Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Alan · 1 juillet 2006 à 16:31 · 6 photos 125 messages · 21 participants · 20 070 affichages | | | | À: Alan · 5 décembre 2006 à 14:03 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 61 de 125 · Page 4 de 7 · 2 351 affichages · Partager Par RITHI PANH a RFI
<< Nous aimerions savoir quel est le cahier des charges du futur procès des Khmers rouges. La façon de filmer et de monter ce genre d'images est essentielle pour notre mémoire.» (R.P) Une cassette audio est dispo (5mn d' interview)... Il semble par ailleurs que vous pouvez acceder a partir de votre ordinateur a des videos blog sur ce sujet voire participer a la restitution evenementielle ou personnelle de l'histoire, le journalisme interactif deviendrait il une realite ? | | | À: Rogerbarthas · 5 décembre 2006 à 15:44 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 62 de 125 · Page 4 de 7 · 2 342 affichages · Partager Vous pouvez aller jeter un oeuil du coté de egoblog.net | | | À: Rogerbarthas · 5 décembre 2006 à 17:05 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 63 de 125 · Page 4 de 7 · 2 337 affichages · Partager De RFI Actualité.....
Cambodge : une association de victimes prépare sa première plainte
«Cette première plainte», rapporte Cambodge Soir, «sera bientôt déposée auprès des Chambres extraordinaires du tribunal, par une Française. Une femme, qui enseignait dans les années 60 au collège Norodom de Phnom Penh. Elle avait épousé un Cambodgien pharmacien et professeur dont le nom a été retrouvé dans la liste des disparus de S-21. Aujourd'hui âgée de soixante-six ans, elle n'a, écrit notre confrère, jamais cessé de chercher justice pour son mari». Or, sa plainte sera-t-elle recevable ? C'est la question que pose Cambodge Soir. La plainte de cette femme sera-t-elle, en effet, pertinente au regard des critères dressés par les procureurs des Chambres extraordinaires ? Cette femme attend également d'être considérée comme une victime à part entière et non comme un témoin. Et c'est là un problème majeur. «Quelle voie la victime peut-elle emprunter pour faire valoir son statut de victime ?», s'interroge un juge franco-khmer, magistrat au tribunal de grande instance d'Evry. Hoc Pheng Chhay n'a guère été convaincu par la lecture du règlement intérieur du Tribunal: pas de possibilité pour les victimes de se constituer partie civile, sanctions pour faux témoignages. «Que faut-il comprendre derrière cette volonté d'établir de telles sanctions: s'agit-il de promouvoir le droit des victimes ou bien de les intimider ?», s'interroge cet homme. En sa qualité de responsable du Comité des victimes des Khmers rouges, il veut donc déposer cette première plainte afin, dit-il, «de donner une impulsion au tribunal et de promouvoir le statut des victimes».
par Nathalie Tourret | | | À: Alan · 20 décembre 2006 à 22:15 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 64 de 125 · Page 4 de 7 · 2 306 affichages · Partager Problèmes " techniques " et manigances politiciennes retardent le procés des khmers rouges, comme il fallait s'y attendre...... voici l'article du Monde en date du 20 Décembre.....
Six mois après sa laborieuse mise en place, le tribunal chargé par la communauté internationale de juger les crimes contre l'humanité commis voilà trois décennies au Cambodge par les Khmers rouges est à nouveau dans l'ornière. Des associations de défense des droits de l'homme dénoncent de nouvelles tergiversations attribuées au premier ministre Hun Sen. Ce dernier avait finalement cédé à la pression extérieure pour l'organisation de ce procès, majoritairement financé (56 millions de dollars pour trois ans) par les Nations unies, mais dans le cadre de la justice cambodgienne.
Le Tribunal spécial Khmers rouges (KRT) n'est pas parvenu, fin novembre, à adopter un règlement de procédure interne destiné à harmoniser les deux types de législation qui vont réglementer son travail : le droit de principe romano-germanique dont le Cambodge a hérité de la France, ancienne puissance coloniale, et la common law anglo-américaine.
Au plan technique, explique Helen Jarvis, responsable australienne du département des affaires publiques du KRT, la différence qui n'a pas été abolie est que le premier repose sur "une instruction longue et secrète et un procès court et public", à l'inverse de la deuxième. Il en résulte des désaccords "sur le rôle précis des procureurs, l'espace judiciaire réservé à la défense, sa rémunération, ses rapports exacts avec le barreau et les mécanismes de fonctionnement" du tribunal.
Concrètement, cela signifie que personne n'est d'accord sur les conditions dans lesquelles pourraient comparaître, à Phnom Penh, les anciens hauts dignitaires encore en vie du Kampuchéa démocratique, le régime totalitaire qui a présidé à l'assassinat volontaire ou par famine de près de 2 millions de Cambodgiens entre 1975 et 1979 : le chef de l'Etat, Khieu Samphan ; Ieng Sary, très visible "frère numéro trois" du défunt Pol Pot ; "frère numéro deux" Nuon Chea, chargé de la sécurité ; ainsi que "Douch", de son vrai nom Kang Kek Ieu, chef tortionnaire.
PROTECTION DES TÉMOINS
L'organisation Human Rights Watch (HRW), dans une déclaration du 5 décembre qui a résonné fort à Phnom Penh, a accusé Hun Sen et ses lieutenants politiques, le vice-premier ministre Sok An, officiellement chargé du budget du procès, et le chef de la police, Hok Lundy, de "manigances politiques qui ont ramené tout le processus au point mort" par le biais de juristes cambodgiens à la solde.
HRW rappelle l'exigence d'un procès conforme aux critères de la justice internationale, notamment l'interdit de condamnation par contumace et l'indépendance absolue de la défense. L'organisation souligne que, faute d'accord sur ces points, l'ONU devrait s'en retirer.
"Nous acceptons tous les commentaires", dit Helen Jarvis, en refusant "toute polémique improductive". Plusieurs responsables cambodgiens ont été plus véhéments, réclamant "des preuves" de la manipulation politique. Robert Petit, procureur canadien, n'est pas surpris mais ne jette pas l'éponge. Il dit qu'il "fallait s'attendre" à ce que le processus demeure lent. Il récuse toute idée de pression politique sur les juristes internationaux. "La seule pression que je ressente, c'est celle de la preuve : être en mesure de livrer une mesure de justice pour ce qui s'est passé ici", proclame-t-il.
Des Cambodgiens de Phnom Penh, qui considèrent comme essentielle pour le pays la tenue de ce procès et qui préfèrent souvent rester anonymes, s'inquiètent de voir la querelle en procédure utilisée à des fins dilatoires.
Parmi les questions cruciales qui n'ont pas encore été abordées, soulignent-ils, figure en particulier "le rôle des victimes" - désignant essentiellement la manière dont seront appelés à comparaître les témoins à charge, et donc les mesures de protection dont ils devront bénéficier. "Pendant la durée du procès ? Après, et combien de temps après le procès, pour les préserver de tentatives de vengeance ?", demande Ros Chantraboth, historien, vice-président de l'Académie royale cambodgienne, équivalent local de l'Académie française.
Autre grand mystère : la diffusion des débats. "Sans diffusion complète, c'est la rumeur qui prendra le pas auprès du public", insiste Ros Chantraboth. "L'argent est là pour archiver tout le procès", assure Helen Jarvis. Mais pas celui nécessaire à la diffusion par satellite.
Or la règle des Nations unies, c'est "un procès ouvert au public" - pas seulement aux quelques privilégiés qui devront se rendre, en très grande banlieue de Phnom Penh, dans un "théâtre hollywoodien", disent certains, construit pour l'occasion, en terrain militaire.
Francis Deron/LE MONDE Article paru dans l'édition du 20.12.06. | | | À: Alan · 22 décembre 2006 à 11:25 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 65 de 125 · Page 4 de 7 · 2 286 affichages · Partager Et pourtant TAIRE L' HISTOIRE, c'est s'empecher de CONSTRUIRE UN FUTUR ! | | | À: Alan · 22 décembre 2006 à 14:24 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 66 de 125 · Page 4 de 7 · 2 282 affichages · Partager Voilà un copie/ colle qui me semble valoir son pesant d'or ! A vous de voir!... NO COMMENT | | | À: Alan · 9 janvier 2007 à 16:01 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 67 de 125 · Page 4 de 7 · 2 250 affichages · Partager Bonjour Alan,
Les meandres du mekong appliques à la politique ! une info...pour suivre au jour le jour!
