Car où...... l'ancre jusqu'alors flottante a raclé le fond, labouré le sable, crochetée par l'
aloe ferox, épinglée par les acacias ou ensorcelée par une sirène, là où mouillait la mer dont il ne reste que le souvenir asséché, ce
« garo » en langue khoisan qui lui a donné son nom, un garrot, et qui signifie
« land of thirst », langue sèche, cet écosystème remarquable au point qu'ailleurs dans le pays on qualifie les régions semi-désertiques de
«karroid», carotide palpitante, là d'où l'encre coule encore, c'est le
Karoo.
Catch à quatreParfois, le Breton desséché rampe vers l'Océan pour se réhydrater. Arrivé sur la plage il laisse la trace d'une tortue puis se laisse porter. Il pensera à se rincer pour ne pas finir marais salant dans le
Karoo.
La maison est juchée sur une dune abrupte, soixante dix mètres à l'aplomb de l'Océan Indien, et ce soir c'est catch à quatre, avec ce qu'il faut de chiqué.
Dans le
no man's land -ici c'en est réellement un- le plus disputé de la Planète et depuis le plus longtemps, le plus agité, le plus étroit et pour autant le mieux respecté, la terre et l'eau poursuivent leur round immémorial. Le soleil s'échauffe, rougit au bord du ring, en guettant les seaux d'eau que préparent les nuages tandis que la brume s'élève. Il est ailleurs, déjà dans le combat suivant, chevauchant les nuées pour conquérir l'Atlantique. Quant à la Lune, pourtant bodybuildée mais qui n'a guère d'influence ici où les marées sont faibles, elle se tient dans le coin opposé et allaite en douce l'Indien dans le dos du Râ Soleil.
Nos hôtes sont des esthètes, des hédonistes et, peut-être, des humanistes. Sur des étagères, les bustes de Noirs à la peau bleue ou rouge et au crêpage irlandais côtoient deux oryx aux traits identiques, moulés dans la même terre, l'un blanc l'autre noir. Sur le mur d'en face, une cheminée assez large pour y cuire un impala entier, ou un espadon.
AloeNon mais Aloe, t'es une plante et t'as pas d'eau ?
Avec une tête d'artichaut ou de pouce-pied, en sabot de springbok, déguisées en pomme de pin ou faussaires maquillées en monnaie du Pape, gorgones aériennes ou aux pétales de rose, les aloès colonisent le jardin. Il y en a deux ou trois douzaines différentes: c'est l'Arche d'Aloe. Depuis que la mer les a plantées là, elles ne portent jamais de fleurs bleues -pourtant elles sont tendres, et même succulentes- mais toutes les nuances du rouge et du jaune, de pourpre et de parme, une assemblée ecclésiastique implorant le ciel.
FrancolinsLes sorciers avaient épuisé leurs sortilèges, et les sourciers leur noisetier. Le salut vint de la montagne, s'était-elle effacée ou les nuées l'avaient-elles surpassée, peu nous importait. Le bleu tourna au gris, puis au noir. L'orage conquérant fulminait et, soudain, quelques gouttes, aussi précieuses que la première gorgée, puis plus rien. Les cieux sont facétieux. Les hommes se turent, certains priaient, des paysans, et peut-être aussi les arbres et les animaux, à leur manière.
Alors, des gouttes larges nous atteignirent à nouveau, éparses, puis plus denses mais sans mouiller vraiment -le supplice du Breton.
Lentement, comme pour signifier qu'il faut donner du temps au mauvais temps -ici, c'est du beau-, ou parce que la pluie sait que si elle arrive trop vite elle ravinera plus qu'elle n'étanchera, longuement, chaque minute gagnée sur l'éternité, il pleut.
La terre blonde et dure s'est fait une couleur brune, et amollie. Agitation aviaire au sol, plus une escadrille en vol.
Les timides Francolins installés dans un buisson d'épineux dont ils ne bougent guère, trottinent en accéléré avec un sens qui nous échappe. Connaissent pas l'allure du galop ? Que cherchent-ils ? Que trouvent-ils ? Ils sont deux, forment-ils un couple ? L'une, au moins, est une femelle. En décembre, les volatiles couvaient et défendaient depuis trop longtemps une paire d'oeufs sur un nid sommaire installé à la va vite dans une coulée d'aloès, à portée de fronde de la terrasse. Couvaison dont nul n'a éclos.
