Voyager parmi ses souvenirs... même quand ils sont un peu anciens, cela s’avère toujours un plaisir.
Avec ce texte et ces photos d’un périple effectué il y a quelques années en Norvège, je vous emmène dans le sillage de l’Express Côtier (Hurtigruten), entre îles et fjords.
Souvenirs...--
Il est près de 8 heures 30 en ce matin estival et il est là. Imposant avec ses 122 mètres de long et solidement amarré au quai d'Harstad
, petite ville de
Norvège située à près de 300 kilomètres au nord du Cercle Polaire Arctique.
Lui, c'est le
M/S Richard With, un des
Express Côtier qui tout au long de l'année longe les côtes norvégiennes reliant et ravitaillant ainsi les ports entre
Bergen et tout au nord celui de
Kirkenes.
Plus que quelques minutes avant d'embarquer à bord pour une dépaysante journée de navigation. Notre destination ? L’archipel des
Lofoten.
Harstad, Gulf Stream et lilas Sur le quai, pendant que des ouvriers s'activent à charger dans les cales du bateau de nombreuses palettes de marchandises, quelques passagers sans bagage regagnent l’
Express Côtier. Probablement des voyageurs effectuant le périple depuis le Nord et qui viennent de profiter de cette escale matinale pour faire un petit tour dans la ville. Découvrir
Harstad : son port, ses pontons de bois et un peu plus haut sur la colline qui surplombe la ville ses jolies maisons colorées.
Toutes sont entourées de végétation, pelouses et arbustes verdoyants à foison et même par des lilas fleuris qui parfument agréablement l'atmosphère. Etonnant, des fleurs à cette latitude ! C’est un des effets bien visible du fameux Gulf Stream, ce courant tempéré qui adoucit le climat arctique de la région.
Les amarres levées, les moteurs se mettent à gronder alors qu'une légère fumée s'échappe des cheminées du navire... Au revoir Harstad, c’est le moment du départ !
Postés sur le pont à observer le paysage, un haut-parleur nasillard soudain nous fait sursauter, c'est l'annonce en plusieurs langues de la première curiosité du parcours : sur la côte, juste après les dernières maisons de l'agglomération, on aperçoit l'église de Trondenes. Des murs blancs, un toit rouge, une architecture rénovée, cela ne témoigne pas vraiment de l'histoire ancienne du lieu. Pourtant, ici, dès l'époque Viking, l'endroit était un haut-lieu de la démocratie locale. C’est en effet là que siégeait le " Thing ", le parlement-tribunal régional. Un peu plus loin sur la colline, caché en partie par les arbres, il y a un autre témoin historique mais d’une période plus récente. Datant de la dernière guerre, c'est le monstrueux canon " Adolf "... ça y est, à la jumelle je le distingue parfaitement!
Un petit vent frais nous fait quitter le pont avant et emprunter les coursives. Le moment pour nous de découvrir l'intérieur de ce spacieux bateau. Salons, salle de restaurant, cafétéria, bar, petite boutique de souvenirs, coin de jeux pour enfants, salon télé.... et un ascenseur pour accéder aux différents ponts. Au gré de la visite, nous voilà maintenant dans un couloir sans fin avec une succession de portes numérotées : les cabines des passagers, une vision quelque peu monotone.
A bord, ambiance...Le lieu le plus intéressant du navire, au confort appréciable, est assurément le salon panoramique " Horisjon ". Pas de doute, voilà le meilleur endroit pour contempler le paysage tout en étant, bien sûr, à l'abri. Mais en été, avec près de 700 passagers à bord, les places sont très convoitées, en voici de libres, parfait !
Sous mes yeux, les côtes des îlesdéfilent lentement, les panoramas se succèdent : hautes montagnes dont les sommets se perdent presque dans les brumes puis de verts pâturages parsemés de quelques fermes isolées aux murs peints en rouge.... Peu à peu mon regard cesse de fixer l'horizon pour s'orienter vers l'intérieur du salon et observer les occupations des passagers qui m'entourent.
