| La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Pondy · 5 juillet 2020 à 18:08 · 2 photos 44 messages · 15 participants · 2 684 affichages | | | | 5 juillet 2020 à 18:08 La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 1 de 44 · Page 1 de 3 · 1 505 affichages · Partager Je déteste toujours autant marcher et pourtant, je recommence.
Comme un sentiment d’urgence pour n’entendre que les battements de mon cœur si secoué de peine qu’il ne me fallait plus entendre ni compréhension, ni compassion de quiconque.
Être seule, vraiment seule.
La terre est vivante, douée de mémoire et je ne voulais que cette mémoire. Je ne voulais m’encombrer de rien.
Homme sceptique un peu goguenard : « Fais-le mais je me souviens bien de ta dernière expédition ! » C’était il y a dix ans ou plus, je ne me souviens plus. « C’est facile, y’en a eu qu’une ! » Des pieds en plomb, les mollets noués, l’estomac creux, les aisselles malodorantes, les bras griffés mais j’avais vécu l’intense sentiment d’avancer malgré toute ma paresse et mon inexpérience. « Où veux-tu aller ? » « Au Mont-Beuvray » « 50 km en voiture, 100 aller-retour, ça va je pourrais aisément te récupérer, tu prévois combien de jours ? » Il rit.
« Chais pas, 10 km par jour, pas plus, et comme j’y vais au pif, je ne saurais pas ce que j’ai parcouru, je m’arrêterai quand j’en aurais marre, je verrai bien ».
La veille du départ, Fils aîné au téléphone, moqueur : « Maman, t’es toujours aussi dingue. Tu ne marches jamais, t’as même pas de bonnes godasses, tu f’rais mieux d’aller chez xxx, là, tu te ressourcerais. Un jour, il t’arrivera des bricoles avec tes idées huluberlues.../... » « Ehh, je ne monte qu’au Mont-Beuvray, tu parles d’une expédition ! » « Ouais mais t’as vu ton âge ? » « Merci mon grand. Tu sais, il y a tellement de gens qui marchent pour de bon, des centaines de kilomètres sur toute la terre. Marcher pour le plaisir, marcher pour aller chercher de l’eau au puits, marcher en compétition, marcher pour aller à l’école, pour tous ceux là, je vais faire une balade, une promenade de santé, ça n’a rien d’une aventure ou d’un exploit, j’vais mettre un pas d’vant l’autre et recommencer, c’est tout. »
Et le 13 juin, j’ai pris le sentier forestier derrière la maison.
Le sac à dos, celui dont je me sers pour le goûter des petits, est rempli avec un kway, un morceau de bâche. J’ai coupé celle qui traînait par terre recouvrant la moto pour la protéger des chiures d’hirondelles, un pull, la gourde, un gant de toilette, un savon, ma brosse à dents, un sac de cacahuètes bien grasses et bien salées, des bananes sèches bien trop sucrées, cinq pommes et mon opinel. Il a une forme bizarre ce sac, comme un ballon accroché à mon dos. Il pèse 2,8 kg. Et dans les poches de mon pantalon en toile, à droite mes clopes et mon briquet, à gauche le-pied-de-biche-à-tiques. J’me demande à quoi il me servira si j’ai une tique dans le dos ou sur la nuque ! J’ai rajouté ma carte d’identité, 40 euros, et concession pour Homme, mon téléphone. Il veut me géolocaliser. C’est qu’il m’aime Homme, à lui tout seul un océan dans lequel je nage avec tant de bonheur. Mais là, pas de nage papillon, des pas.
Et quand le téléphone n’aura plus de batteries ? On verra bien. Je dis toujours -on verra bien -.
Dans le Morvan, les fées laissent leurs empreintes surnaturelles et comme je n’ai aucune carte, je ne sais pas les lire et n’ai pas envie d’apprendre, je vais leur faire confiance. Le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest, je dois aller à l’ouest, je suivrai sa course.
Et le 13 juin, j’ai serré les paupières pour repousser l’aube naissante. Je n’avais plus du tout envie de partir, plus du tout envie de marcher. Mais quand la brûlure salée a piqué derrière les paupières comme tous ces derniers jours, je n’ai pas reculé. J’ai lu un jour que les mauvais souvenirs et les chagrins ont de longues ombres et si on passe notre vie dedans on ne verrait plus jamais le soleil.
Ce 13 juin, le soleil était là alors, j’ai pris le sentier derrière la maison.
