Trois14 · 18 juillet 2011 à 10:18 · 1 221 photos 410 messages · 71 participants · 129 174 affichages | | | | À: Trois14 · 23 janvier 2012 à 3:04 · Modifié le 29 jan. 2012 à 16:09 Message 101 de 410 · Page 6 de 21 · 4 929 affichages · Partager SITKA
La ville est connue comme étant la capitale de l' Alaska, à l'époque de la souveraineté russe. Les Russes considéraient l' Alaska comme un territoire de trappeurs, utile pour leur approvisionnement en fourrure. Mais vers 1850, leur intérêt pour ces territoires décrut sensiblement. D'une part, suite à la chasse intensive, le rendement des trappeurs diminuait. Ils étaient par ailleurs de plus en plus souvent confrontés à des intrusions de sociétés anglaises ou françaises de trappeurs et commerce de peaux, qui depuis le Canada, cherchaient à travailler dans ces régions. D'autre part, les rapports avec les locaux, les tributs amérindiennes, étaient franchement mauvais. Ces derniers savaient se battre, et ont attaqué avec succès plusieurs lieux de peuplement russes. Or l'empire russe qui en 1850-60 avait des difficultés financières, n'était pas disposé à envoyer sur place des détachements militaires importants. Les Américains se portant acheteurs, autant leur vendre ces territoires sans intérêt, en tirer quelques sous, et se replier au pays. Ce qui fut fait en 1867, ici même à Sitka, contre la somme de 7 millions de dollars (ce qui correspond à 2 milliards de $ d'aujourd'hui). Ah bien sûr, si les russes avaient pu connaitre la suite de l'histoire (ruées vers l'or, découverte de champs pétrolifères importants).... Ils ont ensuite rapidement évacué le territoire. Seuls quelques commerçants ou hommes d'église ont décidé de rester, et sont devenus citoyens américains. Leurs descendants vivent encore sur place.
Une cathédrale orthodoxe russe, la plus grande d'Amérique parait-il, trône en plein centre du village, et rappelle cet épisode historique. En fait, le bâtiment est bien plus petit que ce que je m'imaginais.
St Michael's cathedral
L'intérieur peut être visité, mais l'entrée est payante pour les non pratiquants, et chère. Par la porte entrouverte, j'ai pu cependant m'en faire une idée, et tout parait très quelconque, surtout comparé aux églises orthodoxes grecques clinquantes. Nous ne pénètrerons pas. La rue principale de la ville, qui part de la cathédrale, est assez originale.
Les boutiques sont inhabituelles aux Etats Unis.
Nous ne sommes pas à Moscou, mais bien aux USA, en 2011 !
Sur une petite colline (quelque dizaines de mètres de haut à peine), était construit le fort où s'est déroulée la passation de pouvoir entre russes et américains.
Nous apercevons sur cette vue prise depuis cette élévation le Mont Edgecumbe, un ancien volcan qui culmine à 1000m et domine la ville. C'est sa première apparition à nous aujourd'hui (nous profitons d'une éclaircie). Par beau temps (donc pas aujourd'hui) une belle randonnée permet de grimper au sommet.
A l'emplacement de l'ancien fort, une plaque rappelle l'histoire de la ville. Le canon, qui a tonné lors de la passation de pouvoir, est toujours en place.
Un bâtiment ancien, à proximité, était la maison de l'évêque russe.
Le Mt Edgecumbe semble vraiment vouloir se découvrir, mais c'est trop tard pour nous, nous ne ferons pas l'ascension.
Du coté de la mer, des îlots paraissent habités.
Un beau petit musée, le Sheldon Jackson museum, nous ouvre ses portes. Il est tenu par la communauté indienne, et rappelle la longue histoire de la ville (débutant bien avant l'arrivée des russes). Sur une scène de théâtre, des danseurs indiens réputés se produisent de temps à autre. Nous ne les verrons pas.
devant le musée
Les bâtiments anciens typiques en bois de l'ancien collège ont été transformés et semblent être devenus aujourd'hui une fumerie de poisson (ce n'est qu'une hypothèse de ma part, je n'en suis pas du tout certain).
