Lundi 17 Mai :
Après une bonne nuit de sommeil peuplée de formes fantasmagoriques tout droit issues de notre imaginaire titillé par les découvertes récentes, nous sommes debout vers les 7 heures. Après nous être restauré à notre hôtel, Hampton Inn très correct, et après quelques courses au Wall Mart, nous reprenons la route vers les 10h50. Mais au lieu de prendre la route classique nous bifurquons par une très belle route secondaire qui nous mène dans un premier temps au « Shiprock », monument sacré que les indiens navajos appellent le rocher ailé, aussi connu comme étant « la maison du coyote ».
Certains l’assimilent à un oiseau géant qui transforme les ennemis des Navajos en pierre. Une légende parle de « chasseur de monstre » le fils du dieu soleil qui grâce aux flèches de lumière de son père terrassa deux monstres oiseaux adultes. Il fit ensuite tourner les deux enfants de ces monstres autour de sa tête et créa ainsi l’aigle et le hibou pour les générations du « peuple à cinq doigts ».
En repassant dernièrement les photos de notre périple de l’an passé qui nous avait fait traverser
Monument Valley, nous avons été frappé de constater de grandes similitudes avec le rocher ci-dessous nommé Agatha, situé à l’entrée nord de ce parc.
Et effectivement, si vous cherchez quelques infos sur le net, vous verrez que ces deux formations rocheuses, pourtant éloignées de 120 Km, ont eu le même type de processus de formation : il y a 30 millions d’années de multiples évènements volcaniques ont touché cette région des
Four Corners (
Arizona-
Utah-
Colorado-
Nouveau-Mexique) créant des cônes volcaniques dont ces deux imposants massifs. On pense que Shiprock était alors enfoui près de 1000 mètres sous terre. Il aura donc fallu près de 30 millions d’années de patiente érosion pour découvrir ce cône volcanique de près de 550-600 mètres de haut et de 500 mètres de diamètre. Proche de ce cône volcanique se trouve un mur formé par la lave échappée des fissures durant l’éruption, mur également révélé par l’érosion.
Ce mur vu de "derrière" m'a vraiment fait penser à un dragon endormi...cracheur de lave bien sûr!!!
Nous prenons la piste qui quitte la route principale et qui mène au pied de cette formation rocheuse, piste longue de près de 6 Km. Mais elle est terriblement abîmée par les engins tout terrain des navajos et il nous faut près de 40 minutes pour parcourir 4 km...pressés par un horaire bien établi nous préférons prendre quelques clichés déjà bien sympathiques et rebrousser chemin...À 12h15 nous sommes de retour sur la route...
En continuant sur la « Indian service road 13 », nous croisons d'autres rochers immenses, disséminés sur les bords, témoins de ces ages géologiques tourmentés, mais qui finissent aussi par considérablement rallonger notre temps de conduite, du fait du grand nombre d’arrêts photos !!!
Après un début d’ascension des monts Chuckai, bien connus par Jacqueline/bastinj mais sous la neige, nous faisons notre pause casse croûte vers 13h30 avec une vue aérienne splendide de ce que nous venons de traverser.
Nous redescendons ensuite par une route sinueuse incroyable jalonnée de murailles de roches rouges...à couper le souffle!!! En regardant sur Google Map on s’aperçoit d’ailleurs aujourd’hui que nous étions dans la région de la Red Valley...C’était donc cela !!
À peine redescendus (il est 14h15), et c'est la rive nord du
Canyon de Chelly et donc plus précisément le canyon del Muerte qui nous attend en premier. Le
Canyon de Chelly, d’abord habité par les Indiens Anasazi puis par les
Navajo, a également été le témoin des nombreuses batailles que ces derniers ont mené contre les Espagnols puis contre les Américains...Mais aussi une de leur dernière grande défaite contre les troupes menées par Kit Carson.
Premier arrêt 14h50 au site de Massacre Cave : l’histoire raconte qu’en 1805, alors que les hommes étaient partis à la chasse, les Espagnols profitèrent de cette absence pour attaquer les femmes, enfants et vieillards. Les Indiens pourchassés trouvèrent refuge dans ce site situé sur les parois du canyon à plus de 300 mètres de haut. Mitraillés par les Espagnols perchés sur le bord du canyon 115 Navajos furent tués dans cette attaque. Certains Espagnols tentèrent même de descendre dans cette alcôve mais une courageuse Indienne pour protéger ses enfants agrippa un soldats et se jeta dans le vide avec lui...d’où le nom
navajo de cet endroit « la place où deux sont tombés ».