J’m’en vais vous raiconter l’ histôère
.../... | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Pondy · 6 juillet 2020 à 8:38 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 2 de 44 · Page 1 de 3 · 1 456 affichages · Partager Ce premier jour, j’ai avancé une poignée d’heures. Combien pèse une poignée d’heures dans les jambes ? Sûrement plus qu’une poignée de cerises. Le chemin forestier est large, silencieux. Je le connais bien pour l’avoir parcouru avec les enfants. Après au bout, il y a une fourche et ce sera l’inconnu.
Il y a des grumes empilées et marquées de peinture rouge. Utile pour le traçage du bois, on y lit le nom du propriétaire ou de la société forestière. Chênes, charmes, hêtres, quand ils sont là, fusillés et décapités, je ne sais pas les reconnaître. Ils vont partir sur des longs grumiers vers les scieries, dans toute l’Europe pour construire des charpentes. Une deuxième vie qu’ils n’avaient pas imaginé. Quand les bûcherons débardent, le bruit est assourdissant. Je crois que même les sangliers se cachent ces jours là.
Nous sommes samedi, et j’entends le pépiement des oiseaux, le murmure de la rivière et les grésillement des insectes. J’essaie de me parler à voix haute et c’est si incongru que je me tais aussitôt et poursuis en silence la conversation avec moi même. Je me dis que je n’ai peur de rien et que j’ai peur de tout et le temps semble courir quand on parle à son ami imaginaire.
Le chemin s’écarte enfin en V. La direction à droite va vers Nevers, à gauche vers Autun, c’est ainsi que je l’imagine. Assise par terre sur des mottes de terre dures et sèches chahutées par le passage des tracteurs, je croque une pomme, boit un peu d’eau. J’ai enlevé mes baskets et mes chaussettes et on dirait que mes pieds sont ramollis.
Puis, j’ai repris la marche dans le sous bois, on ne voit presque plus le ciel, je lève haut les jambes pour écraser les ronces, c’est crevant et j’ai l’impression d’être perdue. On se perd dans les bois, ça arrive, je le sais. Je ne sais même plus où est l’ouest.
Il y a comme une clairière dorée du soleil qui filtre, et une petite grotte si peu profonde que j’en vois le fond. C’est là que je vais m’arrêter pour la nuit. J’en ai plein les jambes et j’ai vraiment faim. Je sors mon téléphone et il y a du réseau et il est 17 h. Que vais-je faire en attendant la nuit ? Je n’ai pas de livre et je voulais la solitude. Quand mon téléphone vibre, je sursaute.
C’est Homme : « Tu as fait 12 km, bravo. Tu es à 850 m de la maison, tu rentres pour dormir ? » | | | À: Pondy · 6 juillet 2020 à 9:29 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 3 de 44 · Page 1 de 3 · 1 443 affichages · Partager La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre...
C'est une danse simple et harmonieuse, un pied devant l'autre, et suivre son ombre qui tourne avec le soleil... Chaque pas laisse derrière l’inutile, l’encombrant, le superflu...sauf les petits liens précieux que l'amour a attaché au fil du temps et qui parfois, incongrus, exaspérants mais toujours bouleversants, viennent troubler une solitude attendue, un silence de fin du monde et le fil rêveur des pensées pour conjuguer au présent conditionnel un futur à inventer : "Je t'attends, tu reviendrais, on.... | | | À: Pondy · 6 juillet 2020 à 11:00 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 4 de 44 · Page 1 de 3 · 1 427 affichages · Partager | | | À: LillieoneFE · 6 juillet 2020 à 16:06 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 5 de 44 · Page 1 de 3 · 1 390 affichages · Partager Ecrire, c’est éminemment solitaire et, quand je poste sur vf, je suis seule et c’est bien, comme si j’écrivais une nouvelle dans le silence. Puis surgissent des réponses comme celle de Kola et la tienne, je sursaute comme si, tout à coup, je réalisais que mettre en ligne était un danger aussi ténu que les petits insectes qui la nuit pourraient me piquer. Parfois, comme là, c’est un souffle d’air, un soupir d’aise dans la rudesse du Morvan, ses roches de granit et ses arbres moussus.
Sylvain Tesson me transporte et il est souvent dans les replis de ma pensée. La Patagonie, c’est lui, la Sibérie, c’est lui, il m’a souvent fait pousser des ailes.