Au " Sitka National Historic Park", un grand nombre de totems sont exposés.
Finalement, Sitka ne nous a pas particulièrement emballés. Le temps maussade y est pour beaucoup, mais nous ne regrettons pas de n'y rester que peu de temps. Arrivés en milieu de journée, nous reprendrons le ferry à... 4h du matin. Il va falloir patienter jusque là.
Nous décidons donc de visiter la totalité de la route goudronnée autour de Sitka. Ce matin nous avons exploré l'extrémité nord, nous partons donc maintenant pour l'extrémité Sud-Est, à moins de 10 km de la ville. Nous longeons quelques jolies baies, mais rien de bien exceptionnel. Nous revenons en ville, car nous avons remarqué que la bibliothèque ne ferme ses portes qu'à 8h30. Elle est bien pourvue en livres et documents historiques intéressants sur l' Alaska et sur Sitka. Et elle fournit une connexion WiFi gratuite. Comme prévu, à 8h30, nous sommes priés d'aller voir ailleurs. Nous trouvons un restaurant local typique, qui nous sert un gigantesque filet de saumon grillé, délicieux à souhait. Mais à 10h du soir, le restaurant ferme aussi ses portes. Nous nous rabattons vers le bar du plus grand hôtel de la ville, le Westmark. Mais lui aussi ferme à 11h (la vie nocturne à Sitka parait très limitée, et ne justifie pas le déplacement). Par contre, la réception de l'hôtel, compatissante, nous installe dans un salon bien chauffé avec des fauteuils confortables, la TV, un WiFi et une bibliothèque de très jolis livres de voyages. Un serveur est même requis pour nous servir tout au long de la nuit, aussi souvent que nécessaire, du bon café bien chaud, qu'il refusera que l'on paye (mais il acceptera un pourboire bien mérité). Finalement, nous atteignons bien plus facilement que je ne le pensais 3h du matin, tellement l'endroit est agréable. La ville est bien déserte à cette heure là. Pour le fun nous prenons en voiture la rue principale. Mais il n'y a pas âme qui vive, aussi nous quittons Sitka sans regret pour le port de ferry, cela toujours sous une forte pluie battante.
Nous prendrons le "Matanusca" jusqu'à Wrangell que nous atteindrons en fin de journée demain (ou plutôt ce soir). Heureusement une couchette nous attend dans le bateau. Seule une autre voiture embarquera avec nous sur le ferry (pas très rentable, tout ça). Inutile de dire que les formalités seront sans problème, vite expédiées.
+ =+=+=+=+=+=+=+=+=+=+=+=+=+=+=+=POUR LA SUITE DU VOYAGE, CLIQUEZ ICI
- | | | À: Trois14 · 24 janvier 2012 à 0:33 Message 102 de 410 · Page 6 de 21 · 4 892 affichages · Partager Bonsoir JP, Je continue la lecture assidue de ton superbe carnet... Que dire... On dirait bien que la météo vous a gâtés... Que d'ours (enfin les vrais  )... Si ces contrées ne m'attiraient pas je ne me serais pas lancé dans la lecture de ton carnet, mais là, j'ai réellement envie de suivre vos traces. Je craignais que le retour en ferry soit moins intéressant, mais que nenni ! Ouf ! Merci, grand merci pour ce carnet riche et complet. Xavier | | | À: Trois14 · 24 janvier 2012 à 16:57 Message 103 de 410 · Page 6 de 21 · 4 873 affichages · Partager bonjour un regal ce carnet merci et encore merci    
claude | | | À: Xfg59 · 25 janvier 2012 à 12:52 · Modifié le 25 jan. 2012 à 15:33 Message 104 de 410 · Page 6 de 21 · 4 846 affichages · Partager bonjour Xavier (xfg59) et Claude (smokey).... et... les autres qui me font l'honneur de me lire (j'espère qu'il y en a quelques uns).
