| Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Aleph240758 · 28 juillet 2026 à 19:01 · 195 photos 55 messages · 10 participants · 985 affichages | | | | À: Aleph240758 · 31 juillet 2026 à 18:03 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 21 de 55 · Page 2 de 3 · 284 affichages · Partager Je fais un message collectif pour vous remercier, Kola, Calaf, Chris70 et Partirester. Je me sens moins seule 
Moi aussi j'arrive ! Je vois que ce voyage a inspiré le choix de ton nouvel avatar | | | À: Kate · 31 juillet 2026 à 18:47 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 22 de 55 · Page 2 de 3 · 277 affichages · Partager Moi aussi j'arrive ! Je vois que ce voyage a inspiré le choix de ton nouvel avatar [;) Fais vite  je ne voudrai pas te perdre. Et oui nouvel avatar pour quelques mois | | | À: Aleph240758 · 31 juillet 2026 à 19:21 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 23 de 55 · Page 2 de 3 · 274 affichages · Partager merci Marie Jo oui, continuez de nous faire rêver... D'autant plus que ces femmes, dont vous parlez avec émotion, représentent une partie infime de ce qui semble leur apporter une sérénité particulière.. Vous avez su, ici, les mettre dans la lumière, merci infiniment | | | À: Aleph240758 · 1 août 2026 à 18:42 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 24 de 55 · Page 2 de 3 · 245 affichages · Partager Dimanche 5 avrilLa nuit a été éprouvante. Comme la veille, des travaux ont commencé vers 21h, mais cette fois-ci ils se sont prolongés toute la nuit. Impossible de fermer l’œil. Le vacarme est infernal : des scies circulaires, des coups sourds... un chaos continu. Cette fois, il n’est pas question de laisser passer. J’ai besoin de dormir. La réception est déserte, mais j’ai repéré où loge le réceptionniste. Je vais tambouriner à sa porte. Il m’assure, d’un ton peu convaincant, que cela ne durera qu’une demi-heure. Sceptique, je retourne dans ma chambre. Mais le bruit ne fait qu’augmenter. J'y redescends. Cette fois, il semble prendre la situation plus au sérieux et téléphone — sans doute au patron de l’hôtel, qui arrive rapidement. Il m’explique que les travaux ont lieu à l’étage inférieur et qu’il n’en est pas responsable. Deux heures plus tard, le vacarme est toujours là. À bout de fatigue, je retourne les voir : je veux une solution. Finalement, ils acceptent d’intervenir et demandent l’arrêt des travaux. Le silence revient enfin. Je regagne ma chambre et peux, enfin, m’endormir. À 6h, je quitte l’hôtel. Shashi, le chauffeur, est déjà là pour m’accompagner jusqu’au bus. C’est un excellent conducteur, à la fois discret et attentionné. Il s’est intéressé avec curiosité à toutes les visites des jours précédents. Avec Adam, ils forment une belle équipe, complice et efficace. Tandis qu’Adam expliquait les peintures et échangeait avec les femmes artistes, Shashi se chargeait de photographier et filmer nos visites. J’ai vraiment passé un très beau séjour en leur compagnie, et j’espère donner envie à d’autres voyageurs d’aller à leur rencontre. La journée est consacrée au trajet vers Santiniketan. Plusieurs bus sont nécessaires : un premier changement à Asansol, puis à Durgapur, avant d’arriver à Bolpur. De là, je prends une auto-rickshaw jusqu’au homestay, situé près de l’université. À mon arrivée, le propriétaire semble surpris : ma réservation, faite plusieurs mois auparavant, avait été oubliée. Malgré cela, l’accueil reste chaleureux. La chambre est simple mais agréable. Je dispose même d’un étage entier pour moi : une cuisine avec plaque chauffante, un réfrigérateur, de la vaisselle, un salon et un séjour. La maison est très propre, confortable, et à un prix très doux.
Lundi 6 avrilLe petit déjeuner est inclus. La maîtresse de maison m’apporte des toasts imbibés d’huile accompagnés d’une omelette. Impossible pour moi de manger cela. À la vue de mon hésitation, elle accepte gentiment de me préparer un œuf dur avec des toasts, bien plus adaptés à mes habitudes. Des sachets de thé et de café sont à disposition, ainsi que de l’eau filtrée. La maison propose des vélos à la location, et j’en loue un pour la journée. Avant de partir, je dois faire un essai dans l’allée, puis assister à une démonstration très appliquée de l’antivol. Je dois même prouver que j’ai bien compris son fonctionnement avant d’être autorisée à partir. Je longe le campus universitaire et passe devant le Brahmamandir, un bâtiment élégant et paisible.
Un peu plus loin, un autre édifice circulaire attire mon regard : un cocotier pousse en son centre, traversant le toit — une vision étonnante et pleine de poésie.
Je poursuis sur cette route pendant environ trois kilomètres pour atteindre le Sonajhuri haat. Les commerçants commencent à s’installer. L’activité est encore calme, mais je sais qu’elle s’intensifiera en fin d’après-midi, et je prévois d’y revenir. Le marché s’étire au bord de la route, au cœur d’une forêt de sal. On y vend des saris, des sacs, des vêtements, des objets décoratifs... et l’on peut également assister à des chants et danses de la tribu Baul.
Je continue jusqu’à Surul, sur une route tranquille et agréable. Je pédale paisiblement quand une moto s’arrête à ma hauteur. Un jeune couple m’interpelle avec curiosité : d’où je viens, quel est mon âge, où je vais... Quelques questions échangées avec des sourires, puis ils me remercient chaleureusement et repartent, visiblement ravis de cette brève rencontre. C’est dans ces instants simples que je mesure à quel point ce pays peut être unique. Le Rajbari est facile à trouver. Le bâtiment est immense et majestueux, construit par la famille Sakar, de riches commerçants.
