Ecrit par Serge Remy, le 03-11-2008 00:00
A la crise boursière et financière succède peu à peu une récession économique profonde. Le Cambodge aura-t-il les armes pour en amortir les effets dévastateurs ?
Les fortes turbulences qui chahutent l’ensemble des bourses mondiales n’épargnent pas les pays émergents. Pour preuve, le récent sommet de l’ASEM (Asia Europe Meeting) qui s’est tenu à
Pékin et auquel les pays de l’ASEAN (Association des pays de l’
Asie du Sud-Est) avaient été conviés. Il ne s’agit plus de mettre un terme aux menées furieuses sur console de jeux des traders de la planète, mais bien d’atténuer les dommages prévisibles d’une prochaine récession économique plus profonde que celle du jeudi noir d’octobre 1929.
Le monde s’embourbe et l’angoisse gagne les esprits. La mondialisation (« globalisation », terme anglais qui donne plus justement la mesure du phénomène) est venue, pour le meilleur mais aussi aujourd’hui pour le pire, balayer les souverainetés monétaires, financières, marchandes et industrielles. Souverainetés qui auparavant savaient bricoler un protectionnisme à courte vue comme l’
Allemagne avait pu le pratiquer. Le résultat ? Un nationalisme brutal sombrant dans les horreurs du nazisme.
Comment un pays comme le
Cambodge dont l’histoire moderne n’encourage pas forcément à l’optimisme, peut amortir les conséquences humaines de ce hold-up boursier sur son économie balbutiante ? Pas simple.
En 1997/1998, la crise immobilière, boursière et enfin monétaire avait gangréné toute la région de l’
Asie du Sud-Est. Elle avait été facilitée par l’absence de toute régulation concertée entre les pays de l’ASEAN. De plus, un vent de panique avait amplifié le phénomène. Le
Cambodge en avait subi le contrecoup mais sans commune mesure avec son voisin thaïlandais. En 2008, la donne a évolué.
Bangkok est à nouveau dans la tourmente financière, confrontée également à une instabilité politique préoccupante. L’
Indonésie et les
Philippines entrent dans la danse tandis que le
Vietnam commence à ressentir un sérieux coup de froid soufflé dans les bronches de sa croissance.
Le
Cambodge fait ses comptes
L’aide internationale plus chiche à l’horizon 2010, les investisseurs privés plus frileux, l’Eldorado cambodgien, pour quelques Tartarins de la spéculation risque de devenir un Far West sans grand intérêt, engloutissant ou mettant entre parenthèse les rêves d’urbanisme pharaonique des uns et de « boursodrome » dérégulé pour les autres. Hors du
Cambodge, les touristes potentiels regarderont à deux fois avant d‘aller admirer -in situ- les fresques d’
Angkor Vat.
Fait inédit dans l’histoire, pour la première fois depuis leur mise en place, le FMI (Fond monétaire international) et la Banque mondiale ont vu leurs propositions de « prêt-relais » tenues pour l’instant à distance par les pays de l’ASEAN. Il est vrai que la
Thaïlande ou l’
Indonésie gardent un souvenir amer de l’intervention autoritaire, arrogante voire méprisante du FMI pour aider à l’époque leur secteur financier, cela à des taux usuraires et à des conditions humaines passablement scandaleuses.
Forts de cette expérience, les pays asiatiques ont créé une caisse commune de quatre-vingts milliards de dollars qui jouera à leur échelle le rôle de fond de garantie des systèmes bancaires respectifs. Le montant reste pourtant bien faible devant les chiffres des pertes abyssales annoncés par toutes les places boursières. Pour être précis, la
Chine, la
Corée du Sud et le
Japon fourniront la quasi-totalité des avoirs en numéraire de cette caisse de prévoyance. Tout va mieux alors ? Pas vraiment, mais c’est une première étape.
Dans l’immédiat, le gouvernement royal doit prévenir tout affolement et rassurer les Cambodgiens qui, à juste titre, ont une confiance limitée dans leur système bancaire.
Cette pandémie économique qui fait craindre une crise structurelle et non conjoncturelle comme le disait un peu trop hâtivement le prince Charles d’
Angleterre, nécessite des remèdes de cheval. Les cataplasmes, les grigris, les poupées vaudou et les multiples ex-voto offerts aux dieux de tous poils n’y feront rien. Le sommet de
Washington prévu le 15 novembre prochain et régionalement celui de l’ASEAN enchainant un mois plus tard à
Chang Mai en
Thaïlande ne pourront se contenter de déclarations formelles.
« Ce que le capitalisme est en train de vivre s’apparente aux soubresauts que la Terre a connu entre l’ère tertiaire et l’ère quaternaire. Nous devons désormais inventer autre chose et autrement. »
* Les récentes mises en gardes du prix Nobel de l’économie américain, Joseph Stiglitz, font désormais bouillir la marmite des think tanks de la finance mondiale. Ils ne pourront plus se contenter de proposer des dividendes et des stocks options pixellisés sur écran plat de
Tokyo à
New York...
(Source Photo: Asian View Report)SERGE REMY (LePetitJournal.com, Cambodge) lundi 3 Novembre 2008*
Rencontre du secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon avec plusieurs économistes, 23 octobre 2008, New York. Chob rey suor bong!
Ceci est en écho du jour à ton message...Cordialement