Sur ce site, nous apercevons nos premières ruines d’habitations Anasazi, et la sensation est immédiate...un grand frisson confirmé par un vent très frais qui souffle fort en ce début d’après-midi...
Près de cet endroit se trouve Mummy Cave un autre lieu: aussi appelé la maison sous le rocher, cet endroit fut certainement le site occupé le plus longtemps par les Anasazi (pendant près de 1000 ans !!!). Les observations ont montré que les dimensions et le type de maçonnerie de la tour centrale se rapprochaient de celles de la
Mesa Verde, ce qui indiquerait une migration de certains Indiens de la
Mesa Verde vers 1280.
Notre troisième arrêt se nomme Antelope house overlook : les indiens navajos se servirent de cet emplacement, qui marque la jonction entre les canyons del Muerto et
Black Rock, pour se défendre contre les envahisseurs Espagnols –dans un premier temps- pendant près de 100 ans (à partir de 1750). Ces rochers formaient effectivement une véritable forteresse naturelle, un refuge inaccessible pour leurs ennemis.
Les Indiens Navajos arrivèrent dans le
canyon de Chelly vers 1700 soit près de 400 ans après le départ des Anasazi de ces mêmes lieux. Pour ces fermiers semi nomades, connus pour leurs élevages de moutons, leurs couvertures de laine finement tissée et leurs champs de maïs, cet endroit fournissait à la fois un emplacement idéal pour les cultures et l’élevage mais aussi une protection contre leurs ennemis.
Du haut de ce point de vue, on peut distinguer les dernières habitations en date des navajos tout en bas du canyon. Sur les parois en face de nous, des ailes d’oiseau gigantesques semblent sculptées.
Les ruines des habitations sont surmontées de fresques incroyables, appelées « Running Antelope ». C’est en fait un condensé de deux cultures sur une même paroi : les pictogrammes des Anasazi gravés plusieurs siècles avant qu’un artiste
Navajo ne vienne à son tour peindre les parois...
Il est déjà 16h10 et nous décidons de nous rendre à notre hôtel, le Best Western, afin de poser nos affaires pour partir en randonnée sur la rive sud du canyon. Nous passons par le Visitor Center du parc pour demander quelques informations et notamment la localisation de notre hôtel. Grosse surprise quand la ranger très sympathique m’annonce que nous sommes presque arrivés : il suffit de continuer quelques centaines de mètres !!!
Une fois installés, nous repartons aussi sec vers la rive sud du parc. Il est déjà 17h. Après un arrêt aux premiers points de vue nous filons vers le White house overlook pour commencer notre randonnée du même nom, la seule autorisée sans guide et qui va nous mener au bas des plus importantes ruines d’habitations Anasazi du canyon. Partis à 17h30, nous mettons un peu plus d’une heure pour parcourir le chemin qui serpente le long de la paroi rocheuse et nous mène au bas du canyon. En nous retournant, nous mesurons pleinement le dénivelé de la descente effectuée mais surtout la grimpée qui nous attend au retour !!!
Les "visages des anciens" taillés dans la roche par le vent...
Après la descente, il reste une petite marche pour atteindre finalement le pied des ruines, protégées par un grillage. On peut toutefois prendre de belles photos et bien discerner les pétroglyphes sur les parois.
Dans la lumière changeante, la tête du monstre endormi...
White house est un site vraiment intéressant. Nous ne nous attardons cependant pas trop sur place, d’une part à cause du vent, et d’autre part car l’heure tourne et que nous avons prévu d’aller admirer le Spider Rock en fin d’après-midi...
Le temps de remonter, il est déjà 18h50. En pleine ascension, nous croisons les Indiens Navajos faisant la course dans l’autre sens...C’est promis, il faudra revenir voir un jour s’ils ont autant de facilité dans l’autre sens !!!
Nous rejoignons la voiture mais très vite nous constatons que le temps s’est couvert et que la lumière a décliné. Et cela ne s’améliore pas 30 minutes plus tard quand nous posons la voiture au parking du Spider rock...
