25 juillet - L’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai
Après un comptage de dodos en règle, nous voilà enfin arrivés à cette croix qui trône fièrement depuis belle lurette dans mon agenda à la date du 25 juillet, date du début de notre nouvelle vadrouille familiale ! Et oui, aujourd’hui, c’est le jour J que nous attendons depuis presqu’un an ! Cela nous paraissait si loin à l’époque, puis les mois sont passés, puis les semaines sont passées, puis les jours sont passés,... et maintenant, tic tac tic tac tic tac fait la pendule..., c’est chaque minute qui passe qui nous rapproche un peu plus de l’aéroport... Car tu l’as compris, en guise de générique de début, à moins de posséder un don de téléportation, une telle aventure commence toujours dans un aéroport. Et cette année, une fois n’est pas coutume, l’heureux élu sera celui de
Bruxelles Zaventem. Non pas que je boycotte Roissy pour cause de grèves à répétition (quoique...), mais à cent euros de moins par billet, le calcul a été vite fait,... surtout que pour juillet et août, les tarifs décollent aussi vite que les avions ! A noter également pour ton information de routard qu’à l’aéroport de
Bruxelles, il ne t’en coûtera que cinquante euros pour trois semaines de parking. Tout ça combiné fait que la concurrence parisienne s’est rapidement faite retoquer par l’œil avisé de mon directeur financier...
Bon, il faut que tu saches aussi que désormais, si tu envisages d’aller rendre visite à Bart Simpson, John Wayne, Lady Gaga, ou à ton vieil oncle qui vit en Amériques, il te faudra en demander gentiment l’autorisation au préalable. Pour être un tantinet plus précis, une demande d’exemption de visa nommée « Esta » est maintenant obligatoire. En fait, tu remplis un formulaire sur internet comportant des questions précises, et selon tes réponses, tu seras admis à fouler le sol américain... ou pas ! Mais comme je suis un mec généreux, prévenant et doté d’un amour de l’autre sans limite, je vais bien évidemment te refiler toutes les bonnes réponses pour que toi aussi, tu sois sûr d’être reçu comme nous à l’examen d’entrée !!!
Allons-y !...
« Souffrez-vous de troubles mentaux ? » Celle-là, elle est facile... Bien évidemment, il faut répondre « Non » ! Il faudrait être un malade mental pour répondre l’inverse !
- « Venez-vous aux
Etats-Unis dans le but de vous livrer à des activités criminelles ou d’espionnage ? » Là, j’ai longuement hésité devant ma copie... En fait, je ne savais pas si espionner sa sœur sous la douche quand j’étais gamin était considéré comme une activité d’espionnage. Dans le doute, j’ai répondu « Non » et bingo, c’est encore une bonne réponse !
- « Avez-vous aidé les nazis durant la seconde guerre mondiale ? » Celle-là, c’est cadeau ! Vu que je suis né exactement trente et un ans après la guerre, je n’suis pas tombé dans l’panneau... Et dire qu’ils pensaient me piéger là-dessus !... Au fait, arrête de compter sur tes petits doigts potelés, j’ai trente sept ans...
- « Avez-vous déjà séquestré un enfant américain ? » Bon, j’avoue, j’ai déjà enfermé mes filles dans leurs chambres pour les punir, mais vu qu’elles sont françaises, j’ai répondu « Non »... Pour info, la pire des punitions de ces derniers mois pour mes filles, c’était de leur dire qu’elles ne venaient plus aux
Etats-Unis avec nous... Qui a dit « sadique » ?...
Bref, pour résumer un peu tout ça, si tu n’es pas accro à la cocaïne, porteur de maladie transmissible, débile mental, espion, sosie de Ben Laden, nazi, fan invétéré d’Al-Quaïda, serial killer... « Un quoi ?... Un serial killer... Un tueur en série, quoi ! »,... ou si tu es tout simplement un sacré bon menteur, il y a de fortes chances pour que ta demande soit satisfaite. Pour nous, et hop, contrat réussi ! Et du même coup, cinquante six dollars virés directement sur le compte du petit Barack en guise de frais de dossier... Et oui, y en a qui n’y vont pas avec le dos de la main morte !