Vos encouragements sont très motivants. J'apprécie, merci beaucoup. Et si ce carnet peut donner à certains l'idée ou l'envie de programmer l' Alaska pour varier des pierres rouges du SouthWest, ils ne le regretteront pas, et j'en serais ravi. C'est pour cela que j'essaie de donner beaucoup d'infos pratiques.
La suite ? : j'y travaille. Mais j'arrive à un gros morceau (ours à ANAN CREEK) avec de nombreuses photos. Pour nous un must. Il me faut trier, et ne retenir que quelques photos. Dur, dur. D'autant plus que si le souvenir de cette journée est merveilleux, les photos paraissent nettement moins réussies. Il pleuvait, il faisait sombre au fond de ce ravin (et des ours noirs sur fond sombre, ce n'est pas le top ) ; de plus le photographe n'est pas un as. Aussi les vues que j'en ai ramenées ont plus une valeur émotionnelle pour moi, qu'une valeur artistique. Je vous demande de bien vouloir m'en excuser. Je joindrais également 5 ou 6 vidéos Youtube, car malgré leur mauvaise qualité artistique, elles paraissent plus parlantes et expressives que des vues fixes.
Au point de vue calendrier :je pense que la partie Alaska sera terminée d'ici une dizaine de jours (pas certain). La partie Arizona sera rapide, et se limitera à quelques must, car contrairement à l' Alaska, cela est souvent traité sur V.F. Je pourrais me limiter à " the Wave", et à "Havasupai dernière" (le site tel qu'il est aujourd'hui, après les dernières inondations importantes). Tout devrait donc être terminé, soit pour le 15 février (peu probable), soit mi ou fin mars, car entre temps, je pars au Rajasthan (en Inde), et j'ai de longs WE de bridge très chargés.
Pour info : En voulant faire une manipulation de sauvegarde de photos sur place après CBN, je me suis planté, et j'ai effacé, définitivement perdu, au moins 150 photos. Le compte rendu n'en sera que plus rapide. Mais ces vues disparues ne sont pas vitales. Elles débutent lors de l'ultime jonction en ferry avant de rejoindre l'Etat de Washington, et se terminent au milieu de the Wave. Il y aura donc un black-out photo, durant 2 ou 3 jours (fin du trajet ferry - peu d'intérêt-, région de Bellingham et Mt Backer -peu d'intérêt-, Las Végas rapide -encore moins d'intérêt, et on trouve trop souvent sur V.F.-, partie aller du trajet vers The Wave - intéressant, mais on trouve également sur V.F. ; peut-être mettrai-je néanmoins quelques vues datant d'une précédente visite-).
J-Pi | | | À: Trois14 · 25 janvier 2012 à 13:48 Message 105 de 410 · Page 6 de 21 · 4 829 affichages · Partager les autres qui me font l'honneur de me lire (j'espère qu'il y en a quelques uns)
Toujours fidèle au poste   Je me jette sur le carnet dés que je vois apparaître un nouvel épisode. Quelle belle couleur bleue ! | | | À: Trois14 · 25 janvier 2012 à 23:43 Message 106 de 410 · Page 6 de 21 · 4 793 affichages · Partager .... et... les autres qui me font l'honneur de me lire (j'espère qu'il y en a quelques uns).
Oh oui, je suis sûr qu'ils y en a pas mal... Malheureusement, et je suis le premier à le faire, on ne prend pas toujours le temps de laisser un commentaire à la lecture d'un carnet. Mais là, franchement, vu la masse de travail que cela représente, je ne peux que t'encourager à continuer... Ne serait-ce que pour m'assurer que tu n'arrêtes pas en chemin  .
j'ai effacé, définitivement perdu, au moins 150 photos.