Pour quelques roupies, il est possible d’entrer et de découvrir la cour intérieure, le Thakur Dalan, où se déroulent les célébrations de la Durga Puja. La cour, entourée de piliers et d’arches, est baignée de teintes bleutées qui lui confèrent une atmosphère douce et élégante.
À l’extérieur du Rajbari se trouvent deux temples. Le temple Lakshmi Janarshan, avec ses cinq pinacles, attire immédiatement le regard. Ses ornements en terre cuite représentent des scènes du Ramayana. Il a été récemment restauré par des artistes musulmans de Murshidabad, un bel exemple de collaboration artistique au-delà des traditions religieuses.
À proximité se trouvent les temples Shiva de Jora.
Au-dessus de l’arche, un panneau en terre cuite attire mon regard. Les scènes sculptées se succèdent comme un récit vivant : musiciens, danseurs, personnages divins... Au centre, deux oiseaux se font face, encadrant un motif floral, symbole d’harmonie. Dans ces reliefs minutieux, se mêlent mythologie et vie quotidienne, comme si le sacré et le monde des hommes ne faisaient qu’un.
| | | À: Aleph240758 · 2 août 2026 à 18:31 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 25 de 55 · Page 2 de 3 · 214 affichages · Partager (suite) Puis, en m’aventurant dans une ruelle, je découvre les temples de Pachim Para.
Le temple Deul est particulièrement remarquable.
Sur un premier panneau, un couple central est entouré de musiciens et de danseurs, dans une scène vivante qui oscille entre récit mythologique et représentation du quotidien. Les détails sont foisonnants, les gestes délicats, mais les divinités restent difficiles à identifier avec certitude.
Plus loin, les murs se couvrent de motifs plus fragmentés : petites figures, animaux, visages et ornements floraux s’enchaînent comme un patchwork minutieux. Chaque élément semble raconter sa propre histoire, niché dans l’architecture, témoignant d’un savoir-faire patient et d’un sens du détail remarquable. D’autres panneaux illustrent la vie quotidienne et des figures mythologiques. Une frise verticale attire mon attention : la mrityulata, la “liane de la mort”. Elle se compose d’une succession de figures humaines et animales, chacune semblant prête à attaquer celle qui se trouve en dessous. Ce motif, répété sur toute la hauteur du temple, crée une impression à la fois fascinante et troublante.
À côté se trouve le temple Aatchala, reconnaissable à son entrée à trois arches. Le panneau central est orné de motifs floraux et géométriques, plus sobres mais tout aussi élégants. Je continue les visites et pédale jusqu’à Supur. En arrivant, je découvre les temples Hattala, paisiblement installés dans ce village tranquille.
Je poursuis ensuite jusqu’aux temples de Shiva Jora, situés dans la rue principale.
L’un d’eux, de forme octogonale, attire particulièrement mon attention. Ses huit façades sont richement ornées : musiciens, danseurs, soldats s’y déploient au milieu de décors floraux et géométriques. Comme souvent ici, chaque centimètre raconte une histoire.
Il est temps de prendre le chemin du retour. Le marché est à une dizaine de kilomètres. À mi-chemin, un bruit sec retentit soudain, comme un pétard : le pneu arrière vient d’éclater. Me voilà contrainte de pousser le vélo sous la chaleur. J’avance ainsi sur près d’un kilomètre, demandant mon chemin à plusieurs reprises. À chaque fois, on me fait signe de continuer tout droit. Je finis par trouver une petite maison. Il n’y a personne à première vue, mais une femme apparaît et appelle quelqu’un. L’homme arrive et se met aussitôt au travail. Le diagnostic est sans appel : la chambre à air présente un trou énorme. Il propose de la remplacer, puis accepte finalement de la réparer. Elle porte déjà plusieurs « pansements », témoins de réparations précédentes. En examinant le pneu, il découvre qu’il est lui aussi sérieusement déchiré. Je commence à m’inquiéter, mais lui reste parfaitement calme. Il découpe un large morceau de chambre à air qu’il glisse à l’intérieur du pneu, puis sort une grosse aiguille et du fil... et se met à coudre le pneu. Je n’avais jamais vu cela. La réparation me coûte 100 roupies. Je repars, partagée entre admiration et inquiétude, espérant que ce bricolage tiendra jusqu’au retour. Le pneu est en très mauvais état et une nouvelle crevaison reste possible. Finalement, j’arrive au marché sans encombre. L’ambiance y est désormais animée. J’y fais quelques achats, notamment des kanthas en forme d’écharpe. De retour à la maison, les propriétaires sont absents. Je dépose le vélo : la réparation a tenu. | | | À: Aleph240758 · 2 août 2026 à 18:50 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 26 de 55 · Page 2 de 3 · 213 affichages · Partager Mardi 7 avril Après le petit-déjeuner, je descends et constate que le vélo a retrouvé sa place dans l’entrée. Les propriétaires n’ont rien remarqué d’anormal et ne m’ont rien dit. Il faut dire que le pneu, déjà bien marqué par de nombreuses ornières, mériterait sans doute d’être changé. Je prends un autorickshaw jusqu’à Bolpur, puis un bus en direction de Nanoor. J’y visite le complexe des temples de Chandidas Bhita : ils sont une quinzaine dans l’enceinte, malheureusement en très mauvais état. J’en fais rapidement le tour.
