Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Jeannnne · 14 décembre 2005 à 22:39 · 8 photos 108 messages · 46 participants · 59 340 affichages | | | | À: Jeannnne · 24 novembre 2007 à 15:35 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 61 de 108 · Page 4 de 6 · 7 469 affichages · Partager Bonjour Mme Jeanne X. Depuis ce jour de décembre 2005 et votre appel à assistance pour faire visiter Béni Haoua à votre époux ce site s’est animé et j’étais curieux de lire ce qui s’y disait ; du bon et du moins bon, comme dans tout débat. Accents circonflexes frétillants, tous les mâles de B H Francis Garnier branchés sur la toile s’offrirent à qui mieux mieux pour vous aider à connaître et visiter Béni Haoua ex FG et son Ima Binett devenue fonds de commerce. J’ai suivi donc ces « débats » lorsque, patatras, après qu’un malotru se fut permis de faire remontrance inappropriée à l’un des internautes, à ce sympathique Mokhtarkedda et que ce dernier lui eut servi une belle volée de bois vert, tout s’arrêtât et le site devint muet comme une carpe. Il est regrettable de n’avoir pas entendu Pierre HENRY parler encore de son père Mathias, l’un des meilleurs de Francis Garnier (ils étaient deux qui n’appelaient ce village que par son nom Béni Haoua et non Francis Garnier). Un jour, Pierre je te conterai quelques exploits de ton père Mathias, du vécu et, au vrai, sa vie, lui, l’homme vrai, qui fut l’ami des simples et le passionné de pêche et de chasse, fut un roman dont la fin se déroula comme il l’avait souvent souhaité. Quant à vous chère Mme Jeanne X., n’ayant pas l’outrecuidance de vous offrir gîte et couvert, je vous propose en forme de ballade sans refrain, une balade sur la Nationale Onze, direction Francis Garnier :
« LA NATIONALE ONZE EN ETE Les hommes avaient assigné à la nationale onze la longue et fatigante tâche de les mener d’ Alger à Oran tout au long de la Méditerranée. Ils en firent une route côtière, discrète et bien accueillante. Elle se laissa aller dès les premiers jours, trouvant sans doute trop pénible de supporter leur grossier charroi. Naturellement aventureuse, elle musarda et, indolente vagabonde, suivit son plaisir plus qu’à l’occasion tout au long de ses quatre cents kilomètres. Assoiffée d’ombre aux jours de grande chaleur, elle s’élançait éperdument sous les arbres pour se rafraîchir à leur couvert. Prise d’un incoercible faible pour les eucalyptus aux fragiles écorces et les platanes à la force calme, elle se faufile entre leurs troncs massifs et impavides. Assommée de plaisir à l’ombre des grands chevelus, elle ronronne alors sans retenue en une longue et rectiligne course. Son cheminement se fait alors trot doucement régulier pour bercer son enchantement. Lissé par le dur soleil et paresseusement bosselé, son bitume amolli lui fait aussi comme un prétexte à s’assoupir encore plus pendant les mois d’été. En se déroulant précieusement dans l’éclatante lumière de l’été, elle étale sa nonchalance entre pins maritimes et buissons de lentisques. Puis telle une discrète, sombre, mais riche parure, elle accompagne tout au long de sa rive l'incomparable Bleue dans leur jeu renouvelé chaque jour, d’amoureuses aux imprévisibles foucades. Hautaine quelquefois, elle s'éloigne de sa compagne de voyage pour un semblant de bouderie, puis la languissant aussi vite, elle accourt près de la grève, comme pour s’abreuver au baiser de ses vagues. Capricieuse à l'instant où on la croirait assagie, elle se risque soudain, en de téméraires et dangereux défis, sur les bords d'effrayantes falaises. Elle quitte souvent la mer, et avec une élégante et naturelle paresse, elle se glisse au travers des somptueuses et odoriférantes collines. Etourdie par leurs suaves senteurs, toutes de pins, de lentisques et de genêts, elle ne distingue plus alors dans le céleste éblouissement, les bleus étincelants de sa vaste et fidèle compagne. Elle l’oublie, elle la néglige sans honte. Offensée cruellement par l’égoïste distraction, la délaissée s’enveloppe fièrement de toutes ses nuances céruléennes, amoureusement enserrées en de longues caresses par de pâles et ondoyants doigts de fées. Impatiente de vengeance, aussitôt elle la guette au détour d’un bosquet et lui lance le charme de ses vastes plaines liquides d'émeraude et de turquoise, pour la ressaisir d’émerveillement... Par les chaudes journées d’été, la Nationale Onze s’enveloppe dans d’ensorcelants effluves, faits du parfum iodé de la Grande Bleue, fondu dans les senteurs de pins et de bruyères des hautes collines du Tell. Certains voyageurs succombent à ce capiteux sortilège et s’arrêtent, captifs à l’ombre des arbres, face à la mer. Là, ils subissent l’antique envoûtement de la Méditerranée et succombent aux subtils parfums des pinèdes et du maquis écrasé de soleil... Mais, en un inattendu sursaut de superbe, ils se libèrent et repartent malgré leur fierté à jamais enchantés par l’éternel merveilleux de la nature pour en ensoleiller les tristes jours des hivers citadins, tout de gris et d’humidité collante... Au sortir de Cherchell les voyageurs de la nationale onze distinguent par beau temps le cap Ténés qui se découpe au loin sur le bleu du ciel. Il est comme un sombre et immense chapeau de gendarme posé sur la mer. Baromètre infaillible des pêcheurs, il met à leur intention sa capuche de nuages lorsqu’il sait que le temps va changer et que la pluie menace. Puis la nationale onze se borde de platanes pour entreprendre ses longs parcours sans virages, entre d’étroits vignobles aux vins réputés. Indifférente, elle passe sur des ponts jetés pardessus les oueds desséchés et traverse rapidement bourgs et villages, leur accordant, comme à regret, de brefs arrêts. A la vue du cap Ténés, elle a senti l’étape et se hâte par les flancs sinueux des hautes collines côtières, comme un cheval pressé par la fatigue. Ténés est encore loin, là-bas derrière son cap, et il y a tant de féeries à traverser encore. Elle se dépêche alors, ombreuse et serpentine, vers la dernière halte réparatrice de Francis-Garnier. Au débouché des deux tunnels, elle accélère soudain sa course au ras de la falaise, entraînant dans un élan téméraire et empressé, ses passagers vers le clou du voyage. Ainsi que s'ouvre un somptueux livre d’images, Francis-Garnier se découvre alors incrusté dans son décor de trois montagnes boisées, entre le vert tourmenté de la mer et le bleu limpide du ciel. * * * L'envoûtement de la Méditerranée est irrésistible. Ce n'est pas une construction intellectuelle, ni une synthèse philosophique qu’elle inspire au voyageur ébloui par ses couleurs changeantes et son rivage envoûtant. C'est une conquête purement sensuelle qu'elle fait de son admirateur, comme d'un amant. Le voyageur fasciné s’immobilise, tel un voilier encalminé, son émerveillement épuisant en lui toute force et tout désir d'aller plus loin. Assis sur le rocher dominant la baie des Béni-Haouas, il contemple, fasciné après tant de beauté traversée, la sauvage splendeur méditerranéenne dans sa lumineuse et naturelle simplicité. La longue plage déserte, à peine et si subtilement incurvée, flamboie dans la lumière de l’été. Encore vierge du poids des hommes, elle reçoit sur son sable la mer alanguie qui pénètre ses galets glissants avec le calme et la douceur des vieux amants aux disputes rentrées. Ses deux termes limitent l’horizon de Francis-Garnier. Celui de l’est se termine par un colossal rocher qui protège un abri de mer, appelé pompeusement le port. A l’ouest de la baie, paisible et tutélaire gardien, le tombeau de Imma-Binet se tient perché sur sa courte falaise entre une dizaine de palmiers sauvages et d’immenses lentisques séculaires. Chargée de mythes, ce côté de la plage élève à son extrémité, juste un peu plus loin, le rocher du pain de sucre, énorme dolmen d’apparence phallique qui semble avoir été posé là, les pieds dans l’eau bleue, par quelque facétieux dieu marin. Plein de mystères, il attire immanquablement les pêcheurs novices en quête de fabuleuses prises. Mais parfois d’autres pécheurs, amants de fortune aux innocentes mines de promeneurs du dimanche, se risquent vers lui, en se hâtant chacun de son côté, pour y abriter leurs ébats risqués sous quelque vieux et discret lentisque. Cette extrémité, baptisée pointe du Caïd ou pointe de Ma Binett, s’élève vers un abrupt sommet de trois cents mètres. Tout en haut de cette apparence de montagne, le petit gourbi du sanctuaire de Sidi Abdelkader se terre au milieu des rochers, entre pins et lentisques, suppliciés ensemble par les vents d'hiver. Paré d'ocre et de somptueux verts, le djebel ventru remonte de là vers le mont du Bissa, pour revenir à l’est enfermer le village et s’échouer sur le port. Cet embrassement de montagnes chargées de pins et de maquis est comme un immense écrin, une conque colossale surgie de la plage dans l’intime creux de laquelle se blottit Francis-Garnier.
