LE DÉLUGEA la sortie du parc nous regonflons nos roues, elles étaient restées à 1.8 bars.
Il faut aussi noter que la roue avant gauche a du être regonflée tous les soirs, il y a certainement un trou, sans doute une épine d'acacia et ce depuis le Central
Kalahari.
La roue avant droite commence aussi à se dégonfler lentement et a une pression inférieure aux deux roues arrières.
Pour tout arranger, mon minuscule compresseur commence à donner des signes de fatigue et les séances de gonflages deviennent interminables.
Je gonfle simplement à 2 bars et nous partons donc vers l'aéroport de
Upington : la fin du voyage pour Camille qui nous abandonne.
La traîtresse !
La route est facile, droite ou serpentant dans les grandes dunes rouges au début, puis définitivement rectiligne dans un désert pierreux.
La tristesse des adieux et le dépit de trouver un bureau de change fermé ravalés, nous continuons vers Kakamas, puis à droite vers Riemvasmaak, une large gravel conduit au village communautaire.
Le début de cette piste traverse de vaste champs et des serres, mais après quelques kilomètres, elle pénètre un univers de jolies petites montagnes rouges évoquant l'ouest américain.
Le village est là, étalé, parsemé de maisons en dur et de cabanes en tôles, des grillages limitent les propriétés,
la route principale est bitumée de frai, nous tâchons de repérer les panneaux qui indiquent les "hot spring", le canyon où se situe le camping qui appartient et est géré par la communauté de Riemvasmaak, il devrait y avoir un tourist center sur la route, je ne sais pas trop où, nous cherchons donc dans le village.
Le adultes nous saluent timidement de loin.
Je m'arrête près de l'école,
un groupe d'enfants d'une dizaine d'années jouent, je leur demande la direction.
En guise de réponse un gamin malicieux me sert la bonne vieille blague à touristes " turn right, then right, and one more time right, then straight on and then turn right, and..."
"...and then I find a smart guy and ask him the direction ? Let's say you are this guy..."
Il éclate de rire un peu jaune et conclut en disant qu'il ne sait pas où se trouve le tourist center.
Il doit appeler ça autrement j'imagine...
Nous abordons alors 1 jeune dame et un vieil homme près de leur maison, la dame étend son linge. Le vieillard me gratifie d'un sourire édenté et fait un petit signe de la main mais c'est la jeune femme qui me renseignera : il suffit de suivre les panneaux "hot spring " et nous arriverons facilement au tourist center, nous étions donc dans le vrai.
Fermé le tourist center, vide de surcroît, nous continuons donc la descente vers le canyon sans voir âme qui vive dans les chalets qui jalonnent le chemin qui serpente vers le lit de la rivière asséchée.
Sur ma gauche, je vois bientôt un panneau " heavy 4x4 only" qui désigne une petite piste, un rapide calcul mental me conduit à la conclusion imparable, mais néanmoins totalement stupide, que nous somme un "heavy 4x4", il nous faut donc bifurquer.
Je bifurque, la petite piste contourne un gros rocher par la gauche, je ne vois donc pas la suite, je ne la découvre qu'en faisant le tour dudit rocher : la piste plonge littéralement !
Il y a de petites pierres sous les roues, je sens la voiture qui commence à partir en crabe et me fais pour moi même cette réflexion mémorable et bien sentie :
"Houlah ! Ça sent le pâté..."
"Qu'est ce qui se passe ?" S'alarme Sabine.
"Rien, rien, je maîtrise total !" mentais-je.
C'est alors que j'ai pu constater l'efficacité de l'électronique sur ces 4x4 modernes, la voiture qui avait prudemment été mise depuis le début de la descente dans le canyon sur le mode "rock crawling", a carrément pris les choses en mains, ce qui peut être un peu vexant si on regarde bien : il est clair qu'elle a complètement compris à quel pilote elle a affaire... Je sens les roues qui se bloquent les unes après les autres, sans que je fasse quoi que ce soit et qui remettent la voiture en ligne jusqu'en bas de ce tronçon de piste très raide.
"Ouf, c'était chaud, mais tu as bien maîtrisé ! Bravo chéri !"
"Oh, tu sais ce que c'est, l'habitude, le feeling...la classe quoi..."
Dans le canyon, il y a un bloc sanitaire des barbecues, un petit chalet pas plus habité que les autres. En descendant, nous avons vu qu'il y avait un seul 4x4 tente sur le toit déjà installé.
Il n'y a toujours personne, nous décidons donc de poser la ente sur ce qui semble être un emplacement, avec des traces de feu de camp. Il se situe dans le lit de la rivière.
Le camp installé, nous filons aux sources chaudes, il y a 3 bains : chaud (40°) tiède (30°) et froid (20-25 °). Le bain chaud est déjà pris par les 2 sud-africains qui occupent l'autre campement, ils marinent sans doute depuis un moment et nous laissent immédiatement la place.
La température extérieure a monté considérablement, il fait 30° à l'ombre, mais quand on sort du bain à 40°, le petit vent vous procure une délicieuse sensation de fraîcheur.
