Cop
Cop, traduction : flic. On l'a échappé belle avec la COP 21, une de plus et c'était : 22, v'la les flics, un accord contraignant (n'y a-t-il pas comme un pléonasme dans cette expression?)
Dans le
Karoo, cette année est également la plus chaude depuis que les données sont enregistrées. Les urbains disent chaude, les ruraux traduisent sèche et, si ce n'est pas exactement la même chose, c'est autrement plus grave. Les prévisionnistes n'attendent pas de pluies significatives avant l'automne 2016, soit en mars.
A Prince Albert, l'eau dévale encore des Swartberg Mountains par une réseau d'artères en pierre, de veines en ciment puis de veinules en plastique pour irriguer la ville. Il existe des droits précis à l'ouverture des vannes privées qui se mesurent en heures hebdomadaires. Pas besoin de police, il ne viendrait à personne l'idée d'abuser du bien commun. Tels les Masaïs, ils prélèvent sur la bête sans la tuer. Il y a ceux qui ont la chance de posséder un forage mais la nappe est sensible à la pluie et, déjà, le débit est affaibli. Il y a les
exploitants agricoles qui, ici comme ailleurs, bénéficient de passe-droits et irriguent des plantations qui ailleurs s'en passent. Et il y a ceux de North End, essentiellement métis, que ne desservent pas les canaux et qui ne disposent que du quota municipal. Pas grave, ils n'ont ni jardins, ni piscines.
Omelette norvégienne
Nous arrivons de deux mois de route couverts de poussière, comme la voiture. Immédiatement, nous ressentons que nous ne sommes pas au bon endroit. Le « welcome » en fer forgé et les déclarations
peace and love des décorations font long feu. On nous soumet à une interminable présentation des lieux, l'accent étant mis sur ce qu'il est interdit de faire (par exemple, d'utiliser du bois dans le barbecue) et ce qu'il convient de faire (aérer les lieux, fumer à l'emplacement dédié, soit en plein cagnard sur les sièges les plus inconfortables -s'ils pouvaient crever d'insolation!-. Nous apprendrons que D. (une des rares norvégiennes acclimatées en Afrique) vapote depuis trois ans après avoir fumé deux paquets par jours).
Le faux chaud deviendra un vrai froid (comme dans l'omelette sus-dite) quand, lors de son inspection quotidienne, en notre absence, D. relèvera une odeur de mégots dans la poubelle. S'ensuivra une explication orageuse, elle nous enjoignant de quitter les lieux, moi l'assurant que je fumerai à l'abri du soleil tant que durera ma réservation. Ce que j'ai fait !
Son homme, un latin, s'en va souvent camper dans le bush. Sans elle. Trop de poussière. On le comprend.
Parallèles des antipodes
C'est également
Entre ciel et terre que je lis le roman éponyme de Stefansson. C'est un titre étrange, Entre ciel et terre. N'est-ce pas notre sort à tous de notre vivant ? Alors que morts -une des obsessions du roman- nous sommes au premier ou sous la seconde, là où siège l'enfer (ce sont les croyances en vigueur en
Islande au début du siècle dernier).
Je le lis dans Die Hel (l'Enfer), une vallée aride où le vent s'échauffe sur les pierriers brûlants, accélère dans la vallée qui s'étrécit en défilé et vous saisit à la gorge (c'est cependant moins douloureux que de l'être par la léoparde qui allaite dans l'escarpement). Je suffoque, comme
le gamin dans une tempête de neige. Mais ici, contrairement à celui qui sévit en Mer d'
Islande, le vent est prévisible. C'est un paresseux qui se lève dans l'après-midi, fait son affaire de cinq à sept et s'éclipse à la Lune.
Une vingtaine de familles vécurent plus d'un siècle dans cette vallée, profonde comme un fjord, isolées du reste du monde jusqu'à il y a cinquante ans. Au menu : pain, lait et viande de chèvre (à la même époque, pour les pêcheurs islandais c'était pain, lait et morue). Pas trace ici d'un pêcheur épris de poésie mais celle d'une institutrice artiste incrustant sa maison avec ce qu'elle trouvait là.
La lecture est d'abord difficile, comme les rouleaux à franchir avant la haute mer, mais, pas plus qu'on ne lâche une rame, on ne saute une page. On s'habitue à la houle, sans l'aimer pour autant. A force de souquer on s'accoutume à l'effort, la lecture devient plus coulée. Ce n'est jamais la Mer de la Tranquillité mais on s'amarine et, comme les personnages, on fait contre mauvaise fortune bon cœur.
Une ferme dans le désert
La piste de vingt cinq kilomètres serpente dans la montagne aride et s'achève dans une vallée miraculeuse, petite et gironde, généreuse. L'eau indomptée caracole des sommets, on la dompte dans un bassin comme un corral, elle en ressort docile, au service de l'homme.
C'est elle qui permet ces plantations de figuiers incongrues, elle qui irrigue les vergers de pêches, d'abricots et de grenades où les ouvriers agricoles, au retour de la journée de travail et avant de regagner leurs pénates, se retrouvent et partagent les fruits tombés. Des glaneurs. Les vergers sont ceinturés de moellons, ceux-là même qu'il a fallu récolter avant de pouvoir planter.
La famille de Lieza s'est installée ici il y a cent cinquante ans. Elle allaite un rejeton de la huitième génération. Sa présence ici est une évidence, elle embellit les lieux qui la magnifient en retour. Elle nous alloue une maison sans électricité, alimentée en eau par un torrent. Aucune onde ne parvient ici autres que celles que nous émettons.
Le porte-savon
Fox était pharmacien puis, un mauvais jour, il a rassemblé ses économies pour acheter une ferme. L'affaire périclita et le trouva ruiné. Adieu moutons et vignes.
Il est sourd comme un pot mais bavard comme une pie, sec comme son environnement et a la même tête que les oiseaux qui viennent lui manger dans la main. C'est un coquin qui saisit l'occasion de la présentation de la douche extérieure -avec vue sur le lac et les montagnes- pour offrir à ma Co ses services de porte-savon, si besoin est. Il enfourche sa moto pour faire le tour de son domaine : il est gardien de barrage, comme il n'y a plus de gardiens de phare. Il
est le lieu. Et le
fait.
Le niveau du lac est à 25% de la capacité, dont la moitié est de la vase. L'eau limoneuse prend la teinte des rives, comme pour se faire oublier du soleil qui l'évapore sans vergogne. Qui régulera le soleil ? De l'autre côté du réservoir, à l'entrée d'un col, une dizaine d'éminences, rondes comme des crânes et coiffées à l'iroquoise d'une ligne de pierre façonnée par l'érosion, sont l'armée d'Hannibal. De toutes parts, nous sommes cernés.
Le lac forme un V et, en son centre, la langue de pierre s'allonge, sèche, marquée de strates stigmates de jours meilleurs.
Les logements sont ceux qui furent édifiés pour les ouvriers affectés à la construction du barrage. Nous sommes seuls et choisissons celui du contremaître qui offre la plus belle vue et est le seul à bénéficier d'un auvent.
Into Africa
Que faire face à l'addiction ? S'en affranchir ? S'y couler ?
Si Karen Blixen, qui commence son récit par
I had a farm in Africa at the foot of the Ngong Hills, m'autorise cette paraphrase :
I have a house in Africa at the foot of the Swartberg Mountains.
* * *
The End (roar!)