Bonjour à tous
LA TERRASSE DU ROI LEPREUX
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Maurice Glaize écrit dans son livre "Les monuments du groupe d'
Angkor", que les sculptures de cette terrasse sont du style du Bayon. Ce style se situe entre 1181 et 1243, il pense donc que le roi constructeur est Jayavarman VII (qui pratiquait le bouddhisme Mahayana ou Grand véhicule).
- Claude Jacques dans son livre "
Angkor cité khmère", écrit que ce monument est du style du Bayon ou Post Bayon (1243 - 15ème siècle). Il précise que cette terrasse ne date probablement pas du règne de Jayavarman VII comme on le dit généralement, mais du règne de Jayavarman VIII.
- Dégagement en 1911 par Jean de Mecquemem (membre de l'EFEO) et en 1917 par Henri Marchal (également membre de l'EFEO)
- Au centre de la terrasse, on a trouvé une statue :
"
A cause de l'étrangeté du personnage et des taches de lichen qui marquaient la surface de la pierre, on l'a appelé, le "Roi lépreux", d'après une vieille légende populaire qui veut qu'un des rois d'Angkor ait été lépreux". (Claude Jacques).
Après une tentative de vol la statue a été placée au musée de
Phnom Penh, elle a été remplacée par un moulage.
- Jean Commaille dans son livre "Guide aux ruines d'
Angkor" mentionne quelques hypothèses émises par des chercheurs :
• Il s'agirait de Kubera, dieu des richesses. Kubera est représenté comme un nain bedonnant difforme.
• Il s'agirait peut-être de la représentation du roi Yaçovarman qui était lépreux. Je n'ai jamais lu que ce roi était lépreux, c'est peut-être possible ?
• Jean Commaille quant à lui pense qu'étant donné que le personnage est représenté est nu, il s'agirait de Çiva sous l'aspect d'un ascète ?
- Madeleine Giteau dans son livre " Histoire d'
Angkor" mentionne ceci : "
Ce Roi lépreux" qui n'est pas, de loin, une des plus belles sculptures de l'époque, porte des crocs à la commissure des lèvres ; il pourrait représenter une divinité des morts ou des mondes infernaux".
Comme on peut le constater les avis divergent.
"Cette statue du "Roi Lépreux" est peut-être en définitive – si l'on en croit une courte inscription du XVème siècle gravée sur son socle – un "Dharmarâja". C'est le nom sous lequel on désigne tantôt Yama, le Juge Suprême, tantôt l'un de ses assesseurs" (Maurice Glaize).
Il s'agit maintenant de l'hypothèse qui a été retenue.
Il serait donc plus exact, comme l'écrit Madeleine Giteau, de nommer cette terrasse de la façon suivante
Terrasse dite du Roi Lépreux.
- Cette terrasse est constituée par un massif en maçonnerie d'environ 25 m de côté pour 6 m de haut. Ses faces sont entièrement sculptées de personnages juxtaposés et répartis sur sept registres, dont le dernier a presque totalement disparu.
- George Cœdès estime que la Terrasse du Roi Lépreux avec ses étages superposés d'êtres fabuleux représente sans nul doute le Meru.
Le Méru est une montagne dans la mythologie hindouiste et bouddhiste...
- Les travaux de dégagement ont révélé l'existence à deux mètres en retrait de la face extérieure d'un second système de murs également sculptés de bas-reliefs.
- Depuis la restauration complète du monument, menée par l'EFEO au début des années l990, on peut pénétrer à l'intérieur de la terrasse pour admirer ses magnifiques parois sculptées
Visite :
- Commencer la visite par le passage intérieur, accès au Sud de cette terrasse un peu en retrait. Il y a de jolies sculptures dans ce passage.
- En sortant de ce passage (au Nord) il y a l'escalier qui permet d'accéder à la terrasse pour voir la statue.
- Terminer cette visite en faisant le tour de la terrasse où là encore on peut voir de belles sculptures.
LA LEGENDE DU ROI LEPREUX
Le bas-relief du Bayon : galerie des bas-relief intérieurs
(1), façade Est, juste à droite du Gopura (entrée), on voit une petite partie en retrait avec à gauche un petit escalier.
Ce bas-relief présente "
la légende du Roi lépreux", identifié pat Victor Goloubew (membre de l'EFEO de 1920 à 1945). Ce bas-relief se lit de gauche à droite.