Ah ! Ça bouge dans les chalets là haut, manifestement le gardien ouvre une unité à des locataires, je vais le voir pour lui signaler notre présence, il me demande de l'attendre en bas.
Il arrive un peu plus tard pour régler les détails et encaisser les 150rd (10€).
Alors que je lui demande de confirmer si nous sommes bien sur un emplacement, il confirme mais fait une grimace.
"Vous avez l'air d'y voir un problème ?"
"Non...Oui, c'est juste que, si il se met à pleuvoir, il faudra que vous dégagiez vite fait, la rivière peut se mettre à couler, le niveau peut monter très vite et ça devient un torrent furieux"
"Furieux ?"
"Oui, furieux.."
"Mais il ne doit pas pleuvoir si souvent que ça, "
"Ah non : il ne pleut jamais ici..."
"Ah..."
"Mais là, ils annoncent de la pluie, peut-être ce soir, peut-être demain, peut-être jamais, on ne sait pas..." conclut-il en montrant énigmatique quelques nuages noirs qui passent dans le ciel.
"Ah..."
"Ben oui..."
"c'est embêtant..."
"Un peu..."
"Bon...et bien merci...au revoir... "
"Attendez, nous n'avons pas remplis les papiers, je peux le faire, il me faut juste votre nom et le N° d'immatriculation de la voiture, votre nom c'est ?"
Comme je lui dis et lui épelle, il relit et éclate de rire.
"Non ? Vous vous appelez vraiment comme ça ?"
"Ben, euh...oui pourquoi ?"
"Vous pouvez me le redire ?"
Je m'exécute aussitôt.
Il éclate de rire à nouveau " C'est drôle"
Mais c'est qu'il serait vexant l'animal, nous nous quittons là dessus pas fâchés pour autant.
Il faut vraiment très chaud ce soir, nous dînons sans la lueurs des étoiles dissimulée pour la première fois par de lourds nuages noirs.
Le bloc sanitaire est très bien équipé, on peut y faire sa vaisselle dans le chalet inoccupé et on peut même y prendre une douche chaude.
Avant de nous coucher, nous tâchons de prévenir les problèmes éventuels que provoquerait une très hypothétique averse en chargeant au maximum la voiture de tout ce qui est précieux, matériel photo, ordinateur, sacs de voyage...j'en mettrais bien plus si je pouvais, mais il y a Fanny qui dort là et elle prend tout le coffre à elle seule.
Nous mettons sur les rochers ou dans la tente le reste du matériel et allons nous coucher plus tranquilles, s'il se met à pleuvoir, on dégage vite fait en voiture, au pire, la tente restera sur place
En milieu de nuit, je suis réveillé par une pluie battante qui tambourine sur la toile.
Merde ! C'est pas possible ! Manquait plus que ça !
Sabine dort à poings fermés, je vais voir dehors, à peine ais-je entrouvert la fermeture éclair que je me rends compte du désastre : le ruisseau coule! il y en a déjà bien 5 à 10 cm et nous ne devons qu'à la qualité de la tente de ne pas être inondés ! Nous sommes bel et bien au milieu de la rivière...
Je réveille Sabine en catastrophe, il faut fuir immédiatement !
"Mais non, laisse moi dormir bougonne t-elle"
"Il faut partir tout de suite !
TOUT DE SUITE !!!"
"Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?"
"Le torrent commence à se former ! on dégage !
ON DÉGAGE !"
Je n'ai pas l'air rassuré du tout et c'est bien normal : je ne le suis pas du tout, je suis au bord de la panique, ça ne rigole pas ces torrents de montagne, ça se lève comme un rien et ça dévaste tout sur son passage.
Nous sortons sous une pluie battante, un vrai déluge, l'eau nous arrive bien au dessus des chevilles et commence à pénétrer la tente, en deux enjambées nous sommes à la voiture...misère de misère ! les sacs sont entassés sur les sièges avant, il faut réveiller Fanny, ce qui n'est pas simple en soi, encore plus difficile : solliciter son aide pour nous aider à dégager tout le matériel posé sur les sièges avants vers l'arrière...l'eau monte vite, je suis littéralement trempé comme si je venais de sortir de la piscine, la pluie est chaude, le tonnerre craque et les éclairs nous laissent apercevoir la catastrophe qui se prépare : le ruisseau enfle à vue d'oeil, j'en ai quasiment jusqu'à mi mollets et le courant est de plus en plus fort ! Pire que tout : la voiture a bougé, j'en suis sûr !
Merde merde merde, si j'avais dégonflé les pneus, elle aurait flotté moins facilement !
Mais c'est pas vrai ! C'est pas possible d'être aussi con !
Les sacs sont tous balancés en vrac derrière, le courant forcit encore et l'eau m'arrive presque aux genoux, je prends la place du conducteur et pousse sur le démarreur...rien, ça ne démarre pas !
J'appuie à nouveau.
Rien.
La voiture bouge à nouveau.
"
PAPA ! ON A BOUGÉ !!!"
"
ERWAN QU'EST-CE QUI SE PASSE ?!?!?"
"Rien chérie, rien, ne t'inquiète pas, je...je maîtrise...je..."
"
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH!!!!"