RYANAIR : Un CDB brise l'omerta
La compagnie, implantée en
France depuis 1997, étouffe toute contestation parmi son personnel. Un commandant de bord, sous couvert d'anonymat, brise l'omerta et dénonce les pratiques dangeureuses d'une société qu'il a préféré quitter.
L’
Irlande est en fête. Soyez des nôtres ! » clament les publicités de Ryanair, la compagnie irlandaise qui propose en ce moment l’aller simple Beauvais-
Dublin à 19 euros. Derrière ces prix ultra attractifs se cache une entreprise aux moeurs impitoyables et un P-DG, Michael O’Leary, apôtre intransigeant du low cost (bas coût). Pilotes sous pression, ambiance pesante, rationalisation des coûts à outrance : dans cette société qui a transporté 76 millions de passagers en 2011, personne n’est syndiqué. Il est donc très difficile pour des pilotes d’accepter de parler, leur exclusion serait immédiate. VSD a rencontré un commandant de bord qui a quitté cette compagnie après des années passées à travailler « la boule dans l’estomac ». Appelons-le Christophe. Ce qu’il relate est digne du roman de John Grisham La Firme. « À Ryanair, tu te sens épié, continuellement surveillé, témoigne-t-il. Sauf quand tu es convoqué, tu n’es en contact avec personne. Tout se passe par ordinateur. Si tu as un problème, il n’y a pas de téléphone, tout se fait par e-mail. Tout est codifié, jusqu’aux annonces commerciales que l’on effectue à bord et qui sont, éventuellement, écoutées par l’un des quinze “clients mystères”. » Et quand l’avion atterrit, un système de puces dans le fuselage envoie toutes les informations à la base. Si on arrive un peu trop vite ou trop loin sur la piste, tout est codifié, décortiqué. Et sanctionné. Mais le plus grave concerne les emports minimaux de kérosène, qui pourraient mettre en danger les passagers. Cette obsession des économies joue sur un théorème simple : charger moins pour peser moins lourd et donc consommer moins. Christophe a été témoin de ces pratiques. Ryanair, qualifiée d’ovni par ses concurrentes, reste pile sur la ligne jaune de la réglementation. « Michael O’Leary respecte les règlements : tu emportes du kérozène pour aller d’un point A à un point B avec une réserve vers un point C. Mais ce total théorique est calculé par des logiciels qui ne prennent pas en compte la possibilité d’aléas. » Il suffirait qu’il y ait trop de brouillard sur la piste ou qu’un accident s’y soit produit pour que l’appareil soit dans l’incapacité de se dérouter. Pis : « Chez Ryanair, il y a un classement très pernicieux, baptisé la “full league”, publié chaque mois sur l’Intranet de la société, dénonce Christophe.
Lire l'article intégral dans VSD n°1836 (du 1 au 7 novembre 2012)
www.vsd.fr/...-limites-du-low-cost