Bonjour
Il y a 2 jours, j'ai publie le texte suivant (extraits du livre que j'ai traduit) en demandant a tt le monde de le faire circuler. Apparemment, il n'a pas ete du gout des caviardeurs du forum. Le voila donc a nouveau. Merci faire passer a tous: amis, collegues, elus locaux, etc.
PERMIS DE VIOLER L’usage de la violence sexuelle par le régime militaire birman dans le cadre de la guerre en cours dans l’Etat Shan. Par La Fondation Shan pour les Droits de l’Homme (Shan Human Rights Foundation) (SHRF) Et Le Réseau d’Action des Femmes Shan (Shan Women Action Network) (SWAN) Mai 2002Rapport traduit de l’anglais parErwan Boivent et Jacques BaconLa Fondation Shan pour les Droits de l’Homme
(Shan Human Rights Foundation – SHRF)
La SHRF est une organisation non gouvernementale fondée le 6 décembre 1990 dans le territoire libre de l’
Etat Shan, avec le soutien de la Fraternité Bouddhiste, de la Résistance Nationale, d’expatriés Shan, ainsi que de nombreuses autres personnes aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’
Etat Shan.
La SHRF poursuit les objectifs suivants :
1- La lutte pour le respect des droits de l’homme et le rétablissement de la justice pour les victimes.
2- La promotion de la démocratie en accord avec les aspirations et la volonté des peuples, et l’établissement d’un gouvernement populaire basé sur des principes démocratiques.
3- Le retour de l’unité, de la fraternité, de l’égalité, et de la coopération en
Birmanie.
4- Le retour de la paix, de la liberté, et de la prospérité.
Adresse : The Shan Human Rights Foundation
P.O. Box 201
Phrasing Post Office
Chiang Mai 50200
ThaïlandeSite web : httpshanland.org
Email :
shrf@cm.ks.co.th
Le Réseau d’Action des Femmes Shan
(The Shan Women’s Action Network – SWAN)
Le SWAN a été mis en place le 28 mars 1999 par des femmes Shan agissant en
Thaïlande et le long de la frontière birmano-thailandaise avec les objectifs suivants :
- Promouvoir les droits des femmes et des enfants.
- S’opposer à l’exploitation et à la violence contre les femmes et les enfants.
- Travailler en commun pour la paix et la liberté dans notre société.
- Donner au femmes la possibilité d’une vie meilleure.
- Susciter une prise de conscience quant à la préservation des ressources naturelles et de l’environnement.
Contact : SWAN
P.O. Box 120
Phrasing Post Office
Chiang Mai 50200
ThaïlandeSite Web : httpshanwomen.org
Email :
kenneri@loxinfo.co.th
PROLOGUE
Le présent rapport détaille 173 cas reconnus de viols et autres formes de violence sexuelle, impliquant 625 jeunes filles et femmes, commis par des soldats de l’armée birmane dans l’
Etat Shan, principalement entre 1996 et 2001. Il faut noter que, du fait des blessures psychologiques profondes liées au viol, de nombreuses femmes ayant subi des violences sexuelles ne témoignent jamais de leur expérience. D’autre part, de nombreuses informations ne sont pas parvenues à la SHRF, car celles qu’elle reçoit sur les violations du Droit de l’Homme dans l’
Etat Shan proviennent uniquement de réfugiés ayant passé la frontière thaïlandaise. Il est donc plus que probable que les chiffres cités dans ce rapport soient de loin inférieurs à la réalité.
Ce rapport révèle que le régime militaire birman autorise ses soldats, de manière systématique et généralisée, à commettre des violences sexuelles en toute impunité dans le but de terroriser et d’assujettir les minorités ethniques dans l’
Etat Shan. Il illustre explicitement le fait que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, sous la forme de violences sexuelles, ont été et sont toujours commis dans l’
Etat Shan.
Ce rapport prouve que le viol est officiellement toléré comme une « arme de guerre » contre la population civile de l’
Etat Shan. Il apparaît que le viol de femmes Shan fait partie d’une stratégie concertée de l’armée birmane contre l’insurrection des Shans. Les cas détaillés ici ont été commis par des soldats issus de 52 bataillons différents. 83% des viols ont été commis par des officiers, le plus souvent en présence de leurs hommes. Ces viols ont été d’une extrême brutalité et ont souvent été accompagnés d’autres actes de violence tels que torture, coups, mutilations, et étouffement, se soldant dans 25% des cas par la mort des victimes. Dans certains cas, les corps ont ensuite été délibérément exposés en public aux populations locales. 61% des cas sont des viols collectifs. Dans ces cas, les femmes ont été le plus souvent violées à l’intérieur des bases militaires et parfois détenues et violées de manière répétée pendant des périodes allant jusqu’à 4 mois. Sur les 173 cas répertoriés ici, un seul coupable a fait l’objet d’une sanction de la part de son supérieur. Le plus souvent, les plaignantes font l’objet d’amendes, sont séquestrées, torturées, et parfois tuées par les militaires.
Les femmes Shan sont de plus en plus vulnérables au viol du fait de la militarisation croissante et des mesures anti-guérilla conduites par le régime birman, appelé aujourd’hui Conseil d’Etat pour la Paix et le Développement
(State Peace and Development Council-SPDC) dans l’
Etat Shan. Le nombre de bataillons dans l’Etat a presque triplé depuis 1988. La majorité des viols ont été commis dans les régions du centre de l’
Etat Shan, où plus de 300 000 villageois ont été déplacés de force depuis 1996. De nombreux viols ont eu lieu alors que les victimes se trouvaient à l’extérieur des lieux de relogement, généralement à la recherche de nourriture. D’autres ont eu lieu lorsqu’elles servaient de porteurs forcés ou effectuaient de force des travaux non rémunérés pour l’armée, ou lors de contrôle aux postes routiers.
Ce rapport explore aussi certaines des conséquences physiques et mentales subies par les survivantes, qui souffrent non seulement d’un déni de justice envers les coupables de viols, mais également d’un manque d’organisations de soutien psychologique. Certaines des survivantes sont sujettes aux reproches et au rejet de la part de leur propres familles et communautés. Beaucoup d’entre elles ont fait le
choix de fuir vers la
Thaïlande. Toutefois, l’absence de reconnaissance des réfugiés Shan par la
Thaïlande les prive de protection, d’aide humanitaire, et de services de conseils. Elles sont donc facilement la proie à l’exploitation et au trafic humain et sont en danger permanent d’être renvoyées en
Birmanie dans les mains de leurs tourmenteurs.
La SHRF et le SWAN font donc les recommandations suivantes :
Au Conseil d’Etat pour la Paix et le Développement (SPDC) :- Déclarer immédiatement un cessez-le-feu national afin d’arrêter le processus de militarisation croissante et les campagnes répressives dans les Etats des minorités ethniques.
- Commencer des négociations tripartites avec des représentants des nationalités ethniques non birmanes et l’opposition démocrate sur l’avenir politique du pays.
- Respecter toutes leurs obligations en vertu du droit humanitaire international, notamment l’article 3 commun aux Conventions de Genève du 12 Août 1949, cesser l’usage de la force armée contre les populations civiles, protéger tous les civils, y compris les enfants, les femmes, et les personnes appartenant à des minorités ethniques ou religieuses, contre les violations du droit humanitaire.
- Respect dans leur totalité leurs obligations en vertu de la Convention de 1930 del’Organisation Internationale du Travail relative au travail forcé ou obligatoire (N° 29).
- Cesser les violations continuelles des droits de la femme, en particulier le travail forcé, les déplacements forcés, les mauvais traitements, la torture, les violences sexuelles, l’exploitation et les mauvais traitements en prison, ainsi que les exécutions sommaires, souvent commises par le personnel militaire et dirigées tout spécialement contre les réfugiées revenant chez elles, les déplacées internes, les membres féminins de minorités ethniques ou de l’opposition politique.
- Cesser les déplacements forcés systématiques des personnes et les mouvements de réfugiés vers les pays voisins, et créer des conditions propices au retour sûr et volontaire des réfugiés et à leur réintégration complète, et régler le problème du trafic humain des femmes et des enfants, en particulier dans les zones frontalières.
- Respect leurs obligations en vertu de la Convention relative aux droits de l’enfant et la Convention pour l’élimination de toute forme de discrimination contre les femmes, en adoptant une législation nationale et son application en conformité avec ces conventions, et considérer la signature et la ratification des protocoles optionnels à ces deux conventions.
- Appliquer dans leur intégralité les recommandations faites par le Comité pour l’élimination de la discrimination contre les femmes, en particulier la demande de poursuivre et punir ceux qui violent les droits de la femme.
Au gouvernement royal de Thaïlande :- Protéger les civils Shan le long de la frontière birmano-thaïlandaise en les laissant traverser la frontière pour rejoindre les camps de réfugiés et accéder à l’aide du Comité des Nations Unies pour les Réfugiés.
- Autoriser les demandeurs d’asile Shan à rentrer en contact avec les agences d’aide humanitaire basées en Thaïlande.
- Faire preuve d’une attention particulière en ce qui concerne la déportation des travailleurs émigrés Shan dans la mesure où un grand nombre sont de réels réfugiés.
- Ne pas renvoyer les femmes Shan entre les mains de l’armée birmane.
- Les gouvernements thaïlandais et birmans devraient autoriser la communauté internationale ainsi que le Comité des Nations Unies pour les Réfugiés à participer à toutes discussions, négociations et/ou programmes de rapatriement incluant des émigrés birmans. Ces discussions doivent adresser directement les causes de ces mouvements de travailleurs migratoires.
A la communauté internationale :- Ne pas laisser les évolutions politiques en Birmanie agir comme un « rideau de fumée » masquant les violations continuelles des droits de l’homme qui ont lieu principalement dans les régions d’ethnie non birmane.
- Faire pression sur le SPDC pour qu’il applique les recommandations ci-dessus, basées sur la résolution 2002/67 de la Commission des Droits de l’Homme relative à « la situation des droits de l’homme en Birmanie », et refuser toute forme d’aide au régime tant que des changements irréversibles ne seront pas effectués en faveur d’une réforme démocratique en Birmanie.
- Faire pression sur les agences des Nations Unies et les ONGs internationales travaillant dans les Etats ethniques de Birmanie pour qu’elles se portent témoins des atrocités commises par le SPDC contre les civils dans ces zones, leur silence les rendant complices de ces abus.
INTRODUCTION
Ce rapport est le fruit des recherches conjointes du bureau des femmes de la SHRF et du SWAN. Depuis 1997, la SHRF publie une lettre mensuelle témoignant des violations des droits de l’homme, dont le viol, commises par l’armée birmane dans l’
Etat Shan. En 1999, la SHRF a publié un livret en birman documentant les cas de viol commis par l’armée birmane cette année-là. Les membres de SWAN, quant à eux, ont fait de nombreuses apparitions publiques lors de forums internationaux ces dernières années, dans le but d’exposer le degré de violence du régime à l’encontre des femmes dans l’
Etat Shan. Cependant, il était clair qu’un rapport plus complet et plus détaillé était nécessaire pour attirer l’attention de la communauté internationale sur l’ampleur de l’usage systématique de violences sexuelles par l’armée birmane dans les régions ethniques.
