TU VOULAIS VOIR LA MER ? BEN T'AS PAS VU LA MER...Un solide petit déjeuner de chez Naries bien calé dans la panse et nous nous lançons sur les pistes du Namakwa.
Après discussion avec nos hôtes, nous optons pour la direction Sud pour visiter le Skilpad Nature Reserve, nous devons aller le lendemain explorer le Geogab NR qui est l'autre parc du coin.
On nous a donc recommandé de passer par le sud, du côté de Kamieskroon où de beaux patchs de fleurs oranges sont visibles.
Il faut savoir que ces étendues de marguerites orange vif sont pour ainsi dire artificielles, elles se situent quasiment toujours à proximité d'une ferme ou d'une habitation, les propriétaires modifient le sol afin d'obtenir ces poussées spectaculaires et uniformes. Mais quand on visite les parties purement naturelles du parc, les fleurs sont beaucoup plus variées et mélangées ce qui donne un aspect encore plus spectaculaire.
Nous partons à 5 dans le Disco, Marie Do et Jeff à l'arrière. Marie Dominique n'a pas dit tout ce qu'elle avait à dire, elle compte bien sur cette journée pour le faire et elle attaque très rapidement.
"A c'est sûr, c'est pas la
Martinique, ici la végétation est tout de même beaucoup moins exubérante, mais sinon, sur l'aspect global, ça ne change pas tellement, c'est accidenté, il y a du relief, c'est vert..;moi je préfère quand c'est le désert tu vois ? Les collines vertes ça m'ennuie un peu tu vois ? Alors bon, ici, le Namakwa, c'est pas ce que je préfère dans le voyage, je préfére blablabla..."
-Décrochage-
Oui, mon esprit est ainsi fait que, quand quelqu'un parle, je suis capable de déconnecter partiellement mon cerveau de la discussion pour poursuivre mes propres pensées et me concentrer sur autre chose, la conduite cette fois ci. Tout ceci n'a l'air de rien, mais c'est assez complexe puisque je peux produire l'illusion de quelqu'un qui reste attentif sans l'être, un système de " mots clé" me font réagir, ou d'intonations remarquables, l'interrogation par exemple.
Diamina parle, mais je décroche inexorablement, me concentrant d'abord sur la route et laissant mes pensées vagabonder ensuite jusqu'à ce qu'un mot clé (keyword) me ramène à l'intérieur de l'habitacle :
[Key word- =racisme] "...racisme en
Martinique qui fait que les gens qui ont une peau très noire sont déconsidérés par rapport à ceux dont la peu est plus claire, c'en est à un point que mon grand père a dit lorsque mon père a rencontré ma mère que leurs enfant seraient des " peaux sauvées", ce terme de "peau sauvée" étant tout de même très particulier en dit assez long sur la mentalité ambiante et dans les classes on sent bien ce phénomène qui peut amener des jeunes à se décolorer avec des produits dangereux, on essaie de les décourager et de lutter contre ces pratiques, mais ce n'est pas blablabla....;"
-décrochage-

(Bon bon booooooooon, ça y est, on devrait arriver dans le skilpad réserve, mais c'est bizarre, il n'y a pas de clôture, pas d'entrée de parc, pas d'endroit où on paie...bof, ça doit être plus loin...de toute façon je vais pas aller les chercher hein ? Ha ! Ha ! Parce que c'est pas mon boulot et si ils veulent se faire du blé avec leur parc, ben faudrait voir à faire payer à l'entrée, pas à attendre que le touriste il vienne avec son petit porte monnaie dans la petite guérite située dans le trou du cul du monde et qui n'est ouverte que entre 14h30 et 15 h, parce que faudrait voir à quand même pas trop se f...")
