chrétiens refaisant le chemin , s’arrêtant aux stations , chantant et portant une volumineuse croix . Ce que l’on peut voir en France le jour du vendredi saint . Il comprend quatorze stations
Un Il démarre à La Chapelle de la Flagellation où Jésus fut interrogé par Ponce Pilate , fouetté et condamné à mort .
Deux Dans l’église franciscaine de la Condamnation , il est chargé de sa croix .
Trois Au croisement avec la Al-Wad road , une petite chapelle où il tombe pour la première fois
Quatre Gravée sur le portail de l’église Arménienne , il rencontre Marie , sa mère . La crypte est un lieu de recueillement.
Cinq Simon de Cyrène aide Jesus à porter sa croix .
Six Ste Véronique essuie le visage de Jesus . Ici la porte de la maison de Véronique.
Sept Il tombe pour le deuxième fois . Au croisement du souk arabe .
Huit Une petite croix sur le couvent des Johannites rappelle qu’il console les femmes . Neuf Il tombe pour la troisième fois , à proximité du monastère de l’église copte éthiopienne .
Dix à quatorze A l’intérieur de l’église du St Sépulcre donc , au vu de la foule , difficilement accessible sauf les deux dernières . Nous allons donc terminer cette journée en beauté !!! L’église du saint sépulcre , l’aboutissement pour tous les chrétiens, le centre du christianisme... Église bâtie sur le lieu présumé de son tombeau et de sa crucifixion. Première basilique construite en 326 sur l’orde de Constantin , à l’endroit d’un sanctuaire romain , Incendiée par les Perses en 614 , endommagée par un tremblement de terre en 808 , démolie en 1009 par le calife fatimide El- Hakem , reconstruite en partie en 1048 par l’empereur byzantin Constantin Monomaque puis par les croisés au XIIeme siècle . Elle est immense et ressemble à un labyrinthe . Nous ne verrons pas tout le premier jour , tellement la foule est dense .....une certaine ferveur se dégage mais est parasitée par la curiosité touristique immanquable....Il est difficile de se recueillir et on en sort agacé par le non respect de beaucoup qui confonde monument et lieu de culte . Dans l’atrium de la basilique, on trouve la pierre de l’onction ou pierre de l’embaumement où selon la tradition chrétienne , le corps de Jésus fut lavé et enveloppé dans le saint suaire par Joseph d’Arimarhie et Nicodème avant la mise au tombeau . Elle est vénérée par de nombreux fidèles en particulier les orthodoxes qui se couchent et l’embrassent avec dévotion . Au dessus une rangée de lampes et en face sur la cloison , une mosaïque illustrant l’épisode. C’est la 13 eme station .
En avançant vers l’ouest, on arrive à la Rotonde ou Anastasis, le monument circulaire coiffé d’une coupole, au centre duquel se dresse la chapelle avec le tombeau du Seigneur. C’est ici la dernière station .
Nous rentrons épuisée non sans avoir dégusté un falafel dans le restaurant musulman face à l’église arménienne ...le falafel est bon mais à l’eau ...chez les musulmans pas de bière ..... Cette première journée a été riche , dense , surprenante ... En remontant la via Dolorosa , on lève la tête et on peut voir et les croix des églises et des croissants des mosquées et les drapeaux israéliens frappés de la croix de David ...c’est étonnant cette mosaïque de religions qui s’imbriquent sans heurt ....même les groupes de soldats à la porte de Damas ou près de l’église arménienne , ne nous paraissent pas vindicatifs ... Malheureusement cela risque de ne pas durer et nous apprécions d’avoir choisi le bon moment pour décider notre visite .
2ème jour mercredi 25 octobre Nous nous levons tôt car le programme est chargé !!!!après un petit déjeuner oriental c’est à dire avec de l’houmous , ( c’est ça ou rien !!!!) nous décidons de visiter le célèbre Mont des Oliviers ( 808 mètres ) .Renseignement pris , nous prenons un bus dont l’arrêt se trouve vers la porte de Damas , pour le pittoresque !!!!et au lieu de le monter nous le descendrons . Le bus 275 s’élance dans la montée après avoir traversé la vallée du Cédron et nous le voyons petit à petit s’éloigner de notre but ..nous descendons à une distance qui nous paraît acceptable et rejoignons à pied le sommet tant désiré . Nous atteignons l’église de l’Ascension devenue une mosquée ...
Bâtie à l’endroit où Jésus serait monté au paradis , elle date de l’époque byzantine et a été reconstruite par les croisés au XII e . Elle fut convertie en mosquée durant l’époque ottomane et pour ce faire on a rajouté un minaret .A l’intérieur, on peut distinguer la trace d’un pas de Jésus avant de monter au paradis . Après un moment de recueillement, nous entamons notre descente ....en admirant le somptueux panorama qui s’offre à nous .... Nous atteignons l’église du Notre Père ou Pater Noster ou Eleona. Elle fut construite une première fois par Hélène , mère de Constantin en 334 ( on peut y voir des mosaïques byzantines ) ( église des Disciples ) puis incendiée par les perses en 614 puis rasée par les musulmans en 638 , relevée de ses ruines par des bénédictins puis à nouveau rasée en 1009 , en partie reconstruite par les croisés en 1106 puis enfin totalement reconstruite en 1152 par l’évêque de Viborg . Elle est située sur le troisième emplacement mystique du christianisme (après Bethlehem et le St sépulcre ) , à l’endroit où Jésus a enseigné la prière Notre père « à ses disciples . C’est la crypte ou grotte du Credo . Elle fut retrouvée par la princesse de la tour d’Auvergne en 1868. Dont on peut y voir le gisant ... Elle y fonda un couvent de carmélites contemplatives , le Carmel du Pater en 1872 . Deux ans plus tard , elle donna une partie du terrain aux pères blancs et offrit le monastère à la France . C’est un des quatre territoires français de Jérusalem . On peut lire sur les murs du cloître le « Notre Père « en plus de 170 langues et dialectes offrit le monastère à la France . C’est un des quatre territoires français de Jérusalem . On peut lire sur les murs du cloître le « Notre Père « en plus de 170 langues et dialectes . D’autant plus impressionnant et émouvant quand on connaît l’histoire de ce lieu . Nous continuons notre descente et arrivons à une grotte funéraire rupestre , appartenant à l’église orthodoxe russe , où seraient enterrés les prophètes Zacharie , Aggée et Malachie . Le chemin à pic dégage une vue panoramique sur le cimetière juif qui doit sa blancheur à ses 150 000 tombes et le mont du temple . Le dôme du Rocher se découvre dans sa splendeur dorée et semble nous dire « alors , pour quand votre visite ? » Plus bas sur la droite , l’église de Dominus Flevit construite en 1956 et dont la forme évoquerait une larme de Jésus. Puis nous passons devant l’église russe , couvent de Marie Madeleine , fermée mais dont nous avions pu admirer ses magnifiques dômes dorés en forme de bulbes d’oignons , quand nous étions à la porte des Lions . Enfin nous découvrons l’église de toutes les Nations . Nous entrons dans le jardin de Gethsemani et longeons la partie droite de la basilique où des pèlerins se recueillent et se couchent sur une pierre devant la représentation de Jésus en train de prier , avec une ferveur religieuse proche de l’exaltation que nous aurons l’occasion de revoir à plusieurs reprises notamment lors des chemins de croix de la voie Dolorosa ou au St Sépulcre . La basilique Gethsemani a été construite en 1924 et doit son nom aux nombreuses nations qui ont financé sa construction . A l’origine , une église byzantine bâtie en 380 et détruite par un tremblement de terre , sur les ruines de laquelle les croisés reconstruisent en 1200 une église détruite elle aussi ....le sort de nombreux édifices religieux dans de nombreux pays et à toutes les époques ..... Elle renferme le Rocher auprès duquel Jésus pria la veille de son arrestation ... dans le jardin , huit oliviers datant de l’époque du Christ , y sont conservés religieusement.... Sur le fronton extérieur soutenu par quatre colonnes corinthiennes , une mosaïque moderne très colorée représente Jésus Christ entre Dieu et les hommes . A l’intérieur une nef et deux bas côtés séparés par de minces colonnes ...les plafonds sont bleu foncé , ornés de dorures et on peut voir les blasons des pays donateurs . De nombreuses scènes de la vie du Christ sont représentées.. Les vitraux ornés de croix violette conservent une pénombre propice au recueillement des chrétiens des différentes confessions .... Devant l’autel , la pierre où le christ a prié et où les fidèles viennent s’agenouiller et l’embrasser... L’architecte de cette basilique , à l’allure nettement byzantine , est italien , Antonio Barluzzi . Elle est gérée et entretenue par la Custodie franciscaine de Terre Sainte . Affamées et pressées de regagner la vieille ville , nous ratons le tombeau de la Vierge Marie ...nous reviendrons .... Nous hélons un taxi pour regagner la porte des Lions afin de déjeuner à l’ombre et au calme de l’église arménienne où une bonne bière et un falafel nous redonnerons les forces nécessaires pour notre visite de l’après midi , le mur des lamentations ..... Le mur des lamentations ou mur occidental ( western wall ) , Hakotel en hébreu , environ une centaine de mètres de long est le reste de la muraille occidentale du deuxième temple construit par Hérode et détruit en 70 par Titus et ses troupes . Les fondations de la partie occidentale du temple se trouve aujourd’hui sous le Dôme du Rocher , lieu saint musulman par excellence . A l’origine il mesurait 500 m pour une hauteur de 60 m dont 20 m sont enfouis dans le sol et la partie supérieure détruite . Au bout de El Wad road , le contrôle passé, nous arrivons face au mur . Pendant la période ottomane , les juifs venaient pleurer la destruction du temple et l’exil du peuple juif . Maintenant , bien que le mur ait gardé ce nom , les gens viennent y prier à toutes heures du jour et de la nuit . Selon la tradition biblique le temple ne pourra être reconstruit qu’après la venue du messie . Des plans sont en attente dans les milieux juifs extrémistes mais la construction de ce troisième temple nécessiterait la destruction du Dôme du Rocher !!!!!!! Impensable !!!!! C’est le lieu le plus sacré pour les Juifs du monde entier . Lors de l’occupation jordanienne , de 1948 à 1967 , l’accès du mur leur était interdite ... A gauche , les hommes , à droite , les femmes ....je me suis fait vertement tancé pour avoir oser me diriger sur la gauche !!! Là aussi , beaucoup de ferveur ...côté femmes , des chaises où elles s’assoient , prient et discutent ...en s’approchant , on peut voir dans les interstices, de nombreux petits papiers blancs pliés ...où les croyants inscrivent des prières ou des vœux qui seront ainsi plus vite réalisés . Nous avons évidemment sacrifié à la tradition en inscrivant notre souhait le plus cher et en le calant dans un espace encore libre ... Que deviennent ils ? Deux fois par an ils sont ramassés sous la protection du grand Rabbin et enterrés dans le cimetière juif du Mont des Oliviers . Les lundi et jeudi matin , on peut assister à des communions juives ou bar mitzvah , et le vendredi soir , au début du shabbat, on peut voir converger vers le mur , les religieux dans leur tenues traditionnelles . Après le mur, une visite dans le quartier juif s’impose ....contrairement au quartier musulman sombre et animé , tout est calme , propre et blanc car , rasé en 1948 , il a été reconstruit en 1967 . Nous visitons la plus grande synagogues de Jérusalem , Hurva . Haut lieu du culte juif en Palestine , elle a été détruite par les jordaniens en 1948 , reconstruite sur le modèle exact de l’ancienne et réouverte en 2010 après sept années de travaux et quelques 15 millions d’euros !!!! Après avoir réglé un droit d’entrée, un ascenseur nous conduit à la terrasse où un escalier en fer nous amène au sommet ...Magique ...devant nous , les toits de la ville , nos premiers toits , s’étendent à perte de vue ...l’appel à la prière de la mosquée voisine résonne en même temps que sonnent les cloches de l’église la plus proche ...quelle émotion ....à cet instant je suis au cœur des trois religions monothéistes et cela sans ressentir la moindre tension ..... Nous redescendons pour nous assoir dans une salle dominant la grande salle de 24 mètre de hauteur.....elle est éclairée par douze fenêtres placées à la base de la coupole ..... Impressionnant ... Des lustres descendent du plafond ..au milieu du mur oriental , l’armoire , le Aron Hakodech où sont gardés les textes sacrés . De chaque côté , des gravures sur bois , des dorures , des inscriptions et à droite le pupitre du Hazan . De jeunes garçons étudient et discutent . Un endroit serein .... En sortant nous nous perdons dans le quartier juif . Des fouilles de l’époque romaine sont à découvert et nous pénétrons au cœur du quartier commerçant juif par le Cardio , ancienne voie romaine puis byzantine nord sud en partie souterraine et qui se continue jusqu’à la porte de Damas dans le quartier musulman, en longeant sur la gauche le quartier arménien puis le quartier chrétien . Nous passons sur « jewish quarter road « et en levant la tête ...un minaret et son croissant ... Quelques emplettes dans les boutiques plutôt luxueuses du Cardo , nous remontons jusqu’à la porte de Damas , traversant les souks du quartier chrétien jusqu’à l’embranchement de El Wad rd . Je décide de longer les remparts à l’extérieur jusqu’à la porte de Jaffa , ouvrant sur le quartier ouest juif de Jérusalem...moins belle , elle offre néanmoins une jolie vue sur le sud et sud ouest de la ville et ses clochers arméniens et se trouve au milieu d’un quartier reconstruit et plus aéré .. Nous dînons dans un bar repéré sur Nablus Road...des fauteuils en cuir autour de tables basses , un houmous délicieux , voilà une journée bien remplie .... Demain départ pour Massada ....
3ème jour 26 octobre Massada La veille , nous avions décidé de passer la journée à Massada ... Impossible de venir dans ce pays sans aller voir le symbole de l’héroïsme et de la résistance du peuple juif . Nous voilà embarquées dans un car en compagnie d’une majorité d’anglophones , d’un couple d’allemands et de sud américaines . Il faudra vraiment que j’améliore mon anglais pour saisir toutes les explications des guides....
Massada est située dans le désert de Judée sur une colline de granit isolée de la falaise à une vingtaine de km au sud de l’oasis Ein Gedi , lui même à une heure de Jérusalem . Massada est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2001 et est devenue un lieu de pèlerinage pour les israéliens . La partie orientale domine la mer morte de ses 450 m de hauteur tandis que la partie occidentale surplombe la plaine d’une centaine de mètres . On y accède côté occidental , soit à l’aide d’un téléphérique , soit par un sentier serpentant à flanc de falaise , le Snake path , qu’il vaut mieux éviter aux heures les plus chaudes ...ou du côté oriental par la rampe des romains , plus court . La forteresse se trouve sur un plateau triangulaire de 600 m par 300 m . Elle était cernée de remparts de plus de 5 mètres de haut et quatre mètres de large , flanquée de trente sept tours de vingt deux mètres de haut chacune . Au départ c’était une simple forteresse , puis elle a été améliorée en vu d’éventuelles soulèvements intérieurs ou de possibles invasions égyptiennes . Le palais se situe du côté ouest .Il a été construit entre 37 et 15 avant J C par Hérode le grand roi de Judée . Les renseignements sont donnés par un historien de l’époque , Flavius Josèphe . Sur le côté ouest , le palais lui-même sur trois niveaux , aussi flanqué de quatre tours .. Dans les appartements , des restes de mosaïque colorée , des sols pavés , des pierres de cristal laissant passer la lumière ... On peut voir aussi des bains romains , des citernes de réserve d’eau . Le palais possédait même une piscine .. Des portiques , des colonnes monolithiques..... Et aussi des entrepôts , des casernes , une armurerie ... Au centre , une église byzantine avec des restes de mosaïque colorée.... Et une synagogue toujours fréquentée de nos jours ... Impressionnante construction organisée pour que la vie soit possible malgré l’environnement à risques ... Tout autour , le long des murs , on distingue un trait noir sinueux séparant la partie authentique des rajouts faits pour donner une idée plus précise de ce qu’était cette forteresse .
Massada , une forteresse symbole d’héroïsme et de sacrifice du peuple juif ...
De quelle façon? Jusqu’à il y a encore une dizaine d’années , les unités d’élite de l’armée israélienne Tsahal , les tankistes , prêtaient serment à Massada en prononçant ces mots « plus jamais Massada ne tombera «
Pourquoi ? Après la mort d’Hérode , la forteresse était occupée par une garnison romaine .Elle fut reprise par des zélotes (juifs pieux ) en 66 lors de la révolte des juifs contre les romains qui l’occupèrent jusqu’en 70 , date de la chute de Jérusalem et victoire des romains . Massada seule continua à résister et les romains mirent plus d’une année à la reprendre après avoir construit une rampe d’assaut sur le côté occidental . Quand ils parvinrent au sommet , telle ne fut pas leur surprise de ne trouver que des cadavres . Les occupants s’était tous suicidés ou ....avait été suicidés ? Mais selon Flavius Josèphe , ces zélotes étaient des sicaires , extrémistes , qui vivaient du massacre et du pillage des populations voisines ... Pas très glorieux ....un peu comme les américains et la version édulcorée du Thank giving !!!
En partant , nous avions le choix entre la visite de la réserve nationale de Ein Gedi « ou un arrêt « bain dans la mer morte « . Nous n’étions que deux à préférer le parc naturel ...nous avons donc suivi le groupe , un peu à contre cœur . J’avais eu l’occasion de m’y baigner en Jordanie et un côté ou l’autre ne devait changer grand chose ... Pas du tout , le côté jordanien était mieux organisé et plus accessible que la côte israélienne ...une marche jusqu’au lointain bord de mer , quelques photos et un transat pour attendre la fin du bain de nos compagnons de voyage . Quelques palmiers , le soleil couchant colorant de rose les montagnes environnantes , tout cela était plutôt agréable à regarder ....
De retour à Jérusalem , embouteillages aidant , le car nous a déposé près d’un arrêt de tram et avec l’aide de touristes débrouillés et connaisseurs , nous avons regagné notre hôtel en nous repérant à l’aide de la lumière verte du minaret de la mosquée voisine .. Accompagnées des deux sud -américaines nous vantant l’excellence de leur guest house de la cathédrale st Georges , nous avons regagné notre hôtel ravie de notre journée .
4 eme jour 27 octobre En sortant de notre notre hôtel et en marchand sur Nablus road en direction de la porte de Damas , il est un lieu calme et paisible où il fait bon déambuler au milieu d’un jardin à l’anglaise et ses diverses terrasses . C’est le jardin de la tombe ou « garden tomb » , aujourd’hui propriété de la « garden tomb association « qui l’entretient et gère la boutique de souvenirs attenante . De ce lieu , l’interprétation est différente selon les églises .... Pour les protestants, c’est la tombe du jardin de Joseph d’Arimarhie où , selon les Evangiles , il aurait mis Jésus après sa crucifixion avant qu’il ne ressuscite deux jours plus tard .. Du jardin on peut voir la « falaise du crâne « qui , pour certains serait le lieu de crucifixion et non le Golgotha , donc la signification est « lieu du crâne « Falaise du crâne , lieu du crâne pour le Golgotha, il est toujours question de « crâne « d’où la difficulté des interprétations.... En effet selon les textes , on peut interpréter différemment l’endroit de la crucifixion ...pour certains ce serait le Rocher maintenant à l’intérieur du St Sépulcre mais alors comment trois croix pouvaient y tenir côte à côte , pour d’autres et en particulier l’évangile selon St jean , ce serait un endroit « proche de la ville donc vraisemblablement à l’extérieur , donc pourquoi pas la falaise .... Le St Sépulcre aux catholiques, le jardin de Joseph aux protestants...si l’origine de leurs différents n’était qu’une question de lieu , ce serait un moindre mal ... En attendant les deux camps s’affrontent à coup d’articles plus théologiques que scientifiques, dans des revues spécialisées.... Dans le jardin proprement dit , sur la gauche , une grotte dans laquelle on peut voir , derrière une grille , une excavation en forme de tombe et une porte sur laquelle on peut lire ces mots « He is not here for he is risen «
Cet endroit serein est privilégié à Jérusalem car même si les touristes le visitent en masse , les gens y restent respectueux et silencieux et c’est cette sérénité reposante qui d’abord surprend puis enchante ensuite .... Nous continuons notre route et contournons les remparts sur la droite afin de pénétrer dans Jérusalem par la porte de Jaffa , entrée principale de la partie ouest de la ville De là nous arrivons à l’intersection du quartier chrétien à gauche et du quartier arménien à droite . Nous passons devant la citadelle avec la tour de David , forteresse du XIIe s élevée sur l’emplacement des trois tours d’Herode . Bel édifice bien restauré , aujourd’hui il renferme le « Musée de l’histoire de Jérusalem « En longeant la rue descendante , nous entrons dans le quartier arménien . Datant de l’époque des croisés , c’est le plus petit des quatre quartiers , il représente un sixième de la superficie de la ville et 500 arméniens y vivent , essentiellement des séminaristes . C’est un quartier calme , clair , propre et résidentiel situé sur le site du couvent St jacques , où les commerces et édifices publics sont rares et discrets . De grandes portes à double battants s’ouvrent sur de vastes propriétés privées , interdites du public ..
Nous nous y promenons pendant un moment avant d’arriver à la cathédrale apostolique arménienne St jacques , but de notre visite . C’est la seule église à n’avoir jamais été détruite ni récupérée par d’autres religions . Elle se trouve dans l‘enceinte du monastère st Jacques qui occupe à lui tout seul , les deux tiers du quartier et est le siège du patriarcat arménien de Jérusalem . Elle est dédiée à st Jacques le juste , frère de Jésus et premier évêque de Jérusalem qui serait enterré sous l’autel et à Jacques le majeur , apôtre martyr , décapité par Hérode , dont la tête y serait conservée .....D’où son nom .... Elle date du XI e siècle , construite par les géorgiens puis restaurée au XII e par les arméniens . C’est la seule église à n’avoir jamais été détruite . La cathédrale n’ouvre que l’après midi aussi nous en profitons pour photographier l’extérieur ... La façade ne donne pas sur la rue mais il fait pénétrer sous un vaste porche et au fond d’un couloir , une ouverture donne sur la cour devant la cathédrale. Elle se mérite !!!! Une grille de fer forgé , ornée de la croix arménienne ferme l’entrée ...une porte en bois très sculptée , devant laquelle est enroulée une pièce de tissu épaisse et matelassée qui, lors de l’ouverture , sera déroulée et laissera passer les prêtres et les fidèles . Ainsi l’intérieur de l’église ne sera jamais visible ... La cour extérieure est à la fois sobre et merveilleusement décorée , les bâtiments sont en belles pierres , un portrait de la Vierge en céramique sur un mur , la croix arménienne sculptée sur un autre rappelant celle de la grille , diverses sculptures en terre cuite , tout n’est que beauté er sérénité et laisse augurer des richesses que nous découvrirons à l’intérieur . Nous repartons nous perdre dans les ruelles du quartier juif attenant où des bougainvilliers sur des placettes ou à des coins de rue , nous surprennent et nous ravissent , car inattendu.... pour arriver sur une place aérée derrière la synagogue Hurva où nous nous installons à une terrasse tenue par un parisien , tellement séduit par Jérusalem qu’il y est resté .... 15 h , nous sommes à la porte de la cathédrale ....pour assister à l’office journalier des séminaristes qui tolèrent les touristes à condition de conserver une tenue respectueuse. Une stèle , deux dates , 1895 , prémices du génocides , 1949 , convention de l’Onu contre le genocide L’intérieur ne nous déçoit pas ...les lampes à huile suspendues , les tapis d’orient colorés , les icônes , tout n’est que sculptures , dorures , gravures , des murs recouverts de faïence bleue et blanche du XVIII e siècle , des icônes au cadre d’argent martelé , la chaire en bois doré entièrement sculpté , un réduit très décoré fermé par une porte en argent ciselé ....sans doute l’endroit où est conservée la tête du saint décapité....
Tout n’est que luxe et beauté enveloppés par l’odeur de l’encens qui brûle en permanence ...autour , des sièges en bois où les fidèles assistent à l’office ...sans croiser les jambes !!!!! Nous repartons , émues d’avoir pu pénétrer dans le sanctuaire de ce peuple si durement éprouvé et cependant à la foi sans faille ...
Direction le mur des lamentations...nous sommes vendredi , jour de shabbat ..pas question en étant à Jérusalem de ne pas vivre ce moment de ferveur , de liesse et de tradition.. Une heure avant le coucher du soleil , le shofar ou corne retentit ..c’est le début du shabbat . On peut voir alors , à partir de toutes les portes , converger le long des rues , les religieux ou « hassidim « dans leur costume noir traditionnel , certains portent une toque en fourrure ou « schtreimel » originaire d’Europe centrale ...tous se dirigent , papillotes au vent , d’un pas décidé , vers le mur occidental ... La foule est compacte et très masculine. Tous les hommes doivent porter des kippas . Nous sommes parqués derrière les grillages , nous ne pouvons monter sur les chaises qui sont enlevées ...malgré tout j’ai réussi à prendre des photos et à filmer ce spectacle si particulier et inoubliable..... Tout devant contre le mur , les hassidim ou très religieux que l’on reconnaît de loin à leur toque ou leur feutre noir , à l’arrière , des tables sont dépliées , des manuscrits sont ouverts et des jeunes lisent , psalmodient ou chantent .... Et au milieu , c’est la surprise..!!!! Je m’attendais à un spectacle silencieux et un grand moment de prières et de recueillement généralisé ...eh bien pas du tout ...des chants , des danses , à la queue leu leu, ils font la farandole !! Certains montent sur les épaules de leur voisin , on peut même voir ce qui pourrait être un « chauffeur de salle « !!!! c’est la joie , le bonheur , la fête ... le spectacle est surprenant , fascinant mais aussi émouvant et ...dérangeant ... Mais bon quand on a déjà assister à un mariage juif ou une bar mitzva , ce n’est pas si différent ...ce sont des gens qui savent manifester leur joie ..... Heureuse et comblée par ma journée multi- confessionnelle , je remonte la El Wad road , au passage , je fais l’emplette de pâtisseries orientales et de fruits qui seront un en cas bien apprécié , avant de redescendre dîner chez notre copain arabe en face de l’église arménienne ...il sert un houmous succulent et je peux me connecter à Internet !!!;!
Ce voyage était tant attendu. Reporté l'an dernier pour graves raisons de santé, notre départ le 25 août était une belle fête dans nos têtes.
J'aurai mis un peu de temps pour rédiger ce carnet mais le retour a été bien chargé (tentative d'excuses). Il a fallu aussi trier les photos, poursuivre le voyage en lisant les magnifiques carnets des autres, et enfin reprendre les notes prises pendant ce beau voyage (et comme dirait mon épouse, les déchiffrer).
Je vais vous proposer très humblement mon retour d'expérience sur nos étapes (il n'y a pas selon moi de "circuit" meilleur que les autres : ce qui est important c'est d'assumer ses choix (car il est impossible de tout voir), ses impasses (car il faut faire des choix) et de profiter de chaque moment vécu (car nous aimons prendre notre temps à chaque étape).Et puis, c''est tellement bien de pouvoir voyager !
Presque à chaque fois que nous annonçons la destination de notre futur voyage, autour de nous la même question : pourquoi ce pays ? Alors pourquoi la Colombie ? C'est sûrement parce qu'ils ont vécu des moments difficiles et que le pays est resté longtemps replié sur lui-même, qu'aujourd'hui, le peuple colombien est plus qu'enthousiaste à recevoir chez lui des voyageurs.
Les colombiens sont souriants, chaleureux, curieux et plutôt bienveillants avec les étrangers. Ils se font souvent un plaisir d’aider, de renseigner, ou tout simplement de partager un moment d'échange afin d'en savoir plus sur nous ou nous transmettre un peu de leur culture.
Notre itinéraire : · Jour 1 : Toulouse / Paris CdG / Bogota · Jours 2 à 6 : Rincon del Mar · Jours 6 à 8 : Carthagène des Indes · Jours 8 à 10 : Medellin · Jours 10 à 13 : Jardin · Jours 13 à 15 : Medellin et Santa Fé de Antioquia · Jours 15 à 19 : Popayan et environs · Jours 19 à 23 : San Agustin · Jours 23 à 26 : Tierradentro · Jours 26 à 29 : Bogota · Jour 30 : Bogota / Paris CdG / Toulouse Jours 1 à 6 : Bogota / Rincon del Mar
Et voilà c’est parti ! J’y prends goût à rédiger mes carnets de voyage et à les partager (après ceux du Myanmar, Nicaragua, Andalousie). Pour notre arrivée à Bogota en fin de journée, j’avais réservé une chambre dans un petit appart/hôtel proche de l’aéroport avec navette gratuite incluse. Sauf qu’en sortant de l’aéroport, personne… Et pas moyen de joindre les propriétaires… Et là, surprise, première expérience sur l’accueil et la gentillesse des colombiens qui ne se démentira pas de tout notre voyage. Un monsieur qui attendait des voyageurs s’est approché de nous, nous a demandé qui nous attendions et spontanément a pris son téléphone, réussi à joindre le propriétaire et convenu pour nous du lieu où nous pourrions être récupérés pour rejoindre notre logement. Le tout avec un grand sourire et la satisfaction de nous avoir aidés. Puis le propriétaire et sa fille sont arrivés, tout en excuses, une bonne trentaine de minutes plus tard. Après une bonne nuit de sommeil, le lendemain matin, c’est le propriétaire et son épouse qui nous ont reconduits à l’aéroport (vol pour Carthagène). Cette dame, en descendant de la voiture, nous a embrassés, comme si nous étions de sa famille ou des amis de longue date, et souhaité un très bon séjour dans son beau pays.
C’est comme cela que notre voyage a commencé !
Je vais donc vous proposer un carnet en dix étapes (et autant de post). A demain pour la suite et le vrai début de ce long carnet !
Presque à chaque fois que nous annonçons la destination de notre futur voyage, autour de nous la même question : pourquoi ce pays ? Alors pourquoi la Colombie ? C'est sûrement parce qu'ils ont vécu des moments difficiles et que le pays est resté longtemps replié sur lui-même, qu'aujourd'hui, le peuple colombien est plus qu'enthousiaste à recevoir chez lui des voyageurs.
Les colombiens sont souriants, chaleureux, curieux et plutôt bienveillants avec les étrangers. Ils se font souvent un plaisir d’aider, de renseigner, ou tout simplement de partager un moment d'échange afin d'en savoir plus sur nous ou nous transmettre un peu de leur culture.
Notre itinéraire : · Jour 1 : Toulouse / Paris CdG / Bogota · Jours 2 à 6 : Rincon del Mar · Jours 6 à 8 : Carthagène des Indes · Jours 8 à 10 : Medellin · Jours 10 à 13 : Jardin · Jours 13 à 15 : Medellin et Santa Fé de Antioquia · Jours 15 à 19 : Popayan et environs · Jours 19 à 23 : San Agustin · Jours 23 à 26 : Tierradentro · Jours 26 à 29 : Bogota · Jour 30 : Bogota / Paris CdG / Toulouse Jours 1 à 6 : Bogota / Rincon del Mar
Et voilà c’est parti ! J’y prends goût à rédiger mes carnets de voyage et à les partager (après ceux du Myanmar, Nicaragua, Andalousie). Pour notre arrivée à Bogota en fin de journée, j’avais réservé une chambre dans un petit appart/hôtel proche de l’aéroport avec navette gratuite incluse. Sauf qu’en sortant de l’aéroport, personne… Et pas moyen de joindre les propriétaires… Et là, surprise, première expérience sur l’accueil et la gentillesse des colombiens qui ne se démentira pas de tout notre voyage. Un monsieur qui attendait des voyageurs s’est approché de nous, nous a demandé qui nous attendions et spontanément a pris son téléphone, réussi à joindre le propriétaire et convenu pour nous du lieu où nous pourrions être récupérés pour rejoindre notre logement. Le tout avec un grand sourire et la satisfaction de nous avoir aidés. Puis le propriétaire et sa fille sont arrivés, tout en excuses, une bonne trentaine de minutes plus tard. Après une bonne nuit de sommeil, le lendemain matin, c’est le propriétaire et son épouse qui nous ont reconduits à l’aéroport (vol pour Carthagène). Cette dame, en descendant de la voiture, nous a embrassés, comme si nous étions de sa famille ou des amis de longue date, et souhaité un très bon séjour dans son beau pays.
C’est comme cela que notre voyage a commencé !
Je vais donc vous proposer un carnet en dix étapes (et autant de post). A demain pour la suite et le vrai début de ce long carnet !
RÉCIT DE VOYAGE EN ESPAGNE ET PORTUGAL
par Léon A. Lemay Partie 1Intro Septembre 2007, nouveau séjour en Europe. Cette fois : Le Portugal et l’Espagne. Je connais très peu l’Espagne pour n’y avoir séjourné qu’une fois. Le Portugal m’est encore inconnu. Certes, on peut vivre sans connaître la péninsule ibérique mais je veux ajouter dès maintenant ces pays à ma collection. Pourquoi cette partie de l’Europe ? Pour parodier Sir Edmund Hilary à qui on demandait pourquoi vaincre l’Everest, ce sommet de l’Himalaya ? : « Parce qu’il est là » aurait-il répondu.
Le service sur Suisse Air est impeccable. D’abord un choix d’apéro, de Perrier à cognac servi avec un bon chocolat suisse évidemment. Puis une autre décision difficile, pâtes ou poulet, avec vin ou autres breuvages. Écran individuel, hôtesses et stewards des plus affables, deux voisins Guylaine et Laurent qui feront aussi la même virée, ça commence bien. L’envolée vers Zurich prendra près de sept heures à l’aller mais huit heures vingt au retour. À Madrid, Rosa, notre guide de l’Agence Allambra choisie par Tours Chanteclerc nous attend. La cinquantaine, bonne expérience à cette fonction, belle culture historique, français difficile mais bien agréable malgré un accent terrible, terrible. Madrid Enfin, nous voici à l’Hôtel Castalonia-Gaudi. C’est la première occasion de rencontre des trente et un (le un, c’est moi) compères et commères qui vivront ensemble cette expérience de tour organisé. La plupart sont des retraités avec moult expériences de voyage apprendrai-je au fil des jours par des allusions aux différences et ressemblances avec le Vietnam, la Chine, le Brésil ou Haïti pour moi. Les couples plus jeunes sont des travailleurs en vacances. Tous m’apparaissent sympathiques a priori. On vient de tous les coins du Québec, notamment Québec, Ste-Hyacinthe, Huntington, Lotbinière et le grand Montréal. Deux couples de Franco-Ontariens sont aussi des nôtres.
L’hôtel est luxueux comme d’ailleurs le seront tous les autres établissements offerts par notre Tour-opérateur. Une heure ou deux de sommeil pour me remettre d’une longue veille et je m’empresse d’aller visiter le fameux musée Prado situé tout près de l’hôtel. La ville de Madrid est très représentative des autres grandes capitales européennes que je connais : des parcs, des monuments et, beaucoup de circulation. Je me réjouis de voir autant d’arbres le long des boulevards, surtout des platanes au tronc ressemblant au costume de camouflage des militaires, Les Madrilènes sont calmes, courtois et propres. Beaucoup de touristes aussi avec sacs à épaules et appareils photos qui, en couple, qui, en cortège suivent la guide à drapeau.
Le Prado est immense. Et vieux. Il aurait grandement besoin d’une cure de rafraîchissement mais d’abord un bon nettoyage tant à l’interne qu’à l’extérieur. Mais n’est-ce pas le contenu qui compte d’abord ? Sa collection, l’une des plus importantes au monde, réunit les œuvres de tous les âges, de nombreux pays, de tous les genres. Évidemment les artistes espagnols sont les mieux représentés à la pinacothèque avec Goya, Le Greco, Vélasquez et Murillo. Faute de temps, je n’ai pu me rendre aux peintres modernes comme Dali, Picasso et Miro. Mais j’ai admiré des œuvres de génies comme Titien, Le Tintorêt, Van Dyck et tant d’autres dont on retrouve les illustrations dans tout bon dictionnaire. Celui qui m’a le plus frappé est Raphaël, ce collègue de Michel-Ange, tant dans ses petits formats que dans d’immenses toiles à motifs religieux.
Mais où s’en va l’art ? Dali, Picasso et Miro sont morts. Et moi, je ne me sens pas tellement bien, me faut-il avouer !
En matinée du lendemain, un grand tour de Madrid. Au-delà des places fleuries, des monuments équestres et des fontaines où l’eau jaillit en cascades sur un rythme flamenco, ce qui séduit le touriste est le faste des devantures de commerces et résidences sur les grands boulevards. Les fenêtres sont couronnées de festons en forme de guirlande et les toits, de colonnades, de dentelles de pierre ou de personnages mythiques voire même au faite d’une banque j’ai vu un char romain avec attelage de chevaux qui semblent s’emballer sous le fouet de gladiateurs. Et combien de caryatides au drapé révélateur et de guerriers à la pudeur protégée par une feuille de vigne ! Je crois que c’est l’ensemble de ces détails qui fait la beauté d’une ville. On dirait que, ici, on s’impose d’ajouter l’esthétique à la froideur grisâtre de la pierre.
Mais, ce qu’il y a du monde en soirée ! On se dirait à la sortie d’un spectacle au Centre Bell. En groupe de 5 ou 10 ou davantage, on parle, on rit, on circule, on vit. Ici et là, on prend une glace. En fin d’après-midi, il est trop tôt pour les travailleurs de rentrer à la maison. On prend donc une bière ou un vin accompagné de tapas, ces délicieux canapés ou encore quelques pointes de pizza qui permettront d’attendre le souper servi après 21h. si non plus tard Ces apéros consommés aux bars et terrasses de tous les centres ville d’Espagne font partie de la culture locale. La température est fantastique soit de 28°en après-midi à 23° en fin de soirée. Vers 22h, on renouvelle l’apéro qui sera suivi d’une paella ou d’un poisson au nom fort exotique ou d’un des 100 choix au menu de tous les restaurants. Partout, du bon vin, j’en atteste. À minuit, toujours autant de bruit dans les rues. On dit qu’il n’est pas indiqué d’arriver dans un bar avant 23h. Tolède Bonne décision d’accepter, après hésitation, la sortie facultative vers Tolède. Ville médiévale et, pour un temps, la capitale de l’Espagne, cette petite ville construite en montagnes respire le calme et la paix. Les rues sont étroites et toutes en pentes. Les maisons sont basses, modestes et souvent regroupées à la mode arabe autour d’une petite cour où des plantes conservent une certaine fraîcheur. Beaucoup de couleurs surtout à cause des mille géraniums aux fenêtres. C’est l’après-midi, les rues sont quasi-désertes, les boutiques, en sieste. Est-ce l’euphorie de ce début de voyage : je ressens une joie de vivre toute méditerranéenne ?
De retour à Madrid, une longue marche au centre-ville permet de vraiment découvrir la qualité de vie en pays castillan. Le coût de la vie est cher surtout depuis l’avènement de l’euro. On nous met en garde contre les pick pockets et les gitans. Dès 20h, sur l’une des rues principales, une trentaine de prostituées offrent leurs services aux centaines de passants qu’elles ne semblent pas déranger outre mesure. Elles font partie de la vie du milieu. Quelques-unes me sollicitent du regard mais elles me font plus pitié qu’envie. Je prendrai plutôt le dîner avec trois sapeurs-pompiers suisses dont l’un m’annonce adorer le Québec où il est déjà venu. Où ? À Saint-Louis dans la province du Missouri ! Ma relation avec les partenaires Déjà le 8 septembre, l’anniversaire de Nicole, ma douce comme je l’appelle. Je parle souvent d’elle car nombre de mes co-voyageurs s’étonnent de son absence même si certains ont constaté qui j’utilise souvent l’Internet à son adresse. J’ai aussi consulté deux d’entre elles dans l’achat d’un bracelet. La référence à sa polyarthrite répond aux interrogations verbales ou souhaitées. J’aimerais devenir copain-copains avec plusieurs de mes collègues voyageurs plus jeunes mais dois-je constater à mon désarroi, ma crinière blanche me voue davantage de respect que d’amitié. Je déteste souper en solitaire mais me retiens de m’imposer à qui que ce soit. J’attends les invitations ou encore je choisis les tables à couverts multiples où j’ai ma place sans devoir quémander. Aussitôt au sein d’un groupe, je deviens me semble-t-il, le centre d’intérêts car je suis très verbal, parfois drôle et toujours intéressé à entendre mes partenaires parler de leurs intérêts.
Ce soir, je soupe avec Mireille et Guy, Micheline et Pierre ainsi qu’avec « Bibi » l’aînée du groupe. Micheline raconte avec enthousiasme son mariage récent et la grande noce qui a suivi. Les Vachon sont très discrets mais fort sympathiques. Quant à Bibi, notre belle grand-maman, elle ose tout en rougissant, raconter une p’tite histoire osée. On s’amuse. L’Escurial Une autre belle journée de découvertes s’amorce à l’Escurial, une résidence d’été pour je ne sais plus quelles familles royales. Résidence d’été seulement compte tenu de la fraîcheur du site et non le palais de leurs majestés. Le siège officiel de la royauté est au Palais Royal de nos jours bien que le roi n’y habite pas. Avec sa famille, il a sa résidence privée sur des terres sises à quelque vingt km de Madrid. Cette région située au nord-ouest de la capitale est la plus élevée de l’Espagne. Il y a de la neige et du froid pendant leur court hiver. On y fait même du ski. Au temps des cathédrales comme dit Plamondon, les gens avaient froid dans leurs maisons non chauffées et encore plus dans les grands palais.
Selon notre guide local, un jeune historien fort cultivé, la suite des rois de l’époque comprenait quelque 3000 serviteurs soit 1200 rattachés au roi et autant à sa conjointe. Quelque 600 autres s’occupaient des enfants. Il fallait donc loger et nourrir tout ce monde d’où la grandeur des installations aujourd’hui converties en centre administratif pour le gouvernement et en locaux universitaires. À l’Escurial, un pavillon était réservé aux visiteurs étrangers venus de l’une des possessions espagnoles en Amérique du Sud, aux Philippines, au Mexique ou autres colonies. Ces hommes d’affaires ou militaires ou ambassadeurs pouvaient attendre des semaines pour obtenir une audience ou même une seule signature sur un traité, une concession ou un projet d’implantation ou d’exploration ou de conquête militaire.
Connexe à la résidence royale, un immense monastère a été élevé en hommage à San Lorenzo. Il est remarquable notamment par la hauteur de sa voûte centrale et la richesse de sa décoration de fresques, de tapisseries de Goya, de peintures de Vélasquez, de Greco et de peintres flamands. D’une fenêtre dissimulée aux regards des autres participants, la famille royale pouvait assister à la messe sans être vue des clercs et notables qui occupaient la nef. Dans toutes ces églises du Moyen-Âge, le peuple, ces simples roturiers, était confiné derrière un mur à l’arrière de l’église d’où il ne pouvait qu’entendre l’office religieux.
Encore aujourd’hui, quelque cinquante moines exercent leur ministère à San Lorenzo, surtout en éducation et sans doute en recherches bibliques si on se fie à l’importance de la bibliothèque où se retrouvent notamment de gros volumes bien archivés produits localement depuis le temps de la contre-réforme. Une pièce de ce complexe immobilier est remarquable, la nécropole. Tous les rois et reines de l’histoire espagnole et leurs enfants qu’on appelle infantes et non princes ou princesses, y ont leur sépulture. Le tombeau du roi actuel est préparé même si le corps devra attendre un « purgatoire » de vingt-cinq ans après sa mort avant d’y être enseveli.
Les changements climatiques L’Espagne souffre beaucoup du réchauffement de la planète. Il n’y pleut presque plus. On a connu une canicule de plus de 40° cet été dont trois jours de plus de 48° dans la région de Granada. Les green peace locaux prétendent même que dans moins de vingt-cinq ans, une importante partie de son territoire deviendra désertique. Déjà les cultures et l’élevage subissent l’effet des sécheresses. Or, l’Espagne est d’abord un pays agricole ! C’est toute l’économie du pays qui doit désormais compter avec ce phénomène.
Salamanca Un autre trou dans ma culture : je ne connaissais pas Salamanca, la capitale du nord de l’Espagne. Ville universitaire de quelque 120,000 habitants, elle ne compte aucune industrie autre que le tourisme et l’éducation. Deux universités dont l’une, laïque, accueille 30 000 étudiants et l’autre, dite pontificale avec sa charte romaine, 10 000. Ce centre éducatif serait le troisième plus vieux d’Europe après les universités de Paris et d’Oxford. Christophe Colomb dit-on, y est venu en 1486 défendre son projet de voyage à la recherche de la route des Indes. Dès 1929, Franco y établit son quartier général par mesure de protection. La proximité du Portugal lui assurait un corridor de fuite au cas où il devrait partir rapidement. Le bien-aimé Jean-Paul II y est aussi venu en 1996 inaugurer de nouveaux locaux à son centre pontifical.
Notre guide local est féru de connaissances historiques, architecturales et artistiques. Grâce à lui, on découvre des merveilles d’ordre technique et esthétique dans la construction et la décoration d’édifices, de places et de parcs, autant de réalisations qui révèlent le génie des artistes, ingénieurs et architectes depuis le Moyen-Âge. Ainsi les deux cathédrales construites comme des siamoises l’une au 11e siècle, l’autre au XVIe émerveillent les touristes. Je retiens notamment le retable de la plus ancienne qui, à partir de 51 tableaux aux cadres dorés et aux illustrations aux couleurs vives de la Renaissance présentent l’histoire de Marie, de son enfance, de sa vie avec Jésus et de son couronnement dans le ciel. En complément dans le dôme du chœur, la grande allégorie du Jugement dernier où Dieu le Père sépare les bons (en robes blanches) des méchants (nus). Ces derniers glissent vers la grande gueule d’un dragon pendant que la Vierge et Saint Jean Baptiste intercèdent auprès du Père pour des malheureux non encore jugés. Que de travail ! Que de magnificence !
Avec quelques collègues dont les sœurs Carmen et Thérèse, nous assistons à une partie de la messe dans la ‘’nouvelle’’ cathédrale. Après vingt minutes, il n’y a eu que la lecture chantée de deux épîtres et de l’évangile du jour suivie d’un interminable sermon lu par l’un des quinze vénérables chanoines. Peut-être parle-t-il encore ! Il n’y a certes pas plus d’une cinquantaine de fidèles à cette célébration dominicale. Bien moins que les touristes qui ont déjoué la surveillance de deux gardes pour s’infiltrer dans le sanctuaire.
La tauromachie La campagne est jaunie par le soleil. Les foins sont engrangés mais il y a encore des grains à moissonner. Cette région agricole du nord de l’Espagne est réputée pour l’élevage de taureaux à corridas. Le prix d’une bête de quatre ans d’une race particulière dont j’oublie le nom, élevée et nourrie selon un guide strict peut atteindre 6 000 euros. On reconnaît un bon taureau à ses cornes effilées et à sa musculature athlétique. Dans leur environnement bucolique, ces bêtes sont calmes et non agressives mais avec le stress du transport, le confinement dans un étroit enclos et le bruit ambiant d’une foule pouvant atteindre 60,000 personnes, le petit bœuf fonce sur tout ce qui bouge dès son entrée en arène. Les fléchettes des picadors dans son échine l’attisent davantage.
La tauromachie n’est pas un sport ni un simple spectacle en Espagne, au Mexique, au Portugal et dans quelques amphithéâtres du sud de la France. C’est un culte, c’est le traditionnel combat entre la force brute et l’intelligence. C’est une démonstration de courage et d’habileté élevée au rang d’art. Les grands toréadors aspirent au statut de matadors pour devenir des héros nationaux pour lesquels on voue une quasi-vénération. Chaque grande ville espagnole et plusieurs centres urbains portugais ont leur « plaza de torros » où des dizaines de milliers de participants soulignent par d’enthousiastes « OLÉ » l’élégante esquive d’un rein cambré ou la spectaculaire arabesque de la cape aux couleurs de feu. Notre guide Rosa Castella semble déplorer notre peu d’intérêt à assister à une corrida le dimanche suivant. « Autre pays, autres nurses » comme dit mon médecin libanais. Tout le monde ne peut apprécier la poutine ! Le Portugal Nous sommes maintenant en route vers Porto. Déjà la prairie passe d’un jaune de foin séché du côté espagnol au vert tendre des nouvelles pousses dès qu’approche la frontière lusitanienne. Ce riche coloris révèle une plus grande pluviosité d’où possiblement une troisième récolte au lieu des deux seules moissons chez le voisin castillan. Région peu peuplée, on rencontre néanmoins plusieurs villages et même une petite ville nichée sur les flancs d’une colline. Rosa nous informe que le Portugal présente le plus bas taux de chômage de l’Union européenne. Non à cause d’un plus grand nombre d’emplois mais, dit-elle, parce que les chômeurs s’expatrient. Les Portugais en exil préfèrent les autres pays de l’UE au voisin immédiat. Les relations avec l’Espagne sont tièdes au plan économique et en plusieurs autres domaines. C’est évident, les Portugais n’aiment pas les Espagnols et ce, in secula seculorum.
Porto Les mesures d’aide sociale seraient-elles peu généreuses pour les sans-emplois ? Nous rencontrons davantage de gitanes, d’handicapés et de clochards qui tendent la main au portail des églises et même sur la rue. Porto est une grande ville industrielle de deux millions d’habitants, la plus importante après Lisbonne. Les édifices publics, le mobilier urbain, les places, rues et parcs auraient grandement besoin d’une cure de rajeunissement ou, à tout le moins d’un bon ménage. On semble se relever difficilement de l’austérité du régime Salazar qui a imposé sa dictature sur le pays pendant quelque quarante ans.
Porto c’est évidemment le pays de ce vin fortifié le plus exporté de par le monde. Nous avons droit à une visite-dégustation-vente chez le producteur Ramos-Pinto. Des jeunes filles dans la vingtaine nous accueillent dans un excellent français, langue qui, à ma grande surprise, à moins que j’aie mal compris, serait la langue seconde enseignée dans les écoles portugaises.