Il est aussi de plus en plus urgent de mettre en lumière les conséquences que la guerre civile en cours en
Birmanie a toujours sur les populations civile d’ethnies minoritaires, et en particulier les femmes, considérant les indications récentes comme quoi la communauté internationale semble relâcher sa pression sur le régime du fait de progrès apparents vers une transition politique. Les restrictions d’accès à la plupart des zones frontalières dont font toujours l’objet les étrangers, ainsi que l’absence de liberté d’information, ont permis au régime de dissimuler l’ampleur réelle de l’oppression systématique des minorités ethniques en cours en
Birmanie, détournant ainsi l’attention de la communauté internationale du besoin urgent de mettre fin à la guerre civile et d’ouvrir le dialogue sur l’avenir du pays avec les minorités ethniques.
En plus de révéler l’ampleur des violences sexuelles commises par l’armée birmane et du besoin de restaurer un état de droit qui permette de punir les coupables de ces crimes, ce rapport tente d’explorer les problèmes auxquels doivent faire face les victimes survivantes, y compris les critiques de la part de leurs communautés explicables par les rapports traditionnels entre hommes et femmes.
La SHRF et le SWAN ont collecté les informations contenues dans ce rapport entre Janvier 2001 et Mars 2002. Durant cette période, 28 femmes rencontrées à la frontière avec la
Thaïlande ont été interrogées spécialement pour ce rapport, soit par des membres des réseaux de la SHRF ou du SWAN, soit par des membres de l’Organisation des Femmes Lahu. Ces entretiens sont intégralement reproduits dans une des annexes. Les 145 autres cas ont été tirés des lettres mensuelles de la SHRF. Ces cas sont moins détaillés et ne traitent pas en particulier des conséquences des violences sexuelles sur les survivantes. Les informations relatives aux 173 cas sont résumées dans un tableau en annexe. Bien que la majorité des cas rapportés ici ont eu lieu entre 1996 et 2002, cinq incidents antérieurs à cette période ont aussi été inclus, du fait qu’ils aient été rapportés directement par les victimes.
Pour obtenir des compléments d’informations sur les cas de violences sexuelles dans l’
Etat Shan, vous pouvez consulter la lettre mensuelle de la SHRF sur son site
www.shanland.org
. La SHRF et le SWAN remercient tous ceux qui ont bénévolement donné de leur temps à la rédaction de ce rapport. Nous remercions particulièrement la Norwegian Human Rights Foundation pour leur soutien à la publication de ce rapport.
La violence sexuelle pendant les quatre décennies de guerre civile et la terminologie du droit international
La plupart des informations collectées dans ce rapport couvre des cas de viols commis par l’armée birmane pendant les six dernières années. Cependant, la violence sexuelle s’est banalisée progressivement dans l’
Etat Shan au cours des quatre dernières décennies, depuis que l’armée birmane a commencé ses opérations contre les forces de résistance des minorités ethniques à la fin des années 1950.
Le contexte de guerre civile a permis aux soldats birmans de pratiquer des violences sexuelles sur les femmes des minorités ethniques en toute impunité. Considérées comme des soutiens potentiels à la résistance, les femmes sont perçues comme des cibles légitimes de la violence. La violence sexuelle permet non seulement de terroriser et soumettre les communautés locales, mais aussi d’étaler la puissance dominatrice des soldats sur les femmes de l’ennemi, et par conséquent d’humilier et de démoraliser les forces de la résistance. De plus, elle est également considérée comme la « récompense » pour les soldats combattant l’ennemi.
Des facteurs d’ordre ethnique ont exacerbé la tendance à la violence, le régime militaire ayant délibérément déployé des soldats d’ethnies étrangères aux zones qu’elles occupent. La non-appartenance des soldats aux communautés locales ainsi que les sentiments nationalistes birmans alimentés par la propagande catalysent la violence, dont la violence sexuelle, contre les civils des minorités ethniques locales.
Durant la dernière décennie, le régime n’a cessé de renforcer son armée et d’augmenter le nombre de soldats déployés dans les états ethniques, ce qui a inévitablement conduit à une augmentation des violences sexuelles.Bien que la
Birmanie soit signataire des Conventions de
Genève de 1949, le régime n’a jamais cherché à la faire respecter par son armée.
LE VIOL COMME ARME DE GUERRE
Les preuves récoltées pour ce rapport montrent à l’évidence que les soldats du régime militaire birman utilisent systématiquement le viol comme arme de répression contre les populations civiles dans l’
Etat Shan. Un grand nombre de facteurs seront discutés dans cette section, qui amène à penser que cette pratique est officiellement excusée par les autorités militaires
La systématisation et généralisation de la pratique du viol
Il faut noter que, du fait des blessures profondes liées au viol, de nombreuses femmes ayant subi des violences sexuelles ne témoignent jamais de leur expérience. De plus, du fait que de nombreuses informations sur les violations des droits de l’homme dans l’
Etat Shan sont des témoignages de réfugiés ayant réussi à passer la frontière thaïlandaise, il est certain que de nombreux cas ne sont pas connus de la SHRF. Il est donc plus que probable que les chiffres cités dans ce rapport soient de loin inférieurs à la réalité. Les cas de viols et autres violences sexuelles documentés dans ce rapport sur les six dernières années peuvent se résumer ainsi :
Année Nombre Nbre total est. Nbre total est. Lieux d’incidents de jeunes filles de femmes (Nbre de cantons)
1996 5 4 6 5
1997 30 25 157 11
1998 30 18 38 13
1999 26 17 71 13
2000 33 13 69 17
2001 44 15 186 17
__ __ __
Total 168 92 527
On peut constater que le nombre de viols enregistrés en 2001 ainsi que le nombre de jeunes filles et de femmes violées est encore plus élevé que dans les années précédentes. Ceci prouve que, malgré les affirmations du régime comme quoi la ‘paix’ aurait été restaurée dans l’
Etat Shan, ses soldats continuent de commettre des violations des droits de l’homme envers les populations civiles, et ce avec une fréquence jamais égalée.
Il faut aussi remarquer que les soldats d’un total de
cinquante-deux bataillons de l’armée birmane sont impliqués dans les cas de viols cités dans ce rapport (voir Annexe 4). Ceci est la preuve irréfutable que la pratique du viol est communément acceptée dans les rangs de l’armée birmane.
Le viol commis par des officiers
Un des faits qui montrent le plus clairement que le viol est accepté par les autorités militaires est que 83% des viols documentés dans ce rapport ont été commis par des officiers, du rang de caporal à chef de bataillon, comme le montre la liste ci-dessous :
Rang des officiers Nbre de viols commis‘Commandant/officier’ (rang indéfini) 48
Chef de bataillon 14
Capitaine 63
Lieutenant 5
Sergent 6
Caporal 3
__
Total 139
Dans la vaste majorité de ces cas (85%), l’officier était
en service avec d’autres soldats et n’a en aucun cas essayé de cacher son crime. En réalité, dans 10 de ces cas, l’officier a ensuite donner la (les) victime(s) à ses soldats pour qu’ils les violer collectivement ou qu’ils les tuent.
Trois femmes âgées de 18, 21 et 24 ans, étaient parties chercher du petit bois dans la forêt près de la route, à 3 km à l’ouest de leur village de Pa Sak, dans le canton de Murng Hsat, quand 80 soldats SPDC du 359ème Bataillon d’Infanterie Légère (BIL) ont saisi les femmes pour les interroger. Au bout d’un certain temps, le capitaine Htun Kyaw a emmené la plus jeune dans un buisson et l’a violée. Il a ensuite donné les trois femmes à ses officiers subalternes et leur a ordonné de les violer. Les soldats les ont ensuite battues à mort à coups de bâton. (Cas n°105)
Torture et meurtre des femmes violées
La brutalité extrême et sans retenue dont font preuve les soldats qui commettent des abus sexuels révèle clairement que le viol ainsi que d’autres formes de violence, comme la torture, sont utilisés dans le cadre de campagnes de terreur à l’encontre des populations civiles locales. Dans 25% des viols documentés ici, les victimes ont ensuite été tuées par balle, étouffées, battues à mort, poignardées, ou brûlées vives.
Dans de nombreux cas, les femmes ont été non seulement violées, mais aussi torturées physiquement d’autre manière: battues, étouffées par des sacs en plastique mis sur leur tête, ou mutilées en coupant les seins. Dans l’exemple suivant, la victime a été battue jusqu’à perdre conscience et violée, et sa sœur enceinte assassinée :
Son beau-frère était allé au village chercher du riz et d’autres aliments. Quand les soldats sont arrivés à la ferme, ils n’ont vu que les 2 femmes. Ils les ont accusées d’être les femmes de soldats Shans et les ont battues. Bien qu’elles aient essayé d’expliquer qu’elles étaient juste des habitantes du village de Mark Mong Pawk, les soldats ne les ont pas écoutées et ont continué à battre sa sœur avec un bâton jusqu’à évanouissement. Quand elle leur a dit que sa sœur était enceinte et a demandé pitié, ils ont commencé à frapper la sœur dans le ventre avec le bout des bâtons. Quand elle a essayé d’intervenir pour les arrêter, un officier l‘a frappé à la tête avec son bâton, lui faisant perdre connaissance. Quand elle a repris connaissance, un officier l’a traînée dans leur cabane, l’a violée, et, une fois terminé, a recommencé à la battre jusqu’à ce qu’elle s‘évanouisse. Quand elle a retrouvé ses esprits, elle se trouvait allongée, nue, et sa sœur gisait morte à l’extérieur de la cabane. Les soldats avaient disparu après avoir en plus volé ses 2000 kyats* et de l’or. (Cas n°64)
Dans la plupart des cas, il n’y a eu aucun effort de la part des soldats pour dissimuler les corps des victimes de viols décédées. Au contraire, l’exemple suivant montre que le viol et le meurtre des victimes sont à l’occasion délibérément commis publiquement dans le but d’intimider la population des minorités ethniques locales :
Une fille de 12 ans était en train de chercher de la paille pour nourrir le bétail dans un champ près du village déplacé de Nawng Kaw, dans le canton de Lai Kha, quand elle a été violée et tuée par balle par les troupe du SLORC[1]
de la base de Kho Lam. Quand certains de ses proches ont entendu les coups de feu, ils sont sortis pour voir, mais ont été arrêtés par les soldats. Lorsqu’ils ont demandé la permission de l’enterrer, les soldats ont répondu : « elle devra rester ici comme exemple à voir par votre peuple. Si vous l’enterrez, vous mourrez comme elle ». (Cas n°15)
7. Le SLORC (State Law and Order Restoration Council – Conseil d’Etat pour la Restauration de la Loi et l’Ordre) est l’ancien nom du régime militaire birman toujours en place.
Viols collectifs
61% des incidents reportés ici impliquent des viols collectifs, commis sans crainte d’être vu.