Cela ne nous empêche pas d’admirer cet endroit magnifique et de tendre l’oreille pour guetter les éventuels cris d’enfants turbulents enlevés par la femme araignée qui habite ces rochers...
La couleur blanche au sommet de ces deux pics est en fait dû aux os blanchis au soleil des enfants dévorés par la « Spider woman ». Cette déesse est cependant très vénérée par les Indiens Navajos car dans les temps anciens, au moment où ceux-ci passèrent du troisième au quatrième monde, elle leur indiqua où trouver le dieu Soleil, leur père, qui leur appris à chasser les monstres qui infestaient alors la terre...
Plus « géologiquement » parlant, se dressent devant nous deux pics de près de 300 mètres de haut dont la formation débuta voilà 230 millions d’années selon les géologues du parc.
Sans grande éclaircie, les couleurs du soir ne sont pas fameuses et nous décidons donc de rebrousser chemin. Il est 19h45, et 5 minutes plus tard alors que nous sommes sur la route du retour, une belle trouée de soleil inonde les environs...Mais nous sommes déjà loin.
20h20, nous sommes à l’hôtel, le restaurant n’est pas terrible, la viande est presque carbonisée...
Mardi 18 Mai :
Debout à 06h30, départ à 08h30 après avoir pris notre petit-déjeuner (payant, 17$ pour deux). L’hôtel était très correct. Suivant les indications de la ranger de la veille, nous décidons de prendre la route 191. Cette voie n’est pas la plus directe mais passe par de nombreuses roches rouges comme nous les aimons, surtout du coté de Round Rock. Nous faisons halte pour observer des formations qui font vraiment penser à de gigantesques pattes d’éléphants, avec en toile de fond le fameux rocher rond...une splendide mesa.
À 09h35 nous stoppons en plein territoire
Navajo : nous avons en effet demandé la permission à un indien accompagné de son chien pour aller prendre quelques photos...Nous sommes seuls et le décor est incroyable : sur un des clichés une tête de singe se dessine même dans la montagne, splendide ! Malheureusement pas encore assez de temps pour nous enfoncer davantage dans la région...Page nous attend.
Tous les chemins mènent à Page...
Mais avant d’arriver à destination, nous passons par le sud de
Monument Valley (route 160, direction plein ouest à 10h35) en pleine tempête de sable !
Après une petite pause déjeuner, nous empruntons la 98 à 12h25, direction plein nord. Sur notre gauche la White Mesa est vraiment imposante. 13h05, à 35 Km de Page, de très nombreuses roches plissées sur le bord de la route nous accueillent dans le territoire des Coyote Butes!!
Vers 14h nous sommes déjà sur le chemin de petite randonnée (10-20’) qui mène au Horseshoe Bend. Petit changement depuis l’an dernier : sur le parking nous voyons de nombreux cars...le coin devient très connu, une sorte de pèlerinage.
Il faut dire que cette merveille vaut vraiment le coup d’œil et le spectacle reste toujours aussi incroyable même pour notre deuxième passage ! De plus cette année nous y sommes plus tard (11h l’an passé) si bien que le soleil est au zénith et donc le
Colorado vierge de toute ombre, quelques petits nuages viennent compléter ce fabuleux tableau.
Nous prolongeons la visite des lieux en nous écartant du précipice sur la droite : un monticule rocheux plissé, une fois escaladé par l’arrière, offre d’autres jolies perspectives sur le
Colorado.
On ne se lasse pas...
Après une bonne découverte des environs et une remontée plus lente (20-30’) nous repartons pour Page : check in au Holiday Inn Express, supermarché, laverie et autres « nécessités » du jour nous occupent pas mal avant que nous partions, direction le
lac Powell. Nous faisons les différents arrêts successifs le long du lac jusqu’à la marina.
C’est superbe, le temps s’est amélioré depuis notre remontée de Chelly, la lumière du soir est splendide.
Nous sommes de retour à Page vers 20h15 après avoir vu le Lonely Rock à défaut d’avoir trouvé le chemin menant à Nipple Bench.
Au menu ce soir, Pizza au Stromboli où nous étions déjà allés l’an passé. L’accueil est très sympathique, la nourriture correcte et les bières bien rafraîchissantes.
Bientôt la suite...
Fred