Les différentes maisons, presque toutes anglaises, qui produisent du Porto choisissent de cinq à dix cépages parmi les quelque vingt variétés cultivées dans la vallée du Douro à quelque cent kms de Porto. Pour le vinifier et le fortifier d’alcool, on apporte les raisins à Gaïa, ville sise en face de Porto sur l’autre rive du Douro, ce long fleuve de près de 1000 km qui traverse l’Espagne et le Portugal pour se jeter dans l’Atlantique à Porto. Vieillie en fûts de chêne plus ou moins longtemps selon la qualité désirée, on distingue trois sortes principales de cette divine boisson. D’abord les Tawny qui sont un mélange de portos de différentes années, donc non-millésimés. On conseille de ne pas les laisser vieillir plus de trois ans. Ils se conservent jusqu’à un an après le premier décapsulage. Les Vintage pour leur part continuent à vieillir jusqu’à 90 ans (j’en doute mais j’en fais l’expérience) s’ils sont conservés couchés et protégés de la lumière. Bonne nouvelle : on ne peut les conserver plus de 2-3 jours après leur ouverture. Les Very Late Vintage sont des vins de qualité supérieure élevés plus longtemps en fûts de chêne français. Enfin on produit aussi des portos blancs dont la couleur fonce en vieillissant sans toutefois altérer le goût.
La cathédrale de Porto, l’une des 100 églises de la ville est aussi un monument qui date de plusieurs siècles. Elle compte trois nefs. Le chœur et le retable (de retro tabula soit derrière l’autel, ai-je appris) sont d’une magnificence qu’on ne saurait retrouver de nos jours. Comme nombre d’autres édifices historiques portugais, cette église devrait être restaurée pour faire mieux valoir ses richesses. Qui en assumerait le coût ? La fréquentation des lieux de culte tant en Espagne qu’au Portugal diminue bien qu’elle soit encore de l’ordre de 50% des fidèles toujours selon notre guide. Étonnant car la pratique se situe à quelque 10 à 15% des catholiques chez-nous.
Fatima En route vers Lisbonne, nous faisons un crochet pour rejoindre Fatima, cette petite ville si renommée pour les neuf apparitions de la Vierge à trois enfants les premiers vendredis de septembre 1917 à mai suivant. Il n’y a pas foule en ce lundi après-midi de septembre. J’y vois deux types de visiteurs : les touristes de passage comme nous et de véritables pèlerins imbus de foi. Une dizaine de personnes terminent à genoux, à une chapelle extérieure près de la haute basilique, leur « chemin de croix ». Comme le veut la coutume locale, je brûle un cierge en faveur de ceux qui souffrent, tant dans leur cœur que dans leur corps. Dans une chapelle latérale à l’intérieur de la basilique, se trouvent les cercueils de Jacinthe et de François au lieu même des apparitions de la Vierge. La troisième témoin de ces manifestations homologuées par l’Église est Lucie devenue religieuse et décédée en 2004. Sa dépouille rejoindra sans doute celles de sa sœur et de son frère un de ces jours.
La basilique est plutôt modeste surtout quand on la compare à ces immenses édifices gothiques du Moyen-Âge visités au cours de ce périple. Quelques vitraux au haut des murs, un chœur simplement décoré d’une statue de la Vierge, autel et retable très simples et des bancs qui ne sauraient être plus ordinaires. Les murs n’ont ni tableaux ou fresques, ni chemin de croix. Ils sont nus. Les visiteurs déambulent lentement et avec foi jusqu’au lieu des apparitions. Notre guide signale que plus de 70 000 personnes ont été témoins de l’obscurcissement du ciel et d’une danse du soleil lors de la dernière manifestation de la Vierge en 1918. La partie arrière de l’église débouche sur un chœur extérieur avec autel face à une immense esplanade pavée qui peut certes accueillir 100 000 personnes lors de manifestations exceptionnelles comme la visite du pape. Au fond de ce terrain, s’élève une immense croix au Christ tordu comme celui de la croix pastorale de Jean-Paul II. Tout autour du sanctuaire, des boutiques fort nombreuses offrent des souvenirs de type religieux surtout : chapelets, statues de plâtre représentant la Vierge, les petits bergers, des personnages de crèches de Noël et autres colifichets. Moi qui ai été ��levé dans la vénération de ce mystère de Fatima, je m’étonne de ma faible participation émotive à l’occasion de la visite en ces lieux. Il faut croire que ma foi devient avantage intériorisée.
Lisbonne Que d’autobus ! Chanceux d’avoir un bon véhicule, confortable et climatisé, et un bon chauffeur qui, en manque de nicotine, nous arrête pour des pauses techniques en haltes routières après quelque 100 à 150 kms de route. Aux approches de Lisbonne nous longeons le Tage, ce fleuve si important notamment pour le transport de marchandises de et vers la mer. Une centrale atomique, de nombreuses industries, des quartiers résidentiels de banlieue… somme toute une entrée semblable à celle de toute grande capitale européenne. La grande agglomération de Lisbonne compte plus de deux millions d’habitants. Plusieurs buildings de plus de douze étages voisinent notre hôtel situé assez loin du centre-ville. Le quartier pourrait être très joli si l’environnement était davantage soigné. Peu d’arbres, peu de parcs. Le pavé troué ressemble davantage à celui de Montréal. Papiers, sacs de plastique, mégots de cigarettes polluent le paysage. Bref, ce secteur n’est pas valorisant pour ces magnifiques hôtels ou maisons d’affaires aux devantures de verre et de marbre qui rivalisent de futurisme architectural.
Heureusement, ce commentaire ne s’applique qu’à ce quartier de Lisbonne. Dès qu’on rejoint le Vieux Lisbonne, de belles avenues ombragées de platanes, des monuments en l’honneur de personnages historiques dont Pombale, le premier ministre lors du terrible tremblement de terre de 1755, des places et des parcs avec arbres majestueux, monuments et fontaines remarquables, beaux édifices richement décorés, églises moyenâgeuses que d’aucuns aimeraient visiter et enfin, une particularité portugaise, des avenues piétonnières aux marqueteries de céramique dessinant d’élégantes ondulations aux couleurs noir et blanc comme celles du drapeau national. Bref, une ville et un pays qui entrent dans le 21e siècle en s’efforçant de rattraper le temps perdu lors des années de la dictature de Salazar et de ses successeurs jusqu’en 1975.
Un mot sur le plus dévastateur séisme de l’histoire portugaise qui emporta la vie de plus de 40 000 personnes et détruisit la plus grande partie de la ville. Profitant des circonstances, Pombale a fait redessiner la ville selon des perpendiculaires au Tage. On créa alors de beaux espaces verts, de larges avenues et des zones protégées en bordure du fleuve pour d’éventuels développements urbanistiques. Un visionnaire pour l’époque dont s’inspira sans doute Haussmann dans la transformation de Paris quelque 100 ans plus tard.
Un pont de plus de trois kms enjambe le Tage dont l’estuaire à Lisbonne est très très large. Il fut construit par les mêmes ingénieurs et selon la même technologie que le Golden Gate de San Francisco. Sur les quais, on retrouve les installations portuaires et une longue promenade à l’ombre de la Tour de Garde. Récemment rénovée, cette tour contrôlait jadis les entrées et sorties de et vers la mer. On y a aussi élevé un élégant monument en hommage aux explorateurs portugais qui ont ouvert les portes du monde à l’Europe faisant ainsi bénéficier leur pays et même tout le continent d’importantes richesses importées du Mozambique, de l’Angola et du Brésil.
La cathédrale de Lisbonne souligne aussi sa reconnaissance envers les explorateurs. Des fresques et des tableaux présentent des produits exotiques à cette époque comme le maïs, la canne à sucre, l’ananas et aussi des fleurs et des arbres rapportés par Vespucci, Colomb, Vasco de Gama et autres découvreurs. Lieu de culte ou attraction touristique, la foule à la cathédrale serait telle en périodes touristiques, qu’on ne peut plus y célébrer d’offices religieux tant il y a du bruit, de la circulation et des éclairs d’appareils photos.
Coût de la vie On poursuit l’exploration de ce coin de pays par une visite de la région balnéaire de l’Estoril. Peu de gens à la plage par ce temps nuageux.. Le sable est pâle et les plages sont longues contrairement à celles que nous retrouverons à Torremolinos dans les prochains jours. On dirait que la nature a festonné le rivage en de multiples sections par des hauts-fonds ou des caps rocheux s’avançant dans la mer créant ainsi des «domaines privés.» Il n’y a jamais foule tant les gens se répartissent leur coin d’Atlantique.
Au Portugal, les restaurants présentent toujours des poissons, des viandes et des pâtes au menu. Crème caramel, tarte et salade de fruits, gâteaux de toutes sortes et, un délice, des biscuits à la pâte d’amandes comblent les becs sucrés. Plus chers sur la carte, le veau et l’agneau. Le vin de la région est bon et peu dispendieux. Le coût des alcools, terrible, terrible. Un rhum au bar de l’hôtel à Lisbonne coûte 9 euros soit quelque 13 $ pour deux onces de Havana Club d’un an. De façon générale, les prix sont devenus semblables à ceux des autres pays de l’Europe depuis la venue de l’euro. Le mythe des vacances économiques en Espagne et Portugal doit être dénoncé. Certes ce n’est pas encore l’inflation de Paris, Genève, Londres et Rome mais on ne rééditera plus « Spain for 10$ a day »
RÉCIT DE VOYAGE Espagne-PortugalPartie II Adieu Lisboa Au jour 7 du voyage, nous entreprenons le retour en Espagne. Le trajet est long, 450 km de Lisbonne à Séville. Peu habitée, cette région au sud-est de la capitale est uniquement agricole. On y cultive surtout le chêne-liège dont l’écorce récoltée aux huit ans sert à la production non seulement des bouchons de bouteilles de vin mais des babillards, des revêtements de murs et, à ma grande surprise, de jolis sacs à main aussi résistants et hydrofuges que du cuir, m’assure une vendeuse. L’arbre n’est pas grand soit tout au plus cinq mètres. L’exfoliation de l’écorce sur le tronc et les plus grosses branches ne le fait pas mourir contrairement au sort qui attendrait les conifères et feuillus de chez-nous.
Ici et là, des élevages de bœuf à boucherie et vaches laitières. Du maïs-grain sèche sur pieds, le foin bien enveloppé dans le papier plastic blanc attend d’être engrangé (je présume). Aucune vigne cependant, l’environnement ne s’y prête pas sans doute. Pourtant je me rappelle avoir appris que dans la région de Porto, les ceps de vigne sont plantés dans le schiste soit cette pierre stratifiée et friable à travers laquelle les racines se fraient un chemin jusqu’à la nappe phréatique distante de 3 à 10 mètres. Ici, c’est pourtant de la bonne terre me semble-t-il. Tiens, des oliviers maintenant ! Il apparaît que de bonnes pluies seraient bénéfiques à cette nature tellement sèche. Et nous roulons, nous roulons par monts et par vaux, ce qui ne trouble pas plusieurs de mes co-voyageurs bien endormis par le ronronnement de l’autocar et les ronflements de Raymond.
Mais quel paysage dépaysant pour des Québécois ! Ici et là, gît un château abandonné et rongé par le temps, Et des fortifications au milieu de nulle part : pour qui, contre qui ? Et ces grottes, sont-elles habitées ? Des ponts au-dessus de rivières, mais il n’y a plus d’eau, bâtard ! comme dit Gérard Laflaque. Voilà maintenant des moutons, que mangent-ils, y a pas d’herbe, ou si peu ? Sur la cime d’arbres plus grands, des cigognes ont installé des pieds-en-l’air, des haltes dans leur livraison de bébés sans doute. Par ailleurs, il n’y a que très peu d’oiseaux sinon de beaux pi-que-beus comme on appelle ces si gracieux oiseaux blancs en Guadeloupe. Au faîte des collines plus ou moins éloignées, on distingue de nombreuses éoliennes vouées me semble-t-il à rafraîchir la région de leurs longues pales. Mon esprit vagabonde. Je divague. Je dors.
À 200 kms de la frontière espagnole, nous dînons à Vilamoura, l’un des plus jolis centres de vacances de l’Algarve et même de l’Andalousie voisine. C’est l’une des oasis préférées des Anglais. On dit d’ailleurs que le Portugal serait devenu LA destination- vacances préférée des riches fils d’Albion depuis que Peter Mayle, par ses deux best sellers, a fait vendre la Provence. Ils y ont aménagé un aéroport presque privé, des golfs et autres installations sportives et culturelles. Ils font aussi vivre des hôteliers et des restaurateurs, des constructeurs de villas, tennis et piscines et aussi, des aides domestiques. D’où leur présence constitue-t-elle un apport économique important pour cette région où sévit malgré tout un taux de chômage important.
Une autre richesse de la région est la culture des amandiers dont les fruits sont exportés dans tout l’Europe. Localement on en fait des biscuits et des gâteaux « divins », j’en témoigne. Dans des marais près de la mer, on produit aussi du sel. Partout, des oliviers et encore du chêne et encore des caroubiers, ce grand arbre de 10 à 12 mètres dont les fruits nourrissent surtout les animaux de ferme.
L’Espagne, un ravissement ! Enfin, c’est l’Espagne. Un superbe pont dont la structure en forme d’un grand A nous accueille en Andalousie, le pays du flamenco. L’origine arabe du pays se manifeste par plusieurs signes dont les constructions et les appellations de personnes, de lieux, de rivières, de mets et de boissons. On retrouve de nombreux gitans dans cette région. Ils peuvent vous tirer à la fois la bonne aventure et votre porte-monnaie prétendent de tenaces préjugés. Sur presque tous les pylônes de la ligne de distribution de l’électricité, on voit des nids de cigogne désertés semble-t-il en cette période de l’année.
Mireille, une compagne de voyage de Saint-Agapit de Lotbinière, a constaté dans un élan d’enthousiasme réaliste comme nous sommes chanceux de vivre cette expérience de voyage. D’emblée, je partage cette opinion. Nous poursuivons un périple de luxe tant dans les hôtels et restaurants que dans le choix des lieux et richesses patrimoniales de la péninsule ibérique. Et ces châteaux, ces musées, ces cathédrales nous révèlent la grandeur du génie de l’homme ! Certes, on peut aujourd’hui aller sur la lune et bientôt encore plus loin mais n’était-ce pas une prouesse semblable de construire au Moyen-Âge une cathédrale aussi grandiose que celle de Séville ? Sa grandeur, sa hauteur, son esthétique sont l’illustration même de la splendeur du style gothique. La finesse des parements de maçonnerie ou d’ébénisterie, les sculptures et les toiles qui l’ornementent, enfin les richesses en orfèvrerie et en joyaux de pierres précieuses de son musée soulèvent l’émerveillement de tous les visiteurs. Du moins de ceux et celles qui conservent encore cette faculté qui, mieux que tout autre indicateur, distingue les jeunes d’esprit.
Comme la plupart de mes collègues, je suis ravi de cette expérience de voyage jusqu’à maintenant. Je reconnais cette chance, ce privilège de le vivre. À ma mesure, je peux admirer les œuvres d’art ici rassemblées au cours des siècles mais une personne mieux formée pourrait certes apprécier davantage. Ainsi, un architecte ou ingénieur pourrait-il s’enthousiasmer de la réussite de l’élévation de ces ogives qui supportent les voûtes gothiques au poids énorme. Autre exemple, André, un architecte de Québec m’a signalé l’ingéniosité des constructeurs de palais à gérer les écarts de température par le choix des matériaux et l’aménagement de jardins et d’aires de circulation. De même un joaillier ou orfèvre jouirait de découvrir un ostensoir comme celui de la salle du trésor de cette même cathédrale de Séville où la couronne d’or autour de la cellule de l’hostie est constellée de rubis, de saphirs, d’émeraudes et autres pierres précieuses pour moi non-estimables.
Outre les connaissances scientifiques, l’intérêt influence aussi l’émerveillement. Ainsi un gamin de huit ans sera-t-il ébloui face à un vélo rouge mais indifférent à la beauté d’une rose au parfum subtil et à la robe au camaïeu d’oranger. Donc qu’on ne s’offusque pas si je passe rapidement devant une dentelle de Bruges ou une création de Saint-Laurent à la vitrine de ces belles boutiques du centre-ville de la capitale de la communauté autonome d’Andalousie. Séville Séville est certes la plus belle ville d’Espagne en autant qu’une aussi rapide visite permette un classement. Deux grandes expositions universelles en 1929 et en 1992 (je crois) ont permis d’ajouter plusieurs remarquables pavillons au patrimoine déjà tellement riche de ce royaume. À quelque horizon que les yeux curieux peuvent se balader, un monument, une tour, une porte, une place, un palais, une cathédrale, mosquée ou synagogue vient séduire le touriste et assurément l’objectif de la caméra-vidéo du collègue-voyageur Jean-Guy qui a tout photographié ou filmé pendant le voyage.
Le flamenco
Une diversion en soirée : un spectacle de flamenco. Haut en couleurs et certes en douleur pour les genoux de ces artistes de la « gigue espagnole ». Qu’on me pardonne cet affront à cette danse folklorique au rythme emballant. En groupe, en duo ou en solo, jeunes hommes et dames d’âges divers donnent en claquettes et en rapides torsions de tête et de bras la réplique à un quatuor de guitares, d’infatigables « performers » qui par la musique nous communiquent l’esprit espagnol. Cet esprit qui comprend non seulement la danse, la musique et les chants andalous soit cet ensemble qu’on appelle flamenco, mais aussi la corrida, les gitans, la paella et ce si doux parler mélodieux que j’aimerais tant maîtriser. Pourquoi une telle association de concepts ? Pour moi, c’est ça l’Espagne.
Ai-je déjà parlé de la Giralda, cette ancienne mosquée convertie en cathédrale suite à l’édit de je sais plus quel empereur qui, en 1492, rendit illégale toute autre religion que le catholicisme ? C’est à voir pour ceux dont le « disque dur » peut encore enregistrer les particularités d’un autre monument, si riches soient-elles. Faute de n’avoir pas suffisamment noté, je ne me rappelle que de ces superbes plafonds aux dentelles de cèdre. Or, d’une cathédrale à l’autre, on en vient à confondre les unes et les autres me semble-t-il. So watt ! comme dirait l’électricien. Et notre guide nous entraîne maintenant à l’Alcazar, la résidence d’été des rois à la construction et décoration de laquelle nombre d’artistes des écoles espagnole, française et italienne de l’architecture, de la peinture et de la sculpture ont contribué. Ce palais révélateur du génie arabe, l’Al-Cazar (Le Palais en arabe) doit certes figurer parmi les plus grands châteaux européens. Toute visite en Espagne devrait comprendre un arrêt ici.
Cordoba Au jour 10 de cette tournée éblouissante, nous nous arrêtons trop brièvement à Cordoue. Une course à travers l’ancienne cathédrale transformée en mosquée vers le 11è siècle, agrandie à quelques reprises aux 12e et 13e siècles tant la population musulmane devenait importante et finalement redevenue chrétienne au 15e sous Charles Quint. Pressée par le temps qu’on lui a imparti, la guide locale, une gentille Suissesse, a néanmoins réussi à nous faire admirer moult détails dans la conception de ce temple où se révèlent les influences du Coran et de la Bible. Plus tard, nous visiterons aussi une synagogue construite du temps où les trois principales religions monothéistes cohabitaient harmonieusement en Espagne. On nous rappelle que dès le 15e siècle, l’antisémitisme a sévi ici. Ainsi 400 000 Juifs ont dû se convertir au catholicisme et 200 000 autres s’exiler lorsque le roi imposa le catholicisme comme seule religion autorisée.
Torremolinos La route vers cette station balnéaire tellement connue de par le monde nous permet de contempler les nombreux attraits du paysage. Peu peuplé, le terrain est fort accidenté et vallonné. On croirait voir une photo d’une piscine à remous en pleine action. Les très grandes plantations présentent une géométrie telle que, peu importe l’angle de vision, les orangers sont alignés avec la précision d’un arpenteur géomètre. On doit présumer de bons systèmes d’irrigation pour obtenir des fruits aussi juteux que ceux vendus à prix très modique dans les haltes routières.
Mené par Bernard, le fun est dans le bus aujourd’hui. Le rire tonitruant de Gérald et le sourire séduisant de Micheline encouragent la relance des mots d’esprit d’un siège à l’autre. Nous sommes trente et une personnes dans le groupe. Au fil des jours, des alliances se forment. Deux quatuors seulement étaient déjà organisés avant le voyage. Plusieurs professions sont représentées dont architecture, commerce, éducation et médecine. Je me plais à fréquenter tout le monde avec qui un dialogue s’avère possible pour moi. Mais quelle source d’enrichissement ces échanges !
Nous voici maintenant à Torremolinos. La région est montagneuse. Nous joignons aussitôt notre luxueux hôtel Cervantes qui, presque au sommet d’une colline, domine de nombreux hôtels, boutiques, auberges, restaurants et autres commerces cordés le long d’un rue étroite qui serpente jusqu’à la plage. Chaque mètre carré de terrain même s’il est dénivelé à 15° est utilisé par les commerçants. Étonnamment les prix aux restaurants et boutiques sont relativement modiques voire même inférieurs à ceux des autres villes visitées jusqu’à ce jour. Pourtant cette jolie ville serait la station balnéaire la plus « in » de la côte méditerranéenne !
La plage est courte, le fond de mer disparaît sous nos pas dès une vingtaine de pieds. Le sable est de couleur foncée et la mer invitante par la clarté et la bonne température de l’eau, soit quelque 20° peut-être. En compagnie de Jean-Claude et de sa compagne Lise, nous nous joignons aux nombreux baigneurs qui profitent des derniers rayons de soleil de ce bel après-midi. À trois, nous dégustons toute une bouteille de Porto accompagnée de croustilles. Dommage que ladite bouteille n’ait contenu que 110 ml ! Voulant poursuivre une fort agréable conversation sur nos valeurs respectives en matières de relations de couple, les deux copains m’invitent pour l’apéro et de là au restaurant où nous partageons une grande assiette de fruits de mer dans laquelle se retrouvent écrevisses, calmar, sardines, pétoncles et autre bibites non-identifiées. Heureux moment avec cette infirmière du CH de Joliette et de son non moins sympathique conjoint, ex-chirurgien vasculaire recyclé en fonctionnaire de l’Agence régionale de la Santé de Lanaudière. La température est certes à 23° à 22h30. C’est ça les vacances ! Je suis presque heureux. Gibraltar 35 euros pour une visite au rocher. J’y vais, je n’y vais pas ? Bon it’s now or never. Ça aurait dû être never car je n’y trouve rien de particulièrement intéressant. Terre ou plutôt rocher anglais depuis sa conquête en 1714, Gibraltar a maintes fois été réclamé par l’Espagne. No way, Sa Majesté n’a jamais accepté de restituer ce bout de terrain où s’entassent plus de 29000 citoyens britanniques dont plusieurs ex-Marocains. L’importance stratégique au plan militaire de cet observatoire sur le détroit du même nom était évidente depuis fort longtemps mais l’est moins depuis l’arrivée des images satellites. Déjà au Moyen-Âge, les Arabes ont établi un poste à Tariffe pour pouvoir imposer des frais ou « tarifs » comme droits de passage des navires entre l’Afrique et l’Europe. Lors de la guerre de ’39, des sous-marins allemands ont réussi à déjouer les Alliés en franchissant le détroit sans moteur, portés uniquement par les forts courants marins.
Pour améliorer la valeur touristique des lieux, les Anglais entretiennent une colonie de quelque deux cents singes importés du Maroc. Ils semblent bien accommodés au lieu et peu dérangés dans leur épouillage par les flashes des appareils photos. On visite la grotte bien parée de stalactites et stalagmites. On y a aménagé une salle de concert pour profiter d’une bonne acoustique, paraît-il. C’est tout ce qu’il y a à voir. Des vendeurs de fringues et de colifichets pour touristes essaient de nous attirer dans les boutiques à ras de mer. Celles parmi nous qui succombent au shopping pourront payer en euros mais seulement après conversion en livres sterling. D’où des prix beaucoup plus élevés que « chez-nous » en Espagne
Sur la voie du retour vers Torremolinos, de nombreux et fort élégants complexes immobiliers habitent le paysage. Construits à flanc de montagnes ces condos de luxe monochromes, d’un beige pâle semblent avoir été construits tout récemment. À un endroit appelé Marbella, c’est le rendez-vous du jet set international et aussi un lieu d’habitation saisonnier pour les rois du pétrole du Golfe Persique et leurs imposantes suites. Un km plus loin, oh la-la mes amis, des yachts et voiliers dont la valeur dépasse certainement le million d’euros sont exhibés à la vue du pauvre peuple que nous sommes. Trente mètres sur dix de largeur pour certains. Sur l’un, deux couples prennent un cognac (?). Sur l’autre, une jeune naïade se fait bronzer les nounous. La plupart des embarcations semblent désertées pour le moment. « Mais à 16h, c’est la siesta, voyons »
Dans la rue du port, toutes les boutiques offrent des porcelaines Lladro. Les marques Gucci, Cartier, Rolex semblent attirer les Ferrari, Lexus et Mercedes. Je n’ai pas vu de maisons de haute couture bien que du prêt-à-porter haute gamme savamment disposé en vitrines ait suscité des regards presque concupiscents de plusieurs dames de notre groupe de joyeux naufragés.
Par monts et par vaux voire même par de nombreux tunnels taillés dans le granit, nous poursuivons notre retour vers notre hôtel Cervantes. Le soleil est encore là, l’air est toujours aussi doux. Avec tous ces buildings dispendieux implantés depuis moins d’une génération, je me demande où vivent maintenant les pêcheurs et autres roturiers qui habitaient les côtes ? Les a-t-on achetés, expropriés ou évincés ? À remarquer, notre parcours évite les zones de pauvreté à l’exception de la banlieue de Gibraltar où vivent les Marocains légaux et illégaux.
Sur le flanc de la montagne que nous côtoyons se trouvent de nombreuses habitations troglodytes creusées dans le roc ou dans des cavités naturelles. Des gitans les ont aménagées avec tout le confort moderne incluant l’eau courante, l’électricité et autres commodités. Un réseau souterrain de câbles alimente ces grottes. On nous dit que dans la région de Valence à Barcelone, une grotte bien modernisée peut valoir jusqu’à 70 000 euros. Il serait très IN d’habiter un trou semblable.
Granada Granada, Granada, écoute ma voix qui t'appelle, Granada, Granada, pourquoi Dieu te fit-il si belle ? Que j'aime tes douces guitares pleurant sous la lune Les jupes des brunes Gitanes, Où le vent qui flâne Vous fait croire un jour à l'amour...
Sur une introduction de cette délicieuse chanson de Jacques Larue (merci à Internet), nous nous dirigeons vers cette ville que tant de poètes ont chantée. La route qui nous y mène est fantastique et a dû coûter une fortune à construire. Nous sommes en pleines montagnes, c’est la chaîne Sierra Nevada. Parfois nous survolons presque des agglomérations tout au fond dans la vallée, parfois nos cheminons dans des cols qui rappellent le Grand Cayon. Des sommets jusqu’à récemment enneigés se perdent dans les nuages. Là où les pentes sont plus douces, des forêts d’oliviers permettent d’anticiper une bonne récolte dans les prochains mois car des fruits en quantité sont presque rendus à maturité.
Et voilà Grenade. C’est dimanche, la fête de la Vierge patronne de l’Andalousie. À l’église qui lui est consacrée, deux présentoirs de fleurs de quelque 5m par 5m se dressent à l’entrée. Leur parfum envahit la rue de ses effluves. Les fidèles contribuent une certaine somme et un bouquet s’ajoute aux centaines d’autres déjà étalés. Le profit servira à payer la rénovation du temple. Une très belle place au centre-ville est envahie par une foule de quidams tranquilles qui profitent de la douceur du temps et de la joyeuse compagnie de copains pour siroter une consommation ou une glace.
Une note sur l’économie La région de Grenade est aussi essentiellement agricole. Aucune industrie dans cette municipalité de plus de 250 000 habitants autre que le brasseur de la bière la plus populaire du sud-est espagnol, l’Alhambra. Selon notre guide Rosa, l’Espagne serait le pays qui connaît la plus grande croissance économique de l’Union Européenne. Les impôts sont modérés, il y a de plus en plus d’emplois surtout dans la construction. Les mesures de sécurité sociale sont peu généreuses contrairement à la France, ce qui aide vraisemblablement le Trésor public. Ainsi il n’y a pas d’aide aux chômeurs. Une veuve de travailleur n’aurait que 450 E par mois ce qui est nettement insuffisant pour vivre convenablement. Le logement et la propriété foncière connaissent une inflation démesurée depuis l’entrée du pays dans la zone européenne et aussi à cause de l’immigration des Européens du nord a la recherche de soleil pour adoucir leurs vieux jours. Conscients que ce boom économique n’est pas éternel, la population locale s’inquiète pour l’avenir.
L’augmentation du PIB serait de 3,8% pour 2007, toujours selon Rosa. Ce taux qui m’apparaît très fort devrait cependant être confirmé à une source plus sure. Rappelons-nous que l’Espagne était l’un des pays les plus pauvres de l’Europe à la naissance du l’Union européenne par le Traité de Maastricht en 1992. Comme plusieurs autres pays, il lui a fallu redresser le facteur endettement par rapport au PIB (produit intérieur brut) pour être admis au sein de l’UE.
Qualité de notre hébergement
Ma chambre est petite et donne sur un mur aveugle. On dirait que les personnes voyageant seules sont traitées avec moins d’égards que les couples même si un supplément important est exigé. On soigne particulièrement les salles de bain toutes garnies de super belles céramiques d’environ 10 po. par 15. Celles d’aujourd’hui sont signées Pierre Cardin, s’il vous plaît. La robinetterie est en equipolant comme dit mon plombier. Nos plus beaux hôtels à ce jour furent ceux du Portugal. Les lobby, les bars et les salles à manger étalaient les plus beaux marbres d’Europe.
Au programme aujourd’hui : la visite du château-cathédrale l’Alhambra (c’est-à-dire La Maison Rouge en arabe) et non la brasserie, hélas.
L’Alhambra Mosquée à l’origine, cette forteresse a été transformée en cathédrale vers 1515 (j’oublie le mois). Faut-il croire en un certain désabusement, je ne ressens plus d’émerveillement face aux dorures, aux dentelles dans l’agrégat de plâtre pourtant très remarquables, aux bassins et fontaines qui semblent défier les lois de la gravité, bref tout me semble du déjà-vu. La seule nouveauté réside dans les commentaires de la guide locale sur le sort des femmes du harem des sultans. Insultant ! dirions-nous aujourd’hui. Avec leurs jeunes enfants, elles étaient confinées à l’étage supérieur des appartements du pontife et gardées par des eunuques. Une véritable prison où aucun autre homme que leur « propriétaire » pouvait les voir.
Lors de son voyage de noces qui dura plus de six mois (la mariée ne parlait ni espagnol ni allemand, fallait bien apprendre à causer !), Charles Quint, nouveau roi d’Espagne et empereur germanique, décida après la mort de Ferdinand d’établir ses appartements royaux dans l’ancienne mosquée et d’y juxtaposer une cathédrale. Il édicta même que Granada serait la capitale du royaume et de ses possessions outremer, un territoire « sur lequel le soleil jamais ne se couche » dit la littérature. Son fils rétablit le tout après la mort du grand Charles V trente ans plus tard.
Pour qui a de bonnes jambes et du temps à disposer, la visite de ce complexe et de ses jardins fleuris vaut un cours d’histoire de l’art. Jusqu’à la venue récente de l’église Sagrada Familia à Barcelone, l’Alhambra était le site touristique le plus fréquenté d’Espagne. Je ne répéterai pas les superlatifs pour caractériser le tout. Je réfère plutôt le lecteur à Internet ou aux mille volumes publiés sur cette richesse si importante du patrimoine espagnol pour ne pas dire mondial.
Pour la première fois depuis treize jours, je suis épuisé en soirée. Le cumul de cette vie de bohème et trois heures de marche dans le palais et les jardins de l’Alhambra ont vaincu ma résistance. Mais il ne reste plus que trois jours avant de retrouver mon chez-moi. Il est temps car le décolleté plongeant de Rosa exhibe de généreuses boules qui me font loucher. Ça doit être ça la boulimie !
La solidarité dans l’équipe
Un incident : Mme Pellerin, notre aînée, a perdu son sac « kangourou » contenant son passeport et sa carte Visa. Elle est paniquée. Déjà que sa surdité l’isole des autres voyageurs. Elle se présente à la salle à manger pour s’enquérir si quelqu’un…À la course, elle repart aussitôt vers sa chambre. Instantanément, Guylaine et Lisette dans un élan de solidarité toute féminine partent à sa suite. La dame fouille frénétiquement ses bagages jusqu’à ce que « les filles » l’amènent à réfléchir sur ses activités depuis son arrivée d’excursion deux heures plus tôt. Elle se rappelle alors avoir sagement placé son sac sous l’oreiller. Ouf!
Je cause souvent avec Guylaine et son conjoint Laurent, un couple des plus charmants de Brossard. Laurent a le sourire et l’entregent d’André-Philippe Gagnon, un sourire explosif dès le premier contact avec un interlocuteur et un rire sonore qui révèle la belle joie de vivre de ce fils d’entrepreneur saguenéen. Guylaine est charmante. Jolie femme, elle n’accuse jamais ses 50 ans qu’ils célébreront à Paris l’été prochain. Professionnelle à la Caisse de dépôts et placements du Québec, elle est vive et spontanée mais, personne n’étant parfait, elle serait une magasineuse insatiable surtout dans les souliers selon son conjoint. Une vraie Imelda Marcos et ses mille paires de godasses!
Alicante, la blanche Les routes du Portugal et de l’Espagne sont des plus agréables. Malgré l’affluence de touristes en cette fin d’été, nous n’avons jamais souffert de bouchons de circulation. La E-15 appelée l’Autoroute méditerranéenne est sans péage jusqu’à Alicante. Cette ville de 250 000 habitants est appelée La blanche à cause de sa luminosité incomparable. Sa température est idéale soit 25 à 30° le jour et autour de 20° la nuit. Elle connaît une croissance incroyable depuis les dernières années. Le coût de la vie y aurait suivi la même courbe apprend-on. En banlieue, c’est Benidorm surnommé Manhattan à cause de ses nombreux gratte-ciel dont un hôtel de 54 étages.
Mais ce que la route est longue : 550 km à parcourir encore jusqu’à Barcelone dont 140 aujourd’hui. Le régulateur de vitesse est barré à 100 km/h. Nous traversons maintenant la Chaîne du littoral après avoir laissé la Chaîne blanche et auparavant la Sierra nevada. Tout le flanc de la montagne est orné de superbes villas et logements multiples aux formes des plus étonnantes et ravissantes, Mais de quelle vie est-il possible de jouir sur un plan aussi incliné ? Ce sont certes des résidences secondaires. Je vois mal des gamins jouer au foot sans devoir perdre le ballon dans les abysses.
Valence
À l’entrée de Valence nous faisons un court arrêt-photos à la Cité des Arts et des Sciences. On m’accusera d’abuser des superlatifs mais là, vraiment il y a de quoi tomber en bas de ses souliers. La conception et la réalisation de cet ensemble de bâtiments sont fantastiques. Ancien marécage, le site constitue désormais un environnement d’eau et de végétation judicieusement aménagé. Les édifices futuristes qui y sont installés sont d’une légèreté, d’une élégance incomparable à tout ce que j’ai pu admirer à quelque autre endroit. Pour réaliser ce grand complexe rassembleur d’artistes, de scientifiques et de touristes de tout acabit, on a détourné une rivière. On utilise maintenant ses eaux pour alimenter les nombreux bassins qui deviennent autant de miroirs où se reflètent les grandes œuvres architecturales. Ces plans d’eau sont reliés les uns aux autres par un canal où l’eau circule par gravité. Mon enthousiasme m’amène à prédire qu’on utilisera sans doute cette Cité dans les futurs manuels d’art pour représenter le 21e siècle. Dommage qu’on ne puisse s’attarder davantage. On rate ainsi l’occasion de pénétrer dans ces centres d’exposition, de rencontres, d’enseignement et sans doute d’édification pour tous ces groupes d’écoliers qu’on voit circuler. Si le contenu est semblable au contenant, le programme de notre circuit touristique devrait être réaménagé en renonçant à quelques cathédrales au profit de ce centre d’art et de science.
Quatre des nôtres ont convenu d’y retourner en soirée dont Denis, 6’2’’, 210 lbs et Laurent, 5’9’’, foulé dur. D’un pavillon à l’autre, un jeune homme à l’allure inquiétante talonnait nos solides bonhommes accompagnés de leurs méfiantes partenaires. Redoutant les voleurs à la tire ou au couteau contre lesquels on nous a maintes fois prévenus, nos collègues étaient sur leurs gardes. Voyant leur poursuivant se rapprocher, on a vite établi une stratégie de défense des plus astucieuses contre une possible attaque : en se retournant vivement, click-click en photos. L’adolescent s’est aussitôt enfui les jambes à son cou.
Ici et là à Valence, on procède à d’importants travaux de voirie préalables à la relocalisation du circuit du Grand Prix d’Espagne de Formule 1. La piste pénétrera notamment dans la Cité des Arts et des Sciences lui accordant ainsi une exposition privilégiée à travers la planète. Déjà plusieurs tours d’habitations de luxe s’élèvent tout autour de la Cité. Partout, de hautes grues annoncent l’essor du développement de la ville nouvelle.
Par ailleurs, la visite de la Cathédrale de Valence, de ses vieux et nouveau marché et de la ville ancienne avec ces lourdes tours du X!Vième siècle ne suscite plus autant de flashes que lors des premiers jours d’excursion.
Quelques observations Nous reprenons la route pour un dernier long trajet. Mme Pellerin conserve jalousement son siège au premier banc, les sœurs Joyal, les leurs à l’arrière du bus. Les autres font la rotation à chaque jour, ce qui facilite les échanges entre nouveaux voisins tout en permettant à chacun de profiter pour une journée de la vue panoramique du devant du bus. Presque à mi-hauteur de la Chaîne du littoral, nous traversons des vergers et encore des vergers d’orangers et autres agrumes. À la droite, des villes de grosseur moyenne ou petite enjolivent le littoral.
Ici et là dans la montagne subsistent de vieux châteaux qui ont perdu toute prétention sur leur fonction originale de gardien de l’environnement. Sur les terres basses près de la mer, on produit du riz selon une méthode d’inondation contrôlée dont je n’ai pas saisi le mode d’opération tel qu’expliqué par Rosa. Il n’y a qu’une récolte par année contrairement à certains pays d’Asie qui peuvent en compter trois.
On parle plusieurs langues ou dialectes en Espagne. Franco a échoué à imposer le castillan à toutes les provinces du pays. À remarquer que chacune des dix-sept provinces est autonome, le gouvernement central n’ayant que les affaires extérieures, la défense, la monnaie et autres gros dossiers à gérer. Barcelone La région de Barcelone est la plus autonomiste si l’on exclut le pays basque où règne l’ÉTA. Ici en Catalogne on enseigne le catalan (por que no ?) dans les écoles publiques. Le castillan devient la langue seconde. La rivalité entre Madrid et Barcelone se manifeste à tous les niveaux politiques, économiques, culturelles et autres. La plus évidente se révèle au niveau du football (soccer) où le Real Madrid est l’adversaire pour ne pas dire l’ennemi avoué de l’équipe Barcelona. Plus du tiers de la production industrielle du pays est concentré dans cette région voisine de la France. Le coût de la vie est aussi plus cher qu’ailleurs. Ainsi une salade au restaurant d’autoroute a coûté 6,9 euros, une bière 2,40, une pointe de tarte 3,45, un petit pain, 0,90 et, en ajoutant le beurre et la vinaigrette vendus séparément, la facture totalise 14,40 euros soit 20$. Des chips Pringles se vendent 3,45 E, 300 gr de biscuits Oreo 3,25 et un chocolat Kit Kat 1,8. Vraiment plus cher que chez-nous. Une astuce de restaurateurs : dès notre arrivée à table, on sert des petits pains et un plat d’olives, lesquels seront chargés 1,6 euro par personne sur la facture, consommés ou non.
Oublions ces attrape-touristes pour commenter trop rapidement le tour de Barcelone. La ville est super propre grâce notamment à une armée de balayeurs et aux nombreuses poubelles placées sur tous les trottoirs. Du nord au sud (mettons, car je ne m’oriente pas) une grande promenade piétonnière, la Ramblas, est bordée de platanes longs de 20 m qui se rejoignent au niveau du feuillage. Partout des îlots de fleurs et des petites boutiques ou terrasses de restaurants. Le pavé entièrement fabriqué de céramiques (à moins que ce soit du ciment) de 3’’ X 20’’, légèrement courbées et de deux teintes de brun réparties en bandes parallèles, le pavé dis-je, s’harmonise avec la couleur des édifices commerciaux environnants. Il y a continuellement des centaines voire des milliers de promeneurs dont beaucoup de touristes qui vont et viennent sans paraître pressés. La ville est constellée d’immeubles à voir, de monuments à admirer, de musées, de salles d’exposition, d’églises et d’œuvres de Gaudi à ne pas manquer de visiter sous peine d’être considérés comme béotiens.
Gaudi Il est 15 h. La température est stable à 24°. Je suis fatigué. Avec une bière, je m’installe sur la Place de la Catalogne pour observer la foule et les alentours tout en prenant des notes pour le présent récit. Je me remémore cette visite des œuvres du grand artiste Gaudi ce matin dont notamment le Parc Gaël, l’une de ses œuvres principales avec l’église Sagrada Familia (Sainte Famille). Quel génie ce Gaudi ! Gaël c’est son mécène, un riche baron. Ensemble ils ont voulu développer un complexe résidentiel de quelque soixante habitations. Gaudi construisit d’abord une maison modèle laquelle hélas ne trouva pas d’acheteur. Il décida donc de l’habiter tout en occupant ses temps libres à créer tout un environnement fantaisiste, coloré et tout à fait « pété » comme disent les jeunes. On dirait un village de pain d’épices créé pour une émission de télévision où habiteraient des créatures de Walt Disney ou les Schtroumps ou autres génies fantastiques. Le clocher de l’église de ce village flyé, notons que Gaudi était un grand catholique au service de sa foi d’abord, est bâti comme un cône de crème glacée à plusieurs boules. Une colonne du parc prend la forme d’une lavandière moulée dans le béton et couronnée de son panier à lessive. Elle monte la garde d’une longue tonnelle ombragée de lierre. Des murets qu’on dirait construit de colombins entièrement couverts de céramiques multicolores encadrent la voie de circulation et sont festonnés comme s’ils étaient fabriqués à la main par des enfants. Ici, c’est une fontaine au méchant dragon qui crache un feu de fleurs; là, une arche remplie d’animaux fantastiques mais pas du tout menaçants.
Merci aux appareils photos numériques sans lesquels nombre de Japonais seraient sortis d’ici appauvris. Je les vois attendre l’éclair de la caméra, debout, stoïques, statufiés, les bras pendants devant un âne à deux têtes et plus loin devant un bassin aux mille carpes de céramique multicolores. Là, c’est encore ce même oriental (anyway, ils se ressemblent tellement!) qui passe de posé à poseur. On dirait ces Orientaux tout désorientés dans ce monde joyeux. De vraies photos de passeport !
Et la cathédrale alors ! Bien qu’il faudra encore attendre près d’un siècle pour sortir les grues et les dizaines d’ouvriers, sculpteurs, céramistes et peintres qui s’y affairent, je suis, encore une fois, émerveillé par ce monument religieux auquel Gaudi a travaillé quelque quarante ans soit jusqu’à sa mort accidentelle en 1925 (je crois). L’église compte actuellement huit tours sur les douze dédiées aux apôtres. Quatre autres sont ou seront élevées en hommage aux évangélistes, une autre, plus grande encore, honore la Vierge et la dernière, le clocher de Jésus, culminera ce sanctuaire à nul autre pareil.
En façade, une centaine de personnages aux formes naturelles pour les plus petits et stylisées pour les plus importants forment un exceptionnel chemin de croix, c’est la Passion. Au sommet, un Christ ressuscité semble s’élever dans le ciel. Sur la façade arrière, c’est l’histoire de la Nativité qui est présentée dans la pierre. Il y a tellement de personnages que d’aucuns prétendent que le tout devient surchargé. Enfin, sur la troisième façade principale, c’est la Gloire du salut qui est représentée.
Encore une fois, le temps file. Il n’est plus possible de pénétrer et de pouvoir vérifier si une telle enveloppe annonce un contenu aussi remarquable. Le lecteur des présentes en sort chanceux. Je serais incapable de décrire adéquatement une telle œuvre d’art. Nos petits-enfants verront-ils ce chef d’œuvre complété ? Gaudi a exigé que les sculptures prévues soient des parties intégrantes de la structure de ce temple-musée. En conséquence elles doivent être exécutées par les artistes et ouvriers sur place, ce qui rend l’opération lente et dispendieuse. On compte sur les mécènes pour financer l’œuvre et aussi sur les milliers de visiteurs qui, à chaque année, paient 10 euros pour être admis sur le terrain et encore d’autre argent comme contribution volontaire ou pour l’achat de souvenirs. À noter que les Japonais sont très sensibles au fait que le chef actuel du chantier soit l’un des leurs. Un tel choix pourrait-il délier les bourses jaunes ?
Et voilà Au dernier soir, l’agence nous reçoit pour un dîner d’au revoir dans un chic hôtel du centre ville. Excellent repas arrosé de bon vin et couronné d’un champagne espagnol pour accompagner les profiteroles. L’atmosphère est des plus détendus. On remet la propina à Mme Rosa Mayné Castella et à Carlos au taux suggéré de 3 $ par jour pour la guide et 2 $ à cet excellent chauffeur qui nous a si habilement conduits sur les routes ibériques et dans le dédale des boulevards urbains.
Photos, échanges d’adresses, promesses de se revoir bref, les bonnes relations qui se sont nouées au cours de cette quinzaine de proximité se poursuivent et certaines pourront continuer au-delà du retour au pays.
Voilà qui complète la narration de cette autre belle expérience de voyage. J’ai fortement apprécié découvrir les richesses de l’Espagne et du Portugal, on l’aura deviné.
Je salue et remercie ceux et celles qui me font l’honneur de partager ce récit. Puisse-t-il vous inciter à le vivre avec autant d’intensité. Je vous le souhaite vivement.
Léon A. Lemay
par Léon A. Lemay Partie 1Intro Septembre 2007, nouveau séjour en Europe. Cette fois : Le Portugal et l’Espagne. Je connais très peu l’Espagne pour n’y avoir séjourné qu’une fois. Le Portugal m’est encore inconnu. Certes, on peut vivre sans connaître la péninsule ibérique mais je veux ajouter dès maintenant ces pays à ma collection. Pourquoi cette partie de l’Europe ? Pour parodier Sir Edmund Hilary à qui on demandait pourquoi vaincre l’Everest, ce sommet de l’Himalaya ? : « Parce qu’il est là » aurait-il répondu.
Le service sur Suisse Air est impeccable. D’abord un choix d’apéro, de Perrier à cognac servi avec un bon chocolat suisse évidemment. Puis une autre décision difficile, pâtes ou poulet, avec vin ou autres breuvages. Écran individuel, hôtesses et stewards des plus affables, deux voisins Guylaine et Laurent qui feront aussi la même virée, ça commence bien. L’envolée vers Zurich prendra près de sept heures à l’aller mais huit heures vingt au retour. À Madrid, Rosa, notre guide de l’Agence Allambra choisie par Tours Chanteclerc nous attend. La cinquantaine, bonne expérience à cette fonction, belle culture historique, français difficile mais bien agréable malgré un accent terrible, terrible. Madrid Enfin, nous voici à l’Hôtel Castalonia-Gaudi. C’est la première occasion de rencontre des trente et un (le un, c’est moi) compères et commères qui vivront ensemble cette expérience de tour organisé. La plupart sont des retraités avec moult expériences de voyage apprendrai-je au fil des jours par des allusions aux différences et ressemblances avec le Vietnam, la Chine, le Brésil ou Haïti pour moi. Les couples plus jeunes sont des travailleurs en vacances. Tous m’apparaissent sympathiques a priori. On vient de tous les coins du Québec, notamment Québec, Ste-Hyacinthe, Huntington, Lotbinière et le grand Montréal. Deux couples de Franco-Ontariens sont aussi des nôtres.
L’hôtel est luxueux comme d’ailleurs le seront tous les autres établissements offerts par notre Tour-opérateur. Une heure ou deux de sommeil pour me remettre d’une longue veille et je m’empresse d’aller visiter le fameux musée Prado situé tout près de l’hôtel. La ville de Madrid est très représentative des autres grandes capitales européennes que je connais : des parcs, des monuments et, beaucoup de circulation. Je me réjouis de voir autant d’arbres le long des boulevards, surtout des platanes au tronc ressemblant au costume de camouflage des militaires, Les Madrilènes sont calmes, courtois et propres. Beaucoup de touristes aussi avec sacs à épaules et appareils photos qui, en couple, qui, en cortège suivent la guide à drapeau.
Le Prado est immense. Et vieux. Il aurait grandement besoin d’une cure de rafraîchissement mais d’abord un bon nettoyage tant à l’interne qu’à l’extérieur. Mais n’est-ce pas le contenu qui compte d’abord ? Sa collection, l’une des plus importantes au monde, réunit les œuvres de tous les âges, de nombreux pays, de tous les genres. Évidemment les artistes espagnols sont les mieux représentés à la pinacothèque avec Goya, Le Greco, Vélasquez et Murillo. Faute de temps, je n’ai pu me rendre aux peintres modernes comme Dali, Picasso et Miro. Mais j’ai admiré des œuvres de génies comme Titien, Le Tintorêt, Van Dyck et tant d’autres dont on retrouve les illustrations dans tout bon dictionnaire. Celui qui m’a le plus frappé est Raphaël, ce collègue de Michel-Ange, tant dans ses petits formats que dans d’immenses toiles à motifs religieux.
Mais où s’en va l’art ? Dali, Picasso et Miro sont morts. Et moi, je ne me sens pas tellement bien, me faut-il avouer !
En matinée du lendemain, un grand tour de Madrid. Au-delà des places fleuries, des monuments équestres et des fontaines où l’eau jaillit en cascades sur un rythme flamenco, ce qui séduit le touriste est le faste des devantures de commerces et résidences sur les grands boulevards. Les fenêtres sont couronnées de festons en forme de guirlande et les toits, de colonnades, de dentelles de pierre ou de personnages mythiques voire même au faite d’une banque j’ai vu un char romain avec attelage de chevaux qui semblent s’emballer sous le fouet de gladiateurs. Et combien de caryatides au drapé révélateur et de guerriers à la pudeur protégée par une feuille de vigne ! Je crois que c’est l’ensemble de ces détails qui fait la beauté d’une ville. On dirait que, ici, on s’impose d’ajouter l’esthétique à la froideur grisâtre de la pierre.
