J'ai lu du pareil sur le
Japan Times: que des gens choisissent de quitter le pays, soit, on peut en bonne partie comprendre, mais du jour au lendemain, sans s'inquièter de ce qu'on laisse derrière soi, depuis des collègues jusqu'à son employeur et ses étudiants, c'est vraiment moche.
Je suis entièrement d'accord sur le fond. Mais je voyais toutefois les choses un peu différemment durant les jours qui ont suivi le tremblement de terre, alors que j'étais à
Yokohama.
Je me souviens qu'un matin, quelques jours après le séisme, les médias occidentaux ont annoncé en gros titres sur Internet "l'Apocalypse" suite à la fissure de l'enceinte d'un réacteur à
Fukushima, le "sauve-qui-peut" généralisé au Nord du
Japon, le reclassement de la catastrophe de
Fukushima au niveau 6/7 sur l'échelle des accidents nucléaires et que des "liquidateurs" japonais tentaient "l'impossible" dans des conditions abominables pour éviter une catastrophe "pire que Tchernobyl". En parallèle, j'ai reçu plusieurs messages de mon ambassade recommandant de quitter immédiatement la région de
Tokyo/
Yokohama et proposant d'envoyer des tablettes d'iode à ceux qui le souhaitent. De nombreuses ambassades ont d'ailleurs quitté à ce moment
Tokyo pour
Osaka et plusieurs entreprises occidentales, dont la mienne, ont décidé de fermer provisoirement leurs succursales de la région de
Tokyo. Je ne parle même pas de ma famille qui paniquait à l'idée de me savoir "au
Japon" et qui me sommait sans cesse de quitter le pays. De plus, les supermarchés subissaient une pénurie croissante de produits tels que l'eau en bouteille, le lait ou le riz, la plupart des stations service étaient à sec, les coupures de courant commençaient à affecter toute la région et il y avait des files d'attente immenses dans les gares en raison des horaires irréguliers des transports publics.
La raison me disait malgré tout qu'il était extrêmement peu probable que la situation atteigne un niveau critique autour de chez moi à cause de la radioactivité émanant de
Fukushima (je suis physicien) ou de mouvements de panique de la population japonaise. Mais cet état d'incertitude prolongé, accompagné continuellement de nouvelles plus catastrophistes les unes que les autres des médias occidentaux (il faut reconnaître qu'ils se sont lâchés comme jamais...) a eu finalement raison de mon sommeil, et j'ai été soulagé de monter dans un Shinkansen pour le Sud.
Je ne blâme donc pas complètement ceux qui sont partis, ou du moins pas tous. Il est vrai que certains sont rentrés dans leur pays d'origine immédiatement après le séisme, sans prévenir qui que ce soit, et qui demandent maintenant à leurs collègues restés sur place de vider leur logement et de leur envoyer leurs affaires par la poste. Mais il y a aussi beaucoup d'étrangers qui sont restés au
Japon et qui n'ont laissé tombé personne sur place. Ou alors qui sont partis après s'être concerté avec leur entourage en cherchant des solutions de transition. Dans mon cas, j'ai continué mes activités professionnelles depuis une de nos succursales du Sud du pays, à la demande de mon entreprise, et suis retourné à
Yokohama quelques jours plus tard.