Juste en face des temples se trouve la boutique d’un couturier — parfait, puisque j’ai apporté mes khantas. Je lui demande de les transformer en sacs à tartes : cela fera de beaux cadeaux au retour.
Un homme s’approche de nous et me conduit chez une femme qui coud également des khantas. Elle me montre quelques modèles, mais je n’y trouve pas ce que je cherche. Je retourne ensuite à la station de bus. En attendant celui pour Bolpur, je savoure un délicieux yaourt. De retour à Santiniketan, je pars à pied jusqu’au marché. Je retrouve les vendeurs de khantas et leur montre mes créations. Ils les trouvent si réussies qu’ils les prennent en photo — peut-être les proposeront-ils à la vente à l’avenir. Je suis toujours à la recherche de saris pour les transformer en rideaux pour ma nièce, et ici le choix ne manque pas. Je rentre avec deux saris et deux autres khantas. À peine arrivée à la maison, un orage éclate. Plus tard, je sors acheter deux œufs que je ferai cuire demain matin avant mon départ. | | | À: Aleph240758 · 2 août 2026 à 19:43 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 27 de 55 · Page 2 de 3 · 207 affichages · Partager Mercredi 8 avrilJe prends le bus à 11h pour Burhanpur, puis une auto jusqu’à Murshidabad où j’arrive vers 16h. J’ai réservé une chambre au Mahfil-e-Motijheel. L’hôtel est neuf, la chambre grande et très confortable. Pour 22 euros avec petit-déjeuner inclus, c’est un vrai petit luxe qui fait du bien après plusieurs étapes plus rudimentaires. Le personnel est particulièrement serviable et sympathique, ce qui ajoute encore au plaisir du lieu.
Le restaurant se trouve dans un joli bâtiment au cœur du parc de l’hôtel. J’y dîne très correctement : potage à la tomate, aubergines et glace. Une soirée simple mais agréable dans un cadre paisible.
Jeudi 9 avrilMurshidabad est surnommée le « pays des Nawabs ». Une citation de Robert Clive, après la bataille de Plassey, illustre bien l’importance de la ville à l’époque : « La ville de Murshidabad est aussi étendue, peuplée et riche que Londres, à cette différence près que certains individus de la première possèdent des biens infiniment plus importants que ceux de la seconde. Si les habitants avaient voulu anéantir les Européens, ils auraient pu le faire à coups de bâtons et de pierres. »Le petit-déjeuner, compris dans le prix de la chambre, est copieux et servi à la carte : omelette, toasts, beurre, miel, yaourt et fruits. De quoi bien commencer la journée avant de partir explorer la ville. Hier, j’avais demandé à louer un vélo. Après avoir attendu jusqu’à 10h, je vois arriver un gamin avec une bicyclette sans freins et avec une barre au milieu... Je préfère renoncer et partir à pied. Je commence par la Katra Masjid, dont l’entrée est gratuite.
La mosquée est magnifique, construite en briques rouges cuites. Érigée par le Nawab Nazim Murshid Quli Khan entre 1723 et 1734, elle servit à la fois de mosquée, de mausolée et de l’un des plus grands caravansérails du sous-continent indien. Inspirée du modèle de la Kaaba de La Mecque, elle repose sur un vaste socle carré de 54 mètres, entouré de rangées de cellules à coupole sur deux niveaux. Ces cellules pouvaient accueillir environ 700 lecteurs du Coran, tandis que près de 2000 fidèles pouvaient prier dans l’enceinte.
Des touristes indiennes m’interpellent soudain et accourent vers moi pour se faire prendre en photo. Nous échangeons quelques sourires et enchaînons les selfies. Ravies, elles repartent aussitôt poursuivre leur visite, me laissant avec cette petite scène spontanée et joyeuse, si fréquente en voyage en Inde.
Depuis la Katra, je prends une petite route bordée d’une vaste plantation de manguiers qui mène à la mosquée Fauti. Celle-ci est aujourd’hui en ruine et il n’est plus possible de s’en approcher. Je fais demi-tour. Je me rends ensuite au Hazarduari Palace. La distance étant assez importante, je prends une auto. Ce palais est célèbre pour ses mille portes : 900 sont authentiques, les 100 autres ont été ajoutées pour tromper d’éventuels ennemis. L’entrée coûte 300 roupies.
Les photos sont interdites à l’intérieur, où sont exposés armes, lances, vaisselle... et surtout un immense lustre aux couleurs rose, jaune et bleu, absolument splendide, considéré comme le deuxième plus grand au monde après celui du palais de Buckingham. Dans l’enceinte, les jardins sont très bien entretenus. Face au palais se dresse l’impressionnant Nizamat Imambara, dont la façade monumentale ne se visite pas.
Sur un côté se trouve la mosquée de Médine, et un peu plus loin un énorme canon pesant 7 657 kg. La légende raconte que lors d’un tir d’essai, le bang supersonique aurait été entendu dans un rayon de 16 kilomètres, provoquant même des accouchements prématurés chez certaines femmes enceintes.
De l’autre côté s’élève la tour de l’horloge.
