Nous n'annulons pas notre voyage et nous nous retrouverons à BBK ave Alan et les autres.
Le plus difficile pour nous, est de nous « justifier » auprès de nos proches qui ne comprennent pas toujours pourquoi nous maintenons notre voyage de trois mois avec nos enfants. Les arguments glanés ci et là nous aident à simplifier, mais il n’est pas facile de faire comprendre à un « non » voyageur notre point de vue. Malgré toutes nos explications, ils ne peuvent s’empêcher d’être inquiets pour nous ou ne comprennent pas.
L’inquiétude vient du fait qu’ils n’ont jamais voyagé autrement qu’au pas de leur porte et que le monde pour eux n’est qu’une abstraction floue. Quand on parle de l’Asie, ils ne visualisent pas l’ampleur du continent. Pour eux, l’occident est la majorité du monde alors qu’il ne représente qu’une toute petite minorité de l’humanité et de la géopolitique. Je n’ai pour ma part pas une énorme expérience de l’Asie, je n’ai été qu’en
Mongolie et en
Chine à plusieurs reprises, mais tout de même, en tant qu’occidental, je me sent partie d’une minorité.
En occident nous vivons dans le confort et reclus dans une sécurité absolue. Nous ne sommes pas en guerre (du moins pas sur les continents d’Europe, d’E-U d’Amérique ou
Australie), nous vivons dans l’opulence et pour les « non » voyageurs, ils ne comprennent pas que l’on puisse se rendre dans des pays en guerre, qui souffrent ou qui viennent de subir une catastrophe naturelle d’une si grande ampleur sans une volonté d’aide humanitaire ou militaire. Ils ne comprennent pas qu’en dehors des gens qui souffrent, qui sont touchés directement par ces malheurs, la vie continue et DOIT continuer malgré tout. Peut-être que ces « non » voyageurs, ou voyageurs d’ « agences et de tours opérators » ont simplement peur pour leur sécurité et leur cocon confortable et ne comprennent pas qu’on puisse mettre en danger cela. Parce qu’ils y voient un danger, alors que ce qu’il y a c’est LA VIE, le sourire des autres, l’amitié qui peut naître et une grande solidarité.
La manière la plus simple est de montrer notre solidarité en y allant, en n’annulant rien, en versant des dons, en faisant des petites choses forts utiles. 50 euros pour beaucoup de gens dans le monde, c’est un mois de travail, des vaccins, des médocs, etc. 50 euros pour certains, c’est une vie sauvée. Pour nous, cela représente quoi ? 3 livres ? 2 DVD ? Une paire de chaussures bon marché ? Même pas la moitié d’un caddie de courses dans un super marché ? Des babioles offertes à Noël ?
Notre simple présence est déjà un signe de solidarité qui vaut bien plus que rester dans son cocon en attendant que ça passe, que tout soit reconstruit et que les mois passent pour pouvoir y retourner. Ce serait bien plus hypocrite que d’y aller aujourd’hui !
Annuler un voyage en
Thaïlande parce qu’il y a des milliers de morts serait aussi absurde que de ne pas fêter la fin de l’année parce qu’il y a une panne de courant. La bonne conscience des gens a une limite qu’il faut respecter. On m’avance des arguments de « morale » et d’ « indécence » à aller alors que le pays vient de subir une catastrophe naturelle. Il y a 5 ans, je me dirigeais vers les Hautes Alpes en
France. On a essuyé une tempête de neige au sommet du Col du Lautaret en pleine nuit, la visibilité n’était que de quelques mètres et les pentes abruptes nous menaçaient d’une chute de quelques centaines de mètres dans le vide de la nuit glaciale et déchaînée. Arrivés à notre destination, on souffle, on pose les bagages et nous recevons des messages de nos proches affolés parce qu’il y avait eu une tempête qui a ravagé la
France juste derrière nous... Nous n’avions rien vu, nous étions devant la tempête. La fameuse soi-disant « tempête du siècle »... Avons-nous annulé notre voyage parce que des gens étaient morts ? Avons-nous annulé notre séjour parce que des milliers de gens n’avaient plus de maison, d’électricité ? Non, évidemment que non. Et étrangement, personne ne nous a parlé d’indécence à aller en
France à ce moment là !
Alors quelle est la différence ? Le nombre de morts ? L’ampleur de la catastrophe ? Pour moi, une vie est une vie. La perte d’un enfant ou de mille enfants c’est beaucoup de malheur et le malheur ne se compte pas en nombre de morts. L’indécence pour moi est là. Il est dans la délectation des médias dans le décompte macabre des personnes décédées, de les montrer sans respect, sans remise en question, sans prendre soin de respecter les corps et les cœurs.
Les médias nous envoient un seul message : « restez chez vous, bien calfeutrés, on veille sur vous, endormissez-vous devant la télé. Surtout ne risquez pas de mettre en péril votre confort, votre assurance maladie-invalidité-vie, employez de grosses bagnoles bien sûres, des maisons en dur qui tiennent bon. Restez chez vous et surtout ne pensez pas, on pense pour vous. »
L’indécence pour moi est dans les médias, dans la (dés)information, dans le discours sécuritaire nauséabond, dans le discours qui voudrait que l’on reste à la maisons avec le 45 sous le coussin du salon... Je refuse ces idées et les rejette en bloc. Nous ne sommes pas en danger, nous ne risquons rien, si ce n’est se casser la gueule sur notre ignorance.
Je ne blâme pas les gens qui ne voyagent pas, mais nous pouvons aussi leur montrer à eux, que oui, on peut y aller, que oui on fait bien d’y aller.
Donc, n’annulons rien, bougeons, voyageons, allons à la rencontre des uns et des autres et montrons notre solidarité par notre présence, notre respect et notre comportement digne!
Je ne sais si c’était l’endroit pour m’épancher de la sorte, mais bon... voilà qui est fait.
Nous allons en
Thaïlande plus que jamais ! Nous nous verrons Alan, Cextra et les autres. Rendez-vous est prit à
Bangkok !
Santos