Il écrit dans - Sur les chemins noirs - : « J'étais tombé du rebord de la nuit, m'étais écrasé sur la Terre.../... ». Des mots comme un gong qui résonne.
Dans la foulée, hop, la suite... | | | À: Pondy · 6 juillet 2020 à 16:11 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 6 de 44 · Page 1 de 3 · 1 389 affichages · Partager Voilà, j’ai tourné en rond... Quand on s’ennuie, on tourne en rond et pourtant pas un seul instant je ne me suis ennuyée. C’est tentant de parcourir 850 m pour me grouer dans ses bras rassurants. Mais non, la petite grotte est là. 12 km et la découvrir si près de la maison, le mystère est parfait. Parfois on ne voit même pas ce que l’on a juste sous les yeux. Les petits reviennent en Juillet et je pourrai leur montrer, inventer des histoires de sorcières et de lutins facétieux...si je la retrouve.
Je n’entends pas la route, pourtant, je ne dois pas en être loin. Demain, je passerai par la maison prendre le petit-déjeuner avec Homme, je suivrai la départementale jusqu’à Biches et sûr de sûr je serai dans la bonne direction.
« Tu te rends compte, tu vis un bivouac ! », Jiminy Cricket me parle, il est rassurant celui-là, perché sur mon épaule. Un bivouac, ça sonne bien, comme une vraie expédition, comme un trek. Je déroule la bâche pour faire un essai.
Debout, je m’enroule. On dirait un linceul bleu et mes pieds dépassent. Des petites bêtes vont-elles s’infiltrer ? Je dois être toute entière dans la bâche sans laisser les bras sortir. Elle est trop courte pour cacher mes cheveux. L’imagination est une traître et je pense aux polars que j’ai lu quand le meurtrier balance le cadavre dans les fourrés enroulé dans une bâche. On dirait moi.
Sauf que je suis bien vivante. Mais si je suis bien entortillée, pourrais-je me relever et fuir le danger ? Quel danger ? Un sanglier ? Un homme muni d’une hache ? Des araignées, des fourmis ? Tout à l’heure j’ai vu un capricorne vraiment gros avec de très longues antennes. Est-ce qu’une armée de capricornes se réveille la nuit ?. Et la cétoine dorée, celle qui a une carapace vert métal, cousine du scarabée peut-elle trouver mon oreille la nuit, peut-être que ca aime le cérumen, peut-être que j’aurais dû prendre des boules quies.
Je suis une idiote, voilà. Tu t’étends, tu roules ton pull sous la tête, tu fermes les yeux, tu fermes tes oreilles et tu dors.
Je sais qu’il existe des cd de relaxation avec les bruits de la forêt. On entend le murmure du vent dans les arbres, des cris d’oiseaux. Mais là, tout de suite, maintenant dans le soir qui tombe, je me dis que c’est du pipeau parce que j’entends des craquements de branches, des cris brefs et stridents, des crissements de feuilles mortes comme si quelqu’un avançait. J’ai super peur.
Peut-être que cette sorte de grotte est la cache d’un animal, peut-être est-ce la cache d’un malandrin. Quand je pense que j’ai maintes fois expliqué aux enfants que la nuit est propice aux rêves, que dormir sous la tente dans le champ derrière le muret n’avait rien de dangereux et là, je fais ma chochotte apeurée et si je ne rentre pas à la maison toute proche c’est parce que je n’ai pas de lampe.
J’allume mon téléphone, il est 23 h.
Non, je ne vais pas griller une cigarette, le tueur pourrait sentir la fumée. Le bois sec craque, ils sont peut-être deux. Je ne fais plus aucun bruit, je n’ose pas bouger, la bâche crisse trop. Sur l’écran noir de ma nuit noire, moi je me fais du cinéma... Je rentre mes bras dans la bâche, pose le téléphone sur mon ventre pour appeler à l’aide au cas où...
A la maison, la nuit, nous ne fermons jamais la porte à clé, tout simplement nous n’y pensons jamais. Mais là, si j’avais une clé, j’enfermerais mes pensées.
Ai-je dormi ?
.../... | | | À: Pondy · 7 juillet 2020 à 9:14 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 7 de 44 · Page 1 de 3 · 1 344 affichages · Partager Quelle plume !!!