[keyword = enfant] "...z'enfants m'énervent, c'est toujours en train de brailler, de gueuler, de baver, de vouloir bouffer quand on a rien à leur filer ! Jeff et moi on a décidé de gérer se problème par le vide : pas de gosses, pas de soucis ! De toutes façons, j'ai mes neveux et nièces qui m'occupent bien assez, je les emmène en voyage, ça nous fait plaisir, à eux aussi et ça repose les parents...mais attention ! Ils savent qu'avec Tata Marido, faut se tenir à carreau ! Quand ma soeur est arrivée pour la première fois dans ma voiture avec son chiard de 4 mois qui s'est mis à brailler à brailler, je me disais, mais c'est pas possible ! Ils va jamais arrêter de gueuler ! Il va me rendre dingue ! Alors, j'ai pris le taureau par les cornes et j'ai poussé une soufflante à la mère et au gamin : " attention hein ? Chez moi on ne braille pas comme ça, et surtout pas dans ma voiture ! sinon on continue la route à pied !" et bien croyez moi si vous voulez, mais le gosse, ça lui a cloué le bec et ma soeur, elle s'est débrouillé pour qu'il ne recommence pas ! Nooooooooon mais, je vais pas non plus me laiss...."
-décrochage-

(tiens ? C'est pas mal par ici, il y a à nouveau pas mal de fleurs, ah ! Je comprends, il y a de petites maisons là et bien sûr, partout autour, c'est orange ! Bon allez, on va prendre quelques tof)
Nous nous arrêtons et commençons le mitraillage.
Nous arrivons dans le parc et les zones fleuries se font plus nombreuses et surtout plus variées, les arrêts sont donc de plus en plus nombreux. Nous poursuivons tout droit à l'embranchement de Soebatsfontein, le relief est comme un très grand amphithéâtre, une vaste zone plate où nous sommes qui va jusqu'à la mer vers Koingnaas et Hondeklip Bay et au Nord est, les hautes collines escarpées du Skilpad qui semblent moins fleuries.
Nous décidons d'aller vers la mer, j'ai repéré un petit restau qui s'appelle Noup et qui se situe près de Koingnaas, nous essaierons de manger là.
Nous avançons à petit rythme, nous arrêtant de temps en temps pour apprécier les paysages.
"C'est sûr que par ici c'est quand même beaucoup plus sympa que là bas, il y a vraiment beaucoup plus de fleurs, j'aime bien, ça met de la couleur, parce que le vert, le vert, c'est chiant à la fin, vous devez bien comprendre ça vous les breton ? C'est pas le vert qui manque chez vous non plus hein ? Ha ! Ha ! Non, vous devez être comme nous, en avoir marre du vert et...."
-décrochage-

(Bon, ben j'espère que je vais le trouver ce restau là : Noup, parce que impossible de les contacter, répondent pas au téléphone, répondent pas aux mails, vraiment c'est chiant ! pourvu que ce soit pas fermé parce que j'ai pas vraiment l'impression qu'il y a grand chose d'autre à Koingnaas, ça pue la cité minière à 100 km et...)
[keyword=musique] "...la musique aux enfants c'est vraiment un plaisir, mais il faut savoir les intéresser, ne pas taper d'emblée sur des trucs trop subtils, leur demander ce qu'ils écoutent et leur montrer les influences qui ont été suivies par l'auteur. Quand on a réussi à les captiver, on peut leur faire écouter n'importe quoi, j'ai même réussi à les intéresser à l'opéra, et crois moi, c'est pas facile d'intéresser des jeunes martiniquais à l'opéra, pas plus que des jeunes bretons d'ailleurs ! les gamins, ils me demandaient, mais pourquoi ils crient tout le temps dans l'opéra, Alors il faut leur expliquer: ils ne crient pas, il chantent très fort parce que c'est fait pour être chanté sans micro dans un théâtre alors il faut qu'ils s'entrainent beaucoup pour avoir des voix puissantes qu'on entend de loin..."
Là, je dois dire que quand Marie do et Jeff parlent de musique, c'est impossible de décrocher, ils vont nous tenir tout le reste de la matinée sur le sujet...et la matinée, elle va durer...
Ben oui, parce que le Noup, il est pas facile à trouver le Noup ! Nous passons Koingnaas, poursuivons le long de la côte après avoir passé une espèce de guérite où on ne nous demandera rien, mais ensuite, c'est grillage tout du long de la côte, impossible de rejoindre la mer ! Faire ça à un breton qui a toujours vécu juste à côté voir même dessus ou dessous, c'est carrément inhumain ! Surtout quand on sait que le breton en question vient de passer quasiment en mois en zone aride sans voir la queue d'une mouette, ou une once de varech, ni même la plus petite bernique...il y avait bien les pans salés au
Botswana...mais ça remplace pas les embruns qui vous fouettent le visage !