Quant à la mosquée jaune, elle se situe de l’autre côté de la route : il faut sortir de l’enceinte et en faire le tour pour pouvoir s’en approcher.
| | | À: Aleph240758 · 2 août 2026 à 20:45 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 28 de 55 · Page 2 de 3 · 201 affichages · Partager Santiniketan ! !!
n'est ce pas la ville fondée par Rabindranath Tagore, mon poète préféré ? Avez vous trouvé l'offrande lyrique en vous balladant à vélo ou quelques uns de ses poèmes dispersés au bord des chemins ? oh la la oui ce voyage me fait trop envie.. (en plus on ne voit rien traîner par terre, est ce bien l' Inde ou alors ils ont tout nettoyé avant votre arrivée ? Merci Marie Jo de ces belles photos.. | | | À: Partirester · 3 août 2026 à 18:31 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 29 de 55 · Page 2 de 3 · 170 affichages · Partager Santiniketan ! !!
n'est ce pas la ville fondée par Rabindranath Tagore, mon poète préféré ?
oui c'est bien à Santiniketan que se trouve l'université Visva- Bharati crée par Rabindranath Tagore. Elle compte plus de 11000 étudiants. On peut en visiter une partie mais j'ai trouvé que le prix était excessif, j'étais déjà venue il y a 10 ans et je l'avais visité. Je n'ai pas lu ses poèmes. Santiniketan, les villages autour de Hazaribagh sont effectivement très propres. Les villes du Jharkhand sont très polluées, je portais un masque dans la rue. | | | À: Aleph240758 · 3 août 2026 à 19:32 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 30 de 55 · Page 2 de 3 · 163 affichages · Partager Je poursuis mes visites à Murshidabad.
À environ 300 mètres se dresse un autre palais, le Wasif Manzil, également appelé New Palace. Sa façade est élégante, presque raffinée, et son architecture d’inspiration européenne, de style néoclassique, témoigne de l’influence coloniale britannique sur la région à cette époque. Les nawabs adoptaient ce style pour afficher leur modernité et leur proximité avec le pouvoir britannique. Mais l’intérieur accuse fortement le poids des années.
La grande salle principale, en revanche, conserve une beauté inattendue. Les murs peints dans des tons vert d’eau contrastent avec les moulures jaunes et blanches, et le plafond finement décoré attire immédiatement le regard. De hautes colonnes blanches rythment l’espace et accentuent la verticalité du lieu. Malgré ces éléments raffinés, la pièce paraît presque vide : quelques vitrines, du mobilier sombre disposé le long des murs, et une lumière vive qui entre par la grande porte au fond, laissant une partie de la salle dans une semi-pénombre. Cette lumière accentue encore cette impression d’espace démesuré, presque abandonné, où le faste passé semble s’être doucement effacé.
Je poursuis jusqu’au tombeau d’Azimunissa Begum, dont il ne subsiste aujourd’hui qu’une porte. Elle aurait été enterrée sous un escalier, comme son père. Une légende locale raconte qu’elle était une femme cruelle et que son mari l’aurait fait enterrer vivante. Mais il ne s’agit, semble-t-il, que d’un récit populaire, sans fondement historique avéré.
Un peu plus loin se trouve le cimetière de Jafarganj, ceint de hauts murs, où reposent les derniers Nawabs du Bengale. L’atmosphère y est paisible, presque hors du temps. Le regard est attiré par un contraste saisissant : les petites tombes blanches, soigneusement entretenues, semblent mieux préservées que les plus grandes, aujourd’hui en ruines, dont l’aspect délabré renforce une impression d’abandon.
En reprenant la route, je passe par Jiaganj où une porte monumentale attire mon regard.
Massive et rongée par le temps, elle se dresse encore, faite de briques rouges noircies et érodées. Les arches superposées laissent entrevoir un passage aujourd’hui fermé, tandis que la végétation s’insinue dans les fissures, comme pour reprendre possession des lieux. Les ouvertures murées, les reliefs effacés, tout évoque un édifice autrefois imposant dont il ne reste plus que ce fragment silencieux. Il y a quelque chose de mélancolique dans cette ruine, mais aussi une grande beauté.
Je poursuis mon chemin le long d’une route en travaux.
Ici, le bitume est encore fabriqué de manière artisanale. Deux hommes s’activent autour d’une machine rudimentaire d’où s’échappe une épaisse fumée. L’un soulève une lourde charge de mélange brûlant tandis que l’autre surveille la cuisson. Autour d’eux, des tas de sable, des bidons, du bois entassé pour alimenter le feu. Le sol est couvert de poussière et de gravier. L’odeur du goudron chaud se mêle à la chaleur ambiante, rendant l’atmosphère presque étouffante. Les gestes sont précis, répétés, témoignant d’un savoir-faire empirique. La scène est brute, presque archaïque, et pourtant parfaitement maîtrisée.
Le contraste est saisissant : à quelques pas des vestiges d’un passé prestigieux, la vie continue avec des techniques simples, presque hors du temps. | | | À: Aleph240758 · 3 août 2026 à 20:01 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 31 de 55 · Page 2 de 3 · 157 affichages · Partager Puis vient le palais de Nashipur Rajbari.
Les photos y sont officiellement interdites, mais je profite de l’absence des gardiennes pour en saisir quelques-unes discrètement. À l’intérieur, le lieu est encore meublé, mais rien n’est véritablement mis en valeur : tout semble figé dans le temps, recouvert d’une poussière épaisse qui paraît presque d’origine. La grande salle que je traverse en est l’exemple parfait : une longue table recouverte d’un tissu rouge, entourée de chaises en bois, occupe le centre, comme prête à accueillir des convives qui ne viendront plus. Autour, les meubles sont dispersés sans ordre — une coiffeuse sombre, une commode, quelques vitrines — tandis que des portraits anciens, parfois de travers, restent accrochés aux murs jaunis.
Le regard est attiré par un meuble à miroirs, assez singulier, permettant de se voir sous différents angles, comme un jeu de reflets d’un autre temps.