* * * Les habitations du village, peu nombreuses, pas plus qu’une bonne couvée d’œufs, s’alignent sagement tout au long de la Nationale onze. C’est un village rue, né des amours naturelles du djebel et de la mer. Ses maisons se tiennent chacune dans un minuscule verger, toutes blanches et coiffées de rouge. Posées de chaque côté des petites rues tirées au cordeau, elles semblent de jolies demoiselles endimanchées au milieu de frêles et verts garçons dansant au vent léger. Tout alentour, les vignobles s’étalent jusqu’à la plage, en rangs serrés, pareils à de précieux et verts tapis protégés des sables par les massifs de lentisques et de tamaris. Le voyageur, gavé de splendeurs, s’arrache difficilement à la magique vision pour reprendre sa route. Mais parfois, par mégarde, son regard s’attarde sur le flanc du djebel, juste en face, par-delà les deux oueds desséchés. Il distingue alors, au sein de l’amas verdâtre des figuiers de barbarie, de petites bosses, brunes et rectangulaires. Croyant y avoir vu tout à l’heure des déformations de terrain, il reconnaît maintenant que ce sont bien des gourbis, des déchras sous les tonnes de terre desquelles vivent des hommes et leurs familles. Troublé parfois, il détourne bien vite les yeux, essuyant son regard au spectacle reposant du village de colonisation. La conscience sommairement allégée, il poursuit alors le merveilleux voyage. La nationale onze le reprend et l’entraîne avec vivacité et d’un seul trait vers le village, comme honteuse d’avoir montré un peu des grandes misères qu’elle traverse aussi. Entrant à Francis-Garnier, après un double virage, elle salue au passage la première maison, celle des Ponts et Chaussées. Se penchant, elle semble lui dire sa gratitude pour le cantonnier qui la panse, lorsqu'il y songe, des blessures du temps et des hommes. Puis le village l’absorbe avec douceur. En apercevant le café Verte-Rive, elle s’ébroue et devient pompeusement sa rue principale. | | | À: Garagouz · 26 novembre 2007 à 22:56 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 62 de 108 · Page 4 de 6 · 7 434 affichages · Partager Bonsoir Garagouz
je tombe par hasard sur cette page merci pour cette belle ballade sur la côte méditérranéenne, j'ai eu l'impression de refaire le voyage qui me mène d' alger où je suis née à tenes, ville de naissance de mes parents En effet à chaque fois que je rentre en Algérie je ne peux me passer d'aller en pélerinage à tenés et donc de voir toutes le beautés qui sont décrites dans ce texte mais pouvez vous m'en révéler l'auteur bien à vous | | | À: Zoumouroud · 30 novembre 2007 à 18:26 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 63 de 108 · Page 4 de 6 · 7 418 affichages · Partager Bonjour Gouroumouz Tout d’abord merci pour votre réponse. Votre signature (extrait des mille nuits et une nuit, sans doute.... ?) est empreinte d’un monisme qui ne ressort pas, du moins à mon humble avis, de la traduction de ces contes mythiques, celle du Dr Mardrus que j’ai lue et que je n’ai pas voulu tromper avec toutes celles qui en ont été faites, surtout parce qu’elle est tant chargée de rêverie poétique et de sensualité (auxquelles les mignonnes et tendres illustrations ajoutent tant de charmes).... Vous désirez avoir l’auteur du texte. Je ne puis répondre à votre souhait, ne connaissant de lui qu’un nom, Qayouz, qu’il a griffonné un jour sur une marge de journal, distraitement, avec un Bic qui traînait sur la table basse sous le figuier ; c’était la seule fois où, lorsqu’il était avec moi, je l’ai vu faire autre chose que parler.... C’était un vieil homme dont l’existence a croisé et côtoyé la mienne tout un été, il y a de nombreuses années de cela. Durant de longues semaines, du début mai aux premiers jours de l’automne, il m’a conté l’histoire de la région et de ses gens, en remontant loin, très loin dans le temps pour une seule vie humaine. Et puis, un jour, il a disparu. Je reçois maintenant, de temps à autre et sous enveloppe, de nombreux feuillets dans lesquels il me continue ses narrations. Mais je ne retrouve jamais ses écrits malgré le soin que j’apporte à les bien classer ; ils disparaissent étrangement, comme il s’est évanoui lui-même un jour d’automne.... Quant à la Nationale Onze, elle n’existe plus. Les hommes l’ont anéantie. Ce n’est plus qu’un large ruban de bitume et de béton, immense et rectiligne ; disparus les gracieux ponts virevoltants sur leurs graciles arches au-dessus des oueds complices ; d’infâmes constructions titanesques aux prétentions d’artères vitales les ont remplacés... Les eucalyptus, les pins et les genêts, rasés à coup de bulldozers ont cédé leur place aux murs censés retenir une montagne qui, par vengeance, ne cesse de s’écouler sur ces nouvelles et vilaines voies qui ne méritent pas le nom de route... Vous dites que vos parents sont originaires de Ténès. Voilà une ville dont l’Histoire est admirable et mérite d’être contée. Mon vieil homme m’a dit tant de choses sur cette ville où il aurait vécu (il m’a semblé être parfois un étrange Errant sans faute originelle à la recherche de l’absolu ; ne sommes nous pas tous, sinon pour un grand nombre d’entre nous les hommes, des Errants à l’inconsciente et stérile poursuite de la perfection). Il m’a parlé de personnages pittoresques, les Bouboul, Zoèche, Gazogène, Pousse la Voiture et tant d’autres... de la partie de football qui opposa les locaux à une équipe de militaires anglais en 1943 et au cours de laquelle Tidda jouant pieds nus a brisé le pied d’un anglais dûment harnaché.... des américains conquérants qui se firent magistralement corriger par les jeunes de la ville excédés par leur morgue et leurs dépassements... et des aventures cocasses des cinq qui s’en allèrent en plein hiver de 1946 négocier leurs talents de footballeurs en France, à Méribel... et plein d’autres histoires qui rempliraient bien, sans nul doute, mille nuits et deux nuits.... Que ne se lève à Ténès un écrivain pour ce faire ! ! ! ! ! Bien cordialement à vous Garagouz | | | À: Garagouz · 2 décembre 2007 à 23:15 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 64 de 108 · Page 4 de 6 · 7 405 affichages · Partager Bonsoir Garagouz
je vous remercie d'avoir pris le temps de me parler de la source de ce beau texte et si l'auteur l' a griffoné sur la page d'un journal, mon admiration ne peut être que plus grande. certes beaucoup de belles choses ont été détruites et remplacées par du béton dans le paysage algérien, mais il nous reste notre imaginaire Vous semblez vous même être un puits sans fond, rempli d'anecdotes qui ont traversé le temps je pense comme vous, et ce depuis longtemps que Tenes mérite d'être racontée, dans cette petite ville les rues, les pierres, les arbres, semblent regorger d'histoires qui ne demandent qu'à être figées sur le papier je vous envoie trés prochainement mon e-mail en courrier privé, nous pourrions partager des moments par l'écriture.........afin d'effacer les 2000 km qui nous séparent
bien à vous | | | À: PierreHenry · 5 janvier 2008 à 14:03 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 65 de 108 · Page 4 de 6 · 7 344 affichages · Partager Je ne vous dirai pas que je viens de lire votre message et que je souhaite y répondre ; Non. Je l’ai lu en son temps et j’ai aussi longtemps hésité à y répondre. J’ai choisi les premiers jours de la nouvelle année pour parler de Mathias HENRY, votre père. Hormis les anciens pêcheurs, il reste très peu de personnes qui se souviennent de lui ; cela fait deux générations qu’il a quitté Béni Haoua. Il a fait partie des quelques hommes, deux ou trois, tout au plus, qui y laissèrent leur empreinte parce que, de ce village, de ce douar, au sens noble du mot, ils firent leur petite patrie, et lorsque vous témoignez qu’il a toujours dit Béni Haoua et jamais Francis Garnier, vous confirmez par là sa fière adoption. Il ne s’est jamais non plus exprimé qu’en langue arabe ou berbère, et sans aucun accent, en parlant avec ceux que l’on nommait les « indigènes ». Vous laissez percer, avec une grande émotion, votre nostalgie en évoquant les parties de pêche que vous fîtes sans aucun doute en compagnie de Mathias (nous disions Mathias et non Monsieur Mathias ou Monsieur Henry et cela parce qu’il nous était socialement très proche). C’était un grand, très grand pêcheur, qui respectait la pêche en tant que noble activité d’homme, et pas une source de revenus ; il pêchait les dimanches, les jours fériés et aux vacances d’été, et donnait tout le produit de ses pêches à son ami Pierra auquel il offrit, vers 1947, un « pointu » de six mètres, payé 45. 000, 00 francs de l’époque. Il fit ses premières pêches au tout début des années quarante, utilisant d’abord une petite barque, puis un voilier que je vis chavirer une fois et qu’il abandonna pour utiliser par la suite le « pointu » de Pierra. Méticuleux et très sourcilleux quant au soin de son matériel, il avait fixé sur la caisse qui contenait ses équipements (fils, plombs, hameçons, appâts etc.) une plaque émaillée de l’EGA qui portait cette mention : « ne pas toucher même tombés à terre ». Pour pêcher à la traîne, il utilisait des sardines, choisies selon leur calibre commun, qu’il appareillait avec une telle minutie, je dirai de dentellière, que de l’appât on ne distinguait pas plus le perfide hameçon que le solide crin (le nylon est venu plus tard). Je l’ai accompagné lors d’une partie de pêche à la traîne à la « pointe du caïd », ou passe de Ma Binet, et je l’ai vu sortir 40 gros brochets de près de 10 Kg chacun (ceux que l’on appelle barracudas maintenant) en moins d’une matinée. Vous parlez aussi du rocher de Doumia ; est-ce celui auquel je pense ? C’est un rocher accessible de terre, pas à Doumia mais pas très loin de la passe aux îlots. Très peu de gens et même de pêcheurs le connaissent, peut-être deux, trois ; on l’appelle le rocher 114. Là, Mathias a sorti en quelques deux heures 114 sars de belle taille, plus du kilo cinq cents l’un. Son compagnon de pêche était Amar Hathat, frère aîné de votre copain d’enfance, celui que vous nommez du seul nom que vous lui connaissiez, « Kouéro » ( Il est vrai que vous ne deviez pas savoir d’où lui venait ce surnom que j’abhorre. C’était pendant les années de misère de la seconde guerre mondiale où tout ce qui se mangeait et se tissait était réquisitionné pour être envoyé en Europe alimenter et habiller les armées de l’Axe et les civils de là-bas, dans les années quarante. Le jeune Hathat M’Hamed âgé de dix ans a suivi son frère pour venir au port afin d’y survivre et il a trouvé emploi chez un pêcheur. Il était nu, seulement couvert en plein hiver d’un semblant de chemise haillonneuse. Pressé par la fatigue et la faim, il dormait souvent sur la « manaïta » (un filet particulier) au milieu des sardines tout au fond de la barque. Il dut son surnom à la femme du pêcheur Sanchez Pedro, laquelle à l’aide des quelques mots de français qu’elle connaissait, l’appela « Cuero », cruel sobriquet pour dire « peau de cuir ») Lorsqu’en hiver le vent d’ouest lançait ses fécondes vagues, les barques restaient sur le quai, aucun des deux pêcheur du port n’était assez téméraire pour affronter la mer. Par ces temps là, il y avait, souventes fois, un téméraire isolé qui la défiait, armé de son seul moulinet, allant et venant du droit des tamaris jusqu’à la hauteur de la ferme des Benteftifa (qu’on appelait ferme Navarro du nom du gérant de ces derniers), un pêcheur solitaire bataillant des heures durant contre d’énormes ombrines (de plus de 20 kg parfois). Il faudrait un Hemingway pour conter les prouesses de Mathias le Maître de la pêche. Il disait souvent que son vœu le plus cher était de quitter ce monde en pêchant. Et le Ciel l’a exaucé, comme il exauce les hommes véritables, bons et généreux. Mais Mathias n’était pas seulement Grand-maître pêcheur, il était aussi un vaillant chasseur devant l’Eternel, le Nemrod de l’oued Ouettar, et ses compagnons étaient ceux-là même qu’il emmenait avec lui à la pêche, je ne parle pas de ses invités algérois, non, mais des marins pêcheurs du port. Il avait aussi un grand cœur, Mathias. Les jours de paie à l’usine de crin, dans les années 20/30 alors que sa fortune n’était pas bien encore assise, il attendait sur la route les ouvriers et remettait à chacun, en cachette de Madame HENRY votre grand-mère, une somme d’argent sur sa propre caisse, pour compléter les maigres salaires qu’elle leur versait. Vous rappelez Mme Sampol et situez sa venue en 1895. Il y a là une petite erreur de datation. La mine n’existait pas à cette date-là. Les premiers travaux ont commencé vers le milieu de la 1ère décade du siècle dernier et Mme Sampol ne tînt cantine et boulangerie que dans les années vingt/trente. Le pétrin était alors entraîné par un mulet qui tournait en rond comme pour une noria. Quelqu’un de mes proches y travailla. Mme Sampol est restée dans le souvenir des gens de Béni Haoua par l’un de ses ouvriers, un jeune homme d’une trentaine d’années, qui travaillait encore à la mine dans les années cinquante et était un vaillant joueur d’argent, et aussi par celui une aventure cocasse qui lui survint à cause d’une grande quantité de figues de barbarie qu’elle consomma sans retenue tant elles étaient succulentes, mais dont elle ignorait encore les « vertus » constrictives. Mathias avait un atelier de tournage au Champ de Manœuvre/Belcourt et son Entreprise de transport ne prit corps qu’à la fin de la 2ème guerre mondiale, lorsqu’il acquit des camions Fiat que l’armée italienne en déroute avait abandonnés en Tunisie. S’il contribua un peu à faire la fortune du pêcheur Pierra, il fit assurément celle de Kadda, le premier chauffeur de Béni Haoua qu’il prît avec lui, lorsqu’en 1947 il lui tendit à l’improviste les clés et la carte grise d’un camion neuf qu’il lui offrait pour bons et loyaux services. C’était là, assurément, un geste de seigneur que seul Mathias était de taille à faire. Son garage, rue d’Amourah ?, fut repris les enfants de Kadda au début des années 60. Vous dites : « mon père fit alors venir tous ses copains arabes de Francis Garnier et les employa ». Pour Mathias, que nous avons connu et aimé, ce n’étaient pas ses copains arabes mais ses amis qui travaillèrent avec lui. Vos mots venus de si loin, traînent encore en ce début du 21ème siècle des relents que nous avons cru dissipés depuis, et froissent péniblement l’affection que nous portions à votre père ainsi que le souvenir de l’homme véritable que nous gardons de lui, nous qui le connaissions. Je me permets de croire et d’espérer qu’un enfant de Mathias n’a fait là qu’un involontaire et incontrôlable écart de langage. Vous exprimez le vœu de revenir un jour à Béni Haoua ; vous y serez, sans doute aucun, bien accueilli, mais vous n’y retrouverez pas votre maison, tout n’est plus que villas et affreux béton, vous n’y reverrez pas non plus les fontaines publiques, 5 dans tout le village, dont une face votre maison, ni l’abreuvoir et les puissants eucalyptus qui le bordaient. Francis Garnier n’est plus qu’un lointain souvenir pour les plus anciens, un souvenir entre les petites parenthèses de l’Histoire. Bien à vous et acceptez cordialement mes meilleurs vœux pour la nouvelle année.
