salut, j'ai copie il y a quelque temps 2 post qui vont te donner une idee du train en
inde.
j'ai vecu le meme genre de voyage avec ma femme et mes 2 fille, ce sont des momments innoubliables qu'il ne faut absolument pas rater...
en plus il sont super bien decrit dans ces post un vrais regal...
bon voyage en
Inde
didier
"L'aventure commence à la gare dès l'achat du billet. Le jeu de coudes, pour atteindre le bon comptoir et
dénicher le précieux ticket, demande beaucoup de sang-froid et tient lieu à chaque fois de l'exploit.
La gare d'
Agra, où passent les touristes qui vont au
Taj Mahal, est un cauchemar de boue, de puanteur, de
saleté et d'odeurs fétides. Sur les quais, dorment entassés, femmes, enfants, vieillards et malades.
Quelques adultes défèquent sur les rails en crachant. D'autres se lavent les dents avec une branche. Les
vaches, chez elle comme dans les prés de Saint-Armand, vont et viennent entre tout ce beau monde.
Ce jour-là, l'expédition jusqu'à
Bénarès (500km) devait prendre 24 hres à bord d'un "express" à vapeur,
incluant le changement à
Lucknow. Une escale de trois heures, écourtée dans un bar à air conditionné, en
compagnie de deux Espagnols, anars comme seuls les Espagnols peuvent l'être, et d'un minuscule Portugais,
baragouinant une dizaine de langues, sans en parler aucune.
De retour à la gare de
Lucknow, un peu olé-olé par l'effet des trois grosses bières à 5 degrés et du
soleil à 35 degrés, la bande latine se trompe de train. On échoue dans un "mail", une tortue coloniale
qui fait toutes les gares, tous les arrêts, tous les passages à niveau, tous les stops possibles et
inimaginables, même en plein champ pour laisser passer les ruminantes.
Selon le savant contrôleur, notre billet de première classe pour un train express n'est même plus valide
pour un train "mail" ! Un solide bakchich de 20 roupies chacun (une journée de salaire) finit par le
convaincre de la fausseté de son raisonnement.
Mais quelques arrêts plus tard, et quelques centaines de passagers de plus, il se ravise. La première est
pleine et il nous rétrograder en seconde.
La deuxième classe en
Inde, c'est le train d'Auschwitz. Les wagons tiennent du fourgon à bestiaux
et de la prison. Dans les fenêtres, les barreaux servent d'abord à empêcher les gens d'entrer...
C'est plein. Plein à ras-bord. Dans le noir, les grappes humaines forment une tapisserie de membres,
d'yeux, de vêtements et de cheveux. Les passagers sont assis à cinq ou six sur une banquette en bois prévue initialement pour trois. Le couloir est rempli de gens dormant au milieu des malles en acier.
Dans tous les trains, on applique la vieille loi indienne de la compression illimitée des individus.
Dans celui-là c'est l'article un, alinéa a : Never too full. En jouant des coudes et des genous, et en
renonçant aux bonnes manières, on échoue sur le plancher à l'entrée des toilettes, le pire morceau du
wagon. Six heures encore à faire ! (quinze en réalité, mais on l'ignore.)
Pour ne pas perdre le peu d'espace qu'on vient de conquérir, il faut lutter pouce par pouce. Autour, ça
pête, ça rote sans vergogne, crache par terre, sème des épluchures et des débris un peu partout. Les
enfants hurlent, pleurent, toussent, courent, jouent. D'instinct, c'est la survie pour la survie. Tout
l'effort consiste à se garder de la contamination du voisin, à respirer sans trop aspirer et à s'imaginer
ailleurs. Dans un bain de mousse, une vahiné dans les bras, une Veuve Cliqot dans le seau à glace, Vivaldi
dans le Sony.
L'ambiance est felinienne. Derrière, le mec se tripote les testicules, les remonte sans cesse, comme si ses
deux pierres précieuses allaient sortir du saint sac, pour aller se fracasser sur le sol comme des boules de
cristal. Dans une vie antérieure, il avait dû être singe. À côté, la fillette s'alimente à même ses prises
nasales. Son père, pas trop en reste côté moeurs locales, se racle le fond de la gorge avec conviction,
coagule la morve au bout de sa langue, de sorte que le jet reste bien groupé et balance le tout en forme
d'une grosse bulle qui atteint le sol à bâbord. Du bel ouvrage. Propre.
Tous les deux ou trois kilomètres, le train glouton se gave de nouveaux clients. Chaque fois, une meute
d'enfants réussit à se faufiler dans le tas pour nous proposer thé, café cacahuètes, noix de coco et
beignets farcis (autant de merveilles, lorsque bien conservées, mais qui au grand air toute la journée
vous bousculent une "régularité" et vous garantissent une tourista triple A).
Des musiciens aveugles, guidés par un enfant, se hissent à bord et demandent l'aumône en chantant d'une
voix éraillée. Le supplice culmine lorsqu'ils arrivent devant nous. Les blancs sentent...la roupie.
Les odeurs de d'urine et de merde, qui émanent de la porte devant, dépassent ce qu'un voyageur comme Pedro, en
Inde depuis trois mois pourtant, peut endurer. D'un commun accord, on convient que si on reste une heure de plus, les journaux annonceront demain la mort de quatre touristes, asphyxiés dans un train "mail". À la onzième heure, sans hésitation, on tente le grand coup et on remonte en première.
