Aaaaahhhh !
Ça sent le papier oublié à l'entrée, cette affaire !

Bien vu Lacalo !

QUAND ON A PAS DE TÊTE, ON A DES ROUES
"Mais pourquoi hurlez vous comme ça ?!? Vous m'avez fait sursauter !" Se plaint le préposé.
"Excusez moi mon bon, mais je viens de constater que le permis l'a pus !" rétorquais-je
"Mis l'a pus ? " Se gratte t'il la tête
"Pardon, mon anglais est lamentable, je disais que je n'avais plus le permis"
"Fichtre " tranche t-il " Par où entrâtes vous ?"
"Par Poudouhoudou..."
"Pardon ?"
"Non : par Phudhuhudu, excusez moi, je prononce mal..."
"Diantre..."
"Je ne vous l'envoie pas dire"
"En effet..."
"C'est pas tout ça, mais le temps passe..."
"Oooooooh, vous savez : vous en Europe, vous avez des mon..."
"Oui, bon, écoutez, je vais aller voir à la porte à côté pour leur demander d'appeler la porte de l'autre côté et voir s'ils peuvent me faire un double et puis je reviens vous voir dès que j'ai tout récupéré, d'accord ?"
"..."
"Il est d'accord..."
Nous filons donc à Khumaga gate, juste à côté.
Deux femmes et un homme siègent au bureau d'accueil et font seuls face à la foule : moi.
Ils parlent bruyamment, ce qui est toujours intimidant dans un endroit mal sonorisé, les voix ricochent et se multiplient en un brouhaha tonitruant entrecoupé de rires et d'exclamations.
Mais j'ose les interrompre : je pose mon voucher sur le comptoir et commence à exposer mon cas.
Bran le bas de combat, l'image de l'efficacité de l'administration botswanaise est en jeu, sans plus attendre les 3 présents se jettent sur mon voucher et le compulsent fiévreusement, la discussion est montée d'un ton.
Attiré par le vacarne, un autre fait irruption, puis une autre, je commence à me demander s'ils ne vont pas oublier que je suis là, moi, l'objet, voir le prétexte de la discussion.
Je hausse le ton afin de rappeler ma présence, 5 paires d'yeux surpris se lèvent faisant passer leur regard alternativement du manuscrit à moi.
"So...you are Mr Erwan ?"
Halluciné par l'intelligence de cette femme, je décide d'en faire mon interlocutrice privilégiée.
Oui ! M'exclamais-je tout en récupérant délicatement mon voucher, "je suis bel et bien Mr Erwan et je pense avoir oublié mon permis à Pudhuhudu gate".
"Figurez vous qu'ils nous ont appelés il y a deux heures et que nous vous attendions..."
Je reste interloqué : mais de quoi pouvaient ils bien parler à l'instant, comment autant de mots peuvent ils servir à simplement confirmer que je suis Mr Erwan ?
Peut-être n'en étaient ils pas sûr ? Mais alors, pourquoi ne pas me le demander ?
C'est un mystère.
Je demande alors s'il serait tout bêtement possible de me rédiger un autre permis ?
Que n'avais-je pas fait là.
Tonnerre : 7 apostrophes, 12 gémissements, 4 hochements de tête, 5 imprécations, 8 dénégations, 2 affirmations péremptoires et 1 "c'est moi l'chef ici" plus tard on m'annonce que, ben non, c'est trop compliqué.
Mondieumondieumondieu, mais que vais-je devenir ? Suppliais-je.
On m'annonce impitoyablement que mon permis il faudra aller chercher.
Je tente maladroitement la corruption : et si j'en payais tout simplement un autre pour me punir d'être aussi distrait et pour aider, en passant, les oeuvres de la paroisse ?
Tonnerre identique au précédent, on m'annonce que, ben non : c'est trop compliqué...
Incorruptibles botswanais...
C'est bien ma chance...
nous remontons donc dans la carriole et filons vers Pudhuhudu.
Je fais des miracles de conduite pour tenter de gagner du temps, au moins, ne sommes nous pas dérangés par le trafic, pas une voiture durant les 20 premiers km avalés en 1/2 h.
Je discerne alors un autre véhicule qui vient en face, un pick up remplis de locaux dont 2 en uniforme et, surprise : l'un des passagers dans la benne nous fait de grands signes, nous nous arrêtons.