Cambodge : Hun Sen soutient le futur procès des Khmers rouges Article d'actualité du samedi 6 janvier 2007, S'exprimant à l'occasion d'un déplacement dans le district de Memot, dans la province de Kampong Cham, où il était venu inaugurer une école, le Premier ministre du Cambodge, Hun Sen, a apporté un soutien sans réserve au futur procès des dirigeants Khmers rouges, responsables du génocide perpétré par leur régime entre 1975 et 1979. | | | À: Alan · 18 janvier 2007 à 18:17 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 68 de 125 · Page 4 de 7 · 2 227 affichages · Partager ...... et que se passe t il au procés des khmers rouges.....  pas grand chose, et en voici la preuve.....
AKP Phnom Penh, 17 janvier 2007 --
La délégation américaine dirigée par le sénateur Jeff Schoenberg a visité hier les chambres extraordinaires pour juger les ex-dirigeants Khmers rouges à Kambol et le Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam).
“Le monde entier doit apprendre les horreurs qui ont été commises sous le régime Pol Pot, comment les familles, les communautés et le pays ont été détruits. Tout cela est indicible et inacceptable”, a dit le sénateur américain.
Il faut, a-t-il continué, en parler pour que, dans le monde, les pays ne soient pas tentés de commettre ce genre d’atrocités, que de nouveaux génocides n’aient pas lieu.
A noter que la délégation américaine est arrivée le 15 janvier au Royaume pour une visite d’une semaine. Le but de sa visite est de s’informer du fonctionnement du tribunal devant juger les anciens responsables Khmers rouges. --AKP | | | À: Alan · 18 janvier 2007 à 18:56 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 69 de 125 · Page 4 de 7 · 2 220 affichages · Partager LE MONDE | 16.01.07
La nuit rouge est tombée sur Phnom Penh le 17 avril 1975. La capitale cambodgienne a été prise sans résistance par les révolutionnaires khmers, décidés à renvoyer les citadins dans les champs et à arracher toute trace de modernité dans la société. Comme toujours, l'avènement d'un "homme nouveau" réclamait des sacrifices. La collectivisation forcée, les déportations et les massacres provoqueront en quatre ans près de 2 millions de morts, soit environ un tiers de la population du Cambodge.
Quelques jours après la prise de la capitale, dans un appartement du 15e arrondissement de Paris, Billon Ung regarde, pétrifiée, les images diffusées à la télévision. Sur une photo en noir et blanc, elle reconnaît son mari, Ung Boun Hor, président de l'Assemblée nationale. Le 9 avril, il l'avait accompagnée à l'aéroport de Phnom Penh. Avant d'embarquer dans un des derniers avions autorisés à décoller, elle l'avait supplié, en vain, de fuir aussi. Elle lui avait préparé un costume de paysan et caché des bijoux dans un mouchoir, afin qu'il puisse gagner la Thaïlande incognito en cas de danger. Mais il avait préféré se réfugier dans l'enceinte de l'ambassade de France, pays ami.
A la télévision, un journaliste raconte que des événements dramatiques ont eu lieu dans l'ambassade. Les personnalités cambodgiennes réfugiées entre ses murs ont été livrées aux Khmers rouges ! Parmi elles, le mari de Billon Ung. "Je n'ai plus senti mes jambes, explique-t-elle vingt et un ans plus tard. Ma fille, qui avait 12 ans, est allée joyeusement embrasser l'écran en disant : "T'inquiète pas maman, papa va nous rejoindre". Moi, j'ai compris que tout était fini, que j'allais être seule et devoir tout assumer."
Arrivée à Paris avec 20 000 dollars dans une sacoche, Billon Ung ne reverra plus les magnifiques propriétés familiales. Son grand-père était l'homme le plus riche du Cambodge, son père présidait la Chambre de commerce. "Plus jeune, je ne regardais jamais mes comptes bancaires, soupire-t-elle. Je partais quand je voulais en vacances à Paris ou en week-end à Hongkong." Lors de son mariage avec Ung Boun Hor, Billon Ung avait été bénie par le roi et la reine. Le couple avait ensuite goûté avec bonheur à l'expatriation à Cuba.
Seule à Paris, travaillant comme documentaliste à la BNP, elle a dû s'occuper de ses quatre enfants, de ses quatre neveux et de sa mère. Le corps de son mari n'a jamais été retrouvé. Le Quai d'Orsay l'a éconduite, les épouses des ambassadeurs français, naguère compagnes de soirées, n'ont pas exprimé leur sollicitude.
En octobre 1999, Billon Ung a fini par déposer plainte contre X..., avec constitution de partie civile, pour connaître la vérité sur le sort de son époux. Une information judiciaire a été ouverte à Créteil pour "séquestration" et "actes de torture" et confiée à la brigade criminelle parisienne. Plusieurs juges se sont succédé. L'enquête est aujourd'hui enlisée, car le dernier, Jean-Marc Toublanc, doute de sa propre compétence juridique. "Cette position est étonnante, dans la mesure où les deux juges précédents avaient instruit sans souci", note Me Patrick Baudouin, avocat de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), qui s'est constituée partie civile. En mars 2006, le juge a demandé au parquet de se prononcer ; fin octobre, ce dernier a souhaité la poursuite de l'enquête.
Pourtant, le 3 janvier, M. Toublanc a signé une ordonnance d'incompétence. Le magistrat note que la plainte a été déposée contre X..., et non contre des individus précis, et que l'Etat français dans son ensemble ne peut être mis en cause. Pour l'avocat de Billon Ung, Me William Bourdon, la question centrale du dossier est de savoir "si le comportement des fonctionnaires français qui ont livré l'époux de Mme Ung Boun Hor aux autorités khmères s'inscrit dans le cadre d'un acte isolé ou constitue une réponse à des instructions données".
Malgré cet enlisement, le dossier livre des informations inédites sur ces trois semaines de huis clos en 1975 achevées par l'évacuation des réfugiés et des derniers Français, en convoi, vers la Thaïlande. Des informations d'autant plus intéressantes que le procès des Khmers rouges se profile enfin à Phnom Penh.
La France avait rompu ses relations diplomatiques avec le Cambodge après le coup d'Etat militaire de Lon Nol contre le prince et chef de l'Etat Norodom Sihanouk, en 1970. En l'absence d'un ambassadeur à Phnom Penh, le plus haut représentant de la France au moment des faits était le consul Jean Dyrac. Dans un télégramme du 14 avril, le ministère des affaires étrangères a rappelé au consul que sa mission se limitait à "garder les archives et effectuer des tâches strictement consulaires". Soit veiller au rapatriement de ses compatriotes, sans faire de vagues. Au moment de sa prise de fonctions, le personnel de l'ambassade, outre le consul, était réduit à sept personnes : deux gendarmes, le représentant du contre-espionnage, le Sdece (ancêtre de la DGSE), deux secrétaires, un militaire et un chiffreur.
Phnom Penh a été prise le 17 avril 1975, une semaine après l'évacuation de l'ambassade américaine. Le matin même, dans la panique générale, le prince Sirik Matak, ancien prétendant au trône, la princesse Manivane, ainsi que d'autres personnalités n'ayant pas choisi l'exil, se sont discrètement présentés à l'ambassade pour y trouver refuge. Ils avaient été précédés de quelques minutes par Ung Boun Hor. Refoulé une première fois, il avait été admis à l'intérieur au bénéfice d'un mouvement de foule. "Il était énervé et a exigé immédiatement une chambre, arguant de sa qualité de président de l'Assemblée nationale, a expliqué Jean Dyrac aux policiers, le 5 février 2002. Vu son état d'énervement, il a fallu faire intervenir les deux gendarmes français pour le soutenir et le faire pénétrer dans nos locaux, et l'installer dans les bureaux avec les autres personnalités." Réduit, le personnel de l'ambassade était dépassé par les événements : outre les dignitaires, une foule de plusieurs milliers de personnes s'était rassemblée devant l'enceinte du bâtiment. Le gendarme Georges Villevielle était chargé avec un collègue de la sécurisation des lieux. "Très vite, vu l'étendue du parc, la faible hauteur de la barrière constituant l'enceinte, et le flux des réfugiés, nous avons été totalement débordés, raconta-t-il aux enquêteurs. J'ai même le souvenir d'avoir vu des Cambodgiens tentant de faire passer, par-dessus l'enceinte, assez loin du portail, un paralytique dans son fauteuil." Dans l'improvisation, le personnel s'est efforcé de répartir les arrivants entre les différents bâtiments : l'ambassade, le consulat, la résidence et le centre culturel. La majorité a pris place sur les pelouses. Peu après, le consul s'est présenté aux nouvelles autorités khmères de la ville. L'ethnologue François Bizot - auteur en 2003 d'un remarquable ouvrage, Le Portail (La Table ronde, 2000), qui relate notamment ces événements - servit d'interprète.
