QUAND ARRIVE TON HEURE AU KALAHARI
Le ptit dej à Tiaans vaut le détour.
Nous quittons l'endroit après avoir chargé sous le regard incrédule d'un sudaf qui voyageait à l'aise, à deux dans un bakkie Toyota. La fixation du bois sur le toit grâce à une sangle qui passe par les 2 fenêtres arrières le passionnera tout particulièrement, au point que, son épouse qu'il avait chargé de passer payer l'addition, devra lui signaler son retour et lui demander de monter dans la voiture...Elle avait manifestement plus de savoir vivre que ce malotru qui nous dévisageait à 10 m, moteur tournant et depuis au moins un bon quart d'heure.
Bah...
Nous quittons à 9 h Tiaans et filons vers Rakops que nous imaginons foisonnante et fourmillant de supermarchés.
Finalement, nous serons bien contents d'y trouver des oeufs...
Rakops n'est pas très bien achalandée...c'est un euphémisme.
Mais on y trouve de l'essence, c'est déjà ça.
(non, ce n'est pas le defender qui m'était destiné)
A Khumaga j'ai procédé au vidage de mes bidons dans le réservoir.
La station de Gweta était douteuse, sans compter que j'ai eu droit à la toute fin de la cuve, j'ai donc décidé de filtrer.
Je me suis vite rendu compte que filtrer de l'essence s'avérait être un exercice des plus pénibles, en effet, les chaussettes ralentissent considérablement le débit, ce qui explique sûrement pourquoi les pompes de la station service bloquait à
Kasane.
Voir le débit considérablement ralenti quand on soutient un bidon de 25 l est assez décourageant, les muscles tétanisent et deviennent douloureux, on grimace, on transpire, on peste et on maudit l'existence du diesel sale, on maudit tout particulièrement l'impossibilité pour le
pékin moyen de déceler ce fameux diesel sale, on maudit encore plus l'éventuelle possibilité que ce fameux diesel sale ne soit qu'une légende urbaine colportée par les loueurs de 4x4 qui auraient trouvé là un bon moyen de reprocher aux locataires une casse moteur inexpliquée.
Je pense, je maudis et je transpire.
Au moins le bidon de 15 l est il beaucoup moins lourd, mais c'est compter sans la fatigue résultant de l'exercice précédent.
Bref, c'est fatigant et ça m'a fatigué.
Et puis, il faut bien le dire : maudire n'aide pas.
La station de Rakops n'est pas plus rassurante que celle de Gweta, bonne surprise toutefois, ils acceptent les rands ce qui nous ôte une épine du pied.
Mais ne rend pas le diesel plus propre pour autant, vous le noterez.
Il faudra donc le filtrer lui aussi soupirais-je en mon for intérieur.
"Tu soupires ?" me demande Sabine.
"Oui, mais uniquement en mon for intérieur..."
"Ah..."
Les boutiques elles sont bien loin d'être les supermarchés rutilants espérés, même la supérette de Gweta est mieux achalandée, nous trouvons tout de même des fruits (pommes et oranges + quelques tomates) des oignons, des patates, des oeufs et un peu de viande.
Pas de bol, le marchand de bière est fermé, rien de frai donc, nous procéderons au rafraîchissement des boissons existantes en les enveloppant d'un chiffon mouillé et en les plaçant dans le vent, très efficace pour rafraîchir.
Et puis nous partons vers le Central
kalahari, réserve de sinistre réputation où le voyageur se voit conseillé de ne se rendre qu'en convoi de au moins deux véhicules, muni d'un téléphone satellite, d'une réserve d'eau d'au moins la moitié de son poids par jour et de penser à allumer un cierge à l'église avant de partir.
De toutes ces conditions, nous n'en remplissons qu'une : le cierge...
Récapitulons, nous allons passer 3 nuits dans le
Kalahari, nous embarquons pas mal d'eau, pratiquement 10 l par jour et par personne qui doivent servir à tout, boire, cuisiner, se laver, faire la vaisselle.
Il faut donc apprendre à se doucher avec 2 litres maximum et utiliser peu d'eau pour la vaisselle en faisant un premier lavage au sable.
Le lavage au sable c'est très simple : trempez dans le sable, frottez jusqu'à ce que ça ait l'air à peu près propre.
On y arrive très bien et nous sommes accoutumés à ce genre d'exercice.
Concernant l'essence, c'est juste, le plein du réservoir a été fait grâce aux deux bidons de Gweta et les bidons ont été à nouveau remplis à Rakops, mais nous n'avons en tout que 70 + 40 = 110 l, ce qui représente beaucoup moins que ce dont disposent la plupart des 4x4 qui vont là bas.
La nourriture : pas mal de pâtes, de riz, de patates, les légumes se résument aux oignons et tomates, nous avons des légumineuses en boite, un peu de salade, beaucoup d'oeufs et peu de viande du fait de l'absence de frigo.
