Jour 14 – mardi 29 octobre
Il est 5h30, Alejandra ne nous a pas appelés. Exaspérés de subir et dans l’angoisse de rater notre avion prévu le soir-même à
Sucre, nous décidons de partir à travers les petites routes de montagne en suivant les traces de Maps.me. Heureusement que nous avions un 4x4 car certains passages auraient été infranchissables en berline. Ceci dit, peine perdue, la piste se révélera être un cul-de-sac et nous voici de retour à Betanzos, deux heures après notre départ, dépités

Nous retrouvons les mécaniciens. Les échanges avec Alejandra commencent à devenir houleux. Nous ne comprenons pas qu’elle nous ait envoyés à Betanzos sachant que la ville était bloquée. D’autant qu’elle savait que nous avions une contrainte forte d’avion. Elle nous propose de franchir le barrage à pieds et nous indique que nous serons rejoints peu après par les mécaniciens avec notre voiture. Il est déjà 10h et nous sommes loin d’être au bout de notre peine

De l’autre côté du barrage, nous sommes pris en charge par un intermédiaire qui nous emmène quelques kilomètres plus loin où là de nouveau, nous devons attendre.
Notre voiture n’arrive pas et nous voyons le sablier s’égrener. Il nous reste 9 heures avant notre avion mais à ce rythme-là, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir monter à bord. Beaucoup de villageois attendent comme nous commence un ballet de voitures et minibus. Nous comprenons qu’une route alternative est possible. Mon mari discute avec un homme qui nous demande 1600 Bs pour nous emmener à
Sucre. Ouille, ça fait cher pour 100 km mais nous devons, et surtout nous voulons, quitter ce pays ! nous attendent en
France nos fils, nos travails, notre vie en somme ! nous acceptons ce tarif indécent mais la voiture qui doit nous emmener n’est pas encore là. Il nous faut donc encore attendre

Arrive un taxi collectif dont le chauffeur accepte de nous emmener à l’aéroport pour 400 Bs. Ça reste encore cher pour la distance mais c’est tout de même quatre fois moins cher que la voiture particulière ! et surtout, le taxi part tout de suite.
Il est 12h20, le trajet est prévu pour durer 3 heures (hors blocages, il faut compter 1h40 par la route principale). Le check-in pour notre avion étant à 19 heures, ça devrait être bon !
Sont présents dans le taxi une fillette accompagnée de sa mère et sa grand-mère ainsi qu’un vieil homme.
C’est donc plein d’espoir et en partie soulagés que nous partons.
Douche froide dès 15 minutes de trajet : aux abords d’un village dont la route est jonchée de pierres et branches obligeant le taxi à slalomer entre tous ces obstacles, nous apercevons une procession d’une trentaine de personnes marchant devant nous. Dès qu’elles se rendent compte de notre présence, elles ont continué à marcher mais en se mettant devant notre voiture et l’un des hommes s’est mis à courir et comble de l’horreur, réussit à mettre un camion poids lourd en travers de la route

La frustration est à son comble le chauffeur du taxi collectif est ami avec quelques villageois mais rien ne les fait changer d’avis, ils refusent de nous laisser passer. La perspective d’attraper notre avion continue de s’amenuiser et mon moral est au 36e dessous

le taxi fait marche arrière et emprunte des pistes difficilement praticables, même avec un 4x4. Les deux femmes tentent de me rassurer. La route nous paraît interminable, la vitesse est très faible en raison de l’état des pistes.
Le chauffeur fait une halte bien méritée près d’une rivière et nous en profitons pour nous dégourdir les jambes.
Peu après être repartis, nous entrons dans un village où à nouveau est présent un barrage encadré de nombreux villageois et enfants. Cette fois, l’ambiance est plutôt bon enfant et le chauffeur donne un petit billet à un garçon qui est ravi de lever la barrière. Il se voit même donner quelques pains par notre chauffeur.
Nous approchons enfin de
Sucre, il est déjà 16h30 mais c’est encore loin d’être fini.
Notre chauffeur s’arrête et décide de quitter la piste principale large pour bifurquer sur la gauche sur un semblant de piste qui surtout est bloqué par un énorme tas de terre, pierres et grosses branches. Nous comprenons que la piste principale mène au pont de
Sucre qui est totalement barré et si nous voulons rejoindre cette ville, il nous reste à retrousser les manches et déblayer cet amoncellement. Quand les Boliviens décident de bloquer, ils ne font pas semblant...
Des ouvriers qui passaient à pied sur la piste nous prêtent heureusement leurs pelles et mon mari aide le chauffeur tandis que les femmes poussent les pierres et branches.
Une demi-heure aura été nécessaire pour dégager cet amas. Le taxi a du mal à franchir ce qu’il reste du tas et nous devons nous y prendre à plusieurs fois, rajouter des pierres près des roues pour prendre appui et victoire, nous y parvenons

Allez, il nous reste deux heures pour atteindre l’aéroport et si nous ne rencontrons plus ce genre d’obstacle, ça devrait le faire ! à défaut de franchir la rivière par le pont, nous allons traverser son lit ! décidément, heureusement que le taxi est un 4x4 ! nous félicitons notre chauffeur et sa maîtrise du véhicule pour chaque passage franchi

les minutes continuent de s’égrener et nous voyons l’heure du check-in qui se rapproche. Nous reprenons espoir d’atteindre l’aéroport à temps.
Nous finissons par apercevoir au loin les bâtiments de l’aéroport vers 18h et sommes soulagés. Le chauffeur se gare sur le bas-côté de la route et demande à être payé sur le champ. La confiance règne

Il double son tarif et nous demande 800 Bs. Il est vrai que la durée initiale a doublé et que nous arrivons à rejoindre cet aéroport grâce à la ténacité et aux talents de conduite de cet homme. Je lui tends donc la somme demandée et n’obtiens même pas un merci ou un signe de tête

Je murmure un « de nada » que seul mon mari semble entendre. Nous trouvons cette attitude très décevante on va dire que les règles de politesse ne sont pas les mêmes là-bas.
Le taxi repart et nous arrivons à l’aéroport à 18h30, soit une demi-heure avant le check-in et donc six heures après le départ de Betanzos, pour un trajet de 100 km

ou 36 heures depuis notre départ de Rosillas situé à moins de 600 km

Ouf, notre avion est maintenu, ça va bien les émotions !! c’est avec un plaisir non dissimulé que nous prenons place dans l’avion pour
Santa Cruz. Nous ne sommes pas encore sortis du pays mais déjà, nous quittons la région de
Sucre !
L’endroit où nous pourrions dormir ce soir-là était tellement incertain que je n’avais pas souhaité réserver d’hôtel. Pour la nuitée du surlendemain, j’avais suivi les conseils de Carmen (Ticapi) qui était repartie de
Bolivie avec son mari quelques jours auparavant et avais donc réservé le Sun Hotel à
Santa Cruz, situé à quelques minutes de l’aéroport.
A notre arrivée à
Santa Cruz, nous prenons un taxi pour cet hôtel et décidons de tenter notre chance. Au pire, nous installerons notre tente dans le jardin de l’hôtel

Une chambre est heureusement disponible et nous l’aurons donc pour les deux nuits à venir.
Nous ne sommes pas fâchés de retrouver un peu de confort : une douche et un grand lit ! la tension accumulée ces derniers jours va pouvoir commencer à s’estomper.