Mais, ce qu’il y a du monde en soirée ! On se dirait à la sortie d’un spectacle au Centre Bell. En groupe de 5 ou 10 ou davantage, on parle, on rit, on circule, on vit. Ici et là, on prend une glace. En fin d’après-midi, il est trop tôt pour les travailleurs de rentrer à la maison. On prend donc une bière ou un vin accompagné de tapas, ces délicieux canapés ou encore quelques pointes de pizza qui permettront d’attendre le souper servi après 21h. si non plus tard Ces apéros consommés aux bars et terrasses de tous les centres ville d’Espagne font partie de la culture locale. La température est fantastique soit de 28°en après-midi à 23° en fin de soirée. Vers 22h, on renouvelle l’apéro qui sera suivi d’une paella ou d’un poisson au nom fort exotique ou d’un des 100 choix au menu de tous les restaurants. Partout, du bon vin, j’en atteste. À minuit, toujours autant de bruit dans les rues. On dit qu’il n’est pas indiqué d’arriver dans un bar avant 23h. Tolède Bonne décision d’accepter, après hésitation, la sortie facultative vers Tolède. Ville médiévale et, pour un temps, la capitale de l’Espagne, cette petite ville construite en montagnes respire le calme et la paix. Les rues sont étroites et toutes en pentes. Les maisons sont basses, modestes et souvent regroupées à la mode arabe autour d’une petite cour où des plantes conservent une certaine fraîcheur. Beaucoup de couleurs surtout à cause des mille géraniums aux fenêtres. C’est l’après-midi, les rues sont quasi-désertes, les boutiques, en sieste. Est-ce l’euphorie de ce début de voyage : je ressens une joie de vivre toute méditerranéenne ?
De retour à Madrid, une longue marche au centre-ville permet de vraiment découvrir la qualité de vie en pays castillan. Le coût de la vie est cher surtout depuis l’avènement de l’euro. On nous met en garde contre les pick pockets et les gitans. Dès 20h, sur l’une des rues principales, une trentaine de prostituées offrent leurs services aux centaines de passants qu’elles ne semblent pas déranger outre mesure. Elles font partie de la vie du milieu. Quelques-unes me sollicitent du regard mais elles me font plus pitié qu’envie. Je prendrai plutôt le dîner avec trois sapeurs-pompiers suisses dont l’un m’annonce adorer le Québec où il est déjà venu. Où ? À Saint-Louis dans la province du Missouri ! Ma relation avec les partenaires Déjà le 8 septembre, l’anniversaire de Nicole, ma douce comme je l’appelle. Je parle souvent d’elle car nombre de mes co-voyageurs s’étonnent de son absence même si certains ont constaté qui j’utilise souvent l’Internet à son adresse. J’ai aussi consulté deux d’entre elles dans l’achat d’un bracelet. La référence à sa polyarthrite répond aux interrogations verbales ou souhaitées. J’aimerais devenir copain-copains avec plusieurs de mes collègues voyageurs plus jeunes mais dois-je constater à mon désarroi, ma crinière blanche me voue davantage de respect que d’amitié. Je déteste souper en solitaire mais me retiens de m’imposer à qui que ce soit. J’attends les invitations ou encore je choisis les tables à couverts multiples où j’ai ma place sans devoir quémander. Aussitôt au sein d’un groupe, je deviens me semble-t-il, le centre d’intérêts car je suis très verbal, parfois drôle et toujours intéressé à entendre mes partenaires parler de leurs intérêts.
Ce soir, je soupe avec Mireille et Guy, Micheline et Pierre ainsi qu’avec « Bibi » l’aînée du groupe. Micheline raconte avec enthousiasme son mariage récent et la grande noce qui a suivi. Les Vachon sont très discrets mais fort sympathiques. Quant à Bibi, notre belle grand-maman, elle ose tout en rougissant, raconter une p’tite histoire osée. On s’amuse. L’Escurial Une autre belle journée de découvertes s’amorce à l’Escurial, une résidence d’été pour je ne sais plus quelles familles royales. Résidence d’été seulement compte tenu de la fraîcheur du site et non le palais de leurs majestés. Le siège officiel de la royauté est au Palais Royal de nos jours bien que le roi n’y habite pas. Avec sa famille, il a sa résidence privée sur des terres sises à quelque vingt km de Madrid. Cette région située au nord-ouest de la capitale est la plus élevée de l’Espagne. Il y a de la neige et du froid pendant leur court hiver. On y fait même du ski. Au temps des cathédrales comme dit Plamondon, les gens avaient froid dans leurs maisons non chauffées et encore plus dans les grands palais.
Selon notre guide local, un jeune historien fort cultivé, la suite des rois de l’époque comprenait quelque 3000 serviteurs soit 1200 rattachés au roi et autant à sa conjointe. Quelque 600 autres s’occupaient des enfants. Il fallait donc loger et nourrir tout ce monde d’où la grandeur des installations aujourd’hui converties en centre administratif pour le gouvernement et en locaux universitaires. À l’Escurial, un pavillon était réservé aux visiteurs étrangers venus de l’une des possessions espagnoles en Amérique du Sud, aux Philippines, au Mexique ou autres colonies. Ces hommes d’affaires ou militaires ou ambassadeurs pouvaient attendre des semaines pour obtenir une audience ou même une seule signature sur un traité, une concession ou un projet d’implantation ou d’exploration ou de conquête militaire.
Connexe à la résidence royale, un immense monastère a été élevé en hommage à San Lorenzo. Il est remarquable notamment par la hauteur de sa voûte centrale et la richesse de sa décoration de fresques, de tapisseries de Goya, de peintures de Vélasquez, de Greco et de peintres flamands. D’une fenêtre dissimulée aux regards des autres participants, la famille royale pouvait assister à la messe sans être vue des clercs et notables qui occupaient la nef. Dans toutes ces églises du Moyen-Âge, le peuple, ces simples roturiers, était confiné derrière un mur à l’arrière de l’église d’où il ne pouvait qu’entendre l’office religieux.
Encore aujourd’hui, quelque cinquante moines exercent leur ministère à San Lorenzo, surtout en éducation et sans doute en recherches bibliques si on se fie à l’importance de la bibliothèque où se retrouvent notamment de gros volumes bien archivés produits localement depuis le temps de la contre-réforme. Une pièce de ce complexe immobilier est remarquable, la nécropole. Tous les rois et reines de l’histoire espagnole et leurs enfants qu’on appelle infantes et non princes ou princesses, y ont leur sépulture. Le tombeau du roi actuel est préparé même si le corps devra attendre un « purgatoire » de vingt-cinq ans après sa mort avant d’y être enseveli.
Les changements climatiques L’Espagne souffre beaucoup du réchauffement de la planète. Il n’y pleut presque plus. On a connu une canicule de plus de 40° cet été dont trois jours de plus de 48° dans la région de Granada. Les green peace locaux prétendent même que dans moins de vingt-cinq ans, une importante partie de son territoire deviendra désertique. Déjà les cultures et l’élevage subissent l’effet des sécheresses. Or, l’Espagne est d’abord un pays agricole ! C’est toute l’économie du pays qui doit désormais compter avec ce phénomène.
Salamanca Un autre trou dans ma culture : je ne connaissais pas Salamanca, la capitale du nord de l’Espagne. Ville universitaire de quelque 120,000 habitants, elle ne compte aucune industrie autre que le tourisme et l’éducation. Deux universités dont l’une, laïque, accueille 30 000 étudiants et l’autre, dite pontificale avec sa charte romaine, 10 000. Ce centre éducatif serait le troisième plus vieux d’Europe après les universités de Paris et d’Oxford. Christophe Colomb dit-on, y est venu en 1486 défendre son projet de voyage à la recherche de la route des Indes. Dès 1929, Franco y établit son quartier général par mesure de protection. La proximité du Portugal lui assurait un corridor de fuite au cas où il devrait partir rapidement. Le bien-aimé Jean-Paul II y est aussi venu en 1996 inaugurer de nouveaux locaux à son centre pontifical.
Notre guide local est féru de connaissances historiques, architecturales et artistiques. Grâce à lui, on découvre des merveilles d’ordre technique et esthétique dans la construction et la décoration d’édifices, de places et de parcs, autant de réalisations qui révèlent le génie des artistes, ingénieurs et architectes depuis le Moyen-Âge. Ainsi les deux cathédrales construites comme des siamoises l’une au 11e siècle, l’autre au XVIe émerveillent les touristes. Je retiens notamment le retable de la plus ancienne qui, à partir de 51 tableaux aux cadres dorés et aux illustrations aux couleurs vives de la Renaissance présentent l’histoire de Marie, de son enfance, de sa vie avec Jésus et de son couronnement dans le ciel. En complément dans le dôme du chœur, la grande allégorie du Jugement dernier où Dieu le Père sépare les bons (en robes blanches) des méchants (nus). Ces derniers glissent vers la grande gueule d’un dragon pendant que la Vierge et Saint Jean Baptiste intercèdent auprès du Père pour des malheureux non encore jugés. Que de travail ! Que de magnificence !
Avec quelques collègues dont les sœurs Carmen et Thérèse, nous assistons à une partie de la messe dans la ‘’nouvelle’’ cathédrale. Après vingt minutes, il n’y a eu que la lecture chantée de deux épîtres et de l’évangile du jour suivie d’un interminable sermon lu par l’un des quinze vénérables chanoines. Peut-être parle-t-il encore ! Il n’y a certes pas plus d’une cinquantaine de fidèles à cette célébration dominicale. Bien moins que les touristes qui ont déjoué la surveillance de deux gardes pour s’infiltrer dans le sanctuaire.
La tauromachie La campagne est jaunie par le soleil. Les foins sont engrangés mais il y a encore des grains à moissonner. Cette région agricole du nord de l’Espagne est réputée pour l’élevage de taureaux à corridas. Le prix d’une bête de quatre ans d’une race particulière dont j’oublie le nom, élevée et nourrie selon un guide strict peut atteindre 6 000 euros. On reconnaît un bon taureau à ses cornes effilées et à sa musculature athlétique. Dans leur environnement bucolique, ces bêtes sont calmes et non agressives mais avec le stress du transport, le confinement dans un étroit enclos et le bruit ambiant d’une foule pouvant atteindre 60,000 personnes, le petit bœuf fonce sur tout ce qui bouge dès son entrée en arène. Les fléchettes des picadors dans son échine l’attisent davantage.
La tauromachie n’est pas un sport ni un simple spectacle en Espagne, au Mexique, au Portugal et dans quelques amphithéâtres du sud de la France. C’est un culte, c’est le traditionnel combat entre la force brute et l’intelligence. C’est une démonstration de courage et d’habileté élevée au rang d’art. Les grands toréadors aspirent au statut de matadors pour devenir des héros nationaux pour lesquels on voue une quasi-vénération. Chaque grande ville espagnole et plusieurs centres urbains portugais ont leur « plaza de torros » où des dizaines de milliers de participants soulignent par d’enthousiastes « OLÉ » l’élégante esquive d’un rein cambré ou la spectaculaire arabesque de la cape aux couleurs de feu. Notre guide Rosa Castella semble déplorer notre peu d’intérêt à assister à une corrida le dimanche suivant. « Autre pays, autres nurses » comme dit mon médecin libanais. Tout le monde ne peut apprécier la poutine ! Le Portugal Nous sommes maintenant en route vers Porto. Déjà la prairie passe d’un jaune de foin séché du côté espagnol au vert tendre des nouvelles pousses dès qu’approche la frontière lusitanienne. Ce riche coloris révèle une plus grande pluviosité d’où possiblement une troisième récolte au lieu des deux seules moissons chez le voisin castillan. Région peu peuplée, on rencontre néanmoins plusieurs villages et même une petite ville nichée sur les flancs d’une colline. Rosa nous informe que le Portugal présente le plus bas taux de chômage de l’Union européenne. Non à cause d’un plus grand nombre d’emplois mais, dit-elle, parce que les chômeurs s’expatrient. Les Portugais en exil préfèrent les autres pays de l’UE au voisin immédiat. Les relations avec l’Espagne sont tièdes au plan économique et en plusieurs autres domaines. C’est évident, les Portugais n’aiment pas les Espagnols et ce, in secula seculorum.
Porto Les mesures d’aide sociale seraient-elles peu généreuses pour les sans-emplois ? Nous rencontrons davantage de gitanes, d’handicapés et de clochards qui tendent la main au portail des églises et même sur la rue. Porto est une grande ville industrielle de deux millions d’habitants, la plus importante après Lisbonne. Les édifices publics, le mobilier urbain, les places, rues et parcs auraient grandement besoin d’une cure de rajeunissement ou, à tout le moins d’un bon ménage. On semble se relever difficilement de l’austérité du régime Salazar qui a imposé sa dictature sur le pays pendant quelque quarante ans.
Porto c’est évidemment le pays de ce vin fortifié le plus exporté de par le monde. Nous avons droit à une visite-dégustation-vente chez le producteur Ramos-Pinto. Des jeunes filles dans la vingtaine nous accueillent dans un excellent français, langue qui, à ma grande surprise, à moins que j’aie mal compris, serait la langue seconde enseignée dans les écoles portugaises.
Les différentes maisons, presque toutes anglaises, qui produisent du Porto choisissent de cinq à dix cépages parmi les quelque vingt variétés cultivées dans la vallée du Douro à quelque cent kms de Porto. Pour le vinifier et le fortifier d’alcool, on apporte les raisins à Gaïa, ville sise en face de Porto sur l’autre rive du Douro, ce long fleuve de près de 1000 km qui traverse l’Espagne et le Portugal pour se jeter dans l’Atlantique à Porto. Vieillie en fûts de chêne plus ou moins longtemps selon la qualité désirée, on distingue trois sortes principales de cette divine boisson. D’abord les Tawny qui sont un mélange de portos de différentes années, donc non-millésimés. On conseille de ne pas les laisser vieillir plus de trois ans. Ils se conservent jusqu’à un an après le premier décapsulage. Les Vintage pour leur part continuent à vieillir jusqu’à 90 ans (j’en doute mais j’en fais l’expérience) s’ils sont conservés couchés et protégés de la lumière. Bonne nouvelle : on ne peut les conserver plus de 2-3 jours après leur ouverture. Les Very Late Vintage sont des vins de qualité supérieure élevés plus longtemps en fûts de chêne français. Enfin on produit aussi des portos blancs dont la couleur fonce en vieillissant sans toutefois altérer le goût.
La cathédrale de Porto, l’une des 100 églises de la ville est aussi un monument qui date de plusieurs siècles. Elle compte trois nefs. Le chœur et le retable (de retro tabula soit derrière l’autel, ai-je appris) sont d’une magnificence qu’on ne saurait retrouver de nos jours. Comme nombre d’autres édifices historiques portugais, cette église devrait être restaurée pour faire mieux valoir ses richesses. Qui en assumerait le coût ? La fréquentation des lieux de culte tant en Espagne qu’au Portugal diminue bien qu’elle soit encore de l’ordre de 50% des fidèles toujours selon notre guide. Étonnant car la pratique se situe à quelque 10 à 15% des catholiques chez-nous.
Fatima En route vers Lisbonne, nous faisons un crochet pour rejoindre Fatima, cette petite ville si renommée pour les neuf apparitions de la Vierge à trois enfants les premiers vendredis de septembre 1917 à mai suivant. Il n’y a pas foule en ce lundi après-midi de septembre. J’y vois deux types de visiteurs : les touristes de passage comme nous et de véritables pèlerins imbus de foi. Une dizaine de personnes terminent à genoux, à une chapelle extérieure près de la haute basilique, leur « chemin de croix ». Comme le veut la coutume locale, je brûle un cierge en faveur de ceux qui souffrent, tant dans leur cœur que dans leur corps. Dans une chapelle latérale à l’intérieur de la basilique, se trouvent les cercueils de Jacinthe et de François au lieu même des apparitions de la Vierge. La troisième témoin de ces manifestations homologuées par l’Église est Lucie devenue religieuse et décédée en 2004. Sa dépouille rejoindra sans doute celles de sa sœur et de son frère un de ces jours.
La basilique est plutôt modeste surtout quand on la compare à ces immenses édifices gothiques du Moyen-Âge visités au cours de ce périple. Quelques vitraux au haut des murs, un chœur simplement décoré d’une statue de la Vierge, autel et retable très simples et des bancs qui ne sauraient être plus ordinaires. Les murs n’ont ni tableaux ou fresques, ni chemin de croix. Ils sont nus. Les visiteurs déambulent lentement et avec foi jusqu’au lieu des apparitions. Notre guide signale que plus de 70 000 personnes ont été témoins de l’obscurcissement du ciel et d’une danse du soleil lors de la dernière manifestation de la Vierge en 1918. La partie arrière de l’église débouche sur un chœur extérieur avec autel face à une immense esplanade pavée qui peut certes accueillir 100 000 personnes lors de manifestations exceptionnelles comme la visite du pape. Au fond de ce terrain, s’élève une immense croix au Christ tordu comme celui de la croix pastorale de Jean-Paul II. Tout autour du sanctuaire, des boutiques fort nombreuses offrent des souvenirs de type religieux surtout : chapelets, statues de plâtre représentant la Vierge, les petits bergers, des personnages de crèches de Noël et autres colifichets. Moi qui ai été ��levé dans la vénération de ce mystère de Fatima, je m’étonne de ma faible participation émotive à l’occasion de la visite en ces lieux. Il faut croire que ma foi devient avantage intériorisée.
Lisbonne Que d’autobus ! Chanceux d’avoir un bon véhicule, confortable et climatisé, et un bon chauffeur qui, en manque de nicotine, nous arrête pour des pauses techniques en haltes routières après quelque 100 à 150 kms de route. Aux approches de Lisbonne nous longeons le Tage, ce fleuve si important notamment pour le transport de marchandises de et vers la mer. Une centrale atomique, de nombreuses industries, des quartiers résidentiels de banlieue… somme toute une entrée semblable à celle de toute grande capitale européenne. La grande agglomération de Lisbonne compte plus de deux millions d’habitants. Plusieurs buildings de plus de douze étages voisinent notre hôtel situé assez loin du centre-ville. Le quartier pourrait être très joli si l’environnement était davantage soigné. Peu d’arbres, peu de parcs. Le pavé troué ressemble davantage à celui de Montréal. Papiers, sacs de plastique, mégots de cigarettes polluent le paysage. Bref, ce secteur n’est pas valorisant pour ces magnifiques hôtels ou maisons d’affaires aux devantures de verre et de marbre qui rivalisent de futurisme architectural.
Heureusement, ce commentaire ne s’applique qu’à ce quartier de Lisbonne. Dès qu’on rejoint le Vieux Lisbonne, de belles avenues ombragées de platanes, des monuments en l’honneur de personnages historiques dont Pombale, le premier ministre lors du terrible tremblement de terre de 1755, des places et des parcs avec arbres majestueux, monuments et fontaines remarquables, beaux édifices richement décorés, églises moyenâgeuses que d’aucuns aimeraient visiter et enfin, une particularité portugaise, des avenues piétonnières aux marqueteries de céramique dessinant d’élégantes ondulations aux couleurs noir et blanc comme celles du drapeau national. Bref, une ville et un pays qui entrent dans le 21e siècle en s’efforçant de rattraper le temps perdu lors des années de la dictature de Salazar et de ses successeurs jusqu’en 1975.
Un mot sur le plus dévastateur séisme de l’histoire portugaise qui emporta la vie de plus de 40 000 personnes et détruisit la plus grande partie de la ville. Profitant des circonstances, Pombale a fait redessiner la ville selon des perpendiculaires au Tage. On créa alors de beaux espaces verts, de larges avenues et des zones protégées en bordure du fleuve pour d’éventuels développements urbanistiques. Un visionnaire pour l’époque dont s’inspira sans doute Haussmann dans la transformation de Paris quelque 100 ans plus tard.
Un pont de plus de trois kms enjambe le Tage dont l’estuaire à Lisbonne est très très large. Il fut construit par les mêmes ingénieurs et selon la même technologie que le Golden Gate de San Francisco. Sur les quais, on retrouve les installations portuaires et une longue promenade à l’ombre de la Tour de Garde. Récemment rénovée, cette tour contrôlait jadis les entrées et sorties de et vers la mer. On y a aussi élevé un élégant monument en hommage aux explorateurs portugais qui ont ouvert les portes du monde à l’Europe faisant ainsi bénéficier leur pays et même tout le continent d’importantes richesses importées du Mozambique, de l’Angola et du Brésil.
La cathédrale de Lisbonne souligne aussi sa reconnaissance envers les explorateurs. Des fresques et des tableaux présentent des produits exotiques à cette époque comme le maïs, la canne à sucre, l’ananas et aussi des fleurs et des arbres rapportés par Vespucci, Colomb, Vasco de Gama et autres découvreurs. Lieu de culte ou attraction touristique, la foule à la cathédrale serait telle en périodes touristiques, qu’on ne peut plus y célébrer d’offices religieux tant il y a du bruit, de la circulation et des éclairs d’appareils photos.
Coût de la vie On poursuit l’exploration de ce coin de pays par une visite de la région balnéaire de l’Estoril. Peu de gens à la plage par ce temps nuageux.. Le sable est pâle et les plages sont longues contrairement à celles que nous retrouverons à Torremolinos dans les prochains jours. On dirait que la nature a festonné le rivage en de multiples sections par des hauts-fonds ou des caps rocheux s’avançant dans la mer créant ainsi des «domaines privés.» Il n’y a jamais foule tant les gens se répartissent leur coin d’Atlantique.
Au Portugal, les restaurants présentent toujours des poissons, des viandes et des pâtes au menu. Crème caramel, tarte et salade de fruits, gâteaux de toutes sortes et, un délice, des biscuits à la pâte d’amandes comblent les becs sucrés. Plus chers sur la carte, le veau et l’agneau. Le vin de la région est bon et peu dispendieux. Le coût des alcools, terrible, terrible. Un rhum au bar de l’hôtel à Lisbonne coûte 9 euros soit quelque 13 $ pour deux onces de Havana Club d’un an. De façon générale, les prix sont devenus semblables à ceux des autres pays de l’Europe depuis la venue de l’euro. Le mythe des vacances économiques en Espagne et Portugal doit être dénoncé. Certes ce n’est pas encore l’inflation de Paris, Genève, Londres et Rome mais on ne rééditera plus « Spain for 10$ a day »
RÉCIT DE VOYAGE Espagne-PortugalPartie II Adieu Lisboa Au jour 7 du voyage, nous entreprenons le retour en Espagne. Le trajet est long, 450 km de Lisbonne à Séville. Peu habitée, cette région au sud-est de la capitale est uniquement agricole. On y cultive surtout le chêne-liège dont l’écorce récoltée aux huit ans sert à la production non seulement des bouchons de bouteilles de vin mais des babillards, des revêtements de murs et, à ma grande surprise, de jolis sacs à main aussi résistants et hydrofuges que du cuir, m’assure une vendeuse. L’arbre n’est pas grand soit tout au plus cinq mètres. L’exfoliation de l’écorce sur le tronc et les plus grosses branches ne le fait pas mourir contrairement au sort qui attendrait les conifères et feuillus de chez-nous.
Ici et là, des élevages de bœuf à boucherie et vaches laitières. Du maïs-grain sèche sur pieds, le foin bien enveloppé dans le papier plastic blanc attend d’être engrangé (je présume). Aucune vigne cependant, l’environnement ne s’y prête pas sans doute. Pourtant je me rappelle avoir appris que dans la région de Porto, les ceps de vigne sont plantés dans le schiste soit cette pierre stratifiée et friable à travers laquelle les racines se fraient un chemin jusqu’à la nappe phréatique distante de 3 à 10 mètres. Ici, c’est pourtant de la bonne terre me semble-t-il. Tiens, des oliviers maintenant ! Il apparaît que de bonnes pluies seraient bénéfiques à cette nature tellement sèche. Et nous roulons, nous roulons par monts et par vaux, ce qui ne trouble pas plusieurs de mes co-voyageurs bien endormis par le ronronnement de l’autocar et les ronflements de Raymond.
Mais quel paysage dépaysant pour des Québécois ! Ici et là, gît un château abandonné et rongé par le temps, Et des fortifications au milieu de nulle part : pour qui, contre qui ? Et ces grottes, sont-elles habitées ? Des ponts au-dessus de rivières, mais il n’y a plus d’eau, bâtard ! comme dit Gérard Laflaque. Voilà maintenant des moutons, que mangent-ils, y a pas d’herbe, ou si peu ? Sur la cime d’arbres plus grands, des cigognes ont installé des pieds-en-l’air, des haltes dans leur livraison de bébés sans doute. Par ailleurs, il n’y a que très peu d’oiseaux sinon de beaux pi-que-beus comme on appelle ces si gracieux oiseaux blancs en Guadeloupe. Au faîte des collines plus ou moins éloignées, on distingue de nombreuses éoliennes vouées me semble-t-il à rafraîchir la région de leurs longues pales. Mon esprit vagabonde. Je divague. Je dors.
À 200 kms de la frontière espagnole, nous dînons à Vilamoura, l’un des plus jolis centres de vacances de l’Algarve et même de l’Andalousie voisine. C’est l’une des oasis préférées des Anglais. On dit d’ailleurs que le Portugal serait devenu LA destination- vacances préférée des riches fils d’Albion depuis que Peter Mayle, par ses deux best sellers, a fait vendre la Provence. Ils y ont aménagé un aéroport presque privé, des golfs et autres installations sportives et culturelles. Ils font aussi vivre des hôteliers et des restaurateurs, des constructeurs de villas, tennis et piscines et aussi, des aides domestiques. D’où leur présence constitue-t-elle un apport économique important pour cette région où sévit malgré tout un taux de chômage important.
Une autre richesse de la région est la culture des amandiers dont les fruits sont exportés dans tout l’Europe. Localement on en fait des biscuits et des gâteaux « divins », j’en témoigne. Dans des marais près de la mer, on produit aussi du sel. Partout, des oliviers et encore du chêne et encore des caroubiers, ce grand arbre de 10 à 12 mètres dont les fruits nourrissent surtout les animaux de ferme.
L’Espagne, un ravissement ! Enfin, c’est l’Espagne. Un superbe pont dont la structure en forme d’un grand A nous accueille en Andalousie, le pays du flamenco. L’origine arabe du pays se manifeste par plusieurs signes dont les constructions et les appellations de personnes, de lieux, de rivières, de mets et de boissons. On retrouve de nombreux gitans dans cette région. Ils peuvent vous tirer à la fois la bonne aventure et votre porte-monnaie prétendent de tenaces préjugés. Sur presque tous les pylônes de la ligne de distribution de l’électricité, on voit des nids de cigogne désertés semble-t-il en cette période de l’année.
Mireille, une compagne de voyage de Saint-Agapit de Lotbinière, a constaté dans un élan d’enthousiasme réaliste comme nous sommes chanceux de vivre cette expérience de voyage. D’emblée, je partage cette opinion. Nous poursuivons un périple de luxe tant dans les hôtels et restaurants que dans le choix des lieux et richesses patrimoniales de la péninsule ibérique. Et ces châteaux, ces musées, ces cathédrales nous révèlent la grandeur du génie de l’homme ! Certes, on peut aujourd’hui aller sur la lune et bientôt encore plus loin mais n’était-ce pas une prouesse semblable de construire au Moyen-Âge une cathédrale aussi grandiose que celle de Séville ? Sa grandeur, sa hauteur, son esthétique sont l’illustration même de la splendeur du style gothique. La finesse des parements de maçonnerie ou d’ébénisterie, les sculptures et les toiles qui l’ornementent, enfin les richesses en orfèvrerie et en joyaux de pierres précieuses de son musée soulèvent l’émerveillement de tous les visiteurs. Du moins de ceux et celles qui conservent encore cette faculté qui, mieux que tout autre indicateur, distingue les jeunes d’esprit.
Comme la plupart de mes collègues, je suis ravi de cette expérience de voyage jusqu’à maintenant. Je reconnais cette chance, ce privilège de le vivre. À ma mesure, je peux admirer les œuvres d’art ici rassemblées au cours des siècles mais une personne mieux formée pourrait certes apprécier davantage. Ainsi, un architecte ou ingénieur pourrait-il s’enthousiasmer de la réussite de l’élévation de ces ogives qui supportent les voûtes gothiques au poids énorme. Autre exemple, André, un architecte de Québec m’a signalé l’ingéniosité des constructeurs de palais à gérer les écarts de température par le choix des matériaux et l’aménagement de jardins et d’aires de circulation. De même un joaillier ou orfèvre jouirait de découvrir un ostensoir comme celui de la salle du trésor de cette même cathédrale de Séville où la couronne d’or autour de la cellule de l’hostie est constellée de rubis, de saphirs, d’émeraudes et autres pierres précieuses pour moi non-estimables.
Outre les connaissances scientifiques, l’intérêt influence aussi l’émerveillement. Ainsi un gamin de huit ans sera-t-il ébloui face à un vélo rouge mais indifférent à la beauté d’une rose au parfum subtil et à la robe au camaïeu d’oranger. Donc qu’on ne s’offusque pas si je passe rapidement devant une dentelle de Bruges ou une création de Saint-Laurent à la vitrine de ces belles boutiques du centre-ville de la capitale de la communauté autonome d’Andalousie. Séville Séville est certes la plus belle ville d’Espagne en autant qu’une aussi rapide visite permette un classement. Deux grandes expositions universelles en 1929 et en 1992 (je crois) ont permis d’ajouter plusieurs remarquables pavillons au patrimoine déjà tellement riche de ce royaume. À quelque horizon que les yeux curieux peuvent se balader, un monument, une tour, une porte, une place, un palais, une cathédrale, mosquée ou synagogue vient séduire le touriste et assurément l’objectif de la caméra-vidéo du collègue-voyageur Jean-Guy qui a tout photographié ou filmé pendant le voyage.
Le flamenco
Une diversion en soirée : un spectacle de flamenco. Haut en couleurs et certes en douleur pour les genoux de ces artistes de la « gigue espagnole ». Qu’on me pardonne cet affront à cette danse folklorique au rythme emballant. En groupe, en duo ou en solo, jeunes hommes et dames d’âges divers donnent en claquettes et en rapides torsions de tête et de bras la réplique à un quatuor de guitares, d’infatigables « performers » qui par la musique nous communiquent l’esprit espagnol. Cet esprit qui comprend non seulement la danse, la musique et les chants andalous soit cet ensemble qu’on appelle flamenco, mais aussi la corrida, les gitans, la paella et ce si doux parler mélodieux que j’aimerais tant maîtriser. Pourquoi une telle association de concepts ? Pour moi, c’est ça l’Espagne.
Ai-je déjà parlé de la Giralda, cette ancienne mosquée convertie en cathédrale suite à l’édit de je sais plus quel empereur qui, en 1492, rendit illégale toute autre religion que le catholicisme ? C’est à voir pour ceux dont le « disque dur » peut encore enregistrer les particularités d’un autre monument, si riches soient-elles. Faute de n’avoir pas suffisamment noté, je ne me rappelle que de ces superbes plafonds aux dentelles de cèdre. Or, d’une cathédrale à l’autre, on en vient à confondre les unes et les autres me semble-t-il. So watt ! comme dirait l’électricien. Et notre guide nous entraîne maintenant à l’Alcazar, la résidence d’été des rois à la construction et décoration de laquelle nombre d’artistes des écoles espagnole, française et italienne de l’architecture, de la peinture et de la sculpture ont contribué. Ce palais révélateur du génie arabe, l’Al-Cazar (Le Palais en arabe) doit certes figurer parmi les plus grands châteaux européens. Toute visite en Espagne devrait comprendre un arrêt ici.
Cordoba Au jour 10 de cette tournée éblouissante, nous nous arrêtons trop brièvement à Cordoue. Une course à travers l’ancienne cathédrale transformée en mosquée vers le 11è siècle, agrandie à quelques reprises aux 12e et 13e siècles tant la population musulmane devenait importante et finalement redevenue chrétienne au 15e sous Charles Quint. Pressée par le temps qu’on lui a imparti, la guide locale, une gentille Suissesse, a néanmoins réussi à nous faire admirer moult détails dans la conception de ce temple où se révèlent les influences du Coran et de la Bible. Plus tard, nous visiterons aussi une synagogue construite du temps où les trois principales religions monothéistes cohabitaient harmonieusement en Espagne. On nous rappelle que dès le 15e siècle, l’antisémitisme a sévi ici. Ainsi 400 000 Juifs ont dû se convertir au catholicisme et 200 000 autres s’exiler lorsque le roi imposa le catholicisme comme seule religion autorisée.
Torremolinos La route vers cette station balnéaire tellement connue de par le monde nous permet de contempler les nombreux attraits du paysage. Peu peuplé, le terrain est fort accidenté et vallonné. On croirait voir une photo d’une piscine à remous en pleine action. Les très grandes plantations présentent une géométrie telle que, peu importe l’angle de vision, les orangers sont alignés avec la précision d’un arpenteur géomètre. On doit présumer de bons systèmes d’irrigation pour obtenir des fruits aussi juteux que ceux vendus à prix très modique dans les haltes routières.
Mené par Bernard, le fun est dans le bus aujourd’hui. Le rire tonitruant de Gérald et le sourire séduisant de Micheline encouragent la relance des mots d’esprit d’un siège à l’autre. Nous sommes trente et une personnes dans le groupe. Au fil des jours, des alliances se forment. Deux quatuors seulement étaient déjà organisés avant le voyage. Plusieurs professions sont représentées dont architecture, commerce, éducation et médecine. Je me plais à fréquenter tout le monde avec qui un dialogue s’avère possible pour moi. Mais quelle source d’enrichissement ces échanges !
Nous voici maintenant à Torremolinos. La région est montagneuse. Nous joignons aussitôt notre luxueux hôtel Cervantes qui, presque au sommet d’une colline, domine de nombreux hôtels, boutiques, auberges, restaurants et autres commerces cordés le long d’un rue étroite qui serpente jusqu’à la plage. Chaque mètre carré de terrain même s’il est dénivelé à 15° est utilisé par les commerçants. Étonnamment les prix aux restaurants et boutiques sont relativement modiques voire même inférieurs à ceux des autres villes visitées jusqu’à ce jour. Pourtant cette jolie ville serait la station balnéaire la plus « in » de la côte méditerranéenne !
La plage est courte, le fond de mer disparaît sous nos pas dès une vingtaine de pieds. Le sable est de couleur foncée et la mer invitante par la clarté et la bonne température de l’eau, soit quelque 20° peut-être. En compagnie de Jean-Claude et de sa compagne Lise, nous nous joignons aux nombreux baigneurs qui profitent des derniers rayons de soleil de ce bel après-midi. À trois, nous dégustons toute une bouteille de Porto accompagnée de croustilles. Dommage que ladite bouteille n’ait contenu que 110 ml ! Voulant poursuivre une fort agréable conversation sur nos valeurs respectives en matières de relations de couple, les deux copains m’invitent pour l’apéro et de là au restaurant où nous partageons une grande assiette de fruits de mer dans laquelle se retrouvent écrevisses, calmar, sardines, pétoncles et autre bibites non-identifiées. Heureux moment avec cette infirmière du CH de Joliette et de son non moins sympathique conjoint, ex-chirurgien vasculaire recyclé en fonctionnaire de l’Agence régionale de la Santé de Lanaudière. La température est certes à 23° à 22h30. C’est ça les vacances ! Je suis presque heureux. Gibraltar 35 euros pour une visite au rocher. J’y vais, je n’y vais pas ? Bon it’s now or never. Ça aurait dû être never car je n’y trouve rien de particulièrement intéressant. Terre ou plutôt rocher anglais depuis sa conquête en 1714, Gibraltar a maintes fois été réclamé par l’Espagne. No way, Sa Majesté n’a jamais accepté de restituer ce bout de terrain où s’entassent plus de 29000 citoyens britanniques dont plusieurs ex-Marocains. L’importance stratégique au plan militaire de cet observatoire sur le détroit du même nom était évidente depuis fort longtemps mais l’est moins depuis l’arrivée des images satellites. Déjà au Moyen-Âge, les Arabes ont établi un poste à Tariffe pour pouvoir imposer des frais ou « tarifs » comme droits de passage des navires entre l’Afrique et l’Europe. Lors de la guerre de ’39, des sous-marins allemands ont réussi à déjouer les Alliés en franchissant le détroit sans moteur, portés uniquement par les forts courants marins.
Pour améliorer la valeur touristique des lieux, les Anglais entretiennent une colonie de quelque deux cents singes importés du Maroc. Ils semblent bien accommodés au lieu et peu dérangés dans leur épouillage par les flashes des appareils photos. On visite la grotte bien parée de stalactites et stalagmites. On y a aménagé une salle de concert pour profiter d’une bonne acoustique, paraît-il. C’est tout ce qu’il y a à voir. Des vendeurs de fringues et de colifichets pour touristes essaient de nous attirer dans les boutiques à ras de mer. Celles parmi nous qui succombent au shopping pourront payer en euros mais seulement après conversion en livres sterling. D’où des prix beaucoup plus élevés que « chez-nous » en Espagne
Sur la voie du retour vers Torremolinos, de nombreux et fort élégants complexes immobiliers habitent le paysage. Construits à flanc de montagnes ces condos de luxe monochromes, d’un beige pâle semblent avoir été construits tout récemment. À un endroit appelé Marbella, c’est le rendez-vous du jet set international et aussi un lieu d’habitation saisonnier pour les rois du pétrole du Golfe Persique et leurs imposantes suites. Un km plus loin, oh la-la mes amis, des yachts et voiliers dont la valeur dépasse certainement le million d’euros sont exhibés à la vue du pauvre peuple que nous sommes. Trente mètres sur dix de largeur pour certains. Sur l’un, deux couples prennent un cognac (?). Sur l’autre, une jeune naïade se fait bronzer les nounous. La plupart des embarcations semblent désertées pour le moment. « Mais à 16h, c’est la siesta, voyons »
Dans la rue du port, toutes les boutiques offrent des porcelaines Lladro. Les marques Gucci, Cartier, Rolex semblent attirer les Ferrari, Lexus et Mercedes. Je n’ai pas vu de maisons de haute couture bien que du prêt-à-porter haute gamme savamment disposé en vitrines ait suscité des regards presque concupiscents de plusieurs dames de notre groupe de joyeux naufragés.
Par monts et par vaux voire même par de nombreux tunnels taillés dans le granit, nous poursuivons notre retour vers notre hôtel Cervantes. Le soleil est encore là, l’air est toujours aussi doux. Avec tous ces buildings dispendieux implantés depuis moins d’une génération, je me demande où vivent maintenant les pêcheurs et autres roturiers qui habitaient les côtes ? Les a-t-on achetés, expropriés ou évincés ? À remarquer, notre parcours évite les zones de pauvreté à l’exception de la banlieue de Gibraltar où vivent les Marocains légaux et illégaux.
Sur le flanc de la montagne que nous côtoyons se trouvent de nombreuses habitations troglodytes creusées dans le roc ou dans des cavités naturelles. Des gitans les ont aménagées avec tout le confort moderne incluant l’eau courante, l’électricité et autres commodités. Un réseau souterrain de câbles alimente ces grottes. On nous dit que dans la région de Valence à Barcelone, une grotte bien modernisée peut valoir jusqu’à 70 000 euros. Il serait très IN d’habiter un trou semblable.
Granada Granada, Granada, écoute ma voix qui t'appelle, Granada, Granada, pourquoi Dieu te fit-il si belle ? Que j'aime tes douces guitares pleurant sous la lune Les jupes des brunes Gitanes, Où le vent qui flâne Vous fait croire un jour à l'amour...
Sur une introduction de cette délicieuse chanson de Jacques Larue (merci à Internet), nous nous dirigeons vers cette ville que tant de poètes ont chantée. La route qui nous y mène est fantastique et a dû coûter une fortune à construire. Nous sommes en pleines montagnes, c’est la chaîne Sierra Nevada. Parfois nous survolons presque des agglomérations tout au fond dans la vallée, parfois nos cheminons dans des cols qui rappellent le Grand Cayon. Des sommets jusqu’à récemment enneigés se perdent dans les nuages. Là où les pentes sont plus douces, des forêts d’oliviers permettent d’anticiper une bonne récolte dans les prochains mois car des fruits en quantité sont presque rendus à maturité.
Et voilà Grenade. C’est dimanche, la fête de la Vierge patronne de l’Andalousie. À l’église qui lui est consacrée, deux présentoirs de fleurs de quelque 5m par 5m se dressent à l’entrée. Leur parfum envahit la rue de ses effluves. Les fidèles contribuent une certaine somme et un bouquet s’ajoute aux centaines d’autres déjà étalés. Le profit servira à payer la rénovation du temple. Une très belle place au centre-ville est envahie par une foule de quidams tranquilles qui profitent de la douceur du temps et de la joyeuse compagnie de copains pour siroter une consommation ou une glace.
Une note sur l’économie La région de Grenade est aussi essentiellement agricole. Aucune industrie dans cette municipalité de plus de 250 000 habitants autre que le brasseur de la bière la plus populaire du sud-est espagnol, l’Alhambra. Selon notre guide Rosa, l’Espagne serait le pays qui connaît la plus grande croissance économique de l’Union Européenne. Les impôts sont modérés, il y a de plus en plus d’emplois surtout dans la construction. Les mesures de sécurité sociale sont peu généreuses contrairement à la France, ce qui aide vraisemblablement le Trésor public. Ainsi il n’y a pas d’aide aux chômeurs. Une veuve de travailleur n’aurait que 450 E par mois ce qui est nettement insuffisant pour vivre convenablement. Le logement et la propriété foncière connaissent une inflation démesurée depuis l’entrée du pays dans la zone européenne et aussi à cause de l’immigration des Européens du nord a la recherche de soleil pour adoucir leurs vieux jours. Conscients que ce boom économique n’est pas éternel, la population locale s’inquiète pour l’avenir.
L’augmentation du PIB serait de 3,8% pour 2007, toujours selon Rosa. Ce taux qui m’apparaît très fort devrait cependant être confirmé à une source plus sure. Rappelons-nous que l’Espagne était l’un des pays les plus pauvres de l’Europe à la naissance du l’Union européenne par le Traité de Maastricht en 1992. Comme plusieurs autres pays, il lui a fallu redresser le facteur endettement par rapport au PIB (produit intérieur brut) pour être admis au sein de l’UE.
Qualité de notre hébergement
Ma chambre est petite et donne sur un mur aveugle. On dirait que les personnes voyageant seules sont traitées avec moins d’égards que les couples même si un supplément important est exigé. On soigne particulièrement les salles de bain toutes garnies de super belles céramiques d’environ 10 po. par 15. Celles d’aujourd’hui sont signées Pierre Cardin, s’il vous plaît. La robinetterie est en equipolant comme dit mon plombier. Nos plus beaux hôtels à ce jour furent ceux du Portugal. Les lobby, les bars et les salles à manger étalaient les plus beaux marbres d’Europe.
Au programme aujourd’hui : la visite du château-cathédrale l’Alhambra (c’est-à-dire La Maison Rouge en arabe) et non la brasserie, hélas.
L’Alhambra Mosquée à l’origine, cette forteresse a été transformée en cathédrale vers 1515 (j’oublie le mois). Faut-il croire en un certain désabusement, je ne ressens plus d’émerveillement face aux dorures, aux dentelles dans l’agrégat de plâtre pourtant très remarquables, aux bassins et fontaines qui semblent défier les lois de la gravité, bref tout me semble du déjà-vu. La seule nouveauté réside dans les commentaires de la guide locale sur le sort des femmes du harem des sultans. Insultant ! dirions-nous aujourd’hui. Avec leurs jeunes enfants, elles étaient confinées à l’étage supérieur des appartements du pontife et gardées par des eunuques. Une véritable prison où aucun autre homme que leur « propriétaire » pouvait les voir.
Lors de son voyage de noces qui dura plus de six mois (la mariée ne parlait ni espagnol ni allemand, fallait bien apprendre à causer !), Charles Quint, nouveau roi d’Espagne et empereur germanique, décida après la mort de Ferdinand d’établir ses appartements royaux dans l’ancienne mosquée et d’y juxtaposer une cathédrale. Il édicta même que Granada serait la capitale du royaume et de ses possessions outremer, un territoire « sur lequel le soleil jamais ne se couche » dit la littérature. Son fils rétablit le tout après la mort du grand Charles V trente ans plus tard.
Pour qui a de bonnes jambes et du temps à disposer, la visite de ce complexe et de ses jardins fleuris vaut un cours d’histoire de l’art. Jusqu’à la venue récente de l’église Sagrada Familia à Barcelone, l’Alhambra était le site touristique le plus fréquenté d’Espagne. Je ne répéterai pas les superlatifs pour caractériser le tout. Je réfère plutôt le lecteur à Internet ou aux mille volumes publiés sur cette richesse si importante du patrimoine espagnol pour ne pas dire mondial.
Pour la première fois depuis treize jours, je suis épuisé en soirée. Le cumul de cette vie de bohème et trois heures de marche dans le palais et les jardins de l’Alhambra ont vaincu ma résistance. Mais il ne reste plus que trois jours avant de retrouver mon chez-moi. Il est temps car le décolleté plongeant de Rosa exhibe de généreuses boules qui me font loucher. Ça doit être ça la boulimie !
La solidarité dans l’équipe
Un incident : Mme Pellerin, notre aînée, a perdu son sac « kangourou » contenant son passeport et sa carte Visa. Elle est paniquée. Déjà que sa surdité l’isole des autres voyageurs. Elle se présente à la salle à manger pour s’enquérir si quelqu’un…À la course, elle repart aussitôt vers sa chambre. Instantanément, Guylaine et Lisette dans un élan de solidarité toute féminine partent à sa suite. La dame fouille frénétiquement ses bagages jusqu’à ce que « les filles » l’amènent à réfléchir sur ses activités depuis son arrivée d’excursion deux heures plus tôt. Elle se rappelle alors avoir sagement placé son sac sous l’oreiller. Ouf!
Je cause souvent avec Guylaine et son conjoint Laurent, un couple des plus charmants de Brossard. Laurent a le sourire et l’entregent d’André-Philippe Gagnon, un sourire explosif dès le premier contact avec un interlocuteur et un rire sonore qui révèle la belle joie de vivre de ce fils d’entrepreneur saguenéen. Guylaine est charmante. Jolie femme, elle n’accuse jamais ses 50 ans qu’ils célébreront à Paris l’été prochain. Professionnelle à la Caisse de dépôts et placements du Québec, elle est vive et spontanée mais, personne n’étant parfait, elle serait une magasineuse insatiable surtout dans les souliers selon son conjoint. Une vraie Imelda Marcos et ses mille paires de godasses!
Alicante, la blanche Les routes du Portugal et de l’Espagne sont des plus agréables. Malgré l’affluence de touristes en cette fin d’été, nous n’avons jamais souffert de bouchons de circulation. La E-15 appelée l’Autoroute méditerranéenne est sans péage jusqu’à Alicante. Cette ville de 250 000 habitants est appelée La blanche à cause de sa luminosité incomparable. Sa température est idéale soit 25 à 30° le jour et autour de 20° la nuit. Elle connaît une croissance incroyable depuis les dernières années. Le coût de la vie y aurait suivi la même courbe apprend-on. En banlieue, c’est Benidorm surnommé Manhattan à cause de ses nombreux gratte-ciel dont un hôtel de 54 étages.
Mais ce que la route est longue : 550 km à parcourir encore jusqu’à Barcelone dont 140 aujourd’hui. Le régulateur de vitesse est barré à 100 km/h. Nous traversons maintenant la Chaîne du littoral après avoir laissé la Chaîne blanche et auparavant la Sierra nevada. Tout le flanc de la montagne est orné de superbes villas et logements multiples aux formes des plus étonnantes et ravissantes, Mais de quelle vie est-il possible de jouir sur un plan aussi incliné ? Ce sont certes des résidences secondaires. Je vois mal des gamins jouer au foot sans devoir perdre le ballon dans les abysses.
Valence
À l’entrée de Valence nous faisons un court arrêt-photos à la Cité des Arts et des Sciences. On m’accusera d’abuser des superlatifs mais là, vraiment il y a de quoi tomber en bas de ses souliers. La conception et la réalisation de cet ensemble de bâtiments sont fantastiques. Ancien marécage, le site constitue désormais un environnement d’eau et de végétation judicieusement aménagé. Les édifices futuristes qui y sont installés sont d’une légèreté, d’une élégance incomparable à tout ce que j’ai pu admirer à quelque autre endroit. Pour réaliser ce grand complexe rassembleur d’artistes, de scientifiques et de touristes de tout acabit, on a détourné une rivière. On utilise maintenant ses eaux pour alimenter les nombreux bassins qui deviennent autant de miroirs où se reflètent les grandes œuvres architecturales. Ces plans d’eau sont reliés les uns aux autres par un canal où l’eau circule par gravité. Mon enthousiasme m’amène à prédire qu’on utilisera sans doute cette Cité dans les futurs manuels d’art pour représenter le 21e siècle. Dommage qu’on ne puisse s’attarder davantage. On rate ainsi l’occasion de pénétrer dans ces centres d’exposition, de rencontres, d’enseignement et sans doute d’édification pour tous ces groupes d’écoliers qu’on voit circuler. Si le contenu est semblable au contenant, le programme de notre circuit touristique devrait être réaménagé en renonçant à quelques cathédrales au profit de ce centre d’art et de science.
Quatre des nôtres ont convenu d’y retourner en soirée dont Denis, 6’2’’, 210 lbs et Laurent, 5’9’’, foulé dur. D’un pavillon à l’autre, un jeune homme à l’allure inquiétante talonnait nos solides bonhommes accompagnés de leurs méfiantes partenaires. Redoutant les voleurs à la tire ou au couteau contre lesquels on nous a maintes fois prévenus, nos collègues étaient sur leurs gardes. Voyant leur poursuivant se rapprocher, on a vite établi une stratégie de défense des plus astucieuses contre une possible attaque : en se retournant vivement, click-click en photos. L’adolescent s’est aussitôt enfui les jambes à son cou.
Ici et là à Valence, on procède à d’importants travaux de voirie préalables à la relocalisation du circuit du Grand Prix d’Espagne de Formule 1. La piste pénétrera notamment dans la Cité des Arts et des Sciences lui accordant ainsi une exposition privilégiée à travers la planète. Déjà plusieurs tours d’habitations de luxe s’élèvent tout autour de la Cité. Partout, de hautes grues annoncent l’essor du développement de la ville nouvelle.
Par ailleurs, la visite de la Cathédrale de Valence, de ses vieux et nouveau marché et de la ville ancienne avec ces lourdes tours du X!Vième siècle ne suscite plus autant de flashes que lors des premiers jours d’excursion.
Quelques observations Nous reprenons la route pour un dernier long trajet. Mme Pellerin conserve jalousement son siège au premier banc, les sœurs Joyal, les leurs à l’arrière du bus. Les autres font la rotation à chaque jour, ce qui facilite les échanges entre nouveaux voisins tout en permettant à chacun de profiter pour une journée de la vue panoramique du devant du bus. Presque à mi-hauteur de la Chaîne du littoral, nous traversons des vergers et encore des vergers d’orangers et autres agrumes. À la droite, des villes de grosseur moyenne ou petite enjolivent le littoral.
Ici et là dans la montagne subsistent de vieux châteaux qui ont perdu toute prétention sur leur fonction originale de gardien de l’environnement. Sur les terres basses près de la mer, on produit du riz selon une méthode d’inondation contrôlée dont je n’ai pas saisi le mode d’opération tel qu’expliqué par Rosa. Il n’y a qu’une récolte par année contrairement à certains pays d’Asie qui peuvent en compter trois.
