| "Pour" ou "contre" le tourisme humanitaire: est-ce une question à se poser? Kaoma · 7 mars 2016 à 23:35 6 messages · 2 participants · 1 235 affichages | | | | 7 mars 2016 à 23:35 "Pour" ou "contre" le tourisme humanitaire: est-ce une question à se poser? Message 1 de 6 · 1 235 affichages · Partager Le "pour" et le "contre" sont entre guillemets car ça sonne très manichéen alors qu'en réalité je souhaite seulement échanger avec des défenseurs des voyages humanitaires autant qu'avec ceux à qui cette idée pose problème. Sachez que je ne fais pas de jugement de valeur quelle que soit votre opinion, j'ai juste envie de vous partager ma réflexion (non aboutie) à ce sujet afin d'avoir des retours constructifs, positifs ou négatifs, pour pouvoir la perfectionner voire changer d'avis, bref, échanger.
J'ai constaté qu'il y a pas mal de personne pour qui le voyage humanitaire n'est pas si "sain" qu'il n'y parait car, entre autre, les voyageurs dans l'humanitaire ne se poseraient pas les bonnes questions, notamment "est-ce que je le fais parce que j'ai vraiment envie d'aider mon prochain ou est-ce que je le fais pour ma conscience/mon égo?". Cela m'a provoqué une remise en question, et j'en suis arrivée à la conclusion qu'effectivement, beaucoup de voyageurs dans l'humanitaire témoignent d'un besoin de se sentir utile, certains assument qu'ils font cela aussi pour voir une autre culture, ou des gens dans le besoin afin de provoquer une prise de conscience/recul, grandir, etc. J'ai donc commencé à pencher vers cette vision des choses, à me dire qu'effectivement, cela relève inconsciemment plutôt d'une intention égoïste qu'une intention purement "bonne".
Seulement, je n'ai pas pu m'empêcher d'y réfléchir plus profondément et je m'apprête à vous exposer mon avis purement subjectif, et j'aimerais que vous n'y voyez pas une leçon de morale pour ceux qui pensent différemment, au contraire je préfère débattre avec des gens qui ne sont pas d'accord plutôt qu'avoir conversation consistant à se brosser mutuellement dans le sens du poil. Suite à cela, donc, je me suis dis qu'effectivement les intentions ne sont pas forcément celles escomptées, notamment plus ou moins inconsciemment par la personne en voyage elle-même. Mais est-ce réellement un problème? Étant passionnée par la psychologie, j'ai une forte tendance à penser que le "mental" est tout aussi important que le "physique". Autrement dit, pour moi une personne dans le besoin physiquement parce qu'elle n'a pas assez à manger, ou parce qu'elle a une blessure/maladie physique etc., a autant besoin et surtout mérite autant d'aide qu'une personne qui a une blessure/maladie mentale. Autrement dit, pour moi une personne qui va faire un voyage humanitaire parce qu'elle en a besoin psychologiquement, que ce soit dans le but de grandir, de faire des rencontres parce qu'elle se sent seule/incomprise dans son pays ou même juste de voir d'autres paysages qui la sortent de la routine de sa vie, tout en essayant d'aider sa conscience à aller mieux en apportant quelque chose (matériel ou pas, infime ou pas) à son prochain, mérite finalement cette aide qu'elle s'apporte à elle-même autant que peut le mériter une personne jugée réellement dans le besoin de par la gravité apparente de sa situation. On a le droit de penser qu'il faudrait d'abord aider les associations qui sont en France avant de partir faire du tourisme humanitaire, mais je pense qu'il faudrait d'abord laisser les gens s'aider eux-même lorsqu'ils en ont besoin. C'est vrai que c'est important d'amener les regards sur les personnes qui sont dans le besoin autour de nous, et à mon sens ces voyageurs-là en font partie, à une échelle différente mais pas moins réelle. Évidemment quand je dis "ces voyageurs-là", je parle de ceux qui entreprennent un voyage humanitaire dans un but majoritairement personnel, puis humanitaire (inconsciemment ou pas).
Aussi je me suis dis que finalement, même si il est vrai que c'est égoïste dans un sens, c'est pas dans le mauvais sens. Il faut savoir faire des choses pour soi, quand elles nous permettent de se sentir mieux et que ça ne met pas en péril le bonheur/santé/vie en générale de quelqu'un d'autre. Dans ce cas précis, ça apporte même aux autres. Pour moi, dans tous les cas, que ce soit pour se sentir mieux, découvrir une autre culture ou désirer sincèrement aider son prochain, c'est une bonne intention. Je préfère voir un jeune essayer de faire de l'humanitaire, même maladroitement, plutôt que de s'embarquer dans quelque chose qui serait nuisible. D'ailleurs, pour le côté "maladroit" d'envoyer des personnes sans diplômes ou aptitudes particulières dans l'humanitaire, je n'ai volontairement pas abordé ce point parce que mon avis n'est pas encore réellement fait là-dessus, mais ça n'empêche absolument pas d'en parler ensemble, ça m'intéresse.
