Voici la suite de notre voyage... c'est parti pour 7 jours sur la Gibb River Road avec un aller-retour aux Mitchell Falls... soit plus de 1000 kilomètres de piste !Bonne lecture !
Gibb River Road : Emma Gorge, Home Valley et Drysdale River Station
J12 : Je 10/06/10
Ce séjour au
Purnululu constituait vraiment un détour sur notre itinéraire. Bien sûr, nous aurions pu continuer sur la Highway pour aller directement vers
Broome, mais on voulait absolument parcourir la mythique Gibb River Road. C’est pourquoi il nous faut rebrousser chemin, quasiment jusqu’à
Kununurra.
D’abord les cinquante et quelques kilomètres de piste jusqu’à la nationale : on est en terrain connu, Hervé se contente du mode 2X4 sauf pour passer le fameux gué où il vaut mieux prendre ses précautions.
Ça y est, l’obstacle est franchi !
Les deux roadhouses sur notre trajet vont marquer les étapes de la matinée. Une roadhouse est une sorte de relais routier, dispensant l’indispensable carburant mais faisant aussi café, épicerie, petite restauration, souvent motel et, il arrive qu’un garage ou un atelier de réparation y soit attenant. La qualité de l’équipement est très variable : parfois coquet et fleuri, voire même doté d’une petite piscine... d’autres fois, plutôt l’allure d’une casse auto !
Premier arrêt à Warnum pour le plein de gasoil, après deux jours dans l’outback, nous sommes presque à sec !
Deuxième arrêt à Doon Doon pour nous restaurer. Un fish & chips fera très bien l’affaire.
Soixante-dix kilomètres plus loin, nous voici au début de la Gibb River Road, piste de 670 kilomètres reliant
Kununurra à Derby, une route secondaire non asphaltée conçue dans les années 60 pour les road trains chargés de transporter le bétail depuis les exploitations isolées vers les ports de Derby ou de Wyndham.
Pour parcourir la piste, il est recommandé d’avoir un 4X4 ainsi que des provisions en eau et nourriture pour plusieurs jours, en cas de problème. Ce n’est néanmoins pas une piste isolée. Pendant la saison sèche, elle est très empruntée et fait partie des pistes autorisées par notre loueur.
Allez, c’est parti pour l’aventure !
Tout d’abord, un panneau à l’entrée de la piste nous fait super plaisir. Yes ! Mitchell River National Park, renfermant les Mitchell Falls prévues dans deux jours, est rouvert ! Voilà une très bonne nouvelle !
Alors que nous parcourons les premiers kilomètres, nous sommes tout étonnés de trouver la piste bitumée : aurait-elle été recouverte récemment ? Mais non, ça ne dure pas... nous retrouvons très vite la poussière. Seules les très fortes pentes (Jump-up) sont asphaltées !
Mais déjà, un arrêt s’impose : Emma Gorge Walk, au bout d’un sentier d’une quarantaine de minutes débutant derrière le resort du même nom, amène à un bassin alimenté par une haute cascade.
La plupart des touristes sont déjà sur le retour à 15 heures et nous nous retrouvons seuls dans la gorge.
Mais pas pour très longtemps... un groupe arrive au moment où nous sortons de l’eau ! On a vraiment profité du bon créneau !
Arrivés à la voiture, nous avons une petite surprise : panne de batterie ! Zut... j’avais allumé les feux comme le recommandait le panneau au début de la GRR et j’ai oublié de les éteindre ! Heureusement, les Australiens sont équipés comme des pros. En deux temps trois mouvements, le véhicule est dépanné et nous pouvons poursuivre jusqu’à Home Valley Station.
Une « station » est une grande exploitation, une sorte de ranch consacré à l’élevage de bétail dont la superficie parfois supérieure à celle d’un département français frôle le million d’acres, propriété d’une famille ou parfois d’une société. Certaines de ces stations proposent également hébergement et restauration.
Home Valley Station appartient à la Indigenous Land Corporation.
Mais avant d’y arriver, il nous reste la Pentecost River à franchir !
... et nous l’avons franchie !