Voici quelques scènes de la vie à bord de l'
Express côtier norvégien. C'est peut-être les éclats de rires, bruyants et répétés de ces mamies permanentées qui ont attiré mon attention, elles sont bien entendu placées en première ligne et occupent les meilleurs fauteuils d'où la vue est imprenable même si elles ne jettent que très rarement un œil à travers la baie vitrée ! Leur stratégie pour squatter ces places privilégiées est imparable, lorsqu’elles vont faire un petit tour, elles laissent leurs gros sacs afin de bien signaler aux envieux que les sièges sont occupés à la journée, petites
malines !
Le couple qui passe à mes côtés cherche désespérément une place, voilà qu'il en trouve à côté d'un jeune, écouteurs rivés aux oreilles, regard tourné vers le plancher et dont la tête oscille au rythme d'une musique que l'on imagine techno... Deux autres voyageurs sont allongés sur une banquette et semblent finir leur nuit, sans doute le prix élevé des cabines a paru trop cher à leur budget de globe-trotters.
Il y a aussi des passagers très organisés, carte et guide en mains, qui ne lâchent pas des yeux le paysage, ils essayent de retrouver le nom de chaque montagne, fjord ou village aperçus. D'autres, profitent de ces moments pour s'adonner à la tache fastidieuse des cartes postales, essayant de personnaliser chaque texte et de n'oublier personne... surtout pas la tante Yvette !
Devant moi une scandinave, sa blondeur en témoigne, a les yeux plongés par intermittence dans un livre, finalement l'occupation favorite de nombreux passagers.
Comme eux, j'ai sorti de mon sac un livre, une (re)lecture qui s'imposait ici, le récit de Claude Villers à propos de ses impressions de voyage sur l'
Express Côtier. Ouvert au hasard, je tombe sur un épisode très agité de son périple automnal.
" A quatre heures, nouveau réveil brusque, un sursaut me soulève de mon matelas, je m'agrippe des deux mains à mes draps. Le navire se cabre, je suis rejeté contre la paroi et...et ça continue. J'entends mes valises s'écraser au sol. "*. L'évocation de cette tempête me donnerait presque le mal de mer... Pris par ce récit me voilà jetant un coup d'œil à l'extérieur, comme pour me rassurer, les eaux ce matin sont bien d'un calme apaisant.
Retour à ma lecture, c'est bien sûr le passage qui évoque l'itinéraire que nous empruntons qui m'intéresse le plus. Dans son récit Claude Villers nous apprend que dans le
chenal de Risøyrenna il est très fréquent d'observer des phoques
: "...minuscule tête ronde, nez au vent au-dessus de l'eau frissonnante, fendant la mer... Ils sont des dizaines à nager, indifférents, tranquilles, vers les rochers approchants. "*. Il n'en faut pas plus pour que je sorte sur le pont, jumelles à la main. J'ai beau scruter de tous côtés, je ne vois que des rochers et de l'eau et aucune petite tête moustachue émergeant de la surface... ce n'est pas grave car le reste du paysage vaut le coup d'œil.
Le Richard With emprunte maintenant le chenal de Risøyrenna. Ici, les hauts-fonds ont été dragués en 1922 pour permettre le passage des navires de l'
Express Côtier, un étroit corridor bien délimité par une longue série de balises ; la navigation est délicate, à cet endroit il n'y a que 7 mètres de profondeur ! Une très courte escale est prévue au village de Risøyhamm, juste le temps de décharger quelques marchandises et pour nous le temps d'observer l’interminable pont de 750 mètres qui enjambe le chenal et relie l'île d'Andøya à celle d'Hinnøya.