Ceci dit, il est possible que de nombreux côtés des voyages humanitaires m'échappent étant donné que je n'en ai pas fais l'expérience. Je suis ici justement pour en parler et apprendre avec vous.
Je vais m'arrêter là car ça commence déjà à faire un peu long à lire, et j'espère avoir l'occasion d'approfondir tout cela avec vous. | | | À: Kaoma · 8 mars 2016 à 16:34 Re: "Pour" ou "contre" le tourisme humanitaire: est-ce une question à se poser? Message 2 de 6 · 1 218 affichages · Partager oui, bon  .... les populations concernées ne sont pas des thérapeutes destinés à gommer nos petits malaises existentiels (ou plus graves).... je trouve cette élément de réflexion particulièrement malsain.
pour le reste, tout a deja été dit sur le sujet. perso je suis tout à fait contre.
cdlt | | | À: Cambrousse · 8 mars 2016 à 18:14 · Modifié le 8 mars 2016 à 19:23 Re: "Pour" ou "contre" le tourisme humanitaire: est-ce une question à se poser? Message 3 de 6 · 1 213 affichages · Partager oui, bon  .... les populations concernées ne sont pas des thérapeutes destinés à gommer nos petits malaises existentiels (ou plus graves).... je trouve cette élément de réflexion particulièrement malsain.
pour le reste, tout a deja été dit sur le sujet. perso je suis tout à fait contre.
cdlt
J'ai dû mal m'exprimer, parce que ce n'était pas ce que je voulais dire par là. Effectivement, ce ne sont pas à eux à soigner les mal-être de ceux qui viennent. Je parle du fait-même de voyager et d'aider l'autre, qui peut avoir des propriétés thérapeutiques pour certains. Est-ce que vous pouvez développer votre pensée pour le côté malsain? Je pense que ce que vous voulez dire par là c'est que c'est malsain d'utiliser la misère des autres pour s'aider soi-même, ce que je comprends. Or je ne vois pas cela comme une utilisation de la misère, ou d'en profiter à des fins personnelles, mais plutôt comme un échange. Ils aident les autres, et cela les aide aussi. Pourquoi est-ce bien vu d'aider les autres mais malsain de s'aider soi-même (sans faire de mal autour, j'entends. Et surtout quand c'est le fait de faire de bien autour de soi qui les aide)? | | | À: Kaoma · 8 mars 2016 à 22:31 Re: "Pour" ou "contre" le tourisme humanitaire: est-ce une question à se poser? Message 4 de 6 · 1 197 affichages · Partager s'aider soi même n'a rien de malsain, c'est même la condition première à toute amélioration de son état.
je comprends votre idée de donnant-donnant, en quelque sorte, mais deux misères (quelles qu'elles soient) ne s'annulent pas entre elles, elles ne font que s'ajouter. Pour vraiment aider l'autre, il faut de mon point de vue ne pas trop trainer de mal-être avec soi.
rien n'est absolu, bien sur, et tous nous recueillons toujours quelques "bénéfices" secondaires de ces actions (estime de soi, valorisation de l'acte ect), de là à les ériger en théorie justifiant nos actions, il y a un pas que je ne franchis pas.
bon, je ne suis pas anthropologue ni thérapeute de quoi que ce soit.... ce ne sont que de fortes intuitions et le fruit des expériences de ma vie.
en ce qui concerne "l'humanitaire" en Afrique, depuis le temps que les occidentaux partent creuser des puits, construire des écoles et autres électrifications de village, si cela avait amélioré la situation de ces pays, ça se saurait. c'est un puits sans fond, qui fait vivre sous perfusion des populations qui parfois, je l'ai vu, n'imagine rien d'autre que d'attendre ces aides. et qui souvent en abusent quand elles arrivent, y'a toujours des petits malins qui en profitent largement, les autres ont les miettes.
c'est dur ce que je dis, mais partez, et vous verrez. Et aussi vous verrez des gens qui cherchent à s'en sortir sans nous et qui sont surement plus l'avenir de leurs pays que nous, nos pauvres interventions, et leurs dirigeants véreux à la solde de nos dirigeants à nous.
c'est passionnant l'Afrique (je ne connais pas les autres continents), mais vous verrez sur place ce qu'est cet humanitaire dont vous parlez (le tourisme humanitaire).
allez vivre et loger dans les petites auberges tenus par des locaux, allez manger dans la rue, les maquis, allez vous balader dans les marchés, les foires agricoles, prenez les bus, les taxis brousses, arpentez les villes et villages, tranquillement, sans passer en coup de vent : vous participez à votre niveau à l’économie locale, vous entrez en relation avec les gens sans le filtre de "je viens vous aider", ça change tout.
et en plus, si vous étiez en "malaise" quelconque, vous rentrez avec de merveilleuses images, le souvenirs de belles rencontres, de grandes discussions, et ho que ça fait du bien. 
cdlt | | | À: Cambrousse · 9 mars 2016 à 1:03 Re: "Pour" ou "contre" le tourisme humanitaire: est-ce une question à se poser? Message 5 de 6 · 1 191 affichages · Partager Je suis totalement d'accord avec vous sur le principe que le fait seul de partir aider ne pourra pas "guérir" le mal-être d'une personne si elle ne fait pas de travail sur elle à côté. Si le but est de fuir ses problèmes au lieu de les régler, clairement ça ne marchera pas. Mais si c'est quelque chose qui peut les aider dans leur travail sur eux, personnellement ça ne me dérange pas.