Une liste de notables cachés dans l'ambassade leur fut transmise. Les Khmers rouges les réclamaient, faute de quoi, a expliqué M. Bizot aux policiers français en citant les propres mots de ses interlocuteurs de l'époque, "les révolutionnaires iraient eux-mêmes les déloger dans leur cachette". Comment avaient-ils su que les dignitaires se trouvaient à l'intérieur ? Selon M. Dyrac, interrogé au téléphone par Le Monde, "il n'est pas impossible que parmi les réfugiés se (soient trouvés) des agents Khmers rouges". Les télégrammes diplomatiques, eux, montrent que les autorités françaises étaient disposées à donner les noms pour éviter un plus grand mal.
Le 18 avril, vers 18 heures, un officier khmer rouge au visage balafré s'est manifesté à l'entrée, accompagné d'un groupe armé de bazookas. Il a exigé brutalement la remise des dignitaires cambodgiens avant 8 heures le lendemain. Vers 20 heures, le consul est allé trouver les personnalités. Informées de l'ultimatum, elles auraient pris à l'unanimité la décision de se rendre, affirme le diplomate, qui explique cette décision par l'optimisme de ses hôtes, persuadés d'un retour au pouvoir de Sihanouk.
Tel n'est pas l'avis d'autres témoins français. "Ils ne se faisaient en tout cas manifestement aucune illusion sur leur sort, car M. Ung Boun Hor m'a demandé d'embrasser son épouse, de lui dire qu'il l'aimait, et qu'il allait mourir", a expliqué aux policiers le docteur Carlos Ripoll, qui dirigeait une maternité dans la capitale. François Bizot, lui, a souligné le dilemme que devait résoudre, seul, le diplomate français.
"Il faut bien comprendre que M. Dyrac avait à faire face à un véritable ultimatum, dont les conséquences pour la communauté des étrangers réfugiés dans le campus pouvaient, en cas de refus, être catastrophiques."
Le 19 avril, à l'heure matinale prévue, une Jeep et deux camions se sont arrêtés devant la grille. Sous une pluie diluvienne, la douzaine de personnalités cambodgiennes sont sorties dans leur direction, accompagnées par M. Dyrac. Le prince Sirik Matak et la princesse Manivane ont pris place dans la Jeep. Puis est venu le tour d'Ung Boun Hor, qu'"il a fallu soutenir brièvement en raison de son état de faiblesse, a raconté le consul aux policiers. A un moment donné, il s'est mis à genoux, et lorsque je lui ai donné l'assurance que Sirik Matak avait pris place dans la Jeep, il est monté sans trop de difficultés dans le camion. En tout état de cause, il n'a subi aucune contrainte."
Tant d'incertitudes entourent les derniers instants d'Ung Boun Hor dans l'ambassade ! Le temps a altéré les souvenirs. Une photographie publiée dans le magazine Newsweek, le 19 mai 1975, dit tout et son contraire. On y voit deux gendarmes en civil le soutenir, ou peut-être le forcer à avancer, on ne sait. Dans son livre La Déchirure (Presses de la Cité, 1985), Christopher Hudson raconta une autre histoire, corroborée par aucune autre source, selon laquelle Ung Boun Hor était accompagné de sa fille. Pris de panique, il se serait mis à courir, puis aurait trouvé refuge à l'arrière d'une Citroën garée dans l'enceinte, avant d'en être extrait. Selon l'écrivain, "le malheureux fut traîné hors de la voiture et à demi porté jusqu'au portail par les gendarmes". Acteur-clé de ces sombres journées, François Bizot, lui, réfute toute mesure de contrainte à l'égard d' Ung Boun Hor : "Je ne me souviens de rien qui puisse faire penser que les gendarmes aient forcé ce monsieur à sortir de l'ambassade", a-t-il assuré devant les policiers.
Médecin généraliste à Phnom Penh, Etienne Plagie a expliqué, lui, que le départ du dignitaire cambodgien avait donné lieu à des incidents. "Malheureusement oui, dans la mesure où M. Ung Boun Hor refusait de monter dans le camion benne posté à l'extérieur de l'ambassade... Je me souviens pertinemment que ce sont les deux gendarmes français, sous la menace des armes des Khmers rouges, qui devenaient de plus en plus nerveux, qui l'ont forcé à monter dans le camion." Nous avons retrouvé l'un de ces deux militaires. Aujourd'hui retraité, Pierre Gouillon, 67 ans, vit près d'Aurillac, dans le Cantal, où il s'occupe notamment d'enfants handicapés. L'Algérie, le Tchad, la Nouvelle-Calédonie : sa vie a été jalonnée de missions longues à l'étranger. La plus intense, il la vécut au Cambodge. Trois ans sans pouvoir sortir de Phnom Penh, à peine de l'ambassade. Se souvient-il d'Ung Boun Hor ? Bien sûr. Les policiers parisiens l'ont interrogé, lui ont montré la photo.
Pas simple de reconstruire un passé trentenaire. Mais une chose demeure cristalline dans son esprit : c'est lui qui l'a refoulé sans succès, une première fois, à son arrivée, avant que le dignitaire ne pénètre dans l'ambassade incognito, au milieu de la foule ; c'est lui également qui l'a raccompagné vers la sortie et remis aux Khmers rouges, deux jours plus tard. "J'étais un simple exécutant, résume-t-il sans fard. Il ne voulait pas y aller, il faut être franc. Il devait se douter de ce qui arriverait. Il s'est débattu, on l'a poussé. De toute façon, les Khmers rouges l'auraient chargé de force."
Piotr Smolar Article paru dans l'édition du 17.01.07 | | | À: Alan · 23 janvier 2007 à 11:53 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 70 de 125 · Page 4 de 7 · 2 191 affichages · Partager "Le Cambodgien" est en colère
" Lors d'un reportage sur les anciens Khmers rouges, nous avions rencontré François Ponchaud dans la banlieue de Phnom Penh où il vit depuis de nombreuses années. Ce Père des Missions étrangères est l'auteur d'un livre-référence, " Cambodge, année zéro", paru en 1977. Il fut l'un des premiers témoins à alerter l'Occident sur l'horreur que Pol Pot et ses Khmers rouges firent endurer aux Cambodgiens de 1975 à 1979. Trente ans après, les Khmers rouges - qui exterminèrent près de 2 millions de personnes - n'ont toujours pas été jugés. Un tribunal international, mis sur pied sous l'égide de l'ONU, devrait démarrer ses auditions cette année.
« Vous savez, au Cambodge, tout peut se passer et rien, philosophe François Ponchaud, au téléphone. Les Cambodgiens freinent très fort car ils ont peur d'être dépassés par les lois internationales. Donc ils demandent à renégocier l'accord passé en 2003 avec l'ONU pour la mise en place de ce tribunal. »
François Ponchaud est très sévère sur l'insistance des Occidentaux à vouloir juger les derniers responsables Khmers rouges encore en vie : « Pendant des années, l'Occident n'a rien fait et il voudrait aujourd'hui donner des leçons ! Ça me rend furieux ! Si je suis appelé à témoigner, je le ferai d'abord contre le silence de la Communauté internationale durant les mois qu'a duré le régime de Pol Pot ; contre les Américains qui ont déversé 539 000 tonnes de bombes sur le Cambodge dans les années 70. Et ensuite, je poserai des questions aux Khmers rouges. »
Marc PENNEC.
Artcle du journal ouest france, Janvier 2007
Voilà le temoignage, d'un homme dont la vie est un exemple...Il y a un an, il ecrivait la preface du livre de Sabine Trannin, disparue dans des circonstances dramatiques et qui avait inauguree à Phnom Penh, le centre BOPHANA : lieu de la memoire du genocide... meme si certains d'entre nous avons dans ce post ecrit de choses similaires, j'ai pense utile de livrer ce texte à votre reflexion. | | | À: Rogerbarthas · 23 janvier 2007 à 16:27 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 71 de 125 · Page 4 de 7 · 2 202 affichages · Partager Pendant des années, l'Occident n'a rien fait et il voudrait aujourd'hui donner des leçons ! Ça me rend furieux ! Si je suis appelé à témoigner, je le ferai d'abord contre le silence de la Communauté internationale durant les mois qu'a duré le régime de Pol Pot ;.............
contre les Américains qui ont déversé 539 000 tonnes de bombes sur le Cambodge dans les années 70. Et ensuite, je poserai des questions aux Khmers rouges.