Au-dessus, les lustres suspendus et les ampoules nues accentuent encore cette atmosphère étrange, entre abandon et survivance. Les murs, fissurés, portent les marques du temps, et même les inscriptions demandant de ne pas prendre de photos semblent oubliées, comme tout le reste. Le palais rappelle par certains aspects le Wasif Manzil, mais les pièces y sont moins spectaculaires et surtout bien plus délabrées. Cette impression d’abandon est frappante, et l’on ne peut s’empêcher de regretter le manque d’entretien de ces lieux chargés d’histoire.
À l’extérieur, une grande halle ouverte borde la cour : une élégante galerie d’arches et de colonnes, probablement destinée aux réceptions.
Les arcades patinées par le temps, aux teintes jaune orangé, soutiennent une structure surmontée d’un petit temple dont la partie sacrée, blanchie à la chaux, contraste avec les dômes assombris coiffés de drapeaux rouges.
L’ensemble, à la fois majestueux et fatigué, dégage un charme particulier, entre beauté passée et lente dégradation.
| | | À: Aleph240758 · 4 août 2026 à 17:23 · Modifié le 4 août 2026 à 19:07 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 32 de 55 · Page 2 de 3 · 136 affichages · Partager (suite)
À côté se trouve le musée Jagat Seth House, dont le nom signifie « banquier du monde ». Les photos y sont, une fois encore, interdites à l’intérieur, mais je parviens à en prendre quelques-unes discrètement.
Les pièces sont richement décorées et présentent une grande variété d’objets, témoins de la prospérité et du raffinement de cette famille influente.
Parmi eux, des pendules de type comtoise, étonnamment présentes ici, attirent mon attention : un détail inattendu qui témoigne des échanges et des influences venues d’Europe.
Un tunnel secret, assez surprenant, traverse le bâtiment ; il permettait autrefois à son propriétaire de se protéger ou de circuler à l’abri des regards. À l’extérieur, un bassin agrémenté d’une fontaine apporte une touche de sérénité.
Un canon est exposé près du bâtiment, imposant avec son étage, rappelant la puissance et le prestige des lieux.
| | | À: Aleph240758 · 4 août 2026 à 18:07 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 33 de 55 · Page 2 de 3 · 133 affichages · Partager Je poursuis jusqu’au Kathgola Palace en longeant une longue allée bordée de magnifiques arbres. À Murshidabad, les palais sont nombreux mais souvent éloignés les uns des autres. Comme j’aime visiter à pied, la journée s’annonce intense — je vais sans doute battre mon record de marche. Dès l’entrée, le ton est donné : la porte monumentale du parc est déjà grandiose, prenant presque l’allure d’un palais à part entière. Elle est ornée de colonnes corinthiennes et de délicats motifs floraux en stuc, témoignant d’une forte influence européenne et du goût pour l’ornementation raffinée. Elle annonce le faste et l’importance du lieu avant même d’y pénétrer.
Un grand bassin fait face au palais, dont la façade élégante se reflète dans l’eau, ajoutant encore à la majesté du site.
Le Kathgola Palace, construit au XIXe siècle par une riche famille de marchands jaïns, témoigne de la prospérité commerciale de Murshidabad à cette époque, alors encore un important centre financier du Bengale. Son nom, « Kathgola », signifie « maison en bois », en référence aux entrepôts de bois qui auraient contribué à la richesse de ses propriétaires, auxquels s’ajoute l’évocation d’un jardin de roses qui entourait autrefois le domaine.
Le bâtiment, élevé sur quatre étages, présente une architecture d’inspiration européenne, mêlant influences néoclassiques et goût local. À la fin du XIXe siècle, des architectes français participent à sa rénovation, apportant une touche encore plus occidentale à l’ensemble, notamment avec l’ajout de statues de lions qui renforcent l’allure majestueuse du palais. Les photos sont interdites à l’intérieur, sauf dans la grande salle située à l’étage supérieur, absolument remarquable. Cette vaste pièce, richement décorée, témoigne du raffinement et du faste dans lequel vivaient les propriétaires. L’escalier monumental, finement travaillé, est lui aussi d’une grande beauté et participe à l’impression de grandeur du lieu.
Au dernier étage, une vaste terrasse permet d’admirer l’ensemble du domaine. Depuis cet endroit, la vue embrasse les jardins, le bassin et les alentours, offrant une belle perspective sur l’harmonie du site. Dans les jardins, un élégant kiosque rappelle l’art de vivre de l’époque, lorsque ces espaces servaient aux promenades, aux rencontres et aux moments de détente.
Sous ce kiosque, quelques jeunes viennent aujourd’hui se reposer tout en consultant leur téléphone, apportant une touche contemporaine à ce lieu chargé d’histoire. Depuis cet endroit, on profite d’une vue sur les jardins, une fontaine et, au loin, le temple Adinatha qui se distingue par sa blancheur éclatante.
Ce temple jaïn, dédié au premier Tirthankara, rappelle l’appartenance religieuse des commanditaires du palais et l’importance de cette communauté marchande dans l’histoire de Murshidabad. Enfin, un baori — ancien puits à degrés typique de l’architecture indienne — complète cet ensemble. Celui du Kathgola Palace possède une histoire particulière : il aurait été rempli d’eau après une crue du fleuve Bhagirathi, situé sur la rive opposée.
Sur le côté du puits se trouve une statue sculptée dans du marbre italien, détail raffiné qui illustre une nouvelle fois le mélange des influences indiennes et européennes qui caractérise le domaine. Les lions de style victorien, les fontaines et les nombreux éléments décoratifs témoignent également de l’influence britannique qui marqua l’architecture de Murshidabad au XIXe siècle.
Le Kathgola Palace reflète ainsi une époque où les riches familles marchandes jaïnes affichaient leur réussite en associant traditions indiennes, savoir-faire locaux et codes architecturaux occidentaux alors très en vogue.