Au coucher du soleil, nous arrivons à Home Valley Station où nous avions pris soin de réserver, quelques heures auparavant, une « Homestead Guesthouse Room », une chambre certes petite mais très mignonne dans un ensemble très soigné. Le restaurant sur place est, comme d’habitude, bien pratique.
J13 : Ve 11/06/10
Suite du parcours sur la Gibb River Road. L’objectif de la journée est la station de Drysdale River située sur la Kalumburu Road à 230 km, quatre à cinq heures de piste sont prévues.
Mais d’ores et déjà, à 15 km de Home Valley, les Bindoola Falls (qui sont toujours sur la propriété de Home Valley) nous font un clin d’œil. Si on allait les voir de plus près !
A la saison sèche il ne reste qu’un grand billabong boueux, mais à la saison des pluies l’eau dégringole sur toute la largeur des gradins (à gauche, là où se tient ce guide aborigène)
En descendant dans cet amas de grès, un autre trou d’eau !
Et enfin un mince filet d’eau tombant dans un bassin d’eau claire !
En traversant le lit de la rivière, nous tombons nez à nez avec ce beau lézard qui se chauffe sur les dalles !
A force de flâner, l’heure tourne et il est 10 heures quand nous prenons réellement la route...
Que de poussière sur cette piste ! Pratique d’un côté, cela permet d’anticiper l’arrivée d’un véhicule, mais désagréable au moment du dépassement, car tout d’un coup, on navigue dans le brouillard.
Bon, tant que la piste est lisse, on ne va pas trop se plaindre mais à force d’être usée, elle finit par prendre l’aspect d’une tôle ondulée... plus ou moins ondulée. Secousses garanties.
Ouf, il est presque midi et un petit peu de douceur dans ce monde brut ne fait pas de mal. Ellenbrae Station vante ses « fresh scones » depuis quelques kilomètres déjà et attire ainsi tous les voyageurs à l’heure du déjeuner.
Mais il ne faut pas se laisser aller trop longtemps, nous ne sommes qu’à mi-chemin !
La Gibb ne s’améliore pas plus loin... En se rabattant un peu trop sur le côté, c’est la poisse : un pneu crevé !
Recherche désespérée du cric : mais où a-t-il bien pu être rangé ? Signes à deux véhicules qui ne s’arrêtent pas !
Bon, il va falloir se débrouiller seuls. Après avoir vidé la voiture, nous tombons enfin sur la cachette secrète, un trappe contenant, entre autres, un seau, des pinces à linge, une poche à eau, une pelle et sa balayette (tout ça, fort utile d’ailleurs) et enfin... le cric !
Finalement grâce à nos efforts conjugués, le pneu est changé sans trop s’énerver ! Heureusement, Drysdale River Station où nous logeons ce soir possède un atelier de réparation. Nous n’espérons qu’une chose : ne pas crever une deuxième fois sur la portion de piste à venir, réputée encore plus mauvaise.
En effet, à l’intersection de la GRR avec Kalumburu Road, la tôle ondulée devient omniprésente sur la totalité des 60 kilomètres qui nous séparent de notre hébergement. D’abord prudent, Hervé navigue tant bien que mal d’un bord à l’autre à la recherche du passage le moins pénible. Finalement, en observant les véhicules qui nous doublent, il adopte leur vitesse. A 90 km/heure, nous « survolons » littéralement la tôle ondulée, mais la conduite est hasardeuse.
A 15 h 30, nous franchissons soulagés la barrière d’entrée de Drysdale River Station.
Cette propriété a plutôt l’allure d’un grand capharnaüm. Les chambres vieillottes avec sanitaires partagés laissent à désirer... mais l’ambiance est sympathique. Toute la famille met la main à la pâte dans cette propriété familiale : le père s’occupe du garage (nous lui confions notre pneu crevé), la mère de l’épicerie et de l’essence (nous faisons le plein de gasoil et l’appoint de nourriture). La fille et le gendre secondés par quelques employés ont en charge le restaurant, le bar et le motel.
