L'édition "classique", à "compte d'auteur" ou "l'auto‑édition", que choisir?
Il faut d'abord savoir qu'il vaut mieux ne pas trop tarder pour faire la rédaction de son récit. Des souvenirs récents, bien présents à l'esprit, sont toujours préférables à d'autres déjà enfouis dans la mémoire. D'autre part, un voyage "extraordinaire" ne fait pas forcément un bon livre (ou un bon article) car, avant toute chose, le texte doit être bien écrit et être original tant par son sujet que par sa rédaction. Il en va de même, d'une certaine manière, en ce qui concerne les photos que l'on souhaiterait y insérer.
En cours de rédaction, ou à la fin de celle‑ci, faire lire son texte par différentes personnes est plus que préférable. Cela permet d'obtenir des avis et des regards critiques qu'en tant qu'auteur on n'a pas - ou plus - forcément. Et c'est surtout des remarques négatives que l'on doit le plus tenir compte même si, à l'occasion, celles‑ci peuvent parfois s'avérer déplaisantes.
Si on veut commercialiser un ouvrage à une grande échelle, il ne faut pas oublier qu'il existe des modes au niveau des sujets ou des pays racontés. Dans certains cas, si l'on arrive trop tard, cela peut fermer certaine portes, notamment au niveau des éditeurs ayant récemment publié un récit identique au vôtre. Sans parler du désintérêt du public pour des sujets déjà lus et relus.
Enfin, sachez que vivre de sa plume est loin d'être une chose évidente. Si chaque jour sortent environ une quinzaine d'ouvrages, on ne compte en France pas plus de 2 000 écrivains déclarés cotisant à la Sécu‑écrivains (et très peu d'écrivains‑voyageurs). Sur ce chiffre juste la moitié touche plus que le Smic, avec quand même une petite centaine qui gagnent plus de... 70 000 €/an.
Choisir son mode d'édition
La rédaction, c'est à dire la première partie du travail achevée, reste ensuite à choisir son mode d'édition. Qu'il s'agisse d'un simple fascicule, d'un récit ou d'un livre de photos, trois possibilités se présentent à vous:
Elle est effectuée par les bons soins d'une maison d'édition qui financera l'opération et assurera la diffusion et la communication. C'est la solution à laquelle rêvent beaucoup; mais attention, avant que le rêve devienne réalité... Bref, si cela demeure toujours envisageable, les chances sont infimes (et les droits d'auteurs limités, de 3 à 15% du prix de vente). Mais il est vrai aussi que si votre aventure a bénéficié de quelque audience dans les médias, les possibilités de publications s'en trouveront bien sûr largement accrues.
Ceci dit, rien n'empêche d'envoyer des manuscrits en ayant au préalable pris soin de bien sélectionner les
éditeurs intéressés par le voyage. Dans le cas de récits, sachez toutefois que les comités de lecture ne lisent bien évidemment pas l'intégralité des ouvrages; du moins dans la première phase de leur travail. Et de fait, l'on sera jugé 9 fois sur 10 sur la ou les premières pages. Donc autant dire que l'on a intérêt à soigner son style et son amorce pour susciter l'envie d'aller plus loin.
Quelques recommandations utilesSi vous pensez que votre manuscrit peut être piraté (c'est très rare) envoyez un double à la
Société des Gens de Lettres
. Il vous en coûtera aux alentours de 50 € et votre texte sera ainsi protégé. Un récit de voyage n'est pas un roman, donc les critères de sélection reposent aussi sur l'aventure vécue. C'est pour cela qu'il peut être utile d'envoyer avec son texte un petit dossier de presse. Sachez qu'une fois édité vos droits se limiteront à ce qui est inscrit dans votre contrat. C'est à dire généralement à ce que souhaite votre éditeur: peut‑être une exclusivité des ventes (pas de ventes personnelles autorisées), arrêt de la diffusion à sa convenance, invendus envoyés chez les soldeurs, etc. Donc, autant être vigilant sur les termes de son contrat.
L'édition "à compte d'auteur":
Elle présente beaucoup plus de possibilités, mais aussi de très gros inconvénients pour l'auteur. Dans ce cas, celui‑ci paye une maison d'édition pour qu'elle l'édite (la diffusion n'est pas toujours comprise). De fait, si l'éditeur est toujours gagnant, l'auteur lui n'est jamais certain de récupérer la mise versée à celui‑ci, ni même dans certains cas d'obtenir un pourcentage intéressant sur les ventes. En attendant, c'est une pratique courante dans tous les domaines de l'écriture qui permet d'ailleurs à certains éditeurs de boucler leurs fins de mois (attention aussi aux arnaqueurs).
Au niveau juridique, comme pour l'édition normale, il s'agit d'un acte commercial devant être concrétisé par un contrat auteur/éditeur.
C'est la pratique la plus courante, ne serait‑ce déjà que par le nombre de refus des maisons d'édition. Dans ce cas, l'auteur est son propre éditeur et dispose donc d'une totale liberté. De fait, c'est par ce système que l'on récolte aussi le plus d'argent sur le prix de vente. Au passage, signalons que le prix public est un critère important de la vente; et très souvent un prix faible (ou du moins raisonnable) fera augmenter les ventes et le tirage, et donc bien sûr réduira le coût unitaire de fabrication.
Au niveau financierComme on est amené à s'auto‑financer, il est conseillé de bien réfléchir et de limiter les coûts de réalisation. Donc, autant faire un maximum de choses soi‑même et prévoir à l'économie. Par exemple, si l'ouvrage doit être envoyé par la poste, bien définir le nombre de pages et la mise en page afin de rester dans une certaine gamme tarifaire par rapport au poids. Les photos coûtent cher à l'impression, représentent‑elles un plus pour l'ouvrage, et si oui avec un tirage couleur ou noir et blanc? Reste aussi que dans certains cas, la photocopie demeure une solution possible. Suite à ces questions, il est également nécessaire de déterminer le tirage le plus rentable, et à ce sujet 2 000 exemplaires chez un imprimeur semble être le nombre minimum. En gros, pour environ 8 000 €, on peut obtenir cette quantité pour un bouquin de 250 pages comprenant en plus une couverture et quelques photos couleurs à l'intérieur. Mais dans tous les cas, il ne faut pas oublier de multiplier les devis auprès des imprimeurs, en s'adressant si possible à ceux disposant de tout le matériel nécessaire à l'impression car la soutraitance coûte cher. Grâce à cela on peut généralement espérer obtenir d'assez bons prix.
Au niveau juridiqueSur le plan juridique, l'auto‑édition est assimilée à une profession libérale (on peut bien sûr opter pour le régime auto‑entrepreneur). À ce sujet l'Association des
Auteurs Auto‑édités
peut fournir entre autres choses toute la documentation nécessaire.
Quel que soit le mode d'édition, l'ouvrage doit posséder un
numéro ISBN
pour l'identification (c'est gratuit), et un code‑barre pour sa commercialisation en librairies (environ 30 €).
Également, la Loi oblige à des dépôts légaux auprès de la Régie du dépôt légal de la Bibliothèque Nationale et du Ministère de l'Intérieur; à voir auprès de
l'AFNIL
qui vous enverra une doc complète et gratuite. En tant qu'éditeur, vous avez droit également de figurer gratuitement sur les réseaux
Electre
qui servent de référence au monde de l'édition et aux libraires.
Enfin, sachez qu'il existe de multiples annuaires, papiers ou en ligne, d'éditeurs, diffuseurs et distributeurs avec les spécificités de chacun. Autant s'y faire référencer.