Et puis, surtout, le poste qui est le plus déficitaire, ce qui risque de nous manquer le plus rapidement :
L'alcool...
Six bières et deux bouteilles de vin ! Une vraie catastrophe !
Heureusement, je suis le seul à boire...
Comment ? Camille veut sa part ?!?! Mais tu pourrais faire comme ta mère : te sacrifier pour le pater familias !
Non ?
Sois mille fois maudite ! Fille d'ivrogne !
Quoi ? Sabine ne dédaignera pas un petit coup de blanc à l'apéro ?!?!
Cette fois c'est sûr : le
kalahari sera ma perte, ma dernière demeure...
Nous nous lançons sur cette piste sableuse qui pointe tout droit vers Matswere gate.
La piste est large et on y croise des vaches.
De façon bien plus surprenante, on y croise aussi des bouses d'éléphants et ce, jusqu'à la porte.
Nous arrivons vers midi à Matswere, il y a du monde, deux pick up hors d'âge qui transportent des bushmen.
Les bushmen ont été expulsés du Central
Kalahari, mais ont gagné le droit d'y retourner chasser suite à un procès intenté à l'état Botswanais, ils ont également gagné le droit d'avoir accès à l'eau, mais l'état Botswanais a du mal à avaler la pilule et à faire respecter ces droits, des appels au boycott ont été lancés que je n'ai entendu qu'après avoir organisé ce voyage.
www.survivalfrance.org/peuples/bushmen
Ils respirent la misère et pourtant ils sourient.
nous sommes les premiers responsables de leur expulsion, pourtant ils nous sourient.
Le ranger responsable de la porte les maltraite, les conspue, les apostrophent et pourtant ils lui sourient.
Les sourires de ces êtres humains qui portent en eux tout le patrimoine génétique de l'humanité est absolument bouleversant, les différences génétiques existant entre deux membres de cette ethnie sont incomparablement plus importantes que celles que vous retrouveriez entre un espagnol et un suédois pris au hasard, il n'existe pas dans le monde humain de gènes qui ne soient pas présents chez eux : ils sont l'humanité.
Pendant que le ranger engueule l'un des hommes de la communauté, j'avise une petite fille, elle doit avoir 4 ans et me regarde étonnée, elle ne sourit pas. Je m'accroupis et je fais ce que je sais faire le mieux : une bonne grosse grimace en louchant bien à fond les deux joues creusées pour obtenir une belle bouche en 8...puis je lui fais un grand sourire.
Elle éclate de rire, sa mère me rend mon sourire.
Le ranger dont les traits laissent deviner une proximité évidente avec la communauté bushman, mais qui de toute évidence cherche à s'en démarquer est dérangé dans son exercice d'autorité, il met fin à l'engueulade et invite sévèrement les familles à partir, ce qu'ils font sans broncher.
Je vais pouvoir remplir mes formalités, le ranger ne me tient absolument pas rigueur d'avoir fait le clown pendant son intervention, il se montre même charmant. nous payons ce que nous avons à payer (les prix sont incomparablement plus bas qu'à
Moremi ou Khumaga), nous pouvons même payer en rands.
Nous nous lançons dans le
Kalahari, j'ai peu d'essence, pas de téléphone, je ne suis pas tranquille.
La piste continue d'être désespérément droite et encadrée d'épais buissons qui ne laissent pas beaucoup d'opportunités à l'observation animalière. C'est désespérant, le
Kalahari de mes rêves était une vaste steppe qu'ondulait quelques discrètes collines et qu'émaillait de ci de là de solitaires acacias pris d'assaut par les girafes (allez y les filles ! bouffez les tous !).
Et bien non, il semble que les acacias aient eu le dessus, ils vont en rangs serrés et se rient des trop rares prédateurs d'épineux.
Je suis déçu donc, mais bientôt, paf ! Le maquis se déchire, une vaste plaine, non, il faut dire un vaste pan s'ouvre à mes yeux, des oryx et des springbok y broutent, un serpentaire sévère sélectionne ses serpents qu'il sert à ses invité avec des salsifis.
Un Oryx sonne la charge entraînant son escadron d'autruches vers une mort certaine : cet oryx est fou.
Nous sommes à deception pan.
Et c'est beau, mais que diantre voilà donc là bas, un autre 4x4...et puis un autre là bas, et encore un ! Quatre quatre quatre dans le même secteur ! Mais c'est la foule ! Ce sont les congés payés ! C'est le bouchon sur l'A7 !
Se dit l'ascète.
(l'ascète c'est moi : je me targue de ce titre du fait de l'obligation que me fait ma famille indigne à renoncer à certains plaisirs de la table..plaisirs sous forme liquide en particulier...)
Bien, allons nous installer à notre campsite deception N° 1, ensuite nous reviendrons sur ce pan ci.
Mais...que...
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!!
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