Dans de nombreux cas de viols collectifs, les victimes ont ensuite été tuées par les soldats. Cependant, dans un certain nombre de cas, les femmes ont été relâchées, montrant ainsi clairement que les coupables ne craignent absolument aucune sanction.
Trois femmes âgées de 18, 35, et 37 ans, étaient à leur ferme dans la région de Kho Lam quand elles ont été arrêtées par 80 soldats du 99ème BI conduit par le capitaine Than Maung. Les soldats les ont gardées 4 jours et 3 nuits pendant lesquels elles ont subit des viols collectifs répétés de la part des soldats. Elles ont été ensuite relâchées. (Cas n°116)
Le viol à l’intérieur des bases militaires
Le fait que onze des incidents cités ici ont été commis à l’intérieur même des bases militaires, à la connaissance non seulement du personnel militaire, mais aussi des membres des communautés avoisinantes, indique l’ampleur de l’impunité dont jouissent les troupes du régime.
Lors d’un cas en particulier, deux lycéennes de Lai Kha qui ont osé parler publiquement contre la politique du SPDC lors d’un rassemblement à leur école, ont été arrêtées en public par des soldats du SPDC, emmenées à la base militaire la plus proche, et violées par le commandant de la base pendant 4 jours et 4 nuits, apparemment pour être ‘punies’, avant d’être relâchées contre de l’argent.
Une réunion était organisée dans une école de la ville de Lai Kha, à laquelle participaient 84 élèves allant jusqu’à la terminale. Après son intervention, le professeur principal demanda aux élèves s’ils avaient des questions à poser. Une jeune fille de 17 ans qui était en première prit la parole: « Je voudrais demander pourquoi les soldats birmans, qui disent être des soldats du gouvernement, oppriment autant les gens. Beaucoup de villageois ont été forcés de déménager en ville, où ils ont de grandes difficultés à s’installer et à gagner leur vie. J’ai vu à quel point ils sont misérables». Une autre jeune fille de 18 ans, en terminale, demanda également : «Pourquoi les soldats du gouvernement ont-ils fermé le marché principal de la ville de Lai Kha? Il est là depuis très longtemps, mais il a été fermé il y a 2-3 semaines par les soldats du gouvernement et n’a pas encore été rouvert. Pourquoi? Si le gouvernement est après les soldats Shans, qu’ils s’en prennent à eux !». Avant que le professeur, qui hésitait, n’ait pu répondre, deux soldats du SPDC qui était en poste devant l’école ont fait sortir les deux jeunes filles, leur disant qu’elles devraient aller à la base militaire demander au commandant. Ils les ont emmenées à la base du 515ème BIL, où le commandant les a enfermées. Le soir même, il a emmené une des deux dans sa chambre et l’a forcée à se déshabiller sous la menace de son pistolet. Il l’a violée toute la nuit. Le lendemain matin, il a fait venir la deuxième et lui a fait subir le même sort toute la journée et la nuit suivante. Après les avoir violées tour à tour pendant 4 jours et 4 nuits, il a ensuite demandé aux parents de payer 15 000 Kyats chacune pour les relâcher. (Cas n°91)
* Note de la traduction : le kyat est la monnaie birmane, au taux officiel d’environ 6 kyats pour 1 euro. Il faut savoir que le revenu moyen en
Birmanie est de 0, 80 euro par jour, soit un peu moins de 5 kyats.
Détentions prolongées et violences sexuelles
Dans vingt-quatre des cas, les femmes ont été gardées par les soldats du régime pendant des périodes allant jusqu’à quatre mois dans le but de les violer. Encore une fois, l’usage à découvert de ‘femmes de réconfort’ sans crainte d’être inquiété prouve le climat d’impunité qui règne au sein des forces armées en ce concerne le viol.
4 femmes et 6 hommes du village ont été arrêtés alors qu’ils travaillaient à la ferme et ont été forcés à transporter du matériel militaire et à suivre les soldats dans leurs patrouilles dans les villages désertés des zones de relogement, campant où qu’ils se trouvaient à la tombée de la nuit, parfois restant au même endroit pendant 2-3 jours. Les femmes ont été violées presque toutes les nuits par un soldat ou un autre. Ces civils ont été forcés à servir de porteurs sans la moindre rétribution pendant près de 4 mois, du 7 août au 20 novembre 2000 période pendant laquelle les femmes ont été forcées à servir d’esclaves sexuelles. (Cas n°120)
Absence de poursuites contre les coupables, persécutions des plaignantes
Les preuves accumulées dans ce rapport montrent clairement que non seulement les autorités militaires ne font aucun effort pour traîner en justice ceux de leurs hommes coupables de viol, mais aussi qu’elles découragent complètement les victimes de porter plainte en leur infligeant des sévices, emprisonnements ou amendes.
Dans la plupart des cas de viols rapportés ici, les victimes ont d’abord raconté leur drame à un membre de leur famille, puis au chef du village ou à un autre responsable de la communauté, qui les conseillent sur la suite à donner. Souvent (dans 22 cas, soit 13%), le chef du village conseille à la famille de ne pas porter l’affaire plus loin dans la mesure où non seulement la justice ne serait pas rendue, mais elle mettrait sa vie en danger. Le fait que, dans un cas, le chef du village lui-même ait été battu et torturé à mort par les soldats du SPDC pour avoir rapporté un viol montre l’ampleur de la dissuasion à l’encontre des leaders des communautés.
Le chef d’un village a vu le capitaine Soe Hlaing sortir de la ferme (après qu’il ait commis le viol et le meurtre d’une jeune fille de 19 ans) et découvert ce qui s’était passé. Il est alors allé à la ville de Ke-See pour se plaindre au chef de la communauté. Le capitaine a appris qu’il était suspecté de viol et de meurtre par le chef. Tôt le matin, vers 4h30, le 13 décembre 1998, le capitaine et plusieurs soldats sont arrivés au village de Nawng Kaw, encerclé et fouillé la maison du chef de la communauté. Après avoir fouillé un moment, les soldats ont dit avoir trouvé un talkie-walkie dans la maison et Soe Hlaing a immédiatement ordonné l’arrestation du chef. Les villageois étaient certains que le talkie-walkie avait été mis là par les hommes du capitaine dans le but de confondre le chef du village. Le capitaine et ses soldats l’ont attaché à une poutre de sa maison et l’ont interrogé tout en le battant et le torturant. Ils lui ont demandé où il avait obtenu le talkie-walkie, quel groupe de résistance Shan le lui avait donné, etc. Ils lui ont versé de l’eau bouillante dans la gorge et l’ont battu à mort à coups de pied. (Cas n°70)
D’autres facteurs découragent les victimes de reporter les viols aux autorités du SPDC : le fait qu’elles ne parlent pas birman, ce qui les désavantagerait énormément au cours d’une procédure judiciaire, que, souvent, elles ne connaissent ni le nom, ni l’unité de leur violeur et réalisent qu’elles n’ont pratiquement aucune possibilité de prouver leur accusation.
Cependant, dans 37 des viols reportés ici (21%), les victimes, leurs proches, ou les chefs de leur communauté ont osé se plaindre des crimes aux autorités du SPDC. Dans un seul des cas, (en avril 1997) le coupable, du bataillon de mortiers SPDC de Murng Hsat, a été puni par son commandant.
« Quand le chef du village est revenu de sa ferme tard ce soir là, je lui ai raconté tout ce qui s’était passé. Il est alors allé se plaindre au commandant du camp militaire SPDC le plus proche. Le commandant a fait ligoter le soldat qui m’avait violée, l’a battu, et mis en prison ». (Cas n°24)
Cependant, même dans ce cas, il n’apparaît pas que l’affaire ait été traitée par voie légale, et il est donc par conséquent peu probable que le coupable ait reçu la peine de 10 ans de prison prévue pour viol.
Dans onze cas, les officiers SPDC ont enregistré la plainte, mais n’ont donné aucune suite. Dans neuf cas, les officiers SPDC ont fait aligner jusqu’à 80 soldats dans le but d’identifier le violeur, mais a volontairement écarté le coupable du groupe. Dans un des cas, suite à l’impossibilité d’identifier le violeur, le chef du village qui avait porté plainte a été battu jusqu’à perdre connaissance et détenu jusqu’à ce que la famille de la victime du viol ait payé 2000 kyats pour le faire relâcher. Dans deux autres cas, la victime elle-même a été emprisonnée et a dû payer 20 000 kyats pour sa libération. Dans un autre cas, le chef et son adjoint ont été emprisonnés jusqu’à que 5500 kyats soient payés. Dans trois autres cas, les plaignants n’ont pas été emprisonnées, mais ont dû payer jusqu’à 30 000 kyats pour diffamation à l’encontre de l’armée.
Une fois seulement le coupable a pu être identifié dans l’alignement. Ceci semble être dû à l’intervention d’un officier d’une des organisations Shan pour le cessez-le feu. Toutefois, aucune suite n’a cependant été donnée.
En général, les officiers SPDC rejettent les accusations aussitôt. Dans trois cas, les officiers ont déclaré que le soldat mis en cause n’était pas dans la zone au moment des faits -y compris un cas où ils ont prétendu qu’il avait été transféré depuis longtemps. Un fait significatif est que, dans deux des 3 cas, l’officier accusé a été immédiatement transféré dans une autre unité.
Dans 7 cas sur les 11 où les officiers du SPDC ont rejeté purement et simplement l’accusation, les plaignants ont été punis d’avoir porté plainte. Dans trois cas, ils ont été physiquement malmenés: la victime de viol a été battue jusqu’à perdre connaissance, le père d’une autre victime a été battu, et un chef d’un village giflé. Dans six cas, les plaignants ont eu à payer une amende, d’un montant allant jusqu’à 60 000 kyats, pour avoir porté plainte. Dans un cas, le père de la victime a été arrêté et détenu jusqu’à ce que les responsables du village donnent une vache pour le faire relâcher.
Dans aucun des cas listés dans ce rapport les autorités du SPDC n’ont demandé à ce que les femmes violées bénéficient d’examens médicaux appropriés, qui pourraient servir comme preuve dans une action judiciaire. Ceci prouve une fois de plus que les autorités militaires n’avaient aucune intention de traîner les coupables en justice.
Les témoignages expliquent que, dans onze des cas, les victimes elles-mêmes ou leurs familles ont consulté un médecin, soit du fait de blessures ou de maladies conséquentes au viol, soit pour un examen de sang pour détecter une infection. Dans deux des cas, les travailleurs hospitaliers ont fait mention d’abus sexuels évidents, et dans un des cas (une petite fille de 5 ans violée chez elle par un soldat du SPDC), ils ont pris des photos et ont dit qu’ils essayeraient de faire suivre l’affaire. Cependant, aucune suite n’a été donnée, et dans un cas, les travailleurs hospitaliers qui avaient soigné une femme ayant été battue et violée lui conseillèrent de mentir sur la cause de ses blessures. En d’autres termes, le personnel médical lui-même avait trop peur des autorités militaires pour oser demander justice.
