C'est un joli documentaire pour petite fille ou grand gamin (dont je suis) mais qui m'a mis mal à l'aise à compter du moment où Richardson se pose en
vrai défenseur des fauves quasiment garant à lui tout seul de leur avenir.
Or qu'en est-il? Sa proximité avec les fauves n'est rendue possible que parce qu'ils naissent et sont élevés en captivité et apprivoisés, voire dressés. Il va jusqu'à employer les méthodes des élevages industriels en synchronisant les chaleurs des femelles puis en les empêchant de se reproduire parce qu'il ne peut assurer l'avenir des petits. La séance où il promène son lion dans le bush est pathétique tout comme la façon dont il s'adresse à eux.
De fait, il a instrumentalisé les fauves, les a asservis à son fantasme.
Et pourquoi? Pour en faire des accessoires de cinéma de seconde zone (mais il est vrai qu'à notre époque un trophée cinématographique est plus seyant qu'un trophée de chasse).
Il me semble qu'il n'a guère de légitimité pour parler de la vie sauvage. De plus, lui et/ou le réalisateur reprennent des amalgames et idées reçues:contrairement à ce qui est avancé, et à ma connaissance, les fauves ont de l'avenir en
Afrique de l'Est et Australe dans des parcs nationaux cent mille fois plus vastes que sa fermette et parfois non clôturés (c'est surtout ailleurs sur le continent que la concurrence avec les hommes réduit leurs territoires). J'observe que comme ses collègues il accueille des volontaires pour «ramasser la merde» et qui, comme ailleurs, paient sans doute pour cela.
Les véritables acteurs de la conservation des espèces sont dans ces régions les gouvernements et les personnels des parcs nationaux et je ne suis pas certain qu'ils soient copains avec Richardson.
Un mot sur le
canned hunting («chasse en boîte») dont je ne suis bien sûr ni un adepte, ni un suppôt. La pratique consistant à élever des animaux pour la chasse est très répandue dans le monde et en
France, en particulier pour les volatiles (mais un faisan c'est moins émouvant qu'un lion).Quant à la «boîte» n'exagérons rien, les fermes de chasse sont immenses et s'il arrive qu'un animal se trouve acculé à une clôture, son sort n'est pas différent de celui d'un autre, poursuivi et dirigé par des rabatteurs vers l'alignement des fusils.
On voit dans ce film un chasseur à l'arbalète. J'ai rencontré à
Pretoria, il y a quelques années, un guide de chasse à l'arc, c'est une chasse qui se déroule à pied et, compte-tenu de la portée de l'arc, implique de s'approcher au plus près; il avait raccroché après avoir été chargé et blessé par un rhinocéros.
Tout ça pour dire qu'il ne faut pas jeter le lionceau avec l'eau du marigot (dicton africain façon Attila

) et qu'à mon sens, si Richardson est un type incroyable, c'est surtout au niveau du culot.