On parle plusieurs langues ou dialectes en Espagne. Franco a échoué à imposer le castillan à toutes les provinces du pays. À remarquer que chacune des dix-sept provinces est autonome, le gouvernement central n’ayant que les affaires extérieures, la défense, la monnaie et autres gros dossiers à gérer. Barcelone La région de Barcelone est la plus autonomiste si l’on exclut le pays basque où règne l’ÉTA. Ici en Catalogne on enseigne le catalan (por que no ?) dans les écoles publiques. Le castillan devient la langue seconde. La rivalité entre Madrid et Barcelone se manifeste à tous les niveaux politiques, économiques, culturelles et autres. La plus évidente se révèle au niveau du football (soccer) où le Real Madrid est l’adversaire pour ne pas dire l’ennemi avoué de l’équipe Barcelona. Plus du tiers de la production industrielle du pays est concentré dans cette région voisine de la France. Le coût de la vie est aussi plus cher qu’ailleurs. Ainsi une salade au restaurant d’autoroute a coûté 6,9 euros, une bière 2,40, une pointe de tarte 3,45, un petit pain, 0,90 et, en ajoutant le beurre et la vinaigrette vendus séparément, la facture totalise 14,40 euros soit 20$. Des chips Pringles se vendent 3,45 E, 300 gr de biscuits Oreo 3,25 et un chocolat Kit Kat 1,8. Vraiment plus cher que chez-nous. Une astuce de restaurateurs : dès notre arrivée à table, on sert des petits pains et un plat d’olives, lesquels seront chargés 1,6 euro par personne sur la facture, consommés ou non.
Oublions ces attrape-touristes pour commenter trop rapidement le tour de Barcelone. La ville est super propre grâce notamment à une armée de balayeurs et aux nombreuses poubelles placées sur tous les trottoirs. Du nord au sud (mettons, car je ne m’oriente pas) une grande promenade piétonnière, la Ramblas, est bordée de platanes longs de 20 m qui se rejoignent au niveau du feuillage. Partout des îlots de fleurs et des petites boutiques ou terrasses de restaurants. Le pavé entièrement fabriqué de céramiques (à moins que ce soit du ciment) de 3’’ X 20’’, légèrement courbées et de deux teintes de brun réparties en bandes parallèles, le pavé dis-je, s’harmonise avec la couleur des édifices commerciaux environnants. Il y a continuellement des centaines voire des milliers de promeneurs dont beaucoup de touristes qui vont et viennent sans paraître pressés. La ville est constellée d’immeubles à voir, de monuments à admirer, de musées, de salles d’exposition, d’églises et d’œuvres de Gaudi à ne pas manquer de visiter sous peine d’être considérés comme béotiens.
Gaudi Il est 15 h. La température est stable à 24°. Je suis fatigué. Avec une bière, je m’installe sur la Place de la Catalogne pour observer la foule et les alentours tout en prenant des notes pour le présent récit. Je me remémore cette visite des œuvres du grand artiste Gaudi ce matin dont notamment le Parc Gaël, l’une de ses œuvres principales avec l’église Sagrada Familia (Sainte Famille). Quel génie ce Gaudi ! Gaël c’est son mécène, un riche baron. Ensemble ils ont voulu développer un complexe résidentiel de quelque soixante habitations. Gaudi construisit d’abord une maison modèle laquelle hélas ne trouva pas d’acheteur. Il décida donc de l’habiter tout en occupant ses temps libres à créer tout un environnement fantaisiste, coloré et tout à fait « pété » comme disent les jeunes. On dirait un village de pain d’épices créé pour une émission de télévision où habiteraient des créatures de Walt Disney ou les Schtroumps ou autres génies fantastiques. Le clocher de l’église de ce village flyé, notons que Gaudi était un grand catholique au service de sa foi d’abord, est bâti comme un cône de crème glacée à plusieurs boules. Une colonne du parc prend la forme d’une lavandière moulée dans le béton et couronnée de son panier à lessive. Elle monte la garde d’une longue tonnelle ombragée de lierre. Des murets qu’on dirait construit de colombins entièrement couverts de céramiques multicolores encadrent la voie de circulation et sont festonnés comme s’ils étaient fabriqués à la main par des enfants. Ici, c’est une fontaine au méchant dragon qui crache un feu de fleurs; là, une arche remplie d’animaux fantastiques mais pas du tout menaçants.
Merci aux appareils photos numériques sans lesquels nombre de Japonais seraient sortis d’ici appauvris. Je les vois attendre l’éclair de la caméra, debout, stoïques, statufiés, les bras pendants devant un âne à deux têtes et plus loin devant un bassin aux mille carpes de céramique multicolores. Là, c’est encore ce même oriental (anyway, ils se ressemblent tellement!) qui passe de posé à poseur. On dirait ces Orientaux tout désorientés dans ce monde joyeux. De vraies photos de passeport !
Et la cathédrale alors ! Bien qu’il faudra encore attendre près d’un siècle pour sortir les grues et les dizaines d’ouvriers, sculpteurs, céramistes et peintres qui s’y affairent, je suis, encore une fois, émerveillé par ce monument religieux auquel Gaudi a travaillé quelque quarante ans soit jusqu’à sa mort accidentelle en 1925 (je crois). L’église compte actuellement huit tours sur les douze dédiées aux apôtres. Quatre autres sont ou seront élevées en hommage aux évangélistes, une autre, plus grande encore, honore la Vierge et la dernière, le clocher de Jésus, culminera ce sanctuaire à nul autre pareil.
En façade, une centaine de personnages aux formes naturelles pour les plus petits et stylisées pour les plus importants forment un exceptionnel chemin de croix, c’est la Passion. Au sommet, un Christ ressuscité semble s’élever dans le ciel. Sur la façade arrière, c’est l’histoire de la Nativité qui est présentée dans la pierre. Il y a tellement de personnages que d’aucuns prétendent que le tout devient surchargé. Enfin, sur la troisième façade principale, c’est la Gloire du salut qui est représentée.
Encore une fois, le temps file. Il n’est plus possible de pénétrer et de pouvoir vérifier si une telle enveloppe annonce un contenu aussi remarquable. Le lecteur des présentes en sort chanceux. Je serais incapable de décrire adéquatement une telle œuvre d’art. Nos petits-enfants verront-ils ce chef d’œuvre complété ? Gaudi a exigé que les sculptures prévues soient des parties intégrantes de la structure de ce temple-musée. En conséquence elles doivent être exécutées par les artistes et ouvriers sur place, ce qui rend l’opération lente et dispendieuse. On compte sur les mécènes pour financer l’œuvre et aussi sur les milliers de visiteurs qui, à chaque année, paient 10 euros pour être admis sur le terrain et encore d’autre argent comme contribution volontaire ou pour l’achat de souvenirs. À noter que les Japonais sont très sensibles au fait que le chef actuel du chantier soit l’un des leurs. Un tel choix pourrait-il délier les bourses jaunes ?
Et voilà Au dernier soir, l’agence nous reçoit pour un dîner d’au revoir dans un chic hôtel du centre ville. Excellent repas arrosé de bon vin et couronné d’un champagne espagnol pour accompagner les profiteroles. L’atmosphère est des plus détendus. On remet la propina à Mme Rosa Mayné Castella et à Carlos au taux suggéré de 3 $ par jour pour la guide et 2 $ à cet excellent chauffeur qui nous a si habilement conduits sur les routes ibériques et dans le dédale des boulevards urbains.
Photos, échanges d’adresses, promesses de se revoir bref, les bonnes relations qui se sont nouées au cours de cette quinzaine de proximité se poursuivent et certaines pourront continuer au-delà du retour au pays.
Voilà qui complète la narration de cette autre belle expérience de voyage. J’ai fortement apprécié découvrir les richesses de l’Espagne et du Portugal, on l’aura deviné.
Je salue et remercie ceux et celles qui me font l’honneur de partager ce récit. Puisse-t-il vous inciter à le vivre avec autant d’intensité. Je vous le souhaite vivement.
Léon A. Lemay
MARRAKECH, délices et délires de la Ville Rouge(1)
Toussaint à Paris, Bleu à Marrakech…La recette est à trois heures de Lyon( décalage horaire compris)… Vous quittez Lyon sous les brumes d’Automne avec un petit 10° et, trois heures après, vous débarquez au pays des mille et une nuits avec un 21° à 11 heures du soir…
Dommage que des milliers d’européens aient eu la même idée qu’Ulysse…du type de ces petits vieux distingués, pull bleu pâle pour lui, cachemire rose fushia pour elle, qui pestent contre la bureaucratie policière tatillonne et exemplaire, tout en grignotant insensiblement ma place dans la file d’attente…
Cà y est : il va pouvoir récupérer ses valises avant qu’on ne lui les vole…il marcherait presque sur Berthe, qu’il oublie au contrôle de police et qui crie : « Jean, Jean !! » attends moi »
Ulysse mentalement fait le calcul : la queue policière d’une demi-heure est l’équivalent de quatre cents kilomètres du Boeing 737-80 dont il vient de débarquer : péril de cette très belle et très fragile société de consommation où Berthe et Jean, pétris de certitudes et d’argent, viennent partager le soleil des marrakchi…
Heureusement, Ulysse a hâte de replonger dans cette ville où jusqu’à lors, il n’a fait que transiter : il choisira le plus pauvre des taxis, la voiture la plus brinquebalante dont les vitres n’ont plus d’usage, il ne négociera même pas le prix de nuit : touriste de base, il est, émerveillé de quitter ses petites misères européennes et de respirer si vite cette odeur d’Afrique qu’il n’a jamais quittée.
Rentrer dans Marrakech de nuit est un plaisir à nul autre pareil : Ulysse ouvre grand les yeux et respire une odeur d’Atlas, de désert et de fuel mélangés…
Toussaint à Paris, Bleu à Marrakech…La recette est à trois heures de Lyon( décalage horaire compris)… Vous quittez Lyon sous les brumes d’Automne avec un petit 10° et, trois heures après, vous débarquez au pays des mille et une nuits avec un 21° à 11 heures du soir…
Dommage que des milliers d’européens aient eu la même idée qu’Ulysse…du type de ces petits vieux distingués, pull bleu pâle pour lui, cachemire rose fushia pour elle, qui pestent contre la bureaucratie policière tatillonne et exemplaire, tout en grignotant insensiblement ma place dans la file d’attente…
Cà y est : il va pouvoir récupérer ses valises avant qu’on ne lui les vole…il marcherait presque sur Berthe, qu’il oublie au contrôle de police et qui crie : « Jean, Jean !! » attends moi »
Ulysse mentalement fait le calcul : la queue policière d’une demi-heure est l’équivalent de quatre cents kilomètres du Boeing 737-80 dont il vient de débarquer : péril de cette très belle et très fragile société de consommation où Berthe et Jean, pétris de certitudes et d’argent, viennent partager le soleil des marrakchi…
Heureusement, Ulysse a hâte de replonger dans cette ville où jusqu’à lors, il n’a fait que transiter : il choisira le plus pauvre des taxis, la voiture la plus brinquebalante dont les vitres n’ont plus d’usage, il ne négociera même pas le prix de nuit : touriste de base, il est, émerveillé de quitter ses petites misères européennes et de respirer si vite cette odeur d’Afrique qu’il n’a jamais quittée.
Rentrer dans Marrakech de nuit est un plaisir à nul autre pareil : Ulysse ouvre grand les yeux et respire une odeur d’Atlas, de désert et de fuel mélangés…
De l'Alsace aux Tien-Shan (Monts célestes) en passant par
Minsk, Moscou, l'Ouzbékistan, le Tajikistan, les Pamirs...
Je vous propose de suivre mon voyage par voie terrestre depuis Colmar jusque Bishkek. J'ai d'abord rejoint Samarcande en train en traversant rapidement l'Europe de l'est, la Russie et le Kazakhstan. Une fois arrivé en Asie centrale, j'y ai passé presque deux mois. Un peu de temps en Ouzbékistan puis, le Tadjikistan et le Kirghizistan.
J'ai l'habitude de tenir un carnet lors de mes voyages. Cette année, rien! Dès mon entré au Tadjikistan, je ne me suis plus tenu à cette discipline, préférant peut-être regarder les paysages qu'une feuille blanche.
Suite à la remarque d'un ami plus âgé, j'ai décidé de reprendre tout le fil de mon voyage car "la mémoire me fera des infidélités" m'a-t-il prédit. De peur de perdre petit à petit la beauté de ce voyage, je me suis mis à écrire. Chaque jour, je prends donc le temps de me replonger dans une journée de voyage. Je revis en temps réel tout ce qui a fait la richesse de mon périple. Cela me demande quelques efforts de concentration mais les souvenirs me reviennent facilement. A partir du réveil, je déroule les expériences d'une journée comme les perles d'un collier!
Je vous propose ce carnet de note différé, accompagné d'images.
Jour après jour...
Je vous propose de suivre mon voyage par voie terrestre depuis Colmar jusque Bishkek. J'ai d'abord rejoint Samarcande en train en traversant rapidement l'Europe de l'est, la Russie et le Kazakhstan. Une fois arrivé en Asie centrale, j'y ai passé presque deux mois. Un peu de temps en Ouzbékistan puis, le Tadjikistan et le Kirghizistan.
J'ai l'habitude de tenir un carnet lors de mes voyages. Cette année, rien! Dès mon entré au Tadjikistan, je ne me suis plus tenu à cette discipline, préférant peut-être regarder les paysages qu'une feuille blanche.
Suite à la remarque d'un ami plus âgé, j'ai décidé de reprendre tout le fil de mon voyage car "la mémoire me fera des infidélités" m'a-t-il prédit. De peur de perdre petit à petit la beauté de ce voyage, je me suis mis à écrire. Chaque jour, je prends donc le temps de me replonger dans une journée de voyage. Je revis en temps réel tout ce qui a fait la richesse de mon périple. Cela me demande quelques efforts de concentration mais les souvenirs me reviennent facilement. A partir du réveil, je déroule les expériences d'une journée comme les perles d'un collier!
Je vous propose ce carnet de note différé, accompagné d'images.
Jour après jour...
Hello
est ce que quelq'un a deja traversé le lesotho entierement a pied ?
je n'est jamais fait ce genre de truc mais je pense que c'est faisaible, les gens ont la reputation d'etre vraiment acceuillant pour peux que ca soit un contact naturelle et desinteressé, c'est un asser petit pays mais vraiment beau
a votre avis vous grand marcheur lol combien de semaine pour traver ce pays du sud au nord ?par ex en partant de la riviere Caledon, bifurquant sur le fleuve orange ensuite la chaine de montagne, la reserve nationale, ...
j'ai vraiment pas encore d'itineraire car ca reste encore du reve mais je comte bien traverser un coin d'Afrique entierement a pied facon africa trek lol az la fin de mes etudes...
Merci beaucoup de m'eclairer
Tiens pour changer ...
Après … ou plutôt en même temps que, car je ne veux pas couper court aux autres sujets, « les petits moments de bonheur », les citations, cette destinée qui nous rattrape toujours, les « vrais » et les « faux » voyageurs ou autres questions existentielles, pourriez-vous nous raconter une de vos petites «galères» de voyage (ou considérées comme tel à leur arrivée) dont vous riez volontiers aujourd’hui?
Je lance le sujet avec cette anecdote recopiée d'un carnet.
« …ce n’est qu’à l’heure du BN que j’ai pu sortir du piège de ce fond de lit d’oued à sec dans lequel nous étions engagés depuis le milieu de matinée. Tout allait pourtant pour le mieux -du moins le croyais-je- jusqu’à l’arrivée au-dessus de cette cascade sèche, oh pas bien haute … même pas deux mètres, mais quand même infranchissable par mon compagnon d’infortune. Je veux citer Rantanplan, mon, parfois têtu et stupide - si, si j’vous jure- mulet, mais néanmoins solide, courageux et fidèle compagnon-porteur tout-terrain. Tout-terrain ? Pas tout à fait ! Bon, rien à dire face à la cascade sèche… Je me doutais bien qu’il n’allait pas sauter, pattes jointes, deux mètres plus bas rien que pour me faire plaisir. J'ai donc fait demi tour sans me prendre la tête, mais après… quand-même ! Me laisser plus de trois heures, sans aucun remord apparent, au fond d’une gorge, en pleine « cagna » de mi-journée parce que Monsieur refusait de retraverser le petit éboulis dont il s’était rit à l’aller, je trouve la plaisanterie un peu saumâtre.
Bon, la tension est retombée. Je suis maintenant tiré d’affaire, bien à l’ombre bienfaisante d’un genévrier thurifère centenaire préservé - par quel miracle ?- du massacre à la hache subi par ses diformes et squelettiques congénères. J’en ai assez pour la journée ! Le petit bivouac est installé, le thé au thym frémit gentiment sur les braises, Rantanplan broute ce qu’il peut entre les cailloux en attendant son repas du soir, je me remémore et laisse quelques traces écrites des événements de ces dernières heures.
Quand j’ai vu le mulet planter ses fers et s’immobiliser devant l’étranglement du passage et quelques cailloux polis, j’ai pensé qu’au vu des expériences précédentes, passer au-delà ne serait qu’une formalité ; d’autant plus qu’à l'aller il n’avait pas marqué la moindre hésitation.
J’ai donc commencé par le plus simple : l'accompagner en le tenant par la bride. Il n’a pas bougé les pattes d’un millimètre. Je suis passé derrière en lui donnant la traditionnelle tape sur la croupe accompagnée dans mon meilleur berbère du mot « ouchte » connu par tous les mulets de l’Atlas pour déclencher le mouvement. Rien. Une, deux, dix, vingt fois et plus sans succès, j’ai renouvelé ces gestes basiques. Sans y croire réellement j’ai vérifié qu’aucun animal rampant n’était caché dans les pierres à proximité. Si un serpent était dans coin il aurait de toutes façons fuit depuis longtemps. Je lui ai fait faire demi tour sur quelques mètres, pris par la bride et revenu en espérant passer ainsi comme si de rien n’était. Quand il s’est de nouveau planté devant la plus grosse pierre sans même l’effleurer du sabot, j’ai cru lire dans son regard « non mais tu me prends pour un con ? ». J’ai essayé de lui faire comprendre que non. Je lui ai susurré à l’oreille que c’était le plus gentil et courageux des mulets, qu’après avoir arpenté sans chuter des pierriers pentus et instables à la recherche d’une trace perdue, qu’après avoir franchi dans les rochers des passages en escaliers devant lesquels j’aurais fait demi tour sans hésiter si je n’avais pas vu les traces de fer sur les cailloux ou eu la garantie des bergers rencontrés que le passage était accessible aux mulets, qu’après avoir reculé sur plusieurs mètres, à trente mètres de la rivière en contre-bas, dans une vire de falaise étroite au point de ne pas pouvoir faire demi-tour, il ne devait pas se laisser ridiculiser par ces quelques cailloux certes un peu polis mais qu’il avait royalement toisé deux heures auparavant. Toujours rien. Fâché, j’ai fini par lui dire qu’il n’avait aucun orgueil, que je le revendrais à un méchant éleveur de chèvres dès que nous serions sortis de là, qu’il me regretterait en voyant la différence de traitement avec moi qui ne l’avais jamais battu. Je l'ai menacé de partir seul avec mon sac à dos en l’abandonnant là à son triste sort… Cela n’a pas semblé l’émouvoir. Je l’ai déchargé, fait plusieurs fois demi tour et revenu en montant dessus en croyant naïvement que si je lui montrais que je n’avais pas peur sur lui, il n’avait rien à craindre non plus. Ce ne fût pas un franc succès. J’ai ensuite pensé qu’une diversion viendrait à bout du caprice et l’ai entraîné jusqu’au petit filet d’eau qui ressurgissait en aval à une demi-heure de là. Il n’a pas voulu reboire. Moi si. Nous sommes restés là le temps de fumer une cigarette ( pas lui, moi ) et je l’ai fait trotter au retour en espérant qu’il passe dans la foulée… mais la foulée s’est figée une fois de plus à la vue du passage considéré comme délicat. Je lui ai bandé les yeux, et à nouveau tiré, poussé, monté à nouveau. Il y a eu un semblant de progrès. N’y voyant rien, il posait le premier sabot, mais dès celui-ci au contact de ce p….. de caillou c’était un « non » aussi franc que massif. Que faire ? Arrêter de se prendre la tête, passer là le reste de l’après-midi et la nuit et … demain serait un autre jour ? Imprudent. Même si je ne suis pas plus inquiet que cela sur la météo de ce mois de juillet, je n’aime pas dormir dans un endroit « sans issue ». Le laisser là et partir chercher de l’aide d’un conducteur de mulet plus expérimenté que moi ? C’était une option. De toute façon … il n’allait pas se sauver ! Construire une espèce de passerelle selon la technique locale éprouvée Tiens c’est une idée ça. Les cailloux c’est pas ce qui manque … de toutes tailles… Il n’y a plus qu’à les déplacer ! Le bois est plus rare, mais j’en ai vu ce matin qui avait du être charrié par l’eau cet hiver avant de coincer dans les rochers riverains… Il n’y a plus qu’a aller les chercher ! Au taf ! J’ai donc joué les terrassiers pendant plus d’une heure avant de, non pas m’émerveiller du labeur accompli dans la canicule de cette mi-journée, mais du moins estimer suffisant le résultat et envisager la fin de la plaisanterie. Je n’y ai pas cru longtemps ! L’animal était dans une phase d’humeur contrarié et la mienne d’humeur n’étant pas dans un cycle de jovialité, j’ai opté sagement pour une petite détente-collation destinée à faire chuter ma tension. Collation …? Et si asserdoun ( le mulet ) avait faim ? Lui aussi a généralement droit à sa ration d’orge de midi pendant que je déguste mes sardines à la tomate ou mon corned beef. Et si sa ration était alignée en petits tas tous les trente centimètres jusqu’à dépasser … ce que je ne peux toujours pas qualifier d’obstacle ? Je la tenais ma solution ! Collé à la paroi de la falaise pour profiter de la petite bande d’ombre qu’elle voulait bien dispenser, j’ai fini ma portion de Vache qui rit et mes figues ( et oui, aujourd’hui c’était fromage et dessert !) sans savoir si je devais rire ou pleurer. J’aurais du mal à décrire ici l’attitude ridicule adoptée par l’animal pour attraper le tas suivant après avoir avalé goulûment les trois premières poignées de grain, mais je me promets de la mimer à celles ou ceux qui m’en feront un jour la demande. Sachez seulement que ce cher Rantanaplan ne semblait pas décidé à esquisser le moindre petit pas en avant pour accéder au x autres petits tas de grain et finir son repas de midi. C’est cependant cette position grotesque qui m’a donné une nouvelle idée : l’encolure et la tête allongée au maximum, le naseau frémissant, les lèvres tendues trois centimètres devant sa dentition de jeune homme, et les deux pattes avant jointes formant un angle avec le sol à la limite de rupture d’équilibre … Suffirait-il de rompre la stabilité de cet inesthétique position pour qu’il fasse enfin ces deux pas en avant tant attendus depuis la fin de matinée ? Y avait qu’à … et pour cela une seule solution : le prendre par surprise car il reprendrait sa position bien campée dès que je m’approcherais.
La surprise, oui mais … Qui a déjà essayé de s’approcher d’un mulet sans se faire remarquer ?
La solution serait dans la corde qui sert à la fixation du chouari et du taghrart ( paniers de portage et sac de bât). J’ai attaché une extrémité de la corde à une des pattes avant et l’autre bout à une des pattes arrière, resservi à portée de gueule quelques grains pour l’aguicher, mis la corde en limite de tension et attendu patiemment trois mètres devant lui qu’ il essaye à nouveau d’attraper le tas suivant. L’instant propice n’a pas tardé plus d’une minute. Dès qu’il a atteint la position attendue j’ai tiré d’un coup sec simultanément sur les deux brins de la corde.
Bingo ! Déséquilibré réellement ou surpris par la tension brutale de la corde dans les chevilles, toujours est-il que plus de trois heures après s’être planté une première fois, Rantanplanfranchissait le misérable tas de cailloux, m’évitant ainsi d’avoir à exposer dans une langue où je ne connais que quelques « expressions de survie » le grotesque de la situation à la première bergerie trouvée.
Certes, la vie des montagnards locaux manque tellement de récréations que l’anecdote du roumi et asserdoun n’aurait pas manqué d’alimenter les discussions des veillées et certainement diverti le souk régional pendant des semaines… Mais j’avoue être un brin susceptible, alors … »
José
Après … ou plutôt en même temps que, car je ne veux pas couper court aux autres sujets, « les petits moments de bonheur », les citations, cette destinée qui nous rattrape toujours, les « vrais » et les « faux » voyageurs ou autres questions existentielles, pourriez-vous nous raconter une de vos petites «galères» de voyage (ou considérées comme tel à leur arrivée) dont vous riez volontiers aujourd’hui?
Je lance le sujet avec cette anecdote recopiée d'un carnet.
« …ce n’est qu’à l’heure du BN que j’ai pu sortir du piège de ce fond de lit d’oued à sec dans lequel nous étions engagés depuis le milieu de matinée. Tout allait pourtant pour le mieux -du moins le croyais-je- jusqu’à l’arrivée au-dessus de cette cascade sèche, oh pas bien haute … même pas deux mètres, mais quand même infranchissable par mon compagnon d’infortune. Je veux citer Rantanplan, mon, parfois têtu et stupide - si, si j’vous jure- mulet, mais néanmoins solide, courageux et fidèle compagnon-porteur tout-terrain. Tout-terrain ? Pas tout à fait ! Bon, rien à dire face à la cascade sèche… Je me doutais bien qu’il n’allait pas sauter, pattes jointes, deux mètres plus bas rien que pour me faire plaisir. J'ai donc fait demi tour sans me prendre la tête, mais après… quand-même ! Me laisser plus de trois heures, sans aucun remord apparent, au fond d’une gorge, en pleine « cagna » de mi-journée parce que Monsieur refusait de retraverser le petit éboulis dont il s’était rit à l’aller, je trouve la plaisanterie un peu saumâtre.
Bon, la tension est retombée. Je suis maintenant tiré d’affaire, bien à l’ombre bienfaisante d’un genévrier thurifère centenaire préservé - par quel miracle ?- du massacre à la hache subi par ses diformes et squelettiques congénères. J’en ai assez pour la journée ! Le petit bivouac est installé, le thé au thym frémit gentiment sur les braises, Rantanplan broute ce qu’il peut entre les cailloux en attendant son repas du soir, je me remémore et laisse quelques traces écrites des événements de ces dernières heures.
Quand j’ai vu le mulet planter ses fers et s’immobiliser devant l’étranglement du passage et quelques cailloux polis, j’ai pensé qu’au vu des expériences précédentes, passer au-delà ne serait qu’une formalité ; d’autant plus qu’à l'aller il n’avait pas marqué la moindre hésitation.
J’ai donc commencé par le plus simple : l'accompagner en le tenant par la bride. Il n’a pas bougé les pattes d’un millimètre. Je suis passé derrière en lui donnant la traditionnelle tape sur la croupe accompagnée dans mon meilleur berbère du mot « ouchte » connu par tous les mulets de l’Atlas pour déclencher le mouvement. Rien. Une, deux, dix, vingt fois et plus sans succès, j’ai renouvelé ces gestes basiques. Sans y croire réellement j’ai vérifié qu’aucun animal rampant n’était caché dans les pierres à proximité. Si un serpent était dans coin il aurait de toutes façons fuit depuis longtemps. Je lui ai fait faire demi tour sur quelques mètres, pris par la bride et revenu en espérant passer ainsi comme si de rien n’était. Quand il s’est de nouveau planté devant la plus grosse pierre sans même l’effleurer du sabot, j’ai cru lire dans son regard « non mais tu me prends pour un con ? ». J’ai essayé de lui faire comprendre que non. Je lui ai susurré à l’oreille que c’était le plus gentil et courageux des mulets, qu’après avoir arpenté sans chuter des pierriers pentus et instables à la recherche d’une trace perdue, qu’après avoir franchi dans les rochers des passages en escaliers devant lesquels j’aurais fait demi tour sans hésiter si je n’avais pas vu les traces de fer sur les cailloux ou eu la garantie des bergers rencontrés que le passage était accessible aux mulets, qu’après avoir reculé sur plusieurs mètres, à trente mètres de la rivière en contre-bas, dans une vire de falaise étroite au point de ne pas pouvoir faire demi-tour, il ne devait pas se laisser ridiculiser par ces quelques cailloux certes un peu polis mais qu’il avait royalement toisé deux heures auparavant. Toujours rien. Fâché, j’ai fini par lui dire qu’il n’avait aucun orgueil, que je le revendrais à un méchant éleveur de chèvres dès que nous serions sortis de là, qu’il me regretterait en voyant la différence de traitement avec moi qui ne l’avais jamais battu. Je l'ai menacé de partir seul avec mon sac à dos en l’abandonnant là à son triste sort… Cela n’a pas semblé l’émouvoir. Je l’ai déchargé, fait plusieurs fois demi tour et revenu en montant dessus en croyant naïvement que si je lui montrais que je n’avais pas peur sur lui, il n’avait rien à craindre non plus. Ce ne fût pas un franc succès. J’ai ensuite pensé qu’une diversion viendrait à bout du caprice et l’ai entraîné jusqu’au petit filet d’eau qui ressurgissait en aval à une demi-heure de là. Il n’a pas voulu reboire. Moi si. Nous sommes restés là le temps de fumer une cigarette ( pas lui, moi ) et je l’ai fait trotter au retour en espérant qu’il passe dans la foulée… mais la foulée s’est figée une fois de plus à la vue du passage considéré comme délicat. Je lui ai bandé les yeux, et à nouveau tiré, poussé, monté à nouveau. Il y a eu un semblant de progrès. N’y voyant rien, il posait le premier sabot, mais dès celui-ci au contact de ce p….. de caillou c’était un « non » aussi franc que massif. Que faire ? Arrêter de se prendre la tête, passer là le reste de l’après-midi et la nuit et … demain serait un autre jour ? Imprudent. Même si je ne suis pas plus inquiet que cela sur la météo de ce mois de juillet, je n’aime pas dormir dans un endroit « sans issue ». Le laisser là et partir chercher de l’aide d’un conducteur de mulet plus expérimenté que moi ? C’était une option. De toute façon … il n’allait pas se sauver ! Construire une espèce de passerelle selon la technique locale éprouvée Tiens c’est une idée ça. Les cailloux c’est pas ce qui manque … de toutes tailles… Il n’y a plus qu’à les déplacer ! Le bois est plus rare, mais j’en ai vu ce matin qui avait du être charrié par l’eau cet hiver avant de coincer dans les rochers riverains… Il n’y a plus qu’a aller les chercher ! Au taf ! J’ai donc joué les terrassiers pendant plus d’une heure avant de, non pas m’émerveiller du labeur accompli dans la canicule de cette mi-journée, mais du moins estimer suffisant le résultat et envisager la fin de la plaisanterie. Je n’y ai pas cru longtemps ! L’animal était dans une phase d’humeur contrarié et la mienne d’humeur n’étant pas dans un cycle de jovialité, j’ai opté sagement pour une petite détente-collation destinée à faire chuter ma tension. Collation …? Et si asserdoun ( le mulet ) avait faim ? Lui aussi a généralement droit à sa ration d’orge de midi pendant que je déguste mes sardines à la tomate ou mon corned beef. Et si sa ration était alignée en petits tas tous les trente centimètres jusqu’à dépasser … ce que je ne peux toujours pas qualifier d’obstacle ? Je la tenais ma solution ! Collé à la paroi de la falaise pour profiter de la petite bande d’ombre qu’elle voulait bien dispenser, j’ai fini ma portion de Vache qui rit et mes figues ( et oui, aujourd’hui c’était fromage et dessert !) sans savoir si je devais rire ou pleurer. J’aurais du mal à décrire ici l’attitude ridicule adoptée par l’animal pour attraper le tas suivant après avoir avalé goulûment les trois premières poignées de grain, mais je me promets de la mimer à celles ou ceux qui m’en feront un jour la demande. Sachez seulement que ce cher Rantanaplan ne semblait pas décidé à esquisser le moindre petit pas en avant pour accéder au x autres petits tas de grain et finir son repas de midi. C’est cependant cette position grotesque qui m’a donné une nouvelle idée : l’encolure et la tête allongée au maximum, le naseau frémissant, les lèvres tendues trois centimètres devant sa dentition de jeune homme, et les deux pattes avant jointes formant un angle avec le sol à la limite de rupture d’équilibre … Suffirait-il de rompre la stabilité de cet inesthétique position pour qu’il fasse enfin ces deux pas en avant tant attendus depuis la fin de matinée ? Y avait qu’à … et pour cela une seule solution : le prendre par surprise car il reprendrait sa position bien campée dès que je m’approcherais.
La surprise, oui mais … Qui a déjà essayé de s’approcher d’un mulet sans se faire remarquer ?
La solution serait dans la corde qui sert à la fixation du chouari et du taghrart ( paniers de portage et sac de bât). J’ai attaché une extrémité de la corde à une des pattes avant et l’autre bout à une des pattes arrière, resservi à portée de gueule quelques grains pour l’aguicher, mis la corde en limite de tension et attendu patiemment trois mètres devant lui qu’ il essaye à nouveau d’attraper le tas suivant. L’instant propice n’a pas tardé plus d’une minute. Dès qu’il a atteint la position attendue j’ai tiré d’un coup sec simultanément sur les deux brins de la corde.
Bingo ! Déséquilibré réellement ou surpris par la tension brutale de la corde dans les chevilles, toujours est-il que plus de trois heures après s’être planté une première fois, Rantanplanfranchissait le misérable tas de cailloux, m’évitant ainsi d’avoir à exposer dans une langue où je ne connais que quelques « expressions de survie » le grotesque de la situation à la première bergerie trouvée.
Certes, la vie des montagnards locaux manque tellement de récréations que l’anecdote du roumi et asserdoun n’aurait pas manqué d’alimenter les discussions des veillées et certainement diverti le souk régional pendant des semaines… Mais j’avoue être un brin susceptible, alors … »
José
La nuit tombe d’un coup et je suis sans cesse étonnée de passer ainsi du clair au noir.
Après cette journée fatigante, je rentre à la maison et jette mes sandales dans un coin.
Dans son petit bassin de bronze, la fleur de lotus est déjà refermée.
Tout est silencieux mais j’entends le léger murmure incantatoire de Tiago.
Il prie.
Assis devant son petit autel, les volutes odorantes des bâtonnets d’encens s’enroulent autour de ses cheveux noirs. Son dos dur et sombre luit et la lueur de la flamme dans la coupelle de ghee danse sur ses épaules.
La grande image de Shiva fixée au mur se décolle dans un angle, pliant les pointes du trident.
Le dieu garde ses yeux mi-clos sur la création du monde et les cycles de l’univers.
Dans sa longue chevelure, au sommet de sa tête s’enroule un serpent.
Un dieu coloré bienveillant dans cette représentation, l’une de ses quatre mains ouverte sur le genou.
Tiago a posé son offrande, une noix de coco est une guirlande de fleurs jaune dont je ne retiens jamais le nom.
Immobile.
Il prie.
__
J’ai vu des gens agenouillés, des gens couchés face contre terre, assis en tailleur, assis mains jointes. J’ai vu des gens danser, j’ai vu des processions colorées, j’ai entendu des mélopées hypnotiques, j’ai écouté des cymbales, des trompettes, de grandes orgues, des chants liturgiques, des psaumes, le fanbai, des chants grégoriens et des gospels, des chants diphoniques qui remuent le ventre.
J’ai vu des flèches perçant les nuages, des coupoles dorées, des dômes de pierre, des cathédrales, des temples, des autels flamboyant de dorures, des allées de chevaux de pierre, des temples de feu et des chapelles de pierre blotties sous les ombrages, de bois ensevelies sous la neige, des cryptes froides et silencieuses, des maisons d’adoration sans effigie, des monastères accrochés à la montagne , des cloîtres dans la ville.
j’ai vu des costumes de cérémonies multicolores, des tenues de fourrure, des saris de fêtes soyeux, des chapeaux rouge étranges, des plumets et des têtes rasées. J’ai vu des hommes tirer des chars la peau du dos distendue par des crochets, j’ai été subjuguée par des mandala de sable, tout est éphémère.
Partout où mes pas ont foulé d’autres terres, j’ai vu des croyants réunis, rassemblés, unis, bruyants, silencieux, exaltés, recueillis.
J’ai touché des chapelets de buis, d’ivoire, en corail, en noyaux, les perles égrenant le nom divin, les mantras, les prières, tenu des croix de roseaux, de feuilles de maïs, porté des couronnes de fleurs, tenu des moulins de prière. J’ai regardé des dieux vêtus d’oripeaux décolorés, vêtus d’habits précieux, nus ceints d’un pagne, l’arbre à souhaits aux rubans multicolores agités par les tourbillons de neige.
J’ai respiré l’odeur de l’encens, j’ai respiré l’odeur de la cire fondue, j’ai respiré le parfum des fleurs fraîches et l’odeur surette des offrandes pourrissantes.
J’ai fermé les yeux, souvent, pour mieux entendre, pour mieux comprendre.
Et je sais, qu’aujourd’hui, je ne sais rien de cette ferveur puissante qui soulève et porte et emporte les peuples du monde. Je sais aussi que le tremblement de mes jambes et les yeux qui picotent devant la ferveur de Tiago, ce soir là, il y a des lustres, huit peut-être, c’est tellement loin, fut ce qui s’approchait le plus d’une prière. Ou, peut-être étais-je secrètement amoureuse...
Ainsi, je crois que beaucoup ont vécu ces instants étranges de communion, d’observation respectueuse, que beaucoup connaissent les rites et rituels, les byzantins, coptes, maronites, et tant d’autres, des rites de passage et des rites d’intercessions appelant la pluie, la fécondité . Ces rites qui rythment la vie dans tous ces pays que je n’aurais plus le temps de connaître.
Comment se vit la prière en Afrique, chez les aborigènes d’Australie, à Madagascar, à Cuba, en Chine, au Japon, en Indonésie ou ailleurs ?. Comment se vit-elle, la prière, aujourd’hui où partout des moments religieux forts s’annoncent ? Monothéiste, animiste, shintoïsme, bouddhisme, syncrétisme religieux, l’aspect religieux est toujours présents dans mes voyages, l’est-il pour vous aussi ?
Z’avez lu jusqu’au bout ? Bravo, vous avez gagné une image pieuse ou non. Pour ce faire, aller dans la rubrique -jeux voyages – sur le fil -défilés et processions -, il y en a des magnifiques.
J’ai vu des gens agenouillés, des gens couchés face contre terre, assis en tailleur, assis mains jointes. J’ai vu des gens danser, j’ai vu des processions colorées, j’ai entendu des mélopées hypnotiques, j’ai écouté des cymbales, des trompettes, de grandes orgues, des chants liturgiques, des psaumes, le fanbai, des chants grégoriens et des gospels, des chants diphoniques qui remuent le ventre.
J’ai vu des flèches perçant les nuages, des coupoles dorées, des dômes de pierre, des cathédrales, des temples, des autels flamboyant de dorures, des allées de chevaux de pierre, des temples de feu et des chapelles de pierre blotties sous les ombrages, de bois ensevelies sous la neige, des cryptes froides et silencieuses, des maisons d’adoration sans effigie, des monastères accrochés à la montagne , des cloîtres dans la ville.
j’ai vu des costumes de cérémonies multicolores, des tenues de fourrure, des saris de fêtes soyeux, des chapeaux rouge étranges, des plumets et des têtes rasées. J’ai vu des hommes tirer des chars la peau du dos distendue par des crochets, j’ai été subjuguée par des mandala de sable, tout est éphémère.
Partout où mes pas ont foulé d’autres terres, j’ai vu des croyants réunis, rassemblés, unis, bruyants, silencieux, exaltés, recueillis.
J’ai touché des chapelets de buis, d’ivoire, en corail, en noyaux, les perles égrenant le nom divin, les mantras, les prières, tenu des croix de roseaux, de feuilles de maïs, porté des couronnes de fleurs, tenu des moulins de prière. J’ai regardé des dieux vêtus d’oripeaux décolorés, vêtus d’habits précieux, nus ceints d’un pagne, l’arbre à souhaits aux rubans multicolores agités par les tourbillons de neige.
J’ai respiré l’odeur de l’encens, j’ai respiré l’odeur de la cire fondue, j’ai respiré le parfum des fleurs fraîches et l’odeur surette des offrandes pourrissantes.
J’ai fermé les yeux, souvent, pour mieux entendre, pour mieux comprendre.
Et je sais, qu’aujourd’hui, je ne sais rien de cette ferveur puissante qui soulève et porte et emporte les peuples du monde. Je sais aussi que le tremblement de mes jambes et les yeux qui picotent devant la ferveur de Tiago, ce soir là, il y a des lustres, huit peut-être, c’est tellement loin, fut ce qui s’approchait le plus d’une prière. Ou, peut-être étais-je secrètement amoureuse...
Ainsi, je crois que beaucoup ont vécu ces instants étranges de communion, d’observation respectueuse, que beaucoup connaissent les rites et rituels, les byzantins, coptes, maronites, et tant d’autres, des rites de passage et des rites d’intercessions appelant la pluie, la fécondité . Ces rites qui rythment la vie dans tous ces pays que je n’aurais plus le temps de connaître.
Comment se vit la prière en Afrique, chez les aborigènes d’Australie, à Madagascar, à Cuba, en Chine, au Japon, en Indonésie ou ailleurs ?. Comment se vit-elle, la prière, aujourd’hui où partout des moments religieux forts s’annoncent ? Monothéiste, animiste, shintoïsme, bouddhisme, syncrétisme religieux, l’aspect religieux est toujours présents dans mes voyages, l’est-il pour vous aussi ?
Z’avez lu jusqu’au bout ? Bravo, vous avez gagné une image pieuse ou non. Pour ce faire, aller dans la rubrique -jeux voyages – sur le fil -défilés et processions -, il y en a des magnifiques.
J'ai pensé qu'il serait bien de créer un fil consacré exclusivement aux derniers développements de l’enquête concernant le naufrage du Costa Concordia dans la nuit du 12 au 13 Janvier 2012 :
Vers 21h30 dans la nuit du 12 au 13 Janvier 2012, l’imposant bateau de croisière Costa Concordia a heurté un rocher, au large de l’île de Giglio, dans le sud-est de la Toscane. Selon le procureur de Grosseto, Francesco Verusio, le rocher s’est «encastré dans le flanc gauche, faisant s'incliner (le navire) et embarquer énormément d'eau en l'espace de deux, trois minutes». Le navire s’est peu à peu couché à près de 90 degrés.
Le commandant du bateau - qui a été arrêté et placé en détention - avait dans un premier temps assuré que l’accident s’est déroulé à 300 mètres du rivage. En vérité, le Costa Concordia se trouvait à seulement 150 mètres de la côte, selon les premiers éléments tirés de la boîte noire. Une distance «incroyablement proche», a commenté le procureur. Le navire aurait voulu se livrer à la tradition de l’inchino , une sorte de grande parade destinée à saluer les habitants du rivage, et se serait trop approché de la côte. Mais selon le journal italien Corriere della serra, le commandant aurait surtout voulu faire plaisir au chef des serveurs du bateau, originaire de l'île de Giglio. L'homme serait monté sur le pont, et aurait alors vu l'île s'approcher dangereusement. «Attention, aurait-il soufflé au commandant, nous sommes très près du rivage.» Trop tard.
Francesco Schettino, 52 ans, a été incarcéré dimanche, accusé notamment d’homicides et d’abandon du navire. Il lui est reproché une mauvaise gestion dans la navigation de son bateau, puis dans l’évacuation des passagers. Selon le procureur de Grosseto, non seulement la route qu’il a choisie «n’était pas la bonne» mais en plus, «il s’est approché de manière très maladroite de l’île du Giglio». La compagnie a également incriminé son commandant: «Il semble que (…) ses décisions dans la gestion de l’urgence n’aient pas suivi les procédures de Costa Crociere, qui sont en ligne avec les standards internationaux», a-t-elle indiqué dans un communiqué. «L'entreprise ne peut cautionner un tel comportement», a renchéri ce lundi midi Pier Liugi Foschi, le PDG de Costa Croisières, affirmant qu'il se «dissossiait de cette conduite». Autre reproche: le commandant a abandonné son navire très rapidement. Selon des témoins, il se trouvait sur terre ferme vers 23h40 – soit environ deux heures après le choc entre son bateau et le rocher – alors les derniers passagers n’ont été secourus que vers 6h, le lendemain matin. Les garde-côtes lui auraient pourtant demandé à plusieurs reprises de remonter à bord pendant les opérations d’évacuation. L’équipage n’a donné l’alerte qu’une heure après l’accident, assurant précédemment à la capitainerie du port qu’il ne s’agissait que d’un problème électrique et que la situation était sous contrôle. Le personnel a également mis du temps à décider de sortir les chaloupes - certaines d’ailleurs n’ont pu être descendues en raison de la trop grande inclination du bateau. La panique a progressivement gagné les personnes à bord, certaines évoquant des «scènes d’apocalypse»: bousculades pour monter à bord des chaloupes, vols de gilets de sauvetage, sauts dans le vide… «Nous avons été livrés à nous-mêmes, dans une désorganisation totale», s’est plaint auprès de Sud-Ouest un rescapé, qui a annoncé qu’il allait porter plainte contre Costa Croisières.
Le bilan s’élève à l’heure actuelle à six morts. Deux Français figurent parmi les victimes: un retraité de 72 ans, originaire de la région de Toulouse, et un retraité venant de La Rochelle. Les autres personnes décédées sont un membre d’équipage péruvien, un Italien de 86 ans, un Espagnol de 68 ans. Un sixième corps a été retrouvé ce lundi matin dans l’épave du paquebot, mais sa nationalité n’a pas été encore dévoilée. Et les disparus? Une quinzaine de personnes sont portées disparues. Il s’agit de quatre Français, quatre Italiens, deux Américains, ainsi qu’une personne et des membres d’équipage, dont la nationalité n’a pas été dévoilée. Par ailleurs, quatre Français ne sont pas encore localisés et font l’objet de vérifications, sans toutefois être portés disparus.
Malgré quelques incertitudes possibles , ce résumé nous permet d'avoir un point de départ assez complet pour entamer la suite du topic et nous tenir au courant des futurs développements de l’enquête.
Vers 21h30 dans la nuit du 12 au 13 Janvier 2012, l’imposant bateau de croisière Costa Concordia a heurté un rocher, au large de l’île de Giglio, dans le sud-est de la Toscane. Selon le procureur de Grosseto, Francesco Verusio, le rocher s’est «encastré dans le flanc gauche, faisant s'incliner (le navire) et embarquer énormément d'eau en l'espace de deux, trois minutes». Le navire s’est peu à peu couché à près de 90 degrés.
Le commandant du bateau - qui a été arrêté et placé en détention - avait dans un premier temps assuré que l’accident s’est déroulé à 300 mètres du rivage. En vérité, le Costa Concordia se trouvait à seulement 150 mètres de la côte, selon les premiers éléments tirés de la boîte noire. Une distance «incroyablement proche», a commenté le procureur. Le navire aurait voulu se livrer à la tradition de l’inchino , une sorte de grande parade destinée à saluer les habitants du rivage, et se serait trop approché de la côte. Mais selon le journal italien Corriere della serra, le commandant aurait surtout voulu faire plaisir au chef des serveurs du bateau, originaire de l'île de Giglio. L'homme serait monté sur le pont, et aurait alors vu l'île s'approcher dangereusement. «Attention, aurait-il soufflé au commandant, nous sommes très près du rivage.» Trop tard.
Francesco Schettino, 52 ans, a été incarcéré dimanche, accusé notamment d’homicides et d’abandon du navire. Il lui est reproché une mauvaise gestion dans la navigation de son bateau, puis dans l’évacuation des passagers. Selon le procureur de Grosseto, non seulement la route qu’il a choisie «n’était pas la bonne» mais en plus, «il s’est approché de manière très maladroite de l’île du Giglio». La compagnie a également incriminé son commandant: «Il semble que (…) ses décisions dans la gestion de l’urgence n’aient pas suivi les procédures de Costa Crociere, qui sont en ligne avec les standards internationaux», a-t-elle indiqué dans un communiqué. «L'entreprise ne peut cautionner un tel comportement», a renchéri ce lundi midi Pier Liugi Foschi, le PDG de Costa Croisières, affirmant qu'il se «dissossiait de cette conduite». Autre reproche: le commandant a abandonné son navire très rapidement. Selon des témoins, il se trouvait sur terre ferme vers 23h40 – soit environ deux heures après le choc entre son bateau et le rocher – alors les derniers passagers n’ont été secourus que vers 6h, le lendemain matin. Les garde-côtes lui auraient pourtant demandé à plusieurs reprises de remonter à bord pendant les opérations d’évacuation. L’équipage n’a donné l’alerte qu’une heure après l’accident, assurant précédemment à la capitainerie du port qu’il ne s’agissait que d’un problème électrique et que la situation était sous contrôle. Le personnel a également mis du temps à décider de sortir les chaloupes - certaines d’ailleurs n’ont pu être descendues en raison de la trop grande inclination du bateau. La panique a progressivement gagné les personnes à bord, certaines évoquant des «scènes d’apocalypse»: bousculades pour monter à bord des chaloupes, vols de gilets de sauvetage, sauts dans le vide… «Nous avons été livrés à nous-mêmes, dans une désorganisation totale», s’est plaint auprès de Sud-Ouest un rescapé, qui a annoncé qu’il allait porter plainte contre Costa Croisières.
Le bilan s’élève à l’heure actuelle à six morts. Deux Français figurent parmi les victimes: un retraité de 72 ans, originaire de la région de Toulouse, et un retraité venant de La Rochelle. Les autres personnes décédées sont un membre d’équipage péruvien, un Italien de 86 ans, un Espagnol de 68 ans. Un sixième corps a été retrouvé ce lundi matin dans l’épave du paquebot, mais sa nationalité n’a pas été encore dévoilée. Et les disparus? Une quinzaine de personnes sont portées disparues. Il s’agit de quatre Français, quatre Italiens, deux Américains, ainsi qu’une personne et des membres d’équipage, dont la nationalité n’a pas été dévoilée. Par ailleurs, quatre Français ne sont pas encore localisés et font l’objet de vérifications, sans toutefois être portés disparus.
Malgré quelques incertitudes possibles , ce résumé nous permet d'avoir un point de départ assez complet pour entamer la suite du topic et nous tenir au courant des futurs développements de l’enquête.
Alright, this year, we're heading back to South America!
The initial plan was to retrace the route we imagined in the summer of 2020: a trip to northern Argentina starting from Córdoba.
Unfortunately, the flight to Córdoba no longer exists, and airfares to Javier Milei’s country are both outrageously priced and involve multiple layovers.
So, I tweaked Google Flights every which way and finally found a flight within my budget—departing from Clermont-Ferrand!
Not to Argentina, though...
Our transatlantic flight will cross the snow-capped Andes, landing in Santiago, Chile, with a return from Lima!
In between, two domestic flights and a big road trip loop starting from the coastal city of Arica to explore the treasures of northern Chile.
Our mode of transport: a pseudo 4x4 that won’t take us through sand dunes or devilish tracks but will let us tackle the entire secondary network, including unpaved main roads, while still being insured.
Is the suitcase packed with all-season clothes?
Are the driver’s license and passport ready?
Bank cards and a few euros too?
Off we go for just over 3 weeks of southern wanderings!