La tuile  ! Si cela m'arrivait, je crois que j'aurais du mal à m'en remettre ! | | | À: Trois14 · 26 janvier 2012 à 8:18 Message 107 de 410 · Page 6 de 21 · 4 784 affichages · Partager Bonjour,
Si, si, on suit... avec assiduité. Vivement le prochain épisode. | | | À: Trois14 · 26 janvier 2012 à 11:02 Message 108 de 410 · Page 6 de 21 · 4 778 affichages · Partager Hello JP,
Moi aussi, je suis et apprécie beaucoup les vues des glaciers  ! A+ Christine | | | À: Trois14 · 26 janvier 2012 à 18:29 Message 109 de 410 · Page 6 de 21 · 4 757 affichages · Partager Bonjour,
Moi aussi je suis avec énormément de plaisir vos aventures.
Tous les soirs, je viens voir si vous avez ajouté un ou des épisodes à ce magnifique voyage.
Merci de me faire rêver  Un jour, j'irai en Alaska... si si...! | | | À: Trois14 · 27 janvier 2012 à 15:18 Message 110 de 410 · Page 6 de 21 · 4 736 affichages · Partager J'attends également la suite de vos aventures, j'ai lu votre parcours ces deux derniers jours, et vivement la suite.  Merci de nous faire voyager avec vos récits très détaillés. | | | À: Sayrus · 29 janvier 2012 à 1:36 Message 111 de 410 · Page 6 de 21 · 4 736 affichages · Partager Merci à tous.
Il faut donc que je continue... | | | À: Trois14 · 29 janvier 2012 à 1:45 · Modifié le 29 jan. 2012 à 13:21 Message 112 de 410 · Page 6 de 21 · 4 738 affichages · Partager En route vers Wragell. Passage à Petersburg
4h du matin sous la pluie. Le M/V Matanuska est à quai, nous pénétrons dans le ferry endormi.
Le garage est au 3/4 vide. Le commissaire de bord (qui avait été en charge des formalités d'embarquement) nous donne rapidement les clés de notre cabine. Celle-ci est de couleur vert militaire, particulièrement rustique. Les couchettes sont étroites. Un mouchoir de poche tient lieu de drap. Mais il y a bien un coin lavabo/douche/toilettes, et surtout elle est bien chauffée. Nous tombons de sommeil, elle fera tout à fait notre affaire. Nous ne reprendrons conscience que tard, en fin de matinée.
Le voyage se poursuit. La météo est toujours aussi détestable, le ciel toujours gris foncé, la visibilité réduite ; et surtout, il continue à pleuvoir, de manière ininterrompue. La zone est connue pour être très poissonneuse, nous croisons de nombreux petits bateaux de pêche.
Mais le temps passe agréablement pour moi dans le ferry, bien au chaud. Je reste dans l'ambiance en écoutant d'une oreille distraite la ranger de service, mais surtout en relisant " sous l'aile du grand corbeau", livre que m'a aimablement dédicacé au printemps dernier son auteur Emeric Fisset, lorsque nous nous étions rencontrés. Ce Français est un grand aventurier amoureux de l' Alaska. Il a réalisé le trajet que le ferry parcourt actuellement dans l' "Inside Passage". Mais il n'avait pas la même vision que nous, car c'est EN CANOE qu'il a relié Seattle au détroit de Béring, au raz des flots, luttant contre le vent, les courants de marée, la pluie et les chavirages. Je recommande vivement la lecture de ce livre, car il nous fait revivre son épopée, et nous raconte les nombreuses rencontres qu'il a faites, qu'il agrémente d'anecdotes passionnantes sur les lieux où nous croisons en ce moment, et sur la vie traditionnelle des indiens de la côte. J'essaye de repérer les caps qu'il a doublés, les plages où il a dormi... Je trouve ce livre largement de la trempe de ceux de Nicolas Vanier, plus authentique, même si ces derniers sont plus médiatisés.
Vers 15 heures, notre bateau ralentit. Nous arrivons dans les faubourgs de Petersburg.