Plus tard, quand elle est arrivée à l’hôpital pour faire soigner sa plaie à la tête, on lui a demandé ce qui lui était arrivé. Quand elle a répondu qu’elle avait été battue par des soldats du SPDC, les infirmiers lui ont dit de raconter qu’une branche lui était tombée dessus, sinon ils craignaient que les soldats ne reviennent et la punissent. Elle était si effrayée qu’elle est partie se réfugier en Thaïlande 2-3 jours plus tard. (Cas n°64)La militarisation et l’aggravation de la vulnÉrabilitÉ au viol
En plus de révéler la pratique du viol comme ‘arme de guerre’, les preuves compilées dans ce rapport montrent aussi clairement que la militarisation accrue et les programmes anti-émeutes de l’armée ont augmenté d’une manière significative la vulnérabilité au viol des femmes dans les zones rurales de l’
Etat Shan. Ce chapitre examine ces facteurs.
DÉplacements forcÉs
Les cartes qui accompagnent ce rapport (Annexe 3) montrent clairement que la majorité des cas de viols rapportés (76%) ont eu lieu dans les zones du centre de l’
Etat Shan, là où les populations rurales ont été relogées de force.
Le régime militaire birman pratique depuis longtemps les déplacement forcés de villages dans les zones rurales, afin d’empêcher les populations locales d’aider les groupes de résistance. Le programme le plus extensif de relogement forcé dans l’
Etat Shan, toujours en vigueur aujourd’hui, a été mené en 1996-1997, période durant laquelle le régime a ordonné à plus de 1400 villages (300 000 personnes, essentiellement des fermiers), sous la menace des armes, de déménager dans des sites stratégiques situés près des routes principales et de bases militaires. Le régime n’a donné aucun dédommagement ou aide à ces villageois privés de leurs terres et de leurs moyens de subsistance, et beaucoup d’entre eux ont dû devenir travailleurs journaliers ou mendiants. Au bout du compte, on estime que 150 000 Shans ont fui vers la
Thaïlande pour essayer de survivre comme travailleurs agricoles. Des dizaines de milliers se sont cachés dans la forêt près de leurs anciens villages.
Le programme de déplacement forcé a augmenté la vulnérabilité des femmes au viol de différentes manières.
Viols lors de déplacements forcés de populations
Lors des déplacements forcés, un ordre verbal ou écrit a généralement été donné aux villageois de déménager de leurs villages dans un certain délai (dans la plupart des cas de 3 à 7 jours). On leur a expliqué que, si on les trouvait dans leur village après ce délai, ils seraient tirés à vue. Cependant, dans un certain nombre de cas, les soldats du régime n’ont pas attendu la fin du délai et ont infligé des violences aux villageois dès que l’ordre de déménager a été donné ou alors que les villageois étaient en train de le faire.
Les violences infligées aux villageois ont été de différentes sortes : coups, torture, les brûler vifs dans leurs maisons, ou viol. 6% des viols reportés dans ce rapport ont eu lieu alors que les villageois étaient en cours de déplacement forcés.
Une famille Shan de 5 personnes vivait dans une cabane isolée près d’une rizière du village de Mark Kawk, lorsque les soldats du SLORC sont arrivées et les ont vues. Le village de la famille venait d’être déplacé et ils se dirigeaient vers le centre de relogement de Laikha. Ils s’étaient arrêtés pour se reposer. Les soldats ont ligoté le père, l’ont accroché à une poutre de la cabane avec une corde, ont fait un feu en dessous, et l’ont fait rôtir. Ils ont ensuite violé collectivement sa fille adolescente avant de la tuer. Quelques jours plus tard, le père est mort de ses brûlures après d’atroces souffrances. La mère a tellement été traumatisée de voir son mari torturé et sa fille violée et tuée qu’elle a perdu la raison. (Cas n°17)Viols de femmes en dehors des lieux de relogement
Après avoir été déplacés de force, non seulement les villageois n’ont pas le droit de retourner dans leurs anciens villages et leurs champs, mais leurs déplacements autour de la zone de relogement sont aussi limités, en général dans un rayon de 3 à 5 km. Au-delà, l’armée birmane considère le territoire comme une zone de tir à vue.
De telles restrictions sont naturellement intenables pour les villageois, dont la subsistance dépend non seulement de l’accès à leurs champs, mais aussi à la forêt où ils trouvent de la nourriture, du bois pour le feu, et de l’eau.
Au début, quelques villageois ont refusé d’aller dans les sites de relogement, préférant risquer leur vie en se cachant dans la forêt aux alentours de leurs anciens villages, où ils espéraient pouvoir survivre sur des réserves cachées de nourriture et en cultivant en secret.
D’autres villageois ont choisi d’aller dans les centres de relogement, mais ont ensuite tenté de se glisser dans leurs anciens villages pour récupérer quelques-unes de leurs possessions ou pour tenter de planter secrètement leurs champs.
14% des cas de viols cités dans ce rapport ont été perpétrés contre des personnes prises dans ou aux alentours de leurs anciens villages par des patrouilles de l’armée birmane et accusées d’être les femmes d’insurgés ou d’apporter de la nourriture aux insurgés. Elles et d’autres membres de leurs familles ont été alors torturées pour révéler les allées et venues des insurgés dans la zone. Dans de nombreux cas, après le viol, elles ont été tuées.
Les victimes se trouvaient parmi les gens qui avaient été déplacés des zones rurales vers la ville (de Kun Hing) en 1996-1997. Il était difficile pour eux de subsister dans la ville, sans travail et sans terre à cultiver, si bien que, depuis août 1999, de nombreux paysans avaient secrètement construit de petites cabanes près de leurs champs pour se reposer quand ils s’en occupaient, et ils allaient et venaient en cachette, jusqu’au jour de l’incident. Les soldats, accompagnées de 26 porteurs civils, ont fouillé la rive de la rivière Nam Paang, encerclé toutes les cabanes qu’ils ont pu trouver, arrêté leurs occupants, et brûlé les cabanes. 3 fermiers ont été réunis, torturés, et interrogés par les soldats qui cherchaient à connaître les positions des soldats Shan dans les alentours. Les paysans ayant déclaré qu’ils l’ignoraient, les soldats ont continué à les interroger, les battant et les torturant jusqu’à ce qu’ils en meurent tous. Leurs corps ont été jetés dans la rivière. 2 femmes ont été emmenées par les soldats pendant 2 jours et 2 nuits et violées collectivement par tous les officiers avant d’être abattues. (Cas n°97)
Dans plusieurs cas, les victimes avaient demandé et reçu la permission de la part des autorités, sous la forme d’un laissez-passer, de retourner dans leurs anciens villages. Cela ne les a pas empêchées de se faire violées et tuées.
En mai 1998, de nombreux villageois qui avaient été déplacés de force à Kho Lam ont demandé aux autorités du SPDC à Nam Zarng la permission d’aller travailler dans les champs autour du village. 19 villageois réussirent à obtenir un laissez-passer des autorités de Nam Zarng ainsi que la permission du commandant du camp militaire de Kho Lam, le capitaine Han Sein, de travailler dans les champs à environ 6 km à l’ouest de Kho Lam. Ils y ont travaillé de mai à juin 1998 quand des soldats du 246ème BI les ont trouvés et ont tiré dessus de loin. Les villageois ont couru se réfugier dans la forêt sans qu’aucun n’ait été touché. Pendant ce temps, les soldats ont fouillé les champs, puis sont partis. Au bout d’un moment, une femme et son oncle, pensant que les soldats étaient vraiment partis, sont revenus vers les champs pour récupérer leurs affaires avant de retourner au village. C’est alors que les soldats sont revenus et les ont arrêtés. Ils ont battu l’oncle à mort, puis ont arraché les vêtements de la femme et l’ont violée plusieurs fois avant de l’abattre dans la cabane. Les soldats sont alors repartis à Kho Lam. (Cas n°49)
Bien que les villageois déplacés aient été autorisés à cultiver et faire la cueillette dans les zones avoisinant les sites de relogement, 27 des cas cités dans ce rapport ont eu lieu dans les alentours immédiats. Dans la plupart des cas, les femmes ont été arrêtées alors qu’elles exécutaient les tâches quotidiennes de survie comme planter ou récolter de la nourriture, chercher de l’eau ou du bois pour le feu, ou transporter des marchandises.
2 jeunes filles âgées de 16 et 17 ans, originaires du village de Kung Sa et déplacées en ville, faisaient paître leurs bœufs dans un prairie à environ 1, 5 km de la ville. 50 soldats de la 3ème compagnie (Co) du 55ème BI, conduits par le capitaine Thein Win, les ont vues et arrêtées. Les soldats les ont emmenées dans leur camp ainsi que leurs 4 bœufs et les ont détenues 6 jours et 5 nuits pendant lesquels elles ont été violées à répétition par le capitaine et ses officiers. Les 4 bœufs ont été tués pour nourrir la troupe. Quand ils sont repartis en patrouille, ils ont emmené les jeunes filles et, une fois dans un endroit reculé de la forêt, le capitaine a ordonné aux soldats de les abattre. (Cas n°111)Viols de femmes à l’intérieur des lieux de relogement
Comble de l’ironie, 6% des cas de viols ont eu lieu à l’intérieur même des sites de relogement, où les villageois sont sensés être en sécurité sous la garde de l’armée birmane pour peu qu’ils obéissent aux ordres. Cela indique clairement que les soldats du régime sont si sûrs de leur impunité à l’égard du viol qu’ils ne ressentent même pas le besoin de trouver un prétexte de sanction pour commettre un viol. La proximité des sites de relogement et des bases militaires augmente donc la vulnérabilité des villageois déplacés.
Une jeune fille de 16 ans était seule dans sa maison du site de relogement de Wan Nong Kun Mong quand le capitaine Than Kyaw et ses soldats sont entrés et ont demandé de l’eau à boire. Quand le capitaine s’est aperçu qu’elle était seule à la maison, il s’est assis et lui a demandé de lui masser les bras qui, selon lui, étaient courbatus et douloureux à force de travailler. Elle avait très peur et déclina en disant qu’elle ne savait pas faire de massage. Le capitaine a insisté un moment puis, voyant qu’elle ne cédait pas, a pointé son pistolet sur elle et l’a menacée de la tuer en disant: «Tu ne vois pas qui je suis? Je suis un capitaine de l’armée». Il l’a alors prise par le bras et l’a traînée dans la chambre, ordonnée de se déshabiller, et l’a violée tout en gardant le pistolet pointé sur elle. Après l’avoir violée, il a fouillé la chambre et emporté deux colliers de 1 et 2 bahts* chacun, 45 690 kyats d’économies, et des manteaux d’hiver. (Cas n°74)
* Note de la traduction : le bath est une unité de poids thaïe de l’or, équivalent à 15, 2 grammes. Travail forcÉ
Portage
Un des causes principales de l’augmentation de la vulnérabilité de la femme est la pratique par l’armée birmane du recrutement forcé de porteurs. Particulièrement dans les régions rurales, l’armée force les villageois à porter l’approvisionnement des soldats, soit pendant les patrouilles de routine, soit pendant les offensives militaires. En général, l’armée enrôle des hommes, ce qui fait que quand les soldats arrivent dans un village, les hommes partent se cacher pour éviter d’être enrôlés, laissant ainsi les femmes seules et vulnérables.