D’ailleurs le dîner, de la bonne cuisine familiale bien roborative, est excellent. Il ne reste plus qu’à nous préparer psychologiquement pour l’itinéraire de demain : Mitchell Plateau, 185 km de piste aller
Bindoola Pools
Mitchell Plateau : la piste infernale
J14 : Sa 12/06/10
Kalumburu Road et Mitchell Falls Track ne nous ont été signalées par le loueur ni comme des pistes autorisées ni comme interdites. Dans ces conditions, nous savons pertinemment que nous les parcourons à nos risques et périls. Un guide nous dira plus tard que les frais de dépannage sur ce type de piste reculée sont de l’ordre de 10 AUD par kilomètre. En sachant que les dépanneurs les plus proches sont à plus de 500 kilomètres, faites le calcul ! Il paraît que certains Australiens préfèrent, dans ce cas, abandonner leur véhicule plutôt que de le faire remorquer !
Après avoir récupéré notre pneu au garage ce matin (94 AUD, la note est salée dans l’outback), nous espérons ne pas revoir le garagiste de sitôt... et quittons la station à 8 heures, excités par l’aventure qui s’annonce !
Nous avons expérimenté hier la première portion de la Kalumburu Road déjà bien endommagée. On s’attend donc au pire aujourd’hui.
En fait, c’est une alternance de parties roulantes et de portions de tôle ondulée, de parties aussi larges qu’une autoroute et d’autres rétrécies à une seule voie de circulation, tout cela sur 100 kilomètres.
Au bout de deux heures soit une moyenne de 50 km/h, nous atteignons l’intersection. La piste de Mitchell Falls se dégrade nettement à partir d’ici, avec une succession de virages et de crêtes... et bientôt le passage d’un gué important : celui de la
King Edward River !
Un 4X4 se présente sur la berge en face, nous donnant l’occasion d’illustrer la scène (à défaut de photographier notre propre passage)
En voyant la couleur rouge foncé du véhicule, on peut se demander quel enfer nous attend... et si notre Toyota sortira indemne de l’aventure !
Au fil des kilomètres, le paysage change. Sur le plateau, les eucalyptus laissent la place à une forêt de palmiers Livistona !
A Lawley Lookout, vers 11 h 30, nous faisons une pause en compagnie d’autres baroudeurs, la preuve qu’il y a du monde devant nous et derrière nous, tant mieux !
D’ailleurs, les occupants de ce 4X4 garé sur le bas-côté n’ont pas eu de chance : la tente plantée, les outils déballés... ils attendent... probablement depuis hier qu’on vienne les dépanner !
Le trajet a dû sembler long à quelque malin qui a laissé le message suivant sur une pancarte : « Are we there yet ? » Heu ! Pas encore, nous sommes encore loin d’être arrivés et les trente derniers kilomètres sont ardus, tout particulièrement les dix derniers. La vitesse moyenne chute à 20 km/h.
La piste très endommagée par les dernières pluiesest sur le point d’être empierrée. Se succèdent des portions très boueuses et d’autres très rocailleuses. La prudence est de tous les instants.
Avant l’entrée dans le parc national de Mitchell River, un dernier arrêt est consacré au ramassage du bois pour le feu de camp. Nous en collectons un gros stock que nous attachons sur la galerie... en pensant déjà au bon barbecue de ce soir.
Enfin, le camping est en vue. Il est près de 15 heures. 7 AUD par personne et par jour dans une enveloppe pour ce camping très rudimentaire : toilettes sèches et un seul point d’eau (non potable) avec pompe manuelle... à l’ancienne.
Nous trouvons un petit coin où dresser la tente... oups, à côté de "l’hélipad "... et filons pour l’instant jusqu’à la rivière proche.
La baignade après une telle journée est un pur bonheur !
En sortant de l’eau, nous évitons de justesse la toile de cette araignée !
Et nous nous apercevons après coup qu’un varan a partagé notre bain !
De retour au camping pour le coucher du soleil, Hervé s’empresse de trouver une grille pour le barbecue. Il trouve très rapidement un arrangement avec nos voisins. Peter et sa femme de
Sydney ont une grille mais pas de bois, nous avons du bois mais pas de grille. Nous sommes par conséquent faits pour nous entendre.
Très bonne soirée autour du feu, riche en échanges sur nos modes de vie réciproques... et côtelettes d’agneau parfaitement grillées ! Une réussite !
