Avant de bientot conclure ce concours...
Un peu d’histoire
Si les cartes et atlas vous passionnent, peut-être avez-vous déjà remarqué que la côte australienne, particulièrement celle à l’ouest du continent, est parsemée de noms français. Entre le Golfe Joseph Bonaparte au nord, le Parc National François Péron au milieu et la ville d’Esperance ou l’Archipel de la Recherche au sud, on en compte plus deux cents en
Australie Occidentale. Cette abondance montre clairement l’intérêt et l’activité des navigateurs/explorateurs français pour cette partie du monde.
Si les Portugais et les Hollandais (particulièrement Frederick de Houtman en 1619 et Willem de Vlamingh en 1696) ont été les premiers Européens à découvrir et explorer la côte occidentale et à passer le Cap Leeuwin (
le point le plus au sud-ouest de l’Australie), ils ne sont jamais attardés trouvant l’endroit trop inhospitalier.
En 1771, avec la permission de Louis XV, deux navires (le
Fortune et le
Gros-Ventre respectivement commandés par De Kerguelen et Saint Alouarn) partent à la recherche des mystérieuses Terres Australes évoquées par de précédents navigateurs. Une tempête sépare les deux navires au large des iles... Kerguelen. De Kerguelen baptise l’archipel et rentre en
France persuadé d’avoir touché le jackpot. Saint Alouarn, par contre, poursuit son expédition et cartographie avec une grande précision la côte occidentale de l’
Australie.
En Mars 1772, il pénètre dans
Shark Bay (
déjà explorée par de Vlamingh) et descend à terre. Il en profite même pour annexer les lieux au nom du Roi de
France... en mettant deux écus à l’effigie du Roi de
France dans une bouteille, au pied d’un arbre.
(Les fameux écus seront retrouvés en 1998 !).Hélas, Saint Alouarn meurt à son retour, à l’Ile
Maurice. Ses travaux et les résultats de son expédition (et l’annexion) resteront sans suite... le Roi ayant d’autres soucis.
Le 19 octobre 1800, l’expédition Baudin, commanditée par Napoléon pour vérifier les découvertes de Saint Alouarn faites trente ans plus tôt, part du Havre avec deux vaisseaux, le
Géographe et le
Naturaliste commandés par Nicolas Baudin et son second Emmanuel Hamelin. Vingt-trois scientifiques spécialistes dans les domaines aussi variés que l’astronomie, la botanique, la zoologie, la minéralogie, l’horticulture et la géographie accompagnent l’expédition.
Le 31 Mai 1801, les vaisseaux jettent l’ancre à
Geographe Bay où ont lieu les premiers contacts avec les Aborigènes. Les deux navires explorent séparément la côte du Cap Leeuwin jusqu’au Golfe Joseph Bonaparte et explorent particulièrement
Shark Bay mais aussi, en Juin 1801, la rivière des Cygnes (
Swan River) (
la rivière qui coule à Perth) à la recherche d’eau potable.
L’embouchure étant fermée par un banc de sable, des canoés sont donc utilisés pour remonter la rivière. Bien que les Hollandais avaient exploré la rivière en 1697, ils n’étaient pas allés plus loin que l’endroit où se trouve
Perth aujourd’hui. Louis de Freycinet et François Hérisson remontent beaucoup plus loin et surtout cartographient la rivière très précisément. Une petite ile en face de
Perth porte d’ailleurs son nom (
légèrement modifié) :
Heirisson Island.
Le
Naturaliste rentre en
France le premier et rapporte une importante collection de flore et faune (200000 spécimens collectés dont 2542 jusque-là inconnus). Pour la première fois des animaux vivants sont ramenés en
France et ils formeront un petit zoo australien au palais d’été de l’Impératrice Joséphine à Malmaison.
Le
Géographe poursuit l’exploration jusqu’en 1803. Sur le chemin du retour Baudin meurt (comme Saint Alouarn) à l’Ile
Maurice. Le compte-rendu et les cartes de l’expédition sont publiés en 1807. Là encore ils restent sans suite, l’Empereur étant trop occupé à envahir l’Europe...
Les Anglais, établis depuis 1788 à
Botany Bay et à
Port Arthur en
Tasmanie, craignant que les Français installent une colonie pénitentiaire à l’ouest, précipitent la création d’une colonie sur la côte occidentale. La
Swan River Colony est déclarée le 2 Mai 1829 et met fin aux éventuels espoirs français de s’implanter en
Australie.
De cette aventure, il ne reste donc que des noms sur des cartes... et ce buste de Baudin dans un petit parc de la ville situé près de la
Swan River, en face d’
Heirisson Island. Souvent, quand je passe devant cette statue, je me demande ce que penserait Baudin, s’il pouvait voir ce qu’est devenu, deux siècles plus tard, ce petit bout
down under !
Deux documentaires (
in English) relatent la course à la découverte entre le navigateur français Baudin et le navigateur anglais Flinders :