À
Bangkok, près de mon hôtel, dans une petite rue, il y a un marché de fruits qui n'en est pas vraiment un. C'est plutôt une dizaine de femmes assises par terre qui préparent d'immenses
paniers de fruits qu'elles iront vendre dans les rues avoisinantes.
Elles bavardent, rient beaucoup, remplissent des barquettes qu'elles mettent sous cellophane:
papayes, pastèques, melon miel, fraises, mangues, etc.
Tous les matins, je m'y arrête et leur achète deux barquettes. Avec le temps, je suis devenu un ami. Un jour, je réponds à l'une d'elles: "
Yes, da'ling". Toutes s'esclaffent.
Le lendemain, en arrivant de loin, j'envoie un baiser à ma da'ling. Elle le reçoit et, dans une poche imaginaire, côté coeur, l'emprisonne en "zipant" la poche. Geste charmant. Je lui achète des fruits.
Le lendemain, une autre vendeuse me fait du charme et je succombe... en lu achetant des mangues. Da'ling fait une scène de jalousie.
Elle tourne la tête, boude, "dézippe" la poche toujours imaginaire, et libère le baiser de la veille.
Tout le monde rit de sa réaction.
Je me dirige vers elle, je mets un genou par terre et, joignant à la thaïlandaise les deux mains, je lui demande pardon. La grande scène, quoi !
Mon geste provoque son rire (elle aussi joue la comédie). Je lui achète des fruits et lui envoie un autre baiser. Elle l'attrape au vol, le met dans la poche imaginaire et l'enferme, précieusement.
"
Bye, bye, da'ling, see you tomorrow".
Cette femme n'a jamais vu de théâtre de sa vie et pourtant, elle joue Molière, Marivaux et Feydeau.
Du théâtre de rue, tôt le matin, ça commence bien la journée.