Piste vers Mitchell Plateau
Mitchell Falls : de chutes en cascades
J15 : Di 13/06/10
Pas de route ni de piste à parcourir, ce matin. Chouette, tout se fait sur nos deux jambes... du moins pour nous car beaucoup de touristes optent pour une dépose en hélico... pas vraiment notre style... on préfère l'exercice. En plus, en chemin, il y a plusieurs points d'intérêt à ne pas rater (cascades, piscines naturelles, peintures rupestres).
La randonnée aux Mitchell Falls est annoncée par le parc comme étant longue de 9 kilomètres A/R, soit quatre à six heures, et le sentier répertorié en classe 4 et 5. Les Australiens sont des gens prudents.
Nous avons toute la journée devant nous, mais il vaut mieux randonner tôt alors à 7 h 30, nous sommes prêts !
Le sentier commence par franchir la petite rivière dans laquelle on s'est baignés hier soir : Mertens Creek.
A peine quinze minutes plus tard, nous pourrions déjà profiter des Little Mertens Falls mais nous préférons les découvrir au retour.
En poursuivant, nous ne tardons pas à entendre le grondement d'une chute. Déjà Mitchell Falls ? Non, ce sont les Big Mertens Falls que nous découvrons après avoir traversé sur ces pierres.
Les voici...
Le sentier longe maintenant un joli billabong, très paisible, couvert de nénuphars avant de grimper dans un amas rocheux avec de gros boulders à contourner, des touffes de spiniflex piquants à éviter, des roches glissantes à négocier... bref, ce que les Australiens appellent classe 5 mais qui n’a rien d’insurmontable.
Bientôt, la rivière apparaît...
Un panneau indique de ne pas traverser ici... et pour cause : nous sommes au-dessus des Mitchell Falls. En grimpant sur les rochers, à droite, nous sommes aux premières loges !
La randonnée n’est pas finie, le meilleur point de vue se trouve sur la berge opposée, il faut traverser la rivière un peu plus loin, en direction de l’hélipad.
C’est une véritable aventure en ce début de saison sèche, l’eau est encore très haute, on se mouille inévitablement. Main dans la main, nous avançons prudemment, pas à pas en suivant les piquets, le courant est très fort !
Là, ça pourrait être nous !
Sur la berge d’en face, la vue est spectaculaire sur l’enchaînement des quatre chutes ! Wow ! On ne se lasse pas de les contempler, assis sur un rocher pendant un long moment.
Finalement, nous quittons l’observatoire que tous les passants nous envient pour une petite trempette. Hervé nous déniche une piscine et une crique uniquement pour nous, cool !
Après ce bain rafraîchissant, il faut envisager le retour... mais pas sans nous arrêter cette fois-ci aux Little Mertens Falls qui, paraît-il, cachent une grotte sous leur paroi ! Encore faut-il avoir le courage de descendre en direction d’un petit bassin !
C’est ce que nous faisons... mais pas la moindre trace de ce que nous cherchons ! Hervé remonte aussitôt pendant que je scrute attentivement les alentours. Une trace menant àune haute paroi attire mon attention. Bingo, c’est là... D’ailleurs, cet endroit n’a pas manqué d’inspirer des ancêtres aborigènes.
Un peu plus loin, on arrive sous la cascade !
Dans cette atmosphère humide, les fougères sont dans leur élément.
Rien de mieux pour masser nos muscles endoloris et calmer nos coups de soleil qu’une dernière baignade ! Notre souhait devient immédiatement réalité en arrivant au top des Little Mertens Falls ! Un spa naturel avec bain bouillonnant et vue +++ uniquement pour nous : le rêve !
Vue sur le bassin en contrebas !
Superbe journée : une belle randonnée, des baignades inoubliables, des vues époustouflantes !
En arrivant au camping, nos nouveaux voisins n’en sont pas à leur première bière. Nous nous joignons à eux tout comme les autres campeurs du coin... en tout une dizaine de personnes. Mais comme ils sont déjà bien imbibés, leurs discussions ne tardent pas à passer du coq à l’âne et avec notre anglais approximatif, nous sommes vite largués. Ne comprenant plus qu’un mot sur dix, nous nous retirons dans nos pénates. Nous les entendrons jusque tard dans la nuit.
Mitchell Falls
Gibb River Road : de Mt Elizabeth Station à Imintji via Manning Gorge... à suivre !