La marche est propice à la rêverie et...le bivouac seul dans une grotte propice à revivre nos cauchemars d'enfant....
j'attends la suite avec impatience | | | À: Gildadesiles · 7 juillet 2020 à 10:48 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 8 de 44 · Page 1 de 3 · 1 332 affichages · Partager Salut Sylvie !
T'es là au détour du chemin, sympa !
P'têtre que nos frayeurs d'adultes ressemblent à celles de notre enfance | | | À: Pondy · 7 juillet 2020 à 10:52 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 9 de 44 · Page 1 de 3 · 1 328 affichages · Partager Ai-je dormi ?
Le sommeil m’a englouti et j’ai dormi comme je ne l’avais pas fait depuis plusieurs semaines. J’ai entrebâillé les yeux à l’aube. Ca ne se dit pas mais c’est pourtant ce mot qui va le mieux quand les cils font des persiennes. Le ciel était gris juste avant l’aurore. J’ai refermé les paupières.
Réveillée en sursaut par une toux sèche, j’ai failli me fracasser le crâne sur le bord rocheux de ma grotte. Une ombre immense cachait la lumière. J’aurais pu dire « ôte-toi de mon soleil » si je n’avais pas été aussi effrayée. « Qu’est-ce que tu fais ici ? » J’ai reconnu la voix. Mince, c’est Jean-François. « Je campe, j’allais au Mont-Beuvray » « Mais t’es à côté de chez toi et tu dors dans la grotte d’affût des chasseurs » « Je sais, j’avais envie »
Puis Rita est arrivée en galopant. C’est une chienne d’eau romagnol. Une petite chienne truffier. Sa robe en boucles serrées ocre et blanche est mouillée de rosée.
Je me débarrasse de la bâche, Jean-François rigole. Hummm, je sens que ça va faire le tour du village c’histoire ! Il me propose un café et sort la thermos. J’ai super besoin de faire pipi, faudra attendre. Il se balade toujours dans les bois avec Rita. Une artiste de la truffe. La sienne fraîche et humide me chatouille le cou.
Même si la truffe noire se trouve chez nous dès septembre, il connaît des coins de truffes blanches d’été. On l’appelle truffe de la St Jean et il paraît que ça revient à la mode. La truffe noire sent l’humus et la blanche le fromage à l’ail. Je n’aime ni l’une ni l’autre. Quand Jean-François en apporte à la maison, je ne refuse pas, faudrait être idiote. Je la mets dans un bocal, je recouvre de grain de riz, je conserve au frigo. Râpé dans une omelette, c’est pas mal, faut dire.
Je ne mets pas longtemps à retrouver la maison. J’en ai déjà plein les bottes, enfin les baskets. Homme a préparé le p’tit déj sous le parasol jaune. La brioche est encore tiède. Il m’a fait un dessin avec ma route à suivre. Pas un truc de google machin, pas une carte ign imprimée pleine de lignes et de couleur. Un simple dessin, à la main, avec des noms de hameaux que je connais bien.
Plus moyen de reculer. Mais quelle idée absurde de marcher. Mais quelle idée ridicule de me fixer des objectifs que je n’aime pas. Et pourtant je suis tellement fière d’avoir résister aux assassins, aux sangliers et aux insectes rampants.
Allez, il est 10 h, ça fait tard pour repartir. Ce soir je serai à Sainte-Péreuse.
Homme rieur :
« 14km ! Une paille ! »
.../... | | | À: Pondy · 7 juillet 2020 à 13:32 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 10 de 44 · Page 1 de 3 · 1 315 affichages · Partager Hou hou hou! Crac, boum, hue... Les lois de la physique. On croit progresser mais ce n'est qu'une révolution (mouvement orbital périodique d'un corps céleste). Sans compter le magnétisme de sweet Homme, ses pouvoirs magiques. (Nan mais, t'as quel âge Pondy, en vrai?) | | | À: Voyajou · 7 juillet 2020 à 18:57 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 11 de 44 · Page 1 de 3 · 1 277 affichages · Partager Hou hou hou! Crac, boum, hue... Les lois de la physique. On croit progresser mais ce n'est qu'une révolution (mouvement orbital périodique d'un corps céleste). Sans compter le magnétisme de sweet Homme, ses pouvoirs magiques. (Nan mais, t'as quel âge Pondy, en vrai?)
Bonsoir Jean-Luc,
L’âge est un chiffre. Je n’aime pas les chiffres, le millilitre, l’hectogramme, le mètre-cube, les kilomètres et les centimètres, le temps, les secondes, les poids, ceux des années et les mesures. Les portions et les demi- portions.
