SUR LA PISTE ET SOUS LES ÉTOILES : LA POUSSIÈRE
La route pour redescendre vers
Nata ne présente pas plus d'intérêt à la descente qu'à la montée, sauf peut être la barrière vétérinaire qui s'avère beaucoup plus drastique dans ce sens, les voitures sont toutes arrêtées, ouvertes, les frigo contrôlés et les touristes invités à dévorer séance tenante toute victuaille interdite au delà de la barrière.
Et il y a pas mal de gens qui dévorent sur le bord de la route en ce petit matin du mois d'Août.
Nous n'avons pas de frigo et nous faisons l'erreur de montrer un petit sac de courses contenant des fruits (melon et kakis) qui attirent l'attention, nous en serons quitte pour manger une tranche de melon et un kaki. tant pis, on en reprendra à
Nata s'il y en a.
En fait, il n'y en a pas...
Nous faisons le plein de fruits, légumes et viandes, mangeons à l'autre supermarché du carrefour, pour changer.
Mal nous en a pris, il est bien moins sympathique que l'autre et surtout, les mendiants ont fait de ce parking leur QG, ça leur permet de passer rapidement des pompes à essence au convives attablés.
Un gars se plante à côté de nous tendant la main, il affiche cet air terriblement malheureux que nous connaissons déjà.
Mais nous avons déjà fait don de kakis au
Botswana, et un melon aussi, et puis il a l'air bien moins malheureux que le mendiant de l'autre jour, sur mon impitoyable proposition, nous le saluons et lui rendons tous son regard en commençant à manger. Il est parti tout de suite...
Peu après
Nata, sur la route de
Maun, une piste part sur la gauche.
Oh voyageur, si tu passes par là, garde toi bien de t'y engager car tu y vivras mille tourments et auras un aperçu de ce qui pourrait bien être l'enfer :
LE FESH FESH !!!Le fesh fesh est une poussière intelligente dont le seul but est de pourrir la vie du conducteur et de ses passagers.
Sur du fesh fesh et par temps chaud, il est prudent d'être muni d'une climatisation, car si tu dois ouvrir ta fenêtre mon ami, l'intérieur de ta voiture prendra l'aspect de l'extérieur : celui d'un film noir et blanc...ou plutôt gris et gris (il y a des nuances tout de même).
Parfois, la couche de fesh fesh se fait moins épaisse, mais ce n'est que pour mieux découvrir des portions couverte de petites pierres bien pointues qui n'ont qu'une envie : celle de niquer tes pneus, puisqu'elles ont bien remarqué que tu as chaussé des pneus route et pas des tous terrains...les salopes !
Parfois le fesh fesh et les cailloux décident de vous lâcher un peu la grappe, mais ils ne le font que lorsque les acacias ont poussé bien dru et encadrent la piste serré serré, assez serré pour bien frotter la jolie peinture de ta belle voiture de luxe que tu voudrais bien ne pas abîmer pour ne pas encore alourdir la facture d'un voyage qui a déjà bénéficié d'une substantielle rallonge...
Le couinement grinçant des épines de cet arbuste sur la carrosserie, rappelle immanquablement le bruit épouvantable des ongles sur un tableau noir.
C'est atroce...depuis, j'encourage systématiquement les girafes que je croise à dévorer les acacias : " allez-y les filles ! Niquez leur leur face à ces bââââtards !"
De fesh en fesh, de pierre en caillou, d'épine en épine, nous allons vers Khubu, pas une seule traversée de pan pour nous donner un peu de répit, nous le voyons, pourtant, ce pan, tantôt à gauche là, derrière les huttes,
tantôt à droite, mais jamais ô grand jamais, la piste ne daigne le chevaucher.
Misère de misère ! trois heures de galère sur cette horreur ! Et comble de malchance, la faiblesse du vent fait que, quand tu t'arrêtes, il faut attendre 5 bonnes minutes que la poussières se dissipe.
Trois heures et enfin nous bifurquons à gauche, l'espace se dégage un peu et khubu Island nous apparaît enfin.
C'est splendide.
Khubu island est magnifique.
On ne peut pas en dire autant du camping, il y a bien quelques emplacements près de l'entrée qui ne sont pas mal, mais qui on le gros désavantage d'être près de l'entrée, il y a donc beaucoup de voitures qui passent à côté et beaucoup de piétons aussi qui partent en balade.
Il n'y a pas d'eau, les sanitaires sont déglingués.
khubu island est un éperon granitique qui déborde sur le pan, immensité déserte et salée, plate comme la mer qui s'étend à perte de vue.
Sur la capture d'écran google earth, le camping se trouve en bas à gauche, la partie la plus belle de l'île se trouve en bas à droite, on y va facilement à pied.
Khubu island est le règne des baobabs, fiers nababs qui prennent une teinte rougeâtre le crépuscule venant.
Kubu island, c'est beau.
Khubu island, ça donne envie de faire des photos.
Mais il faut tout de même monter le camp, la piste m'a fatigué, j'ai conduit pratiquement tout du long et j'ai très envie d'aller me promener. mais il faut monter le camp d'abord et c'est la première fois que nous montons le camp.
Nous trouvons d'abord l'accueil du camping, nous n'avons pas de réservation, mais le gars ne fait pas de problème, il voit que j'avais réservé pour le début de la semaine précédente et avais prépayé, il me donne donc un emplacement libre.
Nous sommes encore assez mal organisés, nous descendons le bois qui est sanglé sur le toit et la bâche qui sert de galerie de toit. Nous posons les sacs en vrac sur la bâche et sortons la tente, la poussière est partout.