Les Vesterålen et l’histoire de l’Express Côtier
A l'escale suivante de
Sortland, ville principale des îles Vesterålen et importante base navale nous mettrons pied à terre. Pas pour admirer les garde-côtes de la marine norvégienne amarrés au quai mais pour voir de plus près la petite église de bois qui trône sur la colline. Plusieurs passagers, comme nous, pressent le pas en direction du monument, l'escale n'est que d'une demi-heure et l'on sait que l'
Express Côtier n'attend pas les retardataires ! Arrivés devant le porche, la porte entre ouverte nous permet de découvrir le superbe intérieur fait de boiseries peintes, de plus un trompettiste répète sa partition ; on lit de la satisfaction sur les visages des visiteurs... sauf sur celui du pasteur qui l'air un peu contrarié nous explique que normalement l'entrée est interdite pendant les répétitions. Dommage !
La navigation s’avère tranquille en longeant les côtes de l'île de Langøya jusqu'au port de
Stokmarknes.
En apercevant la ville on distingue la silhouette d'un navire de croisière qui n'est pas à quai... mais en cale sèche, il s’agit du vénérable Finnmarken. Un ancien de la ligne des
Express Côtier qui naviguait dans les années 50 et qui de nos jours finit joliment sa carrière ici, à
l'Hurtigruten Museum (Musée de l'
Express Côtier).
Ce port n'a pas été choisit au hasard comme témoin de l'histoire de cette ligne mythique pour les Norvégiens. En effet, Stokmarknes est la patrie de Richard With qui a fondé la compagnie des
Express Côtier en 1881. Une petite révolution à l'époque pour les ports perdus du nord du pays, ils se voyaient ainsi reliés et desservis toute l'année, la fin en quelque sorte de l'isolement du Grand Nord.
Evidemment lors de l'escale, la visite du sympathique musée s’impose. Tout ce qui concerne l'histoire de cette ligne y est rassemblée, et de belle façon. Films, photos, maquettes mais aussi des reconstitutions grandeur nature d'un poste de commandement ou des cuisines par exemple. Beaucoup d'objets qui ont marqué l'histoire de ces bateaux sont exposés comme cette grosse cloche qui amuse les enfants, ils n'hésitent pas à la faire tinter en passant (euh ! moi aussi je l'ai fait retentir...).
Une passerelle où sont affichées les photos de chacune des 34 escales de la ligne conduit au Finnmarken. En parcourant les ponts, coursives, couloirs et ces salles sans vie, c'est une atmosphère particulière que l'on ressent, entre nostalgie et abandon.
Après cette visite presque au pas de course, il est temps de regagner notre bateau. Sur le quai, une jeune norvégienne, chevelure blonde, chemisier blanc et belle robe traditionnelle bleue, entonne pour les passagers un chant folklorique, histoire de gagner quelques couronnes... un refrain en boucle, ma fois agréable à l'oreille avec des intonations nordiques qui évoquent presque du Björk !
Grandiose et pourtant si étroit : le TrollfjordPlace maintenant au passage le plus spectaculaire de cette journée de cabotage, notre
Express Côtier s'engage dans le
détroit du Raftsundet, un corridor encaissé cheminant sur 20 kilomètres entre les îles Vesterålen et
Lofoten.
Les paysages sont grandioses avec ces hautes cimes encore nimbées de nuages, ces falaises abruptes et ces îlots rocheux qui jalonnent le trajet. Mais le moment le plus attendu de l'après-midi, c'est le célèbre
Trollfjord.
Pour l'occasion, nous sommes nombreux à nous diriger vers l'avant du bateau, il faut même jouer des coudes pour être bien placé, le Richard With oblique maintenant vers la droite puis vers la gauche afin de s'engager dans ce fjord majestueux d'à peine 2 km de long. Une chance, la luminosité devient plus soutenue, on devine le soleil à travers les nuages, c'est sûr, les trolls sont avec nous ! En passant dans sa partie la plus étranglée, la coque de notre bateau semble presque caresser les rochers qui se reflètent à merveille sur des eaux parfaitement lisses.