--/--
To keep all my esteemed readers on track, here are a few maps outlining the Arica-Arica loop!
1- From Arica to San Pedro de Atacama via Pica and the Salar de Huasco
2- Around San Pedro

3- From San Pedro to Cariquima

4- From Cariquima to Putre

5 - From Putre to Arica

Gas stations in this part of Chile are located in Arica, Iquique, Pozo Almonte, Pica, Calama, and San Pedro de Atacama.
The initial plan was to retrace the route we imagined in the summer of 2020: a trip to northern Argentina starting from Córdoba.
Unfortunately, the flight to Córdoba no longer exists, and airfares to Javier Milei’s country are both outrageously priced and involve multiple layovers.
So, I tweaked Google Flights every which way and finally found a flight within my budget—departing from Clermont-Ferrand!
Not to Argentina, though...
Our transatlantic flight will cross the snow-capped Andes, landing in Santiago, Chile, with a return from Lima!
In between, two domestic flights and a big road trip loop starting from the coastal city of Arica to explore the treasures of northern Chile.
Our mode of transport: a pseudo 4x4 that won’t take us through sand dunes or devilish tracks but will let us tackle the entire secondary network, including unpaved main roads, while still being insured.
Is the suitcase packed with all-season clothes?
Are the driver’s license and passport ready?
Bank cards and a few euros too?
Off we go for just over 3 weeks of southern wanderings!

