tu n' as pas essayé de "voyager sur le pouce" (en l' occurence plutôt sur une charette) chez les Amish ?

pris en stop par les Amish? Euh!!! non.... la dernière promenade hippomobile que j'ai eu le plaisir de faire çà devait être dans les rues de
Charleston SC
cependant un certain jour d'hiver venant de
Pittsburgh, donc pas très très loin du pays Amish, j'aurais bien aimé qu'une voiture, n'importe laquelle, hippomobile ou pas, s'arrêtat.
On se souvient du film de Hitchcock dans lequel Gary Grant se trouve esseulé en bordure d'une route adossée au fameux champ de mais (ou diable est ce foutu tréma) anxieux de voir arriver un rendez vous incertain...
Ce jour donc je suis dans une situation un peu semblable... ma voiture étant tombée en panne sur un chemin rural transverse j'ai du l'y laisser, à environ 1 km et marcher jusqu'au carrefour avec la route passante. Je me trouve donc planté là, pour le moment droit dans mes bottes, en espérant qu'un automobiliste sympathique s'arrête pour me porter assistance. Pas de téléphone cellulaire en ce temps là. Mais la
Pennsylvanie n'est pas le
Nevada et je ne compte pas avoir à attendre longtemps. Seulement c'est l'hiver, le plein hiver, une neige déjà ancienne couvre le sol, il recommence à neiger et une sorte de blizzard balaie une campagne qui en ''temps normal'' inciterait plutôt à la flânerie. La campagne de
Pennsylvanie ce n'est pas pas la Toscane mais en belle saison il s'en dégage cependant une douceur bien plaisante. Bref... ce jour là ce n'est pas le cas, pas un Amish, pas un Quaker en vue...pas un chat à dire vrai. Le temps passant, piétinant sur place, je commence à sérieusement sentir le froid. Que faire.... je pourrais retourner en arrière marcher quelque 5 km pour rejoindre le 'village' (hameau) d'oû je viens et d'oû je serais en mesure de téléphoner...mais comme ce n'est pas mon jour de chance je me dis qu'à peine aurais-je parcouru 200 mètres que deux ou trois voitures vont passer mais alors hors de portée. Cruel dilemme.
Heureusement il y a les cochons.... grâce à eux je sais que je ne mourrai pas de froid en attendant l'arrivée de leur propriétaire qui ne saurait manquer de venir les nourrir une fois par jour... enfin j'espère.
Il faut savoir en effet que la
Pennsylvanie, connue pour son passé industriel, ses Amish, ses Quakers et son ''sweet corn'' est aussi un pays de cochons...je veux dire, bien sûr, un pays où l'on pratique l'élevage du porc

dans des 'factory farms', un peu comme en
Bretagne j'imagine. Encore que si je devais désigner l'Etat ''le plus cochon'' de l'Est Américain c'est plutôt à la
Caroline du Nord que je penserais...
Bref... pas loin d'oû je me trouve, dans le pré voisin, je sais qu'il y a en effet une '' piggery ''. Elle est assez près. Je la vois, je l'entends et surtout...je la sens bien... enfin je la renifle pour être plus précis. Lorsque plus tôt dans la journée j'étais passé une première fois j'avais bien noté, depuis mon volant, ces deux longs bâtiments profilés bas, ressemblant à des hangars mais sans y prêter attention. Maintenant que je suis piéton le vacarme produit par les grognements de plusieurs centaines de cochons en batterie et les effluves qui en émanent, portées par le vent malgré le froid ambiant, ne laissent pas d'ambiguité sur la destination de ces édifices.
Je me demande d'ailleurs comment il se fait que la ''piggery '' soit apparemment isolée, je ne vois pas de ferme d'oû je me tiens puis je me dis que les fermiers et fermières eux aussi ont un odorat...
Donc en cas d'urgence plutôt que de risquer l'hypothermie je me pincerai fortement les narines et me rapprocherai du réservoir de chaleur animale. J'ai déjà un peu l'expérience de ce type de collaboration. Quelques années auparavant, pris par la neige dans les montagnes de
Colombie Britannique, j'ai partagé sa couverture avec un Labrador dont les 39° m'ont gardé au chaud toute la nuit. Quant à l'odeur... quand on a été ne serait-ce qu'effleuré par le tir d'une moufette dérangée de dessous le plancher aérien de la maison sous lequel elle avait cru trouver refuge, quand on a circulé un jour de grand soleil, en bordure d'une voie ferrée du sud l'
Arizona ou du
Nouveau Mexique à proximité d'un parc d'embarquement dans lequel cent ou deux cents malheureux bestiaux pressés flanc à flanc piétinent dans une mare de purin en attendant le train-bétaillère... on est à peu près vacciné contre tout ce qui offense l'olfactif.
J'en suis à ce stade de mes réflexions quand le salut arrive enfin non pas sous la forme d'un bucolique buggy Amish mais sous celle d'un tracteur agricole banal, au moteur mal réglé et remorquant une sorte de tombereau qui, dans les circonstances, me paraît bien valoir n'importe quel limousine.
Voilà, c'est toute l'expérience que j'ai eue en tant que 'hitchhiker' moi-même

.
jean-paul