Petersburg : (merci encore des info, monsieur ranger)
Le village est très isolé (aucune autre petite agglomération à 100 miles à la ronde). Il est situé en bordure d'un étroit canal maritime, peu profond, séparant Kupreanof Island et Mitkof Island, à l'écart des lignes maritimes importantes (le tirant d'eau est insuffisant). Depuis plus de 1000 ans, Petersburg est une communauté indienne Tlingit ; puis à la fin du 19ieme, la place est investie par des hordes d'immigrants norvégiens. En effet ici la pêche est près propice (halibut/flétan et saumon). Les icebergs issus d'un glacier voisin (le glacier Leconte) fournissent gracieusement et à volonté la glace nécessaire aux conserveries. C'est donc un coin rêvé pour des pêcheurs norvégiens. Moins de trois mille personnes vivent ici à l'année ; mais on y trouve treize églises, toutes de confession différente. Le revenu par tête d'habitant est élevé. Les indiens représentent aujourd'hui moins de 10% de la population. Les conserveries qui ont été construites vers 1900, fonctionnent toujours de nos jours à plein régime (même si aujourd'hui la glace est produite par l’électricité). Elles figurent parmi les plus importantes des Etats-Unis. Les racines norvégiennes de la ville sont soigneusement entretenues. Trois jours de fête sont célébrés chaque mois de mai autour du jour de l'indépendance de la Norvège. Mais les habitants sont bien tous citoyens américains. Autre particularité de l'endroit : c'est un lieu important pour de nombreuses baleines à bosse qui reviennent y passer l'été. Ceci a développé une petite industrie touristique.
L'escale du ferry dure une heure. Nous restons à bord. Mais, une fois n'est pas coutume, le port de ferry est situé en plein coeur du village, au centre de l'animation. Du quai, nous pouvons sentir la ville vivre. Mais la pluie redouble.
Première remarque : la pluie ne semble pas être une gêne ici. Pas de parapluie, pas d'imperméables. Il faut bien continuer à vivre, et il est évident que si on supporte mal la pluie, il vaut mieux habiter ailleurs.
Seconde remarque : tout ici tourne autour de la pêche. Partout des pêcheries, des quais où accostent les petits bateaux de pêcheurs, des conserveries...
Troisième remarque : le caractère typique norvégien de la ville est très visible. Les bâtiments sont en bois, sur pilotis, peints de couleurs vives. On pourrait sans peine s'imaginer dans un port norvégien des îles Lofoten. Comme si ce n'était pas suffisant, l'insigne viking est peint un peu partout, bien en évidence.
Enfin, notre bateau quitte le quai, pour un dernier rush avant Wrangell (encore 4h30 de mer). Le ferry emprunte alors une section particulièrement étroite et très peu profonde de l’Inside Passage, nommée Wrangell Narrows. Nous ne sortirons de cette zone qu'après plus de deux heures de route
La navigation doit être très précise, un marin s'installe à la proue du bateau pour guider le commandant par radio. Le chenal navigable est matérialisé par une multitude de balises rouges (bâbord) et vertes (tribord). Les marins nomment ce passage "the christmas tree", les feux rouges et verts formant une gigantesque guirlande de noël multicolore.
Puis le chenal finit par s'élargir. Nous distinguons quelques baleines (j'ai même entendu parler de bélougas), mais trop loin de nous pour que je puisse tenter de les photographier.
Enfin, toujours à l'heure, à 9h du soir, nous arrivons à Wrangell, notre étape du jour.
arrivée à Wrangell
- | | | À: Trois14 · 29 janvier 2012 à 2:07 · Modifié le 14 fév. 2012 à 19:38 Message 113 de 410 · Page 6 de 21 · 4 727 affichages · Partager WRANGELL
Il pleut toujours, nous débarquons rapidement, et trouvons sans peine le BnB que j'avais réservé. Logement riquiqui, logeuse franchement pénible, ce n'est pas terrible. Mais pour une seule nuit, cela ne nous posera pas vraiment de problème.
=+=+=+=+=+=+=+=
Le lendemain est un grand jour que nous attendons depuis longtemps : nous devons en effet passer une bonne partie de la journée au fameux observatoire des ours, à Anan Creek, mis en place par l’US Forest Service, dans la forêt de Tongass. L'excursion a été retenue avec " Alaska Waters". Le rendez-vous est fixé à midi. Aussi, après avoir confirmé notre réservation, nous disposons de la matinée pour découvrir calmement le village et ses environs.