Je savoure pleinement ce moment, car j’ai un véritable coup de cœur pour cet endroit. Après toutes ces découvertes, je prends le temps de flâner encore dans le domaine et je prolonge ma visite jusqu’au coucher du soleil. La lumière qui enveloppe alors les jardins, le palais et le bassin apporte une atmosphère particulière, presque hors du temps. Mais après cette longue journée de marche et de découvertes, il faut bien penser au retour. Je prendrai finalement une auto pour rejoindre mon hôtel, qui se trouve assez éloigné du centre. | | | À: Aleph240758 · 4 août 2026 à 19:41 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 34 de 55 · Page 2 de 3 · 120 affichages · Partager Vendredi 10 avril. Les temples de BaranagarAujourd’hui, je pars découvrir les temples de Baranagar, situés de l’autre côté du fleuve Bhagirathi, à quelques kilomètres de Murshidabad. Je marche jusqu’à l’embarcadère. En chemin, un motard ralentit à ma hauteur, curieux de savoir de quel pays je viens et où je me rends. Lorsque je lui explique mon projet, il me propose spontanément de m’y conduire. Encore une fois, la gentillesse des habitants facilite mes déplacements. La traversée du fleuve est rapide.
De l’autre côté, plusieurs autorickshaws attendent les voyageurs. Je n’ai pas besoin d’attendre longtemps et monte rapidement à bord pour rejoindre le complexe des temples. Le village de Baranagar, près d’Azimganj, abrite un ensemble remarquable de temples en terre cuite construits au XVIIIᵉ siècle par Rani Bhabani, une riche zamindar (propriétaire terrienne) du Bengale, grande mécène de l’architecture religieuse. Les panneaux de terre cuite qui recouvrent leurs façades racontent autant les épisodes des textes sacrés que la vie quotidienne de l’époque.
À l’entrée du site, le gardien me demande de remplir un registre. Il m’accompagne ensuite dans la visite et me raconte l’histoire de ces temples. Puis il me laisse pour accueillir un couple d’Indiens. Je peux alors prendre mon temps, observer les détails et photographier tranquillement les façades. Je consulte également les explications trouvées sur un blog pour mieux comprendre les scènes représentées.
Sur un panneau de terre cuite, je découvre une représentation de Rama affrontant Ravana, le roi démon aux dix têtes, épisode célèbre du Ramayana.
D’autres panneaux montrent des scènes de la vie quotidienne : des personnages au travail, des musiciens, des animaux, mais aussi des scènes de guerre. Ces petites sculptures sont de véritables archives de la société bengalie du XVIIIᵉ siècle.
Un peu plus loin se trouve le temple hexagonal Bhabanisar Shiva, situé au bord de la route. Malheureusement, les grilles sont fermées et il m’est impossible d’y pénétrer.
J’essaie malgré tout d’en faire le tour et me retrouve dans la cour d’une maison voisine, où une femme est assise à même le sol en train de piler du gingembre. Une scène simple de la vie quotidienne qui contraste avec les monuments anciens que je viens admirer.
Je retourne ensuite vers mon autorickshaw et nous continuons à travers la campagne à la recherche d’un autre temple : le Gangeshwar Jor Bangla. Isolé dans un environnement rural, il donne l’impression d’être constitué de deux sanctuaires accolés, une architecture caractéristique du style jor bangla (« deux maisons réunies »).
Là encore, les façades sont ornées de nombreux panneaux en terre cuite représentant différents aspects de la vie quotidienne, des personnages, des animaux et des motifs décoratifs.
Je termine cette visite avec le sentiment d’avoir découvert un patrimoine discret mais exceptionnel. Loin des grands palais de Murshidabad, ces petits temples de village racontent une autre histoire du Bengale, celle des croyances, des artisans et de la vie quotidienne gravée dans l’argile. | | | À: Aleph240758 · 4 août 2026 à 20:14 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 35 de 55 · Page 2 de 3 · 113 affichages · Partager (suite)
Nous revenons à Azimganj, où je fais un dernier arrêt au temple jaïn Sambhavnathji, juste avant sa fermeture.
Le lieu est calme et je profite de ces derniers instants pour découvrir ce sanctuaire avant que les portes ne se referment.
De là, je pars à pied à la recherche des anciens havelis qui témoignent encore de la richesse passée des familles marchandes jaïnes de la région.
Ma promenade se termine devant une maison de charme, le Bari Hôtel. Vu de l’extérieur, l’endroit ne paie pas de mine et je me demande même si je suis bien arrivée au bon endroit.
J’ose pourtant pousser la porte et demander si je peux visiter. Une serveuse m’invite à entrer et à m’installer dans un salon.
Quelques instants plus tard, une autre personne m’apporte une boisson fraîche. Un homme vient alors à ma rencontre et m’explique que la visite est possible, à condition de déjeuner sur place, le tout pour 1500 roupies. Je n’ai pas faim et le prix est trop élevé pour moi, je décline donc la proposition. Finalement, il accepte gentiment de me laisser découvrir uniquement le rez-de-chaussée.
Et quelle surprise ! Derrière cette façade discrète se cache un lieu absolument somptueux. Les pièces sont élégantes, décorées avec raffinement, et l’on devine le passé prestigieux de cette demeure.
Je n’ai pas osé demander le prix des chambres, probablement hors de mon budget, mais cette visite restera comme une belle découverte inattendue.