--/--
To keep all my esteemed readers on track, here are a few maps outlining the Arica-Arica loop!
1- From Arica to San Pedro de Atacama via Pica and the Salar de Huasco
2- Around San Pedro
3- From San Pedro to Cariquima

4- From Cariquima to Putre

5 - From Putre to Arica

Gas stations in this part of Chile are located in Arica, Iquique, Pozo Almonte, Pica, Calama, and San Pedro de Atacama.
INTRO
Décidément nous sommes des inconditionnels de l' Amérique centrale où nous sommes allés maintes fois ( Guatemala il y a 12 ans environ, Panama ensuite, puis Nicaragua, Salvador, Costa Rica et cette année donc, le Honduras principalement même si nous passons quelques jours au Guatemala à l' arrivée et avant de quitter le pays, principalement sur la côte caribéenne. C' est avec notre ami R., à la tête d'une petite agence francophone de tourisme réceptif à San Salvador que nous avons fait nos deux derniers voyages, au Salvador et au Costa Rica, et c'est lui qui a imaginé ce circuit à partir de ses expériences personnelles. En effet, le Salvador étant un très petit pays, il a l' habitude d' organiser des voyages trans-frontières du genre Salvador / Nicaragua ou Salvador / Guatemala ou Salvador / Honduras. Cette fois ce sera Guatemala / Honduras; tout simplement parce que nous avons trouvé des billets d'avion à prix vraiment compétitifs - et vols directs en continuation - à partir de LAX vers Guatemala Ciudad. R. vient donc nous cueillir à l' aéroport international de Guatemala City ( ou GUA ) et nous repartirons de cette même capitale vers la Californie. Le Guatemala, comme je l' ai indiqué, nous y sommes allés une fois déjà il y a une douzaine d'années, un beau circuit laissant volontairement de côté la capitale pour se concentrer sur Antigua, le Peten, Tikal, et la partie ouest montagneuse autour de Chichicastenango. le tout centré sur la visite de centres archéologiques maya majeurs ( avec une incursion à Copan au Honduras comprise dans la prestation globale ). Une petite partie de notre séjour se passant au Guatemala, je parlerai des régions et endroits visités, mais sans m' étendre. L' idée générale est quand même de consacrer ce carnet au Honduras, pays aussi méconnu que le Salvador auquel j' ai consacré un carnet il y a 3 ans.
Le Honduras est un pays à faible visibilité touristique et de mauvaise réputation, montré du doigt comme le Salvador ou le Guatemala et mis à l' index pour son insécurité chronique. Bien sur le Honduras n' est pas Singapour mais on a tendance à exagérer et à dramatiser comme toujours Disons qu' il y a une façon de voyager dans ces pays d ' Amérique Centrale, des quartiers à éviter dans les capitales et des règles de vigilance élémentaire à respecter, comme dans beaucoup d'autres pays. Après quelques hésitations donc, va pour le Honduras, nous avons décidé avec R. d' y passer environ une semaine de découverte plus culturelle que balnéaire. L' un de ses amis honduriens, travaillant dans la police touristique, nous accompagne pendant la découverte des régions du Honduras visitées, de Omoa où il va nous rejoindre - rendez-vous à la forteresse - jusqu'à Santa Rosa de Copan. Nous repassons la frontière dans l' autre sens ensuite.
Vous allez penser, pourquoi le Honduras ? Justement parce qu'il est peu visité ( sauf les îles côté Caraïbes du genre Roatan qui - comme Cancun au Mexique - sont fréquentées par la jeunesse américaine et canadienne en quête de soleil et de sensations fortes ) et conserve une réelle authenticité.
UN PEU DE GEOGRAPHIE On sera surpris d' apprendre que le Honduras est le second plus grand pays d'Amérique centrale après le Nicaragua, de la taille de la Bulgarie. La côte caribéenne est immensément longue, s'étirant sur plus 750 kilomètres. Autre surprise de taille : le pays n' est pas - ou alors très peu - soumis aux tremblements de terre ni aux éruptions de volcans intempestives. Le relief du pays est tout à fait unique : en effet, les montagnes ne s'étendent pas du nord au sud, mais se chevauchent et se croisent dans tous les sens. Il existe un seul fleuve d'importance, le Rio Coco qui fait frontière avec le Nicaragua. Tiens, encore une surprise ! Le Honduras a davantage de forêts nuageuses et pluvieuses que le Costa Rica, champion du tourisme écolo dans l' Isthme. Le patrimoine naturel est donc riche et varié, et pourtant on ne peut pas parler de politique de conservation et de protection de l' environnement. Les gouvernements successifs sont plus intéressés par ce que peut rapporter la coupe intensive des arbres et la plantations de palmiers à huile africains, une véritable plaie partout en Amérique centrale, y compris dans le soit-disant vertueux Costa Rica ! L' agro-business américain et canadien est omniprésent et contrôle de larges étendues du territoire national. Les mauvaises habitudes perdurent donc, des écologistes ont été carrément assassinés dans le passé, l' écologie n' est pas au programme. Il faut dire qu'il y a des problèmes sociaux et économiques à régler d'urgence, et que l' écologie n' est pas l' urgence nationale.
La faune est la même que dans les pays avoisinants : jaguars, tapirs, paresseux, fourmiliers, singes, tatous, agoutis ( ou ' guatousas ' en espagnol ), coatis, pécaris, chauves-souris, cervidés, iguanes, reptiles de toutes sortes dont certains très venimeux comme le serpent-corail ( ou ' terciopelo ' ). Le lamantin est la star des eaux douces honduriennes. l' ara et le toucan sont les stars de la canopée.
UN PEU D'HISTOIRE
Je ne vais pas m' étendre plus que nécessaire sur l' histoire du Honduras, aussi catastrophique, chaotique et pleine de rebondissements et de drames divers que celle des pays limitrophes, et celle, plus généralement de la Grande Région allant du sud du Mexique au nord à la Colombie. Ce pays, le Honduras - mot qui signifie " profondeurs " en espagnol - fut découvert en 1502 par Christophe Colomb qui lui attribua ce nom, très probablement en raison de la profondeur des eaux aux abords de la côte. Les indigènes furent décimés par les colonisateurs espagnols et leurs richesses pillées. Contrairement aux pays voisins où fut créée une monoculture ( du café, de la canne à sucre et de l' élevage ), source de richesses et favorisant l' émergence d'une classe sociale aisée, le Honduras resta à l' écart de ce changement social, devenant par là un maillon faible soumis à des politiques étrangères centro - américaines et nord - américaines contradictoires, agressives et belliqueuses. Pedro de Alvarado - déjà " pacificateur " du Guatemala voisin - parviendra à conquérir le territoire en 1539 après avoir fait assassiner tous les opposants à la politique coloniale d'expansion, en particulier le lenca / maya Lempira, héros de son peuple indigène. Comayagua devient capitale du pays en 1540. On saute les siècles et on se retrouve au début du 19ème siècle en compagnie de Francisco Morazan, héros national et l' un des pères de l' Amérique centrale aux côté de Bolivar, et qui initia un projet grandiose d'union amérindienne. Libéral et laïc, il perdra la bataille contre les conservateurs, sera forcé à l' exil au Costa Rica, tentera le destin en revenant au Honduras où il finira exécuté en 1842. A partir de là, le pays sombre dans le chaos politique. L' anarchie et la révolution permanente amène au pouvoir des dictateurs nationalistes et conservateurs empêchant toute avancée sociale ou économique. En même temps, il faut lutter sans cesse contre les tentatives d'annexion territoriale des Anglais côté Caraïbes et des Américains dans toute la région. En 1880, alors que le pays est passé sous la coupe de libéraux tout aussi tyranniques que leurs opposants conservateurs, Tegucigalpa devient la nouvelle capitale, tout simplement parce que l'on a découvert des gisements d'argent et commencé à forer frénétiquement dans les environs de ce qui est à l' époque un gros village ! Et puis le président de l' époque a choisi Tegucigalpa contre Comayagua sur un coup de tête ! Le chaos continue. Les gouvernements, bousculés par les uns et les autres, tombent et changent sans cesse. On laisse s'installer d' énormes sociétés telles la United Fruit Company ou Cuyamel ou encore la Standard Fruit Company qui vont devenir des états dans l' Etat et soumettre le pays aux interêts puissants des pays étrangers voisins, en particulier les Etats-Unis. Le Honduras devient une république bananière où les compagnies bananières nomment les présidents, toujours conservateurs, dociles, soumis, corruptibles et vite corrompus. Les escarmouches entre pays voisins vont continuer pendant des décennies tandis que les riches conservateurs, l' Eglise Catholique et l' Armée tiennent le Honduras dans une main de fer et vont soutenir l' installation au pouvoir suprême de militaires reconvertis peu recommandables. Cependant, ils ne seront jamais aussi sanguinaires qu' au Nicaragua soumis et pillé par le dictateur Somoza pendant plus de 30 ans. " Nicaragua es mi finca ', avait-il coutume de dire !
Les civils reviennent au pouvoir en 1981, mais, c'est, hélas, pour le pire, car la CIA américaine choisit le Honduras comme terre d'entraînement pour les ' contras ' - ou brigades contre-révolutionnaires - dans la lutte sans merci contre les Sandinistas qui viennent de renverser Somoza au Nicaragua... et vont , à leur tour - et jusqu'à ce jour, hélas ! - mettre leur pays exsangue sous contrôle dictatorial. Pauvres Nicaraguayens, finalement plus à plaindre encore que leurs proches voisins ! Présidents - et partis - conservateurs et parfois libéraux se succèdent au pouvoir. La lutte contre l' insécurité - et contre les ' maras ', des gangs ayant fui les Etats-Unis sous l' ère Clinton pour se réfugier dans la région de San Pedro Sula - devient une priorité. Le libre-échange aussi. Il y aura encore des soubresauts politiques. Un coup d'état fomenté par l' armée en juin 2009 dépose le président Zelaya jugé trop social voire socialiste et trop engagé dans la lutte contre la criminalité et les narco-trafiquants qui gêne des gens de pouvoir car elle souligne combien le pays est gangrené par la corruption au niveau le plus élevé. Un comble ! Est nommé à sa place Sosa, un conservateur de centre-droit à l' échine plus souple et qui ne menace pas les interêts des grosses sociétés étrangères dans le pays. C' est lui qui changera de capitale. Des journalistes sont assassinés, les élections sont alors contestées par de nombreux pays.
C' est actuellement Juan Orlando Hernandez, ancien avocat, qui dirige le pays, et ce depuis janvier 2014. Les rapports du pays avec les Etats-Unis se sont fortement dégradés alors que le frère du président vient d'être arrêté aux Etats-Unis pour complicité avec les narco-trafiquants de son pays et pour blanchiment d'argent. Le président Trump, à sa manière brutale, exige une coopération du Honduras - et de son président - dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. En attendant des résultats concluants, le pays a été mis sur une liste noire.
ECONOMIE Le Honduras est l' un des pays les plus pauvres du monde : taux de chômage élevé, salaires bas, lois sociales quasi inexistantes, impôt sur le revenu inexistant, dépendance extrême aux aléas de la demande et de l' offre internationales sur le marché des matières premières ( argent, zinc, plomb, houille, cuivre ) et des produits agricoles, catastrophes naturelles telles l' ouragan Mitch en 1998 qui a mis l' économie du Honduras à genoux pour des années. Le Honduras est aussi un paradis fiscal pour les grosses entreprises nord-américaines et les industries de sous-traitance - ou ' maquilas ' - tenues par des Nord-Américains, des Chinois et des Coréens. Sous couvert de créer beaucoup d'emplois, pour des salaires de misère, les grosses sociétés étrangères sont exonérées d' impôt sur le revenu pour 30 ans. Scandaleux sans doute, mais c'est ainsi que vont les choses en Amérique Centrale !
LE HONDURAS UN PAYS METISSE
90% de la population est métissée , à la fois espagnole et amérindienne. Il y a aussi des Noirs, anciens esclaves venus de la Jamaïque et de Grand Cayman, des Garifunas aux racines amérindiennes ( caribes et africaines ) venus de l' île de St Vincent, des Blancs, des Turcs, Libanais et Syriens, des Asiatiques, des indigènes. Ces derniers ont beaucoup souffert au cours des siècles passés : 500 ans de tyrannie culturelle, économique et sociale et, à la clé, un génocide qui est reconnu désormais par la communauté internationale. Parmi les peuples indigènes, le plus remarquable est sans doute celui des Lencas qui sont plus de 100.000 actuellement. On les trouvera dans le département d' Intibuca, capitale La Esperanza, qui demeure le foyer actuel d'une culture lenca qui veut désormais s'affirmer. Egalement, les Chortis ( environ 5000 ) qui vivent dans les montagnes de l' Ouest, les Pipils proches de la frontière du Salvador ( et massacrés dans les année 30 ), les Jicaques ou Tolupanes qui sont, semble-t-il, originaires du Mexique, parlent une langue proche de celle des Sioux, et se rencontrent dans le département de Yoro, les Misquitos, les Pech et les Tawahkas qui peuplent la Mosquitie. Enfin il y a les Garifunas, métissés d'indigènes caribes des îles antillaises et de Noirs africains importés d'Afrique aux temps de l' esclavage par les Britanniques. A noter que les Français soutinrent les Garifunas dans leur dernière bataille contre les Anglais en 1795, non sans arrière-pensées politiques. Finalement ce furent les Anglais qui soumirent les Garifunas et décidèrent in fine de les déporter tous vers l' île de Roatan.
DETAILS PRATIQUES Le climat : janvier et février sont les mois idéaux pour visiter le Honduras, et, d'une manière générale, toute l' Amérique centrale. Températures agréables, voire fraîches le matin en montagne. Entre 13 et 26°. Plus chaudes sur la côte caribéenne dans le centre. Risques de mauvais temps malgré la ' bonne ' saison, côté atlantique.
ARGENT
La monnaie locale est le lempira, mais il est conseillé de se munir de dollars américains, surtout des petites coupures ( de 1, 5, 10, 20 ) et quelques grosses coupures ( 50 et 100 pour les hôtels en particulier ), et de changer au fur et à mesure. On peut changer dollars et euros dans les banques. Service lent, et queues. Eviter les distributeurs en extérieur. On peut aussi payer directement en USD les notes d' hôtels ou de B&B par exemple. Personnellement, je garde ma carte de crédit à portée au cas où mais je paie tout en dollars. C 'est notre ami R. qui nous sert de banque pour les quetzals au Guatemala et les lempiras au Honduras. Qui dit argent dit faire attention sans devenir paranoïaque ! Une vigilance permanente s'impose et il convient de ne pas grossièrement afficher son aisance financière - ou ses bijoux - dans la rue. Il faut être discret et respectueux des locaux, comme partout. Nous ne nous sommes jamais sentis en insécurité en Amérique centrale précédemment. Ce sera de même ici au Honduras sauf au centre -ville de Tegucigalpa. . HOTELS Attention ! Les lits doubles - ou matrimoniaux comme on dit ici - sont en 150 de large, c'est à dire étroits pour des couples. Il vaut mieux demander des lits jumeaux qui sont tous les deux en 140. Différence minime, il est préférable de le savoir avant de faire des réservations en ligne.
ROUTES : Très peu de signalisation, genre panneaux de limitation de vitesse. C 'est normalement 90 km/h sur la route, y compris les 4 voies qui ne sont pas tout le temps séparées en deux fois deux voies. Parc automobile en état correct, sans plus. Beaucoup de voitures et de bus déglingués. A noter que beaucoup de voitures sont achetées accidentées aux Etats-Unis et transportées par camion au Honduras ( idem dans les pays limitrophes ) pour y être réparées et revendues. Mon conseil : Ne pas conduire soi-même, ni louer de voiture au Honduras mais payer les services d' un chauffeur ( et guide à l' occasion ). Cela évite bien des soucis.
DOCUMENTATION PERSONNELLE Il existe un guide Petit Fûté 2019 du Guatemala. Rien en revanche en ce qui concerne le Honduras, oublié par la sphère touristique. Deux bonnes cartes routières à emporter : Guatemala National Geographic Honduras International Travel Maps On peut acheter les deux en ligne sur Amazon, ainsi que le ou les guides.
NOTRE PERIPLE
Guatemala - Honduras - Guatemala Le séjour de 10 jours tout compris pour deux ( incluant une location de voiture du genre SUV, une Nissan Morano ), toutes les visites, une longue excursion en lancha sur le Rio Dulce ( et vers Livingston ) au Guatemala caribéen nous a été facturé 2300 USD par notre ami R. On peut facilement rajouter à ce voyage la visite à Copan, et compter une nuit de plus sur place au Honduras. Plutôt en fin de séjour quand on se trouve du côté de Santa Rosa de Copan. Les nuits d'hôtel sont en sus. Compter environ 45 à 70 USD pour une chambre standard ou supérieure. Le prix moyen d'un repas est de 12 USD ( 10 euros ), sans entrée ni dessert ni fromage. Petits déjeuners roboratifs avec oeufs et haricots noirs pour ceux qui aiment. Ou alors crêpes et fruits. Yaourts et lait à acheter dans les supermarchés. Le Honduras n' est pas une destination aussi coûteuse que le Costa Rica, champion en la matière ( surtout quand il s'agit de visites de parcs nationaux ). Mais rien n' est donné tout de même. Les étrangers paient davantage dans les musées ou les parcs naturels que les nationaux, environ 3 fois plus.
Départ mercredi 15 janvier de PPT, Tahiti.
1er jour, mercredi 15 janvier
Vol PPT - LAX - sur Air France ( vol facturé 420 euros AR par personne et acheté en octobre ). Puis LAX -GUA sur Delta Airlines ( DL ), vol de nuit facturé 700 USD AR en First Class ( grosse promo ) , quittant LAX à 23 h 55 et atterrissant le lendemain matin 16 janvier à Guatemala City vers 7 heures avec une demi-heure de retard. Il faut dire que l' embarquement à Los Angeles ( Terminal Delta ) est assez chaotique et retardé par le nombre impressionnant de personnes plus ou moins âgées mais corpulentes et à mobilité réduite arrivant à l' enregistrement en fauteuil roulant ! Une spécialité de ces vols sur l' Amérique centrale ! Les fauteuils sont souvent poussés par des employés américains plus âgés et plus mal en point que ceux qu'ils poussent jusqu'à la porte de l' avion et aident à s'extirper de leur siège ... Les sourds qui aident les aveugles en quelque sorte !! A noter qu' une majorité de vols quittant la Californie pour le Mexique ou l' Amérique centrale en fin de journée sont en fait des vols de nuit, quittant les Etats-Unis entre 22H 30 et minuit.

Arrivée sur Ciudad de Guatemala 6 H45 du matin

Ciudad de Guatemala vue d'avion au petit matin
2ème jour : jeudi 16 janvier
Aéroport International - Guatemala City - Rio Dulce
R. nous attend, fidèle à l' heure dite. Personne dans l' aéroport à part le personnel, c'est le premier vol qui atterrit au petit matin; nous sommes sortis en 10 mn. Et nous allons prendre la route de Rio Dulce sur la côte caribéenne immédiatement. Mais avant cela il faut traverser toute la capitale et ce n' est pas une mince affaire ! Guate est une mégalopole de plus de 3 millions d'habitants, située sur de hauts plateaux à 1500 m d'altitude. C 'est la capitale du pays depuis la fin du 18ème siècle, après avoir remplacé Antigua, toute proche à 40 kms seulement, détruite par une éruption volcanique violente. C 'est une ville construite sans plan d'ensemble, et on s' y perd facilement même avec un GPS, sans parler des embouteillages qui bloquent la circulation pendant des heures matin et soir. Elle est en proie à de graves problèmes chroniques de pollution, pauvreté et violence, mais comme d'autres dans la région ou ailleurs dans le monde ( à Manille aux Philippines par exemple ). On peut se passer d'un séjour à Guatemala City qui n' est pas une ville renversante, lors d'un voyage dans le pays ; on peut aussi décider d'y passer deux jours / 1 nuit, et de visiter son centre historique par exemple, rénové récemment. Les derniers gouvernements prétendent faire des efforts et prendre la mesure des problèmes mais il n' ont pas de baguette magique ! Comment - alors que cela n' a jamais été fait - remédier sérieusement à l' abandon social d'une immense partie de la population par les pouvoirs publics? Et où trouver les fonds ? La corruption rampante ne permet généralement pas de faire aboutir les projets ambitieux, souvent financés par des fonds internationaux. Affaire à suivre donc ... Il ne faut sans doute pas rêver !
Nous nous retrouvons rapidement sur une route à 4 voies qui file vers l' est, dans un paysage très montagneux tout d'abord, avec vallées encaissées et mamelons en suite verdoyants. Puis les montagnes et collines laissent la place à une région de cultures : palmiers à huile, bananeraies, plantations d'ananas, prairies dédiées à l' élevage de vaches bien nourries par une herbe verte et haute, qui laisse penser qu'il pleut beaucoup dans la région. D 'ailleurs nous continuons sous la pluie pendant une heure, puis au plus près de Rio Dulce ( appellation qui concerne à la fois la rivière qui s' écoule du Lac Izabal et la bourgade située à la naissance du Rio Dulce et dont le nom officiel est Relleno - Fronteras ). Le temps est à la pluie. Nous avons réservé deux nuits à l' hôtel Tortugal inaccessible par la route, mais que l'on rejoint du village en ' lancha ' en 5 mn . Nous nous y installons rapidement puis reprenons un bateau pour une courte échappée vers le Castillo San Felipe construit par les Espagnols à l' entrée du lac pour protéger cette voie d'accès stratégique contre les pirates ainsi que contre des prétendants anglais, hollandais et français forcément malintentionnés !.



Retour à l' hôtel pour une soirée tranquille et une nuit moins agitée que la nuit presque blanche passée dans l' avion. La durée du vol entre LAX et GUA n ' est que de 4 heures 20 mn et on n' a pas vraiment le temps de se reposer.

Hôtel Tortugal
Il se remet à pleuvoir fort en début de soirée et il va pleuvoir sans arrêt toute la nuit. Espérons que notre remontée du Rio Dulce en lancha n' est pas compromise...
3 ème jour : vendredi 17 janvier
Vellena-Fronteras - Rio Dulce - Livingston - Rio Dulce - Vellena-Fronteras
Miraculeusement, la pluie cesse brutalement au petit matin. Le ciel uniformément gris commence à blanchir à l' horizon et quelques taches de bleu apparaissent. Il va faire plutôt beau, selon notre lanchero, et la température va remonter... Il a raison et nous avons de la chance car est prévue une remontée du Rio Dulce vers Livingston, une balade d' environ 60 kilomètres AR. La pluie aurait tout gâché, il aurait sans doute fallu annuler l' excursion.
Tortugal Hôtel Hôtel en bambou, avec marina, accessible uniquement en bateau du village ( 5 mn de traversée ). Nous avions une chambre supérieure à 80 dollars la nuit. Heureusement car les autres chambres n' étaient pas terribles. Insonorisation exécrable. Repaire d' Américains plutôt âgés en bateau et en goguette, très bruyants. Etablissement dans le style écolo-bobo à l' américaine qui agace à la longue. Petit déjeuner pas à la hauteur. Mauvais rapport qualité-prix.
Départ à 8 h 30. Nous allons couvrir le trajet aller en plus de 3 heures avec beaucoup d'arrêts, et de découverte-nature surtout dans la première partie, celle où nous logeons à l' hôtel Tortugal, proche du Castillo San Felipe qui garde l' entrée du lac. Nous allons naviguer vers la mer, c'est à dire dans l' autre sens. Le Rio Dulce est large et il s'évase encore plus sur une vingtaine de kilomètres pour devenir une étendue d'eau de grande largeur, avec des îles, certaines seulement îles aux oiseaux où se rassemble une avifaune riche et variée, et des bras secondaires, domaine d'une mangrove épaisse et luxuriante, et de vastes tapis de nénuphars sur lesquelles évoluent gracieusement des jacanas. Hormis ces derniers, on peut voir, par centaines, des hérons blancs et gris, des cormorans et surtout des pélicans qui évoluent non seulement sur le fleuve mais aussi aux abords de l' embouchure du fleuve, là où eau salée et eau douce se mélangent et où évoluent suffisamment de poissons pour nourrir tous ces oiseaux voraces. Sur les parties hautes des arbres poussant sur ces îlots, on aperçoit également des iguanes de belle taille, orangés ( des mâles ) et dont les arêtes dorsales sont hérissées de piquants redoutables. Ils prennent le soleil revenu après une nuit de pluie battante. Le fleuve , à cet endroit, a changé de couleur, et est devenu limoneux. La navigation est ralentie par des branches et des troncs d'arbres qui flottent parfois entre deux eaux. Au plus près du village de Vellena-Fronteras, les premières îles abritent de luxueuses et vastes retraites appartenant à de riches guatémaltèques et quelques américains aussi fortunés. On les reconnaît aux pelouses parfaitement entretenues et vertes, aux marinas privées et aux hangars à bateaux abritant des yachts de belle taille. L'une a un zoo privé avec singes et aras, une autre un héliport avec hélicoptère prêt à décoller. Notre lanchero nous apprend qu'il y a un aérodrome tout proche qui permet des liaisons rapides avec la capitale distante de 400 kilomètres. Peu à peu, le fleuve qui s'étalait à l'infini, se resserre et on entre dans une sorte de canyon, pas trop encaissé tout de même. Le fleuve serpente paresseusement entre des falaises de calcaire recouvertes de verdure et d'arbres au contact de l' eau, sur lesquels sont perchés des dizaines d'oiseaux.





On arrive vers midi à Livingston, ville de 8000 habitants qui sommeille un peu à l' embouchure du Rio Dulce. Ville typique de la côte caraïbe de tous ces pays d'Amérique Centrale, un peu oubliée par le pouvoir central qui regarde plutôt côté pacifique, multi-ethnique aussi. Les amérindiens côtoient les mayas dont la gent féminine a gardé et porte le costume traditionnel à savoir longue jupe et chemisier-caracot, et les Garifunas, issus d' anciens métissages entre les derniers indiens caraïbes et les esclaves ayant fui l' enfer des plantations ou ayant été déportés vers les îles honduriennes comme Roatan ou les côtes du Honduras et du Guatemala par les anglais quand leur présence devint inutile et encombrante. Livingston fut créée au début du 18ème siècle et connut une période d'abondance et de richesse en devenant le principal port guatémaltèque à exporter la richesse du pays, à savoir le café. Cette période est terminée et la ville vivote de la pêche et surtout du tourisme. Quelques jolis hôtels de style colonial et surtout une ambiance très caribe attirent des visiteurs toute l' année. On rajoutera au tableau un patrimoine architectural un peu délabré voire lépreux, beaucoup de petits restaurants Garifunas, une nourriture typée ( bananes plantain, riz coco, gâteaux coco ), des habitants souriants et aimables. Livingston est une agréable surprise, car la ville n' est pas considérée comme une destination touristique incontournable. Encore une erreur de jugement ! Car Livingston, c'est vraiment une autre facette du Guatemala. Elle mérite ses trois étoiles.
L'un des lavoirs publics municipaux




Au retour en lancha vers notre hôtel, nous allons nous arrêter déjeuner dans un restaurant de bord de fleuve, goûter la spécialité locale, à savoir une soupe de poissons et de petits crabes du fleuve agrémentée de crevettes d'estuaire, puis faire une seconde halte là où se trouvent des sources chaudes et soufrées en bord de fleuve. Nom de l' endroit : Agua Caliente. Bien nommé donc. Bref, nous avons beaucoup apprécié cette excursion tout à fait exceptionnelle par sa durée et les lieux parcourus et visités. Curieusement , la remontée du Rio Dulce est mal notée dans des guides du genre Petit Futé, on se demande pourquoi, seulement une étoile. Mauvaise appréciation car la balade vaut trois étoiles au moins uniquement pour le Rio Dulce en tant que tel. Le Rio Dulce et Livingston sont notre premier coup de coeur du voyage.
Nous arrivons à l' hôtel sous une pluie battante qui va durer une heure et se calmer rapidement. Climat typiquement tropical de ces régions avec une grosse averse en fin de journée. Tropical mais pas trop chaud. Et puis, heureuse surprise, pas de moustiques. Dans la nuit, une autre averse très violente, puis plus rien jusqu'au matin. On se réveille avec nuages et soleil, et chaleur revenue. La journée s'annonce prometteuse, elle le sera moins que prévu. Le ciel va se couvrir de nouveau mais sans qu'il pleuve comme sur la côte même.
4ème jour : samedi 18 janvier
Rio Dulce - Frontière du Honduras - Omoa - San Pedro Sula
Nous démarrons à huit heures, direction la frontière du Honduras, à environ 50 kilomètres de là. Peu de circulation, on roule facilement, et puis, alors que l'on se rapproche de la frontière, la route devient mauvaise. Elle est en réparation, il semble être question de la re-goudronner... En attendant, elle est truffée de nids-de-poule et le goudron a disparu par plaques sur des dizaines de mètres. Vraiment inattendu ! Paysage de collines et de prairies verdoyantes dédiées à l' élevage, mais aussi aux palmeraies et bananeraies à perte de vue le long de la route. Arrivée au poste-frontière qui, heureusement regroupe les deux douanes. Il y a peu de monde et nous passons tous les trois en dix minutes les formalités de sortie du Guatemala et d'entrée au Honduras. Coût du passage : 3 dollars américains par personne. ( il vaut mieux les avoir sous la main, cela va plus vite, en liquide et compte rond ). On repart sur une très belle route, lisse, refaite de neuf et bien signalisée. Quel changement ! La réfection des principaux axes routiers du pays est l' une des seules promesses présidentielles tenues à ce jour. Ceci étant, le réseau secondaire hondurien est abîmé et la circulation y est ralentie.
Notre première étape va être Omoa, village de pêcheurs et bourgade caraïbe qui vaut surtout par son imposante forteresse espagnole ou Castillo de San Fernando ( en l' honneur du Roi Ferdinand VI d'Espagne ), construite de 1752 à 1775. A l' époque, la mer venait lécher les murailles, ce qui n' est plus le cas aujourd'hui. Comme d'autres constructions militaires espagnoles de la Grande Région , la forteresse dut subir les assauts des anglais dont les plans étaient de contrôler toute la côte du Nicaragua au Mexique. Ils parvinrent à vaincre les Espagnols et à s'emparer de la forteresse mais furent vaincus lors d'une seconde attaque, cette fois par les espagnols bien décidés à reprendre cette place-forte. On dit que des trésors sont enfouis dans la mer aux abords du village, ce qui ne manque pas de susciter de l' interêt chez les chercheurs de trésors, d'autant qu'un butin de pièces d'or fut découvert en 1972. Omoa n' a pas d'étoiles dans les guides, elle en mérite deux ou trois pour son imposante forteresse. et puis nous y avons très bien déjeuné en bord de plage. Ce gros village est donc à découvrir et non à éviter, surtout quand on vient du Guatemala côté caraïbe, comme c'était notre cas. C 'est à Omoa que nous retrouvons Alexi, originaire de San Pedro Sula et policier dans la vie. Il a quelques jours de congé et vient découvrir son pays avec nous. D' ailleurs c'est lui qui va conduire la voiture à partir de maintenant. Sa présence sera rassurante, il veille sur nous. Et puis, réflexe professionnel oblige, il est déjà aller repérer l' endroit où se trouve notre prochain hôtel à San Pedro Sula. Et puis nous roulons portes verrouillées... comme tout le monde, semble-t-il.



Après déjeuner, nous prenons la route de San Pedro Sula où nous faisons étape. Pas de chance, nous sommes samedi et le musée est fermé. SPS est une ville moderne et vivante aux larges avenues fleuries, aux rues propres et bien tenues, du moins les axes principaux. C 'est la capitale industrielle et commerciale du pays. Fondée en 1536 par Pedro de Alvarado sous le nom de ' Villa de San Pedro de Puerto Caballos ', San Pedro Sula ( ' sula ' en dialecte local indigène signifie ' vallée des oiseaux ' ), ville coloniale par excellence, se développa rapidement pour devenir l' étape incontournable du transport passagers et marchandises vers l' Europe ainsi qu'un carrefour entre Guatemala et Nicaragua. Elle fut attaquée et détruite par les pirates, puis finit par renaître à la prospérité grâce à l' industrie bananière. Il ne reste rien de son passé colonial et pas grand chose de son passé archéologique excepté au Musée. Des fouilles ont montré qu'une civilisation ancienne, antérieure d 'un millénaire à celle découverte à Copan - existait sur le site de la ville actuelle, après découvertes de statues anthropomorphiques en basalte évoquant l' ère olmèque, la mère de toutes les civilisations en Amérique centrale. SPS est aujourd'hui un centre majeur de ' maquilas ' - ou industries de sous-traitance - sous contrôle principalement nord-américain. SPS vaut, à l' occasion, une visite d'une demi-journée pour son musée ( fermé le samedi et le dimanche, hélas ), ainsi que pour sa minuscule place centrale flanquée d'une cathédrale dans laquelle on admirera les fresques religieuses moderne de style populaire réaliste qu' est en train de réaliser un peintre local avec beaucoup de talent. Des immeubles en mauvais état, de piètre construction années 70 et sans grâce encadrent malheureusement la cathédrale et gâchent l' ensemble. SPS - comme la capitale Tegucigalpa - est marquée par sa mauvaise réputation en matière de sécurité. Qu' en penser ? Retour à l' hôtel pour la nuit.
Guanacaste Hotel : 55 dollars la nuit. Bien situé, dans un quartier tranquille. Construit comme comme un bunker ou une prison de haute sécurité, au choix. Du jamais vu dans le genre ! Chambre au calme. Bonne climatisation. Mais ensemble vieillot, style années 70. Les peintures sont d'origine, la salle de bain aussi et tout cela date terriblement. Et puis personnel indolent peu professionnel . Rien n' était prêt pour le petit déjeuner quand nous sommes arrivés en salle. Celle-ci, sur le toit, n' avait même pas été balayée le soir précédent. En fait, il n' y avait que nous quatre dans l' hôtel, plus le veilleur de nuit effondré et endormi. Nous avons donc petit-déjeuné en extérieur. Pas terrible donc... Etablissement à éviter. Je dirais même : SPS à éviter ! C 'est une perte de temps dans un itinéraire serré, il vaut mieux voir autre chose.
Et l' on passe à la page 2 du carnet.....
Décidément nous sommes des inconditionnels de l' Amérique centrale où nous sommes allés maintes fois ( Guatemala il y a 12 ans environ, Panama ensuite, puis Nicaragua, Salvador, Costa Rica et cette année donc, le Honduras principalement même si nous passons quelques jours au Guatemala à l' arrivée et avant de quitter le pays, principalement sur la côte caribéenne. C' est avec notre ami R., à la tête d'une petite agence francophone de tourisme réceptif à San Salvador que nous avons fait nos deux derniers voyages, au Salvador et au Costa Rica, et c'est lui qui a imaginé ce circuit à partir de ses expériences personnelles. En effet, le Salvador étant un très petit pays, il a l' habitude d' organiser des voyages trans-frontières du genre Salvador / Nicaragua ou Salvador / Guatemala ou Salvador / Honduras. Cette fois ce sera Guatemala / Honduras; tout simplement parce que nous avons trouvé des billets d'avion à prix vraiment compétitifs - et vols directs en continuation - à partir de LAX vers Guatemala Ciudad. R. vient donc nous cueillir à l' aéroport international de Guatemala City ( ou GUA ) et nous repartirons de cette même capitale vers la Californie. Le Guatemala, comme je l' ai indiqué, nous y sommes allés une fois déjà il y a une douzaine d'années, un beau circuit laissant volontairement de côté la capitale pour se concentrer sur Antigua, le Peten, Tikal, et la partie ouest montagneuse autour de Chichicastenango. le tout centré sur la visite de centres archéologiques maya majeurs ( avec une incursion à Copan au Honduras comprise dans la prestation globale ). Une petite partie de notre séjour se passant au Guatemala, je parlerai des régions et endroits visités, mais sans m' étendre. L' idée générale est quand même de consacrer ce carnet au Honduras, pays aussi méconnu que le Salvador auquel j' ai consacré un carnet il y a 3 ans.
Le Honduras est un pays à faible visibilité touristique et de mauvaise réputation, montré du doigt comme le Salvador ou le Guatemala et mis à l' index pour son insécurité chronique. Bien sur le Honduras n' est pas Singapour mais on a tendance à exagérer et à dramatiser comme toujours Disons qu' il y a une façon de voyager dans ces pays d ' Amérique Centrale, des quartiers à éviter dans les capitales et des règles de vigilance élémentaire à respecter, comme dans beaucoup d'autres pays. Après quelques hésitations donc, va pour le Honduras, nous avons décidé avec R. d' y passer environ une semaine de découverte plus culturelle que balnéaire. L' un de ses amis honduriens, travaillant dans la police touristique, nous accompagne pendant la découverte des régions du Honduras visitées, de Omoa où il va nous rejoindre - rendez-vous à la forteresse - jusqu'à Santa Rosa de Copan. Nous repassons la frontière dans l' autre sens ensuite.
Vous allez penser, pourquoi le Honduras ? Justement parce qu'il est peu visité ( sauf les îles côté Caraïbes du genre Roatan qui - comme Cancun au Mexique - sont fréquentées par la jeunesse américaine et canadienne en quête de soleil et de sensations fortes ) et conserve une réelle authenticité.
UN PEU DE GEOGRAPHIE On sera surpris d' apprendre que le Honduras est le second plus grand pays d'Amérique centrale après le Nicaragua, de la taille de la Bulgarie. La côte caribéenne est immensément longue, s'étirant sur plus 750 kilomètres. Autre surprise de taille : le pays n' est pas - ou alors très peu - soumis aux tremblements de terre ni aux éruptions de volcans intempestives. Le relief du pays est tout à fait unique : en effet, les montagnes ne s'étendent pas du nord au sud, mais se chevauchent et se croisent dans tous les sens. Il existe un seul fleuve d'importance, le Rio Coco qui fait frontière avec le Nicaragua. Tiens, encore une surprise ! Le Honduras a davantage de forêts nuageuses et pluvieuses que le Costa Rica, champion du tourisme écolo dans l' Isthme. Le patrimoine naturel est donc riche et varié, et pourtant on ne peut pas parler de politique de conservation et de protection de l' environnement. Les gouvernements successifs sont plus intéressés par ce que peut rapporter la coupe intensive des arbres et la plantations de palmiers à huile africains, une véritable plaie partout en Amérique centrale, y compris dans le soit-disant vertueux Costa Rica ! L' agro-business américain et canadien est omniprésent et contrôle de larges étendues du territoire national. Les mauvaises habitudes perdurent donc, des écologistes ont été carrément assassinés dans le passé, l' écologie n' est pas au programme. Il faut dire qu'il y a des problèmes sociaux et économiques à régler d'urgence, et que l' écologie n' est pas l' urgence nationale.
La faune est la même que dans les pays avoisinants : jaguars, tapirs, paresseux, fourmiliers, singes, tatous, agoutis ( ou ' guatousas ' en espagnol ), coatis, pécaris, chauves-souris, cervidés, iguanes, reptiles de toutes sortes dont certains très venimeux comme le serpent-corail ( ou ' terciopelo ' ). Le lamantin est la star des eaux douces honduriennes. l' ara et le toucan sont les stars de la canopée.
UN PEU D'HISTOIRE
Je ne vais pas m' étendre plus que nécessaire sur l' histoire du Honduras, aussi catastrophique, chaotique et pleine de rebondissements et de drames divers que celle des pays limitrophes, et celle, plus généralement de la Grande Région allant du sud du Mexique au nord à la Colombie. Ce pays, le Honduras - mot qui signifie " profondeurs " en espagnol - fut découvert en 1502 par Christophe Colomb qui lui attribua ce nom, très probablement en raison de la profondeur des eaux aux abords de la côte. Les indigènes furent décimés par les colonisateurs espagnols et leurs richesses pillées. Contrairement aux pays voisins où fut créée une monoculture ( du café, de la canne à sucre et de l' élevage ), source de richesses et favorisant l' émergence d'une classe sociale aisée, le Honduras resta à l' écart de ce changement social, devenant par là un maillon faible soumis à des politiques étrangères centro - américaines et nord - américaines contradictoires, agressives et belliqueuses. Pedro de Alvarado - déjà " pacificateur " du Guatemala voisin - parviendra à conquérir le territoire en 1539 après avoir fait assassiner tous les opposants à la politique coloniale d'expansion, en particulier le lenca / maya Lempira, héros de son peuple indigène. Comayagua devient capitale du pays en 1540. On saute les siècles et on se retrouve au début du 19ème siècle en compagnie de Francisco Morazan, héros national et l' un des pères de l' Amérique centrale aux côté de Bolivar, et qui initia un projet grandiose d'union amérindienne. Libéral et laïc, il perdra la bataille contre les conservateurs, sera forcé à l' exil au Costa Rica, tentera le destin en revenant au Honduras où il finira exécuté en 1842. A partir de là, le pays sombre dans le chaos politique. L' anarchie et la révolution permanente amène au pouvoir des dictateurs nationalistes et conservateurs empêchant toute avancée sociale ou économique. En même temps, il faut lutter sans cesse contre les tentatives d'annexion territoriale des Anglais côté Caraïbes et des Américains dans toute la région. En 1880, alors que le pays est passé sous la coupe de libéraux tout aussi tyranniques que leurs opposants conservateurs, Tegucigalpa devient la nouvelle capitale, tout simplement parce que l'on a découvert des gisements d'argent et commencé à forer frénétiquement dans les environs de ce qui est à l' époque un gros village ! Et puis le président de l' époque a choisi Tegucigalpa contre Comayagua sur un coup de tête ! Le chaos continue. Les gouvernements, bousculés par les uns et les autres, tombent et changent sans cesse. On laisse s'installer d' énormes sociétés telles la United Fruit Company ou Cuyamel ou encore la Standard Fruit Company qui vont devenir des états dans l' Etat et soumettre le pays aux interêts puissants des pays étrangers voisins, en particulier les Etats-Unis. Le Honduras devient une république bananière où les compagnies bananières nomment les présidents, toujours conservateurs, dociles, soumis, corruptibles et vite corrompus. Les escarmouches entre pays voisins vont continuer pendant des décennies tandis que les riches conservateurs, l' Eglise Catholique et l' Armée tiennent le Honduras dans une main de fer et vont soutenir l' installation au pouvoir suprême de militaires reconvertis peu recommandables. Cependant, ils ne seront jamais aussi sanguinaires qu' au Nicaragua soumis et pillé par le dictateur Somoza pendant plus de 30 ans. " Nicaragua es mi finca ', avait-il coutume de dire !
Les civils reviennent au pouvoir en 1981, mais, c'est, hélas, pour le pire, car la CIA américaine choisit le Honduras comme terre d'entraînement pour les ' contras ' - ou brigades contre-révolutionnaires - dans la lutte sans merci contre les Sandinistas qui viennent de renverser Somoza au Nicaragua... et vont , à leur tour - et jusqu'à ce jour, hélas ! - mettre leur pays exsangue sous contrôle dictatorial. Pauvres Nicaraguayens, finalement plus à plaindre encore que leurs proches voisins ! Présidents - et partis - conservateurs et parfois libéraux se succèdent au pouvoir. La lutte contre l' insécurité - et contre les ' maras ', des gangs ayant fui les Etats-Unis sous l' ère Clinton pour se réfugier dans la région de San Pedro Sula - devient une priorité. Le libre-échange aussi. Il y aura encore des soubresauts politiques. Un coup d'état fomenté par l' armée en juin 2009 dépose le président Zelaya jugé trop social voire socialiste et trop engagé dans la lutte contre la criminalité et les narco-trafiquants qui gêne des gens de pouvoir car elle souligne combien le pays est gangrené par la corruption au niveau le plus élevé. Un comble ! Est nommé à sa place Sosa, un conservateur de centre-droit à l' échine plus souple et qui ne menace pas les interêts des grosses sociétés étrangères dans le pays. C' est lui qui changera de capitale. Des journalistes sont assassinés, les élections sont alors contestées par de nombreux pays.
C' est actuellement Juan Orlando Hernandez, ancien avocat, qui dirige le pays, et ce depuis janvier 2014. Les rapports du pays avec les Etats-Unis se sont fortement dégradés alors que le frère du président vient d'être arrêté aux Etats-Unis pour complicité avec les narco-trafiquants de son pays et pour blanchiment d'argent. Le président Trump, à sa manière brutale, exige une coopération du Honduras - et de son président - dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. En attendant des résultats concluants, le pays a été mis sur une liste noire.
ECONOMIE Le Honduras est l' un des pays les plus pauvres du monde : taux de chômage élevé, salaires bas, lois sociales quasi inexistantes, impôt sur le revenu inexistant, dépendance extrême aux aléas de la demande et de l' offre internationales sur le marché des matières premières ( argent, zinc, plomb, houille, cuivre ) et des produits agricoles, catastrophes naturelles telles l' ouragan Mitch en 1998 qui a mis l' économie du Honduras à genoux pour des années. Le Honduras est aussi un paradis fiscal pour les grosses entreprises nord-américaines et les industries de sous-traitance - ou ' maquilas ' - tenues par des Nord-Américains, des Chinois et des Coréens. Sous couvert de créer beaucoup d'emplois, pour des salaires de misère, les grosses sociétés étrangères sont exonérées d' impôt sur le revenu pour 30 ans. Scandaleux sans doute, mais c'est ainsi que vont les choses en Amérique Centrale !
LE HONDURAS UN PAYS METISSE
90% de la population est métissée , à la fois espagnole et amérindienne. Il y a aussi des Noirs, anciens esclaves venus de la Jamaïque et de Grand Cayman, des Garifunas aux racines amérindiennes ( caribes et africaines ) venus de l' île de St Vincent, des Blancs, des Turcs, Libanais et Syriens, des Asiatiques, des indigènes. Ces derniers ont beaucoup souffert au cours des siècles passés : 500 ans de tyrannie culturelle, économique et sociale et, à la clé, un génocide qui est reconnu désormais par la communauté internationale. Parmi les peuples indigènes, le plus remarquable est sans doute celui des Lencas qui sont plus de 100.000 actuellement. On les trouvera dans le département d' Intibuca, capitale La Esperanza, qui demeure le foyer actuel d'une culture lenca qui veut désormais s'affirmer. Egalement, les Chortis ( environ 5000 ) qui vivent dans les montagnes de l' Ouest, les Pipils proches de la frontière du Salvador ( et massacrés dans les année 30 ), les Jicaques ou Tolupanes qui sont, semble-t-il, originaires du Mexique, parlent une langue proche de celle des Sioux, et se rencontrent dans le département de Yoro, les Misquitos, les Pech et les Tawahkas qui peuplent la Mosquitie. Enfin il y a les Garifunas, métissés d'indigènes caribes des îles antillaises et de Noirs africains importés d'Afrique aux temps de l' esclavage par les Britanniques. A noter que les Français soutinrent les Garifunas dans leur dernière bataille contre les Anglais en 1795, non sans arrière-pensées politiques. Finalement ce furent les Anglais qui soumirent les Garifunas et décidèrent in fine de les déporter tous vers l' île de Roatan.
DETAILS PRATIQUES Le climat : janvier et février sont les mois idéaux pour visiter le Honduras, et, d'une manière générale, toute l' Amérique centrale. Températures agréables, voire fraîches le matin en montagne. Entre 13 et 26°. Plus chaudes sur la côte caribéenne dans le centre. Risques de mauvais temps malgré la ' bonne ' saison, côté atlantique.
ARGENT
La monnaie locale est le lempira, mais il est conseillé de se munir de dollars américains, surtout des petites coupures ( de 1, 5, 10, 20 ) et quelques grosses coupures ( 50 et 100 pour les hôtels en particulier ), et de changer au fur et à mesure. On peut changer dollars et euros dans les banques. Service lent, et queues. Eviter les distributeurs en extérieur. On peut aussi payer directement en USD les notes d' hôtels ou de B&B par exemple. Personnellement, je garde ma carte de crédit à portée au cas où mais je paie tout en dollars. C 'est notre ami R. qui nous sert de banque pour les quetzals au Guatemala et les lempiras au Honduras. Qui dit argent dit faire attention sans devenir paranoïaque ! Une vigilance permanente s'impose et il convient de ne pas grossièrement afficher son aisance financière - ou ses bijoux - dans la rue. Il faut être discret et respectueux des locaux, comme partout. Nous ne nous sommes jamais sentis en insécurité en Amérique centrale précédemment. Ce sera de même ici au Honduras sauf au centre -ville de Tegucigalpa. . HOTELS Attention ! Les lits doubles - ou matrimoniaux comme on dit ici - sont en 150 de large, c'est à dire étroits pour des couples. Il vaut mieux demander des lits jumeaux qui sont tous les deux en 140. Différence minime, il est préférable de le savoir avant de faire des réservations en ligne.
ROUTES : Très peu de signalisation, genre panneaux de limitation de vitesse. C 'est normalement 90 km/h sur la route, y compris les 4 voies qui ne sont pas tout le temps séparées en deux fois deux voies. Parc automobile en état correct, sans plus. Beaucoup de voitures et de bus déglingués. A noter que beaucoup de voitures sont achetées accidentées aux Etats-Unis et transportées par camion au Honduras ( idem dans les pays limitrophes ) pour y être réparées et revendues. Mon conseil : Ne pas conduire soi-même, ni louer de voiture au Honduras mais payer les services d' un chauffeur ( et guide à l' occasion ). Cela évite bien des soucis.
DOCUMENTATION PERSONNELLE Il existe un guide Petit Fûté 2019 du Guatemala. Rien en revanche en ce qui concerne le Honduras, oublié par la sphère touristique. Deux bonnes cartes routières à emporter : Guatemala National Geographic Honduras International Travel Maps On peut acheter les deux en ligne sur Amazon, ainsi que le ou les guides.
NOTRE PERIPLE
Guatemala - Honduras - Guatemala Le séjour de 10 jours tout compris pour deux ( incluant une location de voiture du genre SUV, une Nissan Morano ), toutes les visites, une longue excursion en lancha sur le Rio Dulce ( et vers Livingston ) au Guatemala caribéen nous a été facturé 2300 USD par notre ami R. On peut facilement rajouter à ce voyage la visite à Copan, et compter une nuit de plus sur place au Honduras. Plutôt en fin de séjour quand on se trouve du côté de Santa Rosa de Copan. Les nuits d'hôtel sont en sus. Compter environ 45 à 70 USD pour une chambre standard ou supérieure. Le prix moyen d'un repas est de 12 USD ( 10 euros ), sans entrée ni dessert ni fromage. Petits déjeuners roboratifs avec oeufs et haricots noirs pour ceux qui aiment. Ou alors crêpes et fruits. Yaourts et lait à acheter dans les supermarchés. Le Honduras n' est pas une destination aussi coûteuse que le Costa Rica, champion en la matière ( surtout quand il s'agit de visites de parcs nationaux ). Mais rien n' est donné tout de même. Les étrangers paient davantage dans les musées ou les parcs naturels que les nationaux, environ 3 fois plus.
Départ mercredi 15 janvier de PPT, Tahiti.
1er jour, mercredi 15 janvier
Vol PPT - LAX - sur Air France ( vol facturé 420 euros AR par personne et acheté en octobre ). Puis LAX -GUA sur Delta Airlines ( DL ), vol de nuit facturé 700 USD AR en First Class ( grosse promo ) , quittant LAX à 23 h 55 et atterrissant le lendemain matin 16 janvier à Guatemala City vers 7 heures avec une demi-heure de retard. Il faut dire que l' embarquement à Los Angeles ( Terminal Delta ) est assez chaotique et retardé par le nombre impressionnant de personnes plus ou moins âgées mais corpulentes et à mobilité réduite arrivant à l' enregistrement en fauteuil roulant ! Une spécialité de ces vols sur l' Amérique centrale ! Les fauteuils sont souvent poussés par des employés américains plus âgés et plus mal en point que ceux qu'ils poussent jusqu'à la porte de l' avion et aident à s'extirper de leur siège ... Les sourds qui aident les aveugles en quelque sorte !! A noter qu' une majorité de vols quittant la Californie pour le Mexique ou l' Amérique centrale en fin de journée sont en fait des vols de nuit, quittant les Etats-Unis entre 22H 30 et minuit.