WRANGELL : Fondé par les Russes sur un emplacement indien, Wrangell est situé sur une l'île qui porte le même nom. La ville vit aujourd'hui au rythme de la pêche, de l'exploitation du bois, et d'un tourisme léger. On trouve, un musée, le "Nolan Center Museum" qui fait revivre le passé amérindien des lieux ; on peut voir aussi de nombreux totems un peu partout dans le village, ainsi que des pétroglyphes... L'aspect touristique s'explique, d'une part par la proximité (60 km) avec Anan Creek, d'autre part par la Stikine River, rivière tumultueuse qui se jette à 10 km d'ici, plus au Nord ; les chercheurs de la ruée vers l'or ont bien tenté de maitriser la navigation sur ce cours d'eau pour rejoindre le Klondike (évitant ainsi la fameuse montée du Chikoot), mais ce fut un échec ; on y organise aujourd'hui des expéditions en kayak, ou en bateau à moteur.
Quant au village lui-même, il est assez typique et agréable. Il s'organise autour de Front Street, la rue principale, commerçante. Les autres rues sont le plus souvent en terre.
Mais il saute de suite aux yeux que les prestigieux bateaux de croisière ne fréquentent pas ce port. Les magasins sont tous utilitaires, jamais clinquants ou luxueux (impossible de trouver une carte postale). L'ensemble fait penser à un village très isolé, sans rien de surfait. Deux supermarchés de petite taille, moins luxueux qu'ailleurs aux USA, mais correctement achalandés, se font concurrence.
Le port de pêche est le centre actif du village.
Au milieu du port, une île, l’île du chef Shakes, abrite la maison tribale d'un chef indien Tlingit ; elle est reliée au rivage par une passerelle. Et près du port, sur Case Avenue, un ensemble avec de nombreux totems encadre la tombe respectée de "Chief Shakes V" (un ancien et très puissant chef Tlingit, qui avait rendu la vie des "envahisseurs" russes particulièrement pénible).
A deux km du village, près de l'aéroport (des vols réguliers Alaska Airlines relient Wrangell à Juneau au Nord, à Seattle au Sud) sur l'extrémité Nord de l'île, nous decouvrons une plage célèbre. Mais ne comptez pas vous y baigner.
Il s'agit du "Petroglyph Beach State Historic Park". Des pétroglyphes, en excellent état de conservation jonchent la plage. Ils datent d'avant la conquête russe. Mais il faut en faire la visite à marée basse, car sinon la mer recouvre tout, plage et pétroglyphes. Ils ne sont pas mis en évidence, et les repérer au milieu de tous ces rochers est un véritable jeu de piste. Ils représentent le plus souvent des animaux marins, ou des coquillages.
D'énormes framboisiers sauvages encadrent la plage. Les baies ici semblent être moins avancées qu'à Sitka.
Mais la matinée s'avance. Nous avons pris congé ce matin de notre BnB foireux. Aussi nous mangeons sur le pouce quelques fruits dans la voiture, puis rejoignons, peu avant midi l'hôtel Stikine, qui est le siège de la Cie " Alaska Waters".
La pluie s'est un peu calmée. Nous pouvons espérer une bonne après midi avec les ours.
- | | | À: Trois14 · 29 janvier 2012 à 2:37 · Modifié le 6 fév. 2012 à 1:53 Message 114 de 410 · Page 6 de 21 · 4 714 affichages · Partager Vers Anan Bear and Wildlife Observatory
Nous nous dirigeons vers notre bateau, accosté au ponton de l'hôtel.
Nous serons huit passagers sur cette vedette rapide, plus le guide conducteur.
Je discute avec le couple assis en face de moi, à l'allure sportive. Ils finissent par me demander si nous avons aussi des ours en liberté en France. Je lui explique que l'administration essaye d'en réintroduire dans les Pyrénées, mais que c'est difficile car cela déplait aux paysans et aux chasseurs, qui les tuent régulièrement. Ils sont à juste titre outrés, mais nous passons encore pour des barbares rétrogrades ; cela jette un froid, et nous pensons nous être définitivement brouillés avec eux. La suite nous prouvera que non (voir quelques messages plus loin...)
