J'ai adoré Nan..il y a 30 ans.
Nous étions 2 couples, les hommes avaient des cheveux blancs et des lunettes, ce qui a beaucoup attiré l'attention à notre grande surprise. Arrivés par un vol (qui n'existe plus)Thaï Airways depuis
Chiang Mai, nous étions hébergés en centre ville, dans un hôtel en teck, très belle construction. Je n'oublierai pas l'accueil d'une charmante jeune femme qui enregistrait notre arrivée et repoussait en même temps d'un geste gracieux, les énormes cafards qui courraient sur le comptoir. Nous étions l'objet de curiosité, nous n'avons rencontré qu'une poignée d'Européens pendant notre séjour.
Un dénommé Phu d'ethnie
Yao, guide dans une agence locale nous a embarqué en 4x4 pour rencontrer les ethnies locales. Ce fut une expédition extraordinaire. Nous avons visité un village Yao, ethnie connue pour ses costumes magnifiquement brodés. Mon amie a essayé la coiffe des femmes: une bande de coton indigo de 7 mètres de long enroulée sur la tête),

, mais nous avons décliné l'offre de fumer un peu d'opium avec le grand-père qui avait mal au ventre

.
Nous sommes notamment allés dans un village d'une ethnie qui ne touchait pas le fer, les
Htins: toutes les constructions étaient ligaturées, les vanneries étaient magnifiques.
Une autre ethnie comptait beaucoup de forgerons, nous avons vu la femme actionner la soufflerie pendant que le mari forgeait...une pièce de fusil. Et là nous avons compris d'où venaient ces énormes pétoires que certains hommes portaient le long des pistes que nous avions empruntées.
Nous avons vu aussi des enfants qui chassaient avec des frondes.
Dans les villages ou les cours d'écoles les enfants qui nous observaient en douce, s'enfuyaient comme une volée de moineaux à notre approche.
Notre guide ne parlait pas anglais sauf quand on croisait des animaux qu'il qualifiait de"barbecue" ou "no barbecue", il ne devait pas beaucoup parler thaï non plus mais il était adorable.
Le clou de l'expédition était la rencontre avec la
Mlabris, appelés Phi tong Luang par les Thaïs, je crois que cela signifie "esprits des feuilles jaunes". Leur mode de vie était l'éparpillement dans la forêt: une femme part avec un homme (et un chien) pour fonder une famille, ils s'installent en forêt à proximité d'une source ou ruisseau (on est en montagne), défrichent une petite zone, coupent des grandes feuilles pour recouvrir le sol et faire un toit. Ils vivent de chasse et de cueillette et changent d'endroit quand les feuilles ont jauni (d'où leur nom). Notre guide avait des contacts dans les villages voisins où il avait acheté de la viande et du tabac...nous avons grimpé en forêt derrière lui, il a pris contact en sifflant...et nous avons approché une famille qui vivait exactement comme ce qui nous avait été décrit. Nous étions muets de surprise, avec l'impression de rencontrer des hommes préhistoriques. J'étais culpabilisée par un sentiment de voyeurisme malsain, même si nous étions bien accueillis (le tabac était précieux pour eux car brûlé pour chasser les moustiques).
Il faisait sombre dans cette jungle mais j'avais un appareil photo reflex autour du cou, des objectifs en tous genres et un flash dans mon sac à dos....et je n'ai pas osé faire une seule photo de cette petite famille sur ces quelques mètres carrés de feuilles. Un peu d'eau du ruisseau était détournée jusqu'à eux grâce à des bambous mis bout à bout, ils n'avaient rien !
Cette image que je n'ai pas prise en photo restera gravée à jamais dans ma mémoire et celle de mes compagnons.
Il parait que les Mlabris ont été ensuite embauchés par les Hmongs pour cultiver leurs terres et payés avec de l'alcool. Quand je vois une vidéo d' un village mlabri avec des maisons...on est très loin de ce que j'ai connu, mais c'était la politique gouvernementale et royale.
J'ai une amie thaïlandaise qui ne nous accompagnait pas à Nan et qui m'a dit qu'elle ne serait pas venue avec nous: depuis son enfance, on lui avait répété que si elle n'était pas sage, les Phi luang allaient venir la chercher et l'emporter dans la forêt.

J'ai la chance d'avoir de nombreux souvenirs concrets de cette escapade, j'avais fait le plein de broderies, vanneries et tissages des ethnies autour de Nan.
J'espère que les touristes sont toujours aussi bien accueillis à Nan et que les paysages sont toujours aussi grandioses. Il me semble que plus on s'éloigne des zones touristiques, mieux on est reçu, donc pourquoi pas Nan?