Je ne vous dirai pas que je viens de lire votre message et que je souhaite y répondre ; Non. Je l’ai lu en son temps et j’ai aussi longtemps hésité à y répondre. J’ai choisi les premiers jours de la nouvelle année pour parler de Mathias HENRY, votre père. Hormis les anciens pêcheurs, il reste très peu de personnes qui se souviennent de lui ; cela fait deux générations qu’il a quitté Béni Haoua. Il a fait partie des quelques hommes, deux ou trois, tout au plus, qui y laissèrent leur empreinte parce que, de ce village, de ce douar, au sens noble du mot, ils firent leur petite patrie, et lorsque vous témoignez qu’il a toujours dit Béni Haoua et jamais Francis Garnier, vous confirmez par là sa fière adoption. Il ne s’est jamais non plus exprimé qu’en langue arabe ou berbère, et sans aucun accent, en parlant avec ceux que l’on nommait les « indigènes ». Vous laissez percer, avec une grande émotion, votre nostalgie en évoquant les parties de pêche que vous fîtes sans aucun doute en compagnie de Mathias (nous disions Mathias et non Monsieur Mathias ou Monsieur Henry et cela parce qu’il nous était socialement très proche). C’était un grand, très grand pêcheur, qui respectait la pêche en tant que noble activité d’homme, et pas une source de revenus ; il pêchait les dimanches, les jours fériés et aux vacances d’été, et donnait tout le produit de ses pêches à son ami Pierra auquel il offrit, vers 1947, un « pointu » de six mètres, payé 45. 000, 00 francs de l’époque. Il fit ses premières pêches au tout début des années quarante, utilisant d’abord une petite barque, puis un voilier que je vis chavirer une fois et qu’il abandonna pour utiliser par la suite le « pointu » de Pierra. Méticuleux et très sourcilleux quant au soin de son matériel, il avait fixé sur la caisse qui contenait ses équipements (fils, plombs, hameçons, appâts etc.) une plaque émaillée de l’EGA qui portait cette mention : « ne pas toucher même tombés à terre ». Pour pêcher à la traîne, il utilisait des sardines, choisies selon leur calibre commun, qu’il appareillait avec une telle minutie, je dirai de dentellière, que de l’appât on ne distinguait pas plus le perfide hameçon que le solide crin (le nylon est venu plus tard). Je l’ai accompagné lors d’une partie de pêche à la traîne à la « pointe du caïd », ou passe de Ma Binet, et je l’ai vu sortir 40 gros brochets de près de 10 Kg chacun (ceux que l’on appelle barracudas maintenant) en moins d’une matinée. Vous parlez aussi du rocher de Doumia ; est-ce celui auquel je pense ? C’est un rocher accessible de terre, pas à Doumia mais pas très loin de la passe aux îlots. Très peu de gens et même de pêcheurs le connaissent, peut-être deux, trois ; on l’appelle le rocher 114. Là, Mathias a sorti en quelques deux heures 114 sars de belle taille, plus du kilo cinq cents l’un. Son compagnon de pêche était Amar Hathat, frère aîné de votre copain d’enfance, celui que vous nommez du seul nom que vous lui connaissiez, « Kouéro » ( Il est vrai que vous ne deviez pas savoir d’où lui venait ce surnom que j’abhorre. C’était pendant les années de misère de la seconde guerre mondiale où tout ce qui se mangeait et se tissait était réquisitionné pour être envoyé en Europe alimenter et habiller les armées de l’Axe et les civils de là-bas, dans les années quarante. Le jeune Hathat M’Hamed âgé de dix ans a suivi son frère pour venir au port afin d’y survivre et il a trouvé emploi chez un pêcheur. Il était nu, seulement couvert en plein hiver d’un semblant de chemise haillonneuse. Pressé par la fatigue et la faim, il dormait souvent sur la « manaïta » (un filet particulier) au milieu des sardines tout au fond de la barque. Il dut son surnom à la femme du pêcheur Sanchez Pedro, laquelle à l’aide des quelques mots de français qu’elle connaissait, l’appela « Cuero », cruel sobriquet pour dire « peau de cuir ») Lorsqu’en hiver le vent d’ouest lançait ses fécondes vagues, les barques restaient sur le quai, aucun des deux pêcheur du port n’était assez téméraire pour affronter la mer. Par ces temps là, il y avait, souventes fois, un téméraire isolé qui la défiait, armé de son seul moulinet, allant et venant du droit des tamaris jusqu’à la hauteur de la ferme des Benteftifa (qu’on appelait ferme Navarro du nom du gérant de ces derniers), un pêcheur solitaire bataillant des heures durant contre d’énormes ombrines (de plus de 20 kg parfois). Il faudrait un Hemingway pour conter les prouesses de Mathias le Maître de la pêche. Il disait souvent que son vœu le plus cher était de quitter ce monde en pêchant. Et le Ciel l’a exaucé, comme il exauce les hommes véritables, bons et généreux. Mais Mathias n’était pas seulement Grand-maître pêcheur, il était aussi un vaillant chasseur devant l’Eternel, le Nemrod de l’oued Ouettar, et ses compagnons étaient ceux-là même qu’il emmenait avec lui à la pêche, je ne parle pas de ses invités algérois, non, mais des marins pêcheurs du port. Il avait aussi un grand cœur, Mathias. Les jours de paie à l’usine de crin, dans les années 20/30 alors que sa fortune n’était pas bien encore assise, il attendait sur la route les ouvriers et remettait à chacun, en cachette de Madame HENRY votre grand-mère, une somme d’argent sur sa propre caisse, pour compléter les maigres salaires qu’elle leur versait. Vous rappelez Mme Sampol et situez sa venue en 1895. Il y a là une petite erreur de datation. La mine n’existait pas à cette date-là. Les premiers travaux ont commencé vers le milieu de la 1ère décade du siècle dernier et Mme Sampol ne tînt cantine et boulangerie que dans les années vingt/trente. Le pétrin était alors entraîné par un mulet qui tournait en rond comme pour une noria. Quelqu’un de mes proches y travailla. Mme Sampol est restée dans le souvenir des gens de Béni Haoua par l’un de ses ouvriers, un jeune homme d’une trentaine d’années, qui travaillait encore à la mine dans les années cinquante et était un vaillant joueur d’argent, et aussi par celui une aventure cocasse qui lui survint à cause d’une grande quantité de figues de barbarie qu’elle consomma sans retenue tant elles étaient succulentes, mais dont elle ignorait encore les « vertus » constrictives. Mathias avait un atelier de tournage au Champ de Manœuvre/Belcourt et son Entreprise de transport ne prit corps qu’à la fin de la 2ème guerre mondiale, lorsqu’il acquit des camions Fiat que l’armée italienne en déroute avait abandonnés en Tunisie. S’il contribua un peu à faire la fortune du pêcheur Pierra, il fit assurément celle de Kadda, le premier chauffeur de Béni Haoua qu’il prît avec lui, lorsqu’en 1947 il lui tendit à l’improviste les clés et la carte grise d’un camion neuf qu’il lui offrait pour bons et loyaux services. C’était là, assurément, un geste de seigneur que seul Mathias était de taille à faire. Son garage, rue d’Amourah ?, fut repris les enfants de Kadda au début des années 60. Vous dites : « mon père fit alors venir tous ses copains arabes de Francis Garnier et les employa ». Pour Mathias, que nous avons connu et aimé, ce n’étaient pas ses copains arabes mais ses amis qui travaillèrent avec lui. Vos mots venus de si loin, traînent encore en ce début du 21ème siècle des relents que nous avons cru dissipés depuis, et froissent péniblement l’affection que nous portions à votre père ainsi que le souvenir de l’homme véritable que nous gardons de lui, nous qui le connaissions. Je me permets de croire et d’espérer qu’un enfant de Mathias n’a fait là qu’un involontaire et incontrôlable écart de langage. Vous exprimez le vœu de revenir un jour à Béni Haoua ; vous y serez, sans doute aucun, bien accueilli, mais vous n’y retrouverez pas votre maison, tout n’est plus que villas et affreux béton, vous n’y reverrez pas non plus les fontaines publiques, 5 dans tout le village, dont une face votre maison, ni l’abreuvoir et les puissants eucalyptus qui le bordaient. Francis Garnier n’est plus qu’un lointain souvenir pour les plus anciens, un souvenir entre les petites parenthèses de l’Histoire. Bien à vous et acceptez cordialement mes meilleurs vœux pour la nouvelle année. | | | À: Jeannnne · 5 janvier 2008 à 14:22 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 66 de 108 · Page 4 de 6 · 7 341 affichages · Partager c'estunebonne ideé | | | À: Garagouz · 6 janvier 2008 à 14:15 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 67 de 108 · Page 4 de 6 · 7 331 affichages · Partager C'est avec beaucoup de joie, de nostalgie et tristesse confondues que j'ai lu votre message relatif à mon pauvre père Mathias, effectivement aimé de tous et disparu comme il le souhaitait, heureux je le sais, pour l'avoir dit quelques secondes avant son décès, à son Ami Ligori de La Pérouse avec qui il était à la péche, en bateau, oui, en méditerrannée bien sur, mais malheureusement plus du bon coté de celle-ci. Vous rappelez sa générosité, c'est vrai et j'ai souvenance d'un Noël dans les années 1960 ou je me trouvais avec lui à son garage rue de la Liberté à Belcourt et il offrit une télévision à l'un une Simca Aronde à l'autre.... Mon frére et moi étions toujours à la pèche avec lui sans parler des parties de chasse ou je l'ai toujours accompagné en Kabylie, à Beni Haoua, à Dupleix ou j'ai tué mon premier sanglier à l'age de 12 ans avec un fusil de calibre 16 qui était plus grand que moi!! A Alger Plage ses péches étaient aussi fabuleuses, ses Amis lui ''commandaient'' les poissons souhaités et à son retour son bonheur était de pouvoir les leur offrir. A Chiffalo le 22 août 196O, seul sur son petit bateau de moins de 4 métres, il a pris un thon de 133 kgs, avec une traine tenue à la main, ayant pour appat une bonite de 2 Kgs.Le matériel moderne comme celui que nous connaissons pour ce genre de péche n'existait pas alors. La bataille a duré prés de 5 heures. Malgré les gants qu'il avait mis, ses mains étaient coupées par le nylon spécial correspondant à du 160/100 qu'il avait utilisé, bas de ligne acier tressé et énorme hameçon qu'il avait spécialement fabriqué. A son retour, pour pouvoir transporter ce thon, il dût le mettre sur la remorque du bateau, mais n'ayant pu photographier ou mieux encore filmer cette longue bataille il retourna à Chiffalo 3 jours plus tard, le 25 aôut, toujours avec son petit bateau mais cette fois accompagné et avec une caméra. Il prit alors un thon de 155 Kgs!!! dans les mêmes conditions. Il y aurait tant de parties de péche et de chasse à conter... Votre témoignage m' a beaucoup touché, mais qui êtes vous pour avoir vécu et partagé tant de choses avec mon pére?, savoir tant de choses ? J'aimerais le savoir. Me parler de Kadda que j'ai si bien connu et tellement apprécié. Quelle fidélité avait cet homme envers mon Père. Jamais personne ne saura et n'aurait fait ce que Kadda a fait pour lui. C'est un secret que lui seul, mon pére, (tous deux partis maintenant) et moi connaissons, que je ne peux divulguer au grand jour, mais qu'en particulier à ses enfants, serais tellement heureux de faire connaitre. Je serais fier de dire ce que leur Pére à fait pour le mien et indirectement pour nous, alors dans la détresse à notre venue en France. Quelque chose me chagrine beaucoup dans votre message, et vous avez mal interprété mes dires. Vous dites avoir longtemps hésité à répondre à mon message comme si, à vos yeux, je ne le ''méritais '' pas, en fait une punition de votre part à mon égard parce que j'avais employé les mots '' copains Arabes '' pour parler des Amis d'enfance de mon Père à BeniHaoua. Ou est le mal? Les Arabes (ce n'est pas moi qui ai inventé le mot) ne constituent pas une race mais un peuple ou une éthnie dont le signe distinctif est l'usage de la langue Arabe. C'est tout ! Qu'auriez vous dit ??? Qu'aurais-je dû dire pour ne pas vous froisser?J'ai justement voulu mettre l'accent sur le fait que mon Pére avait employait ses amis, qu'ils soient arabes ou non. Vous semblez être assez susceptible ou il n'y a d'ailleurs pas lieu de l'être et dramatisez la situation en disant qu'il doit s'agir '' d'un involontaire et incontrolable écart de langage et que mes mots venus de si loin trainent encore en ce début de 21°.siècle des relents que nous avons cru dissipés et qui froissent l'affection que vous portiez à mon Père....... ''Il est indéniable que vous maniez parfaitement la plume et je ne peux que vous en féliciter, mais comme tout ''grand écrivain'' vous devez avoir l'esprit torturé (je n'emploie que la formule connue de tous) et cherchez la ''petite béte'' ou en fait il n'y en a pas. Je ne peux accepter votre analyse totalement fausse, et si, de plus, si peu de choses froissent l'affection que vous aviez pour mon Pére, je pourrais alors douter de la sincérité celle-ci. Toutefois, si telle est votre façon de penser..... je n'y peux rien. Je le regrette vraiment, mais à mon tour et trés sincèrement vous présente à l'occasion de cette nouvelle année mes meilleurs voeux ainsi qu'à tous ceux que vous aimez. Signé: Le fils de Mathias qui, je le sais, est de l'autre coté de la méditerrannée autant aimé que l'était son Pére. Allez à Alger Plage et demandez le à SEBA Rabah, Malik, Brahim etc.. que tout le monde connait ou à Sidi Yaya (en bas d'Hydra) à Cherif Ali, Cherif Arezki Bouadjar Abderazak, Ouchéne, Moktar... et parlez leur de :''Petit Pierre'' | | | À: PierreHenry · 13 janvier 2008 à 10:24 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 68 de 108 · Page 4 de 6 · 7 287 affichages · Partager Bonjour Pierre, et permettez-moi de dire Cher Pierre,