Le voyage, cerné par la Tongass Forest, dure une grosse heure. Heureusement, le bateau est bien chauffé. Mais pas de chance, la pluie est à nouveau présente.
Nous débarquons finalement sur une petite crique.
Un chemin s'enfonce dans la forêt et domine la mer.
Notre guide, super équipé (pistolet et bombe à poivre à la ceinture, radio) nous prodigue les recommandations de base ; il nous demande en particulier de rester pour le trajet en groupe très compact autour de lui vu la présence de nombreux ours parfois agressifs. Puis nous nous engageons sur le sentier. Cent mètres plus loin, nous parvenons à une petite guérite. Une ranger de l'US Forest Service (elle-même également bien armée) nous attend, vérifie avec soin la validité de nos autorisations (seulement 50 permis par jour sont attribués pour Anan Creek, mais j'avais fait le nécessaire pour obtenir les nôtres plus de six mois à l'avance). Elle exige aussi que nous signons une décharge de responsabilité (tout se passera bien avec les ours, mais au cas où...).Enfin, nous avons droit (pour ceux qui n'auraient pas bien écouté le speech de notre guide) à un deuxième topo détaillé sur les précautions à prendre, et les instructions à absolument respecter.
notre guide, armé
n'entre pas qui veut !
Notre groupe, bien discipliné et pas plus tranquille que ça, reprend alors la progression dans la forêt épaisse. Le sentier est le plus souvent constitué d'un caillebottis en bois, ce que nous apprécions, car il pleut. Nous avons environ un mile à parcourir avant d'atteindre l'observatoire.
Nous longeons un ruisseau, Anan Creek, plus large vers son embouchure. Des Pygargues à tête blanche (des Bald Eagles, autrement dit des aigles chauves –l'emblème américain-) survolent en nombre la rivière.
un bald eagle
des dizaines de bald eagles.
La forêt arctique ne ressemble-t-elle pas parfois à la forêt tropicale ? Mais la température ambiante se charge de nous rappeler que nous sommes toujours en Alaska.
Nous longeons toujours le ruisseau, mais il se rétrécit.
toujours des aigles
encore des aigles
Soudain, à dix mètres de nous, un grizzly solitaire pêche. A Anan Creek, grizzlys et ours noirs cohabitent, mais ne se mélangent pas ; les grizzlys sont dominants et respectés, mais ils sont tellement moins nombreux.
Enfin, nous parvenons au "saint des saints", l' Anan Bear and Wildlife Observatory". Le ruisseau ne fait plus que trois ou quatre mètres de large. Des personnes du matin sont encore sur place, mais dès 15h elles quitteront la place, nous en laissant l'exclusivité jusqu'à la fin de l'après midi. Nous ne nous rendons même plus compte qu'il pleut toujours. Et nous ne verrons pas le temps passer.
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- | | | À: Trois14 · 31 janvier 2012 à 23:49 Message 115 de 410 · Page 6 de 21 · 4 639 affichages · Partager Encore un arrêt juste avant les ours  ! Quel suspens !!!!! | | | À: Trois14 · 2 février 2012 à 7:32 · Modifié le 2 fév. 2012 à 8:22 Message 116 de 410 · Page 6 de 21 · 4 618 affichages · Partager bonjour et bravo!
Je rouvre avec grand plaisir le feuilleton de votre voyage en appréciant disgressions pertinentes, autant que le simple ''livre de bord''. On se paye vraiment une immersion dans le Pacific NORTHWEST, la dernière frontière... (avec le Nord tout court) du continent sous diverses facettes...en touchant à son authenticité, sa rudesse, sa leçon de vie.... un 'pays d'hommes' (!) disait un ancien collègue originaire d'Anchorage mais qui vivait en B.C.