Arrivée sur Ciudad de Guatemala 6 H45 du matin

Ciudad de Guatemala vue d'avion au petit matin
2ème jour : jeudi 16 janvier
Aéroport International - Guatemala City - Rio Dulce
R. nous attend, fidèle à l' heure dite. Personne dans l' aéroport à part le personnel, c'est le premier vol qui atterrit au petit matin; nous sommes sortis en 10 mn. Et nous allons prendre la route de Rio Dulce sur la côte caribéenne immédiatement. Mais avant cela il faut traverser toute la capitale et ce n' est pas une mince affaire ! Guate est une mégalopole de plus de 3 millions d'habitants, située sur de hauts plateaux à 1500 m d'altitude. C 'est la capitale du pays depuis la fin du 18ème siècle, après avoir remplacé Antigua, toute proche à 40 kms seulement, détruite par une éruption volcanique violente. C 'est une ville construite sans plan d'ensemble, et on s' y perd facilement même avec un GPS, sans parler des embouteillages qui bloquent la circulation pendant des heures matin et soir. Elle est en proie à de graves problèmes chroniques de pollution, pauvreté et violence, mais comme d'autres dans la région ou ailleurs dans le monde ( à Manille aux Philippines par exemple ). On peut se passer d'un séjour à Guatemala City qui n' est pas une ville renversante, lors d'un voyage dans le pays ; on peut aussi décider d'y passer deux jours / 1 nuit, et de visiter son centre historique par exemple, rénové récemment. Les derniers gouvernements prétendent faire des efforts et prendre la mesure des problèmes mais il n' ont pas de baguette magique ! Comment - alors que cela n' a jamais été fait - remédier sérieusement à l' abandon social d'une immense partie de la population par les pouvoirs publics? Et où trouver les fonds ? La corruption rampante ne permet généralement pas de faire aboutir les projets ambitieux, souvent financés par des fonds internationaux. Affaire à suivre donc ... Il ne faut sans doute pas rêver !
Nous nous retrouvons rapidement sur une route à 4 voies qui file vers l' est, dans un paysage très montagneux tout d'abord, avec vallées encaissées et mamelons en suite verdoyants. Puis les montagnes et collines laissent la place à une région de cultures : palmiers à huile, bananeraies, plantations d'ananas, prairies dédiées à l' élevage de vaches bien nourries par une herbe verte et haute, qui laisse penser qu'il pleut beaucoup dans la région. D 'ailleurs nous continuons sous la pluie pendant une heure, puis au plus près de Rio Dulce ( appellation qui concerne à la fois la rivière qui s' écoule du Lac Izabal et la bourgade située à la naissance du Rio Dulce et dont le nom officiel est Relleno - Fronteras ). Le temps est à la pluie. Nous avons réservé deux nuits à l' hôtel Tortugal inaccessible par la route, mais que l'on rejoint du village en ' lancha ' en 5 mn . Nous nous y installons rapidement puis reprenons un bateau pour une courte échappée vers le Castillo San Felipe construit par les Espagnols à l' entrée du lac pour protéger cette voie d'accès stratégique contre les pirates ainsi que contre des prétendants anglais, hollandais et français forcément malintentionnés !.



Retour à l' hôtel pour une soirée tranquille et une nuit moins agitée que la nuit presque blanche passée dans l' avion. La durée du vol entre LAX et GUA n ' est que de 4 heures 20 mn et on n' a pas vraiment le temps de se reposer.

Hôtel Tortugal
Il se remet à pleuvoir fort en début de soirée et il va pleuvoir sans arrêt toute la nuit. Espérons que notre remontée du Rio Dulce en lancha n' est pas compromise...
3 ème jour : vendredi 17 janvier
Vellena-Fronteras - Rio Dulce - Livingston - Rio Dulce - Vellena-Fronteras
Miraculeusement, la pluie cesse brutalement au petit matin. Le ciel uniformément gris commence à blanchir à l' horizon et quelques taches de bleu apparaissent. Il va faire plutôt beau, selon notre lanchero, et la température va remonter... Il a raison et nous avons de la chance car est prévue une remontée du Rio Dulce vers Livingston, une balade d' environ 60 kilomètres AR. La pluie aurait tout gâché, il aurait sans doute fallu annuler l' excursion.
Tortugal Hôtel Hôtel en bambou, avec marina, accessible uniquement en bateau du village ( 5 mn de traversée ). Nous avions une chambre supérieure à 80 dollars la nuit. Heureusement car les autres chambres n' étaient pas terribles. Insonorisation exécrable. Repaire d' Américains plutôt âgés en bateau et en goguette, très bruyants. Etablissement dans le style écolo-bobo à l' américaine qui agace à la longue. Petit déjeuner pas à la hauteur. Mauvais rapport qualité-prix.
Départ à 8 h 30. Nous allons couvrir le trajet aller en plus de 3 heures avec beaucoup d'arrêts, et de découverte-nature surtout dans la première partie, celle où nous logeons à l' hôtel Tortugal, proche du Castillo San Felipe qui garde l' entrée du lac. Nous allons naviguer vers la mer, c'est à dire dans l' autre sens. Le Rio Dulce est large et il s'évase encore plus sur une vingtaine de kilomètres pour devenir une étendue d'eau de grande largeur, avec des îles, certaines seulement îles aux oiseaux où se rassemble une avifaune riche et variée, et des bras secondaires, domaine d'une mangrove épaisse et luxuriante, et de vastes tapis de nénuphars sur lesquelles évoluent gracieusement des jacanas. Hormis ces derniers, on peut voir, par centaines, des hérons blancs et gris, des cormorans et surtout des pélicans qui évoluent non seulement sur le fleuve mais aussi aux abords de l' embouchure du fleuve, là où eau salée et eau douce se mélangent et où évoluent suffisamment de poissons pour nourrir tous ces oiseaux voraces. Sur les parties hautes des arbres poussant sur ces îlots, on aperçoit également des iguanes de belle taille, orangés ( des mâles ) et dont les arêtes dorsales sont hérissées de piquants redoutables. Ils prennent le soleil revenu après une nuit de pluie battante. Le fleuve , à cet endroit, a changé de couleur, et est devenu limoneux. La navigation est ralentie par des branches et des troncs d'arbres qui flottent parfois entre deux eaux. Au plus près du village de Vellena-Fronteras, les premières îles abritent de luxueuses et vastes retraites appartenant à de riches guatémaltèques et quelques américains aussi fortunés. On les reconnaît aux pelouses parfaitement entretenues et vertes, aux marinas privées et aux hangars à bateaux abritant des yachts de belle taille. L'une a un zoo privé avec singes et aras, une autre un héliport avec hélicoptère prêt à décoller. Notre lanchero nous apprend qu'il y a un aérodrome tout proche qui permet des liaisons rapides avec la capitale distante de 400 kilomètres. Peu à peu, le fleuve qui s'étalait à l'infini, se resserre et on entre dans une sorte de canyon, pas trop encaissé tout de même. Le fleuve serpente paresseusement entre des falaises de calcaire recouvertes de verdure et d'arbres au contact de l' eau, sur lesquels sont perchés des dizaines d'oiseaux.





On arrive vers midi à Livingston, ville de 8000 habitants qui sommeille un peu à l' embouchure du Rio Dulce. Ville typique de la côte caraïbe de tous ces pays d'Amérique Centrale, un peu oubliée par le pouvoir central qui regarde plutôt côté pacifique, multi-ethnique aussi. Les amérindiens côtoient les mayas dont la gent féminine a gardé et porte le costume traditionnel à savoir longue jupe et chemisier-caracot, et les Garifunas, issus d' anciens métissages entre les derniers indiens caraïbes et les esclaves ayant fui l' enfer des plantations ou ayant été déportés vers les îles honduriennes comme Roatan ou les côtes du Honduras et du Guatemala par les anglais quand leur présence devint inutile et encombrante. Livingston fut créée au début du 18ème siècle et connut une période d'abondance et de richesse en devenant le principal port guatémaltèque à exporter la richesse du pays, à savoir le café. Cette période est terminée et la ville vivote de la pêche et surtout du tourisme. Quelques jolis hôtels de style colonial et surtout une ambiance très caribe attirent des visiteurs toute l' année. On rajoutera au tableau un patrimoine architectural un peu délabré voire lépreux, beaucoup de petits restaurants Garifunas, une nourriture typée ( bananes plantain, riz coco, gâteaux coco ), des habitants souriants et aimables. Livingston est une agréable surprise, car la ville n' est pas considérée comme une destination touristique incontournable. Encore une erreur de jugement ! Car Livingston, c'est vraiment une autre facette du Guatemala. Elle mérite ses trois étoiles.

L'un des lavoirs publics municipaux



Au retour en lancha vers notre hôtel, nous allons nous arrêter déjeuner dans un restaurant de bord de fleuve, goûter la spécialité locale, à savoir une soupe de poissons et de petits crabes du fleuve agrémentée de crevettes d'estuaire, puis faire une seconde halte là où se trouvent des sources chaudes et soufrées en bord de fleuve. Nom de l' endroit : Agua Caliente. Bien nommé donc. Bref, nous avons beaucoup apprécié cette excursion tout à fait exceptionnelle par sa durée et les lieux parcourus et visités. Curieusement , la remontée du Rio Dulce est mal notée dans des guides du genre Petit Futé, on se demande pourquoi, seulement une étoile. Mauvaise appréciation car la balade vaut trois étoiles au moins uniquement pour le Rio Dulce en tant que tel. Le Rio Dulce et Livingston sont notre premier coup de coeur du voyage.
Nous arrivons à l' hôtel sous une pluie battante qui va durer une heure et se calmer rapidement. Climat typiquement tropical de ces régions avec une grosse averse en fin de journée. Tropical mais pas trop chaud. Et puis, heureuse surprise, pas de moustiques. Dans la nuit, une autre averse très violente, puis plus rien jusqu'au matin. On se réveille avec nuages et soleil, et chaleur revenue. La journée s'annonce prometteuse, elle le sera moins que prévu. Le ciel va se couvrir de nouveau mais sans qu'il pleuve comme sur la côte même.
4ème jour : samedi 18 janvier
Rio Dulce - Frontière du Honduras - Omoa - San Pedro Sula
Nous démarrons à huit heures, direction la frontière du Honduras, à environ 50 kilomètres de là. Peu de circulation, on roule facilement, et puis, alors que l'on se rapproche de la frontière, la route devient mauvaise. Elle est en réparation, il semble être question de la re-goudronner... En attendant, elle est truffée de nids-de-poule et le goudron a disparu par plaques sur des dizaines de mètres. Vraiment inattendu ! Paysage de collines et de prairies verdoyantes dédiées à l' élevage, mais aussi aux palmeraies et bananeraies à perte de vue le long de la route. Arrivée au poste-frontière qui, heureusement regroupe les deux douanes. Il y a peu de monde et nous passons tous les trois en dix minutes les formalités de sortie du Guatemala et d'entrée au Honduras. Coût du passage : 3 dollars américains par personne. ( il vaut mieux les avoir sous la main, cela va plus vite, en liquide et compte rond ). On repart sur une très belle route, lisse, refaite de neuf et bien signalisée. Quel changement ! La réfection des principaux axes routiers du pays est l' une des seules promesses présidentielles tenues à ce jour. Ceci étant, le réseau secondaire hondurien est abîmé et la circulation y est ralentie.
Notre première étape va être Omoa, village de pêcheurs et bourgade caraïbe qui vaut surtout par son imposante forteresse espagnole ou Castillo de San Fernando ( en l' honneur du Roi Ferdinand VI d'Espagne ), construite de 1752 à 1775. A l' époque, la mer venait lécher les murailles, ce qui n' est plus le cas aujourd'hui. Comme d'autres constructions militaires espagnoles de la Grande Région , la forteresse dut subir les assauts des anglais dont les plans étaient de contrôler toute la côte du Nicaragua au Mexique. Ils parvinrent à vaincre les Espagnols et à s'emparer de la forteresse mais furent vaincus lors d'une seconde attaque, cette fois par les espagnols bien décidés à reprendre cette place-forte. On dit que des trésors sont enfouis dans la mer aux abords du village, ce qui ne manque pas de susciter de l' interêt chez les chercheurs de trésors, d'autant qu'un butin de pièces d'or fut découvert en 1972. Omoa n' a pas d'étoiles dans les guides, elle en mérite deux ou trois pour son imposante forteresse. et puis nous y avons très bien déjeuné en bord de plage. Ce gros village est donc à découvrir et non à éviter, surtout quand on vient du Guatemala côté caraïbe, comme c'était notre cas. C 'est à Omoa que nous retrouvons Alexi, originaire de San Pedro Sula et policier dans la vie. Il a quelques jours de congé et vient découvrir son pays avec nous. D' ailleurs c'est lui qui va conduire la voiture à partir de maintenant. Sa présence sera rassurante, il veille sur nous. Et puis, réflexe professionnel oblige, il est déjà aller repérer l' endroit où se trouve notre prochain hôtel à San Pedro Sula. Et puis nous roulons portes verrouillées... comme tout le monde, semble-t-il.



Après déjeuner, nous prenons la route de San Pedro Sula où nous faisons étape. Pas de chance, nous sommes samedi et le musée est fermé. SPS est une ville moderne et vivante aux larges avenues fleuries, aux rues propres et bien tenues, du moins les axes principaux. C 'est la capitale industrielle et commerciale du pays. Fondée en 1536 par Pedro de Alvarado sous le nom de ' Villa de San Pedro de Puerto Caballos ', San Pedro Sula ( ' sula ' en dialecte local indigène signifie ' vallée des oiseaux ' ), ville coloniale par excellence, se développa rapidement pour devenir l' étape incontournable du transport passagers et marchandises vers l' Europe ainsi qu'un carrefour entre Guatemala et Nicaragua. Elle fut attaquée et détruite par les pirates, puis finit par renaître à la prospérité grâce à l' industrie bananière. Il ne reste rien de son passé colonial et pas grand chose de son passé archéologique excepté au Musée. Des fouilles ont montré qu'une civilisation ancienne, antérieure d 'un millénaire à celle découverte à Copan - existait sur le site de la ville actuelle, après découvertes de statues anthropomorphiques en basalte évoquant l' ère olmèque, la mère de toutes les civilisations en Amérique centrale. SPS est aujourd'hui un centre majeur de ' maquilas ' - ou industries de sous-traitance - sous contrôle principalement nord-américain. SPS vaut, à l' occasion, une visite d'une demi-journée pour son musée ( fermé le samedi et le dimanche, hélas ), ainsi que pour sa minuscule place centrale flanquée d'une cathédrale dans laquelle on admirera les fresques religieuses moderne de style populaire réaliste qu' est en train de réaliser un peintre local avec beaucoup de talent. Des immeubles en mauvais état, de piètre construction années 70 et sans grâce encadrent malheureusement la cathédrale et gâchent l' ensemble. SPS - comme la capitale Tegucigalpa - est marquée par sa mauvaise réputation en matière de sécurité. Qu' en penser ? Retour à l' hôtel pour la nuit.
Guanacaste Hotel : 55 dollars la nuit. Bien situé, dans un quartier tranquille. Construit comme comme un bunker ou une prison de haute sécurité, au choix. Du jamais vu dans le genre ! Chambre au calme. Bonne climatisation. Mais ensemble vieillot, style années 70. Les peintures sont d'origine, la salle de bain aussi et tout cela date terriblement. Et puis personnel indolent peu professionnel . Rien n' était prêt pour le petit déjeuner quand nous sommes arrivés en salle. Celle-ci, sur le toit, n' avait même pas été balayée le soir précédent. En fait, il n' y avait que nous quatre dans l' hôtel, plus le veilleur de nuit effondré et endormi. Nous avons donc petit-déjeuné en extérieur. Pas terrible donc... Etablissement à éviter. Je dirais même : SPS à éviter ! C 'est une perte de temps dans un itinéraire serré, il vaut mieux voir autre chose.
Et l' on passe à la page 2 du carnet.....
I recently took a six-week trip to Mexico with Y, my Thai partner. To be precise, we spent 43 days there plus a final half-day before heading to Mexico City Airport for our return flight to Europe.
I’d already been to Mexico about 40 years ago! But that was only for a week or so, between Mérida and the Belize border.
First off, I should mention that I’ve never seen a beach in Mexico. I say this because discussions about Mexico always seem to revolve around the Costa / Riviera Maya.
Let’s start with an overview of the trip. Our itinerary can be split into two halves:
- First half: Querétaro, San Miguel de Allende, Morelia, Guanajuato, Mexico City “CDMX” (the capital). - Second half: Palenque, San Cristóbal de Las Casas, Chiapa de Corzo, Oaxaca, Puebla, Cholula, and finally Mexico City CDMX.
To move from one part of the trip to the other, we took a flight from Mexico City CDMX to Villahermosa, then a bus to Palenque.
In six weeks, we visited maybe a quarter or a fifth of the country (see the attached maps). Mexico is about three times the size of France! And when I say “visited,” it was really just a quick stop—enough to get a first impression. I understand that some people can only spend one or two weeks on vacation in a given country, but that’s not my idea of travel. Personally, I’d say a country as rich in every way as Mexico deserves several months of travel before you can say you’ve “seen” it.
In my next post, I’ll break down the expenses. That might help future travelers plan their trips. You don’t go to a country for several weeks (or more) without thinking about the budget! Besides, one of those future travelers to Mexico is us—we were so thrilled by Mexico that we’re definitely going back.
I’d already been to Mexico about 40 years ago! But that was only for a week or so, between Mérida and the Belize border.
First off, I should mention that I’ve never seen a beach in Mexico. I say this because discussions about Mexico always seem to revolve around the Costa / Riviera Maya.
Let’s start with an overview of the trip. Our itinerary can be split into two halves:
- First half: Querétaro, San Miguel de Allende, Morelia, Guanajuato, Mexico City “CDMX” (the capital). - Second half: Palenque, San Cristóbal de Las Casas, Chiapa de Corzo, Oaxaca, Puebla, Cholula, and finally Mexico City CDMX.
To move from one part of the trip to the other, we took a flight from Mexico City CDMX to Villahermosa, then a bus to Palenque.
In six weeks, we visited maybe a quarter or a fifth of the country (see the attached maps). Mexico is about three times the size of France! And when I say “visited,” it was really just a quick stop—enough to get a first impression. I understand that some people can only spend one or two weeks on vacation in a given country, but that’s not my idea of travel. Personally, I’d say a country as rich in every way as Mexico deserves several months of travel before you can say you’ve “seen” it.
In my next post, I’ll break down the expenses. That might help future travelers plan their trips. You don’t go to a country for several weeks (or more) without thinking about the budget! Besides, one of those future travelers to Mexico is us—we were so thrilled by Mexico that we’re definitely going back.
INTRODUCTION
Des vidéos sont insérées tout au long du résumé. Veuillez cliquer sur l'image pour démarrer la vidéo.
Nous avons séjourné 16 jours au Portugal fin mai - début juin de cette année et avons parcouru près de 2300 km pour découvrir différents attraits de ce magnifique pays.
Comme la plupart de nos précédents voyages, plusieurs semaines ont été consacrées à la création de notre itinéraire afin de pouvoir être en mesure d'atteindre parfaitement nos objectifs.
Lors de notre séjour, nous avons utilisé l'application Maps.me, une application mobile qui fournit des cartes hors ligne. Cette application s'avère très précieuse lors de nos déplacements en voiture, en randonnée et même lors de nos circuits à pied dans les grandes villes.
J'avais préalablement téléchargé les coordonnées GPS de toutes les attractions prévues à notre itinéraire dans l'application Maps.me, ce qui a facilité grandement nos déplacements.
La réservation de tous les hôtels ainsi que la location d'une voiture ont été effectuées sur internet avant notre départ.
Durant ce voyage, je n'ai pris aucune photo des établissements dans lesquels nous avons séjourné.
Si vous désirez obtenir des informations supplémentaires sur ces établissements, la majorité d'entre eux possèdent déjà leur propre site web.
Les attraits touristiques que nous avons visité sont les suivants:
Sintra Azenhas do Mar Obidos Nazaré Alcobaça Batalha Alvados: Grutas de San Antonio Grutas de Mira de Aire Fatima: Grutas da Moeda Fatima - Sanctuaire Tomar Coimbra Aveiro Porto Braga et son sanctuaire Bom Jesus do Monte Sanctuaire de Sameiro Guimaraes Lamego et son sanctuaire Nossa Senhora dos Remédios Serra da Estrela: Poço da Broca Falls Serra da Estrela: Praia Fluvial de Loriga Serra da Estrela: Torre Serra da Estrela: Covão do Boi Monsanto Penha Garcia Marvao Evora Mertola Cacela Velha Tavira Santo Estevao: Pego do Inferno Loulé Faro Albufeira: Praia da Falesia Carvoeiro: Praia de Albandeira Lagoa: Sentier des septs vallées suspendues Grottes de Carvoeiro (Aurora Boat Trips) Alvor: Praia Três Irmãos Lagos: Ponta da Piedade Grottes de Lagos (Blue Fleet Boat Trips) Carrapateira: Praia da Bordeira Aljezur: Praia de Monte Clérigo Aljezur: Praia da Amoreira Praia de Odeceixe
Voici un aperçu de l'itinéraire que nous avons parcouru. Il ne reflète pas exactement tous les arrêts que nous avons fait. Cependant, cela vous permet de visualiser l'étendue du trajet.
Veuillez cliquer sur chaque image afin d'obtenir une vue agrandie.



Au début de chaque journée, j'indique la distance parcourue, le temps passé sur la route et le temps des activités.
Toutes ces informations sont données à titre indicatif seulement, puisque les valeurs indiquées peuvent varier pour différentes raisons.
Sans plus attendre, je vous invite à venir découvrir par le biais de nos vidéos les différents attraits que nous avons visités lors de notre séjour au Portugal.
POUR VOUS RENDRE À UNE JOURNÉE SPÉCIFIQUE, VOICI LES LIENS APPROPRIÉS:
Jour 1: Sintra Jour 2: Sintra (suite), Azenhas do Mar, Obidos et Peniche Jour 3: Nazaré et Alcobaça Jour 4: Monastère de Batalha, Fatima et les grottes Mira de Aire, Moeda et San Antonio Jour 5: Tomar, Coimbra et Aveiro Jour 6: Porto Jour 7: Braga, Sanctuaire Bom Jesus do Monte, Sanctuaire de Sameiro et Guimarães Jour 8: Guimarães, Lamego et le Sanctuaire Dos Remedios Jour 9: Serra da Estrela (Plage fluviale Poço da Broca, Plage fluviale de Loriga, Torre, Senhora da Boa Estrela) et Idanha-a-Nova Jour 10: Monsanto, Penha Garcia, Marvao Jour 11: Évora et Mertola Jour 12: Cacela Velha, Tavira, Cascade du Pego do Inferno, Loulé, Faro et sa Chapelle des Os, Praia da Falesia (Albufeira)
Des vidéos sont insérées tout au long du résumé. Veuillez cliquer sur l'image pour démarrer la vidéo.
Nous avons séjourné 16 jours au Portugal fin mai - début juin de cette année et avons parcouru près de 2300 km pour découvrir différents attraits de ce magnifique pays.
Comme la plupart de nos précédents voyages, plusieurs semaines ont été consacrées à la création de notre itinéraire afin de pouvoir être en mesure d'atteindre parfaitement nos objectifs.
Lors de notre séjour, nous avons utilisé l'application Maps.me, une application mobile qui fournit des cartes hors ligne. Cette application s'avère très précieuse lors de nos déplacements en voiture, en randonnée et même lors de nos circuits à pied dans les grandes villes.
J'avais préalablement téléchargé les coordonnées GPS de toutes les attractions prévues à notre itinéraire dans l'application Maps.me, ce qui a facilité grandement nos déplacements.
La réservation de tous les hôtels ainsi que la location d'une voiture ont été effectuées sur internet avant notre départ.
Durant ce voyage, je n'ai pris aucune photo des établissements dans lesquels nous avons séjourné.
Si vous désirez obtenir des informations supplémentaires sur ces établissements, la majorité d'entre eux possèdent déjà leur propre site web.
Les attraits touristiques que nous avons visité sont les suivants:
Sintra Azenhas do Mar Obidos Nazaré Alcobaça Batalha Alvados: Grutas de San Antonio Grutas de Mira de Aire Fatima: Grutas da Moeda Fatima - Sanctuaire Tomar Coimbra Aveiro Porto Braga et son sanctuaire Bom Jesus do Monte Sanctuaire de Sameiro Guimaraes Lamego et son sanctuaire Nossa Senhora dos Remédios Serra da Estrela: Poço da Broca Falls Serra da Estrela: Praia Fluvial de Loriga Serra da Estrela: Torre Serra da Estrela: Covão do Boi Monsanto Penha Garcia Marvao Evora Mertola Cacela Velha Tavira Santo Estevao: Pego do Inferno Loulé Faro Albufeira: Praia da Falesia Carvoeiro: Praia de Albandeira Lagoa: Sentier des septs vallées suspendues Grottes de Carvoeiro (Aurora Boat Trips) Alvor: Praia Três Irmãos Lagos: Ponta da Piedade Grottes de Lagos (Blue Fleet Boat Trips) Carrapateira: Praia da Bordeira Aljezur: Praia de Monte Clérigo Aljezur: Praia da Amoreira Praia de Odeceixe
Voici un aperçu de l'itinéraire que nous avons parcouru. Il ne reflète pas exactement tous les arrêts que nous avons fait. Cependant, cela vous permet de visualiser l'étendue du trajet.
Veuillez cliquer sur chaque image afin d'obtenir une vue agrandie.




