L'ÂGE DU CAPITAINE "C'est beau non ?" nous interpelle cet homme en français, il a dans la soixantaine et est accompagné d'un homme plus jeune qui confirmera être son fils.
Nous acquiesçons et engageons la conversation, assez rapidement, je lui demande d'où il vient.
"D'un coin assez périphérique : Quimper en
Bretagne"
Je me gausse de la coïncidence et lui fais remarquer que c'est quasiment là que je suis né et c'est toujours là que vivent mes parents.
"Ha!Ha! Et ce n'est pas tout : c'est aussi dans ce coin que vit LE Voyajou !"
"LE Voyajou est quimpérois ?!?!"
"Non...enfin pas loin, Quimperlois"
"Ah ! Quimperlois...c'est pas pareil..."
"Non...c'est pas pareil, mais ce que je voulais savoir en fait, ce n'est pas d'où tu viens au départ, mais où vous avez commencé le voyage ? A
Joburg ? A
Maun ? A
Windhoek ?"
"Non, mon fils travaille à
Lusaka et il a donc organisé se voyage à partir de
Lusaka...ça a d'ailleurs très mal commencé puisque notre loueur qui devait nous louer un 4x4 n'en avait plus !"
"HAAAAAAAAAHAHAHAHAHA !"M'époumonais-je sous son regard outré" Excellent ! Non, ne te méprends pas : nous avons eu exactement le même problème à
Joburg ! " Je lui raconte.
"Ah oui ? C'est amusant en effet, mais vous au moins vous avez trouvé un autre 4x4"
"Oui : un discovery"
"ha ! ha ! oui, J'avais vu, en fait j'en ai eu un et c'est une bagnole formidable pour la conduite dans le sable en particulier "
"T'EN AS EU UN ?!? HAAAAAAAAAHAHAHAHAHAHA ! extraordinaire ! Décidément, on fait tout pareil ! Incroyable ! Vous êtes passés à
Kasane ?
"Oui, là on va vers la
Namibie"
"Vous vous êtes baladés à
Kasane ? Vous avez visité les chutes ? Vous êtes allés faire un tour en bateau ?
"Les chutes oui, on est allé voir, on est un peu déçus, il n'y a pas beaucoup d'eau et il y avait beaucoup de monde, le tour en bateau on devait le faire, mais le capitaine s'est noyé..."
"
Le cap...HAAAAAAAAAAAAAAAHAHAHAHA ! décidément vieux : t'es impayable ! Le capitaine s'est noyé ! Elle est excellente !"
"Non...il s'est vraiment noyé...et sous mes yeux en plus..."
Son air mutique ne laisse aucun doute.
"Tu...tu veux dire : vraiment noyé avec de l'eau dedans et tout et tout ?"
"Oui... je venais d'arriver sur le bateau, j'étais le premier, il faisait le plein d'essence avec des bidons, il marchait sur le plat bord du bateau, il a glissé, il est tombé à l'eau avec ses bidons et ses grosses bottes...je n'ai strictement rien pu faire..."
Nous filons nous coucher sur cette horrible histoire, la nuit venue des éléphants passeront tout près de la cloture, au loin le lion rugit, dans mes cauchemars, un marin d'eau douce se noie, encore et encore, j'essaie de le rattraper, mais il m'échappe encore et encore tandis que les crocodiles, tirés de leur torpeur par le bruit de la chute, glissent sur la rive vers les eaux noirâtres de la
Chobe...encore et encore...
ET AU MILIEU COULE LA RIVIERETôt le matin, nous nous réveillons, tôt le matin nous prenons notre petit déjeuner, tôt le matin nous chargeons les bagages : la journée qui vient glissera le long de la rivière.
Nous passons à l'accueil et nous renseignons sur l'endroit où nous pouvons remplir notre bouteille de gaz.
Builder's world que l'on me décrit comme un Castorama ou un Leroy Merlin local, is the place, je me fais expliquer sa localisation et nous partons.
Ngoma gate, barrière vétérinaire, nettoyage de chaussures sur la serpillère imbibée d'eau boueuse et de pneus dans le grand bac rempli d'une eau noire opaque.
De l'autre côté, c'est tout de suite à gauche l'entrée du
parc Chobe, nous sommes les seuls à entrer par là et les formalités sont vite avalées.
La première piste est une longue rampe descendante vers la rivière, le sable y est vraiment très profond, après quelques kilomètres le paysage de maquis se dissipe brutalement : nous arrivons au bord de la rivière.
La plaine immense est parsemée de petits points noirs qui, après vérification aux jumelles, s'avèrent être des animaux : éléphants, buffles, hippo, vaches, zèbres, cobes, girafes, ils sont tous là et en nombre, c'est la grande plaine africaine comme on se l'imagine.
Nous nous garons au bord et nous admirons.
Nous sommes seuls, une demi heure après avoir trainé sur le bord de la rivière et nous n'avons toujours croisé personne.
Sur la droite, Fanny remarque une tête qui dépasse : des lions ! Nos premiers lions du voyage, ils sont à 100 m côté collines, ils nous regardent, nous faisons de même.
Un véhicule de safari nous dépasse, il s'arrête juste devant nous et le guide montre les lions à ses passagers, ils restent 5 mn, puis le guide fait marche arrière et vient se mettre à notre hauteur...pour nous engueuler !
Il me reproche d'avoir garé la voiture légèrement sur le bord, ce qui est vrai et m'affirme que si les rangers voyaient ça, ils me colleraient une grosse amende.
Je me retiens de pouffer.
"D'accord monsieur, merci monsieur, je ne ferai plus monsieur, au revoir monsieur..."
Il part et nous rions enfin.
Nous aurons l'occasion plus tard de voir un de ces véhicules de safari foncer à travers le bush, hors piste, d'autres garés complètement en dehors de la piste et nous croiserons les rangers sur une portion étroite qui nous obligera tous les deux à mordre la berge.
Ce guide était énervé, difficile de savoir pourquoi mais il a visiblement mis très mal à l'aise ses pauvres passagers, qui nous faisaient des sourires alors qu'ils s'étaient garés sans vergogne devant nous et levaient les pouces comme pour nous remercier d'avoir trouvé les lions.
Énervé le guide... énervant le guide...
La grande boutarde n'en a pas pris de la graine, toujours aussi méprisante.
Heureusement, les girafes ne l'ont pas vue : elles sont occupées à médire d'un couple de phacochères, elles se demandent pour qui ils se prennent ces deux là à faire les fiers avec leur petite queue en l'air toute ridicule.
Il est déjà midi et nous arrivons à Ihaha (Ho!Ho!), arrêt pipi et pique nique..mais pour cela, il faut bourse délier si j'ose dire, l'entrée n'est pas gratuite non plus que l'accès aux toilettes.
Nous trouvons un emplacement vide pour y pique niquer, face à la plaine, mon esprit vagabonde, cet espace qui semble si paisible raisonne des soupirs innombrables des créatures qui y sont mortes de mort violente,
Buffles égorgés par des lions, lions éventrés par des buffles, koudous égorgés, impalas déchiquetées dans l'arbre, gnous éviscérés, zèbres décapités, grandes boutardes poussées au suicide par des girafes, éléphants étrompés par des crocodiles, crocodiles piétinés par les hippopotames, guépards trucidés par les hyènes...la plaine raisonne du murmure de la multitude de ses morts et prend des accents hugoliens.
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