De retour à Murshidabad, je pars à la recherche d’un couturier pour quelques travaux. Je passe finalement un grand moment avec lui à lui expliquer comment réaliser des rideaux et des sacs à tarte. La communication n’est pas toujours simple, mais avec quelques gestes et beaucoup de bonne volonté, nous arrivons à nous comprendre. Il m’offre le tchai, puis un homme et une femme viennent nous rejoindre pour discuter quelques instants. Au moment de payer, il me demande une somme très modique. Je décide de lui donner le double, un geste qui le touche beaucoup. Son ami semble approuver, et nous partageons tous les trois un moment simple mais chaleureux. Ces petits échanges du quotidien sont souvent les plus beaux souvenirs d’un voyage. Je reprends ensuite le chemin de l’hôtel. Les élections doivent avoir lieu à la fin du mois et plusieurs personnes préparent déjà des drapeaux. En me voyant passer, certains veulent absolument m’en offrir. Je refuse parfois, mais leur enthousiasme et leur envie de partager avec moi ce moment de vie locale me font sourire. Un peu plus loin, je passe devant une maison décorée pour un mariage. Des personnes sont installées dehors et m’invitent spontanément à m’asseoir avec elles. Très vite, la curiosité laisse place à la convivialité : on m’invite à entrer dans la maison, on me présente les futurs mariés et l’on m’offre des pâtisseries.
Je ne peux pas toutes les manger sur place et je demande si je peux en emporter quelques-unes. La dame revient alors avec une boîte entière remplie de gâteaux. Me voilà avec un dessert pour plusieurs jours ! Encore une fois, cette journée se termine par une rencontre imprévue, comme l’ Inde sait si bien en offrir. Au-delà des palais et des temples, ce sont ces moments de partage, ces sourires et cette générosité spontanée qui donnent toute sa richesse au voyage. | | | À: Aleph240758 · 5 août 2026 à 15:16 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 36 de 55 · Page 2 de 3 · 86 affichages · Partager Samedi 11 avrilDernier jour à Murshidabad. L’hôtel est situé à l’extérieur de la ville, sur la route menant à Cossimbazar. Je pars à pied le long de cette petite route, paisible et presque déserte. Au bout, je passe devant un élevage de poulets : les poussins sont entassés les uns sur les autres, une vision qui ne donne vraiment pas envie d’en manger.
Je cherche une auto, mais comme souvent, c’est un motard qui s’arrête. Il me propose de m’emmener. Je dois monter en amazone sur la moto ; au départ, je ne suis pas très rassurée, mais finalement je trouve la position assez confortable. Il me dépose deux kilomètres plus loin, à un carrefour, et interpelle un chauffeur qui accepte de me conduire jusqu’au Rajbari des Roy à Cossimbazar, aujourd’hui transformé en hôtel de charme avec musée.
Une partie de cette demeure familiale appartient toujours à la famille Roy, qui a entrepris elle-même sa restauration pour en faire le Cossimbazar Palace. Le bâtiment blanc est impressionnant, et le musée occupe l’ancienne résidence.
La visite s’apparente à une déambulation à travers le temps : cours intérieures, salles de bal, longs couloirs... jusqu’aux temples de Durga et de Chandi.
Les pièces sont meublées de mobilier victorien, les murs ornés de trophées, et de lourds lustres en verre belge pendent du plafond. Tous les meubles sont recouverts de housses en plastique transparent, ce qui donne à l’ensemble une atmosphère étrange, presque figée.
Après la visite, je me rends à l’hôtel où l’on m’accompagne pour découvrir la cour intérieure ainsi qu’une chambre — 71 euros la nuit. Pourtant, je reste un peu sur ma faim : j’avais nettement préféré la visite de la veille à l’hôtel Bari, où l’accueil avait été beaucoup plus chaleureux. Ici, comme je n’étais que de passage, j’ai dû insister pour pouvoir effectuer une brève visite.
Sur le chemin du retour, je m’arrête devant un cimetière. Un panneau à l’entrée indique : CIMETIÈRE HOLLANDAIS. Ce cimetière se trouve à l’emplacement de l’ancien comptoir hollandais. Selon François Bernier, médecin et voyageur français arrivé en Inde en 1658 et ayant servi auprès du prince moghol Dara Shikoh, le site existait déjà en 1666 et employait entre 700 et 800 hommes. Il abrite aujourd’hui 47 tombes, dont la plus ancienne est celle de Daniel Van Der Miyl, décédé en 1721.
| | | À: Aleph240758 · 5 août 2026 à 16:10 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 37 de 55 · Page 2 de 3 · 80 affichages · Partager De retour à Murshidabad, je pars une dernière fois à la recherche des anciennes portes de la ville. La route est, ici aussi, en réfection : le bitume est étalé à la main, à l’aide de simples râteaux. Quel travail... Une scène presque intemporelle qui me donne l’impression de quitter un monde où le temps s’écoule autrement.
Avant d’arriver à la porte Tripolia, je passe par la porte de Chawk Bazaar, une ancienne porte fortifiée qui s’intègre encore harmonieusement au paysage urbain. Elle semble faire le lien entre le passé et la vie actuelle, discrète mais toujours présente.
Je me dirige ensuite vers la porte Tripolia, anciennement appelée Chawk Gate, une entrée de style moghol qui menait autrefois au complexe du Kila Nizamat.
À proximité se dresse une importante mosquée blanche
Je repasse ensuite devant le Wasif Manzil, à la belle architecture d’inspiration européenne. Je ne résiste pas à l’envie de le photographier une dernière fois, comme pour en garder une trace plus nette avant de partir.
Je poursuis jusqu’à la porte sud, la Dakshin Darwaza, imposante structure de briques à deux niveaux. Là-haut, autrefois, les musiciens du Nahabat Khana annonçaient l’arrivée des visiteurs et des troupes. Aujourd’hui, le lieu semble silencieux, presque figé, comme si l’écho de ces musiques s’était perdu avec le temps.