Mea-culpa pour avoir écrit des mots qui ont terni quelque peu votre joie et votre nostalgie à l’évocation sincèrement affectueuse du souvenir de votre père Mathias. Je comprends votre réaction et vous devez à votre tour croire que rien ne pourrait altérer notre affection pour lui, je parle de ceux de ma génération qui l’ont connu. Aussi laissez-moi effacer de votre esprit les deux griefs que vous me faites. En premier lieu je vous dirai que j’ai longtemps hésité à vous répondre parce que je me trouvais partagé entre deux sentiments également légitimes. L’un m’empêchait de m’immiscer dans un débat qui ne me concernait pas, l’autre me poussait à porter mon modeste témoignage en évoquant un homme d’exception pour inscrire, si tant est que cela soit possible, son souvenir dans la mémoire de ceux-là qui ne jurent que par un passé récent. De par sa forte charge affective le second l’a emporté et m’a entraîné à répondre à votre message. Le second grief s’efface de lui-même, car je vous ai dit qu’un enfant de Mathias ne pouvait qu’avoir fait « un involontaire et incontrôlable écart... ». Quant au « mot » auquel ma susceptibilité se serait frottée et aux relents qui, ensemble, auraient provoqué mon indélicate et malséante réaction, je vous laisse juge après vous avoir raconté les deux anecdotes suivantes. La première s’est passée à Béni Haoua ; un vieil homme, lourd d’années mais à la mémoire encore vivace, qui me rend parfois visite, souvent à l’improviste, me l’a contée : « J’avais dix-sept ans et nous étions en septembre de l’année 46. Une fois j’étais allé avec mon père en fin d’après-midi acheter quelques kilos de bon muscat chez Mr P, dont le fils était avec moi au cours complémentaire de Ténès. Voici, en substance, la discussion entre mon père et Mr P : Mr P. : « Alors que fait ton fils, M. ? »Mon père : « Il va étudier dans une nouvelle grande Ecole à Cap Matifou, il est passé au concours. »Dans la naïveté de mes adolescents dix-sept ans je m’attendais à des félicitations et ce fut une douche écossaise que je reçu. Voici ce qui sortit de la bouche de Mr P, des mots à tout le moins cruels et désespérants, qui me reviennent en mémoire parfois. Mr P : « Mais... M... si ton fils et tous les arabes vont étudier dans les écoles, qui va nous travailler la terre ? »Le vieil homme ne me fit pas de commentaires, se contentant de me regarder dans les yeux. La seconde anecdote s’est aussi passée à Béni Haoua. C’était en septembre aussi, tout près de onze heures, mais entre les années quarante et cinquante. Ce jour-là Mathias s’est arrêté à hauteur de Verte Rive, revenant de pêche dans sa belle voiture qui faisait plus d’un envieux au village (une Studebaker ? si ma mémoire ne me fait pas défaut), accompagné de Hathat Amar, le frère de votre bon copain M’Hamed. Il ouvrit, de l’extérieur, la portière à Amar qui s’escrimait consciencieusement avec les poignées sans pouvoir les déverrouiller pour sortir. Ils se dirigèrent vers l’entrée du café, et au passage une personne que je ne nommerai pas, lui dit à haute voix : « Vous ne devriez pas les prendre dans votre voiture... ». Mathias le regarda, fit demi-tour, se dirigea vers sa belle voiture, ouvrit la portière arrière droite et la malle, sortit le bidon de « broumitch », et jeta sur la banquette une pleine poignée de sardines écrasées avec du sable fin. Il releva la tête et, regardant son rigoriste conseilleur, lui dit à haute voix, en sorte d’être entendu par tous les présents : « Vous voyez, le broumitch monte dans ma voiture, mais vous, jamais vous n’y mettrez les pieds ».Je vous laisse juge. Quant à moi j’ai battu ma coulpe pour avoir laissé m’effleurer la pensée que le fils de Mathias eût pu avoir un seul instant chargé le mot « arabe » du même sens que celui que lui donnait Mr P. Vous parlez d’un secret entre votre père, Kadda et vous-même, une noble action de l’ami de Mathias, que vous voudriez confier pour partager l’hommage à rendre à la véritable amitié. Je vous dirai simplement, eu égard à l’obligatoire discrétion qu’impose un site public, de garder pour vous ce précieux secret, personne d’autre, à ma connaissance, ne mérite ici de le savoir. Il me serait agréable de vous adresser par mail des « choses » qui vous feraient extrêmement plaisir.
Très cordialement à vous G. | | | À: Jeannnne · 15 février 2008 à 21:47 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 69 de 108 · Page 4 de 6 · 7 206 affichages · Partager bonjour moi c'est mohamed kada nèè a beni haoua et je possède un complexe touristique la-bas qui se-nomme DAR EL IKRAM, est je suis prè a inviter n'importe le qui. en rèson de visiter beni haoua conatctè moi, com sa je vous invite pour cette ètè inchallah dans mon complexe ciao | | | À: Bortolotti · 28 février 2008 à 20:22 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 70 de 108 · Page 4 de 6 · 7 165 affichages · Partager bonsoir mr, Bortolotti je suis native de beni haoua, jusqu'a present je vis toujours a beni haoua, j'ai 65 ans, j'ai travaille chez mr. bortolotti, qui a l'epoque avait une seule fille qui s'appelait solange. il etait proprietaire de vergers a la sortie ouest de beni haoua. voudrait savoir si vous faites partie de cette famille beni haoua est toujours respendissante, la nature a garde sa beaute les gens sont toujours accueillantes, esperons que ce forum regroupera toutes les personnes ayant vecu a beni haoua salutations | | | À: Garagouz · 4 avril 2008 à 16:31 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 71 de 108 · Page 4 de 6 · 7 067 affichages · Partager Bonjour Cher Garagouz, Bientôt trois mois se sont écoulés depuis votre dernier message (le mot est bien faible s'agissant d'un véritable roman que ma famille et moi-même avons lu et relu, toujours avec autant de plaisir et écrit dans un français dont seul les plus grands auteurs en ont la capacité, et trés sincèrement, vous en faites partie).Un peu de négligence de ma part, c'est certain, souvent remettre au lendemain, avoir ''autre chose'' à faire de soit disant trés important etc.. etc... font que ce n'est qu'aujour d'hui que je me suis décidé à vous répondre, plus briévement et malheureusement pas avec ce ''coup de plume'' qui vous caractériseQue nous avons ri avec l'histoire du ''broumitch'' dans la Studebaker !! Merci mille fois..Je n'avais pas eu connaissance de cette anecdote mais cela ne m'étonne pas du tout, c'était ''CA'' mon pauvre Père.Quant à l'autre anecdote concernant Mr.P, que dire, sinon que le monde est malheureusement peuplé d'imbéciles.Il ne peut être question de malentendu entre nous et si vous le voulez bien oublions tout cela.Nous avons tant de souvenirs si heureux qui remplissent notre coeur et nous apportent autant de joie que cela est un trésor dans une vie qui est difficile et sans pitié.Le plaisir de correspondre par mail serait bien entendu partagé et j'attends avec impatience que vous me fassiez connaitre ces ''choses'' que j'ignore certainement.En date du 3 Avril 2007, dans son message en réponse à Fekarcha, Mokhtar Keddar donne son e-mail que vous pourrez donc aisément retrouver.Etant en relation avec lui, je lui demande ce jour de vous communiquer mon adresse e-mail dés que vous le lui aurez demandé. Il vous sera ainsi possible de vous mettre directement en rapport avec moi et de ce fait nos adresses seront échangées d'une façon discréte.Bien cordialement et toute mon affection aux enfants de Kadda que, tout comme vous, j'espère connaître un jour..Pierre | | | À: Garagouz · 5 avril 2008 à 17:10 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 72 de 108 · Page 4 de 6 · 7 052 affichages · Partager Bonjour, je me présente, je me nomme Mathias HENRY et suis le petit fils de l'homme auquel vous faites allusion. Je n'ai jamais eu la chance de connaitre mon grand père, par contre j'en ai toujours entendu parler par mon oncle (Pierre HENRY) ma tante Elisabeth, ma regrettée grand mère Suzanne et mon père parti trop jeune Louis. J'ai aujourd'hui 41 ans, je n'ai jamais eu la chance et le bonheur de connaitre votre merveilleux cadre de vie, mais j'ai l'impression de le connaitre comme si jamais je ne l'avais quitté. J'ai l'impression de connaitre tous les lieux décrits par les uns et les autres, l'impression d'avoir moi aussi participé à des scenes de pêche incroyable avec mon grand père et ses amis. Vous, habitants de cet endroit magique, vous avez en la personne de mon oncle Pierre et de ma tante Elisabeth (babeth) 2 merveilleux ambassadeurs de votre paradis. J'ai grandi avec les images de chez vous, avec les odeurs de cette région avec vos expressions, vos lieux dits, vos prénoms et surnoms. Aujoud'hui mon père n'est plus de ce monde, mais mon oncle ne manque pas une occasion de me démontrer, dés qu'il le peut, que le paradis se trouve chez vous, là ou ma famille se sentait le mieux.
Je n'ai jamais connu votre pays, mais je sais que j'y poserais ma valise un jour, ne serait que quelques minutes, car cette terre est dans mon sang et les images que mes parents m'en on donné ne sont que de merveilleuses et fabuleuses images.
Monsieur Garagouz, ce que vous ne savez peut être pas, c'est que mon pauvre père Louis (décédé le 02 avril 1992) et mon oncle Pierre sont surement les meilleurs pêcheurs que la région de Toulon ai connu, comme quoi, la transmission de la passion a bien été faite (idem au niveau de la place que doit prendre l'humanisme, l'amitié et le respect de l'autre, dans une vie)
J'espere sincerement pouvoir un jour venir me ressourcer dans ces lieux magiques qui ont bercés ma vie et démontrer à mon oncle Pierre HENRY, que tous les détails donnés ont bien été enregistré par ma petite cervelle, en lui montrant que le meilleur pêcheur de la famille se prénomme toujours Mathias 
A tous ceux qui ont connu et apprécié les gens de ma famille | | | À: Jeannnne · 21 avril 2008 à 14:00 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 73 de 108 · Page 4 de 6 · 6 210 affichages · Partager Chère madame,
J'ai eu une enfance entre 1966 et 1969 à Béni Haoua ex Francis Garnier, j'ai vu votre message alors vous m'avez rappellez de mon enfance bref, si vous avez besoin des renseignements ou des photos actualisé vous n'avez qu'a me demander par mail ou par téléphone au bureau 00 213 21 933 333.