Et d’âge en âge, j’ai celui-ci d’aujourd’hui, j’ai dépassé l’âge ingrat, je suis dans la force de l’âge et en même temps dans l’âge mur, je fais mon âge sans savoir si j’ai vraiment, un jour atteint l’âge de raison. Je retrouve souvent mon premier âge puisque chaque âge a ses plaisirs. Et quand j’aurais passé l’âge, j’aurais atteint l’âge d’or, hors d’âge.
Et pour sweet home et sweet homme, les décennies glissent sur notre toit et sur nos mains laissant simplement les tavelures du temps, marques géographiques qui racontent notre monde. Magique ! | | | À: Pondy · 7 juillet 2020 à 18:59 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 12 de 44 · Page 1 de 3 · 1 274 affichages · Partager Bonsoir Dom, splendide ton aventure, cela me rappelle ton arrêt sur ton banc entre Grenoble et Lyon il y a maintenant peut-être une dizaine d'années, mais tu as effacé ce récit auquel j'ai beaucoup et souvent pensé. Maintenant je prends donc mes précautions et vais copier ton texte. Wahou j'adore Luc | | | À: Lucbertrand · 7 juillet 2020 à 19:07 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 13 de 44 · Page 1 de 3 · 1 267 affichages · Partager Ah t'es gentil Luc. Je sais, tu m'as parlé plusieurs fois de ce texte. Je ne l'ai plus non plus comme tout ce que j'ai écrit et effacé de vf. Tu remarqueras mon intrépidité réitérée, ce doit être du masochisme.
A côté de toi et de beaucoup dont je lis les exploits, quand vous parlez de dénivelés, d'équipements et tous ces trucs, je me sens humble et mes petits kilomètres sont archi-dérisoires. | | | À: Pondy · 7 juillet 2020 à 22:14 · Modifié le 7 juil. 2020 à 23:18 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 14 de 44 · Page 1 de 3 · 1 246 affichages · Partager On pourrait disserter longtemps sur le voyage et l'aventure, mais comme tu l'as dit le voyage ce n'est pas des chiffres qu'ils soient en années du corps, en dénivelé, en altitude, en kilomètres parcourus en 4x4, à vélo ou à pied et je ne parle pas d'avion, ou en verticalité dans une paroi où un kilomètre est une distance énorme (cf la face ouest des Drus) mais le voyage et l'aventure c'est dans la tête et dans les émotions, que tu décris si bien.
Les émotions c'est ce que l'on oublie trop dans nos expériences, et une petite pointe d'incertitude ou d'inconfort voire de peur ou d'angoisse, de faim ou de soif c'est là que commence l'aventure, au pas de sa porte ou un peu plus loin. Tes récits vibrent d'aventure. Avec l'habitude il faut malheureusement pousser les limites pour ressentir ce que tu décris si bien.
Ma dernière petite balade ces jours derniers avec des gros accros de l'adrénaline et de la défonce, on a rigolé mais on n'a pas vraiment senti l'aventure, même si ce fut un bel effort physique et une très belle entente entre 4 personnes éprises de pistes et de gros efforts et de plein d'autres choses. On a ressenti, mais sans appréhension, la capacité d'adaptation à la nature, la capacité à trouver presque instinctivement le coin où se poser pour la nuit, un peu à la manière des "sauvages" qui vivent dans leur forêt, ou qui vivaient.
Les deux "nanas" et le gars, avec qui j'étais, étaient trop habitués à la grosse défonce pour que nous nous sentions dans l'aventure, au plus dans une agréable balade, dont je ne pourrais sortir un texte de l'intensité de ton bivouac à 12 km de chez toi avec l'Homme qui veille de loin.
Moi aussi je connais la Femme qui veille. Je connais si bien que parfois l'envie d'aller bivouaquer, à la recherche d'aventure, seul dans la forêt d'à côté me prend, mais la Femme qui veille me dit "tu pars te balader mais tu rentres dormir ici, c'est quoi cette affaire de dormir à 5 km de chez soi." Quand je raconte ça à mes copines et copains un peu beaucoup azimutés, ça les fait éclater de rire. Le voyage et l'aventure ça ne se décline qu'à l'aune de sa propre psychologie, mais ta conception correspond à la mienne. Luc | | | À: Lucbertrand · 8 juillet 2020 à 9:44 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 15 de 44 · Page 1 de 3 · 1 198 affichages · Partager Bonjour Luc !