Allez, à l’heure où je m’entretiens avec ta petite personne, Sandrine a la tête dans les bagages... C’est tellement mieux que la tête dans le travail ou pire, la tête dans l’c... ! Ah, ça y est, elle me dit que les bagages sont prêts, l’affaire est dans l’sac... A vrai dire, ce sont toutes nos affaires qui sont dans les sacs : Vêtements, sacs de couchage, tente deux seconde, Anna, vaisselle, road-book, lampe torche, trousse de toilette, i-pad, spray anti-moustique, appareil photos, Sasha, sièges rehausseurs, lunettes de soleil, matelas, Nintendo Ds,... Et malgré ce mini déménagement, il reste encore de la place dans les sacs... Miracle ou intention de shopping de Sandrine ?... Bref, nous nous dirigeons maintenant vers l’aéroport et parcourons nos premiers kilomètres de la journée qui va en compter plus de huit mille... La suite, rien de bien folichon. On gare notre voiture au parking, on prend la navette qui nous conduit à notre terminal, on enregistre nos bagages, on monte dans notre coucou, puis on n’a pas droit à un, mais à deux vols sans encombre, genoux sous le menton, mal de dos, pleurs de bébés, nourriture moyenne,... du classique de chez classique, quoi ! Et juste pour te donner l’occasion d’en parler avec tes amis autour d’un barbecue, sache que nous voyageons avec Icelandair et que nous faisons escale pendant une heure et demie à
Reykjavik, en
Islande... Et oui, pour cette fois, l’
Islande, ce sera uniquement une visite de l’aéroport, mais ce n’est que partie remise... Quoi te dire de plus au sujet de cette compagnie ? En vrac, compagnie sérieuse, ponctuelle, employant des hôtesses islandaises donc très agréables à l’œil nu,... Par contre, repas servis uniquement aux enfants ! Pour les autres qui n’ont pas prévu le coup, c’est la diète à tous les coups, ce qui me vaut la première réflexion de Sandrine qui remet déjà en cause mon organisation logistique. Et là, tu te dis : « Revoilà les aventures de la pénible de service ! » Et tu n’as pas vraiment tort...
Allez, après le débarquement de milliers d’américains en
Normandie, voilà le débarquement de quatre français aux
Etats-Unis, soixante-neuf ans après... et surtout dix-neuf heures après être partis de notre chez nous ! Car oui, ça, il faut que tu le saches : l’
ouest américain, c’est un iota plus loin que de partir faire bronzette au Touquet ! Et on n’est pas encore couché...
Tu as peut-être remarqué que depuis tout à l’heure, je garde un peu de suspense puisque je ne t’ai toujours pas dit où nous venons d’atterrir ! Et oui, nous n’atterrissons pas n’importe où... Nous atterrissons à l’aéroport de
Denver ! Alors pourquoi est-ce que je te dis ça ? Atterrir dans un aéroport, c’est aussi banal que manger une jardinière de légume chez la grand-mère de Sandrine, vas-tu me dire... Et bien non ! Car là, celui de
Denver fait l’objet de plein de théories farfelues... Certains vont te dire que c’est le quartier général des francs-maçons, là où d’autres iront jusqu’à penser que c’est un abri en prévision de la fin du monde... Et pourquoi pas un repère d’extra-terrestre pendant qu’on y est ? Ou une base militaire secrète ? Tu crois que je délire ?... Ne fais pas le malin car tu vas peut-être croire en l’une de ces théories en écoutant attentivement les informations top secrètes que j’ai à te confier... Tout d’abord, il faut que tu saches que cet aéroport a été construit et mis en service en 1995 pour soi-disant répondre à un besoin en constante croissance. Or, l’ancien aéroport a été fermé alors qu’il comportait plus de portes, plus de pistes et était également plus proche de
Denver... Bizarre... Ensuite, tous les employés des entreprises ayant participé à sa construction ont automatiquement été licenciés dès la fin des travaux... Bizarre bizarre... Après ça, plus de cent millions de mètres cubes de terre ont été évacués lors de la construction, soit beaucoup, beaucoup plus que ce qui aurait normalement été nécessaire... Bizarre bizarre, vous avez dit bizarre ?... Sans compter que dans cet aéroport, il y a plus de fibre optique que sur l’ensemble de la côte est des
