J'AI PLANÉ AU DESSUS D'UN TAPIS DE FLEURS
Le galop.
Le galop est une allure merveilleuse, une douce ondulation qu'il faut savoir accompagner pour le rendre agréable. Je suis à la tête d'une groupe de 4 cavaliers, je conduis un magnifique Frison noir jais puissant et altier.
Les fleurs multicolores du Namaqua son hautes comme des blés mûrs, nos montures semblent naviguer sur une mer arc en ciel, et nous, juchés sur leur dos, nous volons au dessus d'un tapis de fleurs.
Dans ces moments là, vous vous sentez beaux, vous vous sentez forts, vous vous sentez en communion parfaite avec la nature : vous vous prenez pour un dieu.
Envahi de ce sentiment de toute puissance, je lâche les étriers pour faire corps avec la monture.
J'ai bien pris le rythme de sa foulée, je suis très bien, je m'enhardis et je lâche les rênes, j'écarte les bras et, tel un Léonardo Caprio sur le retour, je lève mon visage vers les cieux bleu azur et je hurle :
"
JE SUIS LE MAÎÎÎÎÎÎÎÎTREU DU M..."
Las, ma vaillante monture, toute surprise par ce bruit imprévu qui vient juste au dessus de sa tête, comme ça, sans prévenir, fait un brusque écart à droite.
Las, les lois de la physique et de l'énergie cinétique étant ce qu'elles sont et n'étant plus relié à ma monture que par le contact précaire de mes jambes, je la quitte et poursuis seul la trajectoire initiale
"...
DU M...MEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEER..."
Las, les lois de gravitation étant ce qu'elles sont, le superbe vol en ligne droite qui semblait aussi parfaitement asymptotique à la courbure terrestre et me promettait un survol magnifique du champ de fleurs toutes plus belles les unes que les autres, se transforme impitoyablement en une courbe de quart d'élipse dont on voit bien où elle va se terminer : je vais m'aplatir la gueule dans l'herbe comme une bouse...
"..
.EEEERRRRRRRRRRRD...."
Les fleurs qui dessinaient vues de là haut un magnifique tableau de Monet se font plus proches, plus précises. Peu avant le contact, ce sont plutôt les tournesols de VanGogh que j'ai devant les yeux...et juste derrière, la taloche promise...
"...
RDEEEEE OhPutain !!!
Ce genre de rêve, vous procure de ces réveils en sursaut propres à épouvanter ceux qui y assistent.
Sabine, s'en trouve toute réveillée.
"ben qu'est-ce qu'y a?"
"Rien...euh...je rêvais qu'on faisait du cheval..."
Elle se marre.
"Et t'es encore tombé ?"
"Tombé ? Mais je ne tombe jamais ! Sauf en rêve...parfois..."
"C'est vrai, sauf en rêve...parfois...et parfois en vrai aussi..."
Nous saluons nos copains Martiniquais au petit matin, ils nous quittent pour remonter vers les Augrabies.
Notre programme à nous, c'est donc randonnée équestre dans le Geogab Nature Reserve.
Ann et David de
namaqua horse trail
nous attendront à l'entrée du parc, ils ont payé les entrées (dans celui là il faut payer, dans celui de la veille, nous n'avons jamais trouvé la guérite...).
Les rangers de l'accueil nous indiquent à quel endroit nous devons retrouver les chevaux, nous nous y rendons séance tenante, nous sommes à l'heure et eux aussi.
Les présentations se font rapidement, le courant passe bien, il ne reste plus qu'à équiper les montures que nous allons chercher dans le coral.
J'ai choisi avant de venir, un beau frison, ces chevaux hollandais étaient originellement destinés à la guerre, ce sont des destriers, puissants, capables de porter lourd, mais ce ne sont pas les plus rapides ni les plus endurants. Fanny monte une petite arabe fougueuse et Sabine une belle jument alezane.
J'avais pré-payé, mais comme Camille nous fait faux bond pour la fin du voyage, Ann et David me remboursent en espèces, la sortie n'est pas donnée : 3000 Rd / personne soit 210 €, en
France, une sortie à la journée tourne le plus souvent autour 180€, mais il faut bien constater que les chevaux sont magnifiques, très bien soignés, que l'équipement l'est tout autant et je ne vous parle pas du paysage.