Quand les soldats de la 5ème compagnie du 154ème BIL sont entré dans le village de Nar Lein, les hommes ont couru se cacher de peur d’être forcés à faire les porteurs, laissant les femmes seules. Le capitaine Kyaw Myint a remarqué une jeune fille de 14 ans seule dans sa maison. Il a ordonné à ses soldats de monter la garde à l’entrée, l’a emmenée dans la chambre où il l’a giflée et violée. (Cas n°171)
Une fois que les porteurs sont enrôlés, parfois pendant des mois ou même des années, les femmes sont là aussi laissées seules et vulnérables. 6% des cas de viols ont eu lieu alors que les maris des victimes étaient partis comme travailleurs forcés, le plus souvent comme porteurs.
Les soldats ont approché trois femmes qui travaillaient dans les champs et leur ont demandé où étaient passés tous les hommes. Elles leur ont expliqué qu’ils avaient été emmenés 3-4 jours plus tôt par des soldats du SPDC pour servir de porteurs et qu’ils n’étaient pas encore revenus. Un commandant a emmené une des jeunes filles dans une cabane proche et l’a violée en la giflant jusqu’à ce que son visage soit couvert de bleus. Les deux autres femmes ont été violées par les autres officiers puis données au reste des soldats. Profitant d’un moment de répit, la jeune fille s’est en fuite. Malheureusement, elle n’a pu atteindre que la limite de la ferme quand des soldats qui montaient la garde dehors l’ont vue et abattue sur le champ. (Cas n°82)
Dans un des cas, la victime était veuve, son mari ayant été battu à mort par les soldats du SPDC alors qu’il servait de porteur.
Deux ans avant d’être violée, Ah Kho, le mari d’Ar Phue (pseudonyme), âgé de trente ans, avait été battu à mort par les soldats du SPDC alors qu’il était enrôlé de force comme porteur. Elle est restée seule à travailler à la ferme. En février 2001, sept soldats de la base du 359ème BIL de Takhilek l’ont approchée et menacée de l’abattre. Ne parlant pas le birman, elle n’a pas pu comprendre ce qu’ils disaient et ne pouvait pas s’échapper vu qu’elle était estropiée. Ils l’ont violée collectivement pendant une heure (elle est ultérieurement tombée enceinte). (Cas n°135)
Dans un autre des cas documentés, un officier du SPDC, pour pouvoir violer une femme, a ordonné à son mari de suivre ses soldats plus loin.
Le capitaine Tun Oo du 524ème BIL a remarqué Naang Ang (pseudonyme) dans le site de relogement de Ton Hoong. Il a ordonné à 30 soldats SPDC conduits par le capitaine Tan Aung de patrouiller la zone et a demandé à Lung Min, le chef du village, de lui amener Zaai Maung Hla, le mari de Naang Ang, à qui il a déclaré: «Je veux que tu serve de guide à mes soldats jusqu’à demain». Pendant l’absence du mari, le capitaine Tun Oo est allé chez lui et a demandé à sa femme: « Qu’est ce qu’il y a dans ta chambre? Allons voir». Sur quoi le capitaine a pointé son pistolet sur son front en la menaçant, l’a traînée dans la chambre et l’a violée de 10h du matin à 3h de l’après-midi. (Cas n°152)
Les femmes sont aussi parfois enrôlées comme porteur ou bien accompagnent les soldats en patrouilles comme ‘guides’. Elles sont alors le plus souvent utilisées comme ‘femmes de réconfort’ par les soldats. Neuf des cas de viols documentés dans ce rapport ont eu lieu alors que des femmes étaient enrôlées comme porteurs ou guides par les soldats du régime.
A environ 3 km de la ville et à 1, 5 km de leur ferme, elle et son frère ont rencontré des soldats du SPDC. Le commandant leur a posé des questions et déclaré qu’il avait besoin d’un guide. Il l’a choisi et a ordonné à son frère de retourner à la maison pour prévenir sa famille. Les soldats ont continué à fouiller des villages désertés dans les environs. Le soir, alors qu’ils bivouaquaient dans un de ces villages, le capitaine Aung Khin l’a forcée à rester dans la même maison que lui et a essayé de la violer. Alors qu’elle essayait de résister, il l’a menacé de la tuer et l’a giflé si fort qu’elle a manqué perdre connaissance. Il l’a alors traîné par les cheveux dans la chambre et a compté jusqu’à 3 pour qu’elle se déshabille sous peine de l’abattre. N’ayant d’autre choix, elle a obéi et il l’a violée. Pendant les quatre jours de patrouille à travers la campagne jusqu’à leur retour à Kun Hing, elle a été violée tous les soirs. (Cas n°65) Autres formes de travail forcé
D’après de nombreux rapports sur les violations des droits de l’homme, l’armée birmane n’a jamais cessé d’utiliser le travail forcé pour des tâches très variées, en particulier dans les zones rurales. Ces tâches incluent la construction de routes, la construction et le nettoyage de bases militaires, l’entretien des routes et des villages, ou le travail dans des plantations appartenant à l’armée.
Cinq des cas cités ici ont eu lieu alors que des femmes travaillaient dans ces conditions. Un de ces incidents implique 40 femmes forcées par les 332ème et 520ème BIL à construire une route pendant 9 à 10 jours en avril 2001. Le soir, les femmes étaient séparées des hommes, choisies une par une par les soldats, et violées. Un autre incident, en mai 2001, eu lieu dans un camp militaire :
Le commandant du camp a ordonné à 15 femmes du village de Nam Kat de venir au camp pour nettoyer les baraquements. Quand les femmes sont entrées dans le camp, le capitaine a assigné 14 d’entre elles au nettoyage des chambres des autres capitaines, lui ordonnant de nettoyer sa propre chambre. Alors qu’elle entrait dans la chambre pour la nettoyer, le capitaine l’a suivie et a fermé la porte derrière lui. Il l’a attrapée et on a pu l’entendre crier: « Le capitaine me viole! ». (Cas n°147)Postes de contrÔle militaires
L’installation de postes de contrôle militaires le long des routes, prétendument pour contrôler les activités des rebelles, mais aussi pour collecter des taxes arbitraires, a permis aux soldats du régime de tirer avantage des femmes qui voyagent d’un village à l’autre. Cinq des incidents cités ici ont eu lieu alors que des femmes étaient arrêtées à des points de contrôle. Le cas suivant (en août 2001) a eu lieu au poste principal à l’entrée du pont Ta Sarng, au bord de la rivière Salween.
Pendant que les soldats du 225ème BIL fouillaient les affaires des villageois et les interrogeaient, le capitaine Myint Lwin a choisi 3 femmes parmi les villageois, les a emmenées dans un endroit séparé et les a interrogées. Un des soldats a dit aux chauffeurs des camions: « Nous avons reçu l’ordre de nos supérieurs de garder les 3 femmes ici jusqu’à ce que nous en sachions plus sur elles, et ensuite elles pourront repartir», puis leur a ordonné ainsi qu’aux autres villageois de circuler. Un des capitaines les a emmenées une par une dans sa chambre et les a violées. Quand il a eu terminé avec les 3 femmes, il a laissé ses plus proches officiers les violer. Puis, un peu plus tard, les 21 hommes contrôlant le poste les ont également violées. (Cas n°157)Patrouilles itinÉrantes : absence de compte à rendre
Le nombre de bataillons basés dans l’
Etat Shan a augmenté (voir introduction) ainsi que le nombre de patrouilles militaires envoyées dans les zones rurales pour y trouver les poches de résistance. Bien que la majorité des viols soient commis par des soldats basées à proximité des lieux du crime, les soldats sont souvent en patrouille dans des endroits éloignés de leur base. De plus, de nombreux cas (au moins 30) ont été commis par des soldats dont les bataillons stationnent dans d’autres cantons, et parfois même dans d’autres régions de la
Birmanie. Les soldats en question sont en général désignés pour patrouiller les zones rurales à la recherche de rebelles.
Indépendamment de la culture d’impunité régnant dans l’armée birmane, il est clair que le fait d’envoyer des soldats patrouiller loin de leur base d’origine réduit grandement les chances de pouvoir retrouver les coupables de crimes commis durant ces patrouilles. Les survivantes
Le but principal de ce paragraphe est d’exposer les conséquences profondes que les violences sexuelles ont sur les survivantes, et ainsi de souligner le besoin urgent de prendre des mesure pour pouvoir poursuivre les coupables de ces crimes, mais aussi le besoin de donner aux survivantes une aide et une protection appropriées.
Conséquences sur la santé physique
Bien que beaucoup d’informations sur les conséquences physiques ne soient pas disponibles dans la plupart des cas documentés ici, il est clair que, dans un certain nombre d’entre eux, les survivantes ont été gravement blessées au cours de l’agression. Dans beaucoup de cas, elles ont été trouvées inconscientes après l’incident, et dans au moins deux cas, les victimes étaient incapables de marcher. Un de ces cas était celui d’une femme qui s’est faite violée collectivement alors qu’elle était enceinte de 7 mois et qui a accouché prématurément.
Naang Hla (pseudonyme) était seule, malade et souffrante, dans sa petite cabane dans la jungle. Sa tête tournait et elle ne pouvait ni se lever ni marcher. Elle avait constamment mal à la tête, la diarrhée, et saignait si abondamment qu’elle croyait avoir perdu son bébé. Quatre jours plus tard, toujours seul, Naang Hla a donné naissance à son enfant, après seulement 7 mois de grossesse. (Cas n°160)
Comme il a été dit ci-dessus, dans onze cas, les femmes ou jeunes filles ont été admises à l’hôpital. Dans un seul de ces cas, des informations ont été disponibles sur la nature des blessures, celui d’une petite fille de cinq ans dont les organes sexuels ont été sérieusement endommagés. La longueur des séjours est allée jusqu’à 10 jours et, dans un des cas, la patiente a dû revenir 5 fois à l’hôpital. Il a été précisé dans un des témoignages que les frais d’hôpitaux avaient atteint 17 000 kyats, payés par la victime. Dans 5 des cas, bien qu’elles n’aient pas été hospitalisées, plusieurs victimes non-identifiées ont été mentionnées dans les témoignages.
Il a été rapporté une fois que la victime est tombée enceinte suite à un viol collectif par sept soldats de l’armée birmane.
Conséquences sur la santé mentale
Il y a un réel manque d’informations détaillées sur l’état psychologique des victimes survivantes, essentiellement du fait que les entretiens réalisés pour ce rapport ont été trop cours pour explorer en profondeur les conséquences psychologiques de ce qu’elles ont subi.
Il apparaît que certains des symptômes physiques éprouvés par ces femmes à la suite de leur viol ont des causes psychosomatiques. Par exemple beaucoup de femmes ont parlé d’insomnie, de perte d’appétit, de perte de poids, et de lourde fatigue.