Salutations | | | À: PierreHenry · 23 avril 2008 à 18:25 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 74 de 108 · Page 4 de 6 · 6 207 affichages · Partager Bonjour cher Pierre
J’ai reçu sur le site quelques lignes de Mathias HENRY, votre neveu. Pendant quelque temps j’ai fait la confusion entre les deux Louis, votre oncle P’tit Louis et votre défunt frère Louis, père de Mathias. J’ai répondu à votre neveu en me laissant entraîner par le clavier pour essayer de raconter un Francis Garnier disparu, mais qu’il n’a pas connu. Vous me demander de m’adresser à Keddar Mokhtar pour avoir votre mail. Au vu de ses interventions, Mokhtar Keddar (que je ne connais pas, eh ! oui), me semble être un garçon plein de vie, charmant et prêt à partager ce qu’il a de bon et d’agréable à Béni Haoua. Mais je préfèrerai avoir votre adresse E par l’intermédiaire des modérateurs. Pour pimenter cette réponse je vais vous raconter une anecdote, une « mésaventure » arrivée à Sanchez Pedro et son marin Khlidj Kader, dit « Blaouette » (encore un désagréable surnom dû à la mère Pedro, altéré par la suite en Bélaouette. Il signifiait selon elle « petit poisson »). Le Kader en question, marin-pêcheur de son mari, avait quasiment gîte et couvert chez elle. Il avait été dans son adolescence particulièrement vif et agité et, émoustillé par son ardeur juvénile et innocente s’essayait en vain à lutiner Françoise, l’émoustillante et turbulente fille des Pedro. C’était en février 48/49, un février lumineux et tiède comme il en arrive parfois. Nous avions veillé tard, les nuits étant très longues en hiver. On avait capturé dans l’après midi une belle volaille appartenant à la mère Pedro, à l’aide d’un long crin appâté d’une fève sèche. La volaille n’avait aucune chance ; étranglée par la fève elle s’asphyxiait silencieusement sans même se débattre. Cuisinée à notre manière de flibustiers dans le gourbi vide des pêcheurs dont le bateau était désarmé en hiver (celui des Ligori ou des Saturnino ? Je crois bien que c’était le temps des Saturnino...). Notre victime fut dégustée dans un bruissement de vaguelettes de beau temps sur la plage à l’obscur qui suit le court crépuscule d’hiver. Accompagnée d’olives et d’anchois made in Ligori (ou Saturnino), elle fut copieusement arrosée de 2 ou 3 bouteilles que Georges Fanjeaux notre sommelier avait piraté dans la cave de son grand père en passant par le toit de tuiles (salut Georges après un demi siècle...si tu es de ce monde), et le tout entrecoupé bien entendu de bonnes cigarettes Camélia Sport. Outre Georges, Ali Hedari dit « le chômeur » qui doit traîner ses guêtres du côté de Mazamet, et Blaouette, il y avait aussi Kader Goubid, Belmhel Laroussi qui était un autre marin, mais de Pierra à cette époque-là et compagnon de pêche de Mathias, et enfin juste pour la forme Robert Fanjeaux le cadet de Georges, admis pour l’empêcher de cafarder, et enfin le narrateur. La « ripaille » nous mena au-delà de minuit, et c’est pour cette raison majeure que Blaouette ne réintégra pas la chambre des marins de Pedro et s’endormi dans la grotte, complètement avachi sur un tas de filets, oubliant qu’il devait aller avec son patron relever les trémails que Pedro avait témérairement mis en poste en ces jours cléments de février. A cinq heures, alors que le point du jour était encore loin, très loin là-bas à «levante», Pedro, qui s’était bien réveillé avec un café très fort, debout dans sa cuisine face à la cheminée ronflante d’un bon feu, chercha silencieusement Kader et le trouva recroquevillé au milieu des filets. Il le réveilla à sa manière en grognant des phrases incompréhensibles et s’en alla tirer le « Saint Joseph » bien amarré au quai. Lorsque la poupe du bateau fut à quelques vingt centimètres du quai il lâcha l’amarre, sauta à bord et se mit à préparer les avirons et le moteur Citroën B14 du Saint Joseph. Blaouette, quant à lui, dégringola des filets, se secoua comme un possédé, se racla la gorge et tenta de faire fonctionner sa bouche pâteuse, mais sans succès ; aucune pensée ne traînait dans sa tête vide et aucune parole, aucun mot ne voulait se former sur sa langue râpeuse. Ses mains, mécaniquement, enroulèrent son chèche autour de sa tête et cherchèrent son paquet de cigarettes dans ses poches pour tenter un réveil à la nicotine, mais en vain. Alors, ses pieds, tout aussi mécaniquement, l’entraînèrent vers le bord du quai en direction de l’anneau auquel était amarré le Saint Joseph. Il s’accroupi, tira le bateau et lorsque la poupe fut à distance réglementaire, il se lança à bord. Mais hélas ! Son horloge biologique ne s’était pas encore remise au temps universel et n’avait pas repris sa cadence normale. Entre sa pensée rampante lui ordonnant de monter à bord juste au lâcher de l’amarre et la détente des muscles de son corps, il passa deux ou trois secondes fatidiques et plouf !!!, il tomba dans la baille. Il n’y eut pas de cri, seulement le bruit d’un corps plongé brusquement dans un fluide, bruyante et matinale démonstration d’un principe qui fit aussitôt ressurgir de l’eau froide un Blaouette complètement réveillé. Pedro, ayant compris ce qui était advenu à son marin ne fit qu’un saut de la soute à la poupe et tendit sans réfléchir son bras et sa main au naufragé de l’aube. Ce dernier les crocheta, s’y accrocha furieusement à deux mains et ce qui devait arriver arriva. Patatras !!! Pedro, qui ne savait pas nager, piqua de la tête et rejoignit illico son infortuné marin dans l’onde glacée. Complètement ravivé Blaouette mit d’aplomb son patron puis l’aida à monter à bord, et tous deux grelottant et dégoulinant rejoignirent la mère Pedro. Elle poussa un grand cri en voyant entrer chez elle deux êtres transis et pissant de leurs vêtements des filets d’eau de mer. Ils se séchèrent, se frictionnèrent, s’habillèrent de sec et attendirent, en buvant du café brûlant, que leurs vêtements de travail séchassent face au feu de la cheminée. Ils firent bonne pêche ce jour-là. Cher Pierre, si vous avez connu Hathat M’Hamed vous avez aussi connu tous les autres acteurs de cette historiette authentique. Ayez une pensée pour chacun d’eux : Je ne sais ce qu’est devenu Georges. Blaouette traîne une atteinte diabétique dans une solitude désespérante. Pedro est décédé. Au port Belmhel Laroussi traîne quant à lui une solitude rhumatisante, n’ayant plus personne de sa génération avec qui échanger des souvenirs. Kader Goubid, quasiment privé de vue aux 9/dixièmes, a pour fidèle compagnon son âne qui l’amène aux beaux jours au village (2, 3 fois par semaine), y rencontrer ce qu’il reste des anciens pour les entendre à défaut de les voir. Ali Hedari est dans l’Hexagone.
Cordialement G. | | | À: Mathiashenry · 23 avril 2008 à 18:31 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 75 de 108 · Page 4 de 6 · 6 207 affichages · Partager Bonjour Mathias J’ai cru tout d’abord que vous étiez le petit-fils de P’tit Louis, le frère de Mathias et c’est après que j’ai réalisé que Pierre était votre oncle paternel et votre père le fils de Mathias et non son frère. Votre message, porte autant et plus d’émotions qu’un cœur simple, noble et généreux, submergé par tous ces souvenirs d’un « paradis » que lui ont conté à merveille les siens, puisse en contenir ; il m’a bouleversé et c’est bien le sang de notre Mathias qui parle ainsi de Béni Haoua. J’entrais dans l’adolescence lorsque j’ai connu Mathias, mais c’était « Mathias Sandorf » de Jules Verne ; et lorsque au port je voyais le Mathias de Madame Henry je faisais des confusions et des comparaisons. Mais, croyez-moi, à nos yeux d’adolescents notre Mathias avec son petit voilier et très proche de nous n’avait rien à envier ni en bonté et générosité, ni en stature intrépide au héros balkanique. Vous connaissiez Béni Haoua par les récits que vous en font ceux qui vibrent encore au souvenir plein de ce spleen du temps vécu dans ce « paradis », ce « mal du pays » qui leur est propre... (Leurs cœurs saignent encore comme à l’écoute du poème chanté : « Les sanglots longs – des violons de l’automne – blessent mon cœur – d’une langueur monotone – je me souviens – des jours anciens – et je pleure – mais je m’en vais – au vent mauvais – qui m’emporte - de ça de là – pareil à la - feuille morte »). Vous Béni Haoua maintenant par ce qu’en disent ceux qui y vivent en ces temps et l’agrémentent, parce qu’ils le voient au travers d’un prisme enjoliveur et surtout par ce qu’ils n’ont pas connu les temps anciens. Vous avez la certitude que vous poserez votre valise un jour à Béni Haoua et que vous y retrouveriez le « paradis ». Non mon cher Mathias, vous serez profondément déçu, touché mortellement dans ce qu’il y a de plus précieux dans les legs spirituels que vous ont laissé votre grand père et les vôtres. Le « paradis » n’existe plus, à l’image de ce qui se passe partout sur la planète, et peut-être un peu plus. Le village n’est plus ce qu’il était. Ce ne sont que d’innommables cubes en béton qui se sont greffés sur les maisonnettes aux toits de tuiles qui ont presque toutes disparu. Seules quelques unes survivent, résignées. Les fontaines publiques, dont celle face à votre maison n’existent plus. J’ai voulu la semaine dernière prendre en photo la maison de votre grand père afin de vous la faire parvenir, mais j’ai eu honte ; on ne distingue, et encore si peu, que les tuiles faîtières, noyées dans du béton et vivant leurs derniers jours dans un veuvage désolant. Le reste du village est à l’avenant : des villas empiétant sur les trottoirs, lorsque ces derniers, appropriés par les constructions, ne sont pas « squattés » par des marches ou des arbres obligeant les citoyens à circuler sur la chaussée. La belle plage, jadis aux eaux claires sauf par vent d’ouest, reçoit trois déversoirs d’égout officiels, l’un au port, le second au droit de ce qui fut la cave coopérative et le troisième à la pointe du caïd. Mais le plus spectaculaire est celui qui longe et noie en permanence la belle allée qui descendait vers la plage astreignant les piétons à patauger dans la gadoue pour éviter les fous du volant. La belle parure verte des montagnes est quasiment calcinée. Pensez donc au nombre de fois qu’elle fut incendiée : fin des années cinquante par l’armée française, pratiquement de Ténès et des flancs de son cap jusqu’au sortir de Sidi Ghilès (ex-Fontaine du Génie), puis, à peine ressortie du sol, une autre fois à la fin des années soixante. Et le pire restait à venir. Reconstituée par la tenace persévérance de la nature au bout de vingt ans, la voilà dans les quatre-vingt à nouveau livrée à la folie des hommes et brûlée à nouveau pour, depuis cette date subir une demi douzaine d’incendie. Ce n’est plus qu’une terre calcinée, une désolation qui s’offre au regard de qui voudrait retrouver les splendeurs sylvestres d’antan. La nationale onze a subi un sort identique. Jadis route touristique, pacifiste, rêveuse et même romantique à certains égards, elle est en voie de devenir une autoroute, elle qui avait été conçue pour ne supporter que des poids lourds inférieurs à cinq tonnes. La voilà maintenant déchiquetée, éventrée, jetée pardessus bord sur ce qui reste de pinèdes, livrée à de monstrueuses machines et d’immenses camions sans fin, comme pour la punir d’être restée près d’un siècle une bonne route, heureuse de promener des passagers qui prenaient plaisir à un simple voyage. Lorsque au premières lueurs de l’aube nous allions relever les filets nous respirions à peins poumons les senteurs des pinèdes et des bruyères, ruisselant le long des flanc de nos montagnettes et que le « bitch » ce bon vent de terre nous apportait comme une offrande naturelle. Maintenant ce n’est que cendres et odeurs nauséabondes de bitumes ou d’égouts qui nous accompagnent aux aurores. Mais les nouveaux pêcheurs ne font guère de différence n’ayant rien connu d’autres. Alors ils chantent louanges là où il n’y a qu’exécration à déverser. Il en est de même lorsque l’on fini de poser les palangres fins en fin de journée. A quelque temps de son coucher, le soleil fait alors sa révérence rougeoyante au cap Ténès avant de passer de l’autre côté du monde dans un calme plat sur lequel nulle brise n’ose s’aventurer mais auquel il manque maintenant la bonne odeur des pins descendant des hauteurs.... Alors mon cher Mathias posez votre valise à Alger, faites vous conduire pour une journée seulement à Béni Haoua et revenez vite avant que ne fonde en vous tout ce qui vient du passé.
Et pour ne pas rester sur une note triste je vous convie à visiter Béni Haoua jadis, une esquisse sans prétention, ainsi qu’un instant au café Verte Rive qui fera grincer peut-être quelques dents, mais tant pis, je vous les dois.
Très cordialement à vous G.
