PINAISE Y'A PUS D'BIÈRE*
(* Omer Simpson)
" Qu'est ce c'est ? "
"Ben c'est le lion qu'est pas content..."
"Comment ça ben c'est le lion qu'est pas content ? C'est tout près non ?"
Je réalise la situation, je suis sous la tente dans mon sac de couchage et Sabine vient d'être réveillée par un rugissement tout près, mais alors
Tout tout près de nous, j'ai moi aussi été réveillé, le lion avait pénétré mon rêve avant d'envahir mon camp.
La puissance est telle que ça vous résonne dans les tripes.
Deux nouveaux feulements retentissent.
"Ils sont avec nous, dans le camp, c'est sûr."
"Tu vas voir ?"
"Euuuuh, non, j'ai un peu froid là, va z'y toi "
"Non, moi j'ai peur..."
"Peur, Ha ha ha, ces gonzesses décidément..."
"Ah parce que t'as pas peur toi ?"
"Si..."
Le calme est revenu et il dure.
"On essaie de se rendormir ? Il est 3 heures."
"Bon d'accord"
Mais c'était sans compter avec les aléas de la nature, une heure plus tard, Sabine se réveille et me réveille : une envie pressante la tenaille, il faut qu'elle sorte...
Je lui signale le côté déraisonnable de la chose, elle me rétorque que, bon, pas de problème : elle va pisser par terre dans la tente.
Je lui répond du tac au tac que ça ne se fait pas d'abord ! Et qu'en plus, on aura bien du mal à la revendre cette tente si elle l'imprègne de son urine.
Elle m'assène alors un argument qui clôt la discussion : elle s'en fout....alors là, évidemment, si elle s'en fout...
Motivé par le sauvetage de cette superbe tente, je me munis du projecteur et entrebaille l'ouverture au péril de ma vie, plus exactement, j'ouvre la fermeture éclair de 20 cm au péril de ma vie et balaie au péril de ma vie les alentours de mon faisceau puissant : rien, j'ouvre plus et sors la tête au péril de ma vie, toujours rien.
Je sors carrément faisant fi du péril qui pèse sur ma vie et inspecte tout le campement : ils sont partis.
La tente est sauvée, nous retournons nous coucher.
A six heures nous sommes debout et vêtus, bien décidés à filer au point d'eau, nous réveillons les filles.
Elles grommellent, un doute me prend.
"Vous avez entendu cette nuit ?"
"Naaaaan quoi ?"
La qualité du sommeil des jeunes gens me stupéfiera toujours...nous leur expliquons et ajoutons qu'il serait futé d'aller voir au point d'eau si les lions qui sont passés cette nuit n'y seraient pas.
Hop, nous remettons la voiture en état de marche, c'est à dire que nous dégageons les sacs qui sont empilés sur les sièges avants, redressons la banquette arrière, jetons les filles sur la dite banquette, posons les sacs dans le coffre, sauf un que je laisse par terre dans le camp.
Nous emportons quelques bricoles à grignoter et filons au point d'eau...
Rien...
Personne...
Ah, si tiens : un chacal, il nous regarde bizarrement, il est nerveux, nous le dérangeons visiblement.
"Dites ?"
"Oui Camille ?"
"On est parti un peu vite là, j'ai pas eu le temps de faire pipi et j'ai pas mal envie, je peux sortir pour faire au pied de la voiture ?"
"Ça va pas non ? S'il y a bien un endroit où il ne faut pas sortir de la voiture pour pisser un coup, c'est bien en Afrique, à côté d'un point d'eau au petit matin quand on a entendu brailler des lions toute la nuit !"
"Ben oui, mais ils sont partis non ? Alors comme j'ai très envie je..."
"Mais enfin, tu es inconsciente ou quoi ? je te dis qu'il ne faut pas le faire !"
"Ben ouais, mais moi j'ai envie et..."
"Écoute Camille, on ne va pas s'éterniser ici, tu patientes une demi heure et tu pourras te soulager au campement ?"
"Oui, mais moi je..."
"attendez, passez moi les jumelles !"
"Quoi sabine ? tu as vu quelque chose ?"
"Je ne suis pas sûre...Si ! Les lions ! Ils sont là ! Mais derrière nous !"
Effectivement, ils sont là, et pas loin du tout, à une trentaine de mètres de la voiture, allongés dans l'herbe, ils nous regardent, peinards.
L'excitation nous gagne, nous nous retournons tous pour les contempler, à genoux sur les fauteuils, fanny empoigne l'appareil photo et ouvre le toit, il sont une dizaine, deux grands mâles, trois femelles et au moins 5 lionceaux.
Fanny commence à photographier, me signale que les réglages ne sont pas bons, je corrige.
"Va z'y Fann', mitraille ! Et surtout ne parlez pas trop fort ! Il ne faut pas les faire fu...."
TÛÛÛÛÛÛÛÛÛÛÛT !!!!!!!
....
"Non....c'est pas possible !?!?! tu le fais exprès ou quoi ?"
"Ben...non..."
"C'est quoi alors ? Une tare génétique ?"