A droite de l'escalier :
"
Un roi trône dans son palais, près de son épouse, entouré de sa cour avec en haut des apsaras et en bas un orchestre et des danseuses.Ensuite, le roi combat un énorme serpent à mains nues, tandis qu'au-dessous la foule commente l'événement. Le monstre l'ayant souillé de son venin, il contracte la lèpre ; assis dans son palais, il donne des ordres à ses serviteurs qui, descendant un escalier, semblent se précipiter pour aller consulter dans la forêt des ascètes guérisseurs. Des femmes entourant le souverain malade examinent sur ses mains les progrès du mal ; on le voit enfin couché, avec un ascète debout à ses côtés. La dernière scène montrerait les progrès de la maladie.On remarquera sous la scène de la lutte contre le serpent une pierre mobile servant à boucher l'orifice d'une canalisation intérieure d'évacuation des eaux". (Maurice Glaize, "Les monuments du groupe d'Angkor") (2)
JAYAVARMAN VII AVAIT-IL LA LEPRE ?
C'est la question que se pose George Cœdès dans son livre "Pour mieux comprendre
Angkor"
- Les hôpitaux de Jayavarman VIIUne stèle du ta Prrohm (1186) nous apprend que Jayavarman VII a fait construire 102 hôpitaux disséminés dans son royaume. Il y en a quatre autour d'
Angkor Thom : Ta Prohm Kel au Sud, la Chapelle de l'hôpital à l'Est, Tonle Sgnout et un quatrième près de la porte Ouest (en ruine)
(3)- Etudes de Victor Goloubew Deux bas-reliefs, dont l'un sert de fronton à la chapelle dite de l'Hôpital, représentent, d'après les spécialistes, un traitement de cette manifestation nerveuse de la lèpre que les médecins nomment "griffe cubitale" et qui se manifeste par une contraction des doigts de la main.
Victor Goloubew a contacté le Dr Mesnard – Directeur de l'Institut Pasteur de
Saigon – pour qu'il puisse faire des recherches sur cette légende du roi lépreux.
Le Dr Mesnard a remis en 1934 une note à Victor Goloubew dont voici des extraits :
- Les avant-bras et les mains du patient sont l'objet des soins attentifs de la part des femmes qui l'entourent. Le geste de l'une d'elles me paraît caractéristique : elle maintient l'auriculaire droit en extension comme pour redresser une griffe cubitale. Par sa pose elle semble attirer l'attention de ses voisins sur ce point particulier si important".
- Les membres inférieurs sont soutenus par un objet placé sous les genoux.
- L'une des femmes soutient de sa main gauche le pied droit du personnage et de sa main droite elle semble lui frictionner la jambe gauche.
- Les gestes de ces femmes semblent bien indiquer qu'il est atteint d'une affection à localisations marquées aux extrémités des membres ; troubles sensitifs et trophiques de la lèpre ?"
- Autre remarque importante : de chaque côté du malade un personnage porte un vase rempli de fruits de forme ronde. Ne seraient-ce pas des graines de Chaulmoogra (Krabao) ? L'Hydnocarpus anthelmintica, appelé Krabao, est un arbre très répandu dans la forêt d'
Angkor"
(4).
- Interprétation possible : lèpre à localisation nerveuse à la période de névrite".
- Avis de George Cœdès"Le malade représenté sur le fronton de la chapelle de l'Hôpital et sur le bas-relief du Bayon est certainement un personnage de très haut rang, probablement le roi lui-même. On est tenté de mettre ces images en rapport avec la légende du roi lépreux, dont la persistance au Cambodge permet de supposer qu'elle a quelque fondement historique, et dont on trouve l'écho dans un texte médiéval hindou qui relate le pèlerinage dans l'Inde d'un roi du Cambodge atteint de la lèpre ; et l'on en vient à se demander si la fondation par Jayavarman VII de 102 hôpitaux n'a pas une certaine relation avec cette maladie soit que le roi, atteint lui-même de la lèpre, ait voulu en fondant des hôpitaux pour soigner les maladies de ses sujets, acquérir des mérites susceptibles de soulager sa propre infortune, soit que, sain de corps, il ait voulu réaliser cette œuvre d'assistance médicale pour en reporter les mérites sur un de ses parents victime de ce mal redouté, généralement considéré comme la punition de fautes antérieures". ("Pour mieux comprendre Angkor")
(1) Au Bayon il y a deux galeries de bas-reliefs :
- Galerie des bas-relief intérieurs sur les murs de la première enceinte, la plus près du sanctuaire central
- Galerie des bas-reliefs extérieurs sur les murs de la deuxième enceinte
(2) Claude Jacques ("
Angkor cité khmère") et Michel Petrotchenko ("Le guide des temples d'
Angkor") font une description de ce bas-reliefs pratiquement identique à celle de
Maurice Glaize.
(3) Je ne conseille pas la visite de la Chapelle de l'hôpitalet deTa Prohm Kel. A mon avis sans grand intérêt.
(4)Encore actuellement les Cambodgiens traitent la lèpre en faisant absorber aux malades des graines torréfiées de Krabao.
Jacques