* * *
La rue principale n’était pas longue, pas plus d’une honnête portée de fusil de chasse, entre deux pudiques virages. Elle commençait quelque trente mètres avant Verte Rive, tout contre l’abreuvoir à l’aspect romain bordé d’un bosquet d’immenses eucalyptus qui faisait à l’arrivant une immobile et séculaire révérence, puis reprenait après les écuries de Monsieur Bortolotti [1] , juste au second tournant, son allure naturelle de nationale onze, étroit ruban de bitume bien lisse, encadré de bas-côtés caillouteux. Parée du vert de ses fucus chevelus, et seule rue du village à être revêtue de bitume, elle accueillait avec paresse les passagers pour les délasser un court moment. Francis Garnier était la halte réglementaire du car de la Société Mory et Messageries du Littoral. Transport de voyageurs et unique courrier, il s’arrêtait vingt bonnes minutes au café Verte Rive. Le sac de l’agence postale s’y déposait, et les voyageurs descendaient se dégourdir les jambes et prendre au comptoir un café réparateur. Le chauffeur et son receveur, choyés comme il convient, consommaient gratuitement. C’était la coutume, car ils rendaient de menus services, portant petits paquets ou passant des messages aux uns et aux autres. Porteurs de nouvelles, et aussi de ragots, des villes traversées, Ténès, Cherchell et même d’ Alger, ils étaient d’incontournables ambassadeurs, mystérieux reflets de ces lointaines cités. L’arrivée du car des Messageries était chaque fois l’événement du jour à Francis Garnier. On l’attendait. Quelques minutes avant son arrivée, par l’effet d’un infaillible instinct, tout ce qu’il y avait de vivant dans la rue principale et aux alentours, se dirigeait alors vers le café. On venait tourner, rôder autour du car, pour voir qui descendait, qui partait, qui disait quoi et à qui. Même les chiens, à leur manière, se soumettaient au rituel, l’un levant la patte sur la roue arrière du car pour transmettre sa signature parfumée aux canidés des escales suivantes, les autres, collés contre les pneus avant pour y renifler avec extase la chaude et riche odeur de leurs congénères des précédentes haltes. Toute la curiosité du village, et il y en avait plus que de raison, se concentrait alors sur le café et son petit bout de trottoir. Hormis le dimanche, grise pierre cadençant le temps, c’était l’unique et quotidien spectacle des autres jours de la semaine, toujours renouvelé dans sa monotonie et dont personne au village ne se lassait jamais. Il y avait là le garde forestier et les deux gardes champêtres, l'européen et l'indigène, les facétieux impénitents du village qui, avec leur air faussement martial, prenaient un immense plaisir à taquiner Toulon la tête de turc du village pour l’enfoncer encore plus dans son insignifiance. Le Caïd ou son secrétaire, son khodja disait-on, venait aussi aux nouvelles et prendre aussi quelque courrier urgent et toujours officiel. D’autres encore traînaient par-là, comme désœuvrés, mais guettaient avec patience l’arrivée du car et le petit divertissement gratuit qu’il leur donnait. Il y avait Vincent Rodriguez, le gérant de monsieur Bortolotti, Tufelli et parfois ceux de la mine, venus pour quelque course au village et attardés au café. Le receveur de la poste, Rémy, était lui toujours là, parmi les premiers. Il remettait au receveur le courrier qui devait partir, puis, après avoir ostensiblement vérifié les scellés de cire du sac des PTT arrivé, il le jetait sur son épaule et s’en allait. Il n’attendait pas le départ du car, devenu soudain comme pressé par un travail urgent. L’épicier d’en face, franchissait la rue, en voisin, pour faire honneur à l’arrivée du car. C’était le fils Rémusat, Urbain, le rusé Bainbain, taciturne et plein d’esprit provençal, qui faisait souvent la traversée. Son père restait à l’épicerie, gardien vigilant d’un temple bien désert, car ses clients, rares en semaine ne venaient que le dimanche, jour du souk hebdomadaire. Ce jour là c’était alors la bousculade campagnarde, et la bru n’était pas de trop pour aider Bainbain et son père. L’épicerie se vidait de sa marchandise et les cheveux de monsieur Rémusat blanchissaient au rythme du crédit qu’il accordait et qui gonflait, lui faisant augurer un désastre financier. Arrivé l’un des premiers, Armand Trinquier, casquette de travers et mégot derrière l’oreille il poussait nonchalamment devant lui sa charrette pour venir prendre ses sacs bourrés de pain commandé à Ténès. Il n’y avait pas de boulanger à Francis Garnier. Le seul pain qui s’y fabriquait était fait au port, dans la boulangerie de la mine. Un vieux mulet, la tête recouverte d’un sac y faisait tourner le pétrin à longueur de nuit, comme une noria dans un puits desséché. Il s’y façonnait une petite quantité de gros pain campagnard, juste suffisante pour le personnel de la mine que Mme Sampol, la boulangère et cantinière de la mine leur vendait à la pause du casse-croûte. C’est pourquoi Trinquier, en plus de son épicerie, faisait commerce aussi de pain venu de la ville. Renfrogné et une autre cigarette éteinte au coin de la bouche, il le manipulait, à gros doigts boudinés et sales d’une bonne crasse de campagne et de plusieurs jours. Ces beaux pains dorés et croustillants, à la mie moelleuse sentaient le bon froment du Sersou. Cuits à Ténès ils étaient consommés quelques heures plus tard par les gens de Francis Garnier. Les indigènes quant à eux se contentaient de la galette d’orge, mais certainsparmi eux se permettaient quelquefois de ce bon pain que leur vendait Armand. Cette dépendance de Francis Garnier des boulangers de Ténès faisait de lui comme un village inachevé. Il y avait aussi deux ou trois petits « indigènes » qui rôdaient, de loin, autour du car. Pieds nus ils fouinaient des yeux, en se tenant à l’écart et sur leurs gardes, privilégiés mais aussi craintifs d’être au milieu du village et des européens. Ils l’étaient autant d’être rabroués que de recevoir un facétieux et inattendu coup de pied au derrière venu d’un Jeannot ou d’un Jacques en veine de rigolade. Cela plaisait aux autres et il était bon, en les bousculant ainsi, de leur rappeler en riant le bon ordre du village. * * * Sur la rue principale, du côté de Verte Rive et avant d’arriver aux écuries de monsieur Bortolotti, il n'y avait que trois constructions, deux baraques en bois et une maison en dur. La maison, basse et recouverte de tuiles, appartenait à Duroi, l'un des bénéficiaires de concessions de terre. Directeur d'école en retraite, il était venu juste avant la première guerre mondiale coloniser sa part d' Algérie. Français jusqu'au bout des ongles, il se refusait à jouer à la belote, la qualifiant de « jeu d'étrangers » et lui préférant le piquet, seul jeu qu'il pratiquait en tête-à-tête avec le père Rémusat. Les deux bicoques étaient une manière de chalets rudimentaires. Tristement grises et isolées, ces baraques furent les premiers logis construits à Francis Garnier au tout début de ce siècle, à l'arrivée des premiers français sédentaires. Leurs destins s’étiolèrent à mesure que l’agglomération s’enrichissait. Elles finirent épiceries, logeant en place de pionniers, les ingrédients, les céréales du Chéliff et la quincaillerie de la ville. L’une était tenue par Carillo, chose normale en soi puisqu’il était un européen. L’autre était fermée et attendait avec une patience villageoise son nouveau locataire. Un indigène, parent du Caïd et instruit, avait eu quelque temps la fatuité de vouloir y installer un commerce de grains. Cela n’était pas convenable dans le périmètre urbain légalement et rigoureusement réservé aux européens. Aussi avait-il naturellement fait faillite, un peu aidé en cela par les autorités du village et celles de Ténès. Face à ces deux bicoques, de l’autre côté de la rue, il y avait la place du village. Carré de trente mètres de côté avec, tout autour, une clôture à balustres, simple et blanchie à la chaux, la place devenait aux beaux jours terrain de jeu de boules. Les hommes du village, y menaient d’interminables et bruyantes parties et n’abandonnaient qu’à la nuit tombée, chassés par l’obscurité. Mais bien souvent des parties âprement disputées s’achevaient à la lumière du quinquet fumeux de Verte Rive ou de celle, sifflante, d’une dangereuse lampe à acétylène. En ce temps-là il n’y avait pas d’électricité, ni d’éclairage public à Francis Garnier. Les gens du village s’éclairaient au pétrole, à la bougie ou à l‘acétylène pour les plus modestes. La place publique donnait sur la rue principale par un escalier de quelques marches rudimentaires en ciment. Six immenses pins séculaires aux troncs noueux, torturés par l’âge et le glacial vent du nord la bordaient de ce côté-là, étalant sur le trottoir et la chaussée leur ombre vivante de tiédeur qui faisait d’eux comme une puissance tutélaire. Ils inspiraient crainte et respect, suscitant inconsciemment beaucoup d'égards de la part autant des indigènes que des européens. Nés bien avant la conquête, ils étaient comme un rappel du passé de ce pays et de son Histoire. Sur l’arrière de la place, vers le sud, le long de la petite rue qui la bordait de l’autre côté, s’étalait le greffon laïc et provençal. Couverts de tuiles rouges, face au nord et vieillis au soleil, trois symboles de la République somnolaient dans la tiédeur estivale. Une école communale, juste une classe avec sa petite cour, et une minuscule agence postale en guise de Poste, encadraient un semblant de mairie majestueusement assoupie. Comme dans tous les petits villages , l’instituteur était un important personnage à Francis Garnier. C'était l'intellectuel du village. Il lisait le journal et enseignait une dizaine d'enfants, les menant parfois jusqu'au certificat. Certains lui donnaient du Monsieur, presque à égalité avec Monsieur Bortolotti, et son avis de fonctionnaire pesait dans les discussions au café tout comme celui du receveur des postes. L'agence postale était minuscule. Une pièce ordinaire, coupée par une cloison grillagée percée d'un guichet et flanquée d’une porte métallique, abritait d’un côté le petit bureau du receveur et de l’autre les six mètres carrés de palier carrelé agrémenté d'un banc en ciment pour recevoir le public. Le téléphone rudimentaire, accroché au mur d’un semblant de cabine, servait peu souvent, et l'on entendait de la rue les rares communications qui s'y faisaient. Le postier passait le plus clair de son temps dans son logis. Son appartement et son bureau, c'était tout un. De son bureau, une porte, toujours ouverte, y menait et au moindre bruit dans le réduit public, il apparaissait furtivement, bretelles rabattues sur ses gros pantalons ou les mains encombrées d'un couteau planté dans un quignon de pain. Lorsque, en fin de journée, il fermait la lourde porte extérieure garnie d'énormes clous cuivrés, c'était comme une partie du monde officiel qui se retirait de la vie de Francis Garnier. Le receveur des Postes redevenait alors citoyen du village et rejoignait le café. La maison communale n’ouvrait sa porte qu’aux grandes occasions. Il n’y avait pas de maire à Francis Garnier. Un citoyen du village, le postier, l’instituteur ou un colon, y était nommé « adjoint spécial » par les autorités, une sorte de maire rural. Il officiait une, deux fois l’an, inscrivant de rares naissances ou quelque décès accidentel. Il y recevait aussi l’auxiliaire de l’Administrateur civil de Ténès, quelquefois, mais toujours par une belle matinée d’été propice aux déplacements d’inspection. Il y avait aussi l’église. Posée crânement au bord de la rue qui remonte en longeant la place, elle tenait tête toute seule aux trois symboles de la République. C’était une église sans cloche et sans servant, toujours fermée. Elle ne vivait seulement qu'avec la venue du curé de Ténès. Mais il ne se déplaçait qu’en de rares événements, comme parfois pour les fêtes de Pâques. On se mariait si peu et l’on ne mourait presque pas à Francis Garnier. Il y avait peu de gens pour pouvoir en faire des couples, et le village était trop jeune pour que l’on y meure de vieillesse. Mais l’église était là, et c’était cela l’important. Le pasteur de Gouraya venait aussi à certaines occasions, car deux familles protestantes vivaient à Francis Garnier. Tout au bout, sur le même côté que Verte Rive, et juste avant le virage, les écuries de Monsieur Bortolotti étaient comme la porte de sortie de Francis Garnier. Ensuite, à gauche, il y avait les deux maisonnettes en bois des Prina. Elles dataient aussi de l’arrivée des premiers Français au début du siècle. Enveloppées dans un sauvage taillis de verdure elles confirmaient la fin de la rue principale et le retour de la nationale onze. Puis, quelques dizaines de mètres plus loin, au-delà de la plaque qui marquait la limite du village, deux gourbis en terre abritaient deux obscurs cafés maures. Ils faisaient à la nationale onze, de chaque côté, comme une garde d’honneur autochtone saluant son retour au pays.