Tonnerre : 8 "comment allez vous ?", 25 "et votre famille? ", 12 "merci vraiment merci beaucoup", 42 "on a ton papier", 7 "bon c'est pas tout ça mais", 4 "vous allez par où?", 4 "Par là ? Nous aussi" et 32 "au revoir" plus tard, nous repartons dans le même sens.
Un témoin interloqué assiste muet à la scène
D'autres préfèrent ne pas voir ça
Rapidement le pick up bifurque à gauche sur une petite piste, tous les passagers de mon véhicule doivent alors m'imiter, à savoir sortir le buste entier par la fenêtre pour saluer à grands gestes au risque de se planter lamentablement sur le bas côté
Nous pouvons enfin rejoindre le factotum de khumaga campsite pour remplir nos formalités.
J'avais prépayé globalement toutes mes réservations, et ne me rappelais pas le coût de chacune d'elle, je me souvenais des pris exorbitants de
Moremi, mais pas de celui ci...tout aussi énorme : 50 US$ par nuit et par personne !
Quand il m'annonce le prix, il me dit "50" je lui tends donc 50 pulas...il est gêné et me montre le papier officiel affiché au mur.
Ma mâchoire tombe, mais je fais bonne figure, je ris et rassemble les pulas nécessaires, c'est à dire environs 500...
Je prie intérieurement pour qu'on en trouve entre ici et l'entrée du
Kalahari où je vais devoir payer également dans les 150 pulas et surtout, je dois faire le plein à Rakops et ce sera sans doute en liquide, sans parler des quelques courses que nous comptons faire à Rakops.
Or il ne nous reste plus que 500 pulas en liquide.
J'ai des rands, pas mal même, ça devrait le faire au cas où.
Je m'en enquiers auprès du garçon qui me confirme que dans les "tourist places", c'est accepté.
Je me contente de cette notion très vague et décide que le Grand Central
Kalahari est une "tourist place"...après tout, on y voit que des touristes ! Là où je suis sans doute un peu trop optimiste, c'est quand je me dis que Rakops est sûrement aussi une "tourist place" vu sa proximité du CKGR...
Le camping de Khumaga est propre, il y a un point d'eau à chaque emplacement, l'eau des sanitaires est chaude, les sanitaires sont impeccables.
Mais.
Les emplacements sont loin d'être les plus spacieux que j'ai pu voir, ils sont trop proches les un des autres, il n'y a pas de vue sur la rivière, c'est poussiéreux...
Bref, préférez toujours dormir de l'autre côté de la rivière à Tiaans, c'est plus beau, plus confortable, plus spacieux, avec un abris de la pluie et une possibilité de restau et petit dej (il faut commander la veille), il y a de l'électricité aux emplacements, les sanitaires sont tout aussi propres et bien plus jolis.
Nous montons le camp, quelques blaireaux locaux (honey badger) traversent le camp à la tombée de la nuit de leur démarche mécanique, légèrement bondissante.
Nous dormons dans le camp bercés par les feulement lointains des lions et les gloussements des hyènes.
Réveil à l'aube et petit dej' sur la bâche accompagnés d'un malotrus qui n'est que l'avant garde d'une bande d'au moins 12 congénères.
Nous repartons le long de la Boteti pour la journée, toujours aussi belle, sa faune toujours aussi abondante,
beaucoup d'oiseaux, mais nous ne verrons pas d'autres fauves que cette hyène brune dont j'ai parlé plus haut.
En bons touristes imprudents, nous sortirons faire notre picnic dans l'herbe et y écluserons imprudemment nos bières;
Heureusement, les lions sont déjà repus.
Et puis nous nous décidons enfin à ramasser le camp
et à traverser la Boteti.
le passage s'avère très simple, il suffit de se présenter, le bac qui est de l'autre côté arrive immédiatement, les formalités sont rapides le prix est de 150 pp, je me présente devant le bac guidé par le capitaine qui me fait aller tout au bout tout au bout du bateau.
Il démarre et à mi rivière me demande de reculer tout à l'arrière tout à l'arrière du bateau.
Ces manœuvres permettent tout simplement au bac d'approcher la rive au plus près.
Tiaans nous semble être un lodge 5* en comparaison de Khubu et Khumaga.
C'est Heike qui nous reçoit, charmante hôte allemande, 'est une excellente cuisinière parait-il, mais nous arrivons trop tard pour commander le dîner, nous nous contenterons du petit déjeuner demain matin, en attendant, nous allons sur la terrasse surveiller les hippopotames de la Boteti en éclusant quelques bières fraîches.
Les lions ne viennent pas jusqu'ici...
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