Mais l'hijo de puta, comme l'a baptisé Pedro, veille au grain et nous ordonne de retourner en enfer. Jamais
dans cent ans, qu'on lui réplique comme un seul homme, menaçant d'aller tout memérer au chef de train.
Sous la pression de la délation et du nombre considérable de f...bastard et de S.O.B qu'on lui
assène à deux pouces du museau, l'hijo change de ton. D'accord, on peut rester en première. Mais dans le
passage, près des w.c.! Les compartiments étant tous pleins de passagers en train de roupiller. Et l'allée
affichant aussi complet. Sous l'effet combiné de la ganja, de la fatigue et de la nausée indienne, on se met à rêver aux draps blancs, à la douche chaude, aux plages d'Ibiza, aux moules de Formentera, aux filles de
Malaga.
À sept heures du matin, après 33 heures de calvaire, on arrive enfin dans la ville sainte. Crevés. Sales.
Puants. Morts. Prêts à être flambés sur les ghâts du Gange."
"Les gares indiennes sont à la fois pathétiques, fascinantes et insupportables.
Je me souviens de la Railways Station de
Delhi où l'attente du train pour Vanarasi fut interminable.
Un immense dortoir depuis l'entrée et le hall central jusqu'aux quais. Hommes, femmes enveloppées de leurs saris aux couleurs kitch, des nourrissons nichés dans les plis, vieillards, enfants...tous couchés sur leurs bagages et sur de minces couvertures à même le sol crasseux. Ils dorment profondément ou gardent le regard paisible de ceux qui attendent avec un fatalisme absolu. Le temps a bien le temps d'attendre. Certains passent la nuit à la gare. Les trains ont parfois huit heures de retard. Des touristes se fraient un chemin à travers les corps étendus. Eux supportent mal l'attente.
Les annonces sont diffusées sans arrêt en hindi et en anglais. Elles énoncent le numéro des trains, leurs destinations et leurs retards, mais elles restent confuses.
Les remugles d'urine se font parfois puissants. Ils émanent des voies ferrées et s'intensifient à la nuit tombée jusqu'à devenir insupportables pour les odorats occidentaux.
Parmi la foule couchée, un visage d'enfant ou de femme d'une lumineuse beauté vous apparaît soudain comme un miracle. En dépit de la crasse, de la poussière et de la pollution, les indiennes sont singulièrement soignées et coquettes. Même misérables, elles ont plus de classe que certaines européennes épaisses fagottées dans leur ridicule tenue de touristes.
Je me souviens de la gare de
Delhi la nuit, de la voix nasillarde et criarde des vendeurs de chaÏ, de samosas, de fruits et de boissons. Manger et boire sont des sollicitations constantes en
Inde.
Je me souviens de familles entières de parias errants, non dans l'attente d'un train, mais squattant les quais le long des murs. Les femmes fouillant de leurs longs doigts minces les cheveux inextricablement enmêlés et hirsutes de leurs enfants où jamais un peigne n'est passé. Elles débusquent les poux avec amour et patience.
Quelques saddus, vrais ou faux, étrangers au bruit et à la fureur du monde déambulent dans la gare, le visage serein. Ils sont vêtus de leurs loqueteuses étoffes rouges ou orange et nous rappellent peut-être que tout est dérisoire sinon l'errance et l'attente impassible d'un au-delà meilleur. Leur sérénité est loin d'être celle des indiens pris de frénésie quand le train arrive. C'est la pagaille totale. Il s'agit de trouver son compartiment et sa place et d'y caser bagages et famille. Bienheureux les voyageurs en "first class". Ils échappent à la bousculade des indiens sortis de leur torpeur. Craignent-ils que leurs places réservées de "second class sleepers" leur échappent? Il est vrai que la confusion règne. Quant aux 3ème et 4ème classes, compartiments sans couchettes, ils vont s'y entasser sans perdre le moindre espace. La mêlée des corps est pour eux chose normale dans n'importe quel lieu, n'importe quel transport.
Le train va commencer son interminable parcours de nuit, s'arrêtant fréquemment aux gares et aux croisements des rails. Après un arrêt parfois inexplicablement long, il reprend son parcours poussif. Son retard s'accentue. Si on a la malchance de ne pouvoir s'endormir, les ronflements des dormeurs prennent une ampleur extraordinaire. Les "sleepers" sont ouverts sur le couloir. Ces trains sont encore exactement ceux conçus par les anglais.
Le petit matin arrive vite et avec lui le passage incessant des vendeurs de thé au lait et de samosas vendus enveloppés dans du papier journal.
Je me souviens des enfants magnifiques et sales, grimés et vêtus comme des saltimbanques, qui se livraient dans le couloir à des pirouettes et à des acrobaties basiques pour gagner quelques roupies...et du gamin qui ponctuellement venait balayer les détritus qui jonchaient le sol. La plupart des indiens ne connaissant pas l'usage de la poubelle, objet quasiment inexistant.
Je me souviens du couple de gens âgés qui partageaient notre compartiment, de la curiosité discrète et rieuse du vieil homme, du visage tranquille aux rides légères de sa femme, de son sari aux couleurs rouge et vert sombre assorties avec subtilité aux bijoux de ses poignets et de ses chevilles.
Un couple d'anciens commerçants de Vanarasi, la bourgeoisie moyenne en
Inde.
La journée, les banquettes du milieu des "sleepers" sont relevées. Le voyage se poursuit entre léthargie, sommeils entrecoupés et contemplation des paysages de l'
inde rurale.
Le soir tombé, on arrive à Vanarasi dans un état comateux pour d'autres indiennes aventures."