Depuis, ils restent le plus souvent prostrés sous le couvert. Dois-je envisager un soutien psychologique?
Des gens d'ici.L'étroite vallée de petite altitude, presque une faille, rassemble les conditions nécessaires à la culture du tabac, cette culture vivrière de l'esprit. La famille de Martli s'est installée ici il y a deux cent soixante quatre ans et elle incarne joliment la huitième génération, vive, affairée, efficace.
Ils vivent de tabac, on ne fait pas qu'en mourir, de lait, d'autruches et de touristes mais Martli se demande si l'une de ses filles, elles n'ont pas dix ans, leur succédera.
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Serge Blanco, qui ne l'est pas, Christian Blanc, Kenneth White et Mrs de Wit ont en commun un patronyme coloré. Si blanc est une couleur, comme noir en est une, alors que
coloured en est l'absence. Mrs de Wit est une proche voisine qui ne parle que l'afrikaans. Dieu a rappelé son mari à la fin du siècle dernier et ce départ l'a contraint à vendre la ferme pour se retirer dans le village. Elle dit que ses jours ça va, mais que ses nuits...
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Cette jeune femme est affectée à l'entretien d'une partie de la rue principale, toujours la même. Un tout petit segment et d'un seul côté. Personne ne prend soin comme elle ni de l'amont, ni de l'aval, ni de l'autre rive. Toute la matinée elle balaie doucement ce qui se trouve là et le déplace vers une poubelle mobile qui est un peu son chez soi : un sac à main y pend en bandoulière, ainsi que quelques effets. Souvent elle change de tenue. Hier c'était tutu d'étoile sur bas résille et coiffure relevée d'un bandeau noir, aujourd'hui c'est combinaison bleue ajustée et bonnet de laine. Elle fait des pauses clope fréquentes, le regard portant loin : rêve-t-elle d'un avenir meilleur ou, à défaut, d'un prince ? Je n'ose pas l'aborder pour en savoir plus.
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Miss de V., vendéenne
de souche immigrée de huitième génération, est une masseuse émérite.
Elle exerce dans un local étroit à l'étrange enseigne d'un lapin en mosaïque et tente d'abord de me coller la colonne au sternum, j'expire, puis fait du petit bois de mes clavicules et décide de me décoller les omoplates -veut-elle m'icariser?-, je bande les muscles afférents pour ne pas décoller. La miss entreprend ensuite d'étirer les angles opposés du dos -d'accord le trapèze initial n'est pas parfait mais de là à le transformer en losange !- avant de s'intéresser à mon tour de cou, qu'elle étire. Je grandis mais n'oublie pas que nous sommes au pays des autruches.
Un moment, la pression se relâche, j'entrouvre un œil soupçonneux le temps d'apercevoir ma tortionnaire préparer une huile aux herbes – j'ai choisi l'option aromathérapie- qui ne va pas manquer de me tomber sur le paletot. C'est l'heure du lunch et je soupçonne la belle de ne pas se satisfaire d'un light. Je me raidis, elle atterrit... enfin... ses mains palpent-roulent, massant la bête, l'essence pénétrant le persillé.
J'espère qu'elle ne va pas me finir au braai.
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Sur la clôture de cette très belle maison, un panneau vintage
« Trespassers will be shot, survivors will be shot again ». Est-ce de l'humour local ? A voir le colosse blanc fiché de l'autre côté du barbelé, molosse hurlant, on peut en douter. Les
trespassers d'aujourd'hui, descendants des trépassés d'hier, quand on ne prenait pas la peine d'apposer un panneau et qu'on tirait à vue sur les hommes noirs.
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Cette séduisante cavalière professionnelle a des tâches de son et porte une queue de cheval baie.
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Le mari de Kobie est
ranger dans les parcs nationaux. Elle affirme craindre plus le rhinocéros noir que le rhinocéros blanc. Sachant qu'ils sont tous les deux gris, que le blanc fut ainsi nommé par erreur, et le noir par contraste.
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La femme s'est abandonnée dans le sofa, ensorcelée par un musicien Burkinabé. Je vais motoriser les
castors pour nourrir ses rêves.