Ces deux assertions n'ont aucun lien. Les rassembler dans une diatribe fait perdre toute crédibilité. | | | À: Abalone · 25 janvier 2007 à 12:52 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 72 de 125 · Page 4 de 7 · 2 185 affichages · Partager Bonjour Abalone,
Il s'agit de la retranscription par un journaliste d'un entretien telephonique...Les phrases se juxtaposent...Il peut y avoir peut etre une mauvaise interpretation.Il est clair que les choses ne sont pas liees, tu fais bien de le preciser.Cordialement | | | À: Rogerbarthas · 4 février 2007 à 11:40 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 73 de 125 · Page 4 de 7 · 2 059 affichages · Partager Dans Le Monde édition du 3/02/07, l'analyse de Deron sur la panne de ce procès...
Tu m'étonnes je ris jaune début le début !!! | | | À: Neverland · 4 février 2007 à 15:31 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 74 de 125 · Page 4 de 7 · 2 051 affichages · Partager Desolé ! je ne l'ai pas lu ! quelle est l'idee centrale de cet article? Cordialement | | | À: Rogerbarthas · 4 février 2007 à 15:35 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 75 de 125 · Page 4 de 7 · 2 050 affichages · Partager l'article est en ligne maintenant...
attends, je vais faire une C/C | | | À: Neverland · 4 février 2007 à 15:41 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 76 de 125 · Page 4 de 7 · 2 042 affichages · Partager Analyse Khmers rouges, un procès en échec, par Francis Deron LE MONDE | 02.02.07 | 13h32 • Mis à jour le 02.02.07 | 13h32 Alors que la communauté internationale peine, malgré des résolutions des Nations unies, à intervenir dans le conflit au Darfour et à juger les coupables des crimes de guerre qui y sont commis, une vieille affaire pourrait la hanter à nouveau : le passage meurtrier des Khmers rouges au pouvoir au Cambodge voilà trois décennies. La décision de juger les responsables d'un drame qui a entraîné la mort de près d'un tiers de la population cambodgienne menace de s'enliser dans un débat procédurier. Si un échec intervenait dans cette mécanique judiciaire, mise en route depuis l'été 2006, il en résulterait un discrédit supplémentaire pour l'ONU - financier, à hauteur de 56 millions de dollars (43 millions d'euros), pour trois ans à partir de 2006 - et pour l'idée de justice internationale.
Le régime du "Kampuchéa démocratique" a causé la mort de 1, 7 à 2 millions de personnes entre avril 1975 et janvier 1979. Les conditions de ces décès, dus aux tortures et aux famines, ont peu d'équivalent dans la seconde moitié du XXe siècle. Plusieurs de ses responsables sont morts, dont le chef politique Pol Pot et le chef militaire Ta Mok. D'autres, comme le chef de l'Etat, Khieu Samphan, le chef de la sécurité, Nuon Chea, ou le ministre des affaires étrangères, Ieng Sary, sont encore en vie. Il a fallu près de dix ans pour mettre sur pied une instruction judiciaire proche de l'esprit du procès de Nuremberg. Il a fallu des compromis avec les actuels gouvernants du pays. Au Cambodge, la justice internationale a accepté de s'intégrer, sous la pression du pouvoir politique, dans la justice nationale. Dans le cas du Cambodge, il fallait donc, pour espérer juger les criminels, élaborer un dispositif spécifique. Ce qui fut fait sous la forme, sanctionnée par l'ONU, d'un tribunal "mixte" international et local (le seul autre exemple est celui du tribunal sur la Sierra Leone). Dix-sept juges cambodgiens et douze juges étrangers se sont ainsi retrouvés, en juillet 2006, dans cette instance d'une forme inhabituelle. Elle va recueillir des témoignages sur des massacres qui ont donné lieu à une documentation abondante et à de nombreux ouvrages d'histoire. Le tribunal ne fut pas institué sans réticences d'Etats puissants, à l'ONU notamment. Les anciens dirigeants khmers rouges, embarqués dans une utopie totalitaire qui les avait poussés à ramener toute la population à l'âge de l'agriculture primitive, avaient, au plan international, réussi à "mouiller" bien des pays dont les gouvernants n'étaient guère partisans d'un déballage public à travers un procès médiatisé. Il en fut ainsi de la Chine, leur inspiratrice "révolutionnaire" à l'époque. Il en fut de même des Etats-Unis, lorsqu'ils furent chassés, en 1979, de Phnom Penh par le Vietnam allié à l'Union soviétique. Et, dans la foulée, de tous les pays qui continuèrent longtemps à voir dans les anciens responsables du "Kampuchéa démocratique", réfugiés dans la forêt de la frontière thaïlandaise, les "légitimes représentants" de la nation cambodgienne à l'ONU (pays européens, voisins de la région, etc.). L'actuel "patron" du régime cambodgien, le premier ministre Hun Sen, a lui aussi freiné des quatre fers pendant de longues années devant les appels à un procès des Khmers rouges. Lui-même a été un ancien commandant sous le régime de Pol Pot, avant de se réfugier au Vietnam pour fuir les purges internes. Il n'est pas tenu pour responsable de massacres de masse commis à partir de la fin 1975. Mais M. Hun Sen s'appuie, entre autres, sur une nomenklatura d'anciens cadres khmers rouges, naturellement réticents face à une trop grande introspection nationale. On est là au coeur des difficultés d'où le tribunal chargé de juger les Khmers rouges ne parvient pas à s'extraire depuis l'automne 2006.
SPÉCIFICITÉS DU DROIT NATIONAL Les juges cambodgiens, proches du gouvernement, se retranchent derrière des spécificités du droit national - héritage colonial français - pour dénier aux juristes internationaux des libertés d'action qui sont acceptées dans d'autres tribunaux de nature onusienne. Il en est ainsi en matière d'interrogatoires, de comparutions, de présence d'avocats étrangers de la défense, etc. Il en résulte une incapacité à adopter un code de procédure interne qui permettrait aux procureurs de présenter des cas précis de dossiers d'inculpation qui sont déjà bien avancés.
Le "coprocureur", expert canadien en crimes de guerre, Robert Petit, qui a participé à quatre des expériences judiciaires de la génération "post-Nuremberg" - un tribunal "ad hoc" ( Rwanda), un tribunal "mixte" (Sierra Leone) et deux tribunaux nationaux sous administration internationale ( Kosovo, Timor-Oriental) -, affecte d'observer avec flegme les atermoiements actuels. "Normal", dit-il, compte tenu des sensibilités locales. Il indique aussi que plusieurs dossiers sont prêts. Pour sa part, le juge français, Marcel Lemonde, commence à laisser entendre qu'on ne peut pas tourner en rond éternellement. Un prochain rendez-vous institutionnel, en mars ou en avril, devrait pouvoir aboutir à un accord permettant un procès équitable pour les familles de victimes et les groupes d'action humanitaire qui ont arraché à l'oubli des milliers de charniers et de traces de centres de torture. "Cela n'est pas négociable", souligne-t-il. La partie d'échecs est d'autant plus serrée que M. Hun Sen n'est pas totalement hostile à un procès qui relégitimerait son pouvoir contesté. La corruption généralisée prive de crédibilité son gouvernement et le contraint à recourir à des méthodes énergiques pour garder le contrôle du pays. En 1979, un premier "procès", par contumace, de deux des dirigeants khmers rouges alors les plus en vue, Pol Pot et Ieng Sary - procès auquel M. Hun Sen n'avait pas été étranger -, avait été un fiasco total sur le plan médiatique. Il avait été conduit sous supervision vietnamienne, sur le mode des procès staliniens. Mais le premier ministre entend rester maître du processus. Le gouvernement de Phnom Penh ne serait pas le seul perdant dans un naufrage du Tribunal spécial Khmers rouges. La restauration de la paix au Cambodge fut, en son temps, après les accords de Paris de 1991, âprement négociée par la France au risque de quelques compromissions avec les "patrons" chinois des Khmers rouges. Ce fut la plus coûteuse opération des Nations unies depuis leur fondation. Un échec dans l'aboutissement logique de cette entreprise, aujourd'hui, serait une humiliation internationale. Francis Deron Article paru dans l'édition du 03.02.07. | | | À: Neverland · 6 février 2007 à 4:56 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 77 de 125 · Page 4 de 7 · 2 031 affichages · Partager Justice pour le Cambodge est une association sans but lucratif créée en France. Elle a pour mission de promouvoir les droits des victimes devant les Chambres Extraordinaires qui siégeront au Cambodge pour juger les dirigeants du régime khmer rouge et des principaux responsables des crimes commis sous l’empire du régime dit « Kampuchéa démocratique » entre 1975 et 1979.