Etats-Unis ! Là, ce n’est même plus du domaine du bizarre !... Et je n’te parle même pas des symboles maçonniques qui trônent dans le grand hall, ni même des toiles décrivant la fin du monde ou encore cette sculpture du cheval de l’enfer qui, pour la petite histoire, est tombée mortellement sur son créateur lors de son installation... Et j’en passe et des meilleurs comme le sol en carrelage du niveau cinq qui montre le soleil se faire éclipser par une autre grosse planète, ou la gargouille représentant un diable tirant la langue dans la zone de restitution des bagages,... Alors, tu me crois lorsque je te dis que cet aéroport est bizarre ?... Bref, tu l’as compris, nous n’atterrissons pas simplement à
Denver, nous arrivons dans l’antre de Fox Mulder et de Dana Scully ! Bon, mis à part ça, juste un dernier petit mot pour quand même dire à ceux que c’est susceptible d’intéresser que nous avons fait bon voyage et que nous sommes bien arrivés... Là, rien de bizarre à signaler !
Nous récupérons nos bagages au grand tourniquet magique... Un, deux, trois, quatre... et cinq ! Tout le monde est au lieu de rendez-vous qu’on s’était fixé à
Bruxelles ! On passe maintenant l’immigration... « Promis monsieur, nous n’apportons ni pattes de grenouilles, ni fromages qui puent... » Ok, une prise d’emprunte, un coup de tampon, une photo souvenir, et nous voilà citoyens intérimaires des
Etats-Unis pour trois semaines ! Ah, non, le monsieur nous demande de refaire les photos et d’arrêter de sourire niaisement... Il est marrant, lui ! C’est moins facile qu’il n’y paraît vu qu’on est super heureux d’être ici !
Etape suivante, direction fort Alamo pour la location de notre voiture ! « Pourquoi faire ce circuit en voiture ? » Car à pied ou en vélo, c’était tendu en trois semaines ! « Pourquoi pas en camping car ? » Peut-être quand on sera en retraite que nous obtiendrons avec un peu de chance pour nos quatre-vingt ans, mais là, on veut faire de la piste, on veut sortir des sentiers battus, on veut de l’aventure ! « Ben il faut louer un 4x4 bien grassouillet, alors ! » T’as tout compris mon bonhomme !... Allez, chut, on entre dans l’agence... « Eh mec ! Elle est où ma caisse ? » Bon, tout se passe comme prévu... La dénommée Judy tente bien lourdement de nous refiler une assurance ou deux qui ne servent à rien sauf à arrondir ses fins de mois, mais merci, mais non merci !... Et c’est qu’elle insiste la bougre ! Moi, je reste inflexible malgré ses menaces et son révolver sur ma tempe... « Mais puisque je te dis que je n’ai pas besoin d’une assurance perte de clé, ni d’une assurance perte d’enfant et encore moins d’une assurance au cas où on se ferait enlever par des extra-terrestres... » Allez, elle sort enfin notre contrat en nous disant encore que nous sommes des inconscients, que tout le monde prend toujours ces assurances supplémentaires et patati et patata, nous signons le contrat et nous voilà sur le parking en train d’y choisir notre moyen de locomotion, maison, point d’observation, cuisine, salle à manger... pour les trois semaines à venir... Ford Escape, Chevrolet Equinox, Hyundai
Santa Fe, Kia Sorrento, Nissan Rogue, Jeep Liberty ou Jeep Patriot... On jette justement notre dévolu sur une Jeep Patriot grenat qui nous attend là, sagement, prête à en découdre... Alors pourquoi avoir fait les yeux doux à celle-là et pas une autre ? Vrai 4x4, taille du coffre, faible kilométrage (6234 miles au compteur), état des pneus et surtout, importante garde au sol pour être sûr de ne pas lui érafler le ventre lors de nos pérégrinations caillouteuses, ou pire, de rester bloqués au milieu de nulle part et risquer du même coup de se faire massacrer à la tronçonneuse par le cinglé qu’on a vu à la télé...