"Mé nooooon, mé j'ai pô fait exprès, c'est juste que je me suis retourné et puis avec les fesses...sur le volant...vous comprenez ?...dites moi que vous comprenez...s'il vous plait..."
"Papa ?"
"Oui ?"
"Je t'ai déjà dit que des fois j'espère ressembler au facteur "
"CAMILLE !!!"
"Rhôôôôô, j'déconne maman..."
"Ben ça c'est pô gentil..."
"Tu l'as bien mérité !"
"Ben oui, mais c'est pô gentil quand même"
Cette scène se déroule sous le regard de 10 lions manifestement incrédules, il n'est que de voir leur tête : il est clair qu'ils n'ont jamais vu ça...
Nous profitons de l'effet de surprise pour les photographier, je décide aussi de démarrer le 4x4 pour nous rapprocher un peu en allant de l'autre côté de la piste, un quart d'heure plus tard, ils décident de partir, les lionnes d'abord et les lionceaux, puis les 2 mâles.
Ils se dirigent droit vers notre camp !
Nous y retournons donc, peut avant d'arriver, nous tombons sur l'un des 2 grands mâles qui traverse le premier campement.
Nous faisons nos photos et allons vers notre camp, juste à temps pour voir deux lionceaux partir en jouant avec le sac poubelle qui recouvrait les 2 bidons d'essence !
Misère ! Ils sont en train de le mettre en pièce dispersant le plastique un peu partout !
Un des mâles passe derrière les sanitaires où sèche notre linge.
Il est heureux qu'ils n'aient pas décidé de jouer avec le sac de Fanny que j'avais imprudemment laissé traîner par terre...
Nous constatons avec consternation qu'ils décident de s'installer tout près du camp, à moins de 50 m...comment allons nous prendre notre petit dej avec 10 lions qui stationnent à côté ? Du coup, tout devient plus compliqué, nous allons près du sac de Fanny pour le mettre en lieu sûr dans le 4x4, puis nous allons près des sanitaires pour que Camille puisse enfin se soulager, enfin nous allons au bord du campsite côté lions pour les admirer encore un peu.
Ceci dit, nous voir tourner dans tous les sens a finit par les fatiguer, les lionnes partent à nouveau suivies des lionceaux tandis que les mâles surveillent leurs arrières, l'un d'eux, intrigué viendra à nouveau vers nous, l'air franchement menaçant, puis s'évanouira comme les autres dans les buissons.
Quelle matinée !
Nous pouvons enfin prendre un petit déjeuner bien mérité avant de plier le camp et de partir vers le sud pour une distance de 100 km jusqu'à Polentzwa.
La piste reste très agréable, elle devient franchement belle sur les 30 derniers km, le paysage est très dégagé, les dunes sont de plus en plus dénudées, nous voyons les premières dunes rouges : les paysages du KTP.
Sur cette piste nous verrons beaucoup de suricates, ils ne sont pas difficile à trouver : ils trottent sur la piste.
Nous ne croiserons notre première voiture que lorsque nous arriverons sur la large gravel de la Nossob valley : nous sommes en
Afrique du sud.
Mais ce ne sera pas la dernière, ici les voitures se croisent pratiquement toutes les 5 mn, c'est incomparablement plus fréquenté que la partie Botswanaise du parc.
Quelques km plus loin, nous tournons à gauche vers Polentswa, le camp est très bien placé sur une petite colline qui surplombe un pan, c'est un bel endroit.
Nous y montons notre camp. Pour éviter la poussière dans la tente et sûrs que nous sommes de la qualité de nos matelas, nous nous installons carrément sous le préau de bois.
Une fois le camp monté, je tente ma chance.
""Que diriez vous d'une petite balade vers Nossob ? C'est à peine à 1 heure de route et nous verrons pleins de bozanimos en chemin et puis tiens, Pendant qu'on y sera, nous pourrons acheter quelques bières à la boutique ?...et une bouteille de pinard ?...une idée comme ça...hein ?..."
"..."
"HEIN ?"
"Non"
"non"
"non"
"Ben pourquoi vous voulez pas ?"
"Parce qu'on a besoin de rien de suffisamment important pour justifier 2 h de conduite, des animaux, on a eu notre compte aujourd'hui, on fera peut-être un petit game drive ce soir et ça suffira, ici, c'est très beau, on y est bien : on glande ! D'accord les filles ?"
"oui"
"oui"
"Maiiiiis, maiiiiiiis et mes bièèèèèèères ?"
"On a dit non"
"Maiiiiiis, si j'y vais tout seul ?"
"Non...de toutes façons on est Dimanche non ?" Sabine me lance un regard rieur : bon sang ! Elle a raison, il faudra attendre...
Désespéré je me plante au milieu du camp le poing levé et tel une Scarlet O'hara des temps modernes, je lance à la face des cieux :
" J'en prends Dieu à témoin Je tiendrai bon, et, quand j'aurai surmonté tout cela, je n'aurai plus jamais soif de bière !"
De notre petit game drive nous ne verrons pas grand chose, on ne cherche pas vraiment il faut dire, nous sommes comme...rassasiés...
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