Le témoignage d’Amara Mes Parents :Ma mère : Lakhena née le 20 décembre 1945 ; mariée en 1962 à Sokun.Mon père : Sokun né en 1938 - décédé (« porté disparu ») en 1977.Les six enfants :Vanna : née en janvier 1965 ;Serey : née en 1967 ;Virak : né en février 1970 ;Kim Ly : née en août 1972 ;Vatha : né en juin 1974 ;Amara née en janvier 1976 ;Avant la guerre : Situation familiale : Papa : instituteur à l’école de Battambang puis peu avant le régime des Khmers Rouge (« KR »), il a suivi des cours pour se titulariser en tant que professeur d’anglais et de français. Lorsque les troubles politiques se sont installés, il a dû arrêter ses cours et a commencé à enseigner dans deux établissements privés de 1973 à 1975 Maman gardait les enfants au foyer1973 - début 1975 : Papa est en relation avec 3 journalistes américains travaillant à Aran en Thaïlande En 1974, ils lui proposent de venir s’installer à Aran pour y vivre à cause des problèmes politiques du Cambodge puis d’aller aux Etats-Unis avec eux Début 1975 : Grâce à son contact avec ses amis journalistes, papa savait qu’il fallait quitter le Cambodge rapidement avant l’installation du régime KR. Il avait vendu notre propriété et avait l’argent en main pour quitter le pays, mais maman a refusé de s’en aller à cause de ses petits frères et sœurs, qu’elle attendait pour tous partir ensemble. En fin de compte, à force d’avoir trop tardé, notre famille n’a pas pu sortir du Cambodge avant la guerre civileAprès le 17 avril 1975 :Environ 3 jours après le 17 avril 1975 : évacuation de la ville de Battambang. Les KR n’avaient pas encore le pouvoir en main. Ils nous avaient menti en disant qu’on devait évacuer Battambang afin de leur donner le temps d’aménager la ville. Mais nous savions que c’était un exode définitif car un ami de papa nous avait prévenus. Nous avons donc embarqué toutes nos affaires sur moto et charrette Notre famille a erré pendant 4-5 jours : La première nuit, toujours dans les environs de Battambang : on a dormi chez yeïLei (son fils était un élève de papa) Puis maman a voulu aller chez ses parents à Preah Neth Preah mais à mi-chemin, notre route était barrée par les KR et nous avons dû faire demi-tour. Nous sommes alors allés à Omal pendant quelques jours et avons logés chez un autre élève de papa20 avril- 20 août 1975 : Arrivés à Viel Pô (endroit sec et aride) où nous sommes restés 5 mois Papa a construit une petite cabane avec l’autorisation des paysans de la région : nous y vivions avec toute notre famille, la belle-sœur de maman, ses enfants et sa mère âgée. Pour subvenir à nos besoins : troc de bijoux, médicaments, vêtements... De temps en temps, papa est appelé pour assister à des réunions des KR En ce temps-là, les profs n’étaient pas encore massacrés, seulement les militaires, policiers... Les KR ne sont pas encore bien organisés mais papa a dû accepter de collaborer avec eux car ils disaient que cela risquait sinon de faire du tort à sa famille. Les KR ne parlaient pas avec des paroles brutales mais toujours avec des sous-entendus La première mission de papa était de représenter les KR auprès des villageois pour parler de l’idéologie KR et des bienfaits qui découleraient de leur ralliement à la cause Inondation des rizières à Viel Pô : appelés alors à aller à Omal (même région que Viel Pô)A Omal (lieu de résidence durant 3 ans de fin août 1975 à mi-juillet 1977) : Toute la famille vit dans une maison abandonnée, en piteux état, où personne ne voulait vivre car dite « hantée ». La pluie s’y infiltre et mouille plus de la moitié de nos affaires Pas de possibilité de se servir de la monnaie courante car elle n’est plus utilisée durant ces troubles. Marché noir et système de troc Un mois après notre arrivée à Omal, les KR se sont appropriés tous les biens des gens. Ceux qui cachaient leurs bijoux et qui ont été pris ont été tués. Papa a donné tous nos bijoux par peur de nous faire exterminer par les KR. Maigres portions de nourriture et climat de terreur. Village sectorisé par quartiers pour rationner (nourriture) et surveiller les gens La nuit, maman entend des cris et des hurlements de torture qui proviennent de Pnhom Sampoeu, à environ 10 km d’Omal. C’est là que les KR tuaient des gens en secret Après quelques mois à Omal, Vanna est partie de plein gré dans les camps de travaux forcés pour jeunes filles KR : elle voulait découvrir le « monde des KR » car elle ne s’entendait pas avec maman et Serey et qu’elle était éprise de liberté. Avant la disparition de papa, Vanna s’amusait bien dans ces camps car elle se faisait des amies (esprit de bonne camaraderie) et était bien considérée pour son esprit d’initiative patriotique Début du système de travail forcé : Maman faisait de l’agriculture, était porteuse d’eau, etc... Heures de travail exténuantes. Très peu de nourriture pour tous et de ce fait, les gens mangeaient ce qu’ils pouvaient trouver : des patates douces, du maïs, du manioc. A cause du dur travail, maman était très maigre. Malgré tout, notre région était moins sévèrement touchée par la famine que d’autres endroits où des gens mouraient de faim Maman, à 5 mois de grossesse d’Amara, a été témoin d’un meeting des KR pour imposer crainte et obéissance : deux hommes sont battus à mort à coups de bâtons aux yeux de tous Naissance d’Amara : pas de lait maternel à lui donner. Nourrie de temps à autre par une femme ayant accouché en même temps que maman. Puis, quand Amara a eu deux mois, elle a été nourrie avec de la soupe de riz et banane cuite à l’eau Deux jours après naissance d’Amara, nouveau meeting où un homme est tué à coups de machette. Maman, encore fragilisée par son accouchement, est très mal et terrorisée. De plus, elle a l’obligation de retourner vite travailler à la rizièreVers février 1976 : Vanna : travaux en rizière pour monter des digues + barrières pour préserver les lots de rizière + travaux divers de rizière. Vanna bénéficiait de la protection de sa chef de camp car le père de cette femme, était le parrain de papa + en tant que fille d’un mé kang, personne n’osait lui faire de mal à cette époque Virak : est envoyé à Viel Pô pour ramasser les bouses de vaches pour la fertilisation des rizières Pour Virak, la vie est extrêmement difficile car à cause de son comportement très craintif et timoré, il se fait battre. Ses camarades le poursuivent à coups de pierres pour l’insulter, l’humilier et lui voler régulièrement sa nourriture Serey, Kim Ly, Vatha et Amara : avec maman. Lorsque maman va travailler, Serey s’occupe de nous Dès son arrivée à Omal, activités de papa : Forcé de prêter serment de ne plus aimer sa femme et ses enfants et de servir sa patrie. Lorsqu’il a refusé, les KR l’ont enfermé pendant trois jours et trois nuits dans une fosse d’excréments. Les voisins ont prévenu ma mère. En sortant de cette fosse, maman ne lui a pas posé de questions de peur de le chagriner encore plus. Que lui est-il réellement arrivé ? Que lui ont-ils fait ? Car depuis ce jour, il a suivi les KR sans jamais protester. Avant, il ne fumait pas, à compter de ce jour, il devait fumer comme le faisaient les KR. Il avait dit à maman qu’il devait suivre les directives des KR par peur de représailles sur sa femme et ses enfants. Il a commencé à communiquer très peu avec maman sur ses faits et gestes avec les KR afin de la protéger. Maman et papa devaient toujours se parler à voix basse dans la maison par peur des soldats KR qui passaient la nuit sous les maisons (sur pilotis) des gens pour espionner. D’abord, papa est d’abord responsable de 300 jeunes hommes célibataires destinés aux travaux des champs (moisson, barrages) pendant 4-5 mois puis il devient responsable auprès de couples mariés pour les travaux des champs Durant le régime KR, papa avait toujours dit à maman que s’il lui arrivait quoi que ce soit, il fallait qu’elle emmène tous les enfants en France car c’était là qu’elle pouvait trouver refuge auprès de la grande sœur de maman qui vivait déjà en France à cette époque. Au temps où il lui disait ces paroles, il savait que ses fonctions au sein du régime KR n’allait pas le protéger de la mort (climat de suspicion et de délation) Témoignage d’un collègue KR de papa à maman : lui, il avait avoué avoir tué des gens par peur de désobéir aux KR mais il racontait que papa refusait de s’y plier et disait à ses supérieurs KR « qu’il préférait être tué plutôt que de tuer quelqu’un ». Son ami n’a pas dit à maman les conséquences découlant du refus de papa de ne pas tuer car les activités des uns et des autres restaient très secrètes entre chefs KR Lorsque