On peut aller au bout du monde, on peut découvrir des merveilles que d’autres ont déjà vu, on peut rencontrer des gens incroyables, on peut pleurer de fatigue, pleurer de rire, grincher et râler, se sentir paumé de ne rien comprendre mais si je dois raconter comme un diaporama aux photos splendides, là, je suis méga nulle, je ne sais pas faire.
Je ne sais raconter qu’avec mes tripes, alors, souvent, toutes les indications qui aideraient d’autres voyageurs sont absentes. C’est ainsi que je lis parfois des commentaires qui m’attristent, qui disent que je suis Narcisse à l’égo boursouflé. Ce doit être vrai. Et puis, je me console en me disant que pour reconnaître une lacune chez l’autre il faut au moins la posséder en partie.
Et je continue d’écrire et c’est trop long à lire mais je n’arrive pas à être brève et factuelle, c’est ainsi ! Il y a mille voyages... | | | À: Pondy · 8 juillet 2020 à 9:50 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 16 de 44 · Page 1 de 3 · 1 194 affichages · Partager Je garde dans ma bouche le parfum de la brioche et pars pour ce deuxième jour.
Mes jambes ont repris leur fonction première, ce qu’elles font depuis l’âge de 13 mois où, en barboteuse à smocks, j’ai lâché le tablier de ma mère. C’est elle qui m’a lâché aujourd’hui et je marche, je marche pour laisser en chemin la lourdeur de la peine, pour ne garder que le souvenir de sa main à la peau si fine qui cale une mèche rebelle derrière mon oreille quand accroupie devant elle je lui disais que je l’aimais.
Ventre-saint-gris, c’est fou comme on prend conscience des choses et des moments importants lorsqu’ils ont disparu.
Je longe un champ de tournesol. Malins ces tournesols, ils connaissent d’instinct comment chauffer leur cœur en tournant leur bouille jaune au soleil. La DDE n’a pas fauché le bord de la route et les herbes folles sont, euhhhh, folles. La route est gravillonnée et, à moto, c’est ma trouille. A pied, ça dérape un peu mais le bruit du gravier qui roule sous mon pied est un son agréable.
Mon sac à dos ballon danse la gigue sur mon dos, il faut que je resserre les lanières. Ma deuxième voix est bavarde ce matin. Est-ce que les gens qui marchent parlent avec eux-mêmes ? J’imagine que oui. A la maison quand je suis sur la chaise longue laissant fondre les carrés de chocolat sur ma langue en lisant un bouquin, je lui claque le beignet facilement. « Faudrait que tu prépares les lits, que tu aspires les toiles d’araignées, que tu fasses les menus, les courses, la maison va se remplir et tu fous rien » « Ehh, fiche-moi la paix, y’a le temps » et elle se tait.
Au rythme de mes pas, nous devisons elle et moi. P’être que je suis schizophrène. On joue dit-elle, tu dois me dire cinq choses que tu n’aimes pas, comme ça, sans réfléchir Facile. « Je n’aime pas les les étiquettes qui grattent, les menteurs, les ongles longs, le haggis, les piscines. » « Et maintenant cinq choses que tu aimes. » « Y’en a trop » « Vas-y, sans réfléchir » « Les marionnettes à fil, jouer aux échecs, le mime, écrire, lire, les claquettes » « T’as triché, y’en a six »
« Dis-moi deux livres » « Confiteor de Jaume Cabré si époustouflant et La perle de Steinbeck et tu ne me demandes pas celui qui m’a le plus dérangé ? C’est l’oiseau bariolé de Jerzy Kosinski ».
J’ai marché d’un bon pas, je dois avoir parcouru une belle distance. Aucune voiture, la campagne est silence. J’ai contourné un blaireau bien mort. C’est fréquent sur nos chemins. Ici on a coutume de dire que le pays est peuplé de blaireaux à quatre pattes et de blaireaux a deux pattes.