Au début de chaque journée, j'indique la distance parcourue, le temps passé sur la route et le temps des activités.
Toutes ces informations sont données à titre indicatif seulement, puisque les valeurs indiquées peuvent varier pour différentes raisons.
Sans plus attendre, je vous invite à venir découvrir par le biais de nos vidéos les différents attraits que nous avons visités lors de notre séjour au Portugal.
POUR VOUS RENDRE À UNE JOURNÉE SPÉCIFIQUE, VOICI LES LIENS APPROPRIÉS:
Jour 1: Sintra Jour 2: Sintra (suite), Azenhas do Mar, Obidos et Peniche Jour 3: Nazaré et Alcobaça Jour 4: Monastère de Batalha, Fatima et les grottes Mira de Aire, Moeda et San Antonio Jour 5: Tomar, Coimbra et Aveiro Jour 6: Porto Jour 7: Braga, Sanctuaire Bom Jesus do Monte, Sanctuaire de Sameiro et Guimarães Jour 8: Guimarães, Lamego et le Sanctuaire Dos Remedios Jour 9: Serra da Estrela (Plage fluviale Poço da Broca, Plage fluviale de Loriga, Torre, Senhora da Boa Estrela) et Idanha-a-Nova Jour 10: Monsanto, Penha Garcia, Marvao Jour 11: Évora et Mertola Jour 12: Cacela Velha, Tavira, Cascade du Pego do Inferno, Loulé, Faro et sa Chapelle des Os, Praia da Falesia (Albufeira)
Après avoir un été un lecteur assidu mais discret de ce forum pendant des années, et avoir allègrement usé de la masse d'informations disponible grâce à ses membres, je me demandais de quelle manière je pouvais y contribuer à mon tour.
Je me suis alors rendu compte qu'il n'existait pas de carnet de voyage récent pour le Bangladesh, le dernier remontant à 2008. Pourquoi une telle situation? Très certainement car le nombre de touristes annuel représente environ 20.000 personnes, comparé à une population toujours en croissance de 150 millions de Bangladais, sur un territoire représentant grosso modo un tiers de la France. Le Bangladesh est ainsi le pays le plus dense du monde, hormis quelques cités-états, et la situation n'est pas près de s'arranger en termes de surpopulation.
Pour faire une comparaison un peu spécieuse et illustrer la quasi absence de touristes, on peut rapporter les chiffres précédemment cités à la population de Paris (un peu plus de deux millions intramuros), et se rendre compte que moins de 300 touristes par an auraient le privilège de sentir les douces effluves d’urine de notre métro et de prendre des selfies devant la tour Eiffel.
De ce constat simple le voyageur peut déduire qu'il ne rencontrera pas beaucoup de compatriotes et que les infrastructures touristiques seront à peu près nulles, mais surtout qu'il doit s'attendre à attirer l'attention de façon constante de foules d'hommes et d'adolescents pour lesquels la notion d'espace personnel est inconnue, et ne s'imaginent pas une seule seconde qu'être suivi partout pendant des heures, et ce, répété chaque jour du séjour, peut finir par devenir légèrement pesant, et amener le touriste a rejoindre sa chambre d’hôtel plus tôt que prévu pour s’étendre en position fœtale et pleurer. J’exagère un peu… mais l’idée est là.
Pour résumer, ce fut un voyage extrêmement intéressant mais difficile et fatigant à la fois. Je vais essayer de retranscrire au fil de ce carnet mes impressions de façon la plus fidèle possible et sans langue de bois, et j’évoquerai également un peu l’actualité et l’exode forcé des Rohingyas vers le Sud-est du Bangladesh où je me trouvais il y quelques mois. Je vais m’appliquer à être le plus exhaustif possible dans l’introduction car il est difficile de trouver des informations récentes en français a propos de ce pays.
Qui suis-je ?
Je m’appelle Maxime, j’ai 28 ans et j’ai déjà eu beaucoup d’occasions de voyager ou de passer du temps à l’étranger, notamment depuis avoir été diplômé d’école de commerce en 2013. J’avais déjà avant cette date réalisé un stage de trois mois au Maroc, et passé un semestre d’échange en Corée du Sud en plus de quelques voyages en Europe de l’Est notamment. Apres avoir passé deux ans en stage et apprentissage en région parisienne j’ai différé mon entrée dans le monde professionnel pour voyager un an en Asie avec l’argent que j’avais alors économisé. Apres mon retour en Europe, j’ai travaillé un peu plus d’un an en Italie dans une société de conseil mais ai été plus ou moins poussé vers la sortie car je ne manifestais guère d’enthousiasme quand il fallait « mapper des process target ». Apres cette expérience j’ai décidé de voyager de nouveau notamment en Iran et Asie Centrale. Tout cela pour dire que malgré mes voyages précédents, le Bangladesh a représenté un choc culturel plutôt corsé.
Pourquoi le Bangladesh ?
Le Bangladesh était l’un des pays auxquels je pensais pour finir mon voyage d’un an en Asie mais j’avais finalement opté pour un autre itinéraire. Je voyais aussi ce pays comme un test pour savoir si je pourrais être tenté également par un voyage en Inde, ne voulant pas aller dans ce pays pour seulement quelques semaines, mais n’osant pas me lancer pour plusieurs mois. C’était aussi l’occasion de découvrir un pays complètement ignoré des touristes et plus connu pour ses accidents industriels et pour favoriser l’insertion professionnelle des petits bouts de chou que pour ses paysages verdoyants ou des monuments classés a l’UNESCO.
Dans quel contexte s’est déroulé le voyage ?
J’ai décidé de me rendre en Australie pour réaliser un working holiday visa d’un an et me rapprocher de ma copine australienne rencontrée lors de mon précédent voyage en Asie centrale. Pour joindre l’utile a l’agréable j’ai voyagé environ deux mois entre la France et l’Australie, et me suis arrêté aux Emirats Arabes Unis, a Oman et au Sri Lanka avant de visiter le Bangladesh. Je voyageais donc seul avec mon sac-a-dos, sans guide, utilisant les transports en commun… A la routarde dirons-nous.
Informations pratiques
· Visa : disponible à l’aéroport pour une durée de trente jours pour les touristes français, il coute de mémoire 51 US dollars. On ne vous demande pas grand-chose mais on m’a demandé ou je comptais passer la nuit et ils ont même appelé mon hôte sur Couchsurfing pour vérifier. J’avais par ailleurs un vol de sortie au départ du même aéroport moins de trente jours plus tard. · Météo : rien de particulier, chaud et humide au mois d’avril mais pas de pluies diluviennes ininterrompues. · Transport : le pays étant très petit et dense, il est extrêmement facile de se déplacer même entre les petites villes ou villages. Il y a un nombre assez incroyable de bus sillonnant le pays à tombeaux ouverts pour les amateurs de sensations fortes. En ville on trouve des Rickshaws et des Tuktuks partout, et des taxis/tuktuks collectifs font la navette entre les villages pour un prix dérisoire. On y reviendra plus en détail par la suite.
Est-ce dangereux de visiter le Bangladesh ?
Le ministère des affaires étrangères déconseille fortement de se rendre dans le pays, qu’il classait en zone orange au moment de mon séjour. Il y a notamment eu une attaque dans un restaurant italien un an auparavant au cours de laquelle une vingtaine de personnes avaient péri. Il donne aussi des conseils pertinents en conseillant d’éviter les rassemblements politiques ou de grévistes car la culture politique locale est assez violente. En bref, je pense qu’ils font leur travail correctement en mettant en garde les voyageurs, un routard français ayant par exemple disparu peu de temps avant mon passage alors qu’il prévoyait de passer en Birmanie par voie terrestre ou par bateau ce qui est illégal et pas forcement intelligent. https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays/bangladesh/#securite Pour ma part, je ne me suis jamais senti en situation d’insécurité, bien que je n’eusse pas été a l’abri d’un mouvement de foule ou d’un accident de la route. Alors que l’islamisme représente apparemment un danger croissant, je n’ai pas vécu de situation inconfortable par rapport a la religion et les musulmans d’apparence les plus pieux, grosses barbes rousses, Kamis… se sont montrés sympathiques et chaleureux avec moi.
Quel est le niveau d’hygiène ?
Les phobiques peuvent je pense arrêter leur lecture ici car c’est certainement le pays le plus sale que j’ai visité jusqu'à présent. Des ordures partout, des villes poussiéreuses au possible, des draps d’hôtel aux taches suspectes, des chauffeurs de rickshaws qui font leurs besoins dans la rue… Par exemple, après une journée complète assis dans un bus, je me suis gratté le visage et mes ongles étaient noirs de saleté. J’imagine que ca doit être pareil en Inde.
Pour ma part, sans dire que la situation était excellente au niveau gastrique, je me contentais généralement de fumer une cigarette le matin avant de quitter l’hôtel, et j’étais tranquille pour la journée. Donc globalement, trois semaines dans le pays sans être trop malade, ce dont j’étais assez fier.
La minute chien errant
Religion musulmane oblige, ou bien trafic routier meurtrier, les rues ne sont pas envahies de chiens errants comme la Birmanie ou le Sri Lanka par exemple, et nos meilleurs amis ne représentent pas une menace quotidienne pour nos délicats mollets. Bien appréciable.
Comment et qu’est-ce qu’on y mange ?
Les gens mangent avec les mains mais vous pouvez facilement demander au moins une cuiller si cela vous dérange. En général, il est possible de se laver les mains au savon avant et après avoir mangé dans tous les restaurants donc ca va. La main droite sert à manger et la gauche à se débarbouiller le derrière (quasiment pas de petite douche dans les toilettes, plus généralement une petite carafe dans laquelle on puise).
Vous pouvez généralement choisir comme base soit du riz soit du pain (pratha, chapati…) généralement servi avec des currys de viande, de poisson ou de légumes. Vous pouvez également consommer du dhal (plat a base de lentilles un peu partout), des omelettes… Une grande variété de fruits est également disponible et vous pouvez acheter des noix de coco pour environ 0,5 euro la pièce. Pour le petit-déjeuner, l’un des plats les plus populaires est une sorte de samosa frit fourré à la patate, très bon mais brulant quand on mord dedans. Les Bangladais boivent également énormément de the dans de petits verres, avec ou sans lait concentré, au citron… Un verre de the coute généralement cinq takas, soit environ 0,06 euro. L’eau en bouteille se trouve partout à un prix raisonnable pour un touriste occidental, peut-être 0,4 euro les deux litres. On trouve de l’alcool dans quelques bars dans les grandes villes, ainsi que dans une poignée de magasins ouverts aux étrangers, mais la consommation reste très limitée.
Accueil de la population ?
Les Bangladais sont d’une gentillesse et d’une curiosité un peu envahissante avec les rares étrangers qu’ils rencontrent. Le fait d’être seul les incite je pense encore plus a vous aborder et vouloir passer du temps avec vous.
Cela peut être d’autant plus stressant que chaque personne rencontrée va au bout de cinq minutes vous demander votre numéro de téléphone, votre facebook, votre email, et vous appeler, écrire... chaque jour pour vous demander de vos nouvelles, comment vont vos parents... et ce pendant des mois après votre rencontre. Je fournirai des exemples un peu plus précis par la suite, notamment des captures d’écran de mon téléphone.
Cette situation pouvant être déjà pénible pour un garçon brun de taille moyenne et à la peau mate comme moi, j’imagine que cela serait surement bien pire pour une fille blonde par exemple et surtout non accompagnée. Je suis sur que des voyageuses intrépides s’y sont déjà rendues et ont apprécié leur séjour sur place mais je ne recommanderais pas ce pays a titre personnel pour une routarde seule. J’ai en un peu plus de trois semaines rencontré trois étrangers dans le Nord du pays, trois carabins anglais qui faisaient un stage de quelques mois dans un hôpital du pays, mais aucun touriste, donc je pense que les chances de se trouver un compagnon de voyage sur place sont assez minces.
Cependant pour rendre à César ce qui est à César, je me dois aussi de dire que les gens ont presque toujours été d'une grande gentillesse, ne m'ont presque jamais demandé de l'argent dans la rue, et m’ont paru être globalement très honnêtes avec les étrangers. Les Bangladais adorent par ailleurs Zinedine Zidane, qui s’est rendu dans le pays pour je crois des actions humanitaires, et dont le nom revient systématiquement quand vous dites être français.
Facile de communiquer avec la population ?
Comme dit un peu plus tôt les gens ne sont pas timides et rendent volontiers service. Beaucoup parlent un anglais assez basique, mais on trouve assez souvent des gens qui maitrisent cette langue couramment donc peu de soucis d’incompréhension comme en Chine par exemple. Je pense que l’arabe est également assez répandu dans la mesure ou des millions de Bangladais travaillent ou ont travaillé dans les pays du golfe.
Quel a été mon itinéraire ?
· Dhaka : 1 nuit · Sonorgaon : 1 nuit · Chittagong : 2 nuits · Cox’s Bazaar : 2 nuits · Ramu et Chittagong Hills Tracts : 4 nuits · Bus de nuit entre Chittagong et Syhlet : 1 nuit · Syhlet : 2 nuits · Sri Mangal : 2 nuits · Rajshahi : 3 nuits · Bogra : 4 nuits · Retour a Dhaka dans l’après-midi pour prendre l’avion vers 22h
Qu’est-ce que j’ai raté et pourquoi ?
Deux attractions touristiques majeures que je n’ai pas faites : · Le parc national des Sunderbans, qui est la plus grande mangrove du monde à cheval sur l’Inde pour un tiers, et le Bangladesh pour le reste. On y trouve encore notamment une grande population de tigres du Bengale sauvages. · Prendre le rocket boat pour une croisière fluviale entre Dhaka et Barisal. Le Bangladesh étant traversé par de multiples fleuves, il est recommandé d’effectuer un trajet sur un de ces bateaux à vapeur. J’avais initialement prévu de débuter mon voyage au Bangladesh par ces deux attractions mais le temps était mauvais dans le Sud-ouest a mon arrivée et j’ai décidé de visiter le Sud-est en premier. Par la suite j’ai lu des avis assez mitiges de personnes ayant souscrit à des tours, nécessaires pour visiter ce parc national, et n’en ayant pas eu pour leur argent (environ 200 USD donc une somme coquette pour ce pays). Ils se plaignaient notamment de n’être pas allés en profondeur dans la mangrove et d’avoir surtout été conduit dans une sorte d’écomusée à proximité immédiate de la ville de Khulna d’où ils étaient partis. Etant seul et n’ayant rien réserve j’avais peu de chances de trouver un groupe prêt au départ sur lequel me greffer pour diminuer la note, et avec une agence sérieuse.
Est-ce que le Bangladesh ressemble à l’Inde ?
Je ne suis jamais allé en Inde, mais selon certains Bangladais qui s’y rendaient régulièrement pour leur travail, l’Inde est bien plus organisée et développée que leur pays.
Budget
C’est un pays extrêmement bon marché pour un voyageur, j’ai dépensé en 24 jours 29150 Takas, billets d’avion et visa exclus, soit environ 300 euros, ou bien 12,5 euros par jour. Je n’ai pas payé pour ma première nuit à Dhaka car j’ai fait du couchsurfing et ai été invité plusieurs nuits dans la région de Ramu. Le reste du temps, j’ai dormi dans des hôtels bon marché, mangé dans de petits restaurants et pris les transports en commun. J’aurais pu dépenser encore un peu moins mais j’ai fait quelques achats de vêtements pendant mon dernier jour, en prévision de mon année en Australie.
Je me suis alors rendu compte qu'il n'existait pas de carnet de voyage récent pour le Bangladesh, le dernier remontant à 2008. Pourquoi une telle situation? Très certainement car le nombre de touristes annuel représente environ 20.000 personnes, comparé à une population toujours en croissance de 150 millions de Bangladais, sur un territoire représentant grosso modo un tiers de la France. Le Bangladesh est ainsi le pays le plus dense du monde, hormis quelques cités-états, et la situation n'est pas près de s'arranger en termes de surpopulation.
Pour faire une comparaison un peu spécieuse et illustrer la quasi absence de touristes, on peut rapporter les chiffres précédemment cités à la population de Paris (un peu plus de deux millions intramuros), et se rendre compte que moins de 300 touristes par an auraient le privilège de sentir les douces effluves d’urine de notre métro et de prendre des selfies devant la tour Eiffel.
De ce constat simple le voyageur peut déduire qu'il ne rencontrera pas beaucoup de compatriotes et que les infrastructures touristiques seront à peu près nulles, mais surtout qu'il doit s'attendre à attirer l'attention de façon constante de foules d'hommes et d'adolescents pour lesquels la notion d'espace personnel est inconnue, et ne s'imaginent pas une seule seconde qu'être suivi partout pendant des heures, et ce, répété chaque jour du séjour, peut finir par devenir légèrement pesant, et amener le touriste a rejoindre sa chambre d’hôtel plus tôt que prévu pour s’étendre en position fœtale et pleurer. J’exagère un peu… mais l’idée est là.
Pour résumer, ce fut un voyage extrêmement intéressant mais difficile et fatigant à la fois. Je vais essayer de retranscrire au fil de ce carnet mes impressions de façon la plus fidèle possible et sans langue de bois, et j’évoquerai également un peu l’actualité et l’exode forcé des Rohingyas vers le Sud-est du Bangladesh où je me trouvais il y quelques mois. Je vais m’appliquer à être le plus exhaustif possible dans l’introduction car il est difficile de trouver des informations récentes en français a propos de ce pays.
Qui suis-je ?
Je m’appelle Maxime, j’ai 28 ans et j’ai déjà eu beaucoup d’occasions de voyager ou de passer du temps à l’étranger, notamment depuis avoir été diplômé d’école de commerce en 2013. J’avais déjà avant cette date réalisé un stage de trois mois au Maroc, et passé un semestre d’échange en Corée du Sud en plus de quelques voyages en Europe de l’Est notamment. Apres avoir passé deux ans en stage et apprentissage en région parisienne j’ai différé mon entrée dans le monde professionnel pour voyager un an en Asie avec l’argent que j’avais alors économisé. Apres mon retour en Europe, j’ai travaillé un peu plus d’un an en Italie dans une société de conseil mais ai été plus ou moins poussé vers la sortie car je ne manifestais guère d’enthousiasme quand il fallait « mapper des process target ». Apres cette expérience j’ai décidé de voyager de nouveau notamment en Iran et Asie Centrale. Tout cela pour dire que malgré mes voyages précédents, le Bangladesh a représenté un choc culturel plutôt corsé.
Pourquoi le Bangladesh ?
Le Bangladesh était l’un des pays auxquels je pensais pour finir mon voyage d’un an en Asie mais j’avais finalement opté pour un autre itinéraire. Je voyais aussi ce pays comme un test pour savoir si je pourrais être tenté également par un voyage en Inde, ne voulant pas aller dans ce pays pour seulement quelques semaines, mais n’osant pas me lancer pour plusieurs mois. C’était aussi l’occasion de découvrir un pays complètement ignoré des touristes et plus connu pour ses accidents industriels et pour favoriser l’insertion professionnelle des petits bouts de chou que pour ses paysages verdoyants ou des monuments classés a l’UNESCO.
Dans quel contexte s’est déroulé le voyage ?
J’ai décidé de me rendre en Australie pour réaliser un working holiday visa d’un an et me rapprocher de ma copine australienne rencontrée lors de mon précédent voyage en Asie centrale. Pour joindre l’utile a l’agréable j’ai voyagé environ deux mois entre la France et l’Australie, et me suis arrêté aux Emirats Arabes Unis, a Oman et au Sri Lanka avant de visiter le Bangladesh. Je voyageais donc seul avec mon sac-a-dos, sans guide, utilisant les transports en commun… A la routarde dirons-nous.
Informations pratiques
· Visa : disponible à l’aéroport pour une durée de trente jours pour les touristes français, il coute de mémoire 51 US dollars. On ne vous demande pas grand-chose mais on m’a demandé ou je comptais passer la nuit et ils ont même appelé mon hôte sur Couchsurfing pour vérifier. J’avais par ailleurs un vol de sortie au départ du même aéroport moins de trente jours plus tard. · Météo : rien de particulier, chaud et humide au mois d’avril mais pas de pluies diluviennes ininterrompues. · Transport : le pays étant très petit et dense, il est extrêmement facile de se déplacer même entre les petites villes ou villages. Il y a un nombre assez incroyable de bus sillonnant le pays à tombeaux ouverts pour les amateurs de sensations fortes. En ville on trouve des Rickshaws et des Tuktuks partout, et des taxis/tuktuks collectifs font la navette entre les villages pour un prix dérisoire. On y reviendra plus en détail par la suite.
Est-ce dangereux de visiter le Bangladesh ?
Le ministère des affaires étrangères déconseille fortement de se rendre dans le pays, qu’il classait en zone orange au moment de mon séjour. Il y a notamment eu une attaque dans un restaurant italien un an auparavant au cours de laquelle une vingtaine de personnes avaient péri. Il donne aussi des conseils pertinents en conseillant d’éviter les rassemblements politiques ou de grévistes car la culture politique locale est assez violente. En bref, je pense qu’ils font leur travail correctement en mettant en garde les voyageurs, un routard français ayant par exemple disparu peu de temps avant mon passage alors qu’il prévoyait de passer en Birmanie par voie terrestre ou par bateau ce qui est illégal et pas forcement intelligent. https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays/bangladesh/#securite Pour ma part, je ne me suis jamais senti en situation d’insécurité, bien que je n’eusse pas été a l’abri d’un mouvement de foule ou d’un accident de la route. Alors que l’islamisme représente apparemment un danger croissant, je n’ai pas vécu de situation inconfortable par rapport a la religion et les musulmans d’apparence les plus pieux, grosses barbes rousses, Kamis… se sont montrés sympathiques et chaleureux avec moi.
Quel est le niveau d’hygiène ?
Les phobiques peuvent je pense arrêter leur lecture ici car c’est certainement le pays le plus sale que j’ai visité jusqu'à présent. Des ordures partout, des villes poussiéreuses au possible, des draps d’hôtel aux taches suspectes, des chauffeurs de rickshaws qui font leurs besoins dans la rue… Par exemple, après une journée complète assis dans un bus, je me suis gratté le visage et mes ongles étaient noirs de saleté. J’imagine que ca doit être pareil en Inde.
Pour ma part, sans dire que la situation était excellente au niveau gastrique, je me contentais généralement de fumer une cigarette le matin avant de quitter l’hôtel, et j’étais tranquille pour la journée. Donc globalement, trois semaines dans le pays sans être trop malade, ce dont j’étais assez fier.
La minute chien errant
Religion musulmane oblige, ou bien trafic routier meurtrier, les rues ne sont pas envahies de chiens errants comme la Birmanie ou le Sri Lanka par exemple, et nos meilleurs amis ne représentent pas une menace quotidienne pour nos délicats mollets. Bien appréciable.
Comment et qu’est-ce qu’on y mange ?
Les gens mangent avec les mains mais vous pouvez facilement demander au moins une cuiller si cela vous dérange. En général, il est possible de se laver les mains au savon avant et après avoir mangé dans tous les restaurants donc ca va. La main droite sert à manger et la gauche à se débarbouiller le derrière (quasiment pas de petite douche dans les toilettes, plus généralement une petite carafe dans laquelle on puise).
Vous pouvez généralement choisir comme base soit du riz soit du pain (pratha, chapati…) généralement servi avec des currys de viande, de poisson ou de légumes. Vous pouvez également consommer du dhal (plat a base de lentilles un peu partout), des omelettes… Une grande variété de fruits est également disponible et vous pouvez acheter des noix de coco pour environ 0,5 euro la pièce. Pour le petit-déjeuner, l’un des plats les plus populaires est une sorte de samosa frit fourré à la patate, très bon mais brulant quand on mord dedans. Les Bangladais boivent également énormément de the dans de petits verres, avec ou sans lait concentré, au citron… Un verre de the coute généralement cinq takas, soit environ 0,06 euro. L’eau en bouteille se trouve partout à un prix raisonnable pour un touriste occidental, peut-être 0,4 euro les deux litres. On trouve de l’alcool dans quelques bars dans les grandes villes, ainsi que dans une poignée de magasins ouverts aux étrangers, mais la consommation reste très limitée.
Accueil de la population ?
Les Bangladais sont d’une gentillesse et d’une curiosité un peu envahissante avec les rares étrangers qu’ils rencontrent. Le fait d’être seul les incite je pense encore plus a vous aborder et vouloir passer du temps avec vous.
Cela peut être d’autant plus stressant que chaque personne rencontrée va au bout de cinq minutes vous demander votre numéro de téléphone, votre facebook, votre email, et vous appeler, écrire... chaque jour pour vous demander de vos nouvelles, comment vont vos parents... et ce pendant des mois après votre rencontre. Je fournirai des exemples un peu plus précis par la suite, notamment des captures d’écran de mon téléphone.
Cette situation pouvant être déjà pénible pour un garçon brun de taille moyenne et à la peau mate comme moi, j’imagine que cela serait surement bien pire pour une fille blonde par exemple et surtout non accompagnée. Je suis sur que des voyageuses intrépides s’y sont déjà rendues et ont apprécié leur séjour sur place mais je ne recommanderais pas ce pays a titre personnel pour une routarde seule. J’ai en un peu plus de trois semaines rencontré trois étrangers dans le Nord du pays, trois carabins anglais qui faisaient un stage de quelques mois dans un hôpital du pays, mais aucun touriste, donc je pense que les chances de se trouver un compagnon de voyage sur place sont assez minces.
Cependant pour rendre à César ce qui est à César, je me dois aussi de dire que les gens ont presque toujours été d'une grande gentillesse, ne m'ont presque jamais demandé de l'argent dans la rue, et m’ont paru être globalement très honnêtes avec les étrangers. Les Bangladais adorent par ailleurs Zinedine Zidane, qui s’est rendu dans le pays pour je crois des actions humanitaires, et dont le nom revient systématiquement quand vous dites être français.
Facile de communiquer avec la population ?
Comme dit un peu plus tôt les gens ne sont pas timides et rendent volontiers service. Beaucoup parlent un anglais assez basique, mais on trouve assez souvent des gens qui maitrisent cette langue couramment donc peu de soucis d’incompréhension comme en Chine par exemple. Je pense que l’arabe est également assez répandu dans la mesure ou des millions de Bangladais travaillent ou ont travaillé dans les pays du golfe.
Quel a été mon itinéraire ?
· Dhaka : 1 nuit · Sonorgaon : 1 nuit · Chittagong : 2 nuits · Cox’s Bazaar : 2 nuits · Ramu et Chittagong Hills Tracts : 4 nuits · Bus de nuit entre Chittagong et Syhlet : 1 nuit · Syhlet : 2 nuits · Sri Mangal : 2 nuits · Rajshahi : 3 nuits · Bogra : 4 nuits · Retour a Dhaka dans l’après-midi pour prendre l’avion vers 22h
Qu’est-ce que j’ai raté et pourquoi ?
Deux attractions touristiques majeures que je n’ai pas faites : · Le parc national des Sunderbans, qui est la plus grande mangrove du monde à cheval sur l’Inde pour un tiers, et le Bangladesh pour le reste. On y trouve encore notamment une grande population de tigres du Bengale sauvages. · Prendre le rocket boat pour une croisière fluviale entre Dhaka et Barisal. Le Bangladesh étant traversé par de multiples fleuves, il est recommandé d’effectuer un trajet sur un de ces bateaux à vapeur. J’avais initialement prévu de débuter mon voyage au Bangladesh par ces deux attractions mais le temps était mauvais dans le Sud-ouest a mon arrivée et j’ai décidé de visiter le Sud-est en premier. Par la suite j’ai lu des avis assez mitiges de personnes ayant souscrit à des tours, nécessaires pour visiter ce parc national, et n’en ayant pas eu pour leur argent (environ 200 USD donc une somme coquette pour ce pays). Ils se plaignaient notamment de n’être pas allés en profondeur dans la mangrove et d’avoir surtout été conduit dans une sorte d’écomusée à proximité immédiate de la ville de Khulna d’où ils étaient partis. Etant seul et n’ayant rien réserve j’avais peu de chances de trouver un groupe prêt au départ sur lequel me greffer pour diminuer la note, et avec une agence sérieuse.
Est-ce que le Bangladesh ressemble à l’Inde ?
Je ne suis jamais allé en Inde, mais selon certains Bangladais qui s’y rendaient régulièrement pour leur travail, l’Inde est bien plus organisée et développée que leur pays.
Budget
C’est un pays extrêmement bon marché pour un voyageur, j’ai dépensé en 24 jours 29150 Takas, billets d’avion et visa exclus, soit environ 300 euros, ou bien 12,5 euros par jour. Je n’ai pas payé pour ma première nuit à Dhaka car j’ai fait du couchsurfing et ai été invité plusieurs nuits dans la région de Ramu. Le reste du temps, j’ai dormi dans des hôtels bon marché, mangé dans de petits restaurants et pris les transports en commun. J’aurais pu dépenser encore un peu moins mais j’ai fait quelques achats de vêtements pendant mon dernier jour, en prévision de mon année en Australie.
EN ROUTE...
Bon bah voila, c'est parti, me voila dans le train pour Paris, de laquelle je m'envole pour la Bolivie demain matin. Voici a peu pres 6 semaines que je prépare cette aventure de trois semaines ou j'ai prévu de voir un bon bout de terre de ce pays. 3 semaines pour un pays comme celui-ci, ce n'est pas énorme, car des photos et récits que j'ai pu parcourir sur VF, les quatres coins de ce pays en valent la chandelle.
POURQUOI LA BOLIVIE? Pourquoi la Bolivie? Il me restait 3 semaines de congés a prendre cette année et l'envie de découverte d'horizons inconnus me rongeait les ongles, mais quels horizons? Un fait qui va grandement réduire la palette de possibilités: j'ai a présent posé les pieds sur tous les continents a l'exception d'un seul, l'Amérique du Sud. Et comme je suis un peu du genre a aimer dire "oui, j'ai été la-bas", le choix fut enteriné. Les options étaient maintenant limitées a une douzaine de pays. Des lors, je me suis penché sur ce a quoi j'aspirais le plus a voir lors d'un voyage. Je n'ai rien contre les plages de sable blanc avec palmiers, mais je préfere de loin les grands espaces, les déserts et les paysages montagneux. Je me suis tout naturellement porté sur la plus lomgue chaine de montagnes du monde, avec ses 7100 kilometres de long, la Cordillere des Andes. Elle s'étend du Venezuela au Chili, en passant par la Colombie, l'Equateur, le Pérou, la Bolivie, et l'Argentine. Apres moultes heures passées sur la toile a s'informer sur ces pays, il y avait tant de choses a voir dans chacun d'entre eux que le choix est vite devenu un dilemme. Mais il fallait en faire un, ce qui fut fait. Cette année, en route pour la Bolivie...
DEPART IMMINENT Paris, 18 Aout. Réveil a l'hotel ce matin, la tete un peu dans le cirage. Sous un ciel maussade, je marche vers la Gare du Nord pour prendre le RER B qui me conduira a Charles-de-Gaulle. Le petit provincial que je suis est tout ébahi de voir autant d'agitation dans la ville alors que le jour ne fait que pointer son nez. Au total cela fera 2h de transit depuis l'hotel jusqu'a la porte d'embarquement, sans anicroches. A l'enregistrement des bagages, une hotesse tres aimable et joviale me demande de la suivre, j'obtempere, elle commence alors une série de questions sur le ton d'une conversation entre amis, ce qui me laisse un peu pantois:
Alors comme ca vous vous rendez a La Paz?
Exact
Et donc vous partez seul, style routard?
Exact
C'est sympa ca, sinon vous faites quoi dans la vie?
Je suis développeur Web
Tres bien, cela consiste en quoi?
Nous avons un logiciel, mon role est d'apporrter de nouvelles fonctionnalités.
Mmh super! Et pour qui travaillez-vous?
Je deviens perplexe, pourquoi me pose-t-elle toutes ces questions? D'ailleurs, elle ne prend pas note de mes réponses.
Je travaille pour XXX.
Cool! Sinon vous faites quoi pendant votre temps libre?
J'aime bien la randonnée, le foot, la peche...
Ok! Moi quand j'étais petite on m'emmenait souvent a la peche, du coup vous pechez ou?
Dans des réservoirs, ce sont des lacs de taille moyenne
Elle enchainera sur mes techniques de peche, en allant jusque dans les moindres détails.
Bon eh bien, c'est super tout ca. Alors je vous souhaite un bon voyage, et éclatez-vous bien, au revoir!
Alors quelle s'apprete a prendre congés, je la retiens, curieux:
Excusez-moi, mais toutes ces questions, c'est pour un sondage? C'est pourquoi au juste??
Oh, non non, c'est juste que .... vous allez entrer sur le territoire américain, alors on a certaines procédures qu'on applique, c'est tout...
Ok
Sacrés ricains. Je ne vois pas bien a quoi peut mener un tel interrogatoire. De toute évidence, cela a été instauré parmi les procédures antiterroristes, seulement voila, les réponses ne sont pas enregistrées, et j'aurais pu mentir autant que possible. Aussi, je vois mal comment, avec des conversations sur des techniques de peche, elle aurait pu déceler une éventuelle personne indésirable. Pour finir, s'il s'agit bien de procédures anti-terroristes, pourquoi celle-ci ne s'applique-t-elle que pour les USA? Il n'y a pas de terrorisme en Europe? Bref, passons.
POURQUOI LA BOLIVIE? Pourquoi la Bolivie? Il me restait 3 semaines de congés a prendre cette année et l'envie de découverte d'horizons inconnus me rongeait les ongles, mais quels horizons? Un fait qui va grandement réduire la palette de possibilités: j'ai a présent posé les pieds sur tous les continents a l'exception d'un seul, l'Amérique du Sud. Et comme je suis un peu du genre a aimer dire "oui, j'ai été la-bas", le choix fut enteriné. Les options étaient maintenant limitées a une douzaine de pays. Des lors, je me suis penché sur ce a quoi j'aspirais le plus a voir lors d'un voyage. Je n'ai rien contre les plages de sable blanc avec palmiers, mais je préfere de loin les grands espaces, les déserts et les paysages montagneux. Je me suis tout naturellement porté sur la plus lomgue chaine de montagnes du monde, avec ses 7100 kilometres de long, la Cordillere des Andes. Elle s'étend du Venezuela au Chili, en passant par la Colombie, l'Equateur, le Pérou, la Bolivie, et l'Argentine. Apres moultes heures passées sur la toile a s'informer sur ces pays, il y avait tant de choses a voir dans chacun d'entre eux que le choix est vite devenu un dilemme. Mais il fallait en faire un, ce qui fut fait. Cette année, en route pour la Bolivie...
DEPART IMMINENT Paris, 18 Aout. Réveil a l'hotel ce matin, la tete un peu dans le cirage. Sous un ciel maussade, je marche vers la Gare du Nord pour prendre le RER B qui me conduira a Charles-de-Gaulle. Le petit provincial que je suis est tout ébahi de voir autant d'agitation dans la ville alors que le jour ne fait que pointer son nez. Au total cela fera 2h de transit depuis l'hotel jusqu'a la porte d'embarquement, sans anicroches. A l'enregistrement des bagages, une hotesse tres aimable et joviale me demande de la suivre, j'obtempere, elle commence alors une série de questions sur le ton d'une conversation entre amis, ce qui me laisse un peu pantois:
Alors comme ca vous vous rendez a La Paz?
Exact
Et donc vous partez seul, style routard?
Exact
C'est sympa ca, sinon vous faites quoi dans la vie?
Je suis développeur Web
Tres bien, cela consiste en quoi?
Nous avons un logiciel, mon role est d'apporrter de nouvelles fonctionnalités.
Mmh super! Et pour qui travaillez-vous?
Je deviens perplexe, pourquoi me pose-t-elle toutes ces questions? D'ailleurs, elle ne prend pas note de mes réponses.
Je travaille pour XXX.
Cool! Sinon vous faites quoi pendant votre temps libre?
J'aime bien la randonnée, le foot, la peche...
Ok! Moi quand j'étais petite on m'emmenait souvent a la peche, du coup vous pechez ou?
Dans des réservoirs, ce sont des lacs de taille moyenne
Elle enchainera sur mes techniques de peche, en allant jusque dans les moindres détails.
Bon eh bien, c'est super tout ca. Alors je vous souhaite un bon voyage, et éclatez-vous bien, au revoir!
Alors quelle s'apprete a prendre congés, je la retiens, curieux:
Excusez-moi, mais toutes ces questions, c'est pour un sondage? C'est pourquoi au juste??
Oh, non non, c'est juste que .... vous allez entrer sur le territoire américain, alors on a certaines procédures qu'on applique, c'est tout...
Ok
Sacrés ricains. Je ne vois pas bien a quoi peut mener un tel interrogatoire. De toute évidence, cela a été instauré parmi les procédures antiterroristes, seulement voila, les réponses ne sont pas enregistrées, et j'aurais pu mentir autant que possible. Aussi, je vois mal comment, avec des conversations sur des techniques de peche, elle aurait pu déceler une éventuelle personne indésirable. Pour finir, s'il s'agit bien de procédures anti-terroristes, pourquoi celle-ci ne s'applique-t-elle que pour les USA? Il n'y a pas de terrorisme en Europe? Bref, passons.
Bonjour à tous!
Depuis le temps que nous en parlions de ces cités Maya en rêvant sur des ouvrages ou devant des reportages ! Oh, je dirais bien depuis que l’on se connaît, JP et moi. Pour ceux qui ne nous connaissent pas, nous, seniors plus très alertes (JP bien fatigué par une méchante maladie et surtout la chimio qui va avec😠), et moi, Michèle (plus en formes à présent😕 qu’en forme olympique), étions très attirés ces dernières années par les USA, sans pour autant en oublier certaines de nos envies. Et là, juste avant de partir dans l’Ouest US l’année dernière, nous avions décidé que le prochain voyage serait le Mexique. Comme nous rentrions tard de notre long périple (début juillet) et que je voulais absolument partir en février ou mars, il fallait s’y atteler sans tarder. J’avais donc commencé à réfléchir pas mal au printemps dernier, - interrogeant plusieurs personnes sur le(s) forum(s) (au passage merci beaucoup pour votre aide), - lisant pas mal de blogs et de carnets (et je peux vous dire qu’il y en a de la lecture et de la photo ! Du style quand tu les vois😮, tu te dis : « Je pars demain »), - épluchant tout un tas de sites dédiés… et même des sites espagnols. Là, c’était plus dur quand on ne maîtrise pas la langue des amants, mais à cœur vaillant rien d’impossible (surtout avec un dictionnaire😉 car avec le traducteur Google, parfois, c’est pire que la VO : on ne comprend rien🤪).
Fin juillet, il est temps de se décider.
Après avoir tourné dans tous les sens (comme d’hab me direz-vous😛, je sais, je tourne beaucoup) différents itinéraires, incluant les Chapias, et pourquoi pas Veracruz et son carnaval, ayant même envisagé de rejoindre Cuba depuis Cancun…. (après tout, ce n’est pas très loin à vol d’oiseau et ça économise une traversée), bref, après avoir tourné, disais-je, j’ai fini par demander à JP : - Mexico grand tour ? – compter 5 semaines pour mon projet, incluant la péninsule du Yucatan - Mexico City et la Péninsule du Yucatan ? - Mexico et Cuba ? – Oh bon sang, presque 2 mois !😮 - Cuba avant que les Américains et le tourisme de masse n’altèrent son âme ? Quand je dis tourisme de masse, n’allez pas y voir un quelconque snobisme de ma part. Je parle de la masse braillarde et mal élevée, sans respect, que l’on rencontre sur certains sites, de la masse braillarde et avinée jusqu’à la grossièreté que l’on rencontre dans certains hôtels…. 😠 Allez, réfléchissez, vous en avez rencontré.
JP a choisi : on reste sur le Mexique, et ce sera la ville de Mexico et la Péninsule du Yucatan et ses cités Mayas. Mais pas que, nous le verrons.
Nous partirons en février. Pourquoi février ? Non, ce n’est pas la lubie d’une personne libre comme l’air qui peut choisir la période qu’elle veut. Ni un caprice de vieille dame gâtée 😇 (attention, que personne ne souligne : je n’ai pas dit gâteuse). Février ? J’avais dans un coin de mon cerveau le conseil d’un ancien collègue mexicain qui m’avait parlé de cette période comme étant très favorable. Période sèche, température agréable, hors spring break des américains, meilleure période pour les oiseaux, prix des vols raisonnables. C’est ti pas de bonnes raisons ? Bingo ! Le conseil s’est avéré des plus avisés.
Et les déplacements : Un vol sur IBERIA multi destination à 1073 € pour deux (Air France et les autres compagnies classiques étaient hors de prix). - Aller : Toulouse/Madrid/Mexico - Retour : Cancun/Mexico/Madrid/Toulouse – Un peu (beaucoup) galère, on le verra. Un vol interne Mexico/Cancun sur Interjet à 189€ pour deux. Une voiture louée Chez Alamo à Cancun : trop cher au finish, près de 600€ pour 2 semaines. En plus, pas de la première fraîcheur, la voiture, mais qui remplira sa mission. Une VW Jetta.
C’est parti ! Nous quittons notre vieille Europe le 3 février 2017 sous la menace de tempête (aiiiie l’avion, ça va donner quoi ?😕).
Ayant choisi Iberia pour son prix attractif, j’ai l’espoir que le Sud sera épargné, puisque nous mettons le cap sur Madrid. Nous embarquons avec un peu de retard, qui sera comblé à l’arrivée à Madrid. Un vol dans les nuages d’un bout à l’autre, sans aucune vue sur les Pyrénées – et c’est dommage car en cette période, la vue doit être bien belle. Pas la moindre petite perturbation, et je suis rassurée. Le temps de transfert est limité, mais heureusement, tout s’enchaîne à merveille, de tapis roulant en shuttle, nous voilà installés dans un Airbus A340-600 qui est loin d’être plein. Je m’attendais à piquer sur le Sud. Mais non ! Des tempêtes sont annoncées dans le Nord et on « monte » ?????? Mais de tempête, point sous nos cieux. Ouf, je vais pouvoir me relaxer. Donc, on monte, pas autant que pour les vols desservant les USA, mais quand même, et quand je vois « Chicoutimi » sur mon écran, je me dis que nous sommes encore bien loin de Mexico, là, au-dessus de toute cette blancheur canadienne. Un peu de nostalgie en pensant à l’un de nos voyages précédents, pas si ancien que ça. Après le Québec tout blanc, les grands lacs gelés, Chicago, la Floride, nous arrivons à Mexico dans la grisaille la plus complète.
Mexico = grisaille. La brume ? La pollution dont on parle tant ? Impressionnant : tout est gris, et l’heure tardive en rajoute une couche. PAS BEAU Mexico et ses alentours vu d’en haut😕.
Et après ? Affaire à suivre😉.
L’avion est pile poil à l’heure, 18h25 heure locale. Nous sommes ravis😏, car nous ne savons pas encore ce qui nous attend.
« Et le programme ?» me direz-vous. Le voici ! Vous n’imaginiez quand même pas que j’allais faire l’impasse, manière de changer un peu mes carnets ? Les étapes sont courtes, de façon à nous ménager et à improviser le cas échéant. J’avais juste trois impératifs : 1) Etre à Mexico un dimanche soir 2) Visiter Xochimilco également un dimanche 3) Etre à Merida un lundi soir Et je vous dirai pourquoi le moment venu. Trois semaines ne seront pas de trop, mais je me suis emmêlée les pinceaux dans ma réservation et Mexico City en fera les frais😕. Décidément, il est dit que je manque toujours de temps pour les villes. J1 – Arrivée Mexico J2 – Visite Mexico.Commencer par le Museo Nacional de Antropología J3 (dimanche) – Matin : Xochimilco, Museo Frida Kahlo, et autres musées alentour Après-midi, suite visite Mexico J4 – Mexico : Teotihuacan, Notre-Dame-de-Guadalupe, suite visite du Zocalo en fin d’après-midi. Pour les 4 nuits : Hotel Catedral à côté du Zocalo J5 – Vol pour Cancun et route vers Tulum – Nuit Mestizo Gallery Tulum J6 – Reserva de la Biósfera Sian-Ka'an – Nuit Tulum J7 – Site de Tulum, Cenote Azul – Nuit Tulum J8 – Akumal, Route vers Chichen Itza : Cenotes de Dzinup, Grutas de Balankanché, Cenote It Kil – Nuit Hotel Chichen Itza J9 – Chichen Itza, Izamal – Nuit Macan Che B&B Izamal J10 – Marché d’Izamal le matin, Cimetière d’Hoctun au passage, Route vers Celestun – Nuit Castillito Kin-Nah Celestun J11 (lundi) – Reserva de la Biosfera Ría le matin, Route vers Merida– Nuit Gran Hotel Merida J12 – Merida – Nuit Merida J13 – La route Puuc : Uxmal, Kabah, Sayil – Nuit Uxmal Resort Maya J14 – Labna, Edzna, Campeche – Nuit Hotel Socaire Campeche J15 – Campeche– Nuit Campeche J16 – Becal, Hacienda Yaxcopoil – Nuit à l’Hacienda – l’idée me plaisait bien) J17 – Valladolid – Nuit El Meson del Marques Valladolid J18 – Ek Balam, Hacienda San Lorenzo Oxman et son Cenote (GROS FLOP 😕!) – Nuit Valladolid J19 – Route vers Cancun pour 2 jours de farniente en all inclusive – Nuits Omni Cancun Hotel and Villas J20 & J21 – Bulle complète J22 – Départ pour Toulouse
Le temps de sortir de l’avion et on se retrouve ?
Depuis le temps que nous en parlions de ces cités Maya en rêvant sur des ouvrages ou devant des reportages ! Oh, je dirais bien depuis que l’on se connaît, JP et moi. Pour ceux qui ne nous connaissent pas, nous, seniors plus très alertes (JP bien fatigué par une méchante maladie et surtout la chimio qui va avec😠), et moi, Michèle (plus en formes à présent😕 qu’en forme olympique), étions très attirés ces dernières années par les USA, sans pour autant en oublier certaines de nos envies. Et là, juste avant de partir dans l’Ouest US l’année dernière, nous avions décidé que le prochain voyage serait le Mexique. Comme nous rentrions tard de notre long périple (début juillet) et que je voulais absolument partir en février ou mars, il fallait s’y atteler sans tarder. J’avais donc commencé à réfléchir pas mal au printemps dernier, - interrogeant plusieurs personnes sur le(s) forum(s) (au passage merci beaucoup pour votre aide), - lisant pas mal de blogs et de carnets (et je peux vous dire qu’il y en a de la lecture et de la photo ! Du style quand tu les vois😮, tu te dis : « Je pars demain »), - épluchant tout un tas de sites dédiés… et même des sites espagnols. Là, c’était plus dur quand on ne maîtrise pas la langue des amants, mais à cœur vaillant rien d’impossible (surtout avec un dictionnaire😉 car avec le traducteur Google, parfois, c’est pire que la VO : on ne comprend rien🤪).
Fin juillet, il est temps de se décider.
Après avoir tourné dans tous les sens (comme d’hab me direz-vous😛, je sais, je tourne beaucoup) différents itinéraires, incluant les Chapias, et pourquoi pas Veracruz et son carnaval, ayant même envisagé de rejoindre Cuba depuis Cancun…. (après tout, ce n’est pas très loin à vol d’oiseau et ça économise une traversée), bref, après avoir tourné, disais-je, j’ai fini par demander à JP : - Mexico grand tour ? – compter 5 semaines pour mon projet, incluant la péninsule du Yucatan - Mexico City et la Péninsule du Yucatan ? - Mexico et Cuba ? – Oh bon sang, presque 2 mois !😮 - Cuba avant que les Américains et le tourisme de masse n’altèrent son âme ? Quand je dis tourisme de masse, n’allez pas y voir un quelconque snobisme de ma part. Je parle de la masse braillarde et mal élevée, sans respect, que l’on rencontre sur certains sites, de la masse braillarde et avinée jusqu’à la grossièreté que l’on rencontre dans certains hôtels…. 😠 Allez, réfléchissez, vous en avez rencontré.
JP a choisi : on reste sur le Mexique, et ce sera la ville de Mexico et la Péninsule du Yucatan et ses cités Mayas. Mais pas que, nous le verrons.
Nous partirons en février. Pourquoi février ? Non, ce n’est pas la lubie d’une personne libre comme l’air qui peut choisir la période qu’elle veut. Ni un caprice de vieille dame gâtée 😇 (attention, que personne ne souligne : je n’ai pas dit gâteuse). Février ? J’avais dans un coin de mon cerveau le conseil d’un ancien collègue mexicain qui m’avait parlé de cette période comme étant très favorable. Période sèche, température agréable, hors spring break des américains, meilleure période pour les oiseaux, prix des vols raisonnables. C’est ti pas de bonnes raisons ? Bingo ! Le conseil s’est avéré des plus avisés.
Et les déplacements : Un vol sur IBERIA multi destination à 1073 € pour deux (Air France et les autres compagnies classiques étaient hors de prix). - Aller : Toulouse/Madrid/Mexico - Retour : Cancun/Mexico/Madrid/Toulouse – Un peu (beaucoup) galère, on le verra. Un vol interne Mexico/Cancun sur Interjet à 189€ pour deux. Une voiture louée Chez Alamo à Cancun : trop cher au finish, près de 600€ pour 2 semaines. En plus, pas de la première fraîcheur, la voiture, mais qui remplira sa mission. Une VW Jetta.
C’est parti ! Nous quittons notre vieille Europe le 3 février 2017 sous la menace de tempête (aiiiie l’avion, ça va donner quoi ?😕).
Ayant choisi Iberia pour son prix attractif, j’ai l’espoir que le Sud sera épargné, puisque nous mettons le cap sur Madrid. Nous embarquons avec un peu de retard, qui sera comblé à l’arrivée à Madrid. Un vol dans les nuages d’un bout à l’autre, sans aucune vue sur les Pyrénées – et c’est dommage car en cette période, la vue doit être bien belle. Pas la moindre petite perturbation, et je suis rassurée. Le temps de transfert est limité, mais heureusement, tout s’enchaîne à merveille, de tapis roulant en shuttle, nous voilà installés dans un Airbus A340-600 qui est loin d’être plein. Je m’attendais à piquer sur le Sud. Mais non ! Des tempêtes sont annoncées dans le Nord et on « monte » ?????? Mais de tempête, point sous nos cieux. Ouf, je vais pouvoir me relaxer. Donc, on monte, pas autant que pour les vols desservant les USA, mais quand même, et quand je vois « Chicoutimi » sur mon écran, je me dis que nous sommes encore bien loin de Mexico, là, au-dessus de toute cette blancheur canadienne. Un peu de nostalgie en pensant à l’un de nos voyages précédents, pas si ancien que ça. Après le Québec tout blanc, les grands lacs gelés, Chicago, la Floride, nous arrivons à Mexico dans la grisaille la plus complète.

Mexico = grisaille. La brume ? La pollution dont on parle tant ? Impressionnant : tout est gris, et l’heure tardive en rajoute une couche. PAS BEAU Mexico et ses alentours vu d’en haut😕.

Et après ? Affaire à suivre😉.
L’avion est pile poil à l’heure, 18h25 heure locale. Nous sommes ravis😏, car nous ne savons pas encore ce qui nous attend.
« Et le programme ?» me direz-vous. Le voici ! Vous n’imaginiez quand même pas que j’allais faire l’impasse, manière de changer un peu mes carnets ? Les étapes sont courtes, de façon à nous ménager et à improviser le cas échéant. J’avais juste trois impératifs : 1) Etre à Mexico un dimanche soir 2) Visiter Xochimilco également un dimanche 3) Etre à Merida un lundi soir Et je vous dirai pourquoi le moment venu. Trois semaines ne seront pas de trop, mais je me suis emmêlée les pinceaux dans ma réservation et Mexico City en fera les frais😕. Décidément, il est dit que je manque toujours de temps pour les villes. J1 – Arrivée Mexico J2 – Visite Mexico.Commencer par le Museo Nacional de Antropología J3 (dimanche) – Matin : Xochimilco, Museo Frida Kahlo, et autres musées alentour Après-midi, suite visite Mexico J4 – Mexico : Teotihuacan, Notre-Dame-de-Guadalupe, suite visite du Zocalo en fin d’après-midi. Pour les 4 nuits : Hotel Catedral à côté du Zocalo J5 – Vol pour Cancun et route vers Tulum – Nuit Mestizo Gallery Tulum J6 – Reserva de la Biósfera Sian-Ka'an – Nuit Tulum J7 – Site de Tulum, Cenote Azul – Nuit Tulum J8 – Akumal, Route vers Chichen Itza : Cenotes de Dzinup, Grutas de Balankanché, Cenote It Kil – Nuit Hotel Chichen Itza J9 – Chichen Itza, Izamal – Nuit Macan Che B&B Izamal J10 – Marché d’Izamal le matin, Cimetière d’Hoctun au passage, Route vers Celestun – Nuit Castillito Kin-Nah Celestun J11 (lundi) – Reserva de la Biosfera Ría le matin, Route vers Merida– Nuit Gran Hotel Merida J12 – Merida – Nuit Merida J13 – La route Puuc : Uxmal, Kabah, Sayil – Nuit Uxmal Resort Maya J14 – Labna, Edzna, Campeche – Nuit Hotel Socaire Campeche J15 – Campeche– Nuit Campeche J16 – Becal, Hacienda Yaxcopoil – Nuit à l’Hacienda – l’idée me plaisait bien) J17 – Valladolid – Nuit El Meson del Marques Valladolid J18 – Ek Balam, Hacienda San Lorenzo Oxman et son Cenote (GROS FLOP 😕!) – Nuit Valladolid J19 – Route vers Cancun pour 2 jours de farniente en all inclusive – Nuits Omni Cancun Hotel and Villas J20 & J21 – Bulle complète J22 – Départ pour Toulouse
Le temps de sortir de l’avion et on se retrouve ?