Pour cette délicate navigation, les moteurs sont au ralenti nous laissant entendre l'apaisant bruit des cascades qui dévalent les parois rocheuses. Reste le demi-tour au fond de ce cul de sac, une manœuvre difficile qu'effectue lentement mais avec brio notre Commandant. Le Trollfjord, assurément un des grands moments d'une croisière sur l'
Express Côtier !
Rentrés à l'intérieur, nous retrouvons le fjord...sur une large toile, peinte par Karl Erik Harr, décorant le hall du navire, elle retrace un épisode agité qu'a vécu ce fjord unique : la bataille du Trollfjord ! En 1880, un mémorable conflit a eu lieu ici entre pêcheurs, deux chalutiers voulant rafler d'énormes bancs de poissons au nez et à la barbe de pauvres pêcheurs ne disposant que de simples barques à rames !
La capitale des Lofoten... et du skrei !En quittant le détroit, pendant que l'
Express Côtier longe le littoral des
Lofoten, le soleil se fait plus présent, arrivant même à transpercer la couche nuageuse. Ainsi le panorama montagneux de l'île avec ses aiguilles, ses crêtes et ses sommets aux formes pyramidales nous apparaît dans toute sa splendeur.
Au programme de ce début de soirée, l'escale à
Svolvær, une petite ville mais une capitale pour les
Lofoten. C’est en effet la principale agglomération de l'archipel avec ses 10 000 habitants. Certes le port n'est peut-être pas le plus pittoresque de l’archipel mais il a son charme avec son aspect typique des
Lofoten. (les photos ci-dessous ont été prises en journée lors du périple à terre durant les jours suivants)
En été, les chalutiers sont au repos et les séchoirs à morues sont libres de tous poissons, c'est en hiver (janvier à avril) que l'activité de la pêche au skrei bat son plein. Des campagnes de pêches parfois miraculeuses et qui ont fait la fortune des îliens.
La promenade nous mène sur un petit îlot, au centre du port où les " rorbuer " (cabanes de pêcheurs louées aux estivants) sont nombreux, les reflets de leurs façades en bois peint en rouge dansent et ondulent sur les eaux du port. Superbe !
Mais à Svolvær, il faut lever le nez pour apercevoir une des curiosités du site : " la chèvre ". En fait un animal de pierre. Une aiguille rocheuse qui surplombe la ville est surmontée de deux pitons séparés de plus de deux mètres, leur forme ressemble aux cornes d'une chèvre... et savez-vous ce que font les alpinistes aguerris ? Ils sautent de l'un à l'autre, âmes sensibles au vertige, s'abstenir !
Naviguant vers la prochaine escale alors que défilent lentement à tribord les côtes abruptes des
Lofoten, voilà qu’on évoque à nouveau les Versterålen... pas l’archipel, mais l’
Express Côtier qui porte le nom de ces îles.
Les voies maritimes des deux navires se croisent ici, le M/S Versterålen se dirigeant quant à lui vers le Nord. Place aux salutations habituelles lorsque deux
Express Côtier se rencontrent, un concert de Pooohhh ! Pooohhh ! déchire l’atmosphère et des bras s’agitent, les passagers présents sur les ponts des deux navires se saluent joyeusement.
Pour nous, ces gestes deviennent presque des signes d’au revoir, l’escale de
Stamsund approche.
Encore quelques encablures à parcourir avant d’attendre le port, de mettre pied à terre et de quitter avec un brin de regret notre
Express Côtier.
Et après avoir tant apprécié pendant ce périple côtier la vue des îles depuis la mer, voici venu le moment de découvrir d’autres charmes des
Lofoten...mais côté terre !
A bord et du M/S Richard With.
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Quelques autres photos des Lofoten
Une plage des
Lofoten illuminée par le soleil de minuit... magique !
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Encore plus de photos et de récits sur les
îles Lofoten... c'est à parcourir sur le Carnet de voyage que j'avais mis en ligne à mon retour de ce périple en
Norvège.
groenland-disko.pagesperso-orange.fr/norvege-lo...