papa revenait de temps en temps à la maison, il disait à maman que grâce à l’écoute d’une radio américaine, il suivait l’évolution de la politique du Cambodge et était certain que le régime KR allait bientôt être renversé Au bout d’un an, papa revenu au village pour être responsable d’une commune : il avait reçu le titre de « mé sakha kor ». Cependant, à la saison du repiquage du riz, papa a été accusé d’avoir laissé le riz s’abîmer : un des chefs KR, sous l’autorité de papa, l’a accusé de faire partie de la CIA, d’avoir fait exprès d’abîmer le riz et d’être un « faux » paysan. Après le départ de papa, cette personne a été nommée à la place de papa dans la position qu’il convoitait mais par la suite, il a été tué par les KR Suite à cela, papa devait mourir mais son supérieur KR, avait de l’amitié pour lui et l’a envoyé exécuter d’autres travaux à Sam Laut, à la frontière thaïlandaise (près de Ban Pailin). Il y est resté jusqu’à mi-juillet 1977, date à laquelle il a été « porté-disparu » A Sam Laut, papa reste toujours sous la surveillance d’un soldat KR sur ses faits et gestes. Il devait avoir un rôle de responsable tout en faisant le travail d’un employé. Il était forcé de travailler plus dur et plus longtemps que les autres car il était déjà mal vu par les KR et ils attendaient de le voir mal faire son travail pour avoir une raison de l’exécuter. Puis papa a eu une forte crise de paludisme et a été envoyé pendant 1 semaine à Pnhom Sampoeu pour se faire soigner. Il a rencontré un ami de la famille, qui lui a proposé de s’enfuir. Papa lui a répondu que (i) ce n’était pas possible car les KR surveillaient étroitement la frontière thaï, spécialement à Sam Laut, et qu’il avait entendu dire que ceux qui avaient tenté de s’échapper s’étaient fait tuer et que (ii) les mines antipersonnelles dans les forêts décourageaient les tentatives de fuite Le 10 juillet 1977 : Disparition de papa Témoignage du parrain de papa, sur le jour de sa disparition : Papa est descendu de voiture en vitesse, escorté par les KR, et lui a remis toutes ses affaires personnelles. Papa a demandé à son parrain de promettre de dire à maman qu’il allait partir sur un autre chantier KR Le parrain de papa ne s’est réellement exprimé librement sur les circonstances de la mort de papa que plusieurs années après la disparition de celui-ci. Il savait que papa allait se faire exécuter mais n’a jamais voulu le dire directement à maman afin de se conformer à la volonté de papa : nourrir l’espoir de maman afin qu’elle continue d’avoir la force mentale et le courage nécessaire pour s’occuper de ses six enfantsAprès la disparition de papa :Lorsque Vanna a appris l’exécution de papa, sa vie est devenue un cauchemar. Même si elle ne s’était jamais vraiment entendu avec son père, elle l’aimait et l’a seulement su quand il est mort. Haine et pensées meurtrières dans sa tête. Ce jour-là, elle aurait pu massacrer de sang-froid la personne qui avait tué son père (événement très marquant dans sa vie) trois jours après le 11 juillet 1977 : tous les enfants (Vanna, Serey et Virak) ont été rapatriés vers maman. Ce jour même, nous avions été informés qu’à minuit, nous allions être emmenés à Mong Serei (endroit réputé où les KR tuaient des gens). Mais finalement vers 3h du matin, rien ne s’est passé. Plus tard, on a appris qu’une personne très influente parmi les KR et qui estimait papa, avait intercédé en notre faveur en disant que papa avait déjà été tué et « puni » et que les KR n’avaient plus besoin de s’acharner sur sa famille Vers 15 juillet 1977 : nous avons été envoyés à Viel Pô pour travaux forcés encore. Pour s’y rendre, longue marche exténuante pour les enfants, surtout pour Vatha et Amara, petits en âge. Amara a fait une grosse crise de colère et a jeté tous ses vêtements dans une mare pour montrer sa désapprobation. En fait, maman avait toujours peur des réactions brutales d’Amara devant les KR, de peur de se faire remarquer et de se faire frapper Pour nous punir, nous avons tous vécu pendant 1 semaine dans une soue (pour les cochons)Vers 22 juillet 1977 : Après Viel Pô, nous avons été envoyés à Toul Pô : camp de travaux forcés pour les veuves d’anciens exécutés par les KR pour les punir. Restés là jusqu’à l’arrivée des Vietnamiens Vanna + Serey : envoyées à environ 10 km de Toul Pô pour travailler sur les digues et les barrières et à la culture des rizières. Travail du lever du soleil jusque vers 23h. Le jour, les filles étaient parfois témoins d’exécutions soit-disant « justes », mais le soir elles entendaient des cris de torture de ceux qui étaient tués en cachette par les KR Virak : envoyé à environ 3 km de Toul Pô pour travaux des champs (ramasser les bouses de vaches, arracher les mauvaises herbes...) Maman, Kim Ly, Vatha et Amara : ensemble dans une petite cabane délabrée pour chasseurs (2 m largeur, 3 m longueur et 1 m hauteur). Il y avait une fourmilière dans cette cabane et la pluie s’y infiltrait. Très dur d’y vivre Activités : Maman : Travail 7 jours sur 7 de 4h à 24h. Le jour : fauchage des plants de riz et la nuit : battage des graines de riz Maman avait toujours peur de se faire remarquer et travaillait sans broncher. Elle avait la force de travailler en pensant que son combat était pour la survie de ses enfants Vatha (5 ans) : Petit garçon à l’esprit inventif et autonome. Allait chercher des crabes, des rats des champs, des petits poissons pour compléter la nourriture donnée par les KR Amara lui volait souvent ses rats des champs pour les manger, même crus, à cause de la faim. Vatha pleurait en silence quand il découvrait qu’il n’y avait plus rien à manger pour lui Kim Ly (7 ans) : Très tête en l’air, ne gardait pas la maison et on se faisait souvent voler nos affaires Elle devait aller en travaux forcés (car entrée en camps de travaux à partir de 6 ans) mais elle n’avait pas pu répondre aux exigences des KR pour prouver sa maturité, c’est-à-dire capacité à passer son bras d’un côté de l’épaule et toucher son autre oreille Seule très souvent à la maison, Kim Ly entendait les propos des adultes sur les actes de violence des KR et de ce fait, avait cultivé une profonde crainte qui l’avait amenée à devenir une petite fille très secrète, renfermée, peu bavarde, vivant dans un monde à part Amara : Gardée par une vieille femme, qui la battait tous les jours (traces de coups et de bleus) mais maman ne pouvait pas porter plainte par peur de subir des représailles Amara pleurait très souvent parce qu’elle réclamait sa mère et ne comprenait pas lorsque maman lui expliquait qu’elle était obligée d’aller travailler pour les KR. Elle pensait que sa mère l’abandonnait exprès. Elle pleurait aussi souvent à cause de la faim Tous les deux ou trois mois, les enfants plus grands revenaient voir maman sous autorisation des KRVers le 22 janvier 1978 : 6 mois après notre arrivée à Toul Pô, lors d’un meeting, on a annoncé de façon formelle les raisons de l’exécution de papa : membre de la CIA, mauvaise gestion de la culture du riz (= condamnable par les KR car signe de mauvaise intention envers le nouveau régime), accusé de ne pas aimer son peuple et de parler Anglais. Cette annonce avait été diffusée par haut-parleur, et même là où se trouvaient Vanna et Serey dans un autre camp. Maman effrayée de subir encore plus de mauvais traitements... En effet, une fois cette annonce rendue publique, maman a commencé à subir harcèlements moraux et physiques. L’une des chefs de la section de Toul Pô (toutes des femmes dirigeantes car lieu de travaux forcés pour les veuves d’anciens exécutés), autrefois ancienne petite aide-nounou de maman avant la guerre, s’acharnait sur elle pour la punir d’avoir été sa « servante ». Elle la faisait travailler plus longtemps que les autres. Au lieu de s’occuper du riz, maman était dorénavant assignée aux fonctions de porteuse d’excréments d’humains et d’animaux dans les rizières pour fertilisation : ces travaux ont laissé des cicatrices (brûlure dues aux substances des excréments) sur son corps jusqu’à ce jour. A Toul Pô, maman devait aussi plonger régulièrement dans un grand marécage pour aller couper des roseaux pour fabrication de tapis : encore à ce jour, cicatrices de sangsues sur son corps Pour Vanna, l’annonce officielle de l’exécution de papa ne lui avait pas valu trop de maltraitances car protégée par la responsable du camp de jeunes filles, fille du parrain de papaVers début janvier 1979 : Avec l’approche des soldats vietnamiens, dans les environs de Toul Pô : insurrections et beaucoup de fusillades et de morts. Beaucoup de remue-ménages, comme