Certaines femmes ont dit se sentir ‘déprimées’, ‘tristes’, et avoir peur. Une des femmes a déclaré:
« Quand mon esprit se laisse aller à repenser à ce qui s’est passé, mon cœur se met à battre plus vite et j’ai alors peur de tous les hommes » (cas n°1). Une autre femme
«gardait tout pour elle après le viol. Elle ne voulait pas voir ou communiquer avec qui que se soit. » (Cas n°119). Plusieurs survivantes ont fait part de leur volonté de traîner leur agresseur en justice. L’une d’elles dit être ‘très en colère’ que la justice ne soit pas rendue. Parallèlement, nombre d’entre elles parlent de leur honte de ce qui s’était passé, sans doute du fait de l’attitude de la société traditionnelle face au rôle respectif des sexes et de la censure à l’intérieur des communautés. (Voir le paragraphe suivant, «Deux fois victime»).
En aucun cas les victimes n’ont trouvé un service de conseil pour les écouter. Cependant, au vu des informations recueillies, il est clair que de tels services seraient d’une nécessité urgente, surtout pour celles subissant la censure dans leur communauté.
Le fait qu’une des femmes, violée de manière répétée pendant une période de près de 2 mois (cas n°51), ait perdu la raison, est une indication de l’ampleur du traumatisme subi par les victimes de viols. Une autre femme est devenue opiomane et a abandonné son jeune enfant à la suite du viol (cas n°76). Soutien familial et communautaire
Il a été mentionné plus haut que dans 21% des cas, des membres de la famille ou des responsables de la communauté ont osé rapporter les faits aux autorités militaires. Cela montre que, dans de nombreux cas, les familles et membres de la communauté essayent de soutenir et de porter assistance à la victime dans les démarches visant à obtenir justice. De plus, dans dix cas est mentionné le fait que le mari ou d’autres membres de la famille ont essayé d’aider et de soutenir la victime, déclarant la ‘comprendre’ et ‘ne pas lui en vouloir’.
Cela dit, il faut noter que, dans de nombreux cas, la victime est sujette à des reproches de la part de sa famille ou des membres de sa communauté.
Deux fois victime : rejet et reproches envers la personne violée
Dans trois cas, des femmes ont subi les reproches de leur mari ou fiancé à la suite du viol. Les fiançailles de l’une d’entre elles ont été rompues par le fiancé, qui a refusé de venir la voir après le viol. Une autre a subi les railleries de son mari qui l’a traitée de ‘déchet de la
Birmanie’. Dans un cas particulièrement bouleversant, une femme a été battue par son mari à la suite du viol :
« Quand mon mari est rentré à la maison (après le viol), je lui ai raconté ce qui s’était passé. Il est devenu furieux après moi et m’a battue. La relation entre nous en a énormément souffert. Tous les jours, mon mari et mes enfants me disaient «Prostituée! Si tu vendre ton sexe, on te construira une cabane dans la jungle, tu pourras te vendre là-bas». J’ai été très blessée par ces mots, jusqu’à ce que je ne puisse plus les supporter. J’ai alors divorcé. Quand je suis allé voir mes enfants, ils m’ont dit: «Pute, tu n’es plus notre mère, ne revient plus jamais nous voir». Mon mari m’a dit: «Tu ne t’es pas contrôlée, tu as couché avec un autre homme. Tu n’es plus ma femme. Quitte cette maison». J’ai finalement décidé de venir en Thaïlande». (Cas n°3)
Dans un autre cas, une jeune fille qui avait été violée dans la rue par un soldat birman, s’est vu refuser le moindre soutien de sa famille.
« Ma famille ne comprenait pas et ils ne se sont pas occupé de moi. Ils ne m’acceptaient pas et mes amis ne m’estimaient plus. Je me sentais seule et déprimée. C’était en 1991, alors que j’étais en terminale au lycée de Murng Hsat. Je devais passer un examen peu de temps après le viol, mais ma dépression m’a empêché de le passer. Cela a affecté tout le reste et, à partir de là, tout est allé de plus en plus mal ». (Cas n° 1)
Dans un autre cas, une fille de 12 ans ayant des problèmes de vue et ayant subit en revenant du temple une tentative de viol et de graves blessures de la part d’un soldat du SPDC, s’est vu reprocher l’incident.
De nombreux villageois ont reproché l’incident à Naang Tong (pseudonyme), affirmant qu’elle avait commis une imprudence en revenant du temple sans être accompagnée des anciens. (Cas n°144)
Les cas cités ci-dessus sont très explicites quant à l’injustice que subissent les victimes de viol du fait du sexisme qui règne dans ces communautés. Il est urgent d’y faire quelque chose.
Malgré le fait que cette attitude injuste soit très répandue, il est encourageant de remarquer un cas dans lequel une femme a eu la force de refuser de succomber à la pression de sa communauté, qu’elle considérait contraire son intérêt et celui de sa famille. C’est celui (cas n° 135) de cette femme qui est tombée enceinte à la suite du viol. Quand cela s’est su autour d’elle, elle a été pressée par les autres villageois de trouver un mari afin d’éviter les critiques au sein de la communauté. Bien qu’elle soit partiellement handicapée, réfugiée, et déjà mère d’un jeune fils de son premier mariage, elle n’a pas succombé à la pression, préférant rester mère célibataire. Elle explique:
«Je sais que les temps seront difficiles, mais je ne veux pas que mon enfant ait un beau-père. Il y a des hommes qui aiment seulement les femmes, pas leurs enfants. Si je me marie, il me sera difficile de divorcer ensuite». (Cas n°135)
Emigrations à la suite de viol
Dans vingt-deux des cas documentés ici (13%), les femmes ont émigré vers la
Thaïlande à la suite du viol, avec ou sans leur famille. Dans certains des cas, les femmes sont parties très rapidement après avoir été violées, de peur de subir de nouvelles agressions. Dans un de ces cas, une jeune fille de 18 ans a été encouragée à partir par le chef du village:
Inquiet pour sa sécurité, il lui dit: «Si tu as quelque part où aller, tu devrais y aller. Si tu peux déménager, fait-le. Tu ne dois pas croiser de nouveau ces soldats». Alors Naang Yin (pseudonyme) ne pouvait plus rester en place, passant la nuit chez des proches différents tous les soirs. Ses parents étaient très préoccupés par sa sécurité, mais ils n’ont pas osé se plaindre à l’armée de peur des répercussions. Dix jours après avoir été relâchée (du lieu de détention où elle avait subit un viol collectif), Naang Yin a été emmenée par sa mère en Thaïlande. (Cas n°133)
Dans d’autres cas les femmes ne sont parties qu’au bout d’un ou deux mois, ou plus.
Manque de protection et de soutien en Thaïlande
Contrairement aux frontières entre la
Thaïlande et les états Karen et Karenni, il n’existe pas de camps de réfugiés officiels à la frontière avec l’
Etat Shan. Les autorités thaïlandaises ne reconnaissent pour l’instant que des ‘personnes temporairement déplacées’ fuyant les combats, non les mauvais traitements infligés à la population civile par l’armée birmane dans la cadre de ses campagnes de répression dans l’
Etat Shan. C’est pourquoi les 150 000 (estimation) réfugiés Shan ayant fui en
Thaïlande à la suite des relogements forcés dans le centre de l’état en 1996 se voient refuser la protection et l’assistance humanitaire par les agences d’aide internationales. Ils n’ont pas d’autre choix que de chercher un emploi comme travailleurs agricoles journaliers, le plus souvent illégalement, et ont de grandes difficultés à subvenir à leurs besoins élémentaires. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables aux trafics en tous genres et à toutes formes d’exploitation.
Les informations recueillies dans ce rapport montrent assez clairement que les réfugiés fuyant l’
Etat Shan vers la
Thaïlande ont une peur sincère des persécutions encourues là-bas et méritent donc le statut de réfugiés. Il est très regrettable que même les femmes et les enfants ayant subit des agressions sexuelles se voient refuser le droit à la protection et l’assistance.
Le cas suivant d’une femme ayant survécue à son viol, ayant fuit en
Thaïlande en août 2001, et qui a été interrogée pour ce rapport deux mois plus tard, illustre la situation intenable à laquelle font face certaines femmes Shan réfugiées en
Thaïlande. Cette femme, Naang Hla (pseudonyme), âgée de 16 ans, a été violée collectivement devant son mari par dix soldats du SPDC alors qu’elle était enceinte de 7 mois. Son mari a été emmené et tué. Elle a été laissée seule et a accouché prématurément. Des proches l’ont retrouvé et ils ont fuit tous ensemble en
Thaïlande.
A l’époque de l’entretien, son bébé avait 2 mois et était très malade. Le lait maternel lui causait une violente dysenterie, mais Naang Hla n’avait pas d’argent pour acheter du lait. Etant trop faible pour travailler, elle n’avait pas assez d’argent pour aller dans une clinique se faire soigner. (Cas n°160)
Naang Hla avait le soutien de ses proches, eux aussi réfugiés, qui travaillaient illégalement dans une orangeraie du nord de la
Thaïlande. Cependant, la cabane où ils habitaient avoisinait le site où l’on remplit les camions de pesticides pour les vergers. Du fait de la proximité de ces produits chimiques, Naang Hla dût être hospitalisée. Quand le SWAN a essayé de prendre contact avec elle pour lui fournir une assistance d’urgence à sa sortie de l’hôpital, nous avons découvert que le verger où elle travaillait était contrôlé par des soldats thaïs cherchant les immigrés clandestins et qu’elle avait dû fuir dans une autre région.
Le danger de déportation
Le fait que les femmes et les enfants victimes d’agressions sexuelles dans l’
Etat Shan se voient refuser la protection de la
Thaïlande signifie qu’ils sont susceptibles d’être déportés à n’importe quel moment. Au cours des dernières années, les autorités thaïlandaises ont régulièrement conduit des rafles visant les immigrés illégaux, qui ont été non seulement arrêtés et reconduits à la frontière, mais aussi à l’occasion remis directement aux autorités birmanes.
Pour les victimes de violences sexuelles, cela signifie être remis entre les mains de leurs tortionnaires. Dans un des cas documentés ici, quatre jeunes femmes qui avaient fui en
Thaïlande à la suite du déplacement forcé de leurs villages en 1996 ont du retourner dans l’
Etat Shan en 1998 après avoir été arrêtés par les autorités thaïlandaises pour avoir travaillé illégalement à
Chiang Mai. Ayant été séparés de leurs familles au cours du voyage, elles avaient décidé de retourner à la frontière pour tenter de les retrouver. Sur le chemin, elles ont été violées, mutilées, et tuées par des soldats du SPDC à l’un des postes de contrôle militaires:
Elles étaient venues par camion de Murng Nai, et après qu’elles eurent traversé le Salween, des soldats leur ont ordonné de descendre, puis ont dit au chauffeur du camion de continuer vers Murng Ton et que les femmes les rejoindraient plus tard. Deux jours plus tard, un des soldats du camp est venu acheter de la nourriture à Murng Ton et a laissé entendre à quelqu’un qui connaissait ces femmes qu’elles avaient été violées le jour où on les avait arrêté, que le lendemain, on leur avait coupé les seins, et qu’elles avaient ensuite été tuées et enterrées. (Cas n°48)
Le risque d’agression sexuelle ne se limite pas au coté birman de la frontière. En 1999, onze femmes Shan ont été agressées sexuellement par un officier de l’armée thaïlandaise alors qu’elles se faisaient reconduire de la province du nord du
Chiang Mai vers la
Birmanie. Deux des femmes ont tenté de porter plainte pour viol, mais ont été forcées à accepter de l’argent à la place. L’officier Thaï a simplement été muté et son salaire diminué.
