WE du Republic Day (26 janvier) - 3 jours dans le Nord du Rajasthan
Trajet en train de nuit pour
Bikaner, en classe Sleeper (classe "populaire").
Encore une fois, on sent bien le peu de respect pour les oreilles d'autrui (et donc leur sommeil), avec des discussions bien fortes qui traînent jusqu'à minuit passé, et ceux qui sortent / entrent dans les arrêts au milieu de la nuit font également beaucoup de bruit.
L'inconfort ne vient donc pas du train (en tout cas en hiver), mais bien des Indiens eux-mêmes.
Cette remarque s'appliquant aussi à la vie en ville : klaxons, conduite selon la "loi du plus fort", bousculades dans le métro, déchets...
Rapide tour dans la vieille ville, puis visite du Junagarh Palace avec audioguide - ce dernier n'apportant pas vraiment grand chose, en dehors de faire les louanges de la famille de Maharajas qui a construit le château.
Très beau fort, même si la fatigue d'une mauvaise nuit empêche de profiter pleinement.
A la sortie je me repose un peu, en regardant un aigle s'amusant à effrayer les pigeons:
Bus pour Fatehpur, à travers une région désertique mais sans charme: de la rocaille plate parsemée d'arbres. Désertique, mais peuplée quand même, on se demande de quoi vivent les gens ici (j'imagine que avec la mousson ça devient cultivable, mais ce n'est que temporaire).
Pour certains, la (sur)vie passe par la vente de bouteilles d'eau / snacks dans le bus à chaque arrêt dans une ville - très pratique pour les passagers, moins pour eux qui doivent ressortir vite quand le bus démarre.
Arrivée de nuit à Fatehpur, je m'installe dans un hôtel à 500rs très bien, c'est fou l'écart de qualité que l'on peut trouver entre différents hôtels à ce même prix de base.
Je me fait "inviter au mariage" du gars de la réception... qui est dans 2 ans! Ici ils aiment bien envoyer des invitations en l'air.
Je commence donc ma visite du
Shekhawati, connu pour ses havelis (riches maisons, parfois presque des palais) peintes, construites par des marchands qui s'y sont enrichis à l'époque des caravanes, et qui ont pour beaucoup abandonné ces maisons pour partir dans les grandes villes lorsque les chemins de fer britanniques ont cassé tout le business.
Balade très intéressante, à découvrir ces très belles demeures en flânant dans la rue. Ici encore plus qu'ailleurs, la sensation d'abandon et de gloire passée se fait sentir.
Je découvre quelques havelis en très bon état (probablement restaurées) qui furent parmi mes préférées de la région - "les premiers amours étant toujours les meilleurs".
Je visite une de celles ouvertes aux touristes, au prix (exagéré) de 100rs. Mais la visite en vaut le coup.
Elle est habitée par une famille de 5 personnes, dont je n'ai vu que la grand-mère qui encadrait ma visite. Au bout de 20 minutes elle me dit qu'il faut que je m'en aille, alors que j'aime rester à contempler longuement. J'essaie de lui faire comprendre en hindi qu'au prix où c'est payé, j'espère bien pouvoir rester longtemps mais la discussion s'échauffe (ils montent très vite le ton ici) et je pars. Dommage...
Bus pour Mandawa, la plus touristique des villes de la région avec un grand nombre de havelis transformées en hôtel.
Impression très différente de ce à quoi je m'attendais: très peu de touristes finalement, et havelis dans un vraiment moins bon état qu'à Fatehpur.
Dans une de celles restaurée en hôtel / restaurant, on peut trouver des peintures étonnantes de "légèreté" - je ne sais pas si fidèle à celle d'origine!
Beaucoup de propositions de guide, qui sont tenaces comme il n'y vraiment pas beaucoup de visiteurs. Je repars assez vite pour Nawalgarh.
Les liaisons en bus sont très efficaces ici, la campagne étant densément peuplée et visiblement moins motorisée que dans d'autres régions.
Après avoir traversée la ville à pied, je m'installe au Ramesh Jangid's Tourist Pension, chaudement recommandé par le Routard (assez excentré quand même).
Etant donc dans l'hébergement le plus recommandé de la ville la plus recommandée dans la région et en haute saison, je m'attendais donc à me retrouver entres touristes (Français au moins).
Loin de là, je suis le seul hôte de la soirée - ils m'expliquent plus tard qu'il y a une forte baisse du nombre de visiteurs dans la région depuis quelques années (ce qui accroît encore ce sentiment d'abandon!).
C'est triste pour eux, et surprenant vu la beauté du coin...
Balade très agréable en fin de journée dans la vieille ville, aucun harcèlement tranquille et sympa de voir la vie quotidienne se dérouler tranquillement (moins de klaxons également!).
Réveil matinal pour une très longue journée. Je profite pour commencer de la tranquillité et de la belle lumière du matin au milieu des Aath (8) havelis, dont on ne peut voir que l'extérieur.
Puis visite de la Uattara Murarka haveli juste à côté et vraiment très belle (ma préférée de celles visitées).