Enfin, nous tombons sur une petite piste qui part sur la gauche vers la mer. piste très encourageante puisqu'elle est agrémentée d'un petit panneau "Noup" !
C'est là ! Youpi !
Merde...une barrière...un cadenas...fermé...fermé comme ce con de Noup probablement...
Je suis dévasté...et je ne suis pas le seul, derrière, la famine fait rage et pas le moindre restau à Koingnaas !
Bon, on va tenter notre chance à Hondeklip Bay et on ira voir la mer là bas !
La situation devient tendue, ça a même coupé le sifflet à Marie Do ! C'est vous dire ! L'hypoglycémie sans doute ?
Moi, l'hypoglycémie, ça me stimule, ça m'énerve, je fonce sur la piste vers le sud ne me préoccupant pas de vérifier si le niveau de gasoil est suffisant pour rentrer. Non : je file vers le sud, vers la mer accessible, vers les restaurants, vers la vie !
Dans ma tête, ça mouline, ça turbine, ça fulmine :
(Et toujours cette foutue clôture sur ma droite qui me nargue et m'interdit l'accès à la mer patrie ! Je hais cette compagnie qui exploite le diamant sur cette côte ! Vive la loi littorale ! Vive la
France ! A bas Brigitte Bardot et sa propriété tropézienne ! Vive Pierre Méhaignerie ! Mort aux...)
"Ben dis donc...C'est quelque chose de voir un breton privé de a mer..."
[keyword=breton]
"Hein ? Quoi ? Ah ! Haha, oui, ça m'agace un peu cette histoire de clôture qui nous interdit l'accès à la mer, mais on va y arriver...ON VA Y ARRIVER OU ON VA TOUS CREVER !!!"
"Mais enfin ! Calme toi Erwan !"
"Je suis calme chérie...je suis très calme...JE SUIS TRÈS TRÈS CALME !!!"
Nous arrivons à Hondeklip, quelques panneaux nous rassurent sur la présence de restaurants, par contre, côté mer j'ai la désagréable surprise de voir qu'une brume de chaleur s'est levée du fait du contraste de température entre la mer froide et l'air chaud, un nuage opaque qui suit très exactement la ligne côtière qui me décourage de poursuivre plus avant.
Tant pis, au moins nous aurons une bonne
Windhoek draft pour nous consoler et une copieux repas pour nous sustenter.
Il sera donc dit que durant les 4 semaines de ce voyage, je n'aurai pas vu la mer.
Mais j'aurai au moins vu un bateau dans la salle à manger chez Die Rooi Spinekop, ainsi qu'une baignoire étagère...
On y mange pas mal et nous y avons été bien accueillis...ceci dit, nous avions tellement envie de cette pause que le plus médiocre nous aurait paru merveilleux.
L'ordinateur de bord ne me laisse qu'une centaine de km, nous compulsons les gps, mais c'est pour constater que, bien sûr, ce n'est pas du tout suffisant. Une seule solution sûre, retourner à Koingnaas pour y faire le plein, en priant pour qu'ils ne ferment pas trop tôt.
Pour ceux qui sont déjà passés par Koingnaas, ils peuvent imaginer sans peine la joie que nous ressentons à l'idée de pouvoir à nouveau traverser ce petit village rieur.
Mais au moins, la station est ouverte et pourvue en diesel, nous retrons et faisons le choix fort peu judicieux de traverser les petites montagnes du Skilpad.
C'est une très mauvais choix, la piste y est bien plus sinueuse, fatigante et donc beaucoup moins rapide que de faire le tour par le sud comme nous l'avions fait à l'aller. Pour ne rien arranger, il n'y a pas la moindre fleur sur ce parcours.
C'est donc exténués que nous rentrons chez Naries, nous invitons nos deux compagnons d'infortune, mais Marie Do et Jeff semblent plus fatigués que nous et décident de se coucher sans manger.
Journée très fatigante donc et le sentiment d'avoir loupé quelque chose, si c'était à refaire, je filerai vers Hondeklip Bay pour la pause et continuerai vers le sud dans la partie du parc qui longe la côte pour ensuite remonter par Garies et Kamielskroon vers
Springbok
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