Je traverse un hameau, quelques maisons de nourrice, grises aux toits d’ardoise. Un hameau déserté aux volets clos. Devant la dernière maison, une vieille femme arrose des géraniums rouge, seule tache de couleur dans ce gris. Elle est courbée comme tant de vieillards, comme s’ils s’exerçaient à rejoindre la terre qui les a vu naître. Elle se redresse, s’aidant de sa main qui soutient la hanche :
« ‘jour, qu’est-ce que vous bagottez par ici ?» Sa voix est forte et éraillée comme les voix qui ne parlent pas souvent, le ton est rogue. .../... | | | À: Pondy · 9 juillet 2020 à 8:52 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 17 de 44 · Page 1 de 3 · 1 125 affichages · Partager « J’suis pas si gourdiflot, j’vois bien que t’es pas un un pangniât, t’as la bouëlle vide ? »
Faut être né morvandiau pour rouler ainsi des pierres sur la langue. Si je connais quelques mots et si je peux dire deux phrases, lorsque cette vieille femme me parle, je ne comprends goutte. Mais elle a posé son arrosoir, et me fait signe de la suivre dans sa maison. Une maisonnette de deux pièces comme beaucoup de maisons de nourrice. Un sol de tomettes rouge, la cheminée vaste, une table et quatre chaises. Une sobriété toute propre. Je reste sur le seuil, lui explique qu’il y a un risque de virus et là, sacrebleu, elle empile des phrases à toute vitesse, sans reprendre son souffle comme si elle rattrapait le temps perdu à se taire.
Je souris, elle déchire une page du journal du Centre, coupe un morceau de griaude, cette brioche aux lardons typique de notre région. Elle me tend le paquet : « Tiens, v’là ta beurioche »
Et j’ai repris mon chemin songeant que ma campagne était bien austère, qu’elle ne serait sans doute jamais envahie de citadins. Leurs habitants gardent fièrement leur patois qui tend plus à l’euphonie qu’à la rudesse. Mes jeunes collègues parlaient aussi le morvandiau, et j’en étais étonnée et parfois cela donnait lieu à de franches rigolades.
En milieu d’après-midi, mes orteils deviennent douloureux. Le bout des orteils, à chaque pas, heurtent le fond de mes baskets. Il paraît qu’être bien chaussé est essentiel pour bien marcher.
Je porte les baskets de ma fille quand elle avait quinze ans. Elle en a le triple et je les ai toujours. Inusables. C’était le cadeau de ses quinze ans. Un gros, très gros cadeau de cette époque lointaine où manger et payer les factures était un souci constant. Les adolescentes portaient ce type de baskets et ma fille en rêvait tellement. Je les ai gardé et quand son pied a grandi, le mien était parfait et elles allaient comme...un gant. Pour l’heure, ça me brûle dans mes godasses.
J’ai quitté la route pour suivre un sentier herbeux qui longe les haies de noisetiers. Tous les trois ans à peu près, dans nos villages, les amateurs et amoureux du bocage vont plesser les haies. Le plessage permet d’incliner les branches et de les lier entre elles. C’est une technique ancienne qui perdure ici dans le Morvan et qui permet d’enclore naturellement les champs et les pâturages. C’est beau au regard.
Décidément, c’est trop douloureux. Il me faudrait marcher sur les talons. Assise dans l’herbe fraîche, à l’ombre d’un saule blanc, je libère mes pieds. Pas de cloques, rien du tout, c’est rouge, bien rouge. Et j’éprouve un tel soulagement que je m’allonge dans l’herbe, la tête appuyée sur le sac, les yeux vers le ciel et, c’est étrange, je n’en sais pas la raison, ma mémoire récite - le dormeur du val.-
-Un petit val qui mousse de rayons,
accrochant follement aux herbes des haillons d’argent-
.../... | | | À: Pondy · 9 juillet 2020 à 9:05 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 18 de 44 · Page 1 de 3 · 1 118 affichages · Partager ...c'est un petit val qui mousse de rayons... Tu me fais rêver, chère Dom... merci... | | | À: Pondy · 9 juillet 2020 à 9:59 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 19 de 44 · Page 1 de 3 · 1 110 affichages · Partager Bonjour J’espère que tu n’as pas fait comme le petit dormeur du val, et que tu as pu te relever pour continuer à nous raconter, au fil des jours, ton parcours sur les chemins de la France profonde. Je me régale chaque matin à te lire ! | | | À: Fabricia · 9 juillet 2020 à 16:39 Re: La meilleure façon d'marcher, c'est de mettre un pied d'vant l'autre... Message 20 de 44 · Page 1 de 3 · 1 086 affichages · Partager Ô Ma dame, c'est moi qui te remercie de suivre cette, comment dire, marche, randonnée, promenade, balade. | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 24 380 visiteurs en ligne depuis une heure! |