Et là, c’est partie pour une petite partie de Tétris !... Non, rassure-toi, le parking Alamo n’est pas le théâtre des championnats du monde de Tétris, c’est simplement le moment où il faut réussir à caser la moitié de notre maison dans cette voiture... Dans l’ordre, la tente, les gros sacs, les petits sacs, les sièges rehausseurs, les filles, la femme, et moi ! Nickel ! Il ne reste plus qu’à rentrer la clé dans le petit trou et sera ainsi lancé le véritable départ de cette course effrénée de vingt jours dans l’
ouest américain !! Allez, on se dirige tant bien que mal dans notre voiture qu’on ne connaît pas pour aller dans une ville qu’on ne connaît pas qui est pleine de gens qu’on ne connaît pas ! Et sans GPS, of course ! Note pour ceux qui se demandent si le téléchargement de Ginette s’avère nécessaire pour un trip aux
States : Moi, je dis que ce n’est pas obligatoire, surtout si on ne visite pas de grandes villes. Et puis faut dire qu’au lieu de télécharger Ginette, j’ai amené Sandrine ! Bon, ok, en descendant de l’avion, après douze heures d’avion et huit heures de décalage horaire dans chaque œil, elle ne fait plus toute fraîche mais ça devrait faire l’affaire pour la seule visite de prévu au programme d’aujourd'hui, celle de notre lit ! Mais avant ça, comme nos duracel ne sont encore pas à plat et que les repas dans l’avion se sont illustrés par leur inexistence, j’ai prévu un petit arrêt au Moonlight Diner pour y manger notre premier hamburger et y boire notre premier Dr Pepper... Mmmm... Le bon goût de l’Amérique entre deux tranches de pain au sésame et dans un gobelet d’un litre ! Ce burger guacamole et bacon est juste un ange comestible tombé du ciel direct dans mon assiette ! Et tout ça pour trente sept dollars à quatre, pourboire compris ! Je profite de cette première facture pour te refaire un topo sur la culture du tip aux
Etats-Unis, autrement dit, du pourboire. Tout ça pour que tu n’oublies pas d’y passer et par la même occasion ne pas alourdir la mauvaise réputation des français à ce sujet. Ici, il faut laisser au minimum quinze pour cent du montant de la facture à ta serveuse. La madame pourrait mal le prendre et venir te demander une petite explication...
Bref, après ça, comme on est dans une grande ville américaine et que nous avons décidé de faire du camping durant ces trois prochaines semaines, ben on n’a pas d’autre choix que de planter notre tente au milieu d‘un rond point. Bon, ok, je n’sais pas ce qui a fait que juste avant de partir, j’ai décidé de réserver une chambre d’hôtel. La peur peut-être... Oui, ça doit être ça... La peur de passer cette première nuit dans le bureau d’un agent du FBI à être questionné, une lampe aveuglante en plein visage... C’est fou ce que le cinéma peut avoir comme effets sur notre subconscient... Bref, c’est donc dans une chambre de l’hôtel Best Inn que nous allons monter notre tente. Je ne déroge pas à mes principes, moi, monsieur ! Non, je rigole... On fait le check in, on pose nos bagages et on s’écroule dans nos lits, repu par cette première journée du voyage. Ça n’paraît pas mais chez toi, il est déjà six heures du mat’. Car si on est à
Denver, peux-tu me dire dans quel état nous sommes ?
Wyoming ?
Utah ?
Colorado ? Non, nous sommes simplement dans un état de fatigue avancé... Allez, comme on dit, le plus beau des voyages, c’est toujours le prochain, celui qu’on n’a pas encore fait ! Et pour moi, le prochain, il commence véritablement demain. De toute façon, demain est une autre aventure...