Pour l'humanitaire, il est vrai que ça ne change pas le monde, mais je pense (j'espère?) que ceux qui partent en ont conscience, il essaient d'aider à leur échelle, je pense que c'est un peu dans la même mentalité que pour tout ce qui est recyclage etc., c'est-à-dire qu'on sait pertinemment que ce n'est pas parce qu'on va mettre cette brique de lait dans une poubelle différente que ça va sauver la nature, mais c'est pleins de petites actions comme celle-là qui, assemblées les unes aux autres, nous font faire un petit pas qui tend vers cela. Malheureusement c'est tout ce que nous pouvons apporter à notre échelle, nous ne détenons pas les pouvoirs nécessaires pour tout changer, nous n'en avons qu'un petit, mais je trouve ça bien d'avoir envie de l'utiliser. Je suis d'accord avec les personnes qui disent que ça leur apporte de la joie aussi, pas seulement des choses matérielles, et une personne avait répondu à cela que lorsqu'on fait un voyage humanitaire on ne sert à rien sur place, et que de la joie ils en ont déjà sans nous. Ce qui est vrai, ils arrivent à être heureux sans nous et heureusement d'ailleurs, mais ceci est vrai pour chaque personne que l'on rencontre dans nos vies... Chacune des personnes que l'ont a rencontré, y compris notre famille, a réussi à vivre sans nous, à être heureuse sans nous, à avoir de la joie sans nous. Et si nous ne les avions pas rencontrées, elle auraient continué à avoir des moments de joie sans nous. Mais pour chacun de nous, ça n'a pas empêché nos rencontres de beaucoup nous apporter (certaines plus que d'autres, c'est sûr) dans les deux sens, et je ne pense pas que parce qu'ils ont déjà des moments de joie il est inutile de leur en apporter un peu plus. Après, là je parlais de "tourisme" humanitaire pour reprendre le mot que j'avais vu plusieurs fois, mais en réalité quand je dis tout ça je parle des voyages humanitaires organisés par de vraies associations sincères et honnêtes, pas des voyages organisés par des agences où, pour le coup, le mot "tourisme" prend tout son sens puisqu'ils proposent des ballades guidées ou ce genre de choses, et un peu d'humanitaire à côté. Je ne cautionne pas ça, et là par contre je suis d'accord pour mener un combat contre ces personnes qui profitent non seulement de la misère, mais aussi de la bonté et naïveté des voyageurs.
Pour ce qui est de voyager de la manière dont vous le dites, j'ai justement pris ma décision récemment d'enfin le faire (c'est d'ailleurs grâce à ça que j'ai découvert ce forum) et effectivement, je suis d'accord, je préfère de loin voyager de cette manière-là que dans un voyage humanitaire, mais j'essaie juste de comprendre un petit peu les deux "camps" parce qu'avant de me renseigner et tomber sur ce forum, je n'avais jamais vu personne dire qu'ils étaient contre les voyages humanitaires (je n'ai pas un entourage très porté sur le sujet aussi, c'est sûrement pour cette raison) donc dans un premier temps cela m'a étonnée, puis donnée envie d'y réfléchir. | | | À: Kaoma · 9 mars 2016 à 10:31 Re: "Pour" ou "contre" le tourisme humanitaire: est-ce une question à se poser? Message 6 de 6 · 1 176 affichages · Partager bien sur qu'il y a du bonheur dans la rencontre avec l'autre.... du bonheur, de l'intérêt partagé pour l'autre, ect.... sinon, on ne voyagerait pas je pense (enfin moi, s'il n'y avait que les paysages, je mourrais d'ennui très vite). Se frotter à "l'autre" et à sa culture, accepter l'échange et l'altérité aussi, quelle richesse !
mais ça n'a rien avoir avec l'humanitaire, c'est pour moi le courant de la vie même.
c'est moi qui ai fait cette réponse à ce "blog" vantant les mérites d'un séjour "humanitaire"  ... de 15 jours, à quelqu'un qui y écrivait : "je n'ai rien apporté, j'ai eu l'impression d'un hold up, c'est moi qui suis repartie plus riche" (à la louche, de mémoire)
je vous souhaite de beaux voyages, de belles rencontres, les occasions de donner un coup de mains ne manqueront pas, et vous verrez que c'est alors toute autre chose.
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