Cas No. Nbre de viols Date du viol Age des fem- mes Age des - 18 ans Village d’origine, commune, arrondis-sementCe que faisait la victime
Lieu du forfait 1 1 8.3. 1991 19
Village de La-Hu,
Murng Sart
Revenait à travers les champs d’une projection vidéo
2 1 17.6. 1991 17
Village de Nong Lom, Nar Worn,
arrondissement de Murng Pan
Revenait des champs
Les soldats l’ont emmenée dans
la jungle
3 1 Mai 92 26
Village de La-Hu,
Murng Sart
Surveillait ses buffles et ses vaches.
Dans une cabane dans la jungle
4 2 24.8. 1992 38 16
Village de Nam Nor, commune de Wan Jid,
arrondissement de Larng Kher
Plantaient de la canne à sucre
dans leur champ
5 1 Juillet 1994 22
Village de Na Bang, commune de Mai Hai,
arrondissement de Murng Nai
Travaillait dans sa rizière.
Dans une cabane proche
6 2 20.12. 1996 18 25
Village de Mong Pawk, commune de Mak Mong Mon, Namzarng
Marchaient vers la ville pour
acheter du sucre brun pour faire des confiseries Shan.
Dans la forêt proche
7 1 20.12. 1996 15
Ville de Pang Long arrondissement de Loilem
Conduisait son chariot à buffles
pour récupérer du foin dans ses
champs.
Dans la forêt à quelques centaines de mètres du village
8 4 21.12. 1996 18, 20, 22 17
Ancien village de
Hai Seng, commune de Murng Yai, arrondissement de Ke See
Etaient retournées dans leur ancien village pour récupérer du riz
9 1 29.12. 1996 22
Village de Kun Khoi, ouest de Ton Hoong dans la zone de Keng Tawng
Seule à la maison
Dans le village
10 2 31.12. 1996 16, 17
Ancien village de
Noung Kham,
commune de Nar Mon, arrondisse-ment de Kun Hing
Cherchaient leur chariot à bœufs
dans leur ancien village
Dans le village
11 1 11.1. 1997 22
Village de Kho Lam,
arrondissement de Nam Zarng
Alors qu’elle était forcée de
débroussailler le bord de la route à l’est de son village.
12 1 18.1. 1997 18
Village de Wan Phui,
commune de Kho Lam,
arrondissement de Nam Zarng
Seule dans sa maison
Dans le village
13 6 28.3. 1997 18 19 24 23 20 30
Village de Wan Phui, commune de Kho Lam,
arrondissement de Nam Zarng
Dans le village
14 2 30.3. 1997
Village de Nawng Kaw village, commune de Nawng Kaw,
arrondissement de Lai-Kha
Conduisaient leur chariot à bœufs chargé de riz à vendre, probable-ment à des Palawng
Dans la forêt avoisinante
15 1 30.3.1997 12
Village de Nawng Kaw, commune de Nawng Kaw,
arrondissement de Lai-Kha
Portait du foin à ses animaux
Dans un champ
16 7 1997
Village de Sop Sim
commune de Kaeng Kham,
arrondissement de Kun Hing
Pendant les nuits où tous les hommes du village étaient partis
Maison par maison
17 1 Mars 97 Ado-lescente
Village de Mark Kawk, commune de Wan Zae,
arrondissement de Lai Kha
Forcée de déménager au centre de déplacement de Laikha
En chemin
18 1 1.4. 1997 16
Village de Wan Lao,
arrondissement de Kun Hing
Dans sa maison du village
19 4 2.4. 1997 18 22 25 16
Village de Nong Kham village, commune de Ho Yarn, arrondissement de Kun Hing
20 1 6.4. 1997 18
Village de Waeng Nur, arrondisse-ment de Murng Sart
Seule à la maison
Dans la maison
21 1 14.4.1997
Village de Wan Warn,
arrondissement de Lai Kha
Sur un mini-tracteur
22 2 18.4.1997
Village de Nawng Hai, commune de Kho Lam,
arrondissement de Nam Zarng
Sur le chemin de leur village
23 2 20.4.1997
Village de Pa Lai,
commune de Nar Khan, Murng Nai
Dans leur maison
Dans le village
24 1 Avril1997 21
Village de La-Hu,
Murng Sart
Dormait dans sa maison
Dans le village
25 1 3.5.1997 18
Village de Woe Long, commune de Kaeng Kham, arrondissement de Kun Hing
Revenait avec son père de son ancien village de Woe Long, déplacé à Kun Hing, où ils étaient allés pour récupérer
quelques affaires personnelles
26 2 3.6.1997 28 40
Village de Ter Leng,
arrondissement de Lai Kha
Etaient retournées dans leur ancien village pour récupérer de l’or qu’elles avaient enterré sous leur lit
27 2 6.6.1997 29
Arrondissement de Murng Kerng
Marchaient vers le village de Wan Nar, arrondissement de Murngton
A l’intérieur de la base militaire
28 7 8.6.1997 18 19 21 22 27 38 17
Village de Ter Hung, commune de Ton Hoong,
arrondissement de Murng Nai, déplacé de force à Ton Hoong
Forcées de porter des équipements militaires de Kaeng Tawng à Murng Pan.
29 43 1.7.1997
Villages de Waeng Kham, Kun Mi, Wo Long, Nar Taw, Wan Parng, Ho Ha, Nar Poi, Karng Nar, Nar Yao, Son Sarng, Nar Khar Awn et Nar Khar Long, commune de Kaeng Lom, arrondissement de Kun Hing
Revenaient de récupérer leurs
affaires person-elles laissées dans leurs anciens villages. Ont été toutes arrêtées et réunies dans le village de Kun Mi
30 2 10.8.1997 32 36
Commune de Kho Lam,
arrondissement de Nam Zarng
Les 2 victimes ont été accusées d’être les femmes de
rebelles Shan
31 11 6.9.1997 18 15 up
Village de Huay Kharn, commune de Murng Poo Awn, arrondisse-ment de Murng Paeng
Les soldats ont rassemblé tous les habitants du village et ont choisi 11 jeunes femmes
32 42 15.9.1997
Cachées dans la forêt, arrondisse-ment de Kun Hing
Ne voulaient pas être déplacées
en ville. S’étaient réfugiées dans la forêt
33 1 26.9.1997 18
Village de Pha Khe, commune de Huay Sai, arrondissement de Murng Ton
A la maison avec les enfants
Dans la maison
34 4 3.10.1997
Villages de Nam Tao, Nar Mark Zawk, Wan Tab,
Wan Nar Huay et Wan Mark Man, commune de Murng Khun,
Etaient retournées dans leur ancien village pour récupérer des affaires personnelles
35 Plus de 20 3/4.10. 1997 14-15
Village de Waeng Nur, Murng Sart
Les hommes jeunes étaient allés dans le centre de déplacement pour y construire des abris avant d’y habiter avec leur famille. Les femmes et les hommes âgés étaient restés seuls au village
36 5 12.10. 1997 18 19 20 25 17
Village de Mai Heo Lao, arrondisse-ment de Murng Pan, déplacé de force depuis le 20.8.1997
Les victimes étaient retournées dans leur ancien village à la recherche de nourriture
37 4 18.11. 1997 18 20 26 12
Village de Kung Sa
arrondissement de Kun Hing
Les victimes étaient retournées dans leur ancien village déserté de Kung Sa pour récupérer leur riz.
38 1 23.11. 1997
Village de Mai Hong Sarm Ton près du village de Hai Narng, commune de Pang Long, arrondissement de Loi-Lem
Sur le lieu-dit Mai Hong Sarm Ton
39 5 27.11. 1997 18 19 19 20 30
Village de Wan Parng déplacé de force à Murng Nawng
Se reposaient dans une cabane de rizière près de Wan-Parng. Avaient reçu l’autorisation d’y retourner
40 1 26.12. 1997 18
Village de Wan Sar Lar, arrondissement de Murng Tone
Dans sa maison
41 7 18.1.1998 18 20 40 42 16 17 17
Dans la campagne à 4, 5 kilomètres au nord du village de Ho Lin, arrondissement de Murng Pan
Etaient en train d’éclaircir la forêt pour y planter du riz
42 4 20.1.1998 18 20 22 17
Arrondissements de Murng Nai, Nam Zarng, Larng Khur et Murng Pan
Revenaient de travailler en
Thaïlande; traversaient la Salween à Ta Sarng
(Ta-Sar-Lar)
43 1 28.1.1998 17
Village de Mawk Zarm, commune de Nam Pa Luk, arrondissement de Murng Kerng
Seule dans sa maison du village
44 1 1.2.1998 18
Village de Murng Sartt
Dans la cuisine de sa maison du village
45 2 19.4.1998 24 35
Villages de Nar Mon et Wan Pek villages, commune de Ham Ngai, arrondissement de Murng Kerng
A Huay Kyawng
46 2 3.5.1998 30 29
Originaires des villages de Nar Mon et Wan Pek déplacés de force au centre de Ha Ngai, arrondissement de Murng Kerng
L’une des femmes était allée travailler dans son verger d’orangers situé dans l’ancien village. Une autre femme et sa
soeur l’avaient suivie pour déterrer du manioc, car elles n’avaient plus de riz à manger
47 1 11.5.1998 14
Village de Nawng Zem, déplacé de force au centre de Lai Kha
Dans une cabane à 4, 5-6 km à l’est de Lai Kha
48 4 18.5.1998 20 16 16 17
Villages de Na Loi, Wan Loi, communes de Na Loi et Loi Khio, arrondissement de Murng Nai
Revenaient de Murng Nai,
Près de Ta Sang
49 1 6.6.1998 30
Kho Lam, arrondissement de Nam Zarng
Dans une ferme à 6 kilomètres à l’ouest de Kho Lam
Détails sur les militaires du SLORC/SPDC mis en cause Ce qui est arrivé Action légale Remarques1 soldat SLORC du 49e BI, 3e section, basé à Murng Sart
Violée
Aucune
A de plus encouru le
dédain de sa famille
et de ses amis.
