Nous avons passé dans l’ensemble un très bon séjour avec cette agence. Joli parcours du nord au sud du
Laos, conditions excellentes et belles rencontres en perspective.
Voici un extrait du journal de bord de notre voyage:
« Assis à l’ombre et sirotant un thé glacé sucré, nous nous reposons de notre journée de visite de
Luang Prabang. Derrière nous, le vieux ventilateur poussiéreux semble tousser ; il brasse l’air chaud et humide avec effort mais à le mérite de nous rafraichir un peu. Les paroles de notre guide résonnent encore dans notre tête. Quand il parle, c’est toujours avec calme et retenue comme la vielle dame qui nous a vendu les boissons, quand je l’écoute, je me dis que j’aime beaucoup le laotien ; c’est une langue reposante mais secrète car on l’écoute comme une musique dont on ne comprendrait pas la moindre note de la partition. Du fait de l’alphabet, elle reste un mystère impénétrable pour les gens de passage comme nous. Ce n’est qu’une mélodie éphémère qui s’évanouit une fois joué.
La journée fut riche, j’ai aimé les temples
Vat Xieng Thong
et Vat Mai, les plus beaux du monde selon notre guide (sic). Surtout le Vat Mai, construit dans le plus pur style de
Luang Prabang. Il a la particularité de posséder une véranda décorée à la feuille d’or et présente des scènes du Ramayana (création du monde selon l’Hindouisme et Bouddhisme) et des scènes de la nature du
Laos. Le sanctuaire dans un décor rouge et or se compose d’un autel principal carré ou sont disposé des bouddhas d’une multitude de couleurs étincelantes. Deux lignes de colonnades délimitant l’autel viennent donner davantage de profondeur à l’ensemble.
Perdus dans nos pensées, nous restons là, profitant du spectacle que nous livre la rue : En face, un jeune homme passe avec un blouson mais comment fait-il pour le supporter par cette chaleur ! Sur la gauche un groupe de collègues de travail discutent fumant cigarette sur cigarette. Sur notre droite, un vendeur de fruits est occupé à ranger ses caisses alors que la dame qui semble être sa femme sermonne de jeunes enfants. Tout semble parfait et immuable, nous sommes bien.
C’est à ce moment qu’une petite fille de huit ou neuf ans à l’air sérieux et décidé vient se mettre juste en face de nous et commence à nous fixer... Interloqués, nous nous demandons ce qu’elle veut, peut être nous dire bonjour en anglais... aucune réponse. En laotien... aucune réponse. Elle continue de nous scruter, imperturbable, face à nous. Avons-nous une mine si fatiguée que ça pour être l’objet d’une telle intention ? Certes nous ne sommes pas vaillants et avons connu des années plus vigoureuses, mais la simple évocation d’un voyage au
Laos suffit largement à nous faire regagner notre entrain. Nous sortons de notre sac notre lexique de laotien imprimé à la va-vite la veille de notre départ, un tas de feuilles volantes mélangées et pliées dans tous les sens. J’essaye de bredouiller quelques mots pour voir sa réaction, sans grand succès. Mon lexique est-il bien du laotien ? Est-elle bien laotienne ? Nous continuons à nous regarder sans nous comprendre. Combien de temps cela a-t-il duré ? Je ne sais pas.
Quand tout à coup, elle passe à l’action et montre du doigt le ventilateur... Voici donc l’objet de sa convoitise, nous comprenons enfin. Elle voulait s’assoir comme nous pour profiter de la fraicheur du vieux ventilateur. C’est ainsi que nous eûmes notre première invitée laotienne assise entre nous deux, prononçant et épelant sérieusement les mots de laotien que nous lui montrions, elle était la maitresse, nous étions ses élèves. Et tandis que le soir commençait à tomber dans les rues de
Luang Prabang, derrière nous, le vieux ventilateur poussiéreux continuait de tousser et hocher de la tête sans discontinuer, pour notre plus grand plaisir. »
A S