La réserve de Geogap est bien plus belle que celle de Skilpad, plus variée en tous cas, ce sont de grandes vallées encadrées de collines rocheuses et abruptes, on y voit aussi beaucoup d'animaux, nous verrons des Oryx, des zèbres, des autruches, des babouins, des springboks et le terrier de cet étrange animal aux oreilles de lapin, au nez de cochon et à la queue de kangourou : l'oryctérope ou erdvark que nous n'aurons pas la chance de rencontrer.
Nous partons au trop et nous dérangeons quelques zèbres que nous n'avions pas remarqué et qui nous précèdent, les animaux craignent moins l'homme quand il est à cheval.
Le sol de chaque vallée est littéralement tapissé de fleurs, le jaune et l'orange dominent, mais en y regardant de près, toutes les couleurs de l'arc en ciel sont présentent, Ann nous explique que cette année les fleurs sont en retard et que nous arrivons au bon moment : elles ont toutes fleuri en même temps alors qu'habituellement elle le font plutôt à tour de rôle.
Nous partons au galop.
Un galop mémorable, combien de temps a t-il duré, je n'en sais rien, Ann m'a dit que c'est mon cheval qui fatiguerait le premier, c'est donc à moi de dire quand on s'arrête, nous cavalons dans un tonnerre de sabots au milieu de cette vallée magnifique, fleurie sous les regards médusés des zèbres et des oryx, c'est du bonheur à l'état pur.
Midnight mon fier coursier, semble ralentir un peu, je commence moi même à sentir passer ce galop et en déduit habilement que mon cheval est fatigué...je me retourne, l'endroit d'où nous sommes partis est tout là bas, très loin. Nous n'avons croisé personne et nous sommes toujours seuls.
Parfois les passages se font escarpés et tourmentés, les chevaux y sont à l'aise, ils ont le pied sûr et il faut les laisser faire.
Nous allons parfois plus vite que les 4x4
Ann nous guide vers des rochers où nous retrouvons David pour le copieux pique nique qu'ils nous ont préparé.
Les chevaux ont droit à leur bain de poussière, ensuite David les lave et les laisse au repos.
Nous engageons une discussion à bâtons rompus sur ce que font les uns et les autres.
David nous apprendra qu'ils ont vécu en
Nouvelle Zélande, en
Australie, en
Angleterre et qu'il a pratiqué un métier propre à faire rêver tout breton qui se respecte : éleveur d'ormeaux !
Il nous raconte le process extrêmement compliqué de cette pisciculture très particulière qui l'a passionné un moment avant qu'il ne rencontre Ann et n'adopte sa passion : le cheval qui va les conduire aux 4 coins du globe pour revenir vers l'
Afrique du Sud et découvrir ce coin qu'ils adorent.
J'en remets une couche et décrit ces paysages comme étant "uniques".
David se tait, le silence s'invite dans notre dialogue, il reprend un peu plus tard.
"Pourquoi penses tu que ces paysages sont uniques"
Son ton qui s'est fait méfiant m'alerte : il y a quelque chose qu'il sait qu'il va entendre mais qu'il ne voudrait pas entendre. Il y a quelque chose que je ne dois pas dire.
Je m'apprêtais à répondre que cette chose unique, ce sont les fleurs, mais je décide de modifier ma réponse.
"Les couleurs bien sûr, il y a cette explosion florale, mais pas seulement, ces paysages sont magnifiques avec ou sans fleurs, et puis il y a cette faune sauvage, ces rochers, ces paysages de vallées toutes différentes que nous venons de traverser, c'est vraiment un endroit unique."
Je lis la satisfaction sur son visage.
Il n'éprouve pas le besoin de répondre et se contente d'opiner du chef tout à la contemplation de cet endroit qu'il adore et qu'il considère comme le plus beau du monde.
Beaucoup sur cette planète ont ce sentiment d'avoir trouvé le paradis, la tentation est grande de leur dire que non, là bas c'est mieux, c'est pareil mais en mieux ! tu verrais la
Corse David, t'en reviendrais pas ! C'est mille fois mieux qu'ici !
Mais à quoi bon, pourquoi vouloir discuter ce qui n'est pas discutable : David a trouvé sa place, David est à sa place.
Nous poursuivons la balade, la chaleur est montée d'un cran et atteint les 35 degrés à l'ombre ! Nous apprendrons que l'année précédente, à la même époque, il neigeait...