À proximité, en bordure de la rivière, une petite mosquée blanche, bien décrépie, se dresse discrètement.
En face, le Ghanta Ghar du Kila Nizamat, ancien clocher, rappelle lui aussi une époque révolue où l’on rythmait la vie au son des heures.
Tout semble porter la trace du passé, comme si Murshidabad se refermait doucement derrière moi. En rentrant, je fais un dernier détour par le parc de Motijheel, près de l’hôtel. Les allées ombragées dessinent un fer à cheval autour du lac, des enfants jouent, quelques familles se promènent. Je marche lentement, profitant de cette atmosphère paisible, consciente que ce sont là mes derniers instants ici. La journée s’achève doucement, et avec elle mon séjour à Murshidabad. | | | À: Aleph240758 · 5 août 2026 à 16:25 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 38 de 55 · Page 2 de 3 · 75 affichages · Partager Quel plaisir de suivre ce voyage en dehors des circuits touristiques à la découverte de cette Inde intemporelle. Nous avons voyagé à plusieurs reprises en Inde ces dernières années, mais rarement de cette façon. Je vais suivre avec gourmandise de carnet de voyage. Didier | | | À: Aleph240758 · 5 août 2026 à 17:16 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 39 de 55 · Page 2 de 3 · 69 affichages · Partager Je n’ai pas le temps de commenter, mais je suis ce carnet comme les précédents avec grand plaisir. C'est passionnant, j'admire aussi le travail de recherche pour préparer un tel voyage hors des sentiers battus, et l'état d'esprit aussi curieux que bienveillant de la narratrice. | | | À: Aleph240758 · 5 août 2026 à 17:35 Re: Des villages autour d'Hazaribagh à West Bengal Message 40 de 55 · Page 2 de 3 · 69 affichages · Partager Dimanche 12 et lundi 13 avrilAmbica Kalna, la ville-temple du Bengale Je quitte cet hôtel où j’ai passé un très bon séjour. Dès l’ouverture du restaurant, je prends mon petit-déjeuner, puis je pars en auto jusqu’à Baharampur. De là, je prends un bus pour Kalna. À l’arrivée, près du parking des bus, je repère une guesthouse. N’ayant rien réservé, je décide de m’y arrêter. Le réceptionniste n’est pas très agréable, l’endroit est bruyant et peu engageant. De l’autre côté de la route se trouve l’hôtel où j’avais séjourné il y a dix ans. Ils y ont depuis installé un restaurant. Je négocie le prix de la chambre ; elle est très simple, mais le choix est limité ici, je m’en contenterai. Une fois installée, je pars me dégourdir les jambes dans le quartier. Retrouver cette ville après tant d’années réveille déjà quelques souvenirs. Le lendemain matin, après le petit-déjeuner, je pars à pied à la découverte des temples situés à environ trois kilomètres de l’hôtel. La marche me permet de traverser tranquillement la ville, d’observer la vie quotidienne et de rejoindre à mon rythme l’un des plus beaux ensembles religieux du Bengale.Les temples de Nava Kailash Les temples de Nava Kailash sont exceptionnels. Ils se composent d’un cercle de 108 sanctuaires dédiés à Shiva, construits en 1809. Leurs panneaux décoratifs présentent des scènes du Ramayana et du Mahabharata, véritables récits sculptés dans la terre cuite. L’ensemble est organisé selon deux cercles concentriques : 34 temples à l’intérieur et 74 à l’extérieur. Leur architecture est volontairement simple, mais chaque sanctuaire abrite un lingam de Shiva, noir ou blanc, disposé en alternance dans un jeu symbolique.
Le nombre 108 possède une dimension sacrée dans plusieurs religions, notamment l’hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme. Il représente une profonde symbolique spirituelle : le 1 est le chiffre de l’unité ; le 0 évoque le vide, l’arrêt de la pensée, un esprit pur et parfaitement clair ; le 8 symbolise l’infini. Le 108 représente ainsi l’aboutissement du chemin spirituel : l’extase, la libération, l’illumination, comme la fin d’un voyage intérieur.Le complexe Rajbari de Kalna Face aux 108 Shiv Mandir se trouve le complexe Rajbari de Kalna. En franchissant l’entrée, je suis à nouveau émerveillée de découvrir ce bel ensemble de temples entourés d’un jardin soigneusement entretenu.
C’est la deuxième fois que je viens ici, mais l’émotion est la même que celle ressentie il y a dix ans. Le lieu est toujours aussi magnifique, paisible et harmonieux. Le premier temple sur la gauche est le Pratapeshwar.
Il possède des sculptures sur ses quatre faces ainsi que de fausses portes sur trois côtés, richement décorées.
À quelques pas se trouve le Rasmancha, de forme circulaire, avec ses nombreuses ouvertures. Son toit a aujourd’hui disparu, laissant apparaître une structure élégante ouverte sur le ciel.
Il faut ensuite franchir une porte pour rejoindre le temple Lalji, le plus ancien du complexe. Il possède 25 pinacles répartis sur trois niveaux. Son deuxième étage, de forme octogonale, présente un pinacle à chacun de ses angles, soit huit au total.
Un peu plus loin, le temple Giri Gobardhan attire le regard avec ses sculptures représentant des animaux et des personnages humains sur son toit. Il possède quatre toits en pente et servait autrefois de lieu de rassemblement pour les fidèles.
En repassant la porte sur la droite, je découvre un temple à toit plat
ainsi que le Pancharatna, un ensemble composé de cinq petits temples de tailles différentes.
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