* * * LE CAFE VERTE-RIVE
Sur la rue principale du village se tenait le seul café dit européen de Francis Garnier. C’était une grande bâtisse, bien nommée «Verte Rive», un cube bâti en parpaings, avec un toit en belles tuiles rouges, de la tuilerie d’Affreville et brevetée S.G.D.G. Blanchie à la chaux, sa façade s’ornait d’une grande porte d’entrée donnant sur la rue et, juste sur sa droite, d’une autre plus petite. Les portes étaient peintes en un tendre vert, très pâle et accueillant tout comme les deux fenêtres qui les flanquaient. Un semblant de trottoir, ombragé par de gros fucus taillés au cordeau, s’étire devant le café. Lorsque le vent d’ouest souffle en été, ces arbres se chargent d’une poussière chaude qui ternit le vert brillant de leurs feuilles dures. Il devenait alors étouffant de rester à leur ombre, et les gens du village se réfugiaient au café pour se rafraîchir à grands verres d’anisette. Surmonté de ses bulbes de verres étalonnés, un lampot d’essence, rouge et très visible, bien planté dans le trottoir entre deux fucus, faisait au café comme une sentinelle rassurante. Il s’actionnait à la main. Les clients de cette pompe à essence étaient rares. Mais elle était là, toujours prête à dépanner les imprudents automobilistes qui se seraient engagés sur la nationale onze sans carburant suffisant pour aller jusqu'au bout de leur route, Ténès ou Cherchell, à une quarantaine de kilomètres chacune de là. C'était la première construction que le voyageur, venant de Dupleix ou de plus loin, voyait sur sa droite. S’il arrivait de Ténès, le rouge lampot, terni par le soleil, lui était comme une invite pour une halte agrémentée de l’inévitable et fraîche anisette. Et c’était aussi l’occasion d’échanger d’anodines nouvelles avec ceux de Francis Garnier. Il y avait une seule salle au café «Verte Rive» que quelques tables emplissaient presque entièrement. Alignées à quatre le long des deux murs latéraux, elles étaient entourées chacune de trois ou quatre chaises, jamais plus. En face de la porte d’entrée, un comptoir, massif et simple, toujours bien astiqué, s’accoudait au mur latéral. Derrière ce comptoir, et presque cachée par un grand meuble frigorifique en bois rouge et aux grosses ferrures chromées, une porte menait à la petite cuisine. Celle-ci, par trois hautes marches, donnait à son tour sur la cour de derrière en terre battue. «Verte Rive» était Café, Hôtel et Restaurant à la fois. La cuisine était en temps ordinaire le refuge de M..., le propriétaire cette année-là. Aux heures creuses de la matinée il s’y retirait avec quelques amis pour y griller et déguster des sardines. Ces grillades étaient agréablement accompagnées de vin blanc, frais, venu directement de la cave coopérative du village. Après le copieux et bien arrosé casse-croûte, M... filait bien souvent avec ses copains, par la porte de derrière, laissant la salle du café aux soins de sa femme ; il les suivait « pour faire passer l’apéritif » chez l’un d’eux, disait-il à grandes rigolades appuyées de clins d’œil rieurs. Ils y restaient à boire de l’anisette et grignoter des kémias, jusqu’à onze heures passées, qui marquaient en ce temps-là le milieu de la journée ; le midi, lui, est arrivé juste après la guerre, celle des américains, la mise à l’horaire d’été chambardant les rythmes scolaire et naturel ainsi que les bonnes habitudes. Une autre porte, à droite en entrant de la rue, s’ouvrait sur une chambre minuscule. Celle-ci, de mémoire d’homme, avait toujours été occupée par un cordonnier. C’était comme sa destination naturelle ; par nécessité mon père y fit l’apprenti cordonnier dès l’âge de douze ans juste avant la première guerre mondiale Cette porte donnait aussi sur la rue principale. Tous les matins, sauf les dimanches et s’il ne pleuvait pas, le cordonnier du moment s’installait sur le trottoir devant sa chambre, avec son attirail. Il y exerçait sa pratique, presque distraitement, et réparait à longueur d’année les grosses chaussures des gens de Francis Garnier [2] . Les autres chambres donnaient sur l’arrière et le côté de l’hôtel. Comme la cuisine, elles débouchaient par trois hautes marches sur la cour ou le corridor latéral. Ouvrant sur la rue parallèle à la route nationale, cette cour était grande et entourée d’un mur en terre blanchi à la chaux. Sur son côté droit trois cabinets d’aisance, couverts de tuiles, et d’usage presque public, alignaient leurs portes de bois, percées à hauteur d’homme du losange traditionnel. De l’autre côté, toujours sous des tuiles, il y avait une buanderie sans porte. Grosse de ses deux bassins en ciment, elle abritait en permanence une ou deux corbeilles pleines de linge, telles des berceaux attendant des nouveau-nés. Un séchoir ouvert au vent et au soleil lui était accoté. Deux cordes mal tendues et chargées de pinces à linge désordonnées pareilles à de gros insectes desséchés le traversaient de tout son long. C’était cela le café Verte Rive.
* * * LES GENS DE VERTE RIVE
Les gens du village sont arrivés au café «Verte Rive » vers neuf heures ce matin du quatorze juillet 193.. Monsieur B. leur avait fait discrètement rappeler la veille son invitation générale pour célébrer la fête nationale. Neuf heures c’était un peu tôt pour un jour férié, mais le quatorze juillet c’était aussi exceptionnel. Levés de bon matin ils se sont endimanchés à l’aise pour faire honneur à la fête. Presque tous s’habillaient au «Gagne-petit », ce grand magasin d’ Alger dont la clientèle était faite de petites gens. Son représentant passait par le village presque une fois par mois pour prendre les commandes et faire aussi des livraisons. La modicité de leurs bourses et l’éloignement de la grande ville ne leur permettaient pas la vanité des grandes dépenses pour s’habiller avec plus d’éclat.... Le seuil à peine passé, ils se sont enquis, les uns après les autres, de la santé des présents. Ils se sont lancés de grosses plaisanteries accompagnées de rires bruyants. Puis après l’anisette offerte aux arrivants, ils ont, chacun à son tour, offert leur propre tournée. C’était comme une contribution personnelle aux réjouissances du jour, une manière, pour chacun d’eux, de s’affirmer face aux autres. Le garde champêtre du village est arrivé le premier, accompagné de ses deux grands enfants, Pascal et Joseph. Il se nommait lui aussi Joseph, mais on l’appelait « le père Curien», par son nom de famille pour le distinguer de son fils. L’uniforme beige et repassé de neuf était trop ample pour sa petite taille. Il le portait rarement. Le quatorze juillet était pour lui, en même temps qu’une fête, l’occasion d’exhiber le côté officiel et administratif de son travail. Sa casquette aux liserés dorés, trop grande pour lui et toujours de guingois, reposait mollement sur son oreille droite. Elle lui donnait un air bizarre et drôle, auquel il rajoutait de temps à autre des facéties et des mimiques forcées. Cela plaisait toujours à son auditoire. Accroché à son large ceinturon, l’étui de son pistolet, au large rabat, réglementaire et bien briqué, était comme une fausse note. D’une absurdité effarante, il dépareillait comme à regret le comique du personnage. Paradoxalement le père Curien n’aimait pas les armes. Il laissait la sienne chez lui et à défaut de pistolet il bourrait son étui de papier journal ; pour faire peur aux « indigènes », disait-il. Sa ruse puérile était connue de tous. Aux plaisanteries des uns et des autres, qu’il subissait avec une constante et désarmante bonne humeur, il répondait avec sa grosse malice campagnarde par les mêmes mots pleins de sous-entendus :- « Il faut lui donner ! Il faut lui donner ! ». Phrase qu’il appuyait, pour faire rire, d’un mouvement équivoque de son poing fermé, plein de paillardise. C’était aussi comme s’il voulait enfoncer quelque évidence, connue de lui seul, dans l’entendement de son interlocuteur. Personne n’a jamais bien compris la signification réelle de son geste ni celle de ses mots ambigus. Les Curien ne sont pas restés longtemps seuls entre eux. Le garde forestier les y a rejoint quelques minutes après leur entrée au café, bien drapé dans sa tenue verte aux revers ornés de cors de chasse. * * * C’était un corse, comme bon nombre des gardes forestiers qui se succédèrent à Francis Garnier, des corses du meilleur cru. Nul, de mémoire d’homme, ne se souvenait de braconniers verbalisés par l’un de ces gardiens de la loi. Pourtant tout le monde braconnait à Francis Garnier, mais avec sagesse, sans excès. C’était comme pour les charbonnières. Cependant qu’elles étaient strictement interdites, disait la loi, leurs longs filets de fumée bleutée, s’élevaient des forêts avoisinantes, aux clairs matins d’hiver, avec une insolence tout innocente. Comme un défi, narguant au surplus la loi, elles ont bien souvent mis dans l’embarras les gardes forestiers. Mais ils étaient corses, aussi braves et humains que peuvent l’être les fonctionnaires corses. Ils ne se sentaient guère le cœur à priver ces pauvres « indigènes » de leur seule ressource pour subsister. L’un d’eux, Santini, le bien nommé, s’offrit même un jour une bien agréable forfaiture. Il se trouvait, un froid et beau matin d’hiver, devant le café Verte Rive en compagnie du garde-champêtre indigène. Un âne chargé de deux gros sacs de charbon est alors apparu à l’autre bout du village. Il venait de la montagne, suivi de son maître. L’ indigène allait nu-pieds, vêtu seulement d’un semblant de blouse sans manches, serrée à la taille par une cordelette de palmier nain. Santini fut fortement ému par la témérité du charbonnier. Il traversait le village et piétinait la loi, double crime d’ indigène, pour aller livrer son charbon prohibé à quelque européen de l’autre côté. Se tournant vers le garde champêtre, il lui dit, incrédule mais presque ravi à la fois par la crâne insouciance du charbonnier : -- Putain de merde ! Mais où va-t-il ce tordu ? Putain de merde !!! Va, Mohammed, va lui dire de faire le tour, Bon Dieu ! Il ne va pas passer par ici, non ? On aurait l’air bien cons tous les deux. Non ? Mais il n’y eut pas que des Santini comme gardes forestiers à Francis Garnier. L’un d’entre eux fit beaucoup de zèle administratif assorti de tant de méchanceté foncière que son nom resta dans la mémoire de la population comme une malédiction. * * *
Après le garde forestier, les gens de la mine et du port sont arrivés dans le camion de la Société, une manière de tracteur bon à tout faire....... Cette année là Franzetti n’était pas avec eux, pas plus que trois de ses enfants, Charles, Eugène et Henri. Ils étaient morts tous les quatre par une nuit glaciale du mois de février passé, asphyxiés par l’oxyde de carbone d’un brasero dans leur chambre sans fenêtres de la mine à Breira. La Société des mines de Fer de Breira, société de Bruxelles mais ayant son Siège Social à Francis Garnier (sic, dans un village de vingt feux sans plus), dirigée par André SALZE, ingénieur des Mines, a pu obtenir gain de cause par voie de justice devant la veuve qui réclamait réparation pour le décès des siens et ne lui a versé aucune indemnité. C’étaient des Siciliens. Depuis Mme Franzetti gagne son pain et celui de ce qui restait de sa famille en lavant le linge de Mr. le Directeur Général, une fois par semaine, dans le plus pur style Germinal......Quelques-uns des gens de la mine, serrés à l’avant du camion avec le chauffeur, se parlaient à grands gestes. Les autres, en équilibre instable sur le plateau du véhicule, s’agrippaient aux ridelles en se courbant pour résister au vent de la course. Ils ne se souciaient guère de leur situation inconfortable et poursuivaient une conversation animée, en dépit des virages qui les jetaient les uns contre les autres. Ledesma et Janer, mécaniciens et forgerons à la fois, descendus les premiers du camion, s’arrêtèrent à l’entrée du café. Ils entamèrent une interminable discussion, probablement de travail, avec le chef mineur Broda, un polonais non encore naturalisé français. Venant à leur suite, Orofino Emile, encadré par ses deux enfants, devança Sanchez Pedro le pêcheur. Il l’écarta même sans s’en rendre compte, en franchissant la porte du café avec une manière d’assurance qui ne lui était pas coutumière. Il avait appris l’avant-veille qu’il venait d’obtenir sa naturalisation. Monsieur Orofino en était heureux et se sentait comme l’égal du Directeur de la Société. Bien mieux, il pensait qu’il avait quelque chose de plus que lui. Il avait été italien, lui, pendant près de cinquante ans, et maintenant voilà qu’on lui ajoutait la nationalité française. Muletier de classe, il avait émigré d’ Italie en Tunisie où il travailla de longues et dures années. Puis quelqu’un était venu lui proposer du travail en Algérie, en même temps qu’à d’autres ouvriers Tunisiens pour renforcer la production, les travailleurs du cru s’étant révélés peu maniables par un encadrement à l’allure de garde-chiourme. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé à Francis Garnier, embauché par la Société Belge des Mines de Fer de Breira pour gérer son parc animalier de mulets qui tractaient les wagonnets de minerai dans es obscures galeries. Et voilà qu’il était Français. C‘était quelque chose cela ! Monsieur Salze, l’actuel Directeur de la mine ne pouvait pas en dire autant. Il avait traversé, lui, presque trois nationalités, en comptant la Tunisie, alors que le Directeur n’était que Français. Mais son fils aîné Blaise n’avait pas eu autant de chance que lui. Cela l’attristait un peu pour Blaise. Il avait déjà ses vingt ans, et l’administration exigeait de lui qu’il fît son service militaire pour pouvoir devenir Français. Blaise rechignait à rejoindre l’armée, mais puisqu’il le fallait, tant pis il ferait le service et, divine surprise, ramènerait avec lui une épousée en prime. Mais pour l’instant, en fils soucieux de l’ordre familial, il attendit l’entrée de son père au café pour y pénétrer à son tour en y devançant son frère Joseph. * * * Après ceux de la mine, deux épiciers, sur les trois que comptait le village, arrivèrent presque ensemble. Le premier, Carillo, arborait un chapeau neuf. Le fripé de son pantalon à l’incertaine couleur, jurait atrocement avec la belle et légère robe fleurie de sa femme aux cheveux décolorés. Joseph ne se souciait guère de ce que sa tenue détonnait d’avec celle de son épouse, pas plus que de l’avenant sourire qu’elle distribuait gaiement. Cette coquetterie, émoustillante dans l’austère et campagnard Francis Garnier, faisait d’elle comme une offrande à tout venant, un fruit d’été aux promesses fraîches et juteuses. Trinquier, lui, portait, comme à l’accoutumée, sa casquette graisseuse penchée sur son oreille droite. Sa femme n’était pas avec lui. Elle les rejoindrait tout à l’heure pour la collation. D’ailleurs personne ne s’apercevait ni se souciait de son insignifiante absence, lui pas plus qu’un autre. Les Trinquier étaient du bout du village, comme un appendice qui pouvait se détacher sans inquiéter la communauté. Les propriétaires de la troisième épicerie, les Rémusat n’étaient pas là. Ils évitaient toujours les fêtes que monsieur Bortolotti patronnait et à qui ils montraient ainsi une inexplicable, semblait-il, hostilité. Le vieux Rémusat, Louis, était l’un des anciens de Francis Garnier. Mais il n’était pas des cinq privilégiés qui faisaient figure de pionniers, à la manière de ceux d’un Mayflower français. Ceux-là avaient obtenu par décrets, à défaut de winchesters, les terres des indigènes au temps des expropriations coloniales, brutales et autoritaires. Louis Rémusat avait été gérant des propriétés de deux colons concessionnaires et associés, pendant qu'ils faisaient la guerre, la Grande celle de 14/18. L’un est tombé au champ d’honneur, le second plus chanceux, est revenu de la guerre et, depuis, s’est souvent pris de querelle avec son gérant. Jamais personne au village ne s’est vanté avoir connu le secret de leurs disputes, bien que ce secret soit devenu celui de polichinelle tant la rumeur en a donné des versions. Louis a quitté sa gérance, se nantissant, à défaut de terres, d’une forte haine à l’égard de ce colon qui s’affirmait déjà. Reprenant sa liberté, Rémusat s’est installé à son compte en rachetant la concession de Garcin, l’un des cinq heureux pionniers. Mais n’étant pas meilleur colon qu’il n’avait été bon gérant, il finit par vendre ses terres à un jeune médecin de colonisation, fraîchement installé à Francis Garnier, monsieur Padovani. Il se mit alors dans l’épicerie, pour vendre à crédit aux indigènes et inscrire sur de tristes carnets leurs achats d’huile, de café, de sucre et de tabac à rouler. Rusant au mieux avec les deux autres épiciers de Francis Garnier, il tentait de conserver des clients plus matois qu’il n’avait jamais pu l’être. Mais lorsque tout leur crédit était consommé chez l’un ils passaient au suivant sans rien régler aux précédents. Après avoir bouclé la trinité épicière, ils revenaient au premier et lui proposaient leur clientèle accompagnée d’un modeste règlement. Ils reprenaient ainsi à moindres frais, un cycle de sournoiseries imposé par les nécessités de leur survie et accepté par les épiciers qui se prêtaient ainsi et de mauvais gré à ce jeu de massacre lequel mena au moins deux commerçants à mettre la clé sous le paillasson. C’était comme un âcre plaisir que les rusés et pauvres paysans semblaient prendre à voir des supposés mercantis fermer boutique et s’en aller après avoir mangé leur capital. * * * Toulon, Alfred pour tout le monde, fit une entrée remarquée. Sitôt les bonjours échangés, il devint la cible de toutes les plaisanteries. C’était l’un des plus anciens du village, et aussi le plus mal loti. Il était venu faire le maçon à Francis Garnier aux premiers temps. Mais la grande guerre en avait fait un invalide pensionné. Il logeait encore dans son premier gourbi de terre. Les rares fois où la chance se mettait du côté de Toulon, sa paresse indolente et une négligence complaisante le desservaient immanquablement. Aussi vivotait-il au moyen de menus travaux et de services qu’il rendait aux autres gens de Francis Garnier. Payé à peine un peu plus qu’un ouvrier « indigène », Alfred était bon pour toutes les tâches qu’on lui demandait. Il ne rechignait jamais et portait sur lui comme la marque de ses déboires et d’une résignation pareille à celle qu’affectaient les « indigènes ». Mais il était le meilleur pêcheur du village, et pêcher avec lui était sa seule faveur qui le rehaussait aux yeux des autres. Il l’accordait toujours sans garder rancune des blagues de mauvais goût et des facéties de bistrot qu’il subissait. Alfred était un personnage de Francis Garnier. Les apéritifs du dimanche et les parties de boules étaient bien fades et sans couleurs lorsqu’il n’était pas là pour servir de tête de turc. Après Toulon vinrent les Prina et Courgeaud. Monsieur Prina, l’un des premiers européens venus au pays entra au café en même temps que l’austère et sévère Mme Camp, sa fille. Il s’appuyait sur elle en s’aidant aussi d’une canne. Il avançait lentement et portait péniblement son âge. Albain et Elie, ses deux autres enfants, le suivirent. Ils s’enfermèrent tous deux, comme à leur coutume, dans un étrange silence laissant à leur sœur le soin d’échanger les politesses d’usage avec les autres. S’attablant entre eux, ils furent vite rejoints par Courgeaud. C’était le jardinier du village et un voisin du café. Il était le modeste parmi les modestes et traînait sa jambe malade toujours saucissonnée dans un grossier bandage fait de toile épaisse maculée de taches douteuses. Mais c’était le meilleur pour les travaux de jardinage. Il employait des « indigènes » pour les besognes qui lui étaient demandées, montrant ainsi qu'il restait tout de même un européen malgré sa médiocre condition. Comme Alfred, il se trouvait socialement à la frontière avec les autochtones, à la manière de petits blancs, mais à l'inverse de Toulon il habitait une jolie petite maison au toit de tuiles d’Affreville brevetées S.G.D.G et gardait encore un peu de « dignité sociale ».... En moins d’une demi-heure le café se remplit. Presque tous les Européens du village étaient là. La salle du café devenait de plus en plus bruyante et enfumée. Les jeunes s’étaient regroupés au comptoir. Les plus âgés s’asseyaient autour des tables. Le jour férié pouvait commencer à Francis Garnier. [1] A Francis Garnier on ne disait jamais Monsieur en parlant des autres ou en discutant avec eux, sauf s'il s'agissait de Monsieur Bortolotti ou lorsqu’un indigène s'adressait à un européen ou parlait de lui. [2] Cette tradition s’est perpétuée jusqu’à ce vingt-et-unième siècle. En cette année de grâce de 2007, un cordonnier officie tous les jours de beau temps devant cette chambre. Un siècle de tradition maintenue. | | | À: Garagouz · 28 avril 2008 à 23:48 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 76 de 108 · Page 4 de 6 · 6 184 affichages · Partager Bonjour Garagouz,
Encore une fois merci pour le plaisir que me procure ainsi qu'à toute ma petite famille vos messages qui en fait sont de véritables romans qu'on a hate de lire tant ils sont bourrés d'anedoctes, de souvenirs et d'événements que pour une grande partie je découvre grâce à vous. Certains noms m'étaient complétement sortis de l'esprit tels que Saturnino, Rémuzat etc..
Depuis ma plus jeune enfance en Algérie et encore en 1991 lorsque je suis retourné à Alger Plage chez mes copains Sebba Rabah, Sebba Brahim et Sebba Malik ses cousins, lorsque nous allions pêcher les petits mulets nous disions toujours aller pêcher les "Blaouettes" ! A cette époque il commençait a être risqué de s'éloigner des grandes villes et je n'ai malheureusement pas pu me rendre à Beni-Haoua.
Sur les conseils de ma Femme qui est d' Alger, que j'ai connue en 1959 mais qui n'est jamais allée à Beni-Haoua, je commence actuellement un recueil de tous vos messages et je l'espère de ceux à venir qui seront alors reliés avec en couverture une photo de Beni-Haoua, (celui de notre enfance) et en médaillon celui de mon Pére mathias. Il y sera mentionné en première page que la réalisation de ce recueil cela n'a été possible que grâce à vous.
Toute ma famille, (j'ai encore quatre cousines, un cousin qui ont connu Beni-Haoua) des Amis de mon âge qui y venaient également ainsi que mes neveux, nièces à qui j'ai tellement parlé de ce charmant village et de notre histoire en recevront un exemplaire.
Concernant Keddar Mokhtar, j'ai pensé que c'était la meilleure façon pour moi, et la seule, d'entrer directement en contact avec vous par mail. J'ai en effet plusieurs fois questionné la rubrique "contact" de Voyage Forum en leur demandant de bien vouloir me faire savoir comment vous joindre directement par mail sans passer par le site. Ils me répondent au sujet d'autre questions posées mais jamais concernant celle-ci. Je ne sai donc pas comment pratiquer ?
Mon neveu Mathias (et nous-mêmes) sommes restés bouche-bée quant à la réponse que vous lui avez faite. C'est l' Histoire, avec un grand H, de Francis-Garnier, histoire qui, grâce à vous, figurera également sur le recueil en cours de réalisation.
Encore une fois un grand merci pour tout.
Trés Cordialement, Pierre | | | À: Mathiashenry · 4 mai 2008 à 12:28 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 77 de 108 · Page 4 de 6 · 6 172 affichages · Partager Bonjour cher Mathias Ce matin en allumant ma bécane le clavier m’a restitué, en s’excusant, trois vers qu’il avait avalé lors de mon dernier envoi ; il a été plus rapide que mes doigts rhumatisant. Voilà donc ces trois vers en priant les muses et le poète de pardonner mon inattention. C’est donc – tout suffocant - et blême quand – sonne l’heure – je me souviens etc. Salut donc et à plus. G. | | | À: PierreHenry · 10 mai 2008 à 23:08 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 78 de 108 · Page 4 de 6 · 6 152 affichages · Partager Bonjour Pierre
Je pense qu'il y a un léger malentendu avec les modérateurs. Je vous donne donc une adresse de "transit" à laquelle vous pourrez me communiquer votre e.mail. Je vous communiquerai alors l'adresse de ma boîte. C'est donc à garagouzdoublezéro: soit: garagouz00@hotmail.fr
cordialement G. | | | À: Aouari · 18 juin 2008 à 16:20 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 79 de 108 · Page 4 de 6 · 6 097 affichages · Partager Bonjour Aouri,
Je fais bien parti de cette famille, Solange est la soeur de mon père. Nous avons fêté ses 90 ans récement, et Dieu merci, elle est toujours en pleine forme, alerte et aussi gaie qu'avant. Peut-être travailliez-vous à l'usine de Karmoucette, ou au ramassage des figues? Nous avons à peu près le même âge, je suis le fils de Gilbert, qui à 96 ans est toujours en bonne santé, merci mon Dieu!
Je suis heureux de savoir que Béni Haoua est toujours aussi beau et accueillant!
Salutations, | | | À: Bortolotti · 18 juin 2008 à 16:55 Re: Francis Garnier, aujourd'hui Beni Haoua en Algérie Message 80 de 108 · Page 4 de 6 · 6 092 affichages · Partager Pour ceux que cela intéresserait, j'ai reconstitué, d'après les archives nationales, l'Histoire de la création de "Béni Haoua-Francis Garnier" de 1893 à 1914. Me contacter par E'Mail: camillebortolotti@hotmail.com | Discussions similaires sur l'Algérie: Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 8 299 visiteurs en ligne depuis une heure! |