en avril 1975. Un vieux monsieur, heureux de l’arrivée proche des Vietnamiens, était sorti de sa cabane avec son sarong coloré neuf et avait dit « les Vietnamiens vont venir nous libérer ! » puis a été tué sur-le-champ devant maman. Cinq hommes issus des villages voisins de Toul Pô avaient essayé de s’enfuir mais ont alors été tués par les KR devant la cabane de maman Une semaine avant l’arrivée des Vietnamiens, toute notre famille et celles de deux exécutés par les KR appelées à une réunion. Le but : exterminer les familles de tous ceux qui avaient été exécutés par les KR. Les deux familles présentes ce jour-là à ce meeting ont été brûlées. Maman n’était pas au courant de cette réunion car partie accueillir sa belle-sœur, en provenance d’un village libéré des KR depuis peu par les Vietnamiens. N’ayant pu participer à cette réunion, et en raison du chamboulement des événements, notre famille a été épargnée Pendant que maman était partie chercher sa belle-sœur, Vanna, Serey et leurs petits frères et soeurs au village voyaient les gens s’enfuir avec affolement, et entendaient des bruits de mitraillettes (combats entre KR et ceux qui s’insurgeaient) et des cris. Tout le monde avait quitté le village sauf les enfants de maman et quelques villageois qui n’avaient pas encore fini de faire leurs bagages Lorsque nous avons quitté le village in extremis, les KR étaient juste derrière nous pour prendre captives les familles qui étaient restées et les emmener dans la forêt Nous sommes restés deux jours à Toul Pô puis allés à BattambangAprès notre libération des KR :Janvier- mars 1979 : à Battambang : nous avons vécu trois mois à côté de l’hôpital, dans l’immeuble de l’ancien service des douanes, lieu de résidence pour environ trente personnes réfugiées. Durant les trois mois, système de troc pour avoir du riz : en échange de nos médicaments, vêtements, or, mangues... Avril-mai 1979 : Après avoir vécu dans le bâtiment de la douane de Battambang, maman a envoyé tous les enfants vivre chez notre tante (sœur de papa) durant deux mois à Tcha Ak (village de Battambang) Les enfants à Tcha Ak vivaient de façon autonome sous le toit de leur tante. Elle leur procurait le logement mais pas la nourriture. Vanna (14 ans) et Serey (12 ans) s’occupaient de leurs petits frères et sœurs à tour de rôle et une fois sur deux, allaient vendre des mangues, des médicaments, des vêtements pour avoir de quoi se nourrir en attendant le retour de maman Maman partie avec son beau-frère (mari de ma tante) à Sisophon (à la frontière thaï) pour se renseigner sur les moyens possibles de sortir du Cambodge et pour faire un peu de commerce (troc) en vue de financer notre départ du Cambodge A Sisophon, les bandits avaient engagé des combats violents avec les marchands qui faisaient du commerce au noir le long de la frontière thaï. A cause de cela, maman a dû s’en aller un peu plus loin, à Khok Kchoung, l’endroit où se situait la base militaire des Khmers Serei. Elle avait entendu dire qu’un certain Sokun s’était engagé dans l’armée des Khmers Serei : malheureusement, ce n’était pas papa A Khok Kchoung, combats entre les Khmers Serei et les bandits. La jambe de maman avait été piétinée par quatre personnes affolées circulant à vélo. Restée une semaine le temps de guérir, en se cachant dans la forêt à cause des combats meurtriers Une fois sa jambe désenflée, maman est partie à Sisophon et y est restée deux semaines chez une amie pour calculer son plan de sortie du Cambodge Après Sisophon, retour à Battambang. Toute la famille y est restée trois jours puis nous avons commencé notre long voyage pour fuir le Cambodge Juin 1979 : voyage en moto (location) puis à pieds vers Sisophon (deux jours) puis voyage en compagnie de centaines d’autres familles en fuite durant trois jours et trois nuits pour aller à Khok Kchoung : traversées de forêts, de rizières, de marécages...Ceux derrière nous sont morts en marchant sur des mines antipersonnelles et ceux de devant pareillement = beaucoup de morts et de blessés. Il restait ceux du milieu de la file. Au début des trois jours de voyage, 24h sans manger ni boire car marche dans marécages et nos affaires personnelles avaient été abandonnées au fur et à mesure par fatigue et désespoir. Notre groupe a aussi été attaqué par des bandits (pas notre famille car plus rien à donner) Après le voyage exténuant, arrivée à Nang Chan. Nous avions tous très faim et bien sûr rien à manger. Vanna, Serey, Virak et Kim Ly avaient les larmes aux yeux de voir les gens manger et pas nous. Vatha, très courageux, n’osait pas se plaindre malgré son jeune âge. Amara hurlait de colère et ne comprenait pas pourquoi on ne lui donnait pas à manger. Voyant ses enfants affamés, maman était si désespérée et impuissante... Puis, durant la nuit, logés et finalement nourris par les Khmers Serei avant d’aller à Khok Kchoung Juin-août 1979 : Enfin, arrivée à Khok Kchoung, camp des Khmers Serei appelé « Tchoroum Tmeï » où nous sommes restés trois mois, le temps de faire commerce de pastèques, ananas... pour économiser de l’argent pour sortir du Cambodge et pour attendre certains membres de la famille de maman Chaque jour, un convoi de l’ONU venait récupérer tous ceux qui fuyaient le Cambodge pour les emmener en camps de réfugiés Mais au bout de trois mois, fusillades entre KR et Khmers Serei : à cause des morts et des blessés, un convoi de l’Onu est alors venu au secours. Nous avons été embarqués pêle-mêle, à destination de Khao I Dang, un camp pour réfugiés en Thaïlande. Vanna et Serey étaient furieuses contre maman d’avoir attendu de frôler la mort avant de quitter enfin « Tchoroum Tmeï » et d’être embarqués comme du bétail dans le convoi d’urgence de l’ONU alors que nous pouvions bénéficier de meilleures conditions de transport avant cet événementDans les camps de réfugiés :Août 1979 - septembre 1980 : Khao I Dang : restés là environ un an et deux mois sous contrôle militaire thaïlandais Lieu très dangereux car viols et meurtres chaque nuit. Maltraitance des soldats thaï sur les réfugiés. Enfermés dans le camp par des fils barbelés. Surveillance étroite. Maman très effrayée pour ses enfants. Système de rationnement de nourriture A Khao I dang, la belle-sœur de maman nous a confié ses deux enfants pour qu’on les emmène avec nous Durant la nuit, Virak faisait de gros cauchemars et était somnambule : il se promenait à cloche-pied et dans son rêve, il suppliait à chaudes larmes d’avoir un bonbon auprès de son chef de camp. Parfois, il montait sur le toit de la cabane et allait sauter du toit. A plusieurs reprises, nous avions dû l’arrêter in extremis. Une fois réveillé, il ne se souvenait de rien et les autres enfants se moquaient beaucoup de lui Durant tout ce laps de temps, maman prenait des cours de couture et les enfants étaient scolarisés. Vanna apprenait l’Anglais car elle ne savait pas encore vers quel pays d’accueil nous allions être appelésSeptembre 1980- janvier 1981 : après Khao I Dang, nous avons été envoyés à Chonburi (à Banthad : camp de réfugiés) et y sommes restés cinq mois. Meilleure sécurité qu’à Khao I Dang. Pas de maltraitance Vanna avait commencé à apprendre le Français car nous avions réussi nos tests de droit d’entrée comme réfugiés politiques auprès de l’ambassade de FranceMi-janvier - mi février 1981 : envoyés à Suan Phlu (prison et lieu temporaire d’attente de déportation) durant un mois en vue d’attendre notre appel pour exil en pays d’accueil Beaucoup de réfugiés laotiens, vietnamiens et cambodgiens étaient à Suan Phlu et nous vivions tous sous détention comme des prisonniers Ambiance terrible, comme à Khao I Dang. Violence, humiliations, insalubrité, nourriture avariée... Nourriture jetée en l’air : si pas moyen de l’attraper, rien à manger. Mais ceux qui avaient de l’argent pouvaient s’acheter à manger. Mais pas notre famille, et on devait supporter de manger ce que les soldats thaï nous donnaientArrivée en France :19 Février 1981 : Arrivée au centre d’asile pour réfugiés à Créteil. Restés deux semaines Adaptation difficile au niveau de la nourriture. On confondait les pommes avec des pommes surettes de chez nous. On n’arrivait pas à manger la nourriture française. Maman faisait des provisions de pain et de sachets de sucre, de sel... de peur de l’avenir. Nous attendions que le pain ait moisi avant de le jeter avec grand regret Sentiment de petitesse et d’infériorité en arrivant sur le territoire français : maman ne parlait pas Français, n’avait plus rien exceptés les souvenirs douloureux de son pays... Puis une association