Khubu, c'est beaucoup, beaucoup de poussière. Chaque voiture qui arrive ou qui part en balade lève un nuage.
Mais nous poursuivons la tâche, la tente d'abord, j'avais déballé à Senyati et sais comment on la monte, c'est donc relativement vite fait (10 mn à 3, nous le ferons en 5 mn par la suite).
Le souci, c'est que une fois la tente montée, les 3 filles se jettent dedans et commencent à s'y amuser à rigoler à se chamailler, me laissant seul poursuivre le rangement.
Je maugrée, mais ne veut pas gâcher ce moment de bonheur simple et naturel qu'apprécient tant ces être simples et fragiles que sont nos femmes...pourvu qu'on ne leur donne jamais le droit de vote à ces irresponsables !

Je poursuis donc en grand mâle dominant le labeur indispensable à la survie du troupeau, je monte la bouteille de gaz, sors les boites, cache les bidons d'essence, introduis les sacs idoines dans la tente...bref, toutes ces choses qui doivent être faites et qu'elles ne font pas : je maugrée toujours donc.
Je maugrée et je m'agite en tous sens, tellement que, en passant derrière la tente entre celle ci et un petit acacia, ce dernier ne trouve rien de mieux à faire que de me planter une de ses épines dans le cuir chevelu !
Je suis pour l'extinction définitive de l'espèce "acacia".
J'essaie de me dégager, mais je ne peux pas voir ce qui se passe là haut et ça fait mal cette cochonnerie ! Je tente à l'aveuglette de...mais je ne fais que me piquer les doigts et enfoncer encore plus le dard...
L'humiliation sera le point d'orgue de cette après midi, il me faut appeler au secours...
"Les filles ?"
Rires, chamailleries, couinements, gloussements divers.
"
LES FILLES ???"
"Ouiiiiiiiiiiiiiiiiii?" rétorquent elles à l'unisson.
"L'une d'entre vous pourrait-elle venir m'aider s'il vous plait"
"Pourquoââââââââ?" coassent-elles en coeur.
"je...je me suis planté une épine dans la tête et je ne peux plus bouger..."
"...."
"Hého ?"
L'hilarité générale qui suit me mortifie. Non seulement on me laisse tout faire, je me blesse gravement et en plus ELLES SE MARRENT !?!?!?
C'en est trop : je boude.
Mais hélas, je me rends vite compte que cette attitude est, comme toujours, une impasse et je me dois de subir les lazzis familiaux en feignant de le prendre bien.
Mais ça fait mal...comme le Christ a du souffrir !
Me voyant si souffreteux, mes femelles se décident enfin à m'apporter l'aide tant attendue à l'élaboration du camp et nous pouvons aller nous balader à pied. Ça n'a l'air de rien, mais c'est quasiment la première fois depuis que nous sommes partis que nous pouvons le faire.
Escapade
Escalades
Racines voluptueuses...
Le soir, nous savourons notre premier bivouac, viande grillée au menu et partie de salope dans la tente.
Je me dois d'expliquer que la "salope" est un jeu de plis, ce jeu consiste à ne faire aucun plis contenant des coeurs (1 point chacun) ou l' as, le roi, la dame de pique. Avant de commencer, chacun passe 3 de ses cartes à son voisin.
C'est un jeu très efficace pour se quitter fâchés.
Nous nous fâchons donc et je pars muni de l'appareil, du trépied et du grand angle faire des photos d'étoiles.
Je marche seul dans le noir, je garde ma frontale led allumée sur les sentiers du camping et l'éteins dès que j'arrive sur le pan qui longe l'île.
Marcher par cette nuit sans lune, sous la seule lueur des étoiles, dans le silence fait partie des ces moments contemplatifs indispensables au bonheur.
Je marche au petit bonheur la chance, hypnotisé par le ciel criblé d'étoiles, si différent du nôtre et par l'ombre rassurante des baobabs.
Je n'entend que le bruit de mes pas sur la croûte salée du pan.
Je me rappelle tout de même que j'ai pris l'appareil et décide donc de trouver un endroit où poser le trépied: ces 2 grands baobabs feront l'affaire.
Je rentre et allume ma frontale dans le sentier du camping.
Et je me paume dans le camping...
Impossible de retrouver notre tente ! Je tourne, je vire, je retourne et je revire, les numéros des panneaux que je croise ne sont pas le mien.
Finalement, je décide de faire le tour du camping par son côté ouest en me disant que je tomberai sur la cabane du gardien, nous sommes à 100 m et je connais la direction.
Ça marche : je trouve la maison du gardien et prends aussitôt la direction de...
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !
Mais qu'est ce que c'est que ce truc ?
Il est fantomatique, haut comme trois pommes, non plutôt comme trois pastèques, de grands yeux qui me fixent et de grandes oreilles qui m'écoutent (pourvu qu'il n'ait pas de grandes dents !), il a de petites pattes avant qu'il tient repliées sur son torse et de grandes pattes arrières de kangourous, ajoutez à ça une grande queue qui se termine par un touffu panache noir et vous avez le bestiau..;
Oh ! Là, un autre, juste à côté !
On dirait que la lumière les paralyse complètement : je peux m'approcher à 1 mètre, ce que je fais, mais ils ne partent pas. je les détaille de tout près et en arive à la conclusion irréfutable qu'il s'agit là d'une sorte de mix improbable entre un kangourou et un lapin.
Je le baptise "kangoupin" et je vais me coucher.
Mais cette photo n'est pas de moi...je n'avais que le grand angle à mise au point manuelle.
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