Co.4, 332e BIL, Capitaine Maung Maung Soe
Violée pendant 4 nuits et 5 jours
Aucune
A dû rester 2 jours et
2 nuits à l’hôpital
1 soldat SLORC du 333e BIL, basé à Murng Sart-
Violée
Aucune
Rejetée par son mari
et ses enfants après
le viol
5 soldats du SLORC conduits par le capitaine Maung Soe
4 soldats ont violé sa mère et le capitaine l’a violée
4-5 jours plus tard, son père s’est plaint au chef de la commune, qui lui a dit qu’il était trop tard pour agir
Les soldats ont
également volé
de la canne à sucre
4 soldats du SLORC, 2e Co., 64e BI, conduits par l’officier Soe Maung Nyo
Violée collectivement sous la menace d’une arme. Mère battue jusqu’à évanouissement
S’est plainte au chef du village qui a promis d’en parler au chef de la commune. Rien n’en est résulté
5 soldats du SPDC
ont volé des
courgettes et des
citrouilles dans leur
champ
3 soldats SLORC conduits par le sergent Khin Maung,
66e BI
Violée collectivement
Les parents et le chef du village se sont plaints au commandant du bataillon qui a déclaré que le sergent Khin Maung avait été muté il y avait longtemp. A giflé le chef du village et a infligé 5000 kyats d’amende à chaque plaignant
Soldats du SLORC
Violée collectivement
L’affaire n’a pas eu de suite car elle ne pouvait pas identifier les coupables
80 soldats du SLORC conduits par le major Kyaw Khaung,
64e BI
Le major Kyaw Khaung a violé la jeune fille de 17 ans et les 3 autres ont été violées collectivement par les sergents et les soldats
99e mené par le capitaine Aung Zaw
Violée
S’est plainte au commandant de la base. A nié qu’il y ait eu viol et lui a infligé une amende d’une vache, un cochon, et 3000 kyats
100 soldats SLORC du 64e BI, commandant Khin Than Aye
Le commandant a violé les deux femmes et les soldats ont tué les deux bœufs pour les manger
Les soldats ont fini
par incendier toutes
les maisons de tous
les villages.
Sergent Sein Win, du 66e BI basé à Nam Zarng
L’ont violée, la menaçant de la tuer si elle osait faire du bruit
Capitaine Than Than, 99e BI basé à Nam Zarng
Violée. Soldats ordonnés d’emmener le père
Village déplacé de
force
100 soldats du SLORC conduits par le major Saw Win du 246e BI
Les ont toutes violées et tuées, les accusant d’être les femmes de soldats du SURA
Village déplacé de f
orce
15 soldats du SLORC basés à Kho Lam
Violée et abattue
Ont laissé son
Enfant de 2 ans
seul dans la forêt.
Ont emmené
les 2 bœufs à Kho
Lam pour être
mangés
Soldats du SLORC de la base de Kho Lam
Violée et abattue
Lorsque des membres de
sa famille ont demandé la
permission de l’enterrer,
les soldats ont répondu: “Elle doit rester où elle est comme exemple pour vous Shan. Si vous l’enterrez, vous mourrez avec elle”
Section de soldats du SLORC, 519e BIL, menée par le sergent Hla Phyu, basée au village de Sop Sim
Ont violé les femmes de sept maisons
Soldats du SLORC
Violée et tuée,
père torturé
Village déplacé de force.
Les soldats ont attaché
son père, suspendu à
une poutre de la cabane
avec une corde, et allumé
un feu en dessous pour
le faire rôtir. Il est mort
quelques jours plus tard.
Sa mère, témoin du viol
et de la torture, est
tombée folle.
424e BIL, major Maung Kyaw Tun, basé à Kun Hing-
Violée
Le chef du village et ses habitants ont confronté le major qui a tout nié, a battu la jeune fille, et a infligé 10 000 kyats d’amende à la famille pour accusations mensongères
26 soldats du SLORC conduits par le major Myint Lwin du 424e BIL basé à Kun Hing
Violées collectivement
Village déplacé de
force. Les soldats
ont incendié toutes
les maisons du
village
45e BI, mené par le major Aung Lwin
Violée, frappée à la figure jusqu’à ce qu’elle soit complètement enflée
A tout raconté au chef du village qui n’a rien pu faire
Soldats du SLORC
Violée et brûlée vive
Les habitants du
village ont retrouvé
ses restes
378e BIL (amené de l’Etat Arakan) 1 capitaine et 3 soldats
Ont violé la femme, battu et tué son mari en lui poignardant la poitrine, le ventre, et le cou
Questionnaient
l’homme sur le
mouvement de
résistance Shan
dans la région
50 soldats du SLORC, 64e BI basé à Lai Kha, conduits par le major Khin Than Aye
Le major l’a violée, les soldats ont violé sa mère et battu son père jusqu’à évanouissement
Village déplacé de
force
1 soldat du SLORC, battallion de mortiers basé à Murng Sart
Violée
Le commandant du camp a battu le soldat et l’a fait mettre en prison
50 soldats du SLORC, 44e BI, basé à Kun Hing, conduits par le major Than Oo
Violée et tuée. Ont laissé le père attaché jour et nuit
Soldats du 424e BIL conduits par le major Myint Than, accom-pagnés de 35 porteurs de Laikha et de 36 chariots à boeufs
Violée et tuée
Ont volé du fer,
du bois de
construction, du
bétail, et ont
incendié les 36
maisons du village
519e BIL commandé par le major Min Sein
Volée, violée, et tuée. Père battu à mort
Soldats du SLORC, 520e BLI basé à Murng Pan, conduits par le major Than Maung
Violées collectivement toute la nuit, au point que certaines ne pouvaient plus marcher. Un des chefs du village a été ensuite battu à mort
Village déplacé de
force
250 soldats du SLORC, 524e BIL, conduits par le major Htun Mya. Ont ravagé la région de Kaeng Lom.
Violées pendant 3-4 jours avant d’être tuées.
43 femmes et 53 hommes
ont été battus, torturés,
questionnés, et accusés
d’apporter nourriture et
informations aux rebelles
Shan. 2-3 jours plus tard,
les soldats ont mis un sac
en plastique sur leur tête
et l’ont serré autour du cou
jusqu’à étouffement. Ils
ont ensuite jeté les corps
dans la Nam Parng.
80 Soldats du SLORC du 246e BI, conduits par le major Too Nyeing
Violées de nombreuses fois pendant 5 jours consécutifs. Averties de ne rien rapporter sous peine de 6 mois d’emprisonnement
4 hommes du même village
ont été accusés de
ravitailler les soldats Shan
et ont été conduits à la
base de Kho Lam. Là, ils
ont été battus, torturés,
et ensuite asphyxiés avec
des sacs en plastique
60 soldats du SLORC, 43e BI, conduits par le capitaine Ohn Myint,. Ont dévasté le village Huay Karn
Volées, violées, battues, et brûlées vive
Le chef du village a été
questionné sur l’armée
Shan. Battu jusqu’à
évanouissement
Nombreuses valeurs
volées, 37 maisons
incendiées
120 Soldats du SLORC of LBI 524 conduits par Capitaine. Htun Mya
Violées collectivement pendant 2 jours et 2 nuits, et ensuite tuées
Tous les habitants du
village (57 hommes et
42 femmes) tués.
Soldats du SLORC, 277e BI, conduits par le capitaine Khin Maung Nyunt, basés à Murng Ton
Violée toute la nuit
S’est plainte au commandant du camp, le colonel Aye Thant, qui a fait aligner ses hommes pour identification. 15 000 kyats pour diffamation après qu’elle n’ait pu reconnaître les coupables.
80 Soldats du SLORC, 515e BLI, conduits par le commandant Maung Maung Htwe
Violées collectivement par les soldats pendant 3 jours et 2 nuits.
3 habitants du village abattus
57 maisons incendiées
25 Soldats du SLORCm, 333e BLI basé à Murng Sart. Déguisés en soldats Shan mais porteurs d’armes birmanes
Violées pendant le déplacement de leur village
Pendant le déplacement
forcé
Soldats du SLORC, 277e BLI, conduits par le major Aye Thant
Violées l’une après l’autre pendant 3 jours; relâchées après le paiement d’une rançon de 2000 kyats chacune
Accusées d’être les
femmes de soldats Shan
100 soldats du 246e BI et 250 soldats du 524e BIL
3 violées et tuées. 1 violée et blessée
2 hommes également
abattus
Soldats du 513e BIL basé à Pang Long, conduits par le major Kooma
Violée collectivement et tuée
Les soldats ont appelé la police pour dire qu’ils avaient trouvé le corps d’une femme morte. Ont pris des photos.
120 soldats du 524e BIL conduits par le commandant Htun Mya ; accompagnés de 20 porteurs et 5 chevaux
Violées jusqu’au soir par tous les soldats et ensuite tuées
Une femme a pu s’échapper
avec l’aide d’un officier
d’une minorité ethnique
3 soldats du SPDC, 225e BI, basé à Murng Ton, conduits par le capitaine Aung Zaw
Violée pendant 2 heures
Maison saccagée; parents
faussement accusés de
vendre des amphétamines
et punis de 500 kyats
d’amende.
Soldats du SPDC, 66e BI, conduits par le comman-
dant Htun Myint
Le commandant et ses officiers ont violé les femmes et attaché 4 hommes à des arbres pendant 2 jours et 2 nuits
2000 kyats d’amende à
chaque victime pour
contribution à la
destruction de la forêt.
Soldats du SPDC conduits par l’officier Aung Myint
Forcées à travailler et violées
115 soldats from Lai Kha-basé, LBI 515 conduits par le Major Soe Hpyu
Violée, abattue aisni que son père et le reste de sa famille, maison incendiée
Père abattu après avoir
été assommé par le
major avec une bûche.
Maison saccagée, valeurs
volées. Maison du chef de
village incendiée
3 soldats du SPDC, 49e BI basé à Murng Sart, conduits par le capitaine Han Sein
Violée
S’est plainte au commandant Myo Thant du BI 40. Han Sein a nié les charges et a été mûté avant qu’une sanction ne soit prise
Soldats du SPDC, 513e BIL
Violées et tuées
Groupe de soldats du SPDC, 9e BI
Une femme violée et poignardée 6 fois dans la poitrine, corps jeté dans un fossé et couvert d’une natte et de brindilles. L’autre femme violée et poignardée 4 fois dans la poitrine, corps enterré sous une mince couche de terre.
85-90 soldats du SPDC, 442e BIL, conduits par le major Myint Than
Violée et brûlées vives
Parents et un autre habitant
du village attachés à un
arbre et laissés dans la forêt.
Mère morte de chagrin
Soldats du SPDC, 225e BI, from BI 225 basé à Ta Sang, conduits par l’officier Tin Aung
Violées, mutilées (seins coupés) et tuées
Revenues de
Thaïlandesuite à une rafle parmi les
travailleurs émigrés
80-90 soldats du SPDC, 246e BI, conduits par le major Tu Nyein
Violée collectivement, puis abattue
Les habitants du village
déplacé avaient reçu la
permission de retourner
dans leurs champs. En dépit
de cette permission, 8 ont
été détenus pendant 9 jours, jusqu’à ce qu’une rançon de 15 000 kyats soit
payée par chaque famille