Le gardien, que j'avais évité jusqu'à présent pour éviter une prestation de "guide" en supplément, s'avère très sympa et c'est avec lui que j'ai à ce jour eu ma meilleure conversation en hindi, tranquillement installé sur une chaise au milieu de la magnifique cour principale.
Cela fait vraiment plaisir de tomber sur quelqu'un ayant la patience de parler lentement et clairement - l'essentiel des Indiens ne faisant globalement aucun effort pour parler d'une façon à ce qu'un étranger puisse les comprendre...
Comme très souvent, il me demande mon salaire. J'ai beau le réduire à un cinquième du vrai montant (sinon le malaise est trop grand...), cela reste 9 fois supérieur à ce qu'il gagne...
D'ailleurs, le seul fait de travailler dans une grande entreprise fait ici beaucoup d'envieux, puisque cela implique bénéficier d'un contrat de travail, ce à quoi seul 6-7% de la population en âge de travailler a droit - tout le reste étant dans le "unorganized sector" i.e toute entreprise en dessous de 20 salariés et surtout des auto-entrepreneurs.
En fait, il existe un droit du travail indien qui est très protecteur, auquel doivent se plier les entreprises étrangères comme la mienne, mais il ne s'applique donc qu'à une infime minorité de la population. Avec évidemment un effet de seuil, et une multitude de combines (sous-traitance...) pour rester sous ce seuil.
Entre la visite et la discussion, ce sont plus de 2 heures passées ici. Je continue donc rapidement la visite de la ville avant de prendre un bus pour Jhunjhunu, la grande ville du coin.
J'y prends un auto-rickshaw pour me rendre au Khetri Mahal, qui aurait été la source d'inspiration pour le Palais des Vents de
Jaipur. Après un dédale de micro-ruelles, je dois demander mon chemin : l'entrée du palais se fait en fait par... une résidence étudiante, qui s'est installée dans la cour du Palais, ce dernier étant pour eux comme une "annexe" de luxe (cf le préambule de mon message précédent...).
J'ai à peine le temps de réaliser ma surprise que le groupe de jeunes qui justement étaient dans le palais, se mettent à pousser des cris et me disent de monter. Enchaînement de serrage de mains, et discussions dans un mélange confus d'hindi et d'anglais, puis en anglais uniquement avec les 2 parlant le mieux (même pour des étudiants, l'anglais n'est vraiment pas si courant). Moment très sympa, au détriment de la visite en elle-même (le palais étant assez vide de toute façon) !
Superbes vues du haut du palais, depuis lequel ces messieurs épient les filles du quartier sur les toits de leur maisons - qui sont un lieu de vie "privée" tout en étant à portée du regard.
Ils connaissent donc toutes les maisons où vivent des filles de leur âge

Puis je suis invité à prendre le thé dans une des chambres. Ils font tous des études pour devenir enseignant public.
Apparemment les concours sont très difficiles en raison du nombre de candidats.
On pourrait donc s'attendre à ce que, puisque la sélection est rude, les enseignants soient de qualité - mais cela est apparemment très loin d'être le cas.
Faute de moyen du gouvernement disent mes collègues, même si je pense que le je-m'en-foutisme très répandu chez les Indiens dès qu'ils sont "planqués" derrière un bureau (et encore plus quand ils sont fonctionnaires avec sécurité de l'emploi) a aussi sa part de responsabilité.
Aux-revoirs, puis je me balade un peu dans les ruelles de la vieille ville, visiblement quasi exclusivement musulmane. Ambiance très moyen-orientale, on se croirait à s'y méprendre au Pakistan.
Comme dans le reste du
Shekhawati la communauté musulmane semble très conservatrice, avec une majorité de voiles intégrales pour les femmes (plus qu'ailleurs).
Je m'étais d'ailleurs précédemment risqué à demander ce qui expliquait cette forte présence musulmane dans cette région proche du Pakistan, mais la seule réponse fut que "c'est partout en
Inde comme ils font trop d'enfants". Sujet sensible évidemment, et familier...
Mon hypothèse personnelle (je n'ai rien trouvé sur Google) est que les relations inter-communautaires au moment de la partition étaient paisibles ici, et qu'il n'y donc pas eu de migration massive - contrairement au Pundjab (et l'Haryana, qui en faisait partie) eux aussi voisins, où les violences des 2 côtés ont été extrêmes et où il n'y a quasiment plus aucune présence musulmane côté indien (l'inverse étant vrai peu importe la région).
En mettant "de côté" ce que l'on peut penser du droit des femmes et de la religion, c'est en tout cas ici que j'ai le plus senti l'hospitalité chez les habitants, me faisant encore invité à prendre le thé dans un magasin, plus des discussions rapides avec des commerçants, tout ça en moins d'une heure.
Une hospitalité qui est quand même loin d'être généralisable à tous les endroits non touristiques - la plupart du temps les gens sont indifférents, ou juste à regarder fixement.
Je me fais même reconduire en moto jusqu'à la gare routière, le monsieur insistant ensuite pour payer ma bouteille d'eau !
Puis c'est l'inévitable très long retour en bus jusqu'à mon chez moi, en tout près 9 heures de trajet!