catholique s’est occupée de nous et a envoyé maman prendre des cours de Français à l’Alliance française et les enfants ont tous été pris en charge par des familles d’accueil (sauf Amara car trop petite en âge) De février à juillet 1981 : Nous vivions tous les neuf (maman, les six enfants et son neveu et sa nièce) à Montreuil-sous-bois (dépt 93) dans un F2 Lorsque mon oncle et maman entendaient des bruits de sirène de pompiers, ils nous faisaient tous nous cacher sous la table ou le lit : ils pensaient qu’on allait être bombardés A cette époque, maman a commencé à réaliser le cauchemar qu’elle avait vécu au Cambodge et que papa devait certainement être mort puisque sans nouvelle directe ou indirecte de lui. Elle était très maigre et avait une mine cadavérique malgré son jeune âge (36 ans). Une amie française, l’a emmenée chez un psychiatre pour se faire soigner mais maman a très mal supporté les médicaments pour la dépression et a dû arrêter de les prendre. De plus, le problème de la langue ne lui permettait pas de bien se faire comprendre du médecin Après Montreuil, nous avons habité à Fontenay-sous-Bois Situation de maman : Février - avril 1981 : maman a suivi des cours de Français à l’Alliance Française. Les enfants étaient tous en familles d’accueil Oct 1981 - oct 1986 : maman a travaillé dans une entreprise de fabrication de lampes Nov 1986 - nov 1987 : chômage Déc 1987 - déc 1988 : couturière Janv 1989 - sept 1992 : employée dans diverses sociétés + chômage Oct 1992 à ce jour : Aide-ménagère pour le service aide-ménagères Durant son activité comme aide-ménagère, maman a fait une dépression pour harcèlement moral (infantilisation, humiliations, brimades constantes, etc..) En février 2004, maman a été consulter un psychiatre. Maman est depuis en congé maladie pour dépressionVanna : au début, elle avait suivi des cours de Français à l’Alliance Française Ses souvenirs de la guerre au Cambodge : Soucis de santé et fragilité psychologique : depuis la mort de papa : événement si douloureux qu’elle en parle très difficilement et sentiment de haine, de colère et de vengeance qui remontent quand elle se souvient de ce jour précis où elle a appris l’exécution de papa soucis de santé durant de longues années depuis son arrivée en France à cause de la guerre, de la faim, de la peur, des dures conditions de vie dans les camps de réfugiés en Thaïlande, son adaptation difficile sur le territoire français... Vanna fait une dépression depuis de nombreuses années Le mari de Vanna garde aussi des séquelles très vives de la période KR car il avait été enrôlé de force par les KR durant leur régime. Il fait depuis très longtemps de violents cauchemars sur les atrocités vécues. Lui et sa femme ne parlent que très rarement du passé KR dans l’espoir d’oublier le mal subi Serey : Serey a tout de suite été vivre chez notre tante, sa mère adoptive depuis toute petite. Elle n’a jamais souffert les privations endurées par le reste de la famille chez maman en France car notre tante avait les moyens de prendre soin d’elle matériellement Elle vit actuellement aux Etats-Unis avec son mari et ses deux enfants Malgré les horreurs du régime KR, Serey n’a pas autant souffert des conséquences de la guerre que Vanna et ses autres frères et sœurs car fort caractère et très bien prise en charge par sa mère adoptive depuis toute petite (gâtée, choyée, aimée). Elle s’en est aussi bien sortie grâce à sa vie épanouissante actuelle Virak : Lorsqu’il a été appelé à faire son service militaire, il a été jugé « inapte » pour problèmes psychologiques dus aux traumatismes de la guerre au Cambodge. Ne veut surtout pas entendre parler des KR car trop de mauvais souvenirs. Cette époque KR a été traumatisante pour Virak à tous les niveaux mais il ne se plaint jamais de son passé Il vit dans la région parisienne Kim Ly : Kim Ly n’aime pas du tout parler de ses souvenirs du Cambodge. Elle garde des séquelles au niveau de son comportement renfermé et solitaire. Vatha : Au début, vivait chez maman mais les week-ends chez son parrain. Puis depuis son entrée en 6ème, il a vécu chez son parrain afin de pouvoir mieux suivre sa scolarité Adolescence épanouie chez son parrain et sa famille. Souvent en vacances. Ne parle pas de traumatisme dû à la guerre. C’est quelqu’un qui oublie vite le mal subi Amara : Arrivée en France à l’âge de 5 ans, Amara a suivi sa scolarité depuis la maternelle. A un Bac + 4 dans management hôtellerie/restauration Est toujours restée avec maman et n’a pas eu de famille d’accueil. Très forte complicité entre Amara et maman. Inquiétude de maman souvent reportée sur Amara durant les premières années en France. Au début, elles pleuraient tous les soirs ensemble et se demandaient si les autres enfants n’étaient pas maltraités, s’ils s’adaptaient à leur famille d’accueil, s’ils s’habituaient à la nourriture française etc... A 5-7 ans, Amara demandait très souvent à maman de se marier pour que son nouveau papa l’emmène se promener, partir en vacances... Mais maman avait très peur de se marier avec un homme qui pourrait frapper ou violer ses enfants. Maman est restée seule depuis la disparition de papa Soucis de santé : A fait dépression infantile à cause décès de son père et les problèmes constant de la faim depuis bébé (enfant très coléreuse et souvent angoissée d’être abandonnée) Depuis l’âge de un an et demi, atteinte d’une maladie de peau, un pemphigus vulgaire. Pas encore guérie à ce jour. | | | À: Alan · 27 février 2007 à 9:07 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 78 de 125 · Page 4 de 7 · 1 996 affichages · Partager Histoire de faire remonter ce topic qui me tient à coeur, voici une déclaration de Samdech Hun Sen, relayé par l'agence Kampuchea presse à propos des Killing Fields, en date d'ajourd'hui.....
“Les ossements à Choeung Ek sont des preuves importantes du génocide”, a dit hier le Premier ministre Hun Sèn à l’occasion de l’ouverture du chantier de construction du pont Prêk Chhrey, situé à 1 km au sud du Musée génocidaire de Choeung Ek.
Samdech Hun Sèn s’est ensuite opposé à la crémation des ossements des victimes du régime Khmer rouge pour que les âmes des victimes connaissent la paix. “Si ces ossements disparaissaient, nous ne pourrions pas juger les dirigeants Khmers rouges”, a-t-il souligné avant d’expliquer que la préservation de ces ossements et de tous les ossuaires disséminés dans le pays ne s’inscrit pas dans une stratégie de développement du tourisme, mais répond à la nécessité de conserver les preuves du génocide pour le procès.
Le chef du gouvernement cambodgien a, par ailleurs, dit qu’une fois construit, le pont Prêk Chhrey facilitera non seulement la circulation routière des habitants locaux, mais aussi la visite du Musée génocidaire de Choeung Ek qui a, selon lui, accueilli en 2006 140 000 visiteurs.
D’après les chiffres du Centre de documentation du Cambodge, 343 champs d’extermination et 19 440 fosses communes du régime génocidaire des Khmers rouges ont été découverts dans tout le pays. -- AKP | | | À: Alan · 27 février 2007 à 14:31 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 79 de 125 · Page 4 de 7 · 1 982 affichages · Partager "D’après les chiffres du Centre de documentation du Cambodge, 343 champs d’extermination et 19 440 fosses communes du régime génocidaire des Khmers rouges ont été découverts dans tout le pays. -- AKP "
Même si ces chiffres ne sont pas officiels et avérés, ils sont terribles !
Le nombre total des victimes cambodgiennes est équivalent à plus du double de celles du Rwanda en 1994 et à celles d'Auschwitz et de Treblinka réunis.
Elargissons la définition de génocide. Le Cambodge est le 4e génocide du XXe siècle. | | | À: Aristomakos · 27 février 2007 à 20:35 Re: Ouverture du procès des Khmers rouges à Phnom Penh... Message 80 de 125 · Page 4 de 7 · 1 977 affichages · Partager Elargissons la définition de génocide. Le Cambodge est le 4e génocide du XXe siècle.
..... que trop vrai et je trouve que l'on n'en parle pas assez..... mais là je pense que c'est parceque je m'implique de plus en plus affectivement et matériellement sur ce pays, car alors pourquoi je ne me fais pas aussi l'écho de ce qui s'est passé ailleurs ou de ce qui se passe actuellement au Darfour par exemple..... mais je pense qu'il est bon de garder ce fil sur ces événements passés, avec l'espoir que des voyageurs en partance pour ce pays auront l'idée de venir se documenter dessus et de voir ce pays avec un autre oeil..... | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 15 926 visiteurs en ligne depuis une heure! |