Et pour moi, au fil de la lecture, reviennent ici et là des réminiscences de mes années dans le Nord Ouest, pérégrinations basées à Vancouver....d'oû le bavardage qui suit:
sur les ours...de Brooks River et de Anan
on ne se lasse pas de voir les ours... on a beau en avoir vu, revu dans la nature ; suivre les reportages animaliers de toutes origines on trouve toujours le même intérêt surtout pour les oursons... quoi de plus craquant qu'une paire d'oursons jouant ou qu'une petite famille. Comme celle que tu as suivi de l'objectif pendant un temps. Difficile à croire que le même animal peut devenir un fauve tueur !
Je n'ai jamais eu l'occasion de me rendre sur la Brooks River (ni à Anan d'ailleurs) mais en voyant les photos de Brooks je me dis que çà aurait valu la peine.. çà bouge dans tous les sens et çà grignote au buffet dressé en visant les meilleures places... ne jurerait-on pas que l'on assiste à un colloque...d'experts !
Dans la fascination historique de l'homme pour l'ours il y a certainement une part des choses liée à des attitudes communes aux bipèdes et aux plantigrades. Je me suis amusé à décliner cet air de famille à l'aide du web... çà donne çà :
Getty photo
| | | À: Trois14 · 2 février 2012 à 7:43 Message 117 de 410 · Page 6 de 21 · 4 611 affichages · Partager | | | À: Cochize · 2 février 2012 à 12:04 Message 118 de 410 · Page 6 de 21 · 4 574 affichages · Partager Bonjour, Sympas ces parallèles ! Ne le prenez pas mal, ceci n'est pas une critique, mais un simple constat : nous avons ici un exemple frappant de notre anthropomorphisme (je n'y échappe pas !). Nous voyons le plus souvent les animaux sauvages au travers de ce phénomène, largement entretenu par les films animaliers diffusés depuis des lustres (encore aujourd'hui "Félins" de W Disney). Et je partage ce sentiment, les oursons sont terriblement craquants. Pourtant ils ne ressemblent en rien à nos enfants. Regardez ci-dessous cet ourson (photos prises par mon épouse). Imagineriez vous l'un de nos chérubins se "balader" ainsi avec une telle blessure ? Mais celui-ci n'a probablement pas survécu... Très cordialement. Images attachées: | | | À: Cheechako · 2 février 2012 à 12:54 Message 119 de 410 · Page 6 de 21 · 4 569 affichages · Partager nous avons ici un exemple frappant de notre anthropomorphisme (je n'y échappe pas !). Nous voyons le plus souvent les animaux sauvages au travers de ce phénomène, largement entretenu par les films animaliers diffusés depuis des lustres
bonjour  ,
je ne prends pas du tout mal  car c'est tout à fait exact ce que vous dites y compris l'allusion à l'influence de Walt Disney dont déjà des chasseurs de générations précédentes y compris dans ma propre famille me disaient que Walt Disney avait contribué à les déconsidérer auprès de certains publics et à les rendre un peu honteux  . je note cependant que la manière dont beaucoup de sociétés regardaient l'ours semble bien antérieure à notre oeil moderne, au Teddy Bear de Roosevelt et au prisme de nos médias et que cet animal semble avoir toujours beaucoup de succès, même vis à vis de la plupart des publics
bien amicalement | | | À: Cochize · 2 février 2012 à 19:18 Message 120 de 410 · Page 6 de 21 · 4 538 affichages · Partager Bonsoir, Oui vous avez raison, mais l'ours n'était pas seul, il partageait ce statut avec le loup, l'aigle, le grand corbeau (notamment chez les amérindiens) et d'autres, qui n'ont pas reçu eux (et loin s'en faut pour le loup) dans nos sociétés "modernes" cette image valorisante. Peut-être que je me trompe, mais je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'enfants à s'endormir avec un loup, un aigle ou un corbeau en peluche dans leur lit. Il faudrait déjà qu'ils - ou plutôt leurs parents - en trouvent ! Bonne soirée. Bonne soirée également à Trois14. Bien cordialement. | Carnets similaires sur